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jeudi 17 octobre 2024

Lucius Shepard - Aztechs

Aztechs, Lucius Shepard, 1999-2003, 491 pages

Aztechs est un recueil de 6 (longues) nouvelles, entre science-fiction et fantastique, qui fait visiter du pays, du Mexique au Congo, des États-Unis à la Russie. Mais la visite n'a rien de touristique car ce sont plutôt les recoins mal famés qui sont à l'honneur, des prisons aux décombres de Ground Zero, des territoires des cartels à ceux de la mafia. En toute logique, les personnages ne sont pas des enfants de choeur. Ce qui n'en fait pas pour autant des personnages antipathiques. Car ils en ont conscience. Car ils ne sont pas le mal incarné. Ce sont juste des êtres qui cherchent à (sur)vivre dans des vies qui sont loin d'être manichéennes mais qui tendent bien plus vers le noir que vers le blanc.

C'est sûrement là qu'est l'unité de ce recueil qui peut sembler partir dans tous les sens. Il est question de (sur)vie d'individus face à des considérations bien trop grandes pour eux, face à des entités qui flirtent avec le divin ou en tout cas d'une ampleur proche. Comment résister à cela, comment trouver sa place ? Des questions qui se posent pour eux comme elles peuvent se poser pour nous - et dont la réponse shepardienne est presque toujours dans l'amour. C'est bien pourquoi on peut malgré tout se sentir proche de ces personnages avec lesquels on n'a à priori rien en commun et adorer ces textes alors qu'ils sentent à plein nez la drogue, l'alcool et le sexe.

Il faut lire du Lucius Shepard pour vraiment se rendre compte de ce qu'est le style de Lucius Shepard. C'est à la fois cru, violent, direct mais c'est aussi magnifiquement écrit, d'une écriture riche qui emporte et qui peut se faire hypnotisante dans des longs paragraphes hallucinés. Aztechs est un excellent recueil sans fausse note dont les fins ouvertes - à l'exception peut-être du dernier texte, plus déstabilisant - ne laissent aucune frustration. Plus qu'un voyage à travers le monde, c'est un voyage tout court, une expérience comme nul autre que Lucius Shepard ne sait en procurer.

Couverture : Marc Simonetti / Traduction : Jean-Daniel Brèque
D'autres avis : Gromovar, Boudicca, ...

vendredi 27 octobre 2023

Ted Chiang - Expiration

Expiration, Ted Chiang, 2007-2019, 463 pages

Expiration est un recueil de 9 nouvelles où Ted Chiang prouve, cette fois pleinement, qu'il est l'un des meilleurs nouvellistes au monde. Au coeur de chaque texte se trouve une idée forte, une théorie scientifique (voyage dans le temps, mondes parallèles, création de l'univers, ...) ou un concept plus philosophique (libre arbitre, imperfection de la mémoire, vacuité de la vie, ...), l'un n'excluant pas l'autre.

Si, présenté ainsi, cela peut faire peur ou impressionner, Ted Chiang parvient à rendre tout ça parfaitement digeste. Il y a à la fois un vrai effet "wahou" et un aspect très palpable, concret, de ce qui est évoqué. Si les concepts sont sûrement plus marquants que les personnages, ces derniers ne sont pas pour autant des plantes vertes et sont franchement agréables à suivre. À cela s'ajoutent des formes de narration variées qui donnent un caractère unique à chaque texte.

Deux (courtes) nouvelles sont un peu en-dessous du reste (La Nurse automatique brevetée de Dacey et Le Grand silence), ce qui n'est guère surprenant quand on apprend dans les intéressantes notes de l'auteur en fin d'ouvrage qu'elles ont été conçues dans le cadre d'autres projets pluridisciplinaires. Et il n'y a de toute façon aucune honte à être un peu inférieur au regard de la qualité générale du recueil, très bon au minimum pour tous les autres textes.

Voire plus pour la nouvelle qui ouvre le livre, Le Marchand et la porte de l'alchimiste, un récit façon contes des milles et nuits qui parle de voyage dans le temps, un mélange rare qui fonctionne parfaitement à tous les niveaux, tant pour l'intrigue que pour les réflexions apportées. Une nouvelle si excellente qu'elle vaudrait à elle-seule la lecture du recueil même si le reste était mauvais. Et comme il ne l'est pas, loin de là, il n'y a vraiment aucune raison de ne pas lire Expiration.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Théophile Sersiron
D'autres avis : TmbM, Lorhkan, Vert, Gromovar, FeydRautha, Le chien critique, Le Maki, Xapur, Célinedanaë, ...

