mardi 19 mars 2019

Paolo Bacigalupi - Ferrailleurs des mers

Ferrailleurs des mers, Paolo Bacigalupi, 2010, 394 pages.
« - Ce n'est pas parce qu'un marché existe qu'il faut le servir. (...)
- T'essaies de me dire que tes dealers de rouille ont la conscience propre ? Que raffiner du pétrole est plus sale que d'acheter notre sang et notre rouille pour vous fournir en matières premières ? »
Aux États-Unis, dans un futur proche, dans un monde changé par le dérèglement climatique. Nailer fait partie d'un groupe de légers : comprendre un groupe de ferrailleurs qui vit en récupérant du cuivre, au péril de leurs vies, sur les câblages électriques des navires échoués. Il ne rêve que d'une chose : un "Lucky Strike", une grosse découverte - du pétrole par exemple - pour lui permettre de devenir riche et changer de vie. Le Dieu Ferrailleur sera-t-il de son côté ?

Évidemment il va se passer quelque chose d'inhabituel, sinon le roman n'aurait pas de raison d'exister. Et ça aurait été bien dommage, tant il est de qualité. Pourquoi ? En grande partie pour son rythme à la limite de la perfection. Pour un roman aussi "simple" dans le déroulé - le vrai aspect "Young Adult" de l'ouvrage - tout s'enchaine très bien, ni trop rapidement ni trop lentement, et surtout, encore plus rare, sans scène inutile ou ennuyante.

L'autre force de Ferrailleurs des mers, c'est son contexte, tout autant futur que présent, et les thématiques abordées intelligemment. Car pas de didactisme au programme : les idées passent naturellement, en toile de fond de l'oeuvre, sans être forcés. C'est une bonne chose : au-delà des messages, Ferrailleurs des mers n'oublie pas d'être avant tout un bon livre dans son déroulé, et ce pour tous les publics. Il n'en est que d'autant plus recommandable.
« - Ça fait foutrement beaucoup d'argent, dit-il. Et, si tu penses que t'as une moralité, c'est parce que t'as pas besoin d'argent. »
D'autre avis : Lune, Xapur, Kissifrott, Vert, Lhisbei, ...

mercredi 13 mars 2019

Colum McCann - Treize façons de voir

Treize façons de voir, Colum McCann, 2015, 302 pages.

Treize façons de voir, dont le nom et le texte font référence au poème Thirteen Ways of Looking at a Blackbird de Wallace Stevens, est le nom de la novella qui ouvre et est la pièce principale de ce recueil éponyme. Un recueil qui comporte donc cette novella mais aussi 4 nouvelles. Toutes suivent des personnages ordinaires dans des moments de vie cruciaux, comme sait si bien le faire Colum McCann. C'est d'ailleurs le véritable point fort de ce recueil : retrouver la plume de Colum McCann et cette écriture simple, fluide et agréable, qui sait pourtant donner corps aux lieux et aux personnages en peu de termes et toucher du mot le "vrai". 

Ce n'est pas ce que j'ai lu de meilleur de l'auteur, ou tout du moins ce qui m'a semblé le plus marquant - ne serait-ce qu'en comparaison de nouvelles, Ailleurs, en ce pays m'avait paru plus fort. Ça reste bien, mais il m'a globalement manqué un petit quelque chose que je n'arrive pas à définir précisément. On en gardera tout de même avec plaisir l'amusante et intelligente, quoique potentiellement frustrante, "Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes ?" au si joli titre.

vendredi 8 mars 2019

Laurent Genefort - T'ien-Keou

T'ien-Keou, Laurent Genefort, 2019, 25 pages.
« Tout avait commencé par une fleur. Pas une fleur ordinaire, oh non. Celle-là était vraie. »
Ou-I-Pai est un bandeau bleu - il n'appartient pas encore à un clan - au service du peintre Teng Baishi. Un jour, ce dernier lui demande d'aller voler une fleur. Une vraie fleur, chose extrêmement rare. Car cette société aux accents chinois n'est pas sur Terre : elle est dans l'espace.

Extrait du recueil Colonies de Laurent Genefort, T'ien-Keou est une nouvelle téléchargeable gratuitement sur le site du Bélial'. Sans surprise vis-à-vis de l'objet du recueil, on y découvrira une colonie, spatiale en l'occurrence. On y retrouvera surtout l'art du worldbuilding de Laurent Genefort. Fort heureusement, l'histoire n'est pas en reste et est prenante tout en étant au service de l'exploration de cette société. Intéressant sur tous les plans, de quoi donner envie de lire le recueil dans son ensemble.
« Selon une autre légende, le patriarche aurait demandé à Teng d’effacer la cascade qu’il avait peinte sur un mur de sa chambre, parce que le bruit de l’eau l’empêchait de dormir. »
D'autre avis : Apophis, ...

dimanche 3 mars 2019

Ursula K. Le Guin - Lavinia

Lavinia, Ursula K. Le Guin, 2008, 311 pages.

Dans la dernière partie de l'Énéide, Énée arrive en Italie, dans le Latium, à proximité de la future Rome, pour fonder un nouveau royaume. Il y prendra pour femme Lavinia, un personnage très peu décrit et utilisé par Virgile. C'est pourtant cette femme qu'Ursula Le Guin met en scène ici, narrant la fin de l'Énéide (et au-delà) à travers les yeux de Lavinia.

