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mercredi 21 octobre 2026

Anouck Faure - Aatea

Aatea, Anouck Faure, 2025, 421 pages

Capable d'oncevoir les dangers et les courants, Aatea est un navigateur parcourant la Nuée pour le compte de son île. Mais malgré tout son talent, il reste un serviteur brimé au service des nobles. Jusqu'au jour où une attaque de nomades va bouleverser son destin et le faire aspirer à plus de liberté.

Aatea c'est une grande aventure maritime. Mais pas dans un océan quelconque. Dans la Nuée. Un concept que je ne me risquerai pas à expliquer tant je ne suis pas sûr de l'avoir totalement compris. Ce qui ne m'a nullement empêché de prendre plaisir à y naviguer. Car si la Nuée n'est pas totalement compréhensible intellectuellement, elle reste percevable et surtout elle a un côté fascinant, notamment par ses mouvements inédits.

Au-delà de son univers atypique, Aatea c'est aussi des personnages marquants. Deux principalement. Deux personnages attachants dont la relation est absolument magnifique. Une relation rare tant dans sa représentation que dans sa justesse. C'est beau, tout simplement.

Aatea est un excellent roman. C'est un livre qui donne un peu le sentiment de reprendre tous les codes du jeune héros orphelin qui doit s'émanciper d'un environnement hostile pour trouver sa voie. Mais avec un héros déjà âgé et expérimenté, et en évitant les moments creux qui sonnent comme des passages obligés. Dans Aatea, tout est utile et important. Ses quatre parties sont à la fois marquées et dans la continuité, et d'un intérêt toujours constant. Je ne sais toujours pas oncevoir comme Aatea mais j'ai bien perçu la vibration qui parcourt le livre de la première à la dernière page.

Couverture : Xavier Collette
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, shaya, Lullaby, Le nocher des livres, Célinedanaë, Boudicca, Lectures du panda, ...

vendredi 9 octobre 2026

Céline Minard - Faillir être flingué

Faillir être flingué, Céline Minard, 2013, 326 pages

Quelque part dans le Far West, différents personnages - d'âges, sexes et origines variées - sont sur les routes en quête, consciemment ou non, d'un quelque part où ils pourraient vivre une belle vie. Leurs destins vont se croiser, notamment autour d'une petite bourgade en pleine expansion.

Et l'intrigue ? Quelle intrigue ? Qui a besoin d'une intrigue quand on a des personnages attachants, une belle écriture et une fabuleuse ambiance western ? Faillir être flingué est simplement un excellent western. Et ces trois mots ont autant d'importance les uns que les autres. Il est simple, limpide malgré un nombre important de protagonistes, fluide dans sa gestion des différentes situations et du passage du temps. Il est excellent, prenant de bout en bout, faisant s'attacher à cette communauté qui se crée sous nos yeux. Il est western, convoquant quasiment tous les éléments habituels du genre, personnages comme lieux, pour en proposer une vision qui respecte les codes tout en apportant sa propre touche.

Faillir être flingué sent le sable et le cow-boy. Mais il n'est pas aride pour autant. C'est même un ouvrage qu'on pourrait, un peu étonnamment, qualifier de joyeux. Il a un côté très satisfaisant qui rend heureux pour les personnages. Faillir être flingué est donc simplement un excellent western hautement plaisant à lire.

Couverture : /
D'autres avis : TmbM, ...

dimanche 27 septembre 2026

Loïc Henry - Un Soupçon d'humanité

Un Soupçon d'humanité, Loïc Henry, 2025, 348 pages

Dans un futur proche, la France, comme une majorité du monde, fait confiance aux IA pour diriger le pays. Ce qui semble avoir résolu de nombreux problèmes, pauvreté et criminalité en tête. Mais l'infaillibilité supposée des IA est mise à mal lorsqu'un dirigeant d'une grande société de sécurité est abattu par un drone, sans que l'IA ne trouve à y redire. Deux policiers vont assister l'IA de la police pour résoudre ce mystère et en chemin mettre au jour une frange de la société opposée aux IA.

Avez-vous compris le thème de ce roman ? Indice : j'ai déjà utilisé cinq fois le terme IA. Un Soupçon d'humanité parle donc d'IA, de leur impact mais surtout des conséquences qu'une généralisation et une prise de pouvoir pourraient avoir. Encore plus que l'IA, Un Soupçon d'humanité parle de transhumanisme. Des mots qui peuvent faire peur mais que Loïc Henry traite avec simplicité et accessibilité, dans un roman dynamique découpé en courts chapitres alternant les points de vue.