mardi 7 juin 2022

Christopher Priest - Le Monde inverti

Le Monde inverti, Christopher Priest, 1974, 388 pages
« J'avais atteint l'âge de mille kilomètres. »
Et à cet âge, équivalent d'une certaine majorité, Helward Mann peut enfin sortir de la crèche et intégrer une des prestigieuses guildes qui régissent la vie et l'avancée de la ville. La Ville pourrait-on même dire, pour cette cité unique en son genre qui doit sans cesse se déplacer. Helward aura d'ailleurs l'occasion de voir au plus près les mécanismes à l'oeuvre, lui qui fait partie des privilégiés qui ont le droit d'aller à l'extérieur, et de peut-être comprendre les raisons derrière ce mouvement incessant.

Le Monde inverti est l'un des tout premiers romans de Christopher Priest. Et ça se sent, tant il dépareille de la majorité des oeuvres ultérieures de l'auteur. Au-delà des caractéristiques que j'associe à son époque d'écriture - de taille moyenne, compact, avec des chapitres courts, allant à l'essentiel -, c'est surtout un roman qui propose un déroulé globalement plus concret et palpable que le 'flou' habituel de l'auteur ainsi qu'une résolution relativement claire - relativement car la visualisation demandera peut-être une aide extérieure, mais la compréhension restera accessible quoiqu'il en soit.

Dans le même temps, Le Monde inverti tend déjà indéniablement vers les préoccupations habituelles de Christopher Priest, particulièrement sur la notion de réalité. Et si je parle d'un déroulé concret, il faut souligner que le roman repose tout de même sur un unique mystère - "pourquoi la ville doit-elle se déplacer ?", qui entraîne la question "quel est ce monde ?" -, assez dingue et renversant, qui nécessite de vivre l'aventure au rythme du personnage principal pour réellement l'envisager. Une réussite pour un roman 'simple' et efficace qui pourra plaire même à celleux qui n'ont pas d'atomes particulièrement crochus avec Christopher Priest.

Couverture : Manchu / Traduction : Bruno Martin
D'autres avis : Lorhkan, Brize, ...

samedi 7 novembre 2020

Ray Bradbury - Chroniques martiennes

Chroniques martiennes, Ray Bradbury, 1950, 318 pages

Le titre est explicite : Ray Bradbury conte ici quelques instants de vie sur Mars, des débuts de sa colonisation par les humains jusqu'à bien loin dans son expansion. Il élabore pour cela un fix-up, format idéal et excellemment bien utilisé par l'auteur pour exprimer ce qu'il a à exprimer. Ainsi chaque nouvelle vient à la fois proposer une histoire propre, qui se tient réellement par et pour elle-même, tout en participant à l'écriture d'un récit plus global qui court tout au long du recueil.

Et si la forme est excellente, le fond l'est tout autant. En plus de récits intéressants et variés, que ce soit les nouvelles les plus conséquentes comme les plus courtes venant ponctuer la trame générale à la manière d'interludes - L'Été de la fusée, qui ouvre le recueil, est tout simplement sublime -, Ray Bradbury offre un regard acéré sur l'être humain. Un regard doux-amer, où la découverte, l'émerveillement et l'imagination de l'auteur apporte une douceur bienvenue quand l'humanité et l’inéluctabilité de sa bêtise apporte une touche d'amertume malheureusement nécessaire.

Un classique qui mérite amplement son statut - et ses innombrables rééditions - et qui, à quelques rares visions féminines vieillottes près, n'a presque pas pris une ride. Si ce n'est pas encore fait, prenez vite un ticket pour Mars.

Couverture : Mark R. Wagner / Traduction : Jacques Chambon & Henri Robillot
D'autres avis : Lune, Le chien critique, Vert, Lorhkan, Xapur, ...

lundi 25 mai 2020

Philip Pullman - Le Miroir d'ambre

Le Miroir d'ambre, Philip Pullman, Tome 3/3 d'À la croisée des mondes, 2000, 792 pages

Suite et fin de la trilogie, après Les Royaumes du Nord et La Tour des Anges, Le Miroir d'Ambre poursuit les aventures de Lyra, Will et compagnie, aventures dont les implications sont toujours plus importantes.

Force est de constater que la série a fortement évolué au fil des pages. D'un premier tome court centré exclusivement sur Lyra, nous voilà arrivés à un troisième tome imposant aux fils narratifs multiples qui peinent à se recouper. Un tome si éclaté qu'il donne une impression d'amoncellement et manque de fluidité, avec un écart trop important entre des parties à taille humaine, plutôt bonnes, et des parties à taille "universelle", ces dernières étant confuses, peu prenantes et empiétant finalement sur la qualité des premières.

