dimanche 2 octobre 2022

Claire North - Le Serpent

Le Serpent, Claire North, Tome 1/3 de La Maison des jeux, 2015, 154 pages
« "Ne suffit-il pas de jouer pour le plaisir ?" demande-t-elle.
À ces mots, le visage de l'homme exprime de la terreur. "Miseriez-vous votre
bonheur ? Joueriez-vous votre amour-propre ? Au nom du ciel, ne jouez pas pour le plaisir, pas encore ; pas alors qu'il existe tant d'enjeux moins importants en lesquels investir !" »
Venise, 1610. Engluée dans un mariage avec un homme en pleine déchéance, Thene va par son entremise faire la découverte de la Maison des jeux, lieu où il perd toute sa fortune. Mais la Maison des jeux n'est pas qu'un simple établissement d'argent. Pour les joueurs les plus doués, il existe une arrière-salle privée où les enjeux sont tout autre. Et il s'avère que Thene est très douée. Au point de parvenir à ses fins dans l'élection du prochain inquisiteur au tribunal suprême de la ville ?

J'aime lire sur les luttes de pouvoir, les manigances et les complots. J'aime les jeux, de table et de toute sorte. Les deux sont des guerres de l'esprit, censément moins sanglantes que des guerres physiques, en tout cas pleine d'excitation et de jubilation devant les astuces et les retournements de situation imaginés. Le Serpent est le paroxysme de tout cela, mettant en scène le plus grand plateau de jeu possible, notre monde, et y développant tout un tas de plateaux de jeux plus réduits. Mon excitation pour cet univers n'est pas loin, elle aussi, d'être à son paroxysme.

Le Serpent est un ouvrage excitant, où le jeu est mené tambour battant tout en donnant de l'importance et du temps à chaque coup. Outre son admirable gestion de la pendule, Claire North fait aussi preuve d'un grand talent - au-delà de son héroïne vive, voire badass - pour brosser des personnages secondaires en quelques mots et leur donner une consistance, une âme. Elle s'aide en cela d'apostrophes narratives à la première, voire à la deuxième, personne du pluriel. Ce qui augmente encore plus la taille et les enjeux du plateau, en plus d'assurer l'implication personnelle du lecteurice.

Le Serpent est une excellente novella, assurément l'une des toutes meilleures UHL, dont je ne peux rendre l'ensemble des qualités sans élaborer sur chacune de ses 154 pages. Peut-être ai-je pu douter en voyant l'annonce d'une trilogie de novellas au lieu des habituels one-shot de la collection. Mon sentiment immédiat ne peut pas être plus opposé. Car Claire North a donc écrit deux autres textes dans cet univers, Le Voleur et Le Maître. Rien ne peut me faire plus plaisir, et c'est peu dire, tant cette première novella est une victoire flamboyante.
« - C'est du hasard, ce n'est pas un jeu.
- Tout est hasard. La nature est hasard. La vie est hasard. La folie des hommes est de chercher des règles là où il n'y en a pas, d'inventer des contraintes là où aucune n'existe. Tout ce qui compte, c'est le choix. Alors choisis. Choisis. »
Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Gromovar, FeydRautha, Célinedanaë, Le nocher des livres, OmbreBones, Dionysos, Boudicca, Marc, Mondes de poche, Kwalys, Le Maki, Yuyine, ...

lundi 26 septembre 2022

Keigo Higashino - Le Nouveau

Le Nouveau, Keigo Higashino, 2009, 330 pages

Keigo Higashino est un auteur japonais de polars dont j'ai déjà lu un bon et un très bon roman dans son genre de prédilection : Un café maison et La Maison où je suis mort autrefois. Plus récemment, je l'ai retrouvé en SF avec l'excellent Les Miracles du bazar Namiya. Qui m'a motivé à lire Le Nouveau. J'ai bien fait : c'est certainement ma meilleure lecture de l'auteur.

Le pitch du roman est on ne peut plus simple : une femme est retrouvée morte étranglée dans son appartement. La préfecture de police de Tokyo est chargée de l'enquête, aidée par le commissariat de Nihonbashi, petit quartier commerçant où se déroule l'affaire. C'est dans ce commissariat qu'a été récemment muté Kaga Kyōichirō - le nouveau - un enquêteur au sens de l'observation très développé - ce n'est pas aussi flashy qu'un Sherlock Holmes, mais l'esprit est là.