N'ayant aucune affinité avec le sujet de l'IA, cette relative simplicité était la bienvenue. À défaut d'être emballé, j'ai trouvé la lecture tout à fait correcte. Je ne suis pas totalement convaincu par le contexte et le propos, qui me paraissent un peu trop théorique et basés sur de généreuses hypothèses. Mais le roman a le mérite d'avoir un objectif, une idée claire qu'il veut mettre en avant, ce qui est toujours appréciable et respectable.

Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Le Maki, FeydRautha, Le nocher des livres, ...

mardi 15 septembre 2026

Perrine Tripier - Conque

Conque, Perrine Tripier, 2024, 197 pages

Martabée est convoquée par l'Empereur. En sa qualité d'universitaire réputée, elle est désignée pour être la rapporteuse officielle des fouilles archéologiques qui viennent de démarrer. Un chantier pas comme les autres puisqu'il concernerait les Morgondes, le peuple légendaire dont Martabée et les siens seraient les descendants.

Un empire inconnu, un peuple légendaire, le cadre et le début de Conque respire la fantasy. Une impression qui s'effritera peu à peu. Plus que de la fantasy, c'est surtout une intemporalité qui est apportée par cet univers imaginaire. Ce qui correspond parfaitement au propos, qui lui-même ne se restreint ni à une époque ni à un lieu, et ce alors même que sa modernité est évidente.

Conque est un roman qui se lit très bien dès son démarrage. Mais sa première moitié pourrait laisser quelque peu dubitatif. Hormis la présence un peu malsaine de l'Empereur et quelques thématiques qui se laissent entrevoir, les enjeux paraissent un peu flous. Il faudra attendre la bascule du dernier tiers pour vraiment les saisir. Les ressentir.

Dans Conque, il est question d'histoire, de roman national, de mémoire et de vérité. Des thèmes importants qui sont traités ici avec finesse et intelligence. C'est un roman beau dans son écriture mais dur dans son propos. Un roman qui laisse un goût un peu amer en bouche une fois la dernière page tournée. Mais une bonne amertume, celle qui est désirée et qui fait sens. Celle qui marque, comme marque Conque.

Couverture : /
D'autres avis : Noni, ...

mercredi 9 septembre 2026

Audrey Pleynet - Sintonia

Sintonia, Audrey Pleynet, 2025, 408 pages

Tout commence par un massacre dans la ville-tige de Venise. Dont les victimes sont, ironiquement, la guilde Sintonia, une famille d'assassines toutes liées entre elles par le Diapason. Malgré tout, quatre soeurs parviennent à survivre, chacune pensant être la dernière et devant réapprendre à vivre seule.

Sintonia happe dès les premières pages, avec son énergique prologue sanglant, créant instantanément l'envie d'en savoir plus sur cet univers et sur la vengeance possible des Sintonia. L'univers, c'est une science-fiction technologique, basée sur des nanobots. Dans un monde extérieur qu'on devine avoir des airs post-apocalyptiques. Avec des structures et des dynamiques qui sonnent fantasy. Fourre-tout ? Pas du tout. L'assemblage fonctionne parfaitement bien.

L'histoire fonctionne elle aussi très bien. Le point de vue change régulièrement entre les quatre soeurs, pour quatre fils tout aussi différents et intéressants les uns que les autres. Il y a du mystère et de la montée en puissance, c'est prenant et plaisant à découvrir. La progression est croissante et régulière... jusqu'à une brusque accélération finale, un peu trop rapide, qui ne donne pas le sentiment d'apothéose espéré, plutôt l'idée que bon, allez, il faut finir.

C'est d'autant plus dommage qu'il y a une vraie proposition dans cette fin, qui ajoute au fond développé pendant tout le roman. C'est le petit détail qui l'empêche pour moi d'atteindre le plus haut niveau d'excellence. La bonne nouvelle, c'est que ça ne l'empêche pas d'atteindre le palier juste en-dessous, celui des très bonnes lectures qui se lisent avec grand plaisir.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Vert, shaya, Le Maki, FeydRautha, Célinedanaë, Boudicca, Anudar, ...

vendredi 28 août 2026

Lou Jan - Un corps d'avance

Un corps d'avance, Lou Jan, 2025, 206 pages

Un traitement anti-vieillissement offre désormais à tous les individus un corps avec l'apparence et les fonctionnalités d'un adulte d'une vingtaine d'années. Cela va même plus loin puisqu'il permet de vivre 750 ans. À une condition : effectuer un reset tous les 75 ans et repartir de zéro dans un nouveau pays. C'est ce que s'apprête à vivre Jinseï, qui prend la direction de la France pour sa "deuxième vie".