Tout n'est pas à jeter dans ce troisième tome, et dans la trilogie de manière générale. Mais ce volume n'est pas l'apogée escomptée, s'avérant plutôt être le moins bon des trois livres, en plus de pousser toujours plus loin dans l'aspect métaphysico-religieux qui ne m'aura jamais conquis.

Couverture : Éric Scala / Traduction : Jean Esch
D'autre avis : Acr0, Vert, Tigger Lilly, itenarasa, ...

vendredi 13 mars 2020

Fredric Brown - Une étoile m'a dit

Une étoile m'a dit, Fredric Brown, 1942-1951, 300 pages
« Le dernier homme sur la Terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte... »
Eh oui, c'est dans le recueil Une étoile m'a dit que se trouve la nouvelle Un coup à la porte et son idée de départ - qui n'en est pas tout à fait l'incipit - devenue légendaire. Une sympathique nouvelle qui est aussi un bel exercice de style.

De sympathiques nouvelles, c'est aussi ce dont on peut dire des 7 autres récits qui composent ce recueil, même si certaines sont bien éloignées de la veine humoristique pour laquelle l'auteur est surtout connu. Il y a vraiment une patte, un art de créer du mystère et de l'intérêt pour une histoire dès les premières pages, voire les premières lignes, qui est fort agréable à retrouver. C'est prenant et surprenant, et tellement riche d'imagination. Le tout dans un style direct qui convient parfaitement et ne laisse pas pour autant le lecteur sur sa faim. Il y a indéniablement un quelque chose dans l'écriture et les idées de Fredric Brown qui en font un génial novelliste.

Le seule reproche peut éventuellement venir de certaines fins, parfois un peu en deçà de la tension des intrigues, mais qui n'amoindrissent pas pour autant la qualité générale des nouvelles - et je dis ça alors que je préfère les nouvelles à chute. Simplement un très bon recueil de Fredric Brown, un de plus, comme l'auteur savait si bien en faire.

Couverture : Adri Berger / Traduction : Jacques Papy

mercredi 27 novembre 2019

Philip Pullman - La Tour des Anges

La Tour des Anges, Philip Pullman, Tome 2/3 d'À la croisée des mondes,1997, 446 pages

Suite de Les Royaumes du Nord, La Tour des Anges poursuit les aventures de Lyra et Pantalaimon. Mais alors que le premier tome suivait quasi exclusivement leur point de vue, ce deuxième volume voit se multiplier les fils narratifs. Le tout reste très simple à suivre et limpide à lire, mais apporte un peu plus d'ampleur à un univers qui ne cesse de s'agrandir et de se complexifier - toute mesure gardée bien entendu.

La Tour des Anges est une lecture plaisante, si l'on excepte plusieurs passages loin d'être amusants. Moins surprenante dans son univers que le premier volume, l'intrigue fonctionne par sa logique - même si certains enfants n'ont pas grand chose d'enfantin ; mais le monde des enfants n'est lui-même pas enfantin, n'est-ce pas ? -, son rythme régulier de révélations et sa capacité à garder un mystère constant sur ce qui arrivera dans le chapitre suivant.

Outre une certaine froideur ressentie pour les personnages, le seul bémol provient une nouvelle fois de l'aspect théologique. Si sa présence est mieux dosée et laisse entrevoir une vraie idée de la part de l'auteur, il reste pour l'instant des doutes sur sa nécessité et son apport à l'oeuvre. La réponse se trouvera dans le troisième tome, qui sera lu avec plaisir.

D'autre avis : AcrO, Vert, ...

lundi 11 novembre 2019

Walter Tevis - L'Oiseau d'Amérique

L'Oiseau d'Amérique, Walter Tevis, 1980, 387 pages
« Spofforth avait été conçu pour vivre éternellement et ne rien oublier. Et les hommes à l'origine de ce projet ne s'étaient même pas interrogés sur le drame qu'une telle existence pouvait représenter. »
Robot de classe 9, les plus sophistiqués jamais créés par l'homme, Robert Spofforth est le dernier de son espèce sur une Terre déclinante. Et il veut mourir, bien que cela lui soit impossible. Doyen de l'université de New York, il reçoit un appel d'un homme, Paul Bentley, prétendant savoir lire. Une anomalie.

L'Oiseau d'Amérique pourrait être présenté comme une dystopie. Une dystopie aux accents quasi-post-apo tant ces États-Unis sont en déclin. Une dystopie douce car son système dirigeant apparait en roue libre, présent plus par habitude que par conviction.

