samedi 19 octobre 2019

Damon Knight - Le Royaume de Dieu

Le Royaume de Dieu, Damon Knight, 1954, 149 pages

Alors que d'étranges phénomènes apparaissent aux États-Unis, Robert James Dahl, journaliste, enquête sur une zone secret défense à Chillicothe. Arrêté par le gouvernement, il se voit offrir l'opportunité de visiter l'installation et de découvrir ce qui doit être tenu caché.

Commençant comme une réflexion sur le rôle et la liberté des médias, Le Royaume de dieu prend rapidement une autre tournure et opte pour un sujet plus classique de premier contact. Heureusement, le développement proposé n'est lui pas classique.

Le Royaume de Dieu est une œuvre politique, Damon Knight y présentant une alternative sociétale. Mais que cela ne fasse peur à personne : nous sommes ici au stade de la proposition douce, du jeu avec les possibles, pas aux grandes tirades et aux exhortations immodérées. Et surtout, l'auteur n'oublie pas de proposer un texte intéressant dans son intrigue, avec la bonne dose de mystère et de suspense pour faire tourner les pages avec envie.

Si les livres à messages sonnent parfois un peu creux, Le Royaume de Dieu ne reste lui pas au stade de l'idée mais sait l'utiliser pour proposer une agréable novella.

lundi 14 octobre 2019

Megan Lindholm, Steven Brust & Gregory Frost - Liavek

Liavek, Megan Lindholm, Steven Brust et Gregory Frost, 1985-1988, 282 pages

Cité portuaire multiculturelle où les habitants reçoivent chaque année une dose de « chance », Liavek est un univers partagé par de nombreux auteurs qui comprend au total 56 nouvelles (et 7 poèmes). Ce recueil, créé spécialement pour la France, en reprend 6 qui suivent, notamment, les personnages de Kaloo et Dashif dans une montée en puissance qui pourrait faire croire que ces nouvelles ont toujours été conçues pour être un fix-up.

Les deux premières nouvelles servent surtout d'introduction aux deux protagonistes principaux, les intrigues étant encore plus simples que les suivantes - qui ne sont pourtant déjà pas bien compliquées. Quant à l'univers, il est juste brossé. S'il paraît être riche et avec un bon potentiel, il ne sera jamais pleinement découvert ici, pas de manière satisfaisante en tout cas, la faute peut-être au format d'univers partagé.

Les deux nouvelles écrites en solo par Steven Brust manquent de consistance, jouant bien trop sur de nombreuses et courtes ellipses pour donner du rythme. Heureusement la présence de Megan Lindholm dans les quatre autres apportent plus de satisfaction. La palme revenant à Un acte d'amour, la dernière nouvelle, qui est le vrai plat de résistance de ce recueil et y apporte une véritable conclusion.

Lecture agréable s'il en est, Liavek ne peut clairement pas se targuer d'être l'oeuvre majeure de Megan Lindholm. Un recueil sympathique néanmoins, tout en simplicité, un peu trop, dans un univers qu'on aimerait plus développé. Reste pour cela 50 nouvelles à lire en VO...

D'autres avis : Vert, Shaya, Cédric, ...

mercredi 9 octobre 2019

Ken Liu - L'Homme qui mit fin à l'histoire

L'Homme qui mit fin à l'histoire, Ken Liu, 2011, 103 pages

N'en déplaise aux critiques généralistes, c'est une habitude de la science-fiction de n'être qu'un "prétexte" pour évoquer le présent et proposer diverses réflexions parfaitement d'actualité - le tout le plus souvent enrobé d'une couche de plaisir, via de l'aventure ou de l'émerveillement. Mais c'est peut-être encore plus le cas dans L'Homme qui mit fin à l'histoire.

Certes il y a ces particules de Bohm-Kirino qui permettent de revivre des moments du passé, et ce une seule fois. C'est à peu près tout pour l'aspect science-fictif. Le reste n'en est pas pour autant moins intéressant. Ken Liu y fait une nécessaire mise en lumière de l'Unité 731, cet « Auschwitz oriental ». À cela s'ajoute une intense réflexion sur l'Histoire, la vérité, les responsabilités et de nombreux points qui, notamment, découlent de l'invisibilisation de ce drame et de tant d'autres.

L'Homme qui mit fin à l'histoire n'est pas une lecture marquante des genres de l'imaginaire. Mais c'est une lecture marquante tout court, qui fourmille de réflexions présentées de la manière la plus neutre possible - et la forme du récit, un faux documentaire, est ici fort adaptée. Une novella qui donne à réfléchir, une lecture nécessaire.

vendredi 4 octobre 2019

Justine Niogret - Mordre le bouclier

Mordre le bouclier, Justine Niogret, Suite de Chien du Heaume, 2011, 197 pages
« - Quel esprit faut-il avoir pour aller planter son arme dans le ventre d'autres vivants, de toute façon ? Pour s'en aller tuer un homme qu'on cherche depuis des dizaines d'années dans un col entre deux montagnes ? Dis-moi le sens de nos vies, Chien, si tu le peux ; je t'écoute. » 
Six mois après la fin de Chien du heaume, Chien et Bréhyr prennent la route, sur la trace des Croisés, pour achever la vengeance de cette dernière.

Six ans après la lecture de Chien du heaume, il ne m'en restait pas grand chose, si ce n'est rien ; à une exception près sur la fin, et encore, cela ne gêne en rien la lecture de ce livre-ci.

Une chose est néanmoins certaine : l'excellente plume de Justine Niogret est toujours au rendez-vous. Si le roman peut sembler un peu bavard par moment, jouant bien plus la carte de l'introspection, du souvenir et de la discussion que de l'action, il n'en demeure pas moins un vrai plaisir de lecture tant le texte est ciselé et propose de beaux moments de bravoure verbale.

Si Mordre le bouclier doit être lu pour son écriture, il doit aussi l'être pour ses personnages et leurs évolutions, leurs progressions. Car même s'il suit deux héroïnes d'âge mûr, c'est bien d'un récit initiatique dont il s'agit. Un récit de vengeance et de mort certes, mais surtout un récit de vie, quelque part entre la crasse et l'onirisme.
« Vois-tu, tout ce que je pense des livres tient dans la marge d'un texte, où la plume d'un copiste, noire et droite à côté des vives enluminures, a noté de travers : « Dieu, j'ai si froid. » Voici la voix qui monte des livres. Voici ce que j'entends en parcourant un ouvrage ; la voix des morts, la voix des gens passés. Ainsi, je n'oublie pas que je ne suis pas le seul à avoir vécu, le seul à arpenter la terre, que d'autres l'ont fait avant moi, et mieux, et plus longuement. Eux aussi avaient froid. »
D'autre avis : L'Ours inculte, Dionysos, Xapur, Lorhkan, Shaya, Lhisbei, ...

dimanche 29 septembre 2019

Laurent Kloetzer - Issa Elohim

Issa Elohim, Laurent Kloetzer, 2018, 125 pages
« L'attente, les doutes, les incertitudes, tout ceci use les esprits et les volontés. Ceux des réfugiés, en premier lieu, ceux des personnes qui les aident. On est sans cesse inquiet, sans cesse à l'affut. C'est destructeur. »
En reportage dans un camp de réfugiés en Afrique du Nord, Valentine Ziegler va faire la connaissance d'Issa, supposément un Elohim, un être mystérieux, entre apparition extraterrestre et réincarnation divine pour les uns, supercherie manipulatrice pour les autres.

