vendredi 19 juillet 2019

N.K. Jemisin - La Cinquième Saison

La Cinquième Saison, N.K. Jemisin, Tome 1/3 des Livres de la Terre Fracturée, 2015, 457 pages

Vous ouvrez le livre. Celui tant encensé, celui tant acclamé. Heureusement vous avez quelque peu oublié, au moins les détails. Vous y arrivez l'esprit libre. Prêt à plonger dans un nouvel univers, prêt à partir à la découverte, prêt à vous évader. Vous plongez... et, par le Père Terre, vous vous y immergez tant et si bien que vous n'avez plus envie d'en émerger, d'en érupter.

Vous enchaînez les pages, d'un bon rythme, appréciant le subtil dosage, les subtils dosages : les différents fils narratifs, la compréhension et l'incompréhension, la narration et l'action, tout. Ce n'est jamais trop complexe, ce n'est jamais trop simpliste. Vous tournez les pages, encore et encore. Jusqu'à la dernière - presque la dernière, puisque vous n'aurez pas usage des annexes, dispensables, preuve de la bonne construction du récit.

Vous avez donc terminé, déjà. Vous vous rendez compte que vous n'avez pas nécessairement eu de "wahou" et autres "oh !" à la lecture. Mais - rouille ! - qu'importe car le plaisir n'en a pas été moins fort. Vous avez vraiment apprécié le chemin parcouru. Vous le terminez grandement satisfait, avec nulle trace d'une possible frustration due à son statut de livre premier mais avec une grande envie de poursuivre l'aventure au plus vite. Vous espérez que d'autres auront à leur tour envie d'emprunter cette route et seront eux-aussi éblouis par la maitrise incroyable de l'autrice.

D'autres avis : Lhisbei, Apophis, L'ours inculte, Lianne, Le chien critique, Cédric, Yogo, Lorhkan, Lutin82, Samuel Ziterman, Célindanaé, Lune, Xapur, Les Chroniques du Chroniqueur, Gromovar, Shaya, Nomic, ...

Première escale, ouverte au débat, pour le Summer Star Wars - Solo

dimanche 14 juillet 2019

Stefan Wul - Niourk

Niourk, Stefan Wul, 1957, 258 pages

Une Terre future, post-apocalyptique, où les océans se sont asséchés. Une tribu revenue à un stade primitif vit dans l'ancienne mer des Caraïbes, entre Cuba, Haïti et la Jamaïque, en chassant des chiens sauvages. En son sein demeure un enfant noir, maltraité par tous jusqu'à être condamné à mort par le Vieux, sorcier et chef du clan. Sa survie ne pourra venir que de la fuite et de l'exploration du "monde des Dieux".

Niourk est un roman régulièrement édité dans des collections jeunesse. Cela s'explique aisément par le style d'écriture, fait de phrases et de chapitres courts dans une narration très simple, sans fioriture. Mais cela ne doit pas pour autant vous tromper : Niourk n'est pas une gentille petite histoire de bisounours. Au contraire, c'est un récit dur et violent, heureusement quelque peu désamorcé par une narration qui présente tout cela "en toute normalité".

Niourk est un roman simple qui va à l'essentiel et ne s'embarrasse pas de trop d'explications - voire pas du tout dans la dernière partie où, sans transition, tout part un peu en cacahuètes. C'est tout autant une qualité qu'un défaut, selon ce qu'on en attend. Il manquera certainement de contexte et de développement pour le lecteur aguerri et pour être réellement marquant. Mais - et c'est là que l'aspect jeunesse est flagrant - si on y recherche juste une courte aventure étonnante, Niourk saura se montrer satisfaisant.

mardi 9 juillet 2019

John Scalzi - Les Enfermés

Les Enfermés, John Scalzi, 2014, 379 pages
« Rien ne tient debout dans cette affaire. Nous avons un meurtre qui n'en est sans doute pas un, sur un homme encore non identifié, qui a rencontré un intégrateur peut-être déjà intégré, qui prétend ne pas se rappeler des évènements dont il aurait dû garder le souvenir. Quel méli-mélo ! »
Un nouveau virus est apparu sur Terre. En plus de tuer une bonne partie de ses porteurs, il "enferme" certains survivants à l'intérieur de leurs corps, les laissant conscients mais sans plus aucun contrôle. Heureusement, des implants cérébraux furent créés pour permettre à ces "enfermés" - les "hadens" - d'intégrer des androïdes, voire même certains autres humains rescapés sains du virus - les "intégrateurs". Chris Shane est "haden" et se retrouve, pour son premier jour en tant qu'agent du FBI, avec un vrai méli-mélo sur les bras.

Les Enfermés est un polar SF où l'aspect science-fictif est surtout là pour apporter de nouvelles ficelles et possibilités à l'aspect polar. Il y a indéniablement une intéressante métaphore - quoique, est-ce encore une métaphore quand c'est aussi visible ? - avec les "hadens", étayée de quelques intelligentes réflexions, mais cela reste globalement en arrière-plan - et ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose.

C'est donc l'aspect polar qui tient le devant de la scène. Un polar efficace, facile à lire et très simple dans son intrigue. Ce n'est pas le meilleur polar de l'Histoire, c'est certain, mais ça fait le boulot et le mélange polar/SF apporte une fraicheur agréable. N'est-ce pas déjà suffisant ?

À noter que le roman tient en fait en 300 pages, la suite étant consacré à une nouvelle (?) intitulée "Une histoire orale du syndrome Haden" dont l'intérêt est à mon sens proche du néant.

D'autre avis : Lorhkan, Apophis, Lune, Lianne, Lutin82, Anudar, Yogo, Le chien critique ...

jeudi 4 juillet 2019

Justine Niogret - Mordred

Mordred, Justine Niogret, 2013, 166 pages

Alité, agonisant, Mordred se remémore comment il en est arrivé là. Surprise : Mordred conte l'histoire de Mordred, passé, présent et futur, de son point de vue. C'est assez intéressant, mais ça l'est surement encore plus si l'on a des connaissances préalables sur le personnage. J'ai ainsi préféré le livre a posteriori, une fois renseigné sur ce fameux Mordred.

Avant cela, le parcours fut parfois laborieux, à cause du manque de repères, ne sachant guère où menait le chemin ni ce qu'il cherchait à raconter. L'introduction était pourtant forte et il y a une indéniable présence dans ces pages, comme bien souvent avec Justine Niogret. Heureusement la dernière partie fut la meilleure, certainement car plus active.

Mordred fait partie de ces rares et étranges livres où la lecture ne fut pas forcément très agréable sur le moment - même si d'une indéniable qualité - mais où le sentiment et le souvenir a posteriori restent globalement positifs.
« - Sans Ysengrin, pas de Renart. Il faut une victime à toute histoire. Il faut l'argent d'un miroir éteint pour que certains parviennent à voir leur visage. Une chandelle sans nom pour que les scarabées dansent. À tout héros, il faut son reflet. Un perdant, pour que d'autres gagnent. Voilà ce que je vois, Mordred, voilà ce que je vois, et mon coeur en saigne plus durement que le loup blessé sur sa glace. »
D'autres avis : Xapur, Lhisbei, Vert, Lune, Julien, Lorhkan, Gromovar, ...

samedi 29 juin 2019

Nina Allan - La Course

La Course, Nina Allan, 2016, 428 pages

Sapphire, sud de l'Angleterre, dans un monde qui ressemble sensiblement au nôtre et qui est pourtant légèrement différent. Les courses de lévriers sont désormais des courses de smartdogs, des chiens modifiés génétiquement pour favoriser le lien empathique avec leurs pisteurs. Lorsque sa fille se fait enlever, Del Hoolman, propriétaire de smartdogs, n'a pas le choix : il doit gagner le Delawarr Triple, la plus grande course de lévriers de l'année.