Mais présenter L'Oiseau d'Amérique ainsi serait une erreur. Car l'essentiel de son propos n'est absolument pas là. Car cela pourrait faire hésiter certaines personnes à le lire, moi le premier, et elles passeraient à côté d'un excellent roman.

Avec L'Oiseau d'Amérique, Walter Tevis aborde de très nombreux sujets - un foisonnement parfaitement maîtrisé qui ne donne jamais une impression de "liste de courses" - liés notamment à l'évolution possible de la société. Mais le point central du roman, ce sont les livres. Les livres et leurs mots, ceux qui ouvrent à l'imagination, ceux qui ouvrent à la liberté, ceux qui ouvrent à la vie. C'est une implacable déclaration d'amour à la lecture qui ne peut laisser indifférent.

Pour faire passer ce message, Walter Tevis passe notamment par l'évolution de son protagoniste principal, Paul Bentley. Une évolution qui ne manquera pas de rappeler, toutes proportions gardées, l'évolution et l'éveil de Charlie dans Des fleurs pour Algernon.

De l'autre côté se trouve Spofforth, le robot aux pensées suicidaires, qui ne manquera pas lui de faire penser à Marvin, l'androïde dépressif du Guide du voyageur galactique, sans le côté tragicomique. Un personnage touchant et marquant. Si Bentley est central dans le déroulé de l'intrigue et des idées, Spofforth reste la pièce maîtresse du livre, lui qui brille d'un éclat puissant à chacune de ses apparitions, lui le robot plus humain que les humains.

L'Oiseau d'Amérique est un grand, un très grand livre. Un livre à la hauteur, si ce n'est plus, de tous ses glorieux aînés qu'on nomme "classiques". Un livre complet, un livre qui allie parfaitement idées et histoire, un livre qui sait évoluer sans jamais oublier de retomber sur ses pattes. Un livre touchant, émouvant, sans être triste. Un livre qui donne envie de lire.
« L'océan est sans doute immensément vaste ; pour moi, il signifie liberté et espoir. Il ouvre un compartiment mystérieux dans mon esprit, comme le font parfois certains passages des livres que je lis et je me sens alors plus vivant que je ne l'aurais cru possible, et surtout plus humain. »

D'autres avis : TmbM, Le chien critique, ...

mardi 24 septembre 2019

Grégoire Courtois - Suréquipée

Suréquipée, Grégoire Courtois, 2015, 162 pages
« Il ne s'agit pas de Pygmalion, du Golem ou de la créature de Frankenstein. Ça n'est pas de la romance ou de la magie. C'est de la génétique. Cette voiture n'a aucun secret pour nous ; elle est un fait scientifique. »
En ce début de XXIIème siècle, la BlackJag est la première voiture organique à voir le jour. À travers les enregistrements du tout premier modèle, Suréquipée nous présente ce nouveau type de véhicule pendant qu'un mystère tente d'être résolu.

Et la plus grande partie du mystère - si vous n'avez pas lu la quatrième de couverture - c'est déjà de savoir quel est le but de tout ça, pourquoi deux personnages étudient les logs de cette BlackJag. Ce qui ne fait donc qu'ajouter du mystère au mystère. Et c'est très bien ainsi.

En toute logique, Suréquipée joue à fond la thématique de la relation homme/voiture et en explore plusieurs facettes. C'est intelligent, et ce même si on n'est pas trop branché voiture. D'autant plus que le roman est court, une longueur parfaitement adaptée et satisfaisante.

Suréquipée est un diesel. Si les ficelles sont un peu visibles au démarrage, le récit trouve très rapidement son rythme et devient prenant, et même surprenant, à plus d'un titre. Un roman tout simplement réussi.

Nota : cette version FolioSF propose l'une des plus belles couvertures jamais publiées, par Frédéric Le Martelot.

D'autre avis : Lorhkan, Lune, Lianne, itenarasa, ...

mardi 20 août 2019

Philip Pullman - Les Royaumes du Nord

Les Royaumes du Nord, Philip Pullman, Tome 1/3 d'À la croisée des mondes, 1995, 533 pages

Jeune orpheline, Lyra vit au Jordan College, à Oxford, avec son daemon Pantalaimon. Elle mène une vie simple d'enfant jusqu'à ce qu'elle assiste à une tentative d'empoisonnement de son oncle et apprenne d'étonnantes informations sur une étrange Poussière et une ville dans le ciel.

La découverte et l'émerveillement, c'est le mot d'ordre d'une bonne partie de ce roman. Entre daemons, aléthiomètre et autres panserbjorns, Les Royaumes du Nord regorge de belles trouvailles et d'un univers, sensiblement proche du notre, qui donne envie d'être exploré plus amplement.

