lundi 20 mai 2019

Marie Pavlenko - La Fille-Sortilège

La Fille-Sortilège, Marie Pavlenko, 2013, 427 pages

Au milieu du désert, la Cité des Six est une Cité-État qui vit en quasi-autosuffisance autour des six clans qui la composent et qui exercent chacun une spécialité en s'aidant de la magie. Une harmonie parfaite... si ce n'est pour les orklas - les hors-clans - qui tentent de survivre en marge de ce système. L'histoire suit les traces d'Érine, une orkla, qui déterre et revend des cadavres pour survivre et qui va, bien évidemment, se voir involontairement mêler à une intrigue au coeur des arcanes de la Cité.

La Fille-Sortilège peut sembler très classique sur le papier, et il l'est sur certains points. Ce n'est d'ailleurs pas un défaut en soi, puisqu'il faut bien des oeuvres un peu "classiques" pour que puissent exister des oeuvres atypiques. C'est encore moins un défaut quand ces aspects classiques sont bien menés, comme c'est le cas ici : un bon rythme qui ne tire pas inutilement à la ligne, des révélations logiques et bien dosées, une visualisation et une caractérisation très efficaces, ... Même la partie finale, nécessairement un peu plus dans de l'action, est suffisamment courte pour ne pas tomber dans l'ennui.

Tout cela ne veut pas dire qu'il n'y a aucune surprise ni trouvaille, bien au contraire. Surtout, l'histoire commence bien après ce qui aurait pu être le début du récit, un choix intelligent qui permet d'avoir une héroïne ayant déjà du vécu et de recentrer l'intrigue sur une plus courte durée.  

La Fille-Sortilège est un bon roman, simple et efficace, porté tout autant par une intéressante cité que par une sympathique héroïne. Un livre à taille humaine qui ne perd jamais le lecteur en évitant l'écueil de la grandiloquence, avec en prime un fond évoquant, tout en finesse et discrétion, l'écologie et l'égalité. Une réussite, peu importe l'étiquette qu'on lui colle.

D'autre avis : Xapur, Mariejuliet, ...

mercredi 15 mai 2019

Bulles de feu #14 - Disney 2018

Mickey et l'Océan perdu, Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni, 2018, 56 planches.

La couverture annonce tout de suite la couleur : Mickey et l'Océan perdu est une magnifique BD. Vous pouvez vérifier (ici), toutes les pages sont du niveau de cette couverture. Des personnages dessinés précisément mais surtout un cadre extrêmement riche et admirablement colorisé (par Jessica Bodart et Gaspard Yvan). C'est beau et ça donne envie de s'y replonger plus d'une fois.

Si c'est déjà une raison suffisante pour lire ce livre, ce n'est pas tout. Car le duo Filippi/Cambioni, déjà à l'oeuvre sur l'excellent Le Voyage extraordinaire, nous offre une intéressante, et étonnante, histoire de Mickey version steampunk - même si la source d'énergie est ici la "coralite". Si on peut douter à première vue de l'utilité de la présence de Mickey et compagnie dans ce récit, l'intérêt est finalement là dans l'absence de besoin de présenter les personnages et de les caractériser. Sans compter la simple joie de voir mixer Mickey et steampunk. L'histoire vaut certes plus pour son cadre que pour ses rebondissements, mais qu'importe, l'essentiel est là : un pur plaisir de lecture.

D'autres avis : Gromovar, ...

Donald's Happiest Adventures, Lewis Trondheim et Nicolas Keramidas, 2018, 42 planches.

La première chose qui frappe dans Donald's Happiest Adventures, c'est - une nouvelle fois, mais de manière bien différente - le style graphique (à découvrir ici) : pages jaunies/vieillies - l'histoire ayant été retrouvée au fin fond d'un grenier - et dessins absolument infidèles à l'original. C'est choquant au démarrage... et puis on s'y fait, au moins un peu.

On s'y habitue surtout car l'histoire capture l'intérêt. Et pour cause : envoyé dans une nouvelle aventure par Picsou, Donald doit cette fois découvrir le secret du bonheur ! Un périple de par le monde où chaque page sera l'occasion d'un "épisode" à chute, car Donald's Happiest Adventures est tout autant une histoire complète de 42 planches qu'un enchainement d'amusants strips d'une page. C'est intelligent sur la forme, gentil sur le fond et franchement amusant dans l'ensemble. Peut-on vraiment ne pas être satisfait d'une BD qui donne le sourire ?

D'autres avis : Gromovar, ...

vendredi 10 mai 2019

Terry Pratchett & Stephen Baxter - La Longue Terre

La Longue Terre, Terry Pratchett et Stephen Baxter, Tome 1/5 de La Longue Terre, 2012, 381 pages.

Suite à la propagation sur internet du schéma d'un mystérieux engin, le Passeur, composé d'éléments électroniques autour d'une pomme de terre, l'humanité est désormais capable d'accéder à une infinité de Terres parallèles, la "Longue Terre", vierges de toute présence humaine. C'est dans ce nouveau contexte que Josué Valienté, capable de passer d'une Terre à une autre sans Passeur, et Lobsang, un réparateur de motocyclettes tibétain réincarné dans une intelligence artificielle, partent explorer les confins de la Longue Terre.

Il n'y a pas à réfléchir longtemps pour voir l'influence des deux auteurs, avec cette trame "scientifique" qui va bien à Stephen Baxter sur laquelle viennent immanquablement éclore des loufoqueries à la Terry Pratchett. C'est d'ailleurs l'une des forces de La Longue Terre : réussir à conjuguer parfaitement les styles des deux auteurs, dans un ensemble cohérent et équilibré qui sait toujours garder de la simplicité.

L'autre grande force de ce roman, c'est le sense of wonder, via la découverte de ce multivers qui dévoilera peu à peu ses surprises. Et heureusement que cet émerveillement est là car La Longue Terre repose essentiellement sur lui, un véritable enjeu "concret" n'arrivant pas avant 250 pages. C'est étonnant et un peu perturbant mais ça fonctionne.

La Longue Terre aurait pu être un excellent one-shot de 250/300 pages. Mais il en fait près de 400, grâce/à cause d'une "intrigue" secondaire qui est essentiellement là pour préfigurer la suite de la série et qui oblige le lecteur à poursuivre l'aventure s'il veut connaître le fin mot de l'histoire. C'est en partie tentant, la qualité étant ici au rendez-vous, mais c'est aussi un peu effrayant, le sense of wonder ayant une fâcheuse tendance à disparaitre avec le temps. C'est aussi frustrant, la qualité du présent roman dépendant donc désormais en partie des tomes suivants. La Longue Terre aurait pu être un excellent one-shot : c'est seulement un très bon premier tome.

D'autre avis : Lorhkan, Lune, Lhisbei, Xapur ...

dimanche 5 mai 2019

Bulles de feu #13 - Emmanuel Lepage

Ar-Men, l'Enfer des enfers, Emmanuel Lepage, 2017, 88 planches.