Malgré son pitch, Un corps d'avance n'est pas vraiment un roman sur la beauté et les apparences. C'est un récit qui parle surtout d'histoires de coeur. Il faut dire que les personnages n'ont pas grand chose d'autre à se soucier dans un monde où tous les problèmes matériels et physiques semblent avoir été résolus. Des histoires de coeur donc, entrecoupées d'étranges interludes moyenâgeux, en écho à l'obsession acquise par Jinseï et d'autres après leurs resets. Il faudra un peu plus de la moitié du roman pour comprendre l'intrigue sous-jacente à tout cela et en quelque sorte le véritable but du récit.

Un corps d'avance a le mérite d'avoir une idée et d'essayer quelque chose. Mais si j'arrive à voir le projet, je n'ai jamais réussi à entrer pleinement dedans. J'avais plutôt envie de suivre Jinseï dans les premiers chapitres mais je m'en suis éloigné peu à peu devant la vanité de son existence. Et je n'ai jamais réussi à regagner cet intérêt, l'intrigue perdant en palpabilité quand elle essaye de gagner en rebondissement. J'ai vu le projet, mais je n'ai pas eu de plaisir à le lire.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Célinedanaë, ...

mardi 23 juin 2026

Ketty Steward - Confessions d'une séancière

Confessions d'une séancière, Ketty Steward, 2023, 187 pages

Confessions d'une séancière est un recueil alternant courtes nouvelles et encore plus courts poèmes. Je ne dirai rien de particulier sur ces derniers, ils ne m'ont rien évoqué et je suis resté parfaitement neutre à leur lecture. Ce qui n'est pas un problème puisque les nouvelles restent le contenu principal, au moins en quantité.

Les nouvelles donc. Qu'on devrait presque plus appeler des contes. Voire des mythes. Car toutes vont mettre en scène différentes figures du folklore antillais, dans des récits qui ont à la fois des airs de pierres fondatrices de cette mythologie que de petites histoires communes et modernes. Ça se lit bien et ça permet de découvrir un peu la magie antillaise. Avec en prime, pour renforcer l'immersion, quelques passages en créoles bien intégrés pour les lecteurices ne le parlant pas.

Je peux résumer mon avis très facilement : c'est bien. Ni plus, ni moins. C'est à peu près la définition même du bien. Vous pouvez le lire parce que Confessions d'une séancière, c'est bien.

Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Le chien critique, ...

jeudi 11 juin 2026

Aurélie Wellenstein - La Fille du feu

La Fille du feu, Aurélie Wellenstein, 2025, 247 pages

Nathanaël, musicien traumatisé par un feu de forêt dans l'enfance, arrive dans le village inuit d'Ilussuaq pour capter les sons d'un peuple disparaissant. Il y fera la rencontre de Cadzow, son guide, pendant qu'un peu plus loin Mia, une jeune fille capable de combustion spontanée, erre dans les plaines enneigées après avoir fui une base scientifique.

Ces trois personnages sont, chacun à leur manière, liés au feu, aux forêts et aux animaux. Et par cette simple phrase, vous avez tous les éléments qui sont au coeur de La Fille du feu. La thématique est claire et on ne peut pas reprocher grand chose au message qui met en avant l'écologie. Sauf qu'il n'y a pas grand chose d'autre.

Le premier tiers de mise en place est assez entraînant. Puis la situation se stabilise en une longue déambulation en forêt, et c'est beaucoup moins emballant. Il n'y a guère de rebondissement et les introspections des personnages ont tendance à se répéter. J'avais perdu depuis un moment mon intérêt quand est arrivée la conclusion. L'idée générale n'est pas mauvaise en soi mais elle aurait gagner à avoir plus de dynamisme ou un format plus court, en tout cas pour mon plaisir personnel.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Yuyine, ...

lundi 18 mai 2026

Sacha Bertrand - 11h02, le vent se lève

11h02, le vent se lève, Sacha Bertrand, 2025, 348 pages

L'humanité a disparu à la suite d'une catastrophe écologique. Dans un massif montagneux, Myriam survit seule depuis sept ans, se terrant lorsque la brume toxique revient sur les hauteurs. Jusqu'à ce qu'elle découvre un jeune garçon sauvage, qu'elle prénomme Jonas et tente d'apprivoiser.