Si À la croisée des mondes est une œuvre jeunesse, cela se ressent essentiellement dans une certaine simplicité de ton et d'intrigue ainsi que par la présence d'une jeune héroïne. Pour autant simple ne veut nullement dire simpliste, Philip Pullman faisant confiance à l'intelligence de ses lecteurs. Quant à Lyra, sa jeunesse ne l'empêche pas d'être une héroïne plus maline que bien d'autres héros adultes de romans, tout en conservant une certaine candeur toute sympathique.

Les Royaumes du Nord est une belle réussite. Certes l'intrigue ne déborde pas de rebondissements et de surprises et l'aspect théologique de la dernière partie n'est pas nécessairement sa plus grande satisfaction. Mais ces bémols sont faibles en regard de la qualité des trouvailles de l'auteur et du nombre d'idées habilement distillés au fil de cet efficace récit. À mettre entre les mains des petits comme des grands.

Lecture commune avec le Cercle d'Atuan : Vert, ...
D'autres avis : AcrO, ...

dimanche 9 juin 2019

Robert Heinlein - Marionnettes humaines

Marionnettes humaines, Robert Heinlein, 1951/1990, 403 pages.

2007 (dans le futur). Sam Cavanaugh, agent secret au sein de la Section, un service de renseignement ultra secret, est envoyé à Des Moines, Iowa, sur les traces d'une soucoupe volante. La conclusion est sans appel : des extraterrestres, capable de prendre le contrôle d'êtres humains en se collant sur leur nuque, ont débarqué. Comment lutter contre cette invasion ?

Nota : si on regarde Doctor Who, on ne pourra s'empêcher de voir des daleks dans les extraterrestres ici présents, d'autant plus que leur capacité n'est pas sans rappeler un épisode récent...

Marionnettes humaines démarre très fort puisqu'après une vingtaine de pages seulement les extraterrestres ont débarqué et commencé à envahir les États-Unis. Y a-t-il vraiment besoin de préciser que le roman sera rythmé et dynamique ? Ce qui est l'une de ses plus grandes qualités, avec le mystère de ces êtres venus d'ailleurs et des moyens de les combattre, un thème classique mais efficace. Et si cette lutte contre l'invasion est au coeur du récit, l'aspect le plus intéressant est peut-être avant cela, dans la manière de faire prendre conscience à tous du danger imminent et d'agir politiquement en conséquence, ce qui est loin d'être une sinécure. Remplacez l'invasion par la menace écologique et vous obtenez des chapitres parfaitement d'actualité.

Comme souvent avec Heinlein, le roman est daté. Il y a beaucoup de références à l'URSS, presque toutes en comparaison des extraterrestres, mais surtout des clichés sur les femmes à la pelle - sans compter une histoire d'amour bien niaiseuse. Pour autant, et c'est là le plus étonnant, Heinlein propose dans le même temps des passages et réflexions à contrepied de tout cela, et même une héroïne présentée comme étant plus forte que le héros. Une ambivalence assez perturbante.

Marionnettes humaines alternent continuellement le bon et le moins bon, entre haussements de sourcils dubitatifs et éclats dans les yeux à la suite d'une bonne trouvaille. Si sa lecture est acceptable, voire sympathique, elle n'en reste pas moins l'une de mes moins bonnes expériences avec l'auteur.

lundi 14 janvier 2019

Laurent Genefort - Les Conquérants d'Omale

Les Conquérants d'Omale, Laurent Genefort, Tome 2/? d'Omale, 2002, 504 pages

Deuxième partie de l' "intégrale" 1 d'Omale après le roman éponyme, Les Conquérants d'Omale n'en est pas la suite car elle prend place bien plus tôt chronologiquement, à une époque où Humains et Chiles étaient en guerre ouverte. L'occasion donc d'en apprendre un peu plus sur l'Histoire d'Omale. Ou pas.

Ce deuxième tome confirme une constante : ce n'est pas pour les histoires qu'on lit Omale. Même si elle est ici meilleure - moins artificielle - que dans le premier livre, cela reste assez banal. J'y vois deux problèmes majeurs : c'est linéaire (on sait dès le départ qu'on va vivre une histoire du point A au point B et entre temps les péripéties sont... très mineures) et c'est froid (je ne me suis jamais pleinement senti investi, à l'exception des dernières pages/lignes). Sans évoquer la répartition des pages entre les trois histoires.