Magnifique. Il n'y a pas d'autres mots pour qualifier le travail d'Emmanuel Lepage en général, et cet album en particulier. Un album qui parvient à parler du phare d'Ar-Men en lui-même, de son histoire, tout en évoquant la vie d'un gardien de phare, sans oublier de convier à la fête quelques légendes du passé. C'est riche mais ce n'est jamais trop, le tout s'enchaînant naturellement.

Mais surtout, il y a le dessin d'Emmanuel Lepage et des planches plus majestueuses les unes que les autres, qu'on ne refuserait pas à avoir en grand format encadré chez soi. Juste sublime et une raison plus que suffisante pour lire Ar-Men, qu'on soit attiré ou non par la Bretagne - mais qui ne l'est pas ?

D'autres avis : Lorhkan, Boudicca, ...

Les Voyages d'Ulysse, Emmanuel Lepage, Sophie Michel et René Follet, 2016, 221 pages.

Fin du XIXème siècle. Salomé Ziegler, capitaine du navire L'Odysseus, est à la recherche du peintre Ammôn Kazacz. Elle est aidée par Jules Tourlet, peintre lui aussi, et tous deux partent pour un périple dans le bassin méditerranéen qui sera l'occasion d'en apprendre plus sur le passé de la jeune femme.

Comme le titre l'indique, l'histoire va tourner en filigrane autour d'Ulysse, personnage important pour l'héroïne. La BD est érudite et les références sont multiples, allant jusqu'à l'insertion d'extraits de L'Odyssée sur des feuillets intercalés dans l'ouvrage. L'ensemble reste malgré tout compréhensible et plaisant pour quelqu'un n'étant pas forcément à l'aise avec l'histoire d'Ulysse, notamment car l'essentiel reste l'histoire de Salomé et sa propre quête.

Si Les Voyages d'Ulysse n'est pas nécessairement facile d'accès, le prologue étant assez étrange, il finira par être immersif, emportant le lecteur pour un voyage consistant de plus de 200 pages où la patte graphique d'Emmanuel Lepage fait toujours des merveilles, en adéquation avec celle de René Follet à l'oeuvre pour les peintures d'Ammôn Kazacz. Un ouvrage qui sort de l'ordinaire et tente des choses, en plus d'un récit intelligemment écrit et de superbes dessins.

La Lune est blanche, François Lepage et Emmanuel Lepage, 2014, 221 planches.

Direction l'Antarctique pour les frères Lepage - François le photographe et Emmanuel le dessinateur - à la découverte de la base polaire Dumont d'Urville et la participation au ravitaillement de la base Concordia, à plus de 1000 kilomètres dans les terres - enfin, dans les glaces.

La Lune est blanche retrace l'histoire de ce projet fou où les rebondissements semblent avoir été minutieusement préparés par un scénariste qui ne rechercherait pas trop la crédibilité. Et pourtant, c'est une histoire vraie et surtout une histoire fascinante à suivre avec en filigrane la découverte de cette terre lointaine.

Oeuvre commune des deux frères, La Lune est blanche est un livre massif où se mêlent bande dessinée et photographies. Si l'idée est sympathique, elle apporte aussi le seul bémol de cet ouvrage : la BD prend très - trop - largement le dessus et on déplorera le manque de photos. Un point de détail qui ne doit pas venir masquer l'essentiel : c'est un très bon livre !

D'autres avis : Boudicca, ...

mardi 30 avril 2019

Stéphane Przybylski - Le Château des millions d'années

Le Château des millions d'années, Stéphane Przybylski, Tome 1/4 d'Origines, 2015, 337 pages.

Irak, juillet 1939. En mission pour le Troisième Reich, l'officier SS Friedrich Saxhäuser voit un objet volant non identifié s'écraser devant lui. Une découverte qui pourrait modifier le cours de la guerre à venir...

Présenté ainsi, la Seconde Guerre mondiale du point de vue nazi à la sauce occulte-extraterrestre, ça n'augure pas nécessairement du bon. Et pourtant, Le Château des millions d'années est bien plus subtil que ce pitch de base peut le laisser entendre. Car bien plus qu'une oeuvre de science-fiction, c'est avant tout un roman doté d'un fond historique éminemment précis et documenté, à la table duquel tous les pontes du régime nazi sont conviés. Et si le personnage principal est nazi, ce qui pose d'évidents problèmes, l'objet - et donc l'intérêt - n'est pas de le réhabiliter mais bien de comprendre comment la montée du nazisme a pu se faire si naturellement, comment Saxhäuser et d'autres en sont arrivés là.

Le plus fort dans tout ça, c'est que Stéphane Przybylski ne donne jamais l'impression de nous dispenser un cours d'Histoire. Avant tout, il nous offre un récit fluide d'aventure ponctué sans cesse de sauts temporels. Si le procédé est agréable pour le rythme et assez facile à suivre - à condition de toujours bien lire les changements de dates ! - il apparait néanmoins parfois un peu forcé, tant dans la manière de l'amener que dans le séquençage des révélations. Un des rares bémols de ce livre, outre le fait, quasi-obligatoire en tant que premier tome d'une tétralogie, qu'il serve surtout de présentation et d'introduction à la série.

Sur une idée de départ qui me laissait plus que dubitatif, Le Château des millions d'années a réussi à me séduire par son mélange d'aventure mystérieuse et d'Histoire intelligente, avec en prime le bon goût de s'arrêter au moment où la lassitude commençait à pointer - avant l'emballement final, certes. L'idée de prolonger l'expérience avec la suite est loin d'être exclue, au contraire. C'est certainement un bon signe, non ?

D'autre avis : Vert, L'Ours inculte, Herbefol, Apophis, lutin82, Dionysos, Xapur, Mariejuliet, Shaya, Alys, Lhotseshar, Gromovar ...

jeudi 25 avril 2019

Edmond Hamilton - Comment c'est là-haut ?

Comment c'est là-haut ?, Edmond Hamilton, 1952, 26 pages (pdf)

Le sergent Frank Haddon vient de revenir d'une expédition sur Mars. Avant de rentrer chez lui, il fait quelques détours pour rencontrer les proches de trois camarades qui eux ne sont pas revenus. L'occasion de se remémorer cette aventure spatiale.
« Alors, me demanda-t-il, comment c’est là-haut ? »
C'est là toute la question, et rarement un titre n'aura été aussi parfait. Que raconter à des gens qui ont des images et des idées déjà bien arrêtées en tête ? Que raconter à des proches qui attendent du réconfort ? La vérité ou leur vérité ? La cruelle réalité ou un beau mensonge ? C'est tout l'enjeu et le questionnement proposés très joliment par Edmond Hamilton.

Mon seul reproche tient sur l'ultime paragraphe qui, bien que je puisse y voir un sens, me parait faire un peu tâche avec le reste. Mais ce détail ne doit pas venir ternir le portrait d'une nouvelle qui reste une très belle réussite.

D'autre avis : Yogo, Lhisbei ...

samedi 20 avril 2019

Joëlle Wintrebert - Les Olympiades truquées

Les Olympiades truquées, Joëlle Wintrebert, 1998, 313 pages.