Lavinia est un livre particulier, bien différent d'autres oeuvres plus connues de l'autrice, puisqu'il est quasi-réaliste et repose sur une base réelle. L'histoire y est très simple, voire trop simple, l'ennui n'étant pas loin de pointer son nez - ou tout du moins une sensation de "c'est tout ?". Ce n'est pas le meilleur livre d'Ursula Le Guin, ça parait un peu bancal présenté comme cela, et pourtant ça fonctionne quand même.

Ça fonctionne pour deux raisons. La première, c'est l'écriture d'Ursula Le Guin, toujours aussi majestueuse et précise, tout en simplicité mais jamais simpliste. La seconde, c'est qu'on ressent la passion de l'autrice pour l'oeuvre de Virgile et sa volonté de présenter, au-delà d'un portrait de femme et avec quelques libertés, une époque et une culture révolues.

Lavinia n'est pas un livre qui met des baffes au lecteur. Il a quelques défauts, comme de n'être ni surprenant ni vraiment dynamique. Et pourtant, c'est un livre qui fonctionne, dont on ressort satisfait et qui se bonifie à la réflexion. C'est un voyage idéalisé dans un lointain passé. C'est une pause printanière sous un arbre, un livre à la main. C'est dépaysant, ça invite notre esprit au voyage, et c'est déjà beaucoup.

D'autre avis : Vert, Lutin82, Célindanaé, ...

mardi 26 février 2019

Tout feu tout flamme #2.2 - Rois du monde, rois des moutons ?

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.
« Car au fond, de quoi se plaint-on ?
D'être pris pour des cons ! »
(Sinsemilia)
C'est peut-être le sentiment que vous aurez eu en lisant l'historique éditorial de la trilogie/diptyque/pentalogie/série/saga/chanson/cycle/épopée "Rois du monde" - faites votre choix, un intrus peut s'être glissé dans la liste - de Jean-Philippe Jaworski présenté ici. C'est en tout cas mon sentiment. Mais peut-être suis-je le seul ? Pour vérifier cela, je vous propose un petit test digne des plus grands magazines intellectuels trouvables chez vos marchands de journaux. Sortez un papier et un crayon et notez bien vos réponses.

Grand test : quel éditeur êtes-vous ?


Pour l'ensemble des questions, vous êtes dans la peau d'un éditeur de SFFF, présent depuis de nombreuses années dans le milieu, éditant l'un des plus grands auteurs francophones du genre.

       1. Votre auteur vous a rendu le manuscrit du premier tome de sa nouvelle trilogie. Les tomes suivants ne sont pas encore écrits et cet auteur est connu pour ne pas être le plus rapide du monde. Vous... :

A. ...publiez le premier tome et n'annoncez rien de précis concernant la suite.
B. ...publiez le premier tome en annonçant la sortie du tome 2 l'année prochaine et du tome 3 l'année suivante.

       2. Votre auteur a du retard sur l'écriture de son tome 2. Ce dernier n'est pas terminé et sa taille semble être de plus en plus importante. Vous... :

A. ...décidez de communiquer sur ce retard auprès du public et d'attendre que le tome soit terminé avant de prendre une décision concernant sa publication.
B. ...décidez de publier dès à présent ce qui est disponible et annoncez que la fin du tome sera publiée dès l'année prochaine.

     3. Les deux dernières dates de publication que vous aviez annoncées n'ont pas pu être respectées. Vous n'avez rien de concret sous la main concernant la publication suivante. Vous... :

A. ...décidez de ne plus vous mouiller et communiquerez une date quand vous aurez plus d'informations.
B. ...décidez d'annoncer dès à présent une date de publication précise pour un futur proche.

      4. Diverses raisons ont modifié l'organisation de la trilogie de votre auteur phare. Le troisième tome ne paraitra finalement pas dans un futur proche et la série pourra être considérée comme terminée à l'issue des deux premiers tomes. Vous... :

A. ...communiquez clairement sur ce fait en présentant les tenants et les aboutissants de ce changement.
B. ...présentez en toute normalité le deuxième tome comme la fin de la série et n'évoquez absolument pas la question du troisième tome.

Résultats :
- Vous avez répondu "A" à toutes les questions : ne seriez-vous pas un peu trop naïf ? N'oubliez pas d'aiguiser vos crocs si vous voulez survivre dans ce métier.
- Vous avez répondu "B" à 1, 2 ou 3 questions : vous avez quelques bons réflexes par moment mais vous devez encore apprendre votre métier.
- Vous avez répondu "B" à toutes les questions : félicitations, vous êtes un éditeur modèle, notre maison d'édition, "Les Poissons Phosphorescents", serait ravie de vous compter parmi nous !

...

 

Des incidents et des contretemps peuvent survenir. Mais :
- Comment peut-on sans cesse annoncer des dates erronées ? D'une manière plus générale, comment peut-on communiquer aussi mal ? Au point que l'on apprenne les modifications du troisième tome seulement grâce à l'acharnement de certaines personnes à poser des questions suite à des bribes d'informations trouvées dans une interview sur un blog ?
- L'une des raisons du découpage du tome 2 - outre le format choisi sur lequel je ne reviendrai pas (quoique : peut-être fallait-il y penser avant ?) - serait de ne pas faire trop attendre le lecteur. De une, il attendrait moins si on ne lui donnait pas des dates erronées. De deux, on parle de Jean-Philippe Jaworski. Il me semble que le public sera au rendez-vous même s'il faut attendre un peu plus longtemps, non ?
- Vu le nouveau découpage du tome 2, un découpage artificiel, il a été décidé... de ne rien faire. Pas de résumé au début de chaque volume (et qu'on ne me dise pas qu'ils sont faits pour être lus à la suite, sinon pourquoi les publier à des moments différents ?), aucune facilitation dans la dénomination des volumes (au contraire de l'édition proposée par FolioSF qui comporte, elle, des sous-titres), ...