Ça vous parait un peu simpliste comme intrigue ? Détrompez-vous. La Course est bien plus que ce qu'il parait être. Et à ce titre, La Course fait partie de ces livres dont on ne peut quasiment rien dire sous peine de divulgâcher le plaisir de la découverte. Je vous en ai déjà trop dit - bien plus que les éditions Tristram, félicitations à eux pour cette audace - et, au risque assumé de ne pas être assez tentateur, je n'en dirai pas beaucoup plus.

Sachez tout de même qu'en lisant La Course, on ne sait jamais où la suite de l'histoire nous mènera, à un degré rare. Sachez que La Course est un roman foisonnant d'idées et de réflexions sur des thèmes divers, au point que sa propre critique se trouve en ses pages. Sachez que La Course est à la croisée du fix-up et du roman tout autant qu'à la croisée de la littérature blanche et de l'imaginaire. S'il devait y avoir un chainon manquant entre ces termes, La Course serait celui-ci. Sachez que La Course est à la fois très particulier et pourtant étonnamment facile à lire - à l'exception de quelques rares scènes rudes. Bien plus simple à mon sens, par exemple, qu'un Laurent Kloetzer ou un Christopher Priest, mais pas moins bon, bien au contraire.

Sachez enfin que La Course est un roman où il faut se laisser entraîner, où l'on ne comprendra pas forcément tout mais où l'émerveillement sera au rendez-vous. Sachez que La Course est de ces romans inhabituels, différents, qui méritent d'être vécus et laissent une trace. Sachez que vous devez lire La Course.

D'autres avis : TmbM, ...

lundi 24 juin 2019

Écran de fumée #12 - Good Omens / The Umbrella Academy

Good Omens, Terminée en 1 saison, 2019, 6 épisodes de 55 minutes

Mise en image de l'excellent livre De bons présages de Neil Gaiman et Sir Terry Pratchett, Good Omens est chapeautée par Neil Gaiman lui-même. De quoi rassurer, à raison, les fans du roman : la série est fidèle à l'oeuvre originelle avec notamment cet esprit british si caractéristique.

Si l'adaptation mérite en soi d'être regardée du simple fait de sa qualité, sa plus-value provient des prestations des excellents Michael Sheen et David Tennant qui incarnent à la perfection le duo Aziraphale/Rampa. Tous les acteurs sont - très - bons et toutes les sous-intrigues autour de la belle galerie de personnages sont agréables à suivre, le dosage étant, comme dans le livre, globalement réussi, mais la performance de Sheen/Tennant est réellement stellaire.

La série pousse même la comparaison avec le livre jusque dans ses points les moins positifs. Ainsi, comme dans le roman, au plus près de la fin du monde (ah oui, synopsis ultra résumé : un démon et un ange, vivant sur Terre, doivent s'unir contre les leurs pour lutter contre l'inévitable Apocalypse qui approche), globalement l'épisode 5, l'humour est moins présent pour laisser une plus grande place à l'action. Ce n'est pas mauvais, mais c'est un tout petit peu en-dessous du reste. Deux autres bémols sont à noter : quelques - très rares - scènes un peu trop violentes/beurk inutilement et, ma plus grosse déception, la voix tout à fait normale d'un certain personnage encapuchonné.

Que ces tout petits points de détails ne vous trompent pas : Good Omens est une très bonne série, très plaisante à regarder, tout aussi drôle qu'intelligente. Une adaptation à la hauteur du matériau d'origine, le tout en seulement 6 épisodes. Vous auriez tort de vous en priver, que cela soit en série ou en livre !

D'autres avis : Lorhkan, Vert, ...

The Umbrella Academy, Saison 1, 2019, 10 épisodes de 60 minutes

Ne vous fiez pas à sa première scène qui dénote complètement du reste : The Umbrella Academy est une bonne série, avec de vrais bons morceaux de science-fiction. Elle conte l'histoire d'une famille - recomposée - de super-héros, aux pouvoirs pas nécessairement flamboyants, qui se retrouvent, adultes, suite à la mort de leur père adoptif. Six frères et soeurs qui ne s'entendent guère mais qui vont pourtant devoir faire face à une terrible menace : la fin du monde.

The Umbrella Academy est dans le haut du panier des séries Netflix. Si elle n'est pas parfaite, le rythme, l'un des problèmes récurrents de la plateforme, reste meilleur que chez la plupart de ses consoeurs. Elle est bien aidée par la multiplicité des personnages, le vrai point fort de cette première saison. La série prend le temps de les (re)(dé)construire pour mieux que le spectateur s'y attache et change régulièrement de chouchou. Et ça fonctionne, les acteurs faisant très bien le boulot (mais quelqu'un doutait-il vraiment d'Ellen Page ?). Le tout dans une très jolie esthétique, très soignée, qui donne une impression de film plutôt que de série.

Mais si elle se suit avec plaisir, cette première saison reste frustrante, la faute justement à sa nature de saison 1 qui appelle nécessairement une saison 2, tant dans l'intrigue principale que pour de nombreux éléments annexes. Ça reste plaisant, voire très plaisant, et tout à fait recommandable... mais quand même un peu frustrant de n'avoir quasiment qu'une introduction. Néanmoins la série est peu portée sur l'amoncellement de petits détails et de fils narratifs complexes, il ne devrait donc y avoir aucun problème à reprendre la saison 2 après une longue pause. Et comme ça vous pourrez savourer au plus tôt le bijou qu'est l'épisode 6 !

D'autres avis : Xapur, Anudar, ...

mercredi 19 juin 2019

Carolyn Ives Gilman - Voyage avec l'extraterrestre

Voyage avec l'extraterrestre, Carolyn Ives Gilman, 2016, 33 pages

Les extraterrestres, ou plutôt leurs vaisseaux, sont apparus sur Terre. Impassibles pendant plusieurs mois, un "traducteur", humain enlevé enfant, finit par sortir et demander un trajet à travers les États-Unis pour lui et l'un des extraterrestres. C'est Avery qui se chargera de les conduire et qui aura donc peut-être l'occasion d'être la première à en apprendre plus sur ces étonnants visiteurs.

Voyage avec l'extraterrestre est exactement ce que son titre laisse présager : un road-trip humano-autre qui recycle efficacement et intelligemment le thème classique du premier contact en y ajoutant une belle réflexion sur la conscience. C'est à la fois très simple, quasi-linéaire, et pour autant très surprenant - et pas qu'une fois - d'un "étonnement simple" qui laisse songeur. Une belle surprise qui vaut le coup d'oeil.

Nota : lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire 2019, la nouvelle est téléchargeable gratuitement sur le site du Bélial' jusqu'au 10 juillet.

vendredi 14 juin 2019

Vernor Vinge - Cookie monster

Cookie monster, Vernor Vinge, 2003, 101 pages

Embauchée au sein du service clients de LotsaTech - une entreprise technologique qui ferait pâlir Microsoft, Google et leurs confrères - Dixie Mae reçoit un étrange mail contenant des informations de son enfance connues, à priori, d'elle seule.

Et rien de plus ne peut être dit sur l'intrigue de cette novella - pas de divulgâchage ici, à la différence de Vernor Vinge quand il évoque d'autres oeuvres dans son récit... - tout l'intérêt reposant sur la découverte du mystère entourant ce message. Un mystère qui s'éclaircira peu à peu et qui aura de fortes chances de laisser le lecteur bouche bée.

Malgré un fond hard-SF - comprendre : à moins d'être spécialiste ou d'avoir envie de faire de grandes recherches, vous ne comprendrez pas tous les tenants et aboutissants techniques - Vernor Vinge parvient à garder un texte fluide et appréciable par le plus grand monde, les éléments principaux de compréhension restant à portée de tous. La fin, ouverte, est propice à une certaine frustration, mais c'est certainement mieux ainsi. Et puis l'essentiel est finalement déjà accompli : Cookie monster est un texte bluffant et vertigineux. Et son titre est parfait.

dimanche 9 juin 2019

Robert Heinlein - Marionnettes humaines

Marionnettes humaines, Robert Heinlein, 1951/1990, 403 pages.