Issa Elohim est l'occasion pour Laurent Kloetzer de mettre une nouvelle fois en scène un Elohim, ces présences déjà aperçues dans Anamnèse de Lady Star et Vostok. La rencontre est cette fois-ci plus frontale et somme toute plus claire, ce qui ne veut pas dire que le mystère disparaît, bien au contraire.

Outre les Elohims, et par leur biais la foi, l'autre thème central d'Issa Elohim ce sont les réfugiés et les migrants. Les deux sujets se mélangent très bien, l'un servant l'autre - et vice-versa - et aucun ne prend le dessus. Surtout, Laurent Kloetzer conserve un ton neutre qui ne cherche pas à donner de leçons et le récit n'en retire que plus de saveur, plus de profondeur. Une intelligente novella, humaine, qui parvient à traiter deux sujets difficiles et à en tirer de la beauté, une réussite.

mardi 24 septembre 2019

Grégoire Courtois - Suréquipée

Suréquipée, Grégoire Courtois, 2015, 162 pages
« Il ne s'agit pas de Pygmalion, du Golem ou de la créature de Frankenstein. Ça n'est pas de la romance ou de la magie. C'est de la génétique. Cette voiture n'a aucun secret pour nous ; elle est un fait scientifique. »
En ce début de XXIIème siècle, la BlackJag est la première voiture organique à voir le jour. À travers les enregistrements du tout premier modèle, Suréquipée nous présente ce nouveau type de véhicule pendant qu'un mystère tente d'être résolu.

Et la plus grande partie du mystère - si vous n'avez pas lu la quatrième de couverture - c'est déjà de savoir quel est le but de tout ça, pourquoi deux personnages étudient les logs de cette BlackJag. Ce qui ne fait donc qu'ajouter du mystère au mystère. Et c'est très bien ainsi.

En toute logique, Suréquipée joue à fond la thématique de la relation homme/voiture et en explore plusieurs facettes. C'est intelligent, et ce même si on n'est pas trop branché voiture. D'autant plus que le roman est court, une longueur parfaitement adaptée et satisfaisante.

Suréquipée est un diesel. Si les ficelles sont un peu visibles au démarrage, le récit trouve très rapidement son rythme et devient prenant, et même surprenant, à plus d'un titre. Un roman tout simplement réussi.

Nota : cette version FolioSF propose l'une des plus belles couvertures jamais publiées, par Frédéric Le Martelot.

D'autre avis : Lorhkan, Lune, Lianne, itenarasa, ...

jeudi 19 septembre 2019

Paul J. McAuley - Le Choix

Le Choix, Paul J. McAuley, 2011, 83 pages

Le jour où un dragon marin s'échoue sur une plage, Damian et Lucas n'hésitent que peu avant de monter à bord de la frêle embarcation de ce dernier : l'occasion est trop rare de pouvoir approcher d'un engin extraterrestre.

Oui, il y a des choix, plutôt au pluriel d'ailleurs, dans Le Choix, des décisions qui vont impacter la vie de nos deux protagonistes. Oui aussi, je n'aurais jamais écrit cette phrase ni penser à cette histoire sous cet angle s'il n'y avait pas eu ce titre. Et pour cause : il y a suffisamment de bonnes choses dans cette novella pour ne pas la résumer à un simple choix.

Le Choix est un récit éminemment fluide et humain qui se lit d'une traite. En seulement 80 pages, Paul J. McAuley parvient à donner réellement corps à un monde, le nôtre dans un possible futur, et à raconter une histoire complète, le tout dans un rythme parfait permettant de s'imprégner de l'univers et de profiter d'une solide intrigue, sans que l'un n'empiète sur l'autre.

Le Choix n'est pas un récit qui tire de grands "wahou" du lecteur, ni qui laisse un sentiment de "chef d'oeuvre". Il est de la catégorie juste à côté - la catégorie des mal-aimés, ceux qui ne finissent jamais dans les tops de fin d'année - celle des récits qui font les choses bien, très bien, sans fausse note, qu'on lit avec plaisir et satisfaction. Et c'est déjà beaucoup. Une vraie novella de choix.

D'autre avis : Lorhkan, Lune, Yogo, L'Ours inculte, Lhisbei, Vert, ...

samedi 14 septembre 2019

Bulles de feu #17 - Jean-Marc Rochette et la montagne

Ailefroide, Altitude 3954, Olivier Bocquet et Jean-Marc Rochette, 2018, 290 planches

L'Ailefroide, c'est un ensemble de sommets du massif des Écrins, dans les Alpes. Désormais, c'est aussi une excellente bande dessinée contant la passion de la montagne et de l'alpinisme. Une passion émerveillante certes, mais montrée ici dans toute sa complexité, faite autant de bonheurs que de malheurs. Car la montagne prend tout autant qu'elle donne.

Ailefroide c'est aussi - d'abord - le récit autobiographique de Jean-Marc Rochette, artiste multi-facettes notamment connu pour ses travaux d'illustrateur sur Le Transperceneige. C'est l'itinéraire d'un gamin qui cherche sa voie entre les voies. C'est prenant, c'est fascinant. Le genre d'oeuvre où l'on devient le personnage, où l'on ressent ses joies et ses peines.

Il n'y a plus à prouver que l'alpinisme et l'escalade font de parfaits sujets d'histoires passionnantes, que cela soit en BD ou dans d'autres médias - le documentaire Free Solo méritant plus que largement son Oscar. Ne reste plus qu'à savoir partager cette passion pour les sommets, pour cette subtile alliance de simplicité et de complexité. Ailefroide y parvient admirablement.

Le Loup, Jean-Marc Rochette, 2019, 102 planches
« Le berger et le loup, c'est pas fait pour être ensemble. »
Gaspard est berger. À la suite d'une attaque sur ses moutons, il abat une louve. Mais son petit, loup blanc en devenir, survit. S'engage alors une relation particulière entre les deux individus, une lutte passionnelle.