Ça fait beaucoup, non ? On a beau vouloir être gentil et compréhensif, difficile de ne pas se demander si certains ne veulent pas surtout que le lecteur prenne le plus souvent possible sa casquette d'acheteur. Et qu'on ne me dise pas que c'est un mal pour un bien, qu'il faut bien des fonds pour développer les autres titres, quand on voit les crowdfundings organisés par les Moutons en parallèle.

Chacun en tirera ses conclusions, entre malhonnêteté et incompétence (appelons un mouton un mouton un chat un chat). Il faut évidemment relativiser l'ampleur du "problème", mais cela reste préoccupant, surtout dans un contexte plus général de multiplication des séries qui s'embourbent et dont on n'est jamais certain de voir la fin, si ce n'est 20 ans plus tard après 42 changements de plan, retards et autres contretemps. Que personne ne soit ensuite étonné de la frilosité toujours plus importante des lecteurs à se lancer dans des séries, surtout chez des éditeurs qui ne paraissent pas dignes de confiance. Les cercles vicieux, tout ça tout ça...

Quoiqu'il en soit, et heureusement pour certains, l'immense majorité des lecteurs n'aura jamais connaissance d'un dixième de tout ça. Mais quand même... N'est-ce pas un peu ironique d'avoir l'impression de se faire tondre comme des moutons ?

Pour finir sur une note plus légère, tout de même, parce que Jaworski est grand, qu'il faut continuer à le lire et que la vie est belle, un dernier petit jeu : saurez-vous trouver la différence entre ces deux éditions de Même pas mort ?
Indice : à gauche, la première édition.
Merci à Vert et Elhyandra pour les photos.

lundi 25 février 2019

Tout feu tout flamme #2 - La "trilogie" Rois du monde de J.-P. Jaworski

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.

Jaworski est grand. Et sa trilogie "Rois du monde" l'est elle aussi de plus en plus. Malheureusement pas nécessairement dans le bon sens, les sorties s'enchaînant en laissant quelque peu dubitatifs les lecteurs attentifs. Pourquoi ? Notamment car le quatrième tome de la trilogie, qui n'est toujours pas le dernier, vient de paraître. Étonnant, non ? Eh bien, c'est en fait pire que ça. D'où cet article, pour revenir sur l'historique de la série et tenter de clarifier les choses.

2013

 

Tout commence en 2013. Sur le programme de l'année, les Moutons électriques annoncent (notamment ici ou ) la sortie de Même pas mort, premier tome de la nouvelle trilogie de Jean-Philippe Jaworski, "Rois du monde". Et le public de se réjouir - à raison, parce que c'était vraiment très bien.

Ce même public peut même doublement se réjouir car tout semble indiquer que cette trilogie est bien réfléchie et devrait s'enchaîner sans souci. Tenez, regardez, c'est écrit à l'intérieur même de Même pas mort :

Même pas mort, première édition.
Et puis tiens, lisez donc cet extrait d'une interview de l'auteur à Elbakin, toujours en 2013, sur l'importance du chiffre 3 :
« Initialement, Rois du Monde devait être un roman composé de trois parties. Cette structure tripartite m'était imposée par l'importance du chiffre trois dans la culture celtique : trois points cardinaux, trinités païennes ou dieux trifaces, siècles de trente ans, fêtes de trois nuits (comme Samonios / Samain), trimarkisia (trio guerrier), triades mnémotechniques… Quand le projet a pris de l'ampleur, chaque partie est devenue un volume, chaque chapitre est devenu une partie. Mon but est d'avoir un roman qui, non seulement dans son contenu, mais aussi dans sa forme, soit un hommage aux structures celtiques. »
Donc c'est plutôt clair, voilà ce qu'on aura le plaisir de lire :
La trilogie "Rois du monde" en 2013.















2015

 

Avançons en 2015 - et omettons la non-parution de la deuxième branche en 2014. En début d'année, dans l'interview rituelle d'Elbakin, la bonne nouvelle est là : « Faire encore et toujours mieux avec Jean-Philippe Jaworski, qui sort en mai le deuxième tome de sa trilogie "Rois du monde" .

La première surprise arrive en avril, sur le blog des Moutons : « Et comme l’auteur avait finalement beaucoup plus à dévoiler qu’il ne l’avait prévu à l’origine, ce deuxième tome (aussi long que le premier) sera suivi dans un an de sa suite directe : Chasse royale sera en deux parties, dont ce volume est la première. Ou pour être plus clair, cette « trilogie » sera finalement au moins en quatre volumes... »

Une séparation en deux volumes donc pour Chasse Royale, confirmée par l'auteur dans une interview sur Elbakin où l'on apprend que les raisons sont littéraires, mais pas que : « Un gros volume dans la couverture rigide adoptée pour la première branche est très cher à produire et majorait les risques financiers ; par ailleurs, André-François Ruaud ne voulait pas une trop longue attente du public entre les deux romans. »

Bon, pourquoi pas, ça peut arriver. En plus c'était toujours bien, alors on savourera quatre tomes et tout le monde sera content. Non ?
La trilogie "Rois du monde" en 2015, qui n'en est plus une que dans l'esprit.