2007 (dans le futur). Sam Cavanaugh, agent secret au sein de la Section, un service de renseignement ultra secret, est envoyé à Des Moines, Iowa, sur les traces d'une soucoupe volante. La conclusion est sans appel : des extraterrestres, capable de prendre le contrôle d'êtres humains en se collant sur leur nuque, ont débarqué. Comment lutter contre cette invasion ?

Nota : si on regarde Doctor Who, on ne pourra s'empêcher de voir des daleks dans les extraterrestres ici présents, d'autant plus que leur capacité n'est pas sans rappeler un épisode récent...

Marionnettes humaines démarre très fort puisqu'après une vingtaine de pages seulement les extraterrestres ont débarqué et commencé à envahir les États-Unis. Y a-t-il vraiment besoin de préciser que le roman sera rythmé et dynamique ? Ce qui est l'une de ses plus grandes qualités, avec le mystère de ces êtres venus d'ailleurs et des moyens de les combattre, un thème classique mais efficace. Et si cette lutte contre l'invasion est au coeur du récit, l'aspect le plus intéressant est peut-être avant cela, dans la manière de faire prendre conscience à tous du danger imminent et d'agir politiquement en conséquence, ce qui est loin d'être une sinécure. Remplacez l'invasion par la menace écologique et vous obtenez des chapitres parfaitement d'actualité.

Comme souvent avec Heinlein, le roman est daté. Il y a beaucoup de références à l'URSS, presque toutes en comparaison des extraterrestres, mais surtout des clichés sur les femmes à la pelle - sans compter une histoire d'amour bien niaiseuse. Pour autant, et c'est là le plus étonnant, Heinlein propose dans le même temps des passages et réflexions à contrepied de tout cela, et même une héroïne présentée comme étant plus forte que le héros. Une ambivalence assez perturbante.

Marionnettes humaines alternent continuellement le bon et le moins bon, entre haussements de sourcils dubitatifs et éclats dans les yeux à la suite d'une bonne trouvaille. Si sa lecture est acceptable, voire sympathique, elle n'en reste pas moins l'une de mes moins bonnes expériences avec l'auteur.

mardi 4 juin 2019

Bulles de feu #16 - Zidrou & friends

Emma G. Wildford, Zidrou & Édith, 2017, 100 planches

Angleterre, début du XXème siècle. Emma G. Wildford attend le retour de son fiancé, parti à l'aventure en Laponie, sur les traces d'une légende samie. Après un an d'absence sans nouvelle, la jeune femme prend à son tour la direction du nord, sous le regard choqué de l'époque.

Le personnage d'Emma G. Wildford, femme n'ayant que faire du regard de la société et bien décidée à vivre sa vie comme elle l'entend, fonctionne plutôt bien. (En tout cas bien mieux qu'une certaine Valentine Pitié.) Néanmoins, plus que le personnage, la qualité d'Emma G. Wildford tient surtout dans son esprit d'aventure et son récit quasi-initiatique, très plaisant à suivre.

Une bonne BD, pas nécessairement exceptionnelle, mais qui est assurément un cran au-dessus de la normalité, et ce notamment grâce à l'excellent travail d'édition. On trouve ainsi à l'intérieur des pages d'Emma G. Wildford quelques objets - photo, ticket d'embarquement et lettre - liés au récit et l'écrin se referme d'une double couverture à rabats magnétiques. Du détail, certes, mais qui donne ce petit plus, cette impression de lire quelque chose de différent. Et c'est parfois tout ce qu'il faut pour devenir marquant.

Tourne-Disque, Zidrou & Raphaël Beuchot, 2014, 102 planches

Invité au Congo belge pour donner un concert, le violoniste Eugène Ysaÿe se retrouve bloqué par un torticolis et doit prolonger son séjour. Ce sera l'occasion pour lui de faire une rencontre inattendue et marquante avec la culture locale.

Eugène Ysaÿe est un personnage réel mais cette histoire est, à priori, une totale invention. Cela n'en reste pas moins un intéressant coup de projecteur qui donne envie d'aller en lire plus sur cet homme. Pour continuer sur ce que n'est pas cette BD, le colonialisme y est une toile de fond qui apparait en filigrane mais est très loin d'être le point focal de l'histoire.

Mais alors, qu'est-ce qu'il y a dans ce Tourne-Disque ? Une histoire très simple, la rencontre de deux hommes unis par les liens de la musique. C'est simple, certes, mais ça ne fait que renforcer la gentillesse et l'émotion qui se dégagent de ce récit. C'est beau, tout simplement. Les mêmes compliments peuvent d'ailleurs s'appliquer aux dessins, dans un style très propre, et encore plus aux couleurs, très colorées et très chaudes. C'est simple, c'est beau, c'est efficace. Un petit bijou comme une douce mélodie.

jeudi 30 mai 2019

Edmond Hamilton - Les Loups des étoiles

Les Loups des étoiles, Edmond Hamilton, 1967-1968, 523 pages.

Morgan Chane est un Loup des étoiles, ces êtres venus de la planète Varna, sortes de vikings interstellaires, ne vivant que pour le pillage d'autres planètes et redoutés dans de nombreuses galaxies. Enfin, il était un Loup, lui qui se retrouve désormais banni et poursuivi par les siens. Heureusement pour lui, Chane n'est pas originaire de Varna mais de la Terre, ce qui lui permet d'échapper à ses poursuivants en se faisant recruter par une bande de mercenaires terriens.

Cette intégrale Les Loups des étoiles comprend les trois romans écrits par Edmond Hamilton sur le personnage de Morgan Chane. Si ces trois romans content chacun une aventure du héros et de ses compagnons mercenaires, ils forment surtout un véritable ensemble qui s'enchaîne très agréablement et pourrait presque faire croire qu'il ne s'agit que de trois grandes parties d'un même grand roman.

Les Loups des étoiles est fortement axé action et aventure, cette dernière prenant d'ailleurs franchement le pas sur la première. Mais ce n'est pas le livre bourrin que la couverture ou le pitch de départ pourrait laisser à penser. C'est avant tout un livre où tout est très bien dosé, que cela soit dans le rythme, dans l'écriture ou dans l'intrigue. C'est surtout un livre où le sense of wonder est éminemment présent, tant dans l'émerveillement à parcourir ces galaxies que dans les mystères se cachant au coeur de chaque aventure.

L'Arme de nulle part ouvre cette intégrale. Edmond Hamilton pose rapidement les bases de son univers et envoie le lecteur dans une intrigue qui ne cesse de prendre de l'ampleur. Peut-être - surement - le meilleur des trois romans. Les Mondes Interdits renvoie les mercenaires dans une nouvelle mission. Si la montée en puissance est réussie et culmine dans une découverte enivrante, ce deuxième roman s'avère peut-être le plus faible à cause d'une séquence post-mystère trop longue à se conclure. Le Monde des Loups termine l'ouvrage en traitant d'un sujet attendu, mais sous une forme plus inattendue. Si ce n'est pas le roman le plus réussi du point de vue sense of wonder, il fonctionne grâce aux 400 pages précédentes et à l'attachement désormais acquis pour ce personnage principal à la limite entre héros et anti-héros.

Les Loups des étoiles n'est pas le livre du siècle et il manque certainement d'un peu de profondeur pour être conseillé à tout un chacun. Mais c'est néanmoins - et c'est déjà beaucoup - un très bon divertissement, aussi intelligemment écrit que dépaysant.

samedi 25 mai 2019

Bulles de feu #15 - Disparitions

Ces jours qui disparaissent, Timothé Le Boucher, 2017, 190 planches

À la suite d'un choc, Lubin, jeune acrobate, est confronté à un trouble dissociatif de l'identité cyclique : une autre personnalité prend possession de son corps un jour sur deux. Comment cohabiter avec soi-même ?