Le sujet était casse-gueule, mais Jean-Marc Rochette n'a même pas commencé à trébucher. Le Loup est une habile bande-dessinée où l'auteur désamorce très tôt une potentielle prise de parti entre pro et anti loups. S'en suit une histoire prenante, haletante, qui grandit au fil des pages et finit par en dire beaucoup plus que ce que le pitch de départ pouvait laisser penser. Un message explicité par la très intelligente et intéressante postface de Baptiste Morizot. Le tout une nouvelle fois sous le crayonné caractéristique de Jean-Marc Rochette et sous le patronage de la montagne, toujours belle et dure à la fois.

lundi 9 septembre 2019

Laurent Genefort - L'Affaire du rochile

L'Affaire du rochile, Laurent Genefort, Univers d'Omale, 2008, 97 pages

Omale, région de Pargam, à la frontière entre les aires humaines et chiles, lors d'une époque de paix relative. Ramin Palana, humain et ancien militaire, revient dans son village natal de Trois-Roches pour enquêter sur une série de meurtres sanglants qui seraient dus à une bête chile et qui pourraient bien enflammer de nouveau la région.

Là où les romans se déroulant sur Omale ont tendance à prendre leur temps concernant les intrigues, L'Affaire du Rochile propose pour sa part une enquête dynamique et spontanée qui va à l'essentiel, tout en continuant d'explorer les relations humano-chiles. Bien que l'enquête soit un peu linéaire - mais c'est quasi-obligatoire vu le format, et son titre, le seul vrai bémol de cette nouvelle, ne l'aide pas - le texte reste de qualité et le plaisir est tout de même largement au rendez-vous.

Troisième escale pour le Summer Star Wars - Solo

mercredi 4 septembre 2019

Stuart Turton - Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle

Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle, Stuart Turton, 2018, 537 pages


Evelyn Hardcastle sera assassinée ce soir à 23h. Par qui et comment ? C'est ce que doit découvrir notre protagoniste principal. Il a pour cela 8 jours... 8 fois cette même journée cruciale, en prenant à chaque fois place dans un hôte différent.

Difficile de ne pas jouer au jeu des comparaisons et du mash-up en parlant de ce roman tant ses éléments principaux sont caractéristiques : une boucle temporelle complètement timey-wymey, une intrigue en un seul lieu, des personnages ayant tous des secrets, un polar aux rebondissements en série, ... Pour autant, Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle n'est pas une pâle copie d'un Agatha Christie ou d'Un Jour sans fin. Au contraire, Stuart Turton a su prendre le meilleur de chaque élément, les mixer et aller encore plus loin en ajoutant sa propre touche. Le résultat est magistral.

Digne des plus grands whodunits, Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle tient en haleine de la première à la dernière page. La lassitude ne pointe jamais, bien au contraire : le plaisir et l'intérêt parviennent même à augmenter encore dans la seconde moitié du récit.

Un excellent roman, utilisant astucieusement la SF pour proposer une très belle variation - et même plus - d'un thème pourtant déjà traité plus que de raison. Le tout maîtrisé à la perfection par l'auteur. Magistral, c'est le mot.

D'autre avis : Gromovar, Yuyine, TmbM, Yogo, Lune, Tigger Lilly, FeydRautha, ...

mercredi 28 août 2019

Lisa Goldstein - L'Ordre du Labyrinthe

L'Ordre du Labyrinthe, Lisa Goldstein, 1996, 246 pages

Molly Travers fait la rencontre d'un détective privé qui enquête sur sa famille, précisément sur son grand-père et ses soeurs, membres d'une même troupe de magiciens 60 ans auparavant. Titillée par la curiosité et par la découverte, chez sa tante, d'un mystérieux manuscrit mentionnant "L'Ordre du Labyrinthe", Molly commence à mener l'enquête de son côté.

Des identités troubles, des magiciens, du mystère et de l'incompréhension, les premières pages de L'Ordre du Labyrinthe font immanquablement penser au Prestige de Christopher Priest. Pour autant la suite sera bien différente, Lisa Goldstein se servant de cette base pour créer un roman qui pourrait quasiment être classé dans les polars.

L'Ordre du Labyrinthe est une lecture assez folle. Elle comporte à la fois une enquête solide et tortueuse, qui tient la route, et des séquences bien moins ordinaires, presque psychédéliques, qui donne une ambiance très particulière au récit. Et... ça fonctionne, parce que ça sait s'arrêter avant de trop en faire et que le dosage entre normal et anormal est réussi. Une petite expérience facile d'accès.

D'autres avis : Yogo, Anudar, Célindanaé, Boudicca, Cédric, ...

mardi 20 août 2019

Philip Pullman - Les Royaumes du Nord

Les Royaumes du Nord, Philip Pullman, Tome 1/3 d'À la croisée des mondes, 1995, 533 pages

Jeune orpheline, Lyra vit au Jordan College, à Oxford, avec son daemon Pantalaimon. Elle mène une vie simple d'enfant jusqu'à ce qu'elle assiste à une tentative d'empoisonnement de son oncle et apprenne d'étonnantes informations sur une étrange Poussière et une ville dans le ciel.

La découverte et l'émerveillement, c'est le mot d'ordre d'une bonne partie de ce roman. Entre daemons, aléthiomètre et autres panserbjorns, Les Royaumes du Nord regorge de belles trouvailles et d'un univers, sensiblement proche du notre, qui donne envie d'être exploré plus amplement.

Si À la croisée des mondes est une œuvre jeunesse, cela se ressent essentiellement dans une certaine simplicité de ton et d'intrigue ainsi que par la présence d'une jeune héroïne. Pour autant simple ne veut nullement dire simpliste, Philip Pullman faisant confiance à l'intelligence de ses lecteurs. Quant à Lyra, sa jeunesse ne l'empêche pas d'être une héroïne plus maline que bien d'autres héros adultes de romans, tout en conservant une certaine candeur toute sympathique.

Les Royaumes du Nord est une belle réussite. Certes l'intrigue ne déborde pas de rebondissements et de surprises et l'aspect théologique de la dernière partie n'est pas nécessairement sa plus grande satisfaction. Mais ces bémols sont faibles en regard de la qualité des trouvailles de l'auteur et du nombre d'idées habilement distillés au fil de cet efficace récit. À mettre entre les mains des petits comme des grands.

Lecture commune avec le Cercle d'Atuan : Vert, ...
D'autres avis : AcrO, ...

lundi 12 août 2019

Laurent Genefort - La Muraille Sainte d'Omale

La Muraille Sainte d'Omale, Laurent Genefort, Tome 3/? d'Omale, 2004, 372 pages

Suite de l'exploration d'Omale avec cette fois une expédition scientifique à destination du Landor, cette région ceinte par la Muraille Sainte d'Omale, gigantesque ouvrage construit par des religieux humains dans le but de se prémunir du contact des chiles et des hodgqins. Une région habituée à vivre en quasi-autarcie mais qui fait désormais face à un exode massif, la population fuyant "la fin du monde".

Après deux premiers tomes en légère demi-teinte, La Muraille Sainte d'Omale est très clairement un ton au-dessus et peut facilement être considéré comme le tome tant attendu, celui où Omale devient véritablement l'univers fascinant entraperçu, et ce sans mettre de côté l'histoire. Pourtant cette dernière n'est toujours pas flamboyante, mais elle est cette fois parfaitement équilibrée et possède des personnages qui donnent envie de s'intéresser à eux. Sans compter un aspect ethnologique habilement mené et une découverte d'Omale qui continue dans la démesure et l'étonnement.