Sphyrène est une nageuse se préparant pour les Jeux Olympiques, avec tout ce que cela implique du culte du corps. Maël, elle, est une clone, réplique d'une grande musicienne disparue dans un accident, dont le père - du clone - est l'ancien mari - du modèle. Les Olympiades truquées est un roman qui traite du corps dans tous ses états, et pas nécessairement les plus ragoûtants. Ce qui donnera le droit à quelques scènes forts crues et sexuées qui m'auront personnellement quelque peu sorti du livre.

Mais Les Olympiades truquées est aussi, évidemment, un roman qui parle du sport et plus précisément du "toujours plus", des enjeux qui explosent et du développement du dopage. Des idées intéressantes, toujours d'actualité même si leur écho est sensiblement différent - mais pas moindre - du moment de l'écriture, malgré un certain manichéisme et une vision très sombre qui amoindrissent quelque peu le constat.

Tout ça, et même plus, via des chapitres courts et des points de vue changeant sans cesse, en seulement 300 pages. Malheureusement, cela ne laisse pas la place nécessaire au bon développement de l'histoire ou des idées. C'est le problème du livre : il y a trop de choses, beaucoup trop de choses, et du coup tout parait survolé, et un peu plat, jusqu'à une partie finale - les JO, enfin ! - bouclée en si peu de pages. C'est d'autant plus dommage que ça aurait pu être vraiment bien.

lundi 15 avril 2019

Thierry Di Rollo - Brumes fantômes

Brumes fantômes, Thierry Di Rollo, 2018, 19 pages (pdf).

Bersekker revient sur le lieu de sa jeunesse. L'occasion d'en finir avec une page de son passé et de se tourner vers l'avenir... s'il est possible de parler d'avenir pour une personne telle que lui ?

Brumes fantômes est une nouvelle simple et efficace. Elle ne restera pas nécessairement en tête à tout jamais, mais elle est tout à fait plaisante à lire, et ce malgré un certain ton désabusé qui n'est heureusement pas pesant. Elle est bien aidée en cela par une omniprésence des dialogues la rendant très fluide, avec en prime une certaine ironie/jeu entre personnages et lecteur. Dix minutes de lecture qu'on ne regrettera pas.
« (...) tu es de ce genre que l’on appelle humain. Le laid et le violent nous ont toujours fascinés. »
D'autre avis : Yogo, Lhisbei ...

mercredi 10 avril 2019

Christophe Lambert - Aucun homme n'est une île

Aucun homme n'est une île, Christophe Lambert, 2014, 275 pages.

2 juillet 1961. Ernest Hemingway est sur le point de se suicider quand on vient l'avertir d'un débarquement américain à Cuba. Une attaque en juillet ? Oui, car Kennedy a repoussé l'assaut d'avril et évité le fiasco de la baie des cochons. L'occasion pour Hemingway de reprendre sa casquette de correspondant de guerre et de retourner à Cuba pour tenter d'interviewer Fidel Castro et Che Guevara.

Je ne suis pas un grand amateur d'uchronies historiques, que je trouve souvent compliquées et nécessitant pas mal de connaissances pour pleinement les apprécier. Ces "problèmes" sont ici à la marge : le récit est assez minimaliste et les pré-requis sont eux-aussi minimes et généralement connus de tous, pour peu que vous sachiez ce qu'est la Guerre Froide, où est situé Cuba et qui sont Fidel Castro et Che Guevara.

D'ailleurs, si sa base est une uchronie historique, Aucun homme n'est une île est surtout l'occasion pour Christophe Lambert de proposer une courte aventure unique, dans un cadre rare, et de mettre en scène trois personnages historiques. Et si l'aspect uchronique permet de prendre des libertés et de laisser libre cours à l'imagination, ce n'est pas pour autant un livre déconnecté de la réalité. Bien au contraire même, l'auteur ayant (ré)intégré de nombreux faits/anecdotes historiques, explicités dans la très intéressante bibliographie qui conclut l'ouvrage.

Aucun homme n'est une île est un excellent livre à tous les niveaux. Il apporte d'un côté un récit d'aventures plaisant, très bien rythmé et qui ne tire pas en longueur, tout en présentant intelligemment des personnages (et des idées) complexes. Le tout avec grande simplicité. À lire que vous soyez ou non amateur d'uchronie !

D'autre avis : Gromovar, Lhisbei, Julien, ...

jeudi 4 avril 2019

Ernest Pérochon - Les Hommes frénétiques

Les Hommes frénétiques, Ernest Pérochon, 1925, 345 pages.
« Les hommes n'avaient pas compris qu'une ère nouvelle commençait, où la prudence, à défaut de bonté, deviendrait une vertu essentielle. »
Suite à la désolation laissée par la guerre mondiale de la fin du XXIIème siècle, l'ère chrétienne a pris fin et le monde est entré dans l'ère universelle. Une ère où toute la planète a atteint une certaine aisance économique, bien aidée en cela par une nouvelle source d'énergie dont l'installation quadrille le globe. Une ère où, pour ne pas reproduire les erreurs du passé, la norme est à la prudence et à la modération, où toute ardeur et exaltation doit être réprimée. Mais le temps passe et les hommes oublient...

Autant le dire tout de suite, Les Hommes frénétiques n'est pas un grand livre sur le plan romanesque. Les (rares) personnages sont fades et très peu caractérisés. L'intrigue ne tourne d'ailleurs pas réellement autour d'eux, Ernest Pérochon préférant plutôt conter les péripéties de la planète à un niveau international, comme des chroniques historiques de notre futur. Si l'approche est compréhensible, elle reste dommageable puisque l'ensemble manque de simple plaisir de lecture, et ce d'autant plus que l'auteur, Prix Goncourt en 1920, prouve dans la dernière partie du roman qu'il est capable de proposer autre chose.

Mais s'il peut y avoir à redire sur le plan romanesque, peut-être encore plus pour un lecteur du XXIème siècle, Les Hommes frénétiques n'est pas un livre à jeter pour autant et reste un roman fort dans sa dimension historique et visionnaire. S'il ne décrit évidemment pas précisément notre présent, Ernest Pérochon met tout de même en garde sur, entre autres, l'utilisation détournée des découvertes scientifiques, les menaces de guerres biologiques et chimiques ou encore les dangers d'un monde où règnent les réactions vives et exaltées. Des préoccupations toujours plus d'actualité alors que ce roman a été écrit en 1925...

Bien que très imparfait - on l'appréciera bien plus après lecture que pendant - Les Hommes frénétiques reste une belle curiosité historique qui n'aura malheureusement pas servi de leçon. Un livre qui, certes, parle exclusivement au cerveau mais qui parvient encore à le faire près de 100 ans plus tard et en ayant pris peu de rides.
« Il n'y avait à terre ni vainqueurs ni vaincus ; seulement des morts, des blessés hurlants, quelques fuyards à demi fous. »
D'autre avis : TmbM, Lekarr ...

vendredi 29 mars 2019

Bulles de feu #12 - Histoires de guerres

Le Chant du Cygne, Série terminée en 2 tomes, Xavier Dorison, Emmanuel Herzet et Cédric Babouche, 2014-2016, 57 et 65 planches.

1917. Suite à la dévastatrice bataille du Chemin des Dames, une pétition circule entre soldats français pour faire arrêter cette boucherie. Une pétition qui tombe entre les mains du lieutenant Katz et de ses hommes, qui devront se rendre au plus vite à Paris pour la remettre au Parlement et faire écarter le général Nivelle.