Dit comme ça, Le Nouveau semble être un polar lambda. Mais le ton et la construction du récit font la différence. Chaque courte partie va ainsi se concentrer sur un groupe de personnages, le plus souvent lié à une des boutiques traditionnelles de Nihonbashi, qui a un lien indirect avec l'affaire. Les pérégrinations de Kaga - un personnage très simple, profondément gentil, avec une vraie présence malgré sa discrétion - vont lui faire résoudre des éléments à priori anecdotiques de l'affaire tout en démêlant d'autres petits mystères liés aux personnes rencontrées. Évidemment, ce sont des petits détails qui finiront par faire la différence et tout viendra se combiner admirablement lors du dénouement.

Le Nouveau ne propose pas un casse-tête très ardu qui entraînera une résolution excitante et mindblowing. C'est un puzzle, une combinaison de puzzles même, dont on ressent la douce satisfaction de voir toutes les pièces s'emboiter parfaitement. Une douce satisfaction qui s'étend au-delà du mystère. L'ambiance du quartier, les personnages, le ton : tout est calme, agréable, doux. Et c'est pourtant bien un polar. Un polar cosy d'excellente facture.

Couverture : Yoshito Hasaka / Traduction : Sophie Refle
D'autres avis : Yuyine, ...

mardi 20 septembre 2022

Terry Pratchett - Au guet !

Au guet !, Terry Pratchett, Tome 8/35 des Annales du Disque-Monde, 1989, 408 pages
« Vous avez raison, monsieur le Secrétaire, dit-il. Comptez sur moi pour lui apprendre que c'est illégal d'arrêter les voleurs. »
Le Guet, c'est la police, un peu au rabais, d'Ankh-Morpork. Mené par le capitaine Vimaire, il voit l'arrivée d'un nouveau membre, Carotte, humain élevé par des nains. Ça ne sera pas de trop pour résoudre le mystère des corps calcinés retrouvés dans les rues de la ville et mettre à bas la société secrète, un peu au rabais elle aussi, qui cherche à invoquer un dragon pour prendre le pouvoir.
« Un Ramkin qui se serait adonné à l'introspection aurait reconnu que la réplique manquait singulièrement d'originalité. Mais elle était commode. Elle joua son rôle. Si les clichés deviennent des clichés, c'est qu'ils sont les marteaux et les tournevis dans la boîte à outils de la communication. »
Au guet ! est le premier tome mettant en scène, comme son nom l'indique, le Guet. Et si tous les livres de ce sous-cycle sont à l'image de celui-ci, il a totalement le potentiel d'être mon préféré. Devant La Mort. Car Au guet ! est incontestablement le meilleur des 8 premiers tomes du Disque-Monde, combinant une intrigue solide qui tient en haleine, des saillies à la Pratchett et des pointes d'humour. Sans oublier de sympathiques personnages.
« S'il y avait une chose qui le déprimait davantage que son propre cynisme, c'était bien de le trouver souvent moins cynique que la vie réelle. »
C'est peut-être le point le plus primordial de ce roman : les personnages. S'ils ne sont pas présentés de manière reluisante au départ, les quatre membres du Guet s'avèrent rapidement être agréables à suivre, ayant un bon fond et une capacité à dépasser leurs imperfections. Individuellement, ils sont tous - tous ! - de bons personnages. Mais ensemble ils forment en plus un groupe qui sent bon la saine camaraderie et qui est franchement plaisant à suivre. Vivement le tome 15 pour les recroiser !
« C'est une métaphore de cette putain d'existence, un dragon. Et comme ça ne suffit pas, c'est en plus un putain de grand bestiau volant qui crache le feu. »
Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton

mercredi 14 septembre 2022

Michael Christie - Lorsque le dernier arbre

Lorsque le dernier arbre, Michael Christie, 2019, 587 pages

2038. Les arbres sont devenus une rareté et quelques ilots de verdure, comme Greenwood Island, sont devenus des lieux de tourisme huppés. Bien que surdiplômée, Jake y est guide pour rembourser ses dettes. Jusqu'à ce qu'un ancien ami débarque avec un mystérieux livre qui pourrait faire de Jake l'héritière légitime de l'île.

Si le contexte - d'apocalypse ou d'anticipation, au choix - et la date d'ouverture du roman peuvent le laisser penser, Lorsque le dernier arbre n'est pas réellement un roman de science-fiction. Il a des airs de climate fiction et porte une réflexion écologique sur l'importance des arbres certes, mais ce n'est pas à mon sens l'aspect réellement important et intéressant du livre - mais peut-être est-ce dû à ma lecture récente de l'excellent Jours de sable d'Aimée de Jongh, bien plus passionnant et marquant sur le sujet. Ainsi les parties se déroulant en 2038, 2008 et même en 1974, bien que faisant sens, ne m'ont pas particulièrement enthousiasmé. Ça tombe bien, il y en a deux autres et ce sont les plus volumineuses.