Ouvrage multiplement primé et acclamé, Ces jours qui disparaissent est à la hauteur de sa réputation. C'est une très bonne bande dessinée dont l'histoire tient en haleine et ne donne pas envie de la lâcher avant d'en avoir tourné la dernière page - une page qui d'ailleurs vous laissera la BD en tête pendant encore quelques minutes, au minimum. Le tout dans un style "épurée mais pas simpliste" qui apporte une vraie identité au livre.

Le seul petit bémol - outre la quatrième de couverture qu'on évitera de lire pour se garder un vrai plaisir de découverte (presque un cas de #SyndromeActesSud) - le seul bémol donc est une certaine sensation de manque d'un petit quelque chose, peut-être d'un vrai but (autre que "tourner les pages parce que c'est bien"). C'est ce qui retient Ces jours qui disparaissent d'être une extraordinaire BD. Mais cela ne doit absolument pas vous retenir de la lire parce qu'elle reste une très bonne BD !

L'Homme qui tua Lucky Luke, Matthieu Bonhomme, 2016, 60 planches
« J'l'ai eu bon dieu ! C'est moi, regardez ! C'est moi qui l'ai tué ! Haha ! J'ai détruit la légende ! J'ai tué Lucky Luke ! »
Ainsi commence L'Homme qui tua Lucky Luke, avec un Lucky Luke gisant mort, face contre terre, au milieu d'une troupe de badauds aussi choqués que nous. Comment cela a-t-il bien pu arriver ? Retour quelques jours auparavant, lorsque Luke arrive à Froggy Town...

L'Homme qui tua Lucky Luke, qui ne fait pas partie de la série officielle, est un superbe hommage au héros solitaire. Matthieu Bonhomme réussit le pari de faire une histoire classique de Lucky Luke tout en apportant sa vision de l'oeuvre et sa patte, avec en prime une explication tout à fait satisfaisante d'un détail historique de la série. Une vraie réussite - même s'il faut quelques pages pour s'habituer au visage de ce "nouveau" Luke - dont on ne peut s'empêcher de penser qu'elle a parfaitement sa place dans le canon officiel !

lundi 20 mai 2019

Marie Pavlenko - La Fille-Sortilège

La Fille-Sortilège, Marie Pavlenko, 2013, 427 pages

Au milieu du désert, la Cité des Six est une Cité-État qui vit en quasi-autosuffisance autour des six clans qui la composent et qui exercent chacun une spécialité en s'aidant de la magie. Une harmonie parfaite... si ce n'est pour les orklas - les hors-clans - qui tentent de survivre en marge de ce système. L'histoire suit les traces d'Érine, une orkla, qui déterre et revend des cadavres pour survivre et qui va, bien évidemment, se voir involontairement mêler à une intrigue au coeur des arcanes de la Cité.

La Fille-Sortilège peut sembler très classique sur le papier, et il l'est sur certains points. Ce n'est d'ailleurs pas un défaut en soi, puisqu'il faut bien des oeuvres un peu "classiques" pour que puissent exister des oeuvres atypiques. C'est encore moins un défaut quand ces aspects classiques sont bien menés, comme c'est le cas ici : un bon rythme qui ne tire pas inutilement à la ligne, des révélations logiques et bien dosées, une visualisation et une caractérisation très efficaces, ... Même la partie finale, nécessairement un peu plus dans de l'action, est suffisamment courte pour ne pas tomber dans l'ennui.

Tout cela ne veut pas dire qu'il n'y a aucune surprise ni trouvaille, bien au contraire. Surtout, l'histoire commence bien après ce qui aurait pu être le début du récit, un choix intelligent qui permet d'avoir une héroïne ayant déjà du vécu et de recentrer l'intrigue sur une plus courte durée.  

La Fille-Sortilège est un bon roman, simple et efficace, porté tout autant par une intéressante cité que par une sympathique héroïne. Un livre à taille humaine qui ne perd jamais le lecteur en évitant l'écueil de la grandiloquence, avec en prime un fond évoquant, tout en finesse et discrétion, l'écologie et l'égalité. Une réussite, peu importe l'étiquette qu'on lui colle.

D'autre avis : Xapur, Mariejuliet, ...

mercredi 15 mai 2019

Bulles de feu #14 - Disney 2018

Mickey et l'Océan perdu, Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni, 2018, 56 planches.

La couverture annonce tout de suite la couleur : Mickey et l'Océan perdu est une magnifique BD. Vous pouvez vérifier (ici), toutes les pages sont du niveau de cette couverture. Des personnages dessinés précisément mais surtout un cadre extrêmement riche et admirablement colorisé (par Jessica Bodart et Gaspard Yvan). C'est beau et ça donne envie de s'y replonger plus d'une fois.

Si c'est déjà une raison suffisante pour lire ce livre, ce n'est pas tout. Car le duo Filippi/Cambioni, déjà à l'oeuvre sur l'excellent Le Voyage extraordinaire, nous offre une intéressante, et étonnante, histoire de Mickey version steampunk - même si la source d'énergie est ici la "coralite". Si on peut douter à première vue de l'utilité de la présence de Mickey et compagnie dans ce récit, l'intérêt est finalement là dans l'absence de besoin de présenter les personnages et de les caractériser. Sans compter la simple joie de voir mixer Mickey et steampunk. L'histoire vaut certes plus pour son cadre que pour ses rebondissements, mais qu'importe, l'essentiel est là : un pur plaisir de lecture.

D'autres avis : Gromovar, ...

Donald's Happiest Adventures, Lewis Trondheim et Nicolas Keramidas, 2018, 42 planches.

La première chose qui frappe dans Donald's Happiest Adventures, c'est - une nouvelle fois, mais de manière bien différente - le style graphique (à découvrir ici) : pages jaunies/vieillies - l'histoire ayant été retrouvée au fin fond d'un grenier - et dessins absolument infidèles à l'original. C'est choquant au démarrage... et puis on s'y fait, au moins un peu.

On s'y habitue surtout car l'histoire capture l'intérêt. Et pour cause : envoyé dans une nouvelle aventure par Picsou, Donald doit cette fois découvrir le secret du bonheur ! Un périple de par le monde où chaque page sera l'occasion d'un "épisode" à chute, car Donald's Happiest Adventures est tout autant une histoire complète de 42 planches qu'un enchainement d'amusants strips d'une page. C'est intelligent sur la forme, gentil sur le fond et franchement amusant dans l'ensemble. Peut-on vraiment ne pas être satisfait d'une BD qui donne le sourire ?

D'autres avis : Gromovar, ...

vendredi 10 mai 2019

Terry Pratchett & Stephen Baxter - La Longue Terre

La Longue Terre, Terry Pratchett et Stephen Baxter, Tome 1/5 de La Longue Terre, 2012, 381 pages.

Suite à la propagation sur internet du schéma d'un mystérieux engin, le Passeur, composé d'éléments électroniques autour d'une pomme de terre, l'humanité est désormais capable d'accéder à une infinité de Terres parallèles, la "Longue Terre", vierges de toute présence humaine. C'est dans ce nouveau contexte que Josué Valienté, capable de passer d'une Terre à une autre sans Passeur, et Lobsang, un réparateur de motocyclettes tibétain réincarné dans une intelligence artificielle, partent explorer les confins de la Longue Terre.

Il n'y a pas à réfléchir longtemps pour voir l'influence des deux auteurs, avec cette trame "scientifique" qui va bien à Stephen Baxter sur laquelle viennent immanquablement éclore des loufoqueries à la Terry Pratchett. C'est d'ailleurs l'une des forces de La Longue Terre : réussir à conjuguer parfaitement les styles des deux auteurs, dans un ensemble cohérent et équilibré qui sait toujours garder de la simplicité.

L'autre grande force de ce roman, c'est le sense of wonder, via la découverte de ce multivers qui dévoilera peu à peu ses surprises. Et heureusement que cet émerveillement est là car La Longue Terre repose essentiellement sur lui, un véritable enjeu "concret" n'arrivant pas avant 250 pages. C'est étonnant et un peu perturbant mais ça fonctionne.