La Muraille Sainte d'Omale est une belle récompense à la hauteur du chemin parcouru jusqu'ici. Un tome qui redonne pleinement l'envie de poursuivre l'aventure omalienne.

D'autres avis : Gromovar, Tigger Lilly, Le chien critique, ...

Deuxième escale pour le Summer Star Wars - Solo

mardi 6 août 2019

Léo Henry - Pour toujours l'humanité

Pour toujours l'humanité, Léo Henry, 2016, 14 pages

Au détour d'une balade, la narratrice rencontre Michael Collins, héros de son enfance, le "troisième homme" de l'expédition Apollo 11. L'occasion de se remémorer cette mission.

Pour toujours l'humanité est une courte nouvelle qui repose sur deux idées. La première est une petite surprise à découvrir peu à peu, qui n'apporte pas de grands éclats mais n'est de toute manière pas présentée de manière à en provoquer. La seconde est une conclusion douce-amère sur les étoiles, les rêves et le temps qui passe. Un final qui vient quelque peu réhausser une nouvelle somme toute assez anecdotique, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme.

Nouvelle gracieusement offerte par le Bélial' jusqu'au 31 août.

mercredi 31 juillet 2019

Thomas Geha - Des Sorciers et des Hommes

Des Sorciers et des Hommes, Thomas Geha, 2018, 318 pages

Hent Guer est un guerrier, Pic Caram un sorcier. Extrêmement doués individuellement, chacun dans son domaine, ils forment ensemble un duo plus qu'efficace. Une alliance qu'ils mettent à disposition de quiconque proposera une récompense sonnante et trébuchante suffisante. En n'oubliant jamais qu'ils ne servent les intérêts que d'un seul maître : eux-mêmes.

Des Sorciers et des Hommes conte les aventures d'un duo de méchants. Pas de ces voleurs gouailleurs et sympathiques qu'on trouve parfois, non, de vrais méchants qui prennent plaisir à arnaquer, voler, tuer et autres joyeusetés. Si vous vous demandiez pourquoi on n'en voit pas plus souvent, une partie de la réponse est ici : on s'y attache quand même beaucoup moins. Heureusement pas au point de rendre déplaisants les cinq premiers épisodes de ce livre, cinq courtes histoires contant chacune une malfaisante aventure du duo.

Le sixième épisode est lui bien plus long et est la conclusion logique - trop logique - des cinq premiers. Passée la surprise initiale, tout y est trop linéaire, sans la fraicheur et la différence des aventures précédentes. Même le développement, attendu, de certains personnages et surtout de l'univers n'est pas si satisfaisant et ne rassasie pas.

Entendons-nous bien : Des Sorciers et des Hommes est loin d'être un mauvais livre, mais je n'ai pas trouvé ça assez plaisant à lire pour en être pleinement satisfait. Ma déception est d'autant plus grande que le roman et l'univers sont remplis de bonnes idées et de potentiel, mais malheureusement leur traitement ne m'a pas convaincu. Il n'en reste pas moins que Thomas Geha fait ici une vraie proposition, offre quelque chose de différent, et, cet aspect-là ne peut être que salué.

D'autres avis : Lune, Lorhkan, Célindanaé, ...

jeudi 25 juillet 2019

Jean-Laurent Del Socorro - Boudicca

Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro, 2017, 251 pages

Boudicca est une biographie romancée, aux accents oniriques, de Boadicée, reine des Icènes, peuple du sud de l'actuelle Angleterre, au premier siècle. Jean-Laurent Del Socorro y brode une vie à son héroïne sur la base des maigres informations connues à son sujet, sans jamais tomber dans l'éloge ou la déification, Boudicca y apparaissant même parfois assez antipathique, notamment dans sa jeunesse.

Boudicca est un livre sans fioriture, qui va à l'essentiel en proposant un très bon équilibre des différentes parties. L'auteur dresse un portrait, tout autant humain qu'historique, d'une femme en lutte, contre l'envahisseur romain, contre un monde qui change mais aussi contre les mots, dits ou non-dits. Un double intérêt qui n'est pas sans rappeler Lavinia d'Ursula Le Guin, en plus actif. Une belle mise en lumière d'une période lointaine rendue intéressante et facile d'approche.

vendredi 19 juillet 2019

N.K. Jemisin - La Cinquième Saison

La Cinquième Saison, N.K. Jemisin, Tome 1/3 des Livres de la Terre Fracturée, 2015, 457 pages

Vous ouvrez le livre. Celui tant encensé, celui tant acclamé. Heureusement vous avez quelque peu oublié, au moins les détails. Vous y arrivez l'esprit libre. Prêt à plonger dans un nouvel univers, prêt à partir à la découverte, prêt à vous évader. Vous plongez... et, par le Père Terre, vous vous y immergez tant et si bien que vous n'avez plus envie d'en émerger, d'en érupter.

Vous enchaînez les pages, d'un bon rythme, appréciant le subtil dosage, les subtils dosages : les différents fils narratifs, la compréhension et l'incompréhension, la narration et l'action, tout. Ce n'est jamais trop complexe, ce n'est jamais trop simpliste. Vous tournez les pages, encore et encore. Jusqu'à la dernière - presque la dernière, puisque vous n'aurez pas usage des annexes, dispensables, preuve de la bonne construction du récit.

Vous avez donc terminé, déjà. Vous vous rendez compte que vous n'avez pas nécessairement eu de "wahou" et autres "oh !" à la lecture. Mais - rouille ! - qu'importe car le plaisir n'en a pas été moins fort. Vous avez vraiment apprécié le chemin parcouru. Vous le terminez grandement satisfait, avec nulle trace d'une possible frustration due à son statut de livre premier mais avec une grande envie de poursuivre l'aventure au plus vite. Vous espérez que d'autres auront à leur tour envie d'emprunter cette route et seront eux-aussi éblouis par la maitrise incroyable de l'autrice.

D'autres avis : Lhisbei, Apophis, L'ours inculte, Lianne, Le chien critique, Cédric, Yogo, Lorhkan, Lutin82, Samuel Ziterman, Célindanaé, Lune, Xapur, Les Chroniques du Chroniqueur, Gromovar, Shaya, Nomic, ...

Première escale, ouverte au débat, pour le Summer Star Wars - Solo

dimanche 14 juillet 2019

Stefan Wul - Niourk

Niourk, Stefan Wul, 1957, 258 pages

Une Terre future, post-apocalyptique, où les océans se sont asséchés. Une tribu revenue à un stade primitif vit dans l'ancienne mer des Caraïbes, entre Cuba, Haïti et la Jamaïque, en chassant des chiens sauvages. En son sein demeure un enfant noir, maltraité par tous jusqu'à être condamné à mort par le Vieux, sorcier et chef du clan. Sa survie ne pourra venir que de la fuite et de l'exploration du "monde des Dieux".