11h02, le vent se lève - dont le titre provient d'une horloge en panne sur cet horaire - est entre le post-apo et le nature writing. Mais il n'a ni l'aspect angoissant que le premier peut avoir, ni l'aspect un peu longuet et contemplatif que le second peut avoir. Ce qui ne l'empêche pas de bien faire ressentir une ambiance "huis clos sur une montagne inhabitée".

Si je dis qu'il n'est pas angoissant, cela ne veut pas pour autant dire qu'il est joyeux. Principalement parce que l'histoire repose essentiellement sur la relation d'emprise que crée Myriam sur Jonas. Une situation très bien rendue, crédible et peu réjouissante. Mais la personnalité de Jonas, sa soif de découverte, va heureusement permettre de conserver un côté lumineux à l'ensemble, salvateur et plein de pulsions de vie.

11h02, le vent se lève n'est pas un roman parfait, notamment parce qu'il demande un petit effort de suspension d'incrédulité sur certains éléments, notamment la situation de base. Mais une fois cet écueil dépassé, il s'avère un ouvrage rondement mené et découpé, bien rythmé par l'enchaînement de courts chapitres prenant tour à tour le point de vue des deux protagonistes, jusqu'à un final logique mais réussi et satisfaisant. Une vraie bonne surprise.

Couverture : Samuel Boivin

mardi 12 mai 2026

Silène Edgar - La Ville miraculeuse

La Ville miraculeuse, Silène Edgar, Tomes 2/3 et 3/3 de La Fille de Diké, 2024, 552 pages

Par un prodige éditorial, La Ville miraculeuse est le deuxième et dernier tome de la trilogie La Fille de Diké. Il fait suite à Une Maison de feu dont mes souvenirs étaient plus que flous. Ce qui tombe mal, c'est que ce volume ne commence pas par un résumé. Ce qui tombe bien, c'est que suite aux évènements précédents, notre petite famille d'îliens débarque à la capitale où ils repartent quasiment de zéro et ont tout à découvrir. Une situation qui aide bien à se (re)mettre dedans.

L'ironie, c'est que l'entrée dans ce deuxième volume fut finalement plus facile que celle du premier tome. La découverte se fait de manière bien moins aride et ardue, plus portée par les différents personnages que par l'univers en lui-même. Car si le cadre d'inspiration polynésienne (mais pas que, comme on l'apprend dans la postface) donne une vraie note de différence et que sa cosmogonie poursuit son chemin de science-fantasy entrevu dans le livre précédent, ce sont bien les personnages qui sont le coeur et l'âme de la trilogie. Iels sont variés, évolutifs, réels. Et le plus beau reste la relation qu'iels entretiennent entre elleux, une vraie famille, touchante et attachante.

Je ne sais pas ce que j'aurais pensé de chacun des deux romans compilés ici si je les avais lus séparément. Mais mon avis aurait eu de grandes chances d'être le même puisque j'ai déjà senti une différence entre les deux tomes en les enchaînant. Dans une sorte d'adéquation avec la croissance des trois jeunes frères et soeurs, les trois romans sont eux-aussi comme un être qui grandit. Le premier correspond à l'enfance, un peu ardu avec la nécessité d'assimilation de la nouveauté. Le deuxième correspond à l'adolescence, période active, pleine de fougue et de tous les possibles. Le troisième correspond au passage à l'âge adulte, avec plus de sérieux, de prise de conscience et de responsabilités.

En toute logique, le tome 2 est le plus excitant quand le tome 3 est un peu plus traînant. Mais ce diptyque final reste globalement de vraiment bonne qualité, plaisant à lire pour son univers exotique mais surtout pour sa famille ô combien attachante.

Couverture : Abigaïl Lacourly

mardi 31 mars 2026

Christelle Dabos - La Tempête des échos

La Tempête des échos, Christelle Dabos, Tome 4/4 de La Passe-Miroir, 2019, 566 pages

De la même manière que Les Disparus du Clairdelune était dans la continuité immédiate de Les Fiancés de l'hiver, La Tempête des échos prend directement la suite de La Mémoire de Babel. Même lieu, mêmes personnages et même problématique dont les conséquences se font de plus en plus dangereuses et potentiellement désastreuses.