Sous couvert d'une imaginaire (?) pétition, les auteurs nous proposent une sorte de "buddy-road-movie" où une bande de soldats doit parvenir à Paris, non sans, évidemment, devoir éviter un lot d'embuches. Ne vous fiez pas complètement à ma qualification : Le Chant du Cygne n'est pas une amusante balade dans la campagne. Au contraire. Et pourtant, le ton est finement dosé : c'est dur, c'est dramatique, mais ça reste dans le même temps très agréable à lire. Une contradiction en grande partie rendue possible par un dessin (à découvrir ici) qui parvient à dédramatiser l'ambiance.

Un intelligent et émouvant diptyque qui permet d'évoquer habilement les mutineries de 1917. À lire.

Carton jaune !, Didier Daeninckx et Asaf Hanuka, 1999, 52 planches.

Carton jaune ! est inspiré de l'histoire du boxeur Young Perez. Sauf qu'ici l'histoire est celle de Jacques Benzara, un jeune footballeur repéré à Tunis qui va devenir une star à Paris. Mais nous sommes à la fin des années 1930 et son avenir risque de s'ombrager...

Carton jaune ! est une BD assez anodine. Ça se lit mais, malgré un sujet grave, ça ne marque pas et cela manque quelque peu d'émotion et d'implication. Mais le problème principal n'est même pas là. Pourquoi Jacques Benzara et non Young Perez ? Pourquoi avoir inventé un personnage imaginaire, inspiré de, alors que l'histoire de Young Perez aurait, elle, eu d'emblée le parfum de l'Histoire et aurait certainement été plus marquante ? Une occasion ratée - un comble pour un attaquant de pointe.

(notez que d'autres, heureusement, ont depuis corrigé le tir et publié des BD sur Young Perez)

lundi 25 mars 2019

Catherine Dufour - Le Goût de l'immortalité

Le Goût de l'immortalité, Catherine Dufour, 2005, 318 pages.
« C'est courageux. J'ai donc décidé de l'être à mon tour et de vous faire une série d'aveux. C'est le nom qu'on donne aux explications quand elles sont pénibles. »
Et la narratrice de se lancer dans une longue lettre - ce roman - retraçant une série d'évènements ayant bouleversé sa vie - et ce n'est pas peu dire. L'occasion d'apprendre à mieux la connaitre, certes, mais surtout de découvrir un futur hors du commun où les rapports de force ont évolué à l'extrême.

Je n'ai pas envie d'en dire beaucoup plus concernant l'histoire et l'univers. D'une parce que c'est loin d'être facile à résumer et que j'en serais bien incapable. De deux pour ne rien divulgâcher, le plaisir étant ici clairement à la découverte.

Le Goût de l'immortalité est un roman qui tient presque du fix-up dans sa construction tant s'enchaînent de longues parties centrées sur des personnages différents - à l'exception de la dernière, bien évidemment. Ce n'est nullement gênant tant le "plaisir" est de découvrir ce monde et ses changements.

Notez les guillemets à "plaisir". Car Le Goût de l'immortalité n'est pas un livre misant sur le bonheur et la félicité. C'est un livre cru où l'écriture de Catherine Dufour envoie des baffes et parle aux tripes, tout en restant assez facilement lisible - à une exception près, trigger warning, d'une scène de viol. Passez outre : c'est un roman différent à tous les niveaux et c'est une raison suffisante de le lire.
« Ils ont assez de culture et de loisirs pour pouvoir se livrer au jeu angoissant de l'anticipation. Je n'arrive pas à leur trouver d'excuses. »
D'autre avis : Le chien critique, Vert, AcrO, Lhisbei, Herbefol, Gromovar, ...

mardi 19 mars 2019

Paolo Bacigalupi - Ferrailleurs des mers

Ferrailleurs des mers, Paolo Bacigalupi, 2010, 394 pages.
« - Ce n'est pas parce qu'un marché existe qu'il faut le servir. (...)
- T'essaies de me dire que tes dealers de rouille ont la conscience propre ? Que raffiner du pétrole est plus sale que d'acheter notre sang et notre rouille pour vous fournir en matières premières ? »
Aux États-Unis, dans un futur proche, dans un monde changé par le dérèglement climatique. Nailer fait partie d'un groupe de légers : comprendre un groupe de ferrailleurs qui vit en récupérant du cuivre, au péril de leurs vies, sur les câblages électriques des navires échoués. Il ne rêve que d'une chose : un "Lucky Strike", une grosse découverte - du pétrole par exemple - pour lui permettre de devenir riche et changer de vie. Le Dieu Ferrailleur sera-t-il de son côté ?

Évidemment il va se passer quelque chose d'inhabituel, sinon le roman n'aurait pas de raison d'exister. Et ça aurait été bien dommage, tant il est de qualité. Pourquoi ? En grande partie pour son rythme à la limite de la perfection. Pour un roman aussi "simple" dans le déroulé - le vrai aspect "Young Adult" de l'ouvrage - tout s'enchaine très bien, ni trop rapidement ni trop lentement, et surtout, encore plus rare, sans scène inutile ou ennuyante.

L'autre force de Ferrailleurs des mers, c'est son contexte, tout autant futur que présent, et les thématiques abordées intelligemment. Car pas de didactisme au programme : les idées passent naturellement, en toile de fond de l'oeuvre, sans être forcés. C'est une bonne chose : au-delà des messages, Ferrailleurs des mers n'oublie pas d'être avant tout un bon livre dans son déroulé, et ce pour tous les publics. Il n'en est que d'autant plus recommandable.
« - Ça fait foutrement beaucoup d'argent, dit-il. Et, si tu penses que t'as une moralité, c'est parce que t'as pas besoin d'argent. »
D'autre avis : Lune, Xapur, Kissifrott, Vert, Lhisbei, ...

mercredi 13 mars 2019

Colum McCann - Treize façons de voir

Treize façons de voir, Colum McCann, 2015, 302 pages.

Treize façons de voir, dont le nom et le texte font référence au poème Thirteen Ways of Looking at a Blackbird de Wallace Stevens, est le nom de la novella qui ouvre et est la pièce principale de ce recueil éponyme. Un recueil qui comporte donc cette novella mais aussi 4 nouvelles. Toutes suivent des personnages ordinaires dans des moments de vie cruciaux, comme sait si bien le faire Colum McCann. C'est d'ailleurs le véritable point fort de ce recueil : retrouver la plume de Colum McCann et cette écriture simple, fluide et agréable, qui sait pourtant donner corps aux lieux et aux personnages en peu de termes et toucher du mot le "vrai". 