Niourk est un roman régulièrement édité dans des collections jeunesse. Cela s'explique aisément par le style d'écriture, fait de phrases et de chapitres courts dans une narration très simple, sans fioriture. Mais cela ne doit pas pour autant vous tromper : Niourk n'est pas une gentille petite histoire de bisounours. Au contraire, c'est un récit dur et violent, heureusement quelque peu désamorcé par une narration qui présente tout cela "en toute normalité".

Niourk est un roman simple qui va à l'essentiel et ne s'embarrasse pas de trop d'explications - voire pas du tout dans la dernière partie où, sans transition, tout part un peu en cacahuètes. C'est tout autant une qualité qu'un défaut, selon ce qu'on en attend. Il manquera certainement de contexte et de développement pour le lecteur aguerri et pour être réellement marquant. Mais - et c'est là que l'aspect jeunesse est flagrant - si on y recherche juste une courte aventure étonnante, Niourk saura se montrer satisfaisant.

mardi 9 juillet 2019

John Scalzi - Les Enfermés

Les Enfermés, John Scalzi, 2014, 379 pages
« Rien ne tient debout dans cette affaire. Nous avons un meurtre qui n'en est sans doute pas un, sur un homme encore non identifié, qui a rencontré un intégrateur peut-être déjà intégré, qui prétend ne pas se rappeler des évènements dont il aurait dû garder le souvenir. Quel méli-mélo ! »
Un nouveau virus est apparu sur Terre. En plus de tuer une bonne partie de ses porteurs, il "enferme" certains survivants à l'intérieur de leurs corps, les laissant conscients mais sans plus aucun contrôle. Heureusement, des implants cérébraux furent créés pour permettre à ces "enfermés" - les "hadens" - d'intégrer des androïdes, voire même certains autres humains rescapés sains du virus - les "intégrateurs". Chris Shane est "haden" et se retrouve, pour son premier jour en tant qu'agent du FBI, avec un vrai méli-mélo sur les bras.

Les Enfermés est un polar SF où l'aspect science-fictif est surtout là pour apporter de nouvelles ficelles et possibilités à l'aspect polar. Il y a indéniablement une intéressante métaphore - quoique, est-ce encore une métaphore quand c'est aussi visible ? - avec les "hadens", étayée de quelques intelligentes réflexions, mais cela reste globalement en arrière-plan - et ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose.

C'est donc l'aspect polar qui tient le devant de la scène. Un polar efficace, facile à lire et très simple dans son intrigue. Ce n'est pas le meilleur polar de l'Histoire, c'est certain, mais ça fait le boulot et le mélange polar/SF apporte une fraicheur agréable. N'est-ce pas déjà suffisant ?

À noter que le roman tient en fait en 300 pages, la suite étant consacré à une nouvelle (?) intitulée "Une histoire orale du syndrome Haden" dont l'intérêt est à mon sens proche du néant.

D'autre avis : Lorhkan, Apophis, Lune, Lianne, Lutin82, Anudar, Yogo, Le chien critique ...

jeudi 4 juillet 2019

Justine Niogret - Mordred

Mordred, Justine Niogret, 2013, 166 pages

Alité, agonisant, Mordred se remémore comment il en est arrivé là. Surprise : Mordred conte l'histoire de Mordred, passé, présent et futur, de son point de vue. C'est assez intéressant, mais ça l'est surement encore plus si l'on a des connaissances préalables sur le personnage. J'ai ainsi préféré le livre a posteriori, une fois renseigné sur ce fameux Mordred.

Avant cela, le parcours fut parfois laborieux, à cause du manque de repères, ne sachant guère où menait le chemin ni ce qu'il cherchait à raconter. L'introduction était pourtant forte et il y a une indéniable présence dans ces pages, comme bien souvent avec Justine Niogret. Heureusement la dernière partie fut la meilleure, certainement car plus active.

Mordred fait partie de ces rares et étranges livres où la lecture ne fut pas forcément très agréable sur le moment - même si d'une indéniable qualité - mais où le sentiment et le souvenir a posteriori restent globalement positifs.
« - Sans Ysengrin, pas de Renart. Il faut une victime à toute histoire. Il faut l'argent d'un miroir éteint pour que certains parviennent à voir leur visage. Une chandelle sans nom pour que les scarabées dansent. À tout héros, il faut son reflet. Un perdant, pour que d'autres gagnent. Voilà ce que je vois, Mordred, voilà ce que je vois, et mon coeur en saigne plus durement que le loup blessé sur sa glace. »
D'autres avis : Xapur, Lhisbei, Vert, Lune, Julien, Lorhkan, Gromovar, ...

samedi 29 juin 2019

Nina Allan - La Course

La Course, Nina Allan, 2016, 428 pages

Sapphire, sud de l'Angleterre, dans un monde qui ressemble sensiblement au nôtre et qui est pourtant légèrement différent. Les courses de lévriers sont désormais des courses de smartdogs, des chiens modifiés génétiquement pour favoriser le lien empathique avec leurs pisteurs. Lorsque sa fille se fait enlever, Del Hoolman, propriétaire de smartdogs, n'a pas le choix : il doit gagner le Delawarr Triple, la plus grande course de lévriers de l'année.

Ça vous parait un peu simpliste comme intrigue ? Détrompez-vous. La Course est bien plus que ce qu'il parait être. Et à ce titre, La Course fait partie de ces livres dont on ne peut quasiment rien dire sous peine de divulgâcher le plaisir de la découverte. Je vous en ai déjà trop dit - bien plus que les éditions Tristram, félicitations à eux pour cette audace - et, au risque assumé de ne pas être assez tentateur, je n'en dirai pas beaucoup plus.

Sachez tout de même qu'en lisant La Course, on ne sait jamais où la suite de l'histoire nous mènera, à un degré rare. Sachez que La Course est un roman foisonnant d'idées et de réflexions sur des thèmes divers, au point que sa propre critique se trouve en ses pages. Sachez que La Course est à la croisée du fix-up et du roman tout autant qu'à la croisée de la littérature blanche et de l'imaginaire. S'il devait y avoir un chainon manquant entre ces termes, La Course serait celui-ci. Sachez que La Course est à la fois très particulier et pourtant étonnamment facile à lire - à l'exception de quelques rares scènes rudes. Bien plus simple à mon sens, par exemple, qu'un Laurent Kloetzer ou un Christopher Priest, mais pas moins bon, bien au contraire.

Sachez enfin que La Course est un roman où il faut se laisser entraîner, où l'on ne comprendra pas forcément tout mais où l'émerveillement sera au rendez-vous. Sachez que La Course est de ces romans inhabituels, différents, qui méritent d'être vécus et laissent une trace. Sachez que vous devez lire La Course.