Lorsque le dernier arbre est construit comme la lecture des cernes de croissance d'un arbre, s'enfonçant dans le passé pour ensuite en revenir - sur le même principe, mais dans le sens contraire, que Cartographie des nuages de David Mitchell. Une construction qui fait pleinement sens et qui offre un morceau de choix avec les années 1934 et 1908. On y découvre la vie d'Harris et Everett Greenwood, deux frères de coeur et de circonstances, et la saga familiale dont ils sont les initiateurs.

Car c'est bien ça qu'est Lorsque le dernier arbre : une saga familiale. Une histoire profondément humaine où deux êtres, puis leurs descendances, vont tenter d'exister et de trouver leur place, de faire sens. Un récit de vies, de sacrifices, d'erreurs, d'essais, où les préjugés initiaux que Michael Christie place insidieusement dans la tête du lecteur volent en éclats devant des parcours bien plus complexes qu'imaginés. Un roman tout en nuances de gris.

Couverture : / Traduction : Sarah Gurcel
D'autres avis : Gromovar, FeydRautha, Le Maki, ...

jeudi 8 septembre 2022

Julia Von Lucadou - Sauter des gratte-ciel

Sauter des gratte-ciel, Julia Von Lucadou, 2021, 276 pages

Dans un futur proche toujours plus technologique, des athlètes-artistes sautent du haut des gratte-ciel, virevoltant dans les airs jusqu'à éviter l'impact in extremis grâce à leurs Flysuit™. Suivie par des millions de followers, Riva Karnovsky est la plus célèbre d'entre eux. Jusqu'au jour où elle ne veut plus sauter, sans raison apparente, restant atonique dans son appartement. Engagée par son entraîneur et ses sponsors, Hitomi Yoshida, une jeune psychologue, doit essayer de comprendre et remotiver l'acrobate.
« - Ça ne te rend pas furieuse qu'on ne puisse rien décider par nous-mêmes ? avait-elle dit.
- Ils essaient seulement de révéler notre potentiel et de l'encourager. Tu peux toujours dire non.
- Tu connais quelqu'un qui a dit non ?
- Mais ils ne t'obligent à rien. (...) Ils nous montrent juste la meilleure version possible de nous-mêmes, avais-je dit.
- Tu crois vraiment ?
»
Des vies réglées et poursuivies par la technologie, une société du paraitre, quelques machins™, des anglicismes marketing et managériaux : Sauter des gratte-ciel a des airs de (très) soft Bonheur™. Mais si le cadre et la thématique générale jouent dans des registres qu'on peut éventuellement rapprocher, l'impact à la lecture est lui diamétralement opposé. Là où le livre de Jean Baret est trash et impactant, celui de Julia Von Lucadou est bien plus doux et contemplatif.

Cette relative tranquillité est favorable à une réflexion elle aussi douce sur l'impact des technologies et le contrôle qu'elles apportent, donnant des vies bien cadrées, calculées, froides. À l'image de ces vies, le roman de Julia Von Lucadou est maîtrisé. Peut-être trop. Sauter des gratte-ciel n'est pas un livre d'intrigue mais bien de réflexion. Je ne peux pas dire que j'ai passé un mauvais moment en le lisant, mais je n'en ai pas non plus passé un excellent.. C'est intéressant, à défaut d'être palpitant ou enthousiasmant.

Couverture : © Depositphotos / Traduction : Stéphanie Lux
D'autres avis : Lhisbei, Chut maman lit !, ...

vendredi 2 septembre 2022

Bulles de feu #43 - Héroïnes

Zoc, Jade Khoo, 2022, 153 planches

Zoc est une jeune adolescente qui peut tirer de l'eau avec ses cheveux. Un don aussi amusant que dérangeant. Un don surtout qu'elle aimerait mettre à profit dans sa vie d'adulte. Une petite annonce va la mettre en relation avec un village inondé. Serait-ce la solution tant attendue ?