Ce n'est pas ce que j'ai lu de meilleur de l'auteur, ou tout du moins ce qui m'a semblé le plus marquant - ne serait-ce qu'en comparaison de nouvelles, Ailleurs, en ce pays m'avait paru plus fort. Ça reste bien, mais il m'a globalement manqué un petit quelque chose que je n'arrive pas à définir précisément. On en gardera tout de même avec plaisir l'amusante et intelligente, quoique potentiellement frustrante, "Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes ?" au si joli titre.

vendredi 8 mars 2019

Laurent Genefort - T'ien-Keou

T'ien-Keou, Laurent Genefort, 2019, 25 pages.
« Tout avait commencé par une fleur. Pas une fleur ordinaire, oh non. Celle-là était vraie. »
Ou-I-Pai est un bandeau bleu - il n'appartient pas encore à un clan - au service du peintre Teng Baishi. Un jour, ce dernier lui demande d'aller voler une fleur. Une vraie fleur, chose extrêmement rare. Car cette société aux accents chinois n'est pas sur Terre : elle est dans l'espace.

Extrait du recueil Colonies de Laurent Genefort, T'ien-Keou est une nouvelle téléchargeable gratuitement sur le site du Bélial'. Sans surprise vis-à-vis de l'objet du recueil, on y découvrira une colonie, spatiale en l'occurrence. On y retrouvera surtout l'art du worldbuilding de Laurent Genefort. Fort heureusement, l'histoire n'est pas en reste et est prenante tout en étant au service de l'exploration de cette société. Intéressant sur tous les plans, de quoi donner envie de lire le recueil dans son ensemble.
« Selon une autre légende, le patriarche aurait demandé à Teng d’effacer la cascade qu’il avait peinte sur un mur de sa chambre, parce que le bruit de l’eau l’empêchait de dormir. »
D'autre avis : Apophis, ...

dimanche 3 mars 2019

Ursula K. Le Guin - Lavinia

Lavinia, Ursula K. Le Guin, 2008, 311 pages.

Dans la dernière partie de l'Énéide, Énée arrive en Italie, dans le Latium, à proximité de la future Rome, pour fonder un nouveau royaume. Il y prendra pour femme Lavinia, un personnage très peu décrit et utilisé par Virgile. C'est pourtant cette femme qu'Ursula Le Guin met en scène ici, narrant la fin de l'Énéide (et au-delà) à travers les yeux de Lavinia.

Lavinia est un livre particulier, bien différent d'autres oeuvres plus connues de l'autrice, puisqu'il est quasi-réaliste et repose sur une base réelle. L'histoire y est très simple, voire trop simple, l'ennui n'étant pas loin de pointer son nez - ou tout du moins une sensation de "c'est tout ?". Ce n'est pas le meilleur livre d'Ursula Le Guin, ça parait un peu bancal présenté comme cela, et pourtant ça fonctionne quand même.

Ça fonctionne pour deux raisons. La première, c'est l'écriture d'Ursula Le Guin, toujours aussi majestueuse et précise, tout en simplicité mais jamais simpliste. La seconde, c'est qu'on ressent la passion de l'autrice pour l'oeuvre de Virgile et sa volonté de présenter, au-delà d'un portrait de femme et avec quelques libertés, une époque et une culture révolues.

Lavinia n'est pas un livre qui met des baffes au lecteur. Il a quelques défauts, comme de n'être ni surprenant ni vraiment dynamique. Et pourtant, c'est un livre qui fonctionne, dont on ressort satisfait et qui se bonifie à la réflexion. C'est un voyage idéalisé dans un lointain passé. C'est une pause printanière sous un arbre, un livre à la main. C'est dépaysant, ça invite notre esprit au voyage, et c'est déjà beaucoup.

D'autre avis : Vert, Lutin82, Célindanaé, ...

mardi 26 février 2019

Tout feu tout flamme #2.2 - Rois du monde, rois des moutons ?

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.
« Car au fond, de quoi se plaint-on ?
D'être pris pour des cons ! »
(Sinsemilia)
C'est peut-être le sentiment que vous aurez eu en lisant l'historique éditorial de la trilogie/diptyque/pentalogie/série/saga/chanson/cycle/épopée "Rois du monde" - faites votre choix, un intrus peut s'être glissé dans la liste - de Jean-Philippe Jaworski présenté ici. C'est en tout cas mon sentiment. Mais peut-être suis-je le seul ? Pour vérifier cela, je vous propose un petit test digne des plus grands magazines intellectuels trouvables chez vos marchands de journaux. Sortez un papier et un crayon et notez bien vos réponses.

Grand test : quel éditeur êtes-vous ?


Pour l'ensemble des questions, vous êtes dans la peau d'un éditeur de SFFF, présent depuis de nombreuses années dans le milieu, éditant l'un des plus grands auteurs francophones du genre.

       1. Votre auteur vous a rendu le manuscrit du premier tome de sa nouvelle trilogie. Les tomes suivants ne sont pas encore écrits et cet auteur est connu pour ne pas être le plus rapide du monde. Vous... :

A. ...publiez le premier tome et n'annoncez rien de précis concernant la suite.
B. ...publiez le premier tome en annonçant la sortie du tome 2 l'année prochaine et du tome 3 l'année suivante.

       2. Votre auteur a du retard sur l'écriture de son tome 2. Ce dernier n'est pas terminé et sa taille semble être de plus en plus importante. Vous... :

A. ...décidez de communiquer sur ce retard auprès du public et d'attendre que le tome soit terminé avant de prendre une décision concernant sa publication.
B. ...décidez de publier dès à présent ce qui est disponible et annoncez que la fin du tome sera publiée dès l'année prochaine.

     3. Les deux dernières dates de publication que vous aviez annoncées n'ont pas pu être respectées. Vous n'avez rien de concret sous la main concernant la publication suivante. Vous... :

A. ...décidez de ne plus vous mouiller et communiquerez une date quand vous aurez plus d'informations.
B. ...décidez d'annoncer dès à présent une date de publication précise pour un futur proche.

      4. Diverses raisons ont modifié l'organisation de la trilogie de votre auteur phare. Le troisième tome ne paraitra finalement pas dans un futur proche et la série pourra être considérée comme terminée à l'issue des deux premiers tomes. Vous... :

A. ...communiquez clairement sur ce fait en présentant les tenants et les aboutissants de ce changement.
B. ...présentez en toute normalité le deuxième tome comme la fin de la série et n'évoquez absolument pas la question du troisième tome.

Résultats :
- Vous avez répondu "A" à toutes les questions : ne seriez-vous pas un peu trop naïf ? N'oubliez pas d'aiguiser vos crocs si vous voulez survivre dans ce métier.
- Vous avez répondu "B" à 1, 2 ou 3 questions : vous avez quelques bons réflexes par moment mais vous devez encore apprendre votre métier.
- Vous avez répondu "B" à toutes les questions : félicitations, vous êtes un éditeur modèle, notre maison d'édition, "Les Poissons Phosphorescents", serait ravie de vous compter parmi nous !

...

 

Des incidents et des contretemps peuvent survenir. Mais :
- Comment peut-on sans cesse annoncer des dates erronées ? D'une manière plus générale, comment peut-on communiquer aussi mal ? Au point que l'on apprenne les modifications du troisième tome seulement grâce à l'acharnement de certaines personnes à poser des questions suite à des bribes d'informations trouvées dans une interview sur un blog ?
- L'une des raisons du découpage du tome 2 - outre le format choisi sur lequel je ne reviendrai pas (quoique : peut-être fallait-il y penser avant ?) - serait de ne pas faire trop attendre le lecteur. De une, il attendrait moins si on ne lui donnait pas des dates erronées. De deux, on parle de Jean-Philippe Jaworski. Il me semble que le public sera au rendez-vous même s'il faut attendre un peu plus longtemps, non ?
- Vu le nouveau découpage du tome 2, un découpage artificiel, il a été décidé... de ne rien faire. Pas de résumé au début de chaque volume (et qu'on ne me dise pas qu'ils sont faits pour être lus à la suite, sinon pourquoi les publier à des moments différents ?), aucune facilitation dans la dénomination des volumes (au contraire de l'édition proposée par FolioSF qui comporte, elle, des sous-titres), ...