2017

 

Comme prévu un an plus tard Deux ans plus tard, le tome 2.2 parait donc (et c'est toujours appréciable). La fin de Chasse Royale... ou pas. Car les Moutons ont une surprise pour nous : « Votre auteur préféré, dévoré par sa saga celtique, vous régalera d'un tome supplémentaire narrant l’avènement du chef de guerre. Et cela veut dire que "Chasse Royale" se découpera finalement en trois volumes. Le troisième étant d'ores et déjà prévu pour janvier 2018. »

Jean-Philippe Jaworski livre des précisions sur Elbakin : « Publier en un seul tome les parties II et III dans la belle reliure de l’édition des premiers volumes était trop difficile. Du reste, la coupure ne pose aucun problème. Au contraire : quitte à diviser le texte, je préfère une parution en trilogie plutôt qu’en diptyque, car l’organisation du roman est tripartite. Ainsi, le deuxième tome correspond à la deuxième partie et possède son unité et sa couleur propres. »

Un discours appuyé par une autre interview, cette fois sur Just A Word, dont je ne vous livre qu'un court extrait par souci de lisibilité : « Ce qui structure le récit de l’ensemble du cycle en fait, ce sont les petits chapitres qui servent de prologues qui s’appellent La Première Nuit au début de Même pas Mort, La Deuxième Nuit au début de Chasse Royale, et au début de La Grande Jument, le dernier volume du cycle ça s’appellera La Troisième Nuit, qui correspondent aux trois nuits où le narrateur-personnage Bellovèse raconte son histoire ».

Bon, soit. Ça devient un peu répétitif, mais pourquoi pas, la symbolique du chiffre 3 qui revient c'est sympa vu les propos tenus par l'auteur en 2013. Cette fois-ci c'est la bonne, plus que deux livres à sortir et on en a terminé. "Vous verrez, on en rira même dans quelques années !" pourrait-on se dire. Eh bien, rira bien qui rira le dernier...
La trilogie "Rois du monde" en 2017, 3-ception.





2019

 

Janvier 2018 Janvier 2019. Vous en reprendrez bien une tranche ? Tout commence pourtant bien avec l'annonce des Moutons : « Et commençons l’année par ce qui constitue toujours un événement : un nouveau tome de la saga "Rois du monde" de Jean-Philippe Jaworski. Avant-dernier volume de ce grand cycle celtique, Chasse royale III retrouve Bellovèse (...) ». Avant-dernier tome, il ne reste donc plus que La Grande Jument à paraitre, comme prévu depuis 2013 et dont nous avons même déjà la couverture.

C'est au détour d'une interview des Moutons chez Just A Word, pour présenter le programme de l'année - on n'évoquera pas ici le fait que l'éditeur ne répond plus à Elbakin sur cette même thématique, ne nous dispersons pas - que la surprise apparait : « Et fin mai... Chasse royale IV de Jean-Philippe Jaworski, mais oui : la fin de la saga Rois du monde ! ».

Vous n'avez rien compris ? C'est normal, c'est incompréhensible. Après quelques jours de questionnements et d'attente, une clarification arrive enfin, par Nicolas Winter, tenancier de Just A Word : « selon les éclaircissements de l’éditeur : Parution des deux derniers volets de la seconde branche cette année ; Pas de branche 3 dans l’immédiat mais la seconde branche proposera une fin en soi ; Possible branche 3 dans le futur qui fonctionnerait indépendamment des deux premières ; Retour au Vieux Royaume après la fin de la branche 2 avec le roman Le Chevalier aux épines ».

Et notre trilogie initiale, conçue en tant que telle, est donc devenue un diptyque avec un premier tome en un volume et un second tome en quatre volumes.
"Rois du monde" version 2019, un diptyque en 5 volumes.

















Quelque chose à rajouter Monsieur Jaworski ? Extrait d'une interview à ActuSF : « (...) le volume qui paraît en janvier 2019 ne forme en fait que la moitié de la troisième partie du roman. J'aurais préféré différer la publication pour livrer au public l'intégralité de cette troisième partie, mais les contingences éditoriales en ont décidé autrement. »

Il y aurait encore pas mal de choses à dire sur la trilogie "Rois du monde". Mais mon lectorat me contraint à des publications rythmées et mon format m'oblige à ne pas faire plus long. Par souci de lisibilité et de clarté, mais surtout pour rendre un vibrant hommage à l'historique éditorial de cette saga, la suite (et fin) de ce billet sera publiée dans un prochain article à paraître très prochainement. Ce sera l'occasion, en s'appuyant sur les faits présentés plus haut, de répondre notamment à la question que beaucoup auront peut-être à l'esprit : "est-ce qu'on ne nous prendrait pas un peu pour des pigeons ?".

jeudi 21 février 2019

Écran de fumée #11 - The Night of / Bodyguard

Deux séries qui se regardent comme un très long film, avec une histoire complète en une saison. L'une est correcte, l'autre est excellente. Qui est quoi ? Réponse ci-dessous.

The Night Of, Saison 1 (série terminée), 2016, 8 épisodes de 60-90 minutes.

Nasir Khan, étudiant américain d'origine pakistanaise, emprunte un soir le taxi de son père pour aller à une soirée. En chemin, il rencontre une jeune femme, Andrea, et passe finalement la soirée avec elle. Au matin, celle-ci est morte et tout semble désigner Nasir, qui ne se souvient de rien, comme le coupable...