La Longue Terre aurait pu être un excellent one-shot de 250/300 pages. Mais il en fait près de 400, grâce/à cause d'une "intrigue" secondaire qui est essentiellement là pour préfigurer la suite de la série et qui oblige le lecteur à poursuivre l'aventure s'il veut connaître le fin mot de l'histoire. C'est en partie tentant, la qualité étant ici au rendez-vous, mais c'est aussi un peu effrayant, le sense of wonder ayant une fâcheuse tendance à disparaitre avec le temps. C'est aussi frustrant, la qualité du présent roman dépendant donc désormais en partie des tomes suivants. La Longue Terre aurait pu être un excellent one-shot : c'est seulement un très bon premier tome.

D'autre avis : Lorhkan, Lune, Lhisbei, Xapur ...

dimanche 5 mai 2019

Bulles de feu #13 - Emmanuel Lepage

Ar-Men, l'Enfer des enfers, Emmanuel Lepage, 2017, 88 planches.

Magnifique. Il n'y a pas d'autres mots pour qualifier le travail d'Emmanuel Lepage en général, et cet album en particulier. Un album qui parvient à parler du phare d'Ar-Men en lui-même, de son histoire, tout en évoquant la vie d'un gardien de phare, sans oublier de convier à la fête quelques légendes du passé. C'est riche mais ce n'est jamais trop, le tout s'enchaînant naturellement.

Mais surtout, il y a le dessin d'Emmanuel Lepage et des planches plus majestueuses les unes que les autres, qu'on ne refuserait pas à avoir en grand format encadré chez soi. Juste sublime et une raison plus que suffisante pour lire Ar-Men, qu'on soit attiré ou non par la Bretagne - mais qui ne l'est pas ?

D'autres avis : Lorhkan, Boudicca, ...

Les Voyages d'Ulysse, Emmanuel Lepage, Sophie Michel et René Follet, 2016, 221 pages.

Fin du XIXème siècle. Salomé Ziegler, capitaine du navire L'Odysseus, est à la recherche du peintre Ammôn Kazacz. Elle est aidée par Jules Tourlet, peintre lui aussi, et tous deux partent pour un périple dans le bassin méditerranéen qui sera l'occasion d'en apprendre plus sur le passé de la jeune femme.

Comme le titre l'indique, l'histoire va tourner en filigrane autour d'Ulysse, personnage important pour l'héroïne. La BD est érudite et les références sont multiples, allant jusqu'à l'insertion d'extraits de L'Odyssée sur des feuillets intercalés dans l'ouvrage. L'ensemble reste malgré tout compréhensible et plaisant pour quelqu'un n'étant pas forcément à l'aise avec l'histoire d'Ulysse, notamment car l'essentiel reste l'histoire de Salomé et sa propre quête.

Si Les Voyages d'Ulysse n'est pas nécessairement facile d'accès, le prologue étant assez étrange, il finira par être immersif, emportant le lecteur pour un voyage consistant de plus de 200 pages où la patte graphique d'Emmanuel Lepage fait toujours des merveilles, en adéquation avec celle de René Follet à l'oeuvre pour les peintures d'Ammôn Kazacz. Un ouvrage qui sort de l'ordinaire et tente des choses, en plus d'un récit intelligemment écrit et de superbes dessins.

La Lune est blanche, François Lepage et Emmanuel Lepage, 2014, 221 planches.

Direction l'Antarctique pour les frères Lepage - François le photographe et Emmanuel le dessinateur - à la découverte de la base polaire Dumont d'Urville et la participation au ravitaillement de la base Concordia, à plus de 1000 kilomètres dans les terres - enfin, dans les glaces.

La Lune est blanche retrace l'histoire de ce projet fou où les rebondissements semblent avoir été minutieusement préparés par un scénariste qui ne rechercherait pas trop la crédibilité. Et pourtant, c'est une histoire vraie et surtout une histoire fascinante à suivre avec en filigrane la découverte de cette terre lointaine.

Oeuvre commune des deux frères, La Lune est blanche est un livre massif où se mêlent bande dessinée et photographies. Si l'idée est sympathique, elle apporte aussi le seul bémol de cet ouvrage : la BD prend très - trop - largement le dessus et on déplorera le manque de photos. Un point de détail qui ne doit pas venir masquer l'essentiel : c'est un très bon livre !

D'autres avis : Boudicca, ...

mardi 30 avril 2019

Stéphane Przybylski - Le Château des millions d'années

Le Château des millions d'années, Stéphane Przybylski, Tome 1/4 d'Origines, 2015, 337 pages.

Irak, juillet 1939. En mission pour le Troisième Reich, l'officier SS Friedrich Saxhäuser voit un objet volant non identifié s'écraser devant lui. Une découverte qui pourrait modifier le cours de la guerre à venir...

Présenté ainsi, la Seconde Guerre mondiale du point de vue nazi à la sauce occulte-extraterrestre, ça n'augure pas nécessairement du bon. Et pourtant, Le Château des millions d'années est bien plus subtil que ce pitch de base peut le laisser entendre. Car bien plus qu'une oeuvre de science-fiction, c'est avant tout un roman doté d'un fond historique éminemment précis et documenté, à la table duquel tous les pontes du régime nazi sont conviés. Et si le personnage principal est nazi, ce qui pose d'évidents problèmes, l'objet - et donc l'intérêt - n'est pas de le réhabiliter mais bien de comprendre comment la montée du nazisme a pu se faire si naturellement, comment Saxhäuser et d'autres en sont arrivés là.

Le plus fort dans tout ça, c'est que Stéphane Przybylski ne donne jamais l'impression de nous dispenser un cours d'Histoire. Avant tout, il nous offre un récit fluide d'aventure ponctué sans cesse de sauts temporels. Si le procédé est agréable pour le rythme et assez facile à suivre - à condition de toujours bien lire les changements de dates ! - il apparait néanmoins parfois un peu forcé, tant dans la manière de l'amener que dans le séquençage des révélations. Un des rares bémols de ce livre, outre le fait, quasi-obligatoire en tant que premier tome d'une tétralogie, qu'il serve surtout de présentation et d'introduction à la série.

Sur une idée de départ qui me laissait plus que dubitatif, Le Château des millions d'années a réussi à me séduire par son mélange d'aventure mystérieuse et d'Histoire intelligente, avec en prime le bon goût de s'arrêter au moment où la lassitude commençait à pointer - avant l'emballement final, certes. L'idée de prolonger l'expérience avec la suite est loin d'être exclue, au contraire. C'est certainement un bon signe, non ?

D'autre avis : Vert, L'Ours inculte, Herbefol, Apophis, lutin82, Dionysos, Xapur, Mariejuliet, Shaya, Alys, Lhotseshar, Gromovar ...

jeudi 25 avril 2019

Edmond Hamilton - Comment c'est là-haut ?

Comment c'est là-haut ?, Edmond Hamilton, 1952, 26 pages (pdf)

Le sergent Frank Haddon vient de revenir d'une expédition sur Mars. Avant de rentrer chez lui, il fait quelques détours pour rencontrer les proches de trois camarades qui eux ne sont pas revenus. L'occasion de se remémorer cette aventure spatiale.
« Alors, me demanda-t-il, comment c’est là-haut ? »
C'est là toute la question, et rarement un titre n'aura été aussi parfait. Que raconter à des gens qui ont des images et des idées déjà bien arrêtées en tête ? Que raconter à des proches qui attendent du réconfort ? La vérité ou leur vérité ? La cruelle réalité ou un beau mensonge ? C'est tout l'enjeu et le questionnement proposés très joliment par Edmond Hamilton.

Mon seul reproche tient sur l'ultime paragraphe qui, bien que je puisse y voir un sens, me parait faire un peu tâche avec le reste. Mais ce détail ne doit pas venir ternir le portrait d'une nouvelle qui reste une très belle réussite.

D'autre avis : Yogo, Lhisbei ...

samedi 20 avril 2019

Joëlle Wintrebert - Les Olympiades truquées

Les Olympiades truquées, Joëlle Wintrebert, 1998, 313 pages.