Ça fait beaucoup, non ? On a beau vouloir être gentil et compréhensif, difficile de ne pas se demander si certains ne veulent pas surtout que le lecteur prenne le plus souvent possible sa casquette d'acheteur. Et qu'on ne me dise pas que c'est un mal pour un bien, qu'il faut bien des fonds pour développer les autres titres, quand on voit les crowdfundings organisés par les Moutons en parallèle.

Chacun en tirera ses conclusions, entre malhonnêteté et incompétence (appelons un mouton un mouton un chat un chat). Il faut évidemment relativiser l'ampleur du "problème", mais cela reste préoccupant, surtout dans un contexte plus général de multiplication des séries qui s'embourbent et dont on n'est jamais certain de voir la fin, si ce n'est 20 ans plus tard après 42 changements de plan, retards et autres contretemps. Que personne ne soit ensuite étonné de la frilosité toujours plus importante des lecteurs à se lancer dans des séries, surtout chez des éditeurs qui ne paraissent pas dignes de confiance. Les cercles vicieux, tout ça tout ça...

Quoiqu'il en soit, et heureusement pour certains, l'immense majorité des lecteurs n'aura jamais connaissance d'un dixième de tout ça. Mais quand même... N'est-ce pas un peu ironique d'avoir l'impression de se faire tondre comme des moutons ?

Pour finir sur une note plus légère, tout de même, parce que Jaworski est grand, qu'il faut continuer à le lire et que la vie est belle, un dernier petit jeu : saurez-vous trouver la différence entre ces deux éditions de Même pas mort ?
Indice : à gauche, la première édition.
Merci à Vert et Elhyandra pour les photos.

lundi 25 février 2019

Tout feu tout flamme #2 - La "trilogie" Rois du monde de J.-P. Jaworski

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.

Jaworski est grand. Et sa trilogie "Rois du monde" l'est elle aussi de plus en plus. Malheureusement pas nécessairement dans le bon sens, les sorties s'enchaînant en laissant quelque peu dubitatifs les lecteurs attentifs. Pourquoi ? Notamment car le quatrième tome de la trilogie, qui n'est toujours pas le dernier, vient de paraître. Étonnant, non ? Eh bien, c'est en fait pire que ça. D'où cet article, pour revenir sur l'historique de la série et tenter de clarifier les choses.

2013

 

Tout commence en 2013. Sur le programme de l'année, les Moutons électriques annoncent (notamment ici ou ) la sortie de Même pas mort, premier tome de la nouvelle trilogie de Jean-Philippe Jaworski, "Rois du monde". Et le public de se réjouir - à raison, parce que c'était vraiment très bien.

Ce même public peut même doublement se réjouir car tout semble indiquer que cette trilogie est bien réfléchie et devrait s'enchaîner sans souci. Tenez, regardez, c'est écrit à l'intérieur même de Même pas mort :

Même pas mort, première édition.
Et puis tiens, lisez donc cet extrait d'une interview de l'auteur à Elbakin, toujours en 2013, sur l'importance du chiffre 3 :
« Initialement, Rois du Monde devait être un roman composé de trois parties. Cette structure tripartite m'était imposée par l'importance du chiffre trois dans la culture celtique : trois points cardinaux, trinités païennes ou dieux trifaces, siècles de trente ans, fêtes de trois nuits (comme Samonios / Samain), trimarkisia (trio guerrier), triades mnémotechniques… Quand le projet a pris de l'ampleur, chaque partie est devenue un volume, chaque chapitre est devenu une partie. Mon but est d'avoir un roman qui, non seulement dans son contenu, mais aussi dans sa forme, soit un hommage aux structures celtiques. »
Donc c'est plutôt clair, voilà ce qu'on aura le plaisir de lire :
La trilogie "Rois du monde" en 2013.















2015

 

Avançons en 2015 - et omettons la non-parution de la deuxième branche en 2014. En début d'année, dans l'interview rituelle d'Elbakin, la bonne nouvelle est là : « Faire encore et toujours mieux avec Jean-Philippe Jaworski, qui sort en mai le deuxième tome de sa trilogie "Rois du monde" .

La première surprise arrive en avril, sur le blog des Moutons : « Et comme l’auteur avait finalement beaucoup plus à dévoiler qu’il ne l’avait prévu à l’origine, ce deuxième tome (aussi long que le premier) sera suivi dans un an de sa suite directe : Chasse royale sera en deux parties, dont ce volume est la première. Ou pour être plus clair, cette « trilogie » sera finalement au moins en quatre volumes... »

Une séparation en deux volumes donc pour Chasse Royale, confirmée par l'auteur dans une interview sur Elbakin où l'on apprend que les raisons sont littéraires, mais pas que : « Un gros volume dans la couverture rigide adoptée pour la première branche est très cher à produire et majorait les risques financiers ; par ailleurs, André-François Ruaud ne voulait pas une trop longue attente du public entre les deux romans. »

Bon, pourquoi pas, ça peut arriver. En plus c'était toujours bien, alors on savourera quatre tomes et tout le monde sera content. Non ?
La trilogie "Rois du monde" en 2015, qui n'en est plus une que dans l'esprit.












2017

 

Comme prévu un an plus tard Deux ans plus tard, le tome 2.2 parait donc (et c'est toujours appréciable). La fin de Chasse Royale... ou pas. Car les Moutons ont une surprise pour nous : « Votre auteur préféré, dévoré par sa saga celtique, vous régalera d'un tome supplémentaire narrant l’avènement du chef de guerre. Et cela veut dire que "Chasse Royale" se découpera finalement en trois volumes. Le troisième étant d'ores et déjà prévu pour janvier 2018. »

Jean-Philippe Jaworski livre des précisions sur Elbakin : « Publier en un seul tome les parties II et III dans la belle reliure de l’édition des premiers volumes était trop difficile. Du reste, la coupure ne pose aucun problème. Au contraire : quitte à diviser le texte, je préfère une parution en trilogie plutôt qu’en diptyque, car l’organisation du roman est tripartite. Ainsi, le deuxième tome correspond à la deuxième partie et possède son unité et sa couleur propres. »

Un discours appuyé par une autre interview, cette fois sur Just A Word, dont je ne vous livre qu'un court extrait par souci de lisibilité : « Ce qui structure le récit de l’ensemble du cycle en fait, ce sont les petits chapitres qui servent de prologues qui s’appellent La Première Nuit au début de Même pas Mort, La Deuxième Nuit au début de Chasse Royale, et au début de La Grande Jument, le dernier volume du cycle ça s’appellera La Troisième Nuit, qui correspondent aux trois nuits où le narrateur-personnage Bellovèse raconte son histoire ».