Et voilà 1h30, le premier épisode, résumée - grossièrement certes - en trois phrases. Là est tout le problème de The Night of : c'est trop long. Une série qui prend son temps pour poser les choses n'est pas un problème en soi, mais il y a ici au moins 2 épisodes de trop au vu de toutes les séquences inutiles ou répétitives. La palme revient au dernier épisode où au moins 45 minutes consistent à répéter au tribunal des informations que l'on a déjà eu précédemment, sans aucune nouveauté ni surprise.

C'est dommage car il y a de bonnes idées et de bonnes choses malgré tout, notamment dans la vision des à-côtés d'un tel évènement, montrés très simplement, ou bien, surtout, la performance de Riz Ahmed, interprétant Nasir Khan, dont la transformation au fur et à mesure des épisodes est bluffante. Malheureusement, The Night of ne semble parfois pas trop savoir sur quel pied danser et ne pousse jamais l'excellence nulle part. Caricaturalement, si vous cherchez une série sur une prison vous trouverez mieux ailleurs (en film ou en série) et si vous cherchez une série sur une enquête/procès, Broadchurch est infiniment meilleure.

Attention tout de même, la série reste globalement assez bonne, elle se laisse tout à fait regarder et les fins d'épisodes donnent l'envie de lancer le suivant, ce qui ne peut pas être un mauvais signe. Elle aurait simplement pu être encore meilleure.

Bodyguard, Saison 1, 2018, 6 épisodes de 60 minutes.

David Budd est un sergent de police, vétéran de guerre traumatisé, qui se voit assigner à la garde rapprochée de (l'équivalent de) la ministre de l'intérieur britannique, en pleine campagne pour l'adoption de lois sécuritaires contre la menace terroriste. Évidemment, tout ne va pas se passer sans accroc...

Un bijou. Je ne vois aucune raison de ne pas regarder Bodyguard. C'est un pur thriller prenant du début à la fin et qui est complet - même si apparemment d'autres saisons seraient en réflexion, l'histoire présente est complète à la fin de la saison - en seulement 6 épisodes. Je ne me suis toujours pas remis de cette première scène de 20 minutes qui m'a personnellement scotché à l'écran et même fait manquer quelques battements de coeur.

Et comme il n'y a que 6 épisodes, on ne perd pas de temps. Les choses avancent rapidement - mais sans jamais être rushées - évoluent et ne prennent pas toujours le chemin escompté. L'un des points forts de Bodyguard, c'est de ne pas prendre les spectateurs pour des imbéciles : si l'on sait/devine que cela va se passer, alors on ne va pas poireauter 2 heures avant que cela arrive.

Le tout sur un fond extrêmement - terriblement - moderne et actuel de surveillance et de terrorisme. Bodyguard n'est pour autant pas une série politique dans le sens où la politique n'est pas ici le centre essentiel de la série, elle est utilisée par la série pour la série, tout en évoquant de nombreuses préoccupations en filigrane.

Alors oui, il y a un poil de mindfuck par moment, au point où je ne suis même pas certain que tout colle à la fin - j'ose espérer que si. Qu'importe de toute façon, cela n'enlève en rien à l'excitation du déroulé (ce que j'appelle aussi la loi Lost) et c'est bien là l'essentiel. Bodyguard est une excellente série, prenante et surprenante.

vendredi 15 février 2019

James E. Gunn & Jack Williamson - Le Pont sur les étoiles

Le Pont sur les étoiles, James E. Gunn & Jack Williamson, 1955, 241 pages.

Éron est le centre d'un empire interstellaire. Et pour cause : elle détient le secret des tubes, de véritables ponts entre les étoiles, qui permettent de surpasser la vitesse de la lumière entre Éron et toute planète où un terminal a été déposé. Mais tout empire connaît des adversaires et des hommes de l'ombre cherchant à tirer les ficelles. Horn, lui, ne se pose pas tant de questions et compte simplement faire ce pour quoi il a été payé : tuer le directeur général d'Éron.

Le Pont sur les étoiles est un roman à la fois simple et complexe. Simple car son intrigue reste à taille humaine et se déroule rapidement, le vrai coeur de l'histoire pouvant même être résumé en peu de lignes. Et dans le même temps, le tout a une part de complexité, et ce moins dans les concepts scientifiques que dans les concepts sociaux que le roman cherche à présenter, notamment l'individualisme face à l'effet de groupe ou la marche de l'Histoire face au libre arbitre.

Le bémol de cette complexité, c'est que je ne sais pas si elle intelligente, si elle apporte un véritable plus à l'oeuvre, ou bien si elle n'est que de l’esbroufe, des bons mots qui n'apportent pas grand chose. C'est un point que je n'arrive pas à trancher et qui explique mon sentiment un peu mitigé, sans avis certain, à l'issue de cette lecture.

Fait rare, Le Pont sur les étoiles est aussi un roman où l'on sent clairement les quatre mains à l'oeuvre : le premier tiers, écrit par Jack Williamson, compte beaucoup de descriptions et est assez aride quand la suite du récit, de James E. Gunn, est plus active, plus aérée et plus prononcée en dialogues - pour ne pas dire plus agréable, même si cela n'empêche pas une visualisation un peu difficile par moment.

Une chose est sûre, même s'il n'est pas parfait, Le Pont sur les étoiles offre une aventure différente aux pistes de réflexion inhabituelles. Et surtout, il ne fait pas son âge !
« Si tous les hommes savaient construire des ponts, qui acquitteraient les péages ? »

samedi 9 février 2019

Audrey Pleynet - Citoyen+

Citoyen+, Audrey Pleynet, 2018, 12 pages.