Quant à l'univers... Certes je l'ai mieux compris, saisi, et c'est déjà beaucoup. Mais j'en attendais un peu plus - une remarque qu'on peut généraliser à toute l'oeuvre - et surtout cela m'a semblé trop humain. Néanmoins la création reste admirable et je rejoins Gromovar sur tout le bien qu'il en dit.

Petite déception donc pour Les Conquérants d'Omale, et cette première intégrale en général. Cela manque d'un peu de flamboiement pour être réellement plaisant.

D'autre avis : Tigger Lilly, Vert, Xapur, Lorhkan, Julien, Le chien critique, ...

mercredi 2 janvier 2019

Laurent Genefort - Omale

Omale, Laurent Genefort, Tome 1/? d'Omale, 2001, 537 pages

Sur Omale cohabitent, plus ou moins difficilement - plutôt difficilement d'ailleurs - trois peuples : des Humains, des Chiles et des Hodgqins. Sur ce monde au passé mystérieux, plusieurs individus convergent dans une même direction, suivant d'anonymes instructions. Pour qui, pour quoi ? Telles sont les questions...

Mais plus que la quête des personnages, l'intérêt d'Omale repose sur la découverte de cette planète et de ces deux peuples extraterrestres que sont les Chiles et les Hodgqins. Ce n'est d'ailleurs pas toujours facile à imaginer et visualiser - ne me demandez pas d'expliquer clairement Omale - mais cela reste une intéressante gymnastique de l'esprit, même si de nombreux éléments rappellent - un peu trop - un certain passé terrestre.

Omale a tout du tome d'introduction. L'histoire en elle-même est peu mouvementée et est surtout une excuse pour découvrir le passé des personnages, et par conséquent visiter la planète. Cela mène à une fin assez brusque, ce qui n'est heureusement pas si dérangeant étant donné les faibles enjeux soulevés par l'intrigue.

J'aurais certainement été (très) déçu si Omale avait été un one-shot - je le suis quand même un peu, avouons-le. En l'occurrence, d'autres romans et nouvelles prennent place dans cet univers, ce qui rend acceptable ce premier volume - et première moitié de cette "intégrale 1" pour la version présentement lue. Une lecture sympathique en tant qu'introduction, qui pose plus de questions et d'envies qu'elle n'apporte de satisfaction immédiate.

mercredi 21 novembre 2018

Stéphane Beauverger - Le Déchronologue

Le Déchronologue, Stéphane Beauverger, 2009, 554 pages.

Cela dit, Le Déchronologue est une lecture sympathique. Ça aurait été encore mieux avec une centaine de pages de moins ou une fin plus marquante, mais cela reste un bon roman de pirates dans un cadre fort documenté - chapeau - qui est agréable à lire pour le(s) mystère(s) qui l'entoure(nt).

Si ce succinct résumé ne dévoile pas les véritables enjeux du roman, c'est que le principal intérêt du Déchronologue réside dans la découverte, la surprise et la compréhension de cet univers à la fois connu et inconnu. On peut tout de même dire, sans rien divulgâcher puisque le titre l'évoque, qu'il sera question de temps.

D'autre avis : Nikao, Lorhkan, Julien, Thom, Vert ...

Caraïbes, milieu du XVIIème siècle. Ayant quitté la France après la chute de La Rochelle, le capitaine Henri Villon est devenu flibustier et aide les huguenots à s'implanter dans les Caraïbes. Mais une chose l'intéresse davantage : la découverte de maravillas, ces petits objets étonnants qui apparaissent de plus en plus fréquemment dans les alentours.
« - Je pourrais le faire maintenant ?
- Non,
capitan. (...) Il faut que les choses se fassent dans l'ordre. »
Et puisqu'on parle de temps, il faut nécessairement signaler la particularité du roman qui est d'avoir ses chapitres mélangés, ne suivant pas l'ordre chronologique. C'est marrant, ça ménage un peu plus le suspense, ça rebondit, ça donne l'impression de lire un livre avec plusieurs points de vue (alors qu'il s'agit en fait toujours du même personnage). C'est marrant un temps. Et puis ça s'essouffle dans la seconde moitié, tant dans le procédé que dans l'histoire. Jusqu'à me faire dire, une fois le live refermé, que c'est une jolie fantaisie mais que ça n'apporte pas grand chose, voire rien.
« Je suis le capitaine Henri Villon et je mourrai bientôt. »

jeudi 15 novembre 2018

Philip K. Dick - Le Dernier des maîtres

Le Dernier des Maîtres, Philip K. Dick, 1952-1967, 363 pages.