Comment conclure une saga de manière satisfaisante et sur une note haute quand il est sous-entendu depuis le début que les enjeux sont gigantesques ? En y allant à fond et en passant un vrai cap. La Tempête des échos n'est pas le tome le plus abordable ou le plus palpable de la série. Il s'éloigne d'un certain classicisme et des sentiers battus que pouvaient suivre les volumes précédents. Tout n'y est pas parfait, surtout lors de certains passages qui m'ont évoqué À la croisée des mondes de Philip Pullman (et pas ses meilleurs aspects) ou quand cela tourne un peu trop à la démesure.

Mais Christelle Dabos y a le mérite de prendre des risques et d'aller au bout de ses idées. Ce que j'ai trouvé vraiment appréciable, redynamisant la saga, permettant une relation plus saine entre Ophélie et Thorn et, surtout, offrant une conclusion vraiment bonne et sensée. Au point que s'il est difficile de comparer avec la fraicheur et l'émerveillement du tome 1, ce tome 4 est proche d'être le meilleur livre de la série.

Couverture : Laurent Gapaillard
D'autres avis : Vert, Yuyine, Alys, Acr0, Boudicca, Sometimes a book, ...

mercredi 25 mars 2026

Antoine Bello - Les Éclaireurs

Les Éclaireurs, Antoine Bello, Tome 2/3 des Falsificateurs, 2009, 477 pages

Après sa prise de fonction dans Les Falsificateurs, Sliv Dartunghuver est désormais bien intégré au sein du Consortium de Falsification du Réel, cette organisation secrète qui influe discrètement sur le destin du monde. Il continue d'y grimper les échelons avec l'objectif d'en connaitre la finalité. Le tout dans un monde en pleine bascule en ce début de siècle, entre développement d'internet et attaques terroristes du 11 septembre.

Avec Les Éclaireurs, Antoine Bello passe un cap niveau ampleur. Il suffit de voir les deux grands dossiers autour desquels le roman est construit : la reconnaissance par l'ONU du Timor oriental et le déclenchement de la guerre en Irak. On ne peut pas faire beaucoup plus grand niveau géopolitique. Et quand on sait qu'on parle de falsification de la réalité, cela peut faire peur. À tort.

Malgré son sujet, Les Éclaireurs ne tombe jamais dans le complotisme. Au contraire, l'ouvrage est là pour réfléchir à ce qu'est la vérité, à la manière dont les faits peuvent être manipulés, aux affirmations qui permettent de jouer sur les biais et les zones d'ombre. C'est aussi effrayant que fascinant, d'autant plus quand ça résonne aussi fortement avec l'actualité du moment.

Il faudrait des heures pour pleinement se rendre compte de la masse de travail abattu par Antoine Bello, digne des plus grands agents de CFR, et distinguer les petits arrangements avec la réalité. Mais la somme de données et de connaissances assimilées, synthétisées et rendues de manière claire et limpide est dans tous les cas impressionnante. Et ce sans pour autant oublier de traiter l'enjeu le plus important: l'humain. Un très bon deuxième tome, intelligent et passionnant, encore meilleur que son prédécesseur.

Couverture : Photo © Roy Botterell/Corbis
D'autres avis : Alys, ...

jeudi 19 mars 2026

Laurine Roux - Sur l'épaule des géants

Sur l'épaule des géants, Laurine Roux, 2022, 372 pages
« Parfois, le soir, Maman essayait de me parler d'elle. Elle disait, Tu sais Gaby, ton arrière-arrière-grand-mère a plus de cent sept ans. Elle a vécu plein d'aventures extraordinaires. C'est vraiment quelqu'un.
Pour moi, seul Spiderman est vraiment quelqu'un d'extraordinaire. »
Pourtant la maman de Gaby a raison. C'est ce que va nous permettre de découvrir Laurine Roux dans ce roman qui retrace l'histoire d'une famille sur plusieurs générations, de 1850 au début de notre siècle, entre les Cévennes et Paris. Une histoire mouvementée qui suivra le cours de la grande Histoire et où quelques personnalités connues passeront parfois une tête.