Une nouvelle qui a fait - toute proportion gardée - un peu de bruit dans la blogosphère récemment. Elle est disponible gratuitement en téléchargement et, à la différence de tous les autres blogueurs, je ne ferai aucune remarque sur l'ironie d'en dire deux mots ici. Zut, raté.

Citoyen+, c'est notre monde en +. Plus quoi ? Plus connecté, toujours plus connecté. Et je n'en dis pas plus car tout le sel est de découvrir ce "monde" futur, ou actuel, au choix. Notez que pour moi, malgré cela, l'intérêt est moins dans la démonstration proposée par Audrey Pleynet que dans l'histoire, son suspense et ses conséquences. Malheureusement (pour moi), le récit reste assez mineur, bien que tout à fait respectable et plaisant. C'est pas mal, mais ça manque de "wahou" - et je n'ai pas été aidé par une "chute" que j'ai vu venir presque immédiatement.

Telle est l'ironie : vu les avis, j'en attendais +.

D'autre avis : FeydRautha, Apophis, Lutin82, Yogo, ...

mercredi 6 février 2019

Tout feu tout flamme #1 - Les Pépites de l'imaginaire

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.

Connaissez-vous les Indés de l'Imaginaire ? Sûrement, le regroupement des éditions Mnémos, Les Moutons Électriques et ActuSF étant désormais bien installé parmi les figures du milieu. Et pour la troisième année consécutive, le mois de février est l'occasion pour eux de dévoiler leurs "Pépites de l'imaginaire" !

Quoi ? Vous ne savez pas ce que c'est ? Mais si voyons, c'est comme la rentrée de la fantasy française, sauf que ce n'est pas en septembre. Reprenons à la base avec un extrait de L'Indé n°10, feu (?) le magazine gratuit des Indés :
Soyez attentifs, un élément important se cache dans ce texte.
Une présentation que l'on peut compléter avec un extrait de la présentation de cette année (lue sur la page facebook des Indés, parce que le site officiel...) :
« Chaque année en février, les Indés de l'imaginaire propose des nouveaux auteurs, des premiers et deuxièmes romans extraordinaires, des pépites à dévorer ! »
(A) Alors mon cher Watson, vous avez évidemment vu la subtilité ? Non ? Nous y reviendrons plus tard.

Les "Pépites", ce sont donc trois romans de trois nouveaux auteurs que les Indés veulent mettre en avant par une sortie simultanée et une petite campagne de promotion. Vous comprenez bien la même chose ? Une idée sympa donc. En 2018 c'était ça :

Eh oui, ça fait déjà - ou seulement - un an !
Et en 2019, nous avons le droit à :
Quel dommage que le roman de gauche ne soit pas le sujet du jour...
Voilà. Fin. C'est quand même un poil amusant/étonnant, non ?
Quoi ? Vous n'avez toujours pas compris le piquant de la chose ? Allez, un dernier indice avec une présentation un peu plus évidente, mais c'est bien parce que c'est vous. Et ensuite, si vous avez envie d'un petit cours de marketing situationnel, vous pourrez retourner plus haut au point (A).
Cliquez sur l'image pour bien savourer cette information.

vendredi 1 février 2019

Chloé Chevalier - Les Terres de l'Est

Les Terres de l'Est, Chloé Chevalier, Tome 2/4 des Récits du Demi-Loup, 2016, 327 pages

Deuxième tome des Récits du Demi-Loup, après Véridienne, Les Terres de l'Est prend place deux ans plus tard, mais néanmoins dans la continuité des évènements de fin du premier tome, et se déroule en grande partie - quelle surprise ! - à l'Est.

Signe de qualité, même trois ans après la lecture du premier tome le retour dans le Demi-Loup se fait plutôt bien. Il n'en reste pas moins qu'un petit résumé divulgâcheur en entame de volume ne serait vraiment pas de trop. Une absence vraiment incompréhensible pour moi, que cela soit ici ou chez bien d'autres éditeurs.

Quoiqu'il en soit, c'est le seul point négatif que l'on trouvera ici. Car pour tout le reste, c'est du très bon. Au programme : des personnages qui s'affirment toujours plus, un univers qui s'agrandit, des révélations sur les mystères laissés dans le premier tome, toujours une intelligente alternance de récits et de lettres, ...

Si les princesses sont quelque peu en retrait, Aldemor est incontestablement le pilier de ce volume, un touchant pilier loin d'être épargné. L'intrigue n'avance pas nécessairement à vitesse grand V mais elle avance tout de même, avec plaisir et sans répit ni ennui, sur plusieurs fronts en parallèle. Si Véridienne était une bonne découverte, Les Terres de l'Est est une très belle confirmation de la qualité de ces Récits du Demi-Loup.

D'autres avis : Célindanaé, Boudicca, Xapur, L'ours inculte, AcrO, Julien, ...

samedi 26 janvier 2019

Sam J. Miller - Le Vêlage

Le Vêlage, Sam J. Miller, 2015, 38 pages.

Le vêlage, c'est la naissance d'un veau, la mise bas d'une vache. Le vêlage, c'est aussi la rupture d'une partie d'un glacier ayant pour conséquence la création d'un iceberg. Enfin, Le Vêlage c'est le titre d'une nouvelle de Sam J. Miller qui réussit l'exploit de répondre à ces deux définitions tout en proposant un superbe texte.