Sphyrène est une nageuse se préparant pour les Jeux Olympiques, avec tout ce que cela implique du culte du corps. Maël, elle, est une clone, réplique d'une grande musicienne disparue dans un accident, dont le père - du clone - est l'ancien mari - du modèle. Les Olympiades truquées est un roman qui traite du corps dans tous ses états, et pas nécessairement les plus ragoûtants. Ce qui donnera le droit à quelques scènes forts crues et sexuées qui m'auront personnellement quelque peu sorti du livre.

Mais Les Olympiades truquées est aussi, évidemment, un roman qui parle du sport et plus précisément du "toujours plus", des enjeux qui explosent et du développement du dopage. Des idées intéressantes, toujours d'actualité même si leur écho est sensiblement différent - mais pas moindre - du moment de l'écriture, malgré un certain manichéisme et une vision très sombre qui amoindrissent quelque peu le constat.

Tout ça, et même plus, via des chapitres courts et des points de vue changeant sans cesse, en seulement 300 pages. Malheureusement, cela ne laisse pas la place nécessaire au bon développement de l'histoire ou des idées. C'est le problème du livre : il y a trop de choses, beaucoup trop de choses, et du coup tout parait survolé, et un peu plat, jusqu'à une partie finale - les JO, enfin ! - bouclée en si peu de pages. C'est d'autant plus dommage que ça aurait pu être vraiment bien.

lundi 15 avril 2019

Thierry Di Rollo - Brumes fantômes

Brumes fantômes, Thierry Di Rollo, 2018, 19 pages (pdf).

Bersekker revient sur le lieu de sa jeunesse. L'occasion d'en finir avec une page de son passé et de se tourner vers l'avenir... s'il est possible de parler d'avenir pour une personne telle que lui ?

Brumes fantômes est une nouvelle simple et efficace. Elle ne restera pas nécessairement en tête à tout jamais, mais elle est tout à fait plaisante à lire, et ce malgré un certain ton désabusé qui n'est heureusement pas pesant. Elle est bien aidée en cela par une omniprésence des dialogues la rendant très fluide, avec en prime une certaine ironie/jeu entre personnages et lecteur. Dix minutes de lecture qu'on ne regrettera pas.
« (...) tu es de ce genre que l’on appelle humain. Le laid et le violent nous ont toujours fascinés. »
D'autre avis : Yogo, Lhisbei ...

mercredi 10 avril 2019

Christophe Lambert - Aucun homme n'est une île

Aucun homme n'est une île, Christophe Lambert, 2014, 275 pages.

2 juillet 1961. Ernest Hemingway est sur le point de se suicider quand on vient l'avertir d'un débarquement américain à Cuba. Une attaque en juillet ? Oui, car Kennedy a repoussé l'assaut d'avril et évité le fiasco de la baie des cochons. L'occasion pour Hemingway de reprendre sa casquette de correspondant de guerre et de retourner à Cuba pour tenter d'interviewer Fidel Castro et Che Guevara.

Je ne suis pas un grand amateur d'uchronies historiques, que je trouve souvent compliquées et nécessitant pas mal de connaissances pour pleinement les apprécier. Ces "problèmes" sont ici à la marge : le récit est assez minimaliste et les pré-requis sont eux-aussi minimes et généralement connus de tous, pour peu que vous sachiez ce qu'est la Guerre Froide, où est situé Cuba et qui sont Fidel Castro et Che Guevara.

D'ailleurs, si sa base est une uchronie historique, Aucun homme n'est une île est surtout l'occasion pour Christophe Lambert de proposer une courte aventure unique, dans un cadre rare, et de mettre en scène trois personnages historiques. Et si l'aspect uchronique permet de prendre des libertés et de laisser libre cours à l'imagination, ce n'est pas pour autant un livre déconnecté de la réalité. Bien au contraire même, l'auteur ayant (ré)intégré de nombreux faits/anecdotes historiques, explicités dans la très intéressante bibliographie qui conclut l'ouvrage.

Aucun homme n'est une île est un excellent livre à tous les niveaux. Il apporte d'un côté un récit d'aventures plaisant, très bien rythmé et qui ne tire pas en longueur, tout en présentant intelligemment des personnages (et des idées) complexes. Le tout avec grande simplicité. À lire que vous soyez ou non amateur d'uchronie !

D'autre avis : Gromovar, Lhisbei, Julien, ...

jeudi 4 avril 2019

Ernest Pérochon - Les Hommes frénétiques

Les Hommes frénétiques, Ernest Pérochon, 1925, 345 pages.
« Les hommes n'avaient pas compris qu'une ère nouvelle commençait, où la prudence, à défaut de bonté, deviendrait une vertu essentielle. »
Suite à la désolation laissée par la guerre mondiale de la fin du XXIIème siècle, l'ère chrétienne a pris fin et le monde est entré dans l'ère universelle. Une ère où toute la planète a atteint une certaine aisance économique, bien aidée en cela par une nouvelle source d'énergie dont l'installation quadrille le globe. Une ère où, pour ne pas reproduire les erreurs du passé, la norme est à la prudence et à la modération, où toute ardeur et exaltation doit être réprimée. Mais le temps passe et les hommes oublient...

Autant le dire tout de suite, Les Hommes frénétiques n'est pas un grand livre sur le plan romanesque. Les (rares) personnages sont fades et très peu caractérisés. L'intrigue ne tourne d'ailleurs pas réellement autour d'eux, Ernest Pérochon préférant plutôt conter les péripéties de la planète à un niveau international, comme des chroniques historiques de notre futur. Si l'approche est compréhensible, elle reste dommageable puisque l'ensemble manque de simple plaisir de lecture, et ce d'autant plus que l'auteur, Prix Goncourt en 1920, prouve dans la dernière partie du roman qu'il est capable de proposer autre chose.

Mais s'il peut y avoir à redire sur le plan romanesque, peut-être encore plus pour un lecteur du XXIème siècle, Les Hommes frénétiques n'est pas un livre à jeter pour autant et reste un roman fort dans sa dimension historique et visionnaire. S'il ne décrit évidemment pas précisément notre présent, Ernest Pérochon met tout de même en garde sur, entre autres, l'utilisation détournée des découvertes scientifiques, les menaces de guerres biologiques et chimiques ou encore les dangers d'un monde où règnent les réactions vives et exaltées. Des préoccupations toujours plus d'actualité alors que ce roman a été écrit en 1925...

Bien que très imparfait - on l'appréciera bien plus après lecture que pendant - Les Hommes frénétiques reste une belle curiosité historique qui n'aura malheureusement pas servi de leçon. Un livre qui, certes, parle exclusivement au cerveau mais qui parvient encore à le faire près de 100 ans plus tard et en ayant pris peu de rides.
« Il n'y avait à terre ni vainqueurs ni vaincus ; seulement des morts, des blessés hurlants, quelques fuyards à demi fous. »
D'autre avis : TmbM, Lekarr ...

vendredi 29 mars 2019

Bulles de feu #12 - Histoires de guerres

Le Chant du Cygne, Série terminée en 2 tomes, Xavier Dorison, Emmanuel Herzet et Cédric Babouche, 2014-2016, 57 et 65 planches.

1917. Suite à la dévastatrice bataille du Chemin des Dames, une pétition circule entre soldats français pour faire arrêter cette boucherie. Une pétition qui tombe entre les mains du lieutenant Katz et de ses hommes, qui devront se rendre au plus vite à Paris pour la remettre au Parlement et faire écarter le général Nivelle.

Sous couvert d'une imaginaire (?) pétition, les auteurs nous proposent une sorte de "buddy-road-movie" où une bande de soldats doit parvenir à Paris, non sans, évidemment, devoir éviter un lot d'embuches. Ne vous fiez pas complètement à ma qualification : Le Chant du Cygne n'est pas une amusante balade dans la campagne. Au contraire. Et pourtant, le ton est finement dosé : c'est dur, c'est dramatique, mais ça reste dans le même temps très agréable à lire. Une contradiction en grande partie rendue possible par un dessin (à découvrir ici) qui parvient à dédramatiser l'ambiance.