Zoc est une BD surprenante sur ses premières pages. D'abord par son dessin au style unique, pas forcément limpide, un peu crénelé, qui donne une impression entre dessin traditionnel et numérique. Puis avec ses très grandes cases, aux douces couleurs changeantes, rappelant la profondeur présente en couverture et dont l'étendue immerge pleinement le lecteur dans la BD. Enfin par ce personnage principal au don hors du commun, pourtant accepté naturellement par tous les autres protagonistes.

La surprise initiale est rapidement remplacée par une autre sensation : le plaisir. Zoc est une BD toute douce qui ne dépareillerait pas avec les films d'animation du Studio Ghibli - ce qui, dans mes doigts, est un grand compliment. Parce que certains plans sont déjà tout à fait cinématographiques. Mais surtout pour son univers où le fantastique fait partie intégrante de la réalité, pour ses personnages hors du commun traités tout à fait normalement et pour son propos sur le fait de trouver sa place. Et pour sa douceur, donc. Une très belle BD.

Quelques planches ici.

Celle qui parle, Alicia Jaraba, 2022, 208 planches

La Malinche est une figure controversée de l'histoire mexicaine. Fille de noble devenue esclave, sa vie bascule quand elle croise la route du conquistador Hernán Cortés et devient son interprète. Car, maîtrisant plusieurs langues autochtones, elle est "celle qui parle" et va grâce à cela aider les Européens à conquérir le Mexique. Devenant ainsi une fondatrice du peuple mexicain autant qu'une traitresse à ce même peuple.
« Sans doute avait-elle une voix mais La Malinche ne nous a jamais raconté son histoire. Celle qui nous est parvenue l'a été à travers les écrits des Espagnols et les images des codex aztèques sur l'histoire de la Conquista. Dans tous les cas, sa voix nous est restée muette. Seuls des hommes, toujours des hommes, nous ont parlé d'elle. Et cela laisse beaucoup de vides dans l'histoire. J'ai voulu remplir ces vides pour construire ma propre Malinche. Elle est jeune, inexpérimentée, souvent dépassée par les évènements. Mais elle est surtout, je l'espère, humaine. »
Ainsi s'exprime l'autrice dans sa postface, et c'est le meilleur résumé possible de ce qu'est Celle qui parle. À partir des quelques grandes lignes connues de l'histoire de La Malinche, Alicia Jaraba imagine les choix d'une jeune femme dans un monde de multiples fois étranger et hostile. Au-delà de l'aspect historique, de l'importance du langage et du traitement des populations (notamment féminines), elle en fait assurément une figure humaine et un beau personnage de fiction. Ça ne mettra pas fin aux controverses, mais ça en fait au moins une bonne BD.

Quelques planches ici.

samedi 27 août 2022

Martha Wells - Télémétrie fugitive

Télémétrie fugitive, Martha Wells, Tome 6/? de Journal d'un AssaSynth, 2021, 139 pages

On avait laissé AssaSynth à un tournant majeur de sa vie lors du final de Effet de réseau, la première histoire de la SecUnit indépendante au format roman. Avec Télémétrie fugitive, retour au format novella... et retour en arrière dans le temps. En effet, Télémétrie fugitive se situe entre les tomes 4 - Stratégie de sortie - et 5 - Effet de réseau, donc.

Et c'est une novella dans le plus pur style de la série. Ça met en scène une petite enquête à laquelle prend part AssaSynth, simple et efficace. Ce n'est pas là le plus important. Le plus plaisant, c'est de retrouver AssaSynth, sa gouaille, sa psychologie en constante évolution - et relativement apaisée à ce moment de la série, ce qui est d'autant plus agréable à lire - et ses interactions avec les autres personnages, bots compris. Simplement du pur plaisir.

Couverture : Ben Walsh / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Lullaby, Zina, Lianne, ...

Premier voyage interstellaire dans le cadre du Summer Star Wars : Obi-Wan Kenobi

dimanche 21 août 2022

Mariana Enriquez - Notre part de nuit

Notre part de nuit, Mariana Enriquez, 2019, 760 pages

Argentine, 1981. Malade, en proie notamment à de terribles migraines, Juan doit pourtant prendre la route avec son jeune fils, Gaspar, pour un long voyage vers le Nord. Mais Juan n'est pas n'importe quel père. C'est un médium qui est capable d'invoquer l'Obscurité, une terrible puissance démoniaque, et qui fait partie malgré lui de l'Ordre, une secte cherchant à contrôler l'Obscurité.