Offerte gracieusement par Albin Michel Imaginaire, Le Vêlage est la meilleure publicité possible pour La Cité de l'orque, roman à paraitre de l'auteur se situant dans le même univers. Un univers post-apocalyptique où le "post" a un très fort goût d'actualité proche, entre dérèglement climatique, guerres de l'eau et réfugiés écologiques. Un univers qui apparait ici en filigrane mais suffisamment présent pour être déjà marquant.

Et s'il est ici en arrière-plan, c'est que Le Vêlage n'est pas une simple introduction au roman, c'est une véritable histoire complète. Une histoire indéniablement triste mais qui en dit beaucoup sur les relations parents/enfants et sur les relations tout court. Si le récit est indéniablement triste, il se lit tout de même très bien grâce à une écriture qui ne provoque ni apitoiement ni déprime. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'une certaine douceur se dégage, mais il y a un quelque chose qui fait que le ton reste toujours juste.

Cela dit, Le Vêlage est avant tout un texte touchant, bouleversant même, qui mérite d'être lu. Un grand petit texte. Et n'oubliez pas : communiquer, c'est important.

D'autre avis : Yogo, FeydRautha, Célindanaé, ...

dimanche 20 janvier 2019

Écran de fumée #10 - Kidding / Taboo

Au programme du jour, deux séries que rien ne rapproche à première vue. Et pourtant, quand on y regarde de plus près, les deux peuvent parfaitement répondre à cette définition : « une première saison, comportant peu d'épisodes, portée par un acteur charismatique qui laisse néanmoins de la place aux rôles secondaires, qui à défaut d'être parfaite est efficace et donne envie de voir la suite sans trop savoir où celle-ci nous mènera ».

Kidding, Saison 1, 2018, 10 épisodes de ~30 minutes

Jeff Pickles est le présentateur, depuis de très nombreuses années, d'une émission de télévision de marionnettes pour enfants. Apprécié de tous, Monsieur Pickles est la gentillesse incarné. Mais la gentillesse peut-elle suffire à vous faire survivre quand vous perdez un enfant dans un accident et que votre famille se délite ?

Kidding c'est indéniablement Jim Carrey. Michel Gondry aussi certes, à la réalisation, qui apporte indéniablement sa patte. Et  Mais Jim Carrey est tellement parfait dans le rôle de Jeff Pickles - tellement crédible que cela en devient presque effrayant - qu'il est une raison suffisante pour regarder la série. Il faut bien sûr ne pas être allergique à l'acteur, mais sachez qu'il est ici dans un rôle plus doux, loin de ses grimaces incessantes, mais toujours avec son charisme inimitable. Pour autant les personnages secondaires ne sont pas en reste et l'équilibre se fait très bien.

Kidding est l'essence du tragicomique, entre une histoire sombre d'un homme qui tente de survivre dans un monde violent auquel il n'est pas adapté et la douce folie qui se dégage de nombreuses scènes et histoires secondaires. Kidding n'est pas une série triste ou une série drôle, c'est un réel entre-deux qui vaut surtout pour ses moments de pure poésie et pour l'inventivité qui est mise à l'oeuvre, et ce dès le générique qui change à chaque épisode.

Attention, Kidding est indéniablement une série particulière qui n'est pas nécessairement facile d'accès. J'ai personnellement mis quelques épisodes avant de m'y sentir vraiment à l'aise et d'avoir une vraie envie de la poursuivre, la série trouvant aussi réellement son rythme et son ton dans la seconde moitié de la saison. Mais la récompense est à la hauteur de l'attente, par un style propre, différent et quelques moments magiques.

Taboo, Saison 1, 2017, 8 épisodes de ~60 minutes

Londres, 1814. James Delaney rentre au pays, peu après la mort de son père, alors que tout le monde le pensait mort en Afrique. Homme changé par son récent passé, son retour vient bouleverser les plans de la royauté et de la Compagnie des Indes orientales en pleine guerre anglo-américaine. Pourquoi ? Vous regarderez.

Beaucoup n'auront besoin que d'un argument pour avoir envie de regarder Taboo : Tom Hardy. Et ils auront raison. Outre d'être avec son père et Steven Knight l'un des créateurs de la série, il en joue le personnage principal. C'est d'ailleurs faux, il ne le joue pas, il l'incarne, il l'habite, tant sa présence à l'écran est hypnotisante. Une performance magistrale, dans la lignée (pour la présence) de son rôle d'Alfie Solomons dans Peaky Blinders.

Et dans le même temps, si James Delaney est un personnage éminemment central, la série parvient à créer et faire graviter autour de lui de nombreux autres personnages qui sont chacun très bien caractérisés et s'assemblent très naturellement - exception faite peut-être de Zilpha avec laquelle j'ai eu plus que du mal. C'est d'ailleurs l'une des grandes forces de la série, ce sentiment de logique et de naturel, ce qui ne veut nullement dire que la série est prévisible, bien au contraire.

Du côté des défauts, la série est peut-être un poil lente au démarrage, mais cela monte en rythme et en puissance au fil des épisodes. Il faut aussi parler de la violence. Si celle-ci participe de la noirceur du cadre et des personnages, était-il vraiment nécessaire qu'il y ait toujours une ou deux scènes par épisode qui donnent envie de détourner le regard ?