Le Dernier des Maîtres est un recueil de 11 nouvelles qui pourrait presque être confondu avec une anthologie tant les textes semblent tous se rapporter aux mêmes thématiques : Réalités et Guerres. C'est cette dernière qui est la plus présente avec des récits montrant, en tant qu'élément central ou en arrière-plan, des conflits d'ampleur se préparer, se prolonger ou se dénouer.

Au-delà de ces conflits, c'est le danger du nucléaire - et particulièrement les bombes H - qui apparait omniprésent dans bon nombre de nouvelles. Rappelons qu'à l'exception de deux récits - Le Retour du refoulé et Match retour, parus en 1965 et 1967 - toutes les nouvelles ont été publiées entre 1952 et 1957, de quoi certainement expliquer cette obsession. Et cela reste toujours - toujours plus ? - d'actualité, tant dans la forme que dans le fond.

Si évidemment 2-3 nouvelles sont en-dessous - La Révolte des jouets qui ouvre l'ouvrage est parfaitement banale et Les Rampeurs n'apporte pas grand chose - il faut noter que le recueil est dans son ensemble de bonne, voire très bonne, qualité. De quoi me réconcilier avec l'auteur, avec lequel j'avais été quelque peu frustré en version longue, au travers de récits plus efficaces. Avec une mention spéciale pour Les Assiégés, ma préférée du recueil. À découvrir.

lundi 22 octobre 2018

Robert Silverberg - L'Homme programmé

L'Homme programmé, Robert Silverberg, 1972, 316 pages.

Après quatre ans de thérapie, Paul Macy sort du Centre de Réhabilitation pour commencer sa vie. Créé de toute pièce, son esprit occupe le corps appartenant jadis à Nat Hamlin, sculpteur de génie mais aussi violeur en série, dont l'esprit a été totalement annihilé suite à son jugement. Sauf que ce dernier n'a peut-être pas tout à fait disparu...

Plusieurs esprits en un corps ? Comment ne pas penser à un trouble dissociatif de l'identité ? Bien qu'il s'agisse ici d'un cas créé - malencontreusement - scientifiquement et que tous les "codes" ne soient pas complètement respectés, le parallèle est inévitable. Si ce trouble est assez régulièrement utilisé en fiction - notamment dans des oeuvres dont on doit taire les noms au risque de divulgâcher le twist - cela évoque pour moi principalement le fascinant Les mille et une vies de Billy Milligan de Daniel Keyes. Mon avis est de ce point de vue quelque peu "faussé" car L'Homme programmé ne peut tenir la comparaison sur le sujet.

Malgré cela, L'Homme programmé possède des qualités propres et offre une réflexion intéressante sur ce qui fait l'humain. Néanmoins, le récit est loin d'être parfait, notamment à cause de l'accumulation de scènes sexuelles, dont certaines assez violentes. Si je peux envisager le pourquoi de ces scènes (et encore...), j'ai tout de même l'impression que beaucoup ne sont pas nécessaires. Ajoutez à cela une résolution peu satisfaisante et vous obtenez un roman qui m'a laissé un goût un peu amer. Ce n'est pas mauvais, loin de là, mais c'est très imparfait.

mardi 16 octobre 2018

Jean-Pierre Andrevon - Šukran

 
Šukran, Jean-Pierre Andrevon, 1989, 296 pages.

Marseille, futur proche. Roland Cacciari est un "démo", un militaire démobilisé de la dernière guerre/croisade contre la fédération panislamique, survivant comme il peut en jouant de son guitarion devant les restaurants. Jusqu'à ce qu'un concours de circonstances le fasse engager comme vigile pour un patron d'extrême-droite et que sa vie bascule dans un engrenage de complications.

Je ne peux pas dire que le démarrage fut glorieux. La faute peut-être à un cadre qui m'a mis un peu mal à l'aise, sans que je ne sache expliquer pleinement pourquoi. Parce qu'il se rapproche bien trop d'une certaine réalité ? Peut-être. Là est finalement le génie de Jean-Pierre Andrevon, où ce futur imaginé en 1989 a des consonances très actuelles, malheureusement. Et aussi parce que, comme le héros, je n'avais surement pas envie de me faire rattraper par des questions de géopolitique. Pourtant, comme lui, on se retrouve obligé de les prendre en pleine tête. Sauf que lui prend aussi des coups, des vrais, dans la figure et ailleurs.