L'histoire de Notre part de nuit est à la fois bien plus importante que ce résumé tout en n'étant guère plus grande. C'est tout le paradoxe de ce roman : son volume est énorme, son intrigue est mince, et pourtant ça se lit tout seul et ça ne donne jamais l'impression de tirer à la ligne. C'est une plongée dans l'esprit et le coeur de quelques personnages, une dissection quasi-littérale qui nous fait vivre leurs joies et, surtout, leurs peines et leurs terreurs. Et le mot est faible.

Notre part de nuit propose des passages terribles, horrifico-gores. Si une présence indicible imprègne l'ambiance à tout moment ou presque, les scènes choquantes restent relativement rares - mais pas moins marquantes. J'ai toujours du mal avec l'horreur, ne comprenant pas le plaisir ou l'intérêt qu'il y a à lire de telles choses. J'y cherche une finalité qu'il n'y a peut-être pas. Il y en a tout de même deux ici à mon sens. L'une est de servir l'intrigue en soi et permet d'aborder l'emprise familialo-sectaire. L'autre se trouve dans la comparaison entre ces extrémités et celles de la dictature argentine (entre autres).

Car si son propos principal est de traiter de personnages, en filigrane Notre part de nuit conte aussi une époque, et même des époques, des années 60 aux années 90, en Argentine principalement avec un détour par le Londres des années 70. Si ça a été pour moi l'occasion de me perdre un peu dans le péronisme, il ne m'aurait pas déplu que cet arrière-plan historique et social soit encore plus présent.

Étant donné tous les freins qui auraient pu entacher ma lecture, Notre part de nuit est une franche réussite. Si la construction du récit, admirable et intelligente, y est pour beaucoup, il y a certainement aussi un peu de magie chamanique dans les mots de Mariana Enriquez, qui parvient à créer une fascination pour ce microcosme n'ayant pourtant rien d'attrayant. Il se passe quelque chose de puissant entre ces lignes, de vivant, de vrai. Et ne vous fiez pas à ses presque 800 pages : c'est encore plus grand à l'intérieur !

Couverture : Alexandre Cabanel / Traduction : Anne Plantagenet
D'autres avis : Tigger Lilly, Gromovar, itenarasa, Lune, ...

lundi 15 août 2022

Feux Divers #13 - Les autrices incontounables en SFFF

Logo réalisé par Anne-Laure de Chut Maman lit !

Il y a deux ans, Vert faisait tabler toute la blogosphère, la twittosphère et d'autres mots en -sphère, sur les livres incontournables récents en imaginaire, pour changer des listes datées qu'on retrouve encore régulièrement dans les médias grand public. Me concernant ça se passait ici, et ça a toujours belle allure.

Cette année, Vert remet ça, avec cette fois pour objectif de mettre en avant des autrices. Pour les détails, c'est par ici : Autrices incontournables en SFFF. Ça se résume ainsi :
« Le principe est simple : présenter soit dix ouvrages écrits par des autrices et appartenant aux littératures de l’imaginaire (SF, fantasy, fantastique) soit dix autrices de littératures de l’imaginaire qui sont pour vous incontournables, quelle qu’en soit la raison. »
Ça sera forcément incomplet, frustrant et soumis à modification dès ma prochaine lecture, mais ça ne peut jamais faire de mal de mettre en avant d'excellentes autrices. Mini-contrainte personnelle : je ne cite que des autrices dont j'ai lu au moins deux textes - désolé Octavia, désolé Becky, désolé tant d'autres. Oh, et puis comme je n'ai pas envie de choisir entre mes très bonnes lectures ou celles qui sont désormais un peu floues dans mon esprit, je n'en ai finalement gardé que 8, la crème de la crème, l'incontournable de l'incontournable. Avec à chaque fois un titre à particulièrement mettre en avant.

Par ordre alphabétique :


 Nina Allan
La Course

Une autrice à part, dont chaque livre est unique tout en n'ayant de cesse de questionner la notion de réalité.

Si je conseillerais à n'importe qui de commencer par l'excellent La Fracture, la baffe initiale que j'ai prise en lisant La Course ne sera pour moi jamais supplantée.


Hiromu Arakawa
FullMetal Alchemist

Parce que les BDs et les mangas d'imaginaire font partie des littératures de l'imaginaire. Mais nul besoin de prétexte : Hiromu Arakawa est une raison en soi pour être citée ici, tant la présence de son nom sur une oeuvre justifie de plonger dedans les yeux fermés.

Silver Spoon est très bon, Arslan Senki est, pour le peu que j'en ai lu, aussi de qualité, mais son chef-d'oeuvre reste FullMetal Alchemist. S'il ne devait rester qu'un seul shonen, ces mangas axés action véhiculant de bonnes valeurs, ça serait surement celui-ci.