Taboo est prévue pour durer trois saisons et cette première vient en clôturer le premier arc de manière satisfaisante, bien au-delà d'une simple introduction. Où ira la deuxième saison ? Tout est possible, et c'en est d'autant plus intéressant. Et qu'importe où cela ira : le plaisir de revoir Tom Hardy suffira.

lundi 14 janvier 2019

Laurent Genefort - Les Conquérants d'Omale

Les Conquérants d'Omale, Laurent Genefort, Tome 2/? d'Omale, 2002, 504 pages

Deuxième partie de l' "intégrale" 1 d'Omale après le roman éponyme, Les Conquérants d'Omale n'en est pas la suite car elle prend place bien plus tôt chronologiquement, à une époque où Humains et Chiles étaient en guerre ouverte. L'occasion donc d'en apprendre un peu plus sur l'Histoire d'Omale. Ou pas.

Ce deuxième tome confirme une constante : ce n'est pas pour les histoires qu'on lit Omale. Même si elle est ici meilleure - moins artificielle - que dans le premier livre, cela reste assez banal. J'y vois deux problèmes majeurs : c'est linéaire (on sait dès le départ qu'on va vivre une histoire du point A au point B et entre temps les péripéties sont... très mineures) et c'est froid (je ne me suis jamais pleinement senti investi, à l'exception des dernières pages/lignes). Sans évoquer la répartition des pages entre les trois histoires.

Quant à l'univers... Certes je l'ai mieux compris, saisi, et c'est déjà beaucoup. Mais j'en attendais un peu plus - une remarque qu'on peut généraliser à toute l'oeuvre - et surtout cela m'a semblé trop humain. Néanmoins la création reste admirable et je rejoins Gromovar sur tout le bien qu'il en dit.

Petite déception donc pour Les Conquérants d'Omale, et cette première intégrale en général. Cela manque d'un peu de flamboiement pour être réellement plaisant.

D'autre avis : Tigger Lilly, Vert, Xapur, Lorhkan, Julien, Le chien critique, ...

mardi 8 janvier 2019

Écran de fumée #9 - Mozart in the Jungle

Mozart in the Jungle, 2014-2018, terminée en 4 saisons de 10 épisodes de 25-30 minutes.

Ce n'est certes pas la série de la décennie, mais Mozart in the Jungle est suffisamment sympathique pour mériter quelques mots et, pourquoi pas, quelques heures de votre temps de visionnage. Après tout, qui peut résister à une bonne dose de folie douce et de bonne humeur ? C'est en tout cas le programme de cette comédie dramatique (comprendre : on s'amuse mais pas que, et ce sans ridicule ni vannes à gogo) qui tourne autour de l'orchestre du New York Symphony. Ah oui, j'ai oublié : la série parle de musique classique.

Ne partez pas en courant ! Oubliez vos clichés et vos mauvaises impressions : c'est de la musique classique mais c'est cool, bien plus "rock'n'roll" que ce qu'on peut imaginer. Et ce grâce aux personnages tous plus ou moins doux dingues. Ils peuvent paraitre un peu exagérés, voire caricaturaux, au premier abord mais c'est finalement pour la bonne cause et pour apporter une saine loufoquerie qui ne tourne jamais au ridicule. Tout cette bande est sublimée par le "héros" de l'histoire, le nouveau chef d'orchestre Rodrigo De Souza (et son maté), interprété magistralement par Gael Garcia Bernal, bien loin d'un chef banal et ordinaire, respirant la bonne humeur et la différence.

Mozart in the Jungle compte de nombreuses qualités mais l'une de ses principales est certainement de sans cesse se réinventer et de tenter des choses. C'est florissant et ça en est jubilatoire de voir quelles surprises nous réserve la suite. C'est étonnant et surprenant dans le bon sens des termes. Ajoutez à ça un intelligent format court (des épisodes de 25-30 minutes qu'on prend plaisir à laisser dérouler jusqu'à la dernière seconde pour profiter des morceaux de musique classique habillant les génériques de fin) qui permet de garder de la fraîcheur et vous avez une très sympathique série aussi imaginative que plaisante !

mercredi 2 janvier 2019

Laurent Genefort - Omale

Omale, Laurent Genefort, Tome 1/? d'Omale, 2001, 537 pages

Sur Omale cohabitent, plus ou moins difficilement - plutôt difficilement d'ailleurs - trois peuples : des Humains, des Chiles et des Hodgqins. Sur ce monde au passé mystérieux, plusieurs individus convergent dans une même direction, suivant d'anonymes instructions. Pour qui, pour quoi ? Telles sont les questions...

Mais plus que la quête des personnages, l'intérêt d'Omale repose sur la découverte de cette planète et de ces deux peuples extraterrestres que sont les Chiles et les Hodgqins. Ce n'est d'ailleurs pas toujours facile à imaginer et visualiser - ne me demandez pas d'expliquer clairement Omale - mais cela reste une intéressante gymnastique de l'esprit, même si de nombreux éléments rappellent - un peu trop - un certain passé terrestre.

Omale a tout du tome d'introduction. L'histoire en elle-même est peu mouvementée et est surtout une excuse pour découvrir le passé des personnages, et par conséquent visiter la planète. Cela mène à une fin assez brusque, ce qui n'est heureusement pas si dérangeant étant donné les faibles enjeux soulevés par l'intrigue.

J'aurais certainement été (très) déçu si Omale avait été un one-shot - je le suis quand même un peu, avouons-le. En l'occurrence, d'autres romans et nouvelles prennent place dans cet univers, ce qui rend acceptable ce premier volume - et première moitié de cette "intégrale 1" pour la version présentement lue. Une lecture sympathique en tant qu'introduction, qui pose plus de questions et d'envies qu'elle n'apporte de satisfaction immédiate.