Mais ce sont bien les personnages inconnus, cette famille Aghulon, qui sont les plus marquants et les moteurs de cette grande fresque familiale. Même si les chats philosophes qui parcourent le récit se récrieraient s'ils me lisaient et se réserveraient évidemment la place d'honneur - ce qu'ils ont au moins à égalité, avouons-le. Tous en tout cas sont hauts en couleurs et donnent énormément d'allant au récit.

Sur l'épaule des géants se lit comme un bon feuilleton. Les chapitres sont courts, l'histoire est rythmée et dynamique, tout en étant limpide et fluide dans son évolution sur des dizaines d'années. C'est entraînant et ça se lit tout seul. Avec en prime de très jolies gravures d'Hélène Bautista qui parsèment les pages. Une belle et grande aventure, pleine de vie(s), qui se dévore avec grand plaisir.

Couverture et illustrations intérieures : Hélène Bautista

samedi 7 mars 2026

Karim Berrouka - Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy, Karim Berrouka, 2021, 311 pages

Tout commence par une prise d'otages à la bibliothèque Léo Henry par un lutin bariolé d'un mètre quatre-vingts. Ses revendications ? Que l'humanité arrête de niquer la fantasy. Et ce n'est que le début d'une invasion pour y remédier. Face à cette irruption se dressent deux amies trentenaires, trois auteurices d'imaginaire, deux enquêteurs paranormaux, un enfant mi-saint mi-démon et trois punks musiciens.

Sans surprise au vu de l'auteur, du titre et du pitch, Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman assez déjanté. Sans tomber pour autant dans le total loufoque ou le grand n'importe quoi : c'est barré mais ça conserve un vrai sens interne ainsi qu'une bonne notion d'aventure. 

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman qui réussit une chose rare : tous ses fils narratifs sont aussi prenants les uns que les autres. Ce qui est bien aidé par la plume de Karim Berrouka, familière et tranchante, qui donne un rythme constant à ses courts chapitres. Et qui offre une lecture fun et plaisante.

Couverture : Diego Tripodi
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, Le chien critique, Célinedanaë, ...

samedi 24 janvier 2026

Lucie Baratte - Roman de Ronce et d'Épine

Roman de Ronce et d'Épine, Lucie Baratte, 2024, 205 pages

Deux soeurs jumelles. Ronce la blonde qui s'épanouit à l'intérieur en brodant. Épine la brune qui s'épanouit à l'extérieur en chassant. Filles de baron, elles vivent dans un château isolé, en marge d'une mystérieuse forêt dont le coeur est réputé dangereux et maudit.

Roman de Ronce et d'Épine est un ouvrage étonnant à plus d'un titre. À commencer par l'écriture de Lucie Baratte, à la rythmique particulière, qui nécessite quelques pages pour s'acclimater. Ce qui arrive rapidement et participe de l'ambiance particulière du roman. Une ambiance d'abord feutrée - un quasi-huis clos où seulement une poignée de personnages interagissent - qui va peu à peu s'enfoncer dans le fantastique que le pitch laisse présumer. Un fantastique de conte de fées avec des "princesses" et une forêt enchantée, mais pas la version Disney, la version originelle, celle des contes terribles et sombres.

À ma plus grande surprise et sans que je l'explique totalement, Roman de Ronce et d'Épine m'a emballé dans sa première partie, celle qui est la plus ancrée dans la réalité et qui voit les deux héroïnes grandir et se développer. J'ai malheureusement un peu décroché dans la deuxième partie, celle qui tombe dans le fantastique, parce que l'univers devient très sale et peu agréable à parcourir et parce que la finalité est assez floue, il m'a manqué quelque chose à quoi me raccrocher. Mais il n'en demeure pas moins une très forte ambiance et une écriture marquée qui donne envie de poursuivre la découverte de l'autrice.

Couverture : Tristan Bonnemain
D'autres avis : Alys, ...

mercredi 24 décembre 2025

Pierre Lemaitre - Au revoir là-haut

Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre, Tome 1/3 de "Les Enfants du désastre", 2013, 564 pages

Novembre 1918. Alors que la rumeur enfle que la guerre est sur le point de s'achever, une dernière offensive est forcée par l'officier Henri d’Aulnay-Pradelle qui espère ainsi élever son prestige. C'est là que les destins d'Édouard Péricourt et d'Albert Maillard vont se lier, le premier sauvant le second mais devenant par la même occasion une gueule cassée.

