dimanche 29 mars 2020

Ayerdhal - Demain, une oasis

Demain, une oasis, Ayerdhal, 1991, 245 pages

Haut fonctionnaire à l'Organisation Mondiale de l'Expansion Spatiale, le narrateur est un soir brusquement kidnappé. Après quelques jours de pérégrinations dans une semi-conscience, il se réveille au sein d'un petit village africain en plein milieu du désert. Médecin de formation, il se voit confier, sans autre explication, la responsabilité des soins des villageois.

Demain, une oasis est à l'image du début du roman : il donne des baffes. Il montre de plein fouet la misère d'un continent et, surtout, l'égoïsme des pays riches. Mais il le fait de manière très intelligente. Jamais culpabilisant - pas excessivement en tout cas, car coupable nous le sommes forcément - ou condescendant, il énonce juste lucidement des faits, des faits qu'il ne fait jamais de mal de rappeler. Le fond étant implacable, Ayerdhal s'attache ensuite plus sur la manière, sur l’inévitable combat de la fin et des moyens.

Si s'estomaquer de l'extrême pauvreté dans le monde est politique, alors oui, Demain, une oasis est un livre politique. Mais il est bien plus que ça. C'est un livre profondément humain qui s'attarde sur des individus concrets et qui garde toujours, au bout du chemin, l'idée d'un rêve, d'un espoir. Et qui n'oublie même pas d'être, en plus de tout ça, un thriller efficace aux personnages attachants. Une lecture nécessaire, un cri de détresse dans le désert.

Couverture : Olivier Fontvieille
D'autres avis : MarieJuliet, Lorhkan, Yogo, ...

mercredi 25 mars 2020

Martha Wells - Défaillances systèmes

Défaillances systèmes, Martha Wells, Tome 1/5 de Journal d'un AssaSynth, 2017, 122 pages

AssaSynth est une SecUnit, un androïde de sécurité synthétique, mi-organique mi-mécanique. Ayant piraté son module superviseur, il jouit d'une certaine liberté, qu'il passe à regarder des séries. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à veiller consciencieusement sur ses clients, actuellement un groupe de scientifiques étudiant une nouvelle planète. Ça tombe bien, les ennuis ne font que de se multiplier.

Défaillances systèmes est une fort sympathique novella qui est de qualité tant pour son intrigue - simple, d'ampleur aisément compréhensible, mais efficacement narrée - que pour ses personnages. AssaSynth bien sûr, étonnant androïde ne recherchant que la tranquillité pour regarder des séries mais aussi les scientifiques qu'ils protègent, emplis de gentillesse. Tous sont attachants et l'ensemble est bienveillant, ce qui rend la lecture encore plus plaisante.

Premier tome d'une série de 4 novellas et d'un roman à paraitre, Défaillances systèmes propose une histoire complète qui se suffit à elle-même. Pas de raison de se priver donc. Attention tout de même : le risque d'avoir envie de continuer à suivre les aventures de l'atypique AssaSynth est très élevé.

Couverture : Pierre Bourgerie / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Lune, Yogo, Herbefol, Apophis, Célindanaé, Lorhkan, Lianne, Gromovar, Chut Maman Lit !, OmbreBones, Dionysos, ...


Deuxième escale, hors système solaire, pour le #DéfiCortex

samedi 21 mars 2020

Charles Yu - Guide de survie pour le voyageur du temps amateur

Guide de survie pour le voyageur du temps amateur, Charles Yu, 2010, 315 pages
« Quand ça arrive, voilà ce qui arrive : je me tire dessus.
Enfin, c'est-à-dire, pas sur moi à proprement parler. Sur mon futur moi. Il sort d'une machine à voyager dans le temps et se présente comme Charles Yu. Qu'est-ce que vous vouliez que je fasse ? Je le tue. Je tue mon propre avenir. »
Charles Yu est réparateur de machines à voyager dans le temps. Il se déplace à bord de sa MVT-31, accompagné de TAMMY, l'ordinateur de bord. Il vit d'ailleurs aussi au sein de sa MVT-31, pour échapper au temps, au désespoir de sa mère, à la disparition de son père. Jusqu'à ce qu'une rencontre avec lui-même le précipite plus avant dans la recherche de son père et dans un formidable travail d'introspection.

Tout en faisant la part belle au voyage temporel, reprenant tous les concepts du genre à la sauce Charles Yu, le Guide de survie pour le voyageur du temps amateur n'est pas une histoire de science-fiction habituelle. C'est un récit intimiste où les pensées et réflexions du narrateur prennent le pas sur ses actions. Pourtant, il n'y a jamais aucun signe d'ennui pour le lecteur. Cela tient notamment à l'écriture hypnotisante et loufoque de l'auteur, une écriture pétillante qui se lit comme on déguste un bon chocolat.