Bon, soit. Ça devient un peu répétitif, mais pourquoi pas, la symbolique du chiffre 3 qui revient c'est sympa vu les propos tenus par l'auteur en 2013. Cette fois-ci c'est la bonne, plus que deux livres à sortir et on en a terminé. "Vous verrez, on en rira même dans quelques années !" pourrait-on se dire. Eh bien, rira bien qui rira le dernier...
La trilogie "Rois du monde" en 2017, 3-ception.





2019

 

Janvier 2018 Janvier 2019. Vous en reprendrez bien une tranche ? Tout commence pourtant bien avec l'annonce des Moutons : « Et commençons l’année par ce qui constitue toujours un événement : un nouveau tome de la saga "Rois du monde" de Jean-Philippe Jaworski. Avant-dernier volume de ce grand cycle celtique, Chasse royale III retrouve Bellovèse (...) ». Avant-dernier tome, il ne reste donc plus que La Grande Jument à paraitre, comme prévu depuis 2013 et dont nous avons même déjà la couverture.

C'est au détour d'une interview des Moutons chez Just A Word, pour présenter le programme de l'année - on n'évoquera pas ici le fait que l'éditeur ne répond plus à Elbakin sur cette même thématique, ne nous dispersons pas - que la surprise apparait : « Et fin mai... Chasse royale IV de Jean-Philippe Jaworski, mais oui : la fin de la saga Rois du monde ! ».

Vous n'avez rien compris ? C'est normal, c'est incompréhensible. Après quelques jours de questionnements et d'attente, une clarification arrive enfin, par Nicolas Winter, tenancier de Just A Word : « selon les éclaircissements de l’éditeur : Parution des deux derniers volets de la seconde branche cette année ; Pas de branche 3 dans l’immédiat mais la seconde branche proposera une fin en soi ; Possible branche 3 dans le futur qui fonctionnerait indépendamment des deux premières ; Retour au Vieux Royaume après la fin de la branche 2 avec le roman Le Chevalier aux épines ».

Et notre trilogie initiale, conçue en tant que telle, est donc devenue un diptyque avec un premier tome en un volume et un second tome en quatre volumes.
"Rois du monde" version 2019, un diptyque en 5 volumes.

















Quelque chose à rajouter Monsieur Jaworski ? Extrait d'une interview à ActuSF : « (...) le volume qui paraît en janvier 2019 ne forme en fait que la moitié de la troisième partie du roman. J'aurais préféré différer la publication pour livrer au public l'intégralité de cette troisième partie, mais les contingences éditoriales en ont décidé autrement. »

Il y aurait encore pas mal de choses à dire sur la trilogie "Rois du monde". Mais mon lectorat me contraint à des publications rythmées et mon format m'oblige à ne pas faire plus long. Par souci de lisibilité et de clarté, mais surtout pour rendre un vibrant hommage à l'historique éditorial de cette saga, la suite (et fin) de ce billet sera publiée dans un prochain article à paraître très prochainement. Ce sera l'occasion, en s'appuyant sur les faits présentés plus haut, de répondre notamment à la question que beaucoup auront peut-être à l'esprit : "est-ce qu'on ne nous prendrait pas un peu pour des pigeons ?".

jeudi 21 février 2019

Écran de fumée #11 - The Night of / Bodyguard

Deux séries qui se regardent comme un très long film, avec une histoire complète en une saison. L'une est correcte, l'autre est excellente. Qui est quoi ? Réponse ci-dessous.

The Night Of, Saison 1 (série terminée), 2016, 8 épisodes de 60-90 minutes.

Nasir Khan, étudiant américain d'origine pakistanaise, emprunte un soir le taxi de son père pour aller à une soirée. En chemin, il rencontre une jeune femme, Andrea, et passe finalement la soirée avec elle. Au matin, celle-ci est morte et tout semble désigner Nasir, qui ne se souvient de rien, comme le coupable...

Et voilà 1h30, le premier épisode, résumée - grossièrement certes - en trois phrases. Là est tout le problème de The Night of : c'est trop long. Une série qui prend son temps pour poser les choses n'est pas un problème en soi, mais il y a ici au moins 2 épisodes de trop au vu de toutes les séquences inutiles ou répétitives. La palme revient au dernier épisode où au moins 45 minutes consistent à répéter au tribunal des informations que l'on a déjà eu précédemment, sans aucune nouveauté ni surprise.

C'est dommage car il y a de bonnes idées et de bonnes choses malgré tout, notamment dans la vision des à-côtés d'un tel évènement, montrés très simplement, ou bien, surtout, la performance de Riz Ahmed, interprétant Nasir Khan, dont la transformation au fur et à mesure des épisodes est bluffante. Malheureusement, The Night of ne semble parfois pas trop savoir sur quel pied danser et ne pousse jamais l'excellence nulle part. Caricaturalement, si vous cherchez une série sur une prison vous trouverez mieux ailleurs (en film ou en série) et si vous cherchez une série sur une enquête/procès, Broadchurch est infiniment meilleure.

Attention tout de même, la série reste globalement assez bonne, elle se laisse tout à fait regarder et les fins d'épisodes donnent l'envie de lancer le suivant, ce qui ne peut pas être un mauvais signe. Elle aurait simplement pu être encore meilleure.

Bodyguard, Saison 1, 2018, 6 épisodes de 60 minutes.

David Budd est un sergent de police, vétéran de guerre traumatisé, qui se voit assigner à la garde rapprochée de (l'équivalent de) la ministre de l'intérieur britannique, en pleine campagne pour l'adoption de lois sécuritaires contre la menace terroriste. Évidemment, tout ne va pas se passer sans accroc...

Un bijou. Je ne vois aucune raison de ne pas regarder Bodyguard. C'est un pur thriller prenant du début à la fin et qui est complet - même si apparemment d'autres saisons seraient en réflexion, l'histoire présente est complète à la fin de la saison - en seulement 6 épisodes. Je ne me suis toujours pas remis de cette première scène de 20 minutes qui m'a personnellement scotché à l'écran et même fait manquer quelques battements de coeur.

Et comme il n'y a que 6 épisodes, on ne perd pas de temps. Les choses avancent rapidement - mais sans jamais être rushées - évoluent et ne prennent pas toujours le chemin escompté. L'un des points forts de Bodyguard, c'est de ne pas prendre les spectateurs pour des imbéciles : si l'on sait/devine que cela va se passer, alors on ne va pas poireauter 2 heures avant que cela arrive.

Le tout sur un fond extrêmement - terriblement - moderne et actuel de surveillance et de terrorisme. Bodyguard n'est pour autant pas une série politique dans le sens où la politique n'est pas ici le centre essentiel de la série, elle est utilisée par la série pour la série, tout en évoquant de nombreuses préoccupations en filigrane.

Alors oui, il y a un poil de mindfuck par moment, au point où je ne suis même pas certain que tout colle à la fin - j'ose espérer que si. Qu'importe de toute façon, cela n'enlève en rien à l'excitation du déroulé (ce que j'appelle aussi la loi Lost) et c'est bien là l'essentiel. Bodyguard est une excellente série, prenante et surprenante.

vendredi 15 février 2019

James E. Gunn & Jack Williamson - Le Pont sur les étoiles

Le Pont sur les étoiles, James E. Gunn & Jack Williamson, 1955, 241 pages.