Un intelligent et émouvant diptyque qui permet d'évoquer habilement les mutineries de 1917. À lire.

Carton jaune !, Didier Daeninckx et Asaf Hanuka, 1999, 52 planches.

Carton jaune ! est inspiré de l'histoire du boxeur Young Perez. Sauf qu'ici l'histoire est celle de Jacques Benzara, un jeune footballeur repéré à Tunis qui va devenir une star à Paris. Mais nous sommes à la fin des années 1930 et son avenir risque de s'ombrager...

Carton jaune ! est une BD assez anodine. Ça se lit mais, malgré un sujet grave, ça ne marque pas et cela manque quelque peu d'émotion et d'implication. Mais le problème principal n'est même pas là. Pourquoi Jacques Benzara et non Young Perez ? Pourquoi avoir inventé un personnage imaginaire, inspiré de, alors que l'histoire de Young Perez aurait, elle, eu d'emblée le parfum de l'Histoire et aurait certainement été plus marquante ? Une occasion ratée - un comble pour un attaquant de pointe.

(notez que d'autres, heureusement, ont depuis corrigé le tir et publié des BD sur Young Perez)

lundi 25 mars 2019

Catherine Dufour - Le Goût de l'immortalité

Le Goût de l'immortalité, Catherine Dufour, 2005, 318 pages.
« C'est courageux. J'ai donc décidé de l'être à mon tour et de vous faire une série d'aveux. C'est le nom qu'on donne aux explications quand elles sont pénibles. »
Et la narratrice de se lancer dans une longue lettre - ce roman - retraçant une série d'évènements ayant bouleversé sa vie - et ce n'est pas peu dire. L'occasion d'apprendre à mieux la connaitre, certes, mais surtout de découvrir un futur hors du commun où les rapports de force ont évolué à l'extrême.

Je n'ai pas envie d'en dire beaucoup plus concernant l'histoire et l'univers. D'une parce que c'est loin d'être facile à résumer et que j'en serais bien incapable. De deux pour ne rien divulgâcher, le plaisir étant ici clairement à la découverte.

Le Goût de l'immortalité est un roman qui tient presque du fix-up dans sa construction tant s'enchaînent de longues parties centrées sur des personnages différents - à l'exception de la dernière, bien évidemment. Ce n'est nullement gênant tant le "plaisir" est de découvrir ce monde et ses changements.

Notez les guillemets à "plaisir". Car Le Goût de l'immortalité n'est pas un livre misant sur le bonheur et la félicité. C'est un livre cru où l'écriture de Catherine Dufour envoie des baffes et parle aux tripes, tout en restant assez facilement lisible - à une exception près, trigger warning, d'une scène de viol. Passez outre : c'est un roman différent à tous les niveaux et c'est une raison suffisante de le lire.
« Ils ont assez de culture et de loisirs pour pouvoir se livrer au jeu angoissant de l'anticipation. Je n'arrive pas à leur trouver d'excuses. »
D'autre avis : Le chien critique, Vert, AcrO, Lhisbei, Herbefol, Gromovar, ...

mardi 19 mars 2019

Paolo Bacigalupi - Ferrailleurs des mers

Ferrailleurs des mers, Paolo Bacigalupi, 2010, 394 pages.
« - Ce n'est pas parce qu'un marché existe qu'il faut le servir. (...)
- T'essaies de me dire que tes dealers de rouille ont la conscience propre ? Que raffiner du pétrole est plus sale que d'acheter notre sang et notre rouille pour vous fournir en matières premières ? »
Aux États-Unis, dans un futur proche, dans un monde changé par le dérèglement climatique. Nailer fait partie d'un groupe de légers : comprendre un groupe de ferrailleurs qui vit en récupérant du cuivre, au péril de leurs vies, sur les câblages électriques des navires échoués. Il ne rêve que d'une chose : un "Lucky Strike", une grosse découverte - du pétrole par exemple - pour lui permettre de devenir riche et changer de vie. Le Dieu Ferrailleur sera-t-il de son côté ?

Évidemment il va se passer quelque chose d'inhabituel, sinon le roman n'aurait pas de raison d'exister. Et ça aurait été bien dommage, tant il est de qualité. Pourquoi ? En grande partie pour son rythme à la limite de la perfection. Pour un roman aussi "simple" dans le déroulé - le vrai aspect "Young Adult" de l'ouvrage - tout s'enchaine très bien, ni trop rapidement ni trop lentement, et surtout, encore plus rare, sans scène inutile ou ennuyante.

L'autre force de Ferrailleurs des mers, c'est son contexte, tout autant futur que présent, et les thématiques abordées intelligemment. Car pas de didactisme au programme : les idées passent naturellement, en toile de fond de l'oeuvre, sans être forcés. C'est une bonne chose : au-delà des messages, Ferrailleurs des mers n'oublie pas d'être avant tout un bon livre dans son déroulé, et ce pour tous les publics. Il n'en est que d'autant plus recommandable.
« - Ça fait foutrement beaucoup d'argent, dit-il. Et, si tu penses que t'as une moralité, c'est parce que t'as pas besoin d'argent. »
D'autre avis : Lune, Xapur, Kissifrott, Vert, Lhisbei, ...

mercredi 13 mars 2019

Colum McCann - Treize façons de voir

Treize façons de voir, Colum McCann, 2015, 302 pages.

Treize façons de voir, dont le nom et le texte font référence au poème Thirteen Ways of Looking at a Blackbird de Wallace Stevens, est le nom de la novella qui ouvre et est la pièce principale de ce recueil éponyme. Un recueil qui comporte donc cette novella mais aussi 4 nouvelles. Toutes suivent des personnages ordinaires dans des moments de vie cruciaux, comme sait si bien le faire Colum McCann. C'est d'ailleurs le véritable point fort de ce recueil : retrouver la plume de Colum McCann et cette écriture simple, fluide et agréable, qui sait pourtant donner corps aux lieux et aux personnages en peu de termes et toucher du mot le "vrai". 

Ce n'est pas ce que j'ai lu de meilleur de l'auteur, ou tout du moins ce qui m'a semblé le plus marquant - ne serait-ce qu'en comparaison de nouvelles, Ailleurs, en ce pays m'avait paru plus fort. Ça reste bien, mais il m'a globalement manqué un petit quelque chose que je n'arrive pas à définir précisément. On en gardera tout de même avec plaisir l'amusante et intelligente, quoique potentiellement frustrante, "Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes ?" au si joli titre.

vendredi 8 mars 2019

Laurent Genefort - T'ien-Keou

T'ien-Keou, Laurent Genefort, 2019, 25 pages.
« Tout avait commencé par une fleur. Pas une fleur ordinaire, oh non. Celle-là était vraie. »
Ou-I-Pai est un bandeau bleu - il n'appartient pas encore à un clan - au service du peintre Teng Baishi. Un jour, ce dernier lui demande d'aller voler une fleur. Une vraie fleur, chose extrêmement rare. Car cette société aux accents chinois n'est pas sur Terre : elle est dans l'espace.

Extrait du recueil Colonies de Laurent Genefort, T'ien-Keou est une nouvelle téléchargeable gratuitement sur le site du Bélial'. Sans surprise vis-à-vis de l'objet du recueil, on y découvrira une colonie, spatiale en l'occurrence. On y retrouvera surtout l'art du worldbuilding de Laurent Genefort. Fort heureusement, l'histoire n'est pas en reste et est prenante tout en étant au service de l'exploration de cette société. Intéressant sur tous les plans, de quoi donner envie de lire le recueil dans son ensemble.
« Selon une autre légende, le patriarche aurait demandé à Teng d’effacer la cascade qu’il avait peinte sur un mur de sa chambre, parce que le bruit de l’eau l’empêchait de dormir. »
D'autre avis : Apophis, ...

dimanche 3 mars 2019

Ursula K. Le Guin - Lavinia

Lavinia, Ursula K. Le Guin, 2008, 311 pages.