Si le démarrage est très amusant et complètement dingue, le Guide de survie... s'avère rapidement bien plus qu'un sympathique exercice de style sur le voyage temporel. C'est une oeuvre touchante sur la relation parents-enfants et plus généralement sur le passé et les regrets, mais aussi la fierté et l'espoir. Sur la vie quoi.

Le Guide de survie pour le voyageur du temps amateur est un excellent livre, tout à la fois loufoque variation sur le voyage temporel, gigantesque méta-écriture parfaitement maitrisée et émouvant récit introspectif. Une véritable pépite.

Couverture : Alexis Bacci Léveillé / Traduction : Aude Monnoyer de Galland
D'autres avis : Le chien critique, Lune, Xapur, ...


Première escale, Amérique du Nord, pour le #DéfiCortex

mardi 17 mars 2020

Estelle Faye - Aylus

Aylus, Estelle Faye, Tome 3/3 de La Voie des Oracles, 2016, 316 pages

Fin de la trilogie de "La Voie des Oracles" après Thya et Enoch. Un tome à la fois dans la lignée du précédent mais aussi tout à fait différent, pour des raisons qu'il n'est pas possible d'évoquer sans divulgâcher allègrement.

Disons simplement que toutes les cartes sont rebattues, dans des proportions importantes et étonnantes. Une surprise qui est en soi une idée intéressante mais qui a malheureusement un contrecoup un peu négatif dans le manque d'attachement aux personnages, (une partie de) la fin du récit étant facilement prévisible.

N'en reste pas moins une proposition intéressante d'Estelle Faye avec ce tome qui aurait pu être un one-shot - en y ajoutant quelques petites explications - mais qui prend une toute autre facette en étant le tome final d'une trilogie. Une conclusion à l'image de la série : sympathique, avec de bonnes idées et mélanges, sans être parfaitement mémorable.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Acr0, Cédric, Célindanaé, ...

vendredi 13 mars 2020

Fredric Brown - Une étoile m'a dit

Une étoile m'a dit, Fredric Brown, 1942-1951, 300 pages
« Le dernier homme sur la Terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte... »
Eh oui, c'est dans le recueil Une étoile m'a dit que se trouve la nouvelle Un coup à la porte et son idée de départ - qui n'en est pas tout à fait l'incipit - devenue légendaire. Une sympathique nouvelle qui est aussi un bel exercice de style.

De sympathiques nouvelles, c'est aussi ce dont on peut dire des 7 autres récits qui composent ce recueil, même si certaines sont bien éloignées de la veine humoristique pour laquelle l'auteur est surtout connu. Il y a vraiment une patte, un art de créer du mystère et de l'intérêt pour une histoire dès les premières pages, voire les premières lignes, qui est fort agréable à retrouver. C'est prenant et surprenant, et tellement riche d'imagination. Le tout dans un style direct qui convient parfaitement et ne laisse pas pour autant le lecteur sur sa faim. Il y a indéniablement un quelque chose dans l'écriture et les idées de Fredric Brown qui en font un génial novelliste.

Le seule reproche peut éventuellement venir de certaines fins, parfois un peu en deçà de la tension des intrigues, mais qui n'amoindrissent pas pour autant la qualité générale des nouvelles - et je dis ça alors que je préfère les nouvelles à chute. Simplement un très bon recueil de Fredric Brown, un de plus, comme l'auteur savait si bien en faire.

Couverture : Adri Berger / Traduction : Jacques Papy

lundi 9 mars 2020

Brice Tarvel - Astar Mara

Astar Mara, Brice Tarvel, 2019, 237 pages

Jeune servante chez le comte de Kydd suite au naufrage de son bateau, Nalou décide de prendre la fuite, emportant avec elle un bijou de la comtesse. Elle embarque clandestinement à bord d'un navire qui prend le large pour aller dénicher des trésors dans des épaves remontant à la surface. Elle y gagnera sa place en découvrant que le bijou volé contient des écailles de sirène et qu'il lui indique les "chemins d'eau", les dangers à venir sur la mer.