Au revoir là-haut est une fiction qui prend place dans un cadre historique réaliste et travaillé. Une après-guerre d'opportunité et de reconstruction où chacun va tenter de se faire la meilleure place possible. C'est sur cette solide base que vont se dérouler les aventures des trois principaux personnages dont les vies vont s'entremêler jusqu'au bout, dans une intrigue parfaitement construite - ce qui correspond bien au passé d'auteur de polars de Pierre Lemaitre.

Au revoir là-haut est un bon roman, voire un très bon roman, mais ce n'est pas un roman que j'ai trouvé très enthousiasmant. Je discerne deux freins à cela. Le premier ce sont les personnages qui ne sont pas franchement à leur avantage et dont aucun n'est pleinement sympathique. Ce côté peu reluisant donne certainement du réalisme et du fond mais ça limite l'attachement. La deuxième limite, c'est le ton de la narration. Elle n'est pas désagréable, on s'y habitue, mais elle laisse une impression un peu bizarre, un peu goofy, un peu moqueur par moment, qui là aussi n'aide pas à la sympathie et à l'attachement.

Cela dit, Au revoir là-haut reste un roman efficace et une vraie bonne lecture, très bien menée. Je lirai certainement ses suites un jour - surtout que j'ai cru comprendre que l'une met en scène Louise - ce qui est un bon indicatif de sa qualité.

Couverture : ?
D'autres avis : TmbM, Alys, ...

jeudi 18 décembre 2025

Mélanie Fievet - Koinè

Koinè, Mélanie Fievet, 2024, 116 pages

Quinze ans. Cela fait quinze ans que le monde a changé, une catastrophe puis une révolution, et que tout est devenu plus local, plus respectueux, plus communautaire, plus utopique. Mais si l'humanité semble avoir collectivement trouver sa place, ce n'est pas forcément le cas pour tous ses membres. C'est notamment vrai de ces trois individus qui vivent dans un étrange hôtel, dont le tenancier est lui aussi en proie aux questionnements.

Koinè fait partie de ces livres qu'il ne faut pas - encore moins que les autres - me demander d'expliquer et d'expliciter. Koinè est une expérience. Il n'y a pas vraiment d'intrigue, ses bribes n'étant en tout cas pas le plus important. Ce qui compte ce sont ces êtres qui se cherchent, ces individus qui ne sont pas aussi heureux que l'utopie dans laquelle iels vivent, ces pensées sombres qu'il faut dépasser.

Koinè parle de lutte personnelle et d'acceptation. Elle parle de la vie. C'est riche, presque trop, tout en ayant le bon sens d'être assez contenu et d'être une novella, se clôturant avant de risquer de perdre le lecteurice. Grâce à ce format, il ne demeure qu'une lecture à part, où quelque chose se crée et dépasse la simple juxtaposition de mots, et le plaisir de lire l'écriture mouvante et poétique de Mélanie Fievet.
« C'est seulement après la conquête du pain que peut s'accomplir enfin, en chaque âme, la conquête du plein. »
Couverture : Zariel

vendredi 12 décembre 2025

Christelle Dabos - La Mémoire de Babel

La Mémoire de Babel, Christelle Dabos, Tome 3/4 de La Passe-Miroir, 2017, 483 pages

La Mémoire de Babel fait suite à Les Fiancés de l'hiver et Les Disparus du Clairdelune. Mais là où les deux premiers volumes pouvaient presque être considérés comme un unique tome coupé en deux tant ils se déroulaient dans une continuité directe, La Mémoire de Babel apparait plus unique. Plusieurs mois se sont écoulés depuis la fin du tome 2 et Ophélie va être confrontée à un nouveau lieu et à de nouveaux personnages.

Bien que les deux premiers tomes furent très bons, le changement fait du bien pour renouveler l'intérêt et apporter un peu de fraîcheur. Même si c'est pour mettre en scène le trope de l'école et de l'apprentissage. Un choix étonnant pour un tome 3 mais qui fonctionne plutôt bien. Il est d'ailleurs à l'image de l'ensemble de l'ouvrage : il n'est pas à l'abri de quelques banalités et facilités mais possède aussi de bonnes idées, surtout dans sa dernière partie.

S'il est facilement possible de passer outre les facilités, un autre élément devient de plus en plus pénible : la romance. Je ne suis déjà pas un grand fan du genre quand c'est un élément principal de l'histoire mais c'est encore pire quand cette "romance" a tout de la relation toxique. Je n'ai rien contre les deux personnages en eux-mêmes mais je trouve que leur évolution aurait pu être plus agréable pour tout le monde (et sans affaiblir leurs caractères pour autant). C'est le seul vrai bémol de ce troisième tome, qui à part ça reste une bonne aventure.