D'autres avis : TmbM, ...

lundi 24 juin 2019

Écran de fumée #12 - Good Omens / The Umbrella Academy

Good Omens, Terminée en 1 saison, 2019, 6 épisodes de 55 minutes

Mise en image de l'excellent livre De bons présages de Neil Gaiman et Sir Terry Pratchett, Good Omens est chapeautée par Neil Gaiman lui-même. De quoi rassurer, à raison, les fans du roman : la série est fidèle à l'oeuvre originelle avec notamment cet esprit british si caractéristique.

Si l'adaptation mérite en soi d'être regardée du simple fait de sa qualité, sa plus-value provient des prestations des excellents Michael Sheen et David Tennant qui incarnent à la perfection le duo Aziraphale/Rampa. Tous les acteurs sont - très - bons et toutes les sous-intrigues autour de la belle galerie de personnages sont agréables à suivre, le dosage étant, comme dans le livre, globalement réussi, mais la performance de Sheen/Tennant est réellement stellaire.

La série pousse même la comparaison avec le livre jusque dans ses points les moins positifs. Ainsi, comme dans le roman, au plus près de la fin du monde (ah oui, synopsis ultra résumé : un démon et un ange, vivant sur Terre, doivent s'unir contre les leurs pour lutter contre l'inévitable Apocalypse qui approche), globalement l'épisode 5, l'humour est moins présent pour laisser une plus grande place à l'action. Ce n'est pas mauvais, mais c'est un tout petit peu en-dessous du reste. Deux autres bémols sont à noter : quelques - très rares - scènes un peu trop violentes/beurk inutilement et, ma plus grosse déception, la voix tout à fait normale d'un certain personnage encapuchonné.

Que ces tout petits points de détails ne vous trompent pas : Good Omens est une très bonne série, très plaisante à regarder, tout aussi drôle qu'intelligente. Une adaptation à la hauteur du matériau d'origine, le tout en seulement 6 épisodes. Vous auriez tort de vous en priver, que cela soit en série ou en livre !

D'autres avis : Lorhkan, Vert, ...

The Umbrella Academy, Saison 1, 2019, 10 épisodes de 60 minutes

Ne vous fiez pas à sa première scène qui dénote complètement du reste : The Umbrella Academy est une bonne série, avec de vrais bons morceaux de science-fiction. Elle conte l'histoire d'une famille - recomposée - de super-héros, aux pouvoirs pas nécessairement flamboyants, qui se retrouvent, adultes, suite à la mort de leur père adoptif. Six frères et soeurs qui ne s'entendent guère mais qui vont pourtant devoir faire face à une terrible menace : la fin du monde.

The Umbrella Academy est dans le haut du panier des séries Netflix. Si elle n'est pas parfaite, le rythme, l'un des problèmes récurrents de la plateforme, reste meilleur que chez la plupart de ses consoeurs. Elle est bien aidée par la multiplicité des personnages, le vrai point fort de cette première saison. La série prend le temps de les (re)(dé)construire pour mieux que le spectateur s'y attache et change régulièrement de chouchou. Et ça fonctionne, les acteurs faisant très bien le boulot (mais quelqu'un doutait-il vraiment d'Ellen Page ?). Le tout dans une très jolie esthétique, très soignée, qui donne une impression de film plutôt que de série.

Mais si elle se suit avec plaisir, cette première saison reste frustrante, la faute justement à sa nature de saison 1 qui appelle nécessairement une saison 2, tant dans l'intrigue principale que pour de nombreux éléments annexes. Ça reste plaisant, voire très plaisant, et tout à fait recommandable... mais quand même un peu frustrant de n'avoir quasiment qu'une introduction. Néanmoins la série est peu portée sur l'amoncellement de petits détails et de fils narratifs complexes, il ne devrait donc y avoir aucun problème à reprendre la saison 2 après une longue pause. Et comme ça vous pourrez savourer au plus tôt le bijou qu'est l'épisode 6 !

D'autres avis : Xapur, Anudar, ...

mercredi 19 juin 2019

Carolyn Ives Gilman - Voyage avec l'extraterrestre

Voyage avec l'extraterrestre, Carolyn Ives Gilman, 2016, 33 pages

Les extraterrestres, ou plutôt leurs vaisseaux, sont apparus sur Terre. Impassibles pendant plusieurs mois, un "traducteur", humain enlevé enfant, finit par sortir et demander un trajet à travers les États-Unis pour lui et l'un des extraterrestres. C'est Avery qui se chargera de les conduire et qui aura donc peut-être l'occasion d'être la première à en apprendre plus sur ces étonnants visiteurs.

Voyage avec l'extraterrestre est exactement ce que son titre laisse présager : un road-trip humano-autre qui recycle efficacement et intelligemment le thème classique du premier contact en y ajoutant une belle réflexion sur la conscience. C'est à la fois très simple, quasi-linéaire, et pour autant très surprenant - et pas qu'une fois - d'un "étonnement simple" qui laisse songeur. Une belle surprise qui vaut le coup d'oeil.

Nota : lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire 2019, la nouvelle est téléchargeable gratuitement sur le site du Bélial' jusqu'au 10 juillet.

vendredi 14 juin 2019

Vernor Vinge - Cookie monster

Cookie monster, Vernor Vinge, 2003, 101 pages

Embauchée au sein du service clients de LotsaTech - une entreprise technologique qui ferait pâlir Microsoft, Google et leurs confrères - Dixie Mae reçoit un étrange mail contenant des informations de son enfance connues, à priori, d'elle seule.

Et rien de plus ne peut être dit sur l'intrigue de cette novella - pas de divulgâchage ici, à la différence de Vernor Vinge quand il évoque d'autres oeuvres dans son récit... - tout l'intérêt reposant sur la découverte du mystère entourant ce message. Un mystère qui s'éclaircira peu à peu et qui aura de fortes chances de laisser le lecteur bouche bée.

Malgré un fond hard-SF - comprendre : à moins d'être spécialiste ou d'avoir envie de faire de grandes recherches, vous ne comprendrez pas tous les tenants et aboutissants techniques - Vernor Vinge parvient à garder un texte fluide et appréciable par le plus grand monde, les éléments principaux de compréhension restant à portée de tous. La fin, ouverte, est propice à une certaine frustration, mais c'est certainement mieux ainsi. Et puis l'essentiel est finalement déjà accompli : Cookie monster est un texte bluffant et vertigineux. Et son titre est parfait.

dimanche 9 juin 2019

Robert Heinlein - Marionnettes humaines

Marionnettes humaines, Robert Heinlein, 1951/1990, 403 pages.

2007 (dans le futur). Sam Cavanaugh, agent secret au sein de la Section, un service de renseignement ultra secret, est envoyé à Des Moines, Iowa, sur les traces d'une soucoupe volante. La conclusion est sans appel : des extraterrestres, capable de prendre le contrôle d'êtres humains en se collant sur leur nuque, ont débarqué. Comment lutter contre cette invasion ?

Nota : si on regarde Doctor Who, on ne pourra s'empêcher de voir des daleks dans les extraterrestres ici présents, d'autant plus que leur capacité n'est pas sans rappeler un épisode récent...