Imaginez une promenade en canoé avec comme destination un superbe point de vue verdoyant et chatoyant. Vous voguez plaisamment, descendant tranquillement le cours d'une rivière. L'ami qui vous accompagne et vous guide vous a promis que le panorama final serait sublime et vous commencez à vraiment y croire, admirant tout autour de vous un paysage prometteur et déjà agréable. Vers midi, vous vous arrêtez pour vous dégourdir les jambes et mangez un morceau. Soudain, votre ami regarde son téléphone et s'exclame : "Diantre !" - oui, votre ami aime employer très régulièrement des mots rares et peu usités - "J'avais oublié, j'ai un rendez-vous, il faut que nous rentrions". Et vous aussi, vous rentrez donc chez vous.

Astar Mara c'est exactement ce cheminement. C'est une lecture prometteuse, un voyage agréable. Mais qui finalement ne mène à presque rien. C'est comme une série télé américaine qui attend chaque année de savoir si elle sera renouvelée ; si elle ne l'est pas, on essaye vite fait de bricoler une fin mais malheureusement on sera obligé de laisser des choses en suspens. C'est un peu le sentiment ici, quelque chose d'inachevé. Ce qui est d'autant plus dommage que le voyage fut agréable. Tout n'était pas parfait, mais il y avait de bonnes choses un peu partout. Dommage.

Couverture : Melchior Ascaride

vendredi 6 mars 2020

Bulles de feu #22 - Loufoqueries

Mickey's Craziest Adventures, Lewis Trondheim & Nicolas Keramidas, 2016, 44 planches

Pat Hibulaire et les Rapetou se sont associés et sont parvenus à dérober le contenu du coffre-fort de Picsou. Mickey et Donald se lancent à leur poursuite.

Le pitch est éminemment simple et classique, si ce n'est pour l'association Mickey et Donald. Le déroulé est lui bien plus fou, et même bien plus que ça. C'est complètement dingue, quasiment sans queue ni tête. Et pour cause ! L'histoire nous est présentée telle qu'elle a été retrouvée par le duo Trondheim/Keramidas dans un vide-grenier... sauf qu'elle s'avère incomplète, des pages manquant à l'appel, laissant de grands trous dans le récit.

Si la méthode est habile, l'histoire souffre tout de même d'un peu de facilité et d'un côté trop décousu, en tout cas bien plus que l'excellent Donald's Happiest Adventures que les mêmes auteurs réaliseront quelques années plus tard. N'en reste pas moins un album tout à fait sympathique, à l'idée de base parfaitement géniale et au déroulé complètement barré.

Saint Rose à la recherche du dessin ultime, Hugues Micol, 2019, 62 planches

Hugues Micol est auteur de bandes-dessinées. Lors d'une soirée où il fait un extra, il réalise un dessin exceptionnel, qui semble lui ouvrir de nouvelles perspectives sur son style. Sauf qu'au matin, le dessin a disparu. Hugues va alors faire appel à Santorin Saint Rose, célèbre détective aventurier, pour l'aider à retrouver le fameux dessin. Une enquête qui les mènera notamment sur les traces d'un oiseau migrateur de Macao...

Les premières planches sont déstabilisantes. Tout ça parait vraiment dingue, n'avoir aucun sens et ne pas tenir debout. Et puis les planches s'enchaînent. C'est loufoque, c'est effectivement dingue... mais incompréhensiblement ça fonctionne et c'est absolument enthousiasmant, bien meilleur que ça n'aurait le droit de l'être dans l'idée.

Saint Rose à la recherche du dessin ultime a des airs de Donald's Happiest Adventures avec cette idée de quête improbable qui donne une aventure où s'enchaînent les folies. C'est à prendre avec les mêmes attentes : seulement l'envie de passer un moment fort plaisant et amusant, sans prise de tête et avec une bonne dose de loufoqueries.

mardi 3 mars 2020

Estelle Faye - Enoch

Enoch, Estelle Faye, Tome 2/3 de La Voie des Oracles, 2015, 333 pages

Deuxième tome de "La Voie des Oracles", Enoch reprend dans la continuité du premier volume, Thya. Néanmoins, les fils narratifs se multiplient dans cette suite, que les allergiques des romans polyphoniques soient prévenus et se méfient.

Ce deuxième tome confirme les impressions de son prédécesseur : outre qu'il soit une bonne lecture, il est plus agréable de suivre la "grande" histoire, celle des Dieux, qui se situe légèrement en arrière-plan, que la "petite" histoire des personnages principaux. Heureusement, ces premiers vont avoir une importance croissante et les deux vont de plus en plus se mélanger, pour notre plus grand plaisir. Jusqu'à un étonnant final qui laisse le lecteur une nouvelle fois interloqué sur ce que le tome suivant pourra bien lui réserver. Et c'est tant mieux.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Acr0, Cédric, Célindanaé, ...

dimanche 1 mars 2020

Feux Divers #11 - SFFF takes over the world !