Šukran est un roman qui monte en puissance au fil des pages, jusqu'au bout, pour notre plus grand plaisir. Une fois passée la première impression, on s'attache à Roland et sa gouaille. Cela se lit comme un thriller noir, avec une certaine tension qui augmente sans cesse et un fort penchant pour la castagne et le sexe. Ça peut paraitre un peu cru par moment, et on se demande ce que l'on doit en tirer/comprendre. Peut-être rien après tout, si ce n'est un reflet, anticipé, de ce que devient notre monde. Reste à apprécier l'histoire, et c'est déjà très bien.

mercredi 10 octobre 2018

Cory Doctorow - Dans la dèche au Royaume Enchanté

Dans la dèche au Royaume Enchanté, Cory Doctorow, 2003, 230 pages.

Livre lu il y a plusieurs mois, mais non-chroniqué ici-bas. Par souci d'exhaustivité, en voici quelques bafouilles encore plus courtes que d'habitude, sur la base de mes souvenirs.

Dans la dèche au Royaume Enchanté est un roman indéniablement étonnant, et fascinant, pour son cadre et son concept. Tout se déroule à Disney World, dans une société où l'argent a disparu et où tout tourne autour du Whuffie, un indice de réputation/sociabilité qui régit toutes les relations et interactions entre individus dans un "nouveau" monde hyperconnecté.

Ce n'est pas toujours hyper simple à saisir au départ, mais c'est innovant et cela vaut pour cela seul le coup d'oeil, tant cela regorge d'idées. D'autant plus que, bien qu'écrit en 2003, tout semble de plus en plus réel sur certains points...

De vrais avis : Gromovar, Lorhkan, ...

vendredi 28 septembre 2018

Alfred Bester - Terminus les étoiles

Terminus les étoiles, Alfred Bester, 1956, 358 pages.

XXVème siècle. Dans un futur où l'homme a conquis le système solaire et développé des capacités, limitées et sous condition, de téléportation (ici appelée fuggue), Gully Foyle est lui dans l'espace, à la dérive, seul survivant à bord du Nomad. Lorsqu'un autre vaisseau, le Vorga, finit par croiser sa route et ne pas venir à son secours, Gully Foyle trouve une nouvelle et unique raison de (sur)vivre : la vengeance.

Personnage principal, Gully Foyle est un personnage (d)étonnant, bien plus anti-héros qu'héros typique, dont l'évolution est phénoménale au fil des pages, finissant bien loin de "l'homme moyen" le caractérisant au démarrage. Pour autant, il n'est pas le seul intérêt du livre. Car s'il en occupe une place centrale, Terminus les étoiles est aussi l'histoire d'un monde en mouvement, sur le fil d'une guerre interplanétaire.

Cela peut paraitre contradictoire, mais Terminus les étoiles est simple, limpide, et pourtant foisonnant. C'est une histoire - et même un univers - qui ne reste pas figée, qui évolue et grandit sans cesse, qui se développe avec et contre son personnage principal. Ce n'est peut-être pas parfait, on pourrait notamment lui reprocher quelques facilités et une fin qui en rebutera certains, mais il ne faut pas bouder son plaisir : c'est du très bon !

jeudi 6 septembre 2018

Jack Vance - Les Baladins de la Planète Géante

Les Baladins de la Planète Géante, Jack Vance, 1951, 288 pages.

Retour sur La Planète Géante, cette planète sauvage où chaque peuplade à des moeurs bien particulières, déjà visitée dans le roman éponyme. Mais nulle suite ici : la comparaison s'arrête au cadre - et encore, la région explorée ici est complètement nouvelle.

Les Baladins de la Planète Géante suit Apollon Zamp et sa troupe sur son bateau-théâtre, L'Enchantement de Miraldra, voguant tranquillement de ville en ville pour présenter leurs oeuvres. Jusqu'à ce qu'un concours, organisé par un grand seigneur, leur fasse mettre le cap plus au nord... avec de nouvelles embuches à la clé.

Il n'est pas nécessaire de s'attarder trop longuement sur la finalité de leur voyage, qui n'est quasiment qu'une excuse pour faire vivre à Apollon Zamp et ses camarades des aventures sur le chemin qui les y mènera. Mieux vaut le savoir, car la fin est vraiment mauvaise, presque bâclée. Quant au chemin... Ça se lit, certaines (més)aventures sont sympathiques, mais ça n'a rien d'exceptionnel. Le problème vient surtout des personnages qui sont dans leur grande majorité - pour ne pas dire tous - antipathiques.

Tout n'est pas à jeter. L'écriture m'a semblé ici meilleure, plus posée, que dans La Planète Géante et dans son ensemble cela se lit sans peine. C'est de la pure aventure où Jack Vance se fait une nouvelle fois plaisir à explorer sa Planète Géante et ses différents peuples. Rien de transcendant, rien de primordial, mais ça reste sympathique.