Marionnettes humaines démarre très fort puisqu'après une vingtaine de pages seulement les extraterrestres ont débarqué et commencé à envahir les États-Unis. Y a-t-il vraiment besoin de préciser que le roman sera rythmé et dynamique ? Ce qui est l'une de ses plus grandes qualités, avec le mystère de ces êtres venus d'ailleurs et des moyens de les combattre, un thème classique mais efficace. Et si cette lutte contre l'invasion est au coeur du récit, l'aspect le plus intéressant est peut-être avant cela, dans la manière de faire prendre conscience à tous du danger imminent et d'agir politiquement en conséquence, ce qui est loin d'être une sinécure. Remplacez l'invasion par la menace écologique et vous obtenez des chapitres parfaitement d'actualité.

Comme souvent avec Heinlein, le roman est daté. Il y a beaucoup de références à l'URSS, presque toutes en comparaison des extraterrestres, mais surtout des clichés sur les femmes à la pelle - sans compter une histoire d'amour bien niaiseuse. Pour autant, et c'est là le plus étonnant, Heinlein propose dans le même temps des passages et réflexions à contrepied de tout cela, et même une héroïne présentée comme étant plus forte que le héros. Une ambivalence assez perturbante.

Marionnettes humaines alternent continuellement le bon et le moins bon, entre haussements de sourcils dubitatifs et éclats dans les yeux à la suite d'une bonne trouvaille. Si sa lecture est acceptable, voire sympathique, elle n'en reste pas moins l'une de mes moins bonnes expériences avec l'auteur.

mardi 4 juin 2019

Bulles de feu #16 - Zidrou & friends

Emma G. Wildford, Zidrou & Édith, 2017, 100 planches

Angleterre, début du XXème siècle. Emma G. Wildford attend le retour de son fiancé, parti à l'aventure en Laponie, sur les traces d'une légende samie. Après un an d'absence sans nouvelle, la jeune femme prend à son tour la direction du nord, sous le regard choqué de l'époque.

Le personnage d'Emma G. Wildford, femme n'ayant que faire du regard de la société et bien décidée à vivre sa vie comme elle l'entend, fonctionne plutôt bien. (En tout cas bien mieux qu'une certaine Valentine Pitié.) Néanmoins, plus que le personnage, la qualité d'Emma G. Wildford tient surtout dans son esprit d'aventure et son récit quasi-initiatique, très plaisant à suivre.

Une bonne BD, pas nécessairement exceptionnelle, mais qui est assurément un cran au-dessus de la normalité, et ce notamment grâce à l'excellent travail d'édition. On trouve ainsi à l'intérieur des pages d'Emma G. Wildford quelques objets - photo, ticket d'embarquement et lettre - liés au récit et l'écrin se referme d'une double couverture à rabats magnétiques. Du détail, certes, mais qui donne ce petit plus, cette impression de lire quelque chose de différent. Et c'est parfois tout ce qu'il faut pour devenir marquant.

Tourne-Disque, Zidrou & Raphaël Beuchot, 2014, 102 planches

Invité au Congo belge pour donner un concert, le violoniste Eugène Ysaÿe se retrouve bloqué par un torticolis et doit prolonger son séjour. Ce sera l'occasion pour lui de faire une rencontre inattendue et marquante avec la culture locale.

Eugène Ysaÿe est un personnage réel mais cette histoire est, à priori, une totale invention. Cela n'en reste pas moins un intéressant coup de projecteur qui donne envie d'aller en lire plus sur cet homme. Pour continuer sur ce que n'est pas cette BD, le colonialisme y est une toile de fond qui apparait en filigrane mais est très loin d'être le point focal de l'histoire.

Mais alors, qu'est-ce qu'il y a dans ce Tourne-Disque ? Une histoire très simple, la rencontre de deux hommes unis par les liens de la musique. C'est simple, certes, mais ça ne fait que renforcer la gentillesse et l'émotion qui se dégagent de ce récit. C'est beau, tout simplement. Les mêmes compliments peuvent d'ailleurs s'appliquer aux dessins, dans un style très propre, et encore plus aux couleurs, très colorées et très chaudes. C'est simple, c'est beau, c'est efficace. Un petit bijou comme une douce mélodie.

jeudi 30 mai 2019

Edmond Hamilton - Les Loups des étoiles

Les Loups des étoiles, Edmond Hamilton, 1967-1968, 523 pages.

Morgan Chane est un Loup des étoiles, ces êtres venus de la planète Varna, sortes de vikings interstellaires, ne vivant que pour le pillage d'autres planètes et redoutés dans de nombreuses galaxies. Enfin, il était un Loup, lui qui se retrouve désormais banni et poursuivi par les siens. Heureusement pour lui, Chane n'est pas originaire de Varna mais de la Terre, ce qui lui permet d'échapper à ses poursuivants en se faisant recruter par une bande de mercenaires terriens.

Cette intégrale Les Loups des étoiles comprend les trois romans écrits par Edmond Hamilton sur le personnage de Morgan Chane. Si ces trois romans content chacun une aventure du héros et de ses compagnons mercenaires, ils forment surtout un véritable ensemble qui s'enchaîne très agréablement et pourrait presque faire croire qu'il ne s'agit que de trois grandes parties d'un même grand roman.

Les Loups des étoiles est fortement axé action et aventure, cette dernière prenant d'ailleurs franchement le pas sur la première. Mais ce n'est pas le livre bourrin que la couverture ou le pitch de départ pourrait laisser à penser. C'est avant tout un livre où tout est très bien dosé, que cela soit dans le rythme, dans l'écriture ou dans l'intrigue. C'est surtout un livre où le sense of wonder est éminemment présent, tant dans l'émerveillement à parcourir ces galaxies que dans les mystères se cachant au coeur de chaque aventure.

L'Arme de nulle part ouvre cette intégrale. Edmond Hamilton pose rapidement les bases de son univers et envoie le lecteur dans une intrigue qui ne cesse de prendre de l'ampleur. Peut-être - surement - le meilleur des trois romans. Les Mondes Interdits renvoie les mercenaires dans une nouvelle mission. Si la montée en puissance est réussie et culmine dans une découverte enivrante, ce deuxième roman s'avère peut-être le plus faible à cause d'une séquence post-mystère trop longue à se conclure. Le Monde des Loups termine l'ouvrage en traitant d'un sujet attendu, mais sous une forme plus inattendue. Si ce n'est pas le roman le plus réussi du point de vue sense of wonder, il fonctionne grâce aux 400 pages précédentes et à l'attachement désormais acquis pour ce personnage principal à la limite entre héros et anti-héros.