Je ne suis pas trop challenge de lecture mais, ayant été inscrit à l'insu de mon plein gré, je participe au challenge SFFF takes over the world (#DéfiCortex) organisé par Lune. Bon, c'est aussi un peu parce que le principe, consistant à lire des ouvrages d'auteur.ice.s de toute la planète ou se déroulant dans quelques lieux sortant de l'ordinaire, me permet de diversifier un peu mes lectures, mais ne le répétez pas.

Les conditions précises se trouvent ici, avec de belles listes de titres . Notez que le challenge commence ce jour-même, pour une durée d'un an. Autant dire que vous n'êtes pas en retard. Mais ne tardez pas trop à y réfléchir, parce qu'il y a un peu de boulot - c'est le #DéfiCortex après tout. Tiens, justement, réfléchissons à ce que je pourrais lire, et à ce que vous aussi vous pourriez lire.

Liste Terre à Terre (lire un livre d'un.e auteur.ice originaire de la région) :
  • Afrique
Moi : Est-ce que je vous ai dit qu'il y avait le droit à deux jokers ? Et que je sais déjà sur quel livre je pourrais en utiliser un pour l'Afrique ? Bon, je vais quand même essayer de trouver quelque chose, pourquoi pas du Nnedi Okorafor. Ou alors j'ose Les Meurtres de Molly Southborne de Tade Thompson alors que tout dit que ça n'est pas pour moi.
  • Amérique du Nord
Moi : Ce qui me passera sous les yeux, la probabilité que je n'en lise pas en une année est insignifiante.
Vous : Vous ai-je déjà parlé de Griaule ? Ou de Walter Tevis ?
  • Amérique Latine
Moi : Le Livre de sable de Jorge Luis Borges.
Vous : Euh... je vais essayer de ne pas tarder à lire Le Livre de sable, je vous dirai.
  • Antilles
Moi : Deux jokers qu'on vous a dit.
Vous : Planète à louer de Yoss.
  • Asie
Moi : Le Regard de Ken Liu, Les Miracles du bazar Namiya de Keigo Higashino.
Vous : Les nouvelles d'Haruki Murakami valent le coup d'oeil.
  • Bretagne
Moi : Helstrid de Christian Léourier.
Vous : Si vous avez récupéré La Longue Patience de la forêt, n'oubliez pas de la lire.
  • Europe méridionale
Moi : Des Larmes sous la pluie de Rosa Montero.
  • Europe occidentale
Moi : Un roman français, ça devrait normalement se trouver sans chercher.
Vous : À tout hasard, si vous cherchez vraiment quoi lire, vous ai-je déjà dit que la meilleure trilogie de Pierre Pevel est celle de Wielstadt ? Ou que Christian Chavassieux écrit très bien ?
  • Europe orientale et Russie
Moi : Vita Nostra de Marina et Sergueï Diatchenko.
  • Europe septentrionale
Moi : Si je suis exemplaire, je lirai vraiment un roman d'un.e auteur.ice nordique, peut-être Johanna Sinisalo. Sinon... je me rabattrai sur le Royaume-Uni.
Vous : On ne répètera jamais assez qu'il faut lire Jo Walton, particulièrement Mes vrais enfants.
  • Océanie
Moi : Peut-être The Rook de Daniel O'Malley.
Vous : Vous pouvez éviter Aquaforte de K.J. Bishop.
  • Proche/Moyen-Orient
Moi : Vous êtes sûrs que ce n'est pas trois jokers ? Bon, alors peut-être Le Monde de la fin d'Ofir Touché Gafla.
Vous : Débrouillez-vous un peu seul de temps en temps !

Liste Lieux extraordinaires (lire un livre qui se déroule pour partie ou entièrement) :
  • En Antarctique
Moi : Peut-être La Nuit des temps de René Barjavel.
Vous : Vostok de Laurent Kloetzer.
  • Dans un lieu souterrain ou sous-marin
Moi : Peut-être The Deep de Rivers Solomon qui sortira en septembre. Ou bien une autre nouveauté avec Vingt mille lieues sous les mers ou Voyage au centre de la Terre de Jules Verne.
Vous : Neverwhere de Neil Gaiman.
  • Dans le système solaire, mais pas sur Terre ! / Hors système solaire / Dans une dimension parallèle ou une timeline divergente
Moi : Ça devrait se trouver assez naturellement, sans le faire exprès.
Vous : Tout les romans de l'Ekumen d'Ursula Le Guin sont hors système solaire et excellents. En uchronie, osez le trop méconnu Pavane de Keith Roberts.

Comme on dit : yapluka.