Dans la dernière partie de l'Énéide, Énée arrive en Italie, dans le Latium, à proximité de la future Rome, pour fonder un nouveau royaume. Il y prendra pour femme Lavinia, un personnage très peu décrit et utilisé par Virgile. C'est pourtant cette femme qu'Ursula Le Guin met en scène ici, narrant la fin de l'Énéide (et au-delà) à travers les yeux de Lavinia.

Lavinia est un livre particulier, bien différent d'autres oeuvres plus connues de l'autrice, puisqu'il est quasi-réaliste et repose sur une base réelle. L'histoire y est très simple, voire trop simple, l'ennui n'étant pas loin de pointer son nez - ou tout du moins une sensation de "c'est tout ?". Ce n'est pas le meilleur livre d'Ursula Le Guin, ça parait un peu bancal présenté comme cela, et pourtant ça fonctionne quand même.

Ça fonctionne pour deux raisons. La première, c'est l'écriture d'Ursula Le Guin, toujours aussi majestueuse et précise, tout en simplicité mais jamais simpliste. La seconde, c'est qu'on ressent la passion de l'autrice pour l'oeuvre de Virgile et sa volonté de présenter, au-delà d'un portrait de femme et avec quelques libertés, une époque et une culture révolues.

Lavinia n'est pas un livre qui met des baffes au lecteur. Il a quelques défauts, comme de n'être ni surprenant ni vraiment dynamique. Et pourtant, c'est un livre qui fonctionne, dont on ressort satisfait et qui se bonifie à la réflexion. C'est un voyage idéalisé dans un lointain passé. C'est une pause printanière sous un arbre, un livre à la main. C'est dépaysant, ça invite notre esprit au voyage, et c'est déjà beaucoup.

D'autre avis : Vert, Lutin82, Célindanaé, ...

mardi 26 février 2019

Tout feu tout flamme #2.2 - Rois du monde, rois des moutons ?

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.
« Car au fond, de quoi se plaint-on ?
D'être pris pour des cons ! »
(Sinsemilia)
C'est peut-être le sentiment que vous aurez eu en lisant l'historique éditorial de la trilogie/diptyque/pentalogie/série/saga/chanson/cycle/épopée "Rois du monde" - faites votre choix, un intrus peut s'être glissé dans la liste - de Jean-Philippe Jaworski présenté ici. C'est en tout cas mon sentiment. Mais peut-être suis-je le seul ? Pour vérifier cela, je vous propose un petit test digne des plus grands magazines intellectuels trouvables chez vos marchands de journaux. Sortez un papier et un crayon et notez bien vos réponses.

Grand test : quel éditeur êtes-vous ?


Pour l'ensemble des questions, vous êtes dans la peau d'un éditeur de SFFF, présent depuis de nombreuses années dans le milieu, éditant l'un des plus grands auteurs francophones du genre.

       1. Votre auteur vous a rendu le manuscrit du premier tome de sa nouvelle trilogie. Les tomes suivants ne sont pas encore écrits et cet auteur est connu pour ne pas être le plus rapide du monde. Vous... :

A. ...publiez le premier tome et n'annoncez rien de précis concernant la suite.
B. ...publiez le premier tome en annonçant la sortie du tome 2 l'année prochaine et du tome 3 l'année suivante.

       2. Votre auteur a du retard sur l'écriture de son tome 2. Ce dernier n'est pas terminé et sa taille semble être de plus en plus importante. Vous... :

A. ...décidez de communiquer sur ce retard auprès du public et d'attendre que le tome soit terminé avant de prendre une décision concernant sa publication.
B. ...décidez de publier dès à présent ce qui est disponible et annoncez que la fin du tome sera publiée dès l'année prochaine.

     3. Les deux dernières dates de publication que vous aviez annoncées n'ont pas pu être respectées. Vous n'avez rien de concret sous la main concernant la publication suivante. Vous... :

A. ...décidez de ne plus vous mouiller et communiquerez une date quand vous aurez plus d'informations.
B. ...décidez d'annoncer dès à présent une date de publication précise pour un futur proche.

      4. Diverses raisons ont modifié l'organisation de la trilogie de votre auteur phare. Le troisième tome ne paraitra finalement pas dans un futur proche et la série pourra être considérée comme terminée à l'issue des deux premiers tomes. Vous... :

A. ...communiquez clairement sur ce fait en présentant les tenants et les aboutissants de ce changement.
B. ...présentez en toute normalité le deuxième tome comme la fin de la série et n'évoquez absolument pas la question du troisième tome.

Résultats :
- Vous avez répondu "A" à toutes les questions : ne seriez-vous pas un peu trop naïf ? N'oubliez pas d'aiguiser vos crocs si vous voulez survivre dans ce métier.
- Vous avez répondu "B" à 1, 2 ou 3 questions : vous avez quelques bons réflexes par moment mais vous devez encore apprendre votre métier.
- Vous avez répondu "B" à toutes les questions : félicitations, vous êtes un éditeur modèle, notre maison d'édition, "Les Poissons Phosphorescents", serait ravie de vous compter parmi nous !

...

 

Des incidents et des contretemps peuvent survenir. Mais :
- Comment peut-on sans cesse annoncer des dates erronées ? D'une manière plus générale, comment peut-on communiquer aussi mal ? Au point que l'on apprenne les modifications du troisième tome seulement grâce à l'acharnement de certaines personnes à poser des questions suite à des bribes d'informations trouvées dans une interview sur un blog ?
- L'une des raisons du découpage du tome 2 - outre le format choisi sur lequel je ne reviendrai pas (quoique : peut-être fallait-il y penser avant ?) - serait de ne pas faire trop attendre le lecteur. De une, il attendrait moins si on ne lui donnait pas des dates erronées. De deux, on parle de Jean-Philippe Jaworski. Il me semble que le public sera au rendez-vous même s'il faut attendre un peu plus longtemps, non ?
- Vu le nouveau découpage du tome 2, un découpage artificiel, il a été décidé... de ne rien faire. Pas de résumé au début de chaque volume (et qu'on ne me dise pas qu'ils sont faits pour être lus à la suite, sinon pourquoi les publier à des moments différents ?), aucune facilitation dans la dénomination des volumes (au contraire de l'édition proposée par FolioSF qui comporte, elle, des sous-titres), ...

Ça fait beaucoup, non ? On a beau vouloir être gentil et compréhensif, difficile de ne pas se demander si certains ne veulent pas surtout que le lecteur prenne le plus souvent possible sa casquette d'acheteur. Et qu'on ne me dise pas que c'est un mal pour un bien, qu'il faut bien des fonds pour développer les autres titres, quand on voit les crowdfundings organisés par les Moutons en parallèle.

Chacun en tirera ses conclusions, entre malhonnêteté et incompétence (appelons un mouton un mouton un chat un chat). Il faut évidemment relativiser l'ampleur du "problème", mais cela reste préoccupant, surtout dans un contexte plus général de multiplication des séries qui s'embourbent et dont on n'est jamais certain de voir la fin, si ce n'est 20 ans plus tard après 42 changements de plan, retards et autres contretemps. Que personne ne soit ensuite étonné de la frilosité toujours plus importante des lecteurs à se lancer dans des séries, surtout chez des éditeurs qui ne paraissent pas dignes de confiance. Les cercles vicieux, tout ça tout ça...

Quoiqu'il en soit, et heureusement pour certains, l'immense majorité des lecteurs n'aura jamais connaissance d'un dixième de tout ça. Mais quand même... N'est-ce pas un peu ironique d'avoir l'impression de se faire tondre comme des moutons ?

Pour finir sur une note plus légère, tout de même, parce que Jaworski est grand, qu'il faut continuer à le lire et que la vie est belle, un dernier petit jeu : saurez-vous trouver la différence entre ces deux éditions de Même pas mort ?
Indice : à gauche, la première édition.
Merci à Vert et Elhyandra pour les photos.