Les Loups des étoiles n'est pas le livre du siècle et il manque certainement d'un peu de profondeur pour être conseillé à tout un chacun. Mais c'est néanmoins - et c'est déjà beaucoup - un très bon divertissement, aussi intelligemment écrit que dépaysant.

samedi 25 mai 2019

Bulles de feu #15 - Disparitions

Ces jours qui disparaissent, Timothé Le Boucher, 2017, 190 planches

À la suite d'un choc, Lubin, jeune acrobate, est confronté à un trouble dissociatif de l'identité cyclique : une autre personnalité prend possession de son corps un jour sur deux. Comment cohabiter avec soi-même ?

Ouvrage multiplement primé et acclamé, Ces jours qui disparaissent est à la hauteur de sa réputation. C'est une très bonne bande dessinée dont l'histoire tient en haleine et ne donne pas envie de la lâcher avant d'en avoir tourné la dernière page - une page qui d'ailleurs vous laissera la BD en tête pendant encore quelques minutes, au minimum. Le tout dans un style "épurée mais pas simpliste" qui apporte une vraie identité au livre.

Le seul petit bémol - outre la quatrième de couverture qu'on évitera de lire pour se garder un vrai plaisir de découverte (presque un cas de #SyndromeActesSud) - le seul bémol donc est une certaine sensation de manque d'un petit quelque chose, peut-être d'un vrai but (autre que "tourner les pages parce que c'est bien"). C'est ce qui retient Ces jours qui disparaissent d'être une extraordinaire BD. Mais cela ne doit absolument pas vous retenir de la lire parce qu'elle reste une très bonne BD !

L'Homme qui tua Lucky Luke, Matthieu Bonhomme, 2016, 60 planches
« J'l'ai eu bon dieu ! C'est moi, regardez ! C'est moi qui l'ai tué ! Haha ! J'ai détruit la légende ! J'ai tué Lucky Luke ! »
Ainsi commence L'Homme qui tua Lucky Luke, avec un Lucky Luke gisant mort, face contre terre, au milieu d'une troupe de badauds aussi choqués que nous. Comment cela a-t-il bien pu arriver ? Retour quelques jours auparavant, lorsque Luke arrive à Froggy Town...

L'Homme qui tua Lucky Luke, qui ne fait pas partie de la série officielle, est un superbe hommage au héros solitaire. Matthieu Bonhomme réussit le pari de faire une histoire classique de Lucky Luke tout en apportant sa vision de l'oeuvre et sa patte, avec en prime une explication tout à fait satisfaisante d'un détail historique de la série. Une vraie réussite - même s'il faut quelques pages pour s'habituer au visage de ce "nouveau" Luke - dont on ne peut s'empêcher de penser qu'elle a parfaitement sa place dans le canon officiel !

lundi 20 mai 2019

Marie Pavlenko - La Fille-Sortilège

La Fille-Sortilège, Marie Pavlenko, 2013, 427 pages

Au milieu du désert, la Cité des Six est une Cité-État qui vit en quasi-autosuffisance autour des six clans qui la composent et qui exercent chacun une spécialité en s'aidant de la magie. Une harmonie parfaite... si ce n'est pour les orklas - les hors-clans - qui tentent de survivre en marge de ce système. L'histoire suit les traces d'Érine, une orkla, qui déterre et revend des cadavres pour survivre et qui va, bien évidemment, se voir involontairement mêler à une intrigue au coeur des arcanes de la Cité.

La Fille-Sortilège peut sembler très classique sur le papier, et il l'est sur certains points. Ce n'est d'ailleurs pas un défaut en soi, puisqu'il faut bien des oeuvres un peu "classiques" pour que puissent exister des oeuvres atypiques. C'est encore moins un défaut quand ces aspects classiques sont bien menés, comme c'est le cas ici : un bon rythme qui ne tire pas inutilement à la ligne, des révélations logiques et bien dosées, une visualisation et une caractérisation très efficaces, ... Même la partie finale, nécessairement un peu plus dans de l'action, est suffisamment courte pour ne pas tomber dans l'ennui.

Tout cela ne veut pas dire qu'il n'y a aucune surprise ni trouvaille, bien au contraire. Surtout, l'histoire commence bien après ce qui aurait pu être le début du récit, un choix intelligent qui permet d'avoir une héroïne ayant déjà du vécu et de recentrer l'intrigue sur une plus courte durée.  

La Fille-Sortilège est un bon roman, simple et efficace, porté tout autant par une intéressante cité que par une sympathique héroïne. Un livre à taille humaine qui ne perd jamais le lecteur en évitant l'écueil de la grandiloquence, avec en prime un fond évoquant, tout en finesse et discrétion, l'écologie et l'égalité. Une réussite, peu importe l'étiquette qu'on lui colle.

D'autre avis : Xapur, Mariejuliet, ...

mercredi 15 mai 2019

Bulles de feu #14 - Disney 2018

Mickey et l'Océan perdu, Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni, 2018, 56 planches.

La couverture annonce tout de suite la couleur : Mickey et l'Océan perdu est une magnifique BD. Vous pouvez vérifier (ici), toutes les pages sont du niveau de cette couverture. Des personnages dessinés précisément mais surtout un cadre extrêmement riche et admirablement colorisé (par Jessica Bodart et Gaspard Yvan). C'est beau et ça donne envie de s'y replonger plus d'une fois.

Si c'est déjà une raison suffisante pour lire ce livre, ce n'est pas tout. Car le duo Filippi/Cambioni, déjà à l'oeuvre sur l'excellent Le Voyage extraordinaire, nous offre une intéressante, et étonnante, histoire de Mickey version steampunk - même si la source d'énergie est ici la "coralite". Si on peut douter à première vue de l'utilité de la présence de Mickey et compagnie dans ce récit, l'intérêt est finalement là dans l'absence de besoin de présenter les personnages et de les caractériser. Sans compter la simple joie de voir mixer Mickey et steampunk. L'histoire vaut certes plus pour son cadre que pour ses rebondissements, mais qu'importe, l'essentiel est là : un pur plaisir de lecture.

D'autres avis : Gromovar, ...

Donald's Happiest Adventures, Lewis Trondheim et Nicolas Keramidas, 2018, 42 planches.

La première chose qui frappe dans Donald's Happiest Adventures, c'est - une nouvelle fois, mais de manière bien différente - le style graphique (à découvrir ici) : pages jaunies/vieillies - l'histoire ayant été retrouvée au fin fond d'un grenier - et dessins absolument infidèles à l'original. C'est choquant au démarrage... et puis on s'y fait, au moins un peu.

On s'y habitue surtout car l'histoire capture l'intérêt. Et pour cause : envoyé dans une nouvelle aventure par Picsou, Donald doit cette fois découvrir le secret du bonheur ! Un périple de par le monde où chaque page sera l'occasion d'un "épisode" à chute, car Donald's Happiest Adventures est tout autant une histoire complète de 42 planches qu'un enchainement d'amusants strips d'une page. C'est intelligent sur la forme, gentil sur le fond et franchement amusant dans l'ensemble. Peut-on vraiment ne pas être satisfait d'une BD qui donne le sourire ?

D'autres avis : Gromovar, ...