Couverture : Laurent Gapaillard
D'autres avis : Vert, Yuyine, Alys, Acr0, Boudicca, ...

dimanche 30 novembre 2025

Guillaume Chamanadjian - Une Valse pour les grotesques

Une Valse pour les grotesques, Guillaume Chamanadjian, 2024, 440 pages

À Schattengau - une cité-état sise dans les Alpes et dotée d'une université réputée - Johann est étudiant en obstétrique, discipline où il met à profit ses compétences en céroplastie. Une vie tranquille jusqu'au jour où il se retrouve littéralement embarqué par Sofia, une intrépide mercenaire, dans une aventure qui les mènera sur les traces des secrets les plus importants de Schattengau.

Ce pitch est assez vague et lambda pour deux raisons - trois si on considère que je suis nul en résumé. La première est que l'intrigue en elle-même n'a effectivement rien de particulièrement exceptionnel et est somme toute assez classique. La deuxième est que le principal intérêt du roman, c'est la découverte de son univers absolument fascinant. Une ville perdue dans les montagnes, aux étranges statues à chaque coin de rue, qui accorde autant d'importance aux sciences qu'à l'art et qui semble exister dans un XIXème siècle pas tout à fait palpable.

Je n'en dirais pas plus tant l'exploration et la compréhension de cette cité furent des pages et des pages d'émerveillement, de stupeur et de réjouissance. La première moitié du roman fut donc un enchantement. La deuxième, qui se concentre nécessairement plus sur l'intrigue en elle-même, m'a un peu moins emballé. Pas de quoi me faire déchanter pour autant. Parce qu'il reste toujours, pour passer un agréable moment, de sympathiques personnages ainsi que l'écriture ciselée et sensorielle de Guillaume Chamanadjian.

Une Valse pour les grotesques est une lecture enthousiasmante qui confirme Guillaume Chamanadjian au rang des auteurs remarquables. Un ouvrage plein de bonnes idées qui prouve qu'il est encore et toujours possible d'invoquer la fiction et l'imaginaire pour créer quelque chose de nouveau. Peu importe votre niveau sur la piste, il serait dommage de ne pas entrer dans la danse.

Couverture : Elena Vieillard
D'autres avis : Lhisbei, Gromovar, Le nocher des livres, Sometimes a book, Boudicca, Célinedanaë, ...

lundi 17 novembre 2025

Auriane Velten - Cimqa

Auriane Velten, Cimqa, 2023, 295 pages

Là-bas (ici) a lieu une "épidémie" mondiale de déséquilibre et de perte de repères, prélude à un changement majeur dans la vie de tous et toutes, mais particulièrement dans celle de la jeune Sarah. Ici (là-bas), Sara est technicienne dans l'industrie de la cimqa, un théâtre/cinéma 2.0 où elle est spécialisée dans la création et l'invocation de décors grandioses.

Ces deux fils narratifs ont un point commun : la capacité à utiliser son imagination pour faire apparaitre des choses. Littéralement. Les deux femmes vivent dans un monde qui semble correspondre à un futur proche du nôtre, un chouïa plus avancé technologiquement mais avec les mêmes problèmes sociétaux, à la différence près qu'une cinquième dimension existe. Rien que ça. Et pourtant ça s'intègre parfaitement au cadre, donnant des airs de science-fiction à un concept qui a tout de la fantasy.

Cimqa parle du pouvoir de l'imagination et de la liberté qui y est associée. Un thème qui n'a rien de très novateur - si ce n'est peut-être pour son focus sur l'industrie culturelle et son formatage - mais qui parvient à prendre une forme inédite, pour ne pas dire imaginative. Et qui est surtout très bien mené, plein de bonnes intentions et d'une volonté d'espoir sans être pour autant naïf face à la réalité du monde.

Cimqa a globalement plus des airs de tranches de vies que d'une grosse intrigue de science-fiction. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir une tension de bout en bout et un intérêt constant. Et ce, chose rare, pour les deux fils narratifs à parts égales. Une vraie bonne lecture, très agréable à lire.

Couverture : Scott Uminga
D'autres avis : Tigger Lilly, Yuyine, Lectures du Panda, Le chien critique, Jean-Yves, Alias, ...