Éron est le centre d'un empire interstellaire. Et pour cause : elle détient le secret des tubes, de véritables ponts entre les étoiles, qui permettent de surpasser la vitesse de la lumière entre Éron et toute planète où un terminal a été déposé. Mais tout empire connaît des adversaires et des hommes de l'ombre cherchant à tirer les ficelles. Horn, lui, ne se pose pas tant de questions et compte simplement faire ce pour quoi il a été payé : tuer le directeur général d'Éron.

Le Pont sur les étoiles est un roman à la fois simple et complexe. Simple car son intrigue reste à taille humaine et se déroule rapidement, le vrai coeur de l'histoire pouvant même être résumé en peu de lignes. Et dans le même temps, le tout a une part de complexité, et ce moins dans les concepts scientifiques que dans les concepts sociaux que le roman cherche à présenter, notamment l'individualisme face à l'effet de groupe ou la marche de l'Histoire face au libre arbitre.

Le bémol de cette complexité, c'est que je ne sais pas si elle intelligente, si elle apporte un véritable plus à l'oeuvre, ou bien si elle n'est que de l’esbroufe, des bons mots qui n'apportent pas grand chose. C'est un point que je n'arrive pas à trancher et qui explique mon sentiment un peu mitigé, sans avis certain, à l'issue de cette lecture.

Fait rare, Le Pont sur les étoiles est aussi un roman où l'on sent clairement les quatre mains à l'oeuvre : le premier tiers, écrit par Jack Williamson, compte beaucoup de descriptions et est assez aride quand la suite du récit, de James E. Gunn, est plus active, plus aérée et plus prononcée en dialogues - pour ne pas dire plus agréable, même si cela n'empêche pas une visualisation un peu difficile par moment.

Une chose est sûre, même s'il n'est pas parfait, Le Pont sur les étoiles offre une aventure différente aux pistes de réflexion inhabituelles. Et surtout, il ne fait pas son âge !
« Si tous les hommes savaient construire des ponts, qui acquitteraient les péages ? »

samedi 9 février 2019

Audrey Pleynet - Citoyen+

Citoyen+, Audrey Pleynet, 2018, 12 pages.

Une nouvelle qui a fait - toute proportion gardée - un peu de bruit dans la blogosphère récemment. Elle est disponible gratuitement en téléchargement et, à la différence de tous les autres blogueurs, je ne ferai aucune remarque sur l'ironie d'en dire deux mots ici. Zut, raté.

Citoyen+, c'est notre monde en +. Plus quoi ? Plus connecté, toujours plus connecté. Et je n'en dis pas plus car tout le sel est de découvrir ce "monde" futur, ou actuel, au choix. Notez que pour moi, malgré cela, l'intérêt est moins dans la démonstration proposée par Audrey Pleynet que dans l'histoire, son suspense et ses conséquences. Malheureusement (pour moi), le récit reste assez mineur, bien que tout à fait respectable et plaisant. C'est pas mal, mais ça manque de "wahou" - et je n'ai pas été aidé par une "chute" que j'ai vu venir presque immédiatement.

Telle est l'ironie : vu les avis, j'en attendais +.

D'autre avis : FeydRautha, Apophis, Lutin82, Yogo, ...

mercredi 6 février 2019

Tout feu tout flamme #1 - Les Pépites de l'imaginaire

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.

Connaissez-vous les Indés de l'Imaginaire ? Sûrement, le regroupement des éditions Mnémos, Les Moutons Électriques et ActuSF étant désormais bien installé parmi les figures du milieu. Et pour la troisième année consécutive, le mois de février est l'occasion pour eux de dévoiler leurs "Pépites de l'imaginaire" !

Quoi ? Vous ne savez pas ce que c'est ? Mais si voyons, c'est comme la rentrée de la fantasy française, sauf que ce n'est pas en septembre. Reprenons à la base avec un extrait de L'Indé n°10, feu (?) le magazine gratuit des Indés :
Soyez attentifs, un élément important se cache dans ce texte.
Une présentation que l'on peut compléter avec un extrait de la présentation de cette année (lue sur la page facebook des Indés, parce que le site officiel...) :
« Chaque année en février, les Indés de l'imaginaire propose des nouveaux auteurs, des premiers et deuxièmes romans extraordinaires, des pépites à dévorer ! »
(A) Alors mon cher Watson, vous avez évidemment vu la subtilité ? Non ? Nous y reviendrons plus tard.

Les "Pépites", ce sont donc trois romans de trois nouveaux auteurs que les Indés veulent mettre en avant par une sortie simultanée et une petite campagne de promotion. Vous comprenez bien la même chose ? Une idée sympa donc. En 2018 c'était ça :

Eh oui, ça fait déjà - ou seulement - un an !
Et en 2019, nous avons le droit à :
Quel dommage que le roman de gauche ne soit pas le sujet du jour...
Voilà. Fin. C'est quand même un poil amusant/étonnant, non ?
Quoi ? Vous n'avez toujours pas compris le piquant de la chose ? Allez, un dernier indice avec une présentation un peu plus évidente, mais c'est bien parce que c'est vous. Et ensuite, si vous avez envie d'un petit cours de marketing situationnel, vous pourrez retourner plus haut au point (A).
Cliquez sur l'image pour bien savourer cette information.

vendredi 1 février 2019

Chloé Chevalier - Les Terres de l'Est

Les Terres de l'Est, Chloé Chevalier, Tome 2/4 des Récits du Demi-Loup, 2016, 327 pages

Deuxième tome des Récits du Demi-Loup, après Véridienne, Les Terres de l'Est prend place deux ans plus tard, mais néanmoins dans la continuité des évènements de fin du premier tome, et se déroule en grande partie - quelle surprise ! - à l'Est.

Signe de qualité, même trois ans après la lecture du premier tome le retour dans le Demi-Loup se fait plutôt bien. Il n'en reste pas moins qu'un petit résumé divulgâcheur en entame de volume ne serait vraiment pas de trop. Une absence vraiment incompréhensible pour moi, que cela soit ici ou chez bien d'autres éditeurs.

Quoiqu'il en soit, c'est le seul point négatif que l'on trouvera ici. Car pour tout le reste, c'est du très bon. Au programme : des personnages qui s'affirment toujours plus, un univers qui s'agrandit, des révélations sur les mystères laissés dans le premier tome, toujours une intelligente alternance de récits et de lettres, ...

Si les princesses sont quelque peu en retrait, Aldemor est incontestablement le pilier de ce volume, un touchant pilier loin d'être épargné. L'intrigue n'avance pas nécessairement à vitesse grand V mais elle avance tout de même, avec plaisir et sans répit ni ennui, sur plusieurs fronts en parallèle. Si Véridienne était une bonne découverte, Les Terres de l'Est est une très belle confirmation de la qualité de ces Récits du Demi-Loup.

D'autres avis : Célindanaé, Boudicca, Xapur, L'ours inculte, AcrO, Julien, ...