Kij Johnson
Un Pont sur la brume

Parce que Un Pont sur la brume, la plus belle novella de l'excellente collection UHL (qui multiplie pourtant les excellentes publications).

Mais ce n'est pas son seul texte marquant. Si ses nouvelles sont souvent étonnantes, Retour à n'dau a prouvé que Kij Johnson fait preuve d'une maitrise rare dans la simplicité et la subtilité.



Ursula Le Guin
Tehanu

L'une des idées de Vert avec ce tag est de faire en sorte qu'Ursula Le Guin ne soit pas l'autrice qui occulte toutes les autres. Et donc... je vais quand même la citer. Parce qu'Ursula Le Guin, quand même.

J'aime beaucoup sa SF avec l'Ekumen, mais plus le temps passe et plus mon oeuvre préférée se trouve du côté de sa fantasy avec Terremer, un cycle qui multiple les grands textes. Particulièrement avec son chef-d'oeuvre, un ouvrage sublime : Tehanu.


Laurine Roux
Une immense sensation de calme

Ma plus récente découverte, mais pas des moindres. Je ne suis pas capable de décortiquer et d'analyser en profondeur la manière d'écrire des auteurices. Mais je peux dire que l'écriture de Laurine Roux est exceptionnelle et justifie à elle-seule la lecture de ses textes. Et je dis ça alors même que je préfère quand il se passe quelque chose dans les récits que je lis.

Le Sanctuaire est un très bon texte, porté par l'écriture de Laurine Roux donc, mais Une immense sensation de calme, au titre parfait, est encore un cran au-dessus.



Priya Sharma
Des Bêtes fabuleuses

Deux textes, une novella et une nouvelle, et deux très grandes réussites. Il n'y a guère d'ouvrages que j'attends plus que le futur recueil de l'autrice publié par Le Bélial'.

Difficile de faire un choix entre ses deux récits. Ormeshadow est un texte poignant, quand Des Bêtes fabuleuses frappe encore plus fort. Je mets tout de même la couverture du premier cité, pare que c'est la plus belle de tous les UHL.



Rivers Solomon
L'Incivilité des fantômes

Rivers Solomon n'est pas à proprement parler une autrice puisqu'iel est non-binaire, mais ça me semble pleinement dans l'esprit du tag. Et s'il y a pas mal de douceur chez les autrices citées plus haut, Rivers Solomon permet un joli contrepoint car ses ouvrages frappent fort.

Les Abysses est un très bon roman, atypique comme Rivers Solomon sait les faire, mais L'Incivilité des Fantômes est vraiment une très grande claque.


Jo Walton

Mes vrais enfants

Fantasy domestique, polar uchronique, fantastique, fantasy victorienne à dragons,... Jo Walton écrit des ouvrages de tous types. Et elle le fait toujours bien.

Une véritable valeur sûre qui peut tout de même se résumer facilement en un ouvrage, un chef-d'oeuvre : Mes vrais enfants.

lundi 8 août 2022

Guillaume Chamanadjian - Trois lucioles

Trois Lucioles, Guillaume Chamanadjian, Tome 3/6 de la Tour de Garde, Tome 2/3 de Capitale du Sud, 2022, 394 pages

Après Le Sang de la Cité, Trois lucioles poursuit les aventures de Nox, l'épicier-un-peu-plus-qu'épicier, dans la ville de Gemina. Situé dans la continuité presque immédiate du premier volume, le récit démarre sur un rythme déjà bien engagé, sans que ça ne soit non plus sur les chapeaux de roues. À posteriori, on peut même dire que c'est relativement calme. Relativement, tant tout ne va aller que crescendo jusqu'à la dernière page.

Trois lucioles ne souffre pas du syndrome du deuxième tome, parfois synonyme de tome de transition dans une trilogie. Il sert bien sûr à avancer les pions et à préparer le feu d'artifice final. Mais il est surtout pleinement satisfaisant en soi, apportant autant de développements dans les relations et personnalités des personnages que de petites révélations sur le mystère qui rôde derrière cette ville de Gemina. Sans compter quelques actions d'éclat. Le tout faisant sens, ne donnant jamais l'impression de décisions imbéciles ou d'aveuglement pour faciliter le récit.

S'il faut vraiment trouver un léger bémol, je ne suis pas fan des petites prémonitions sur la suite du récit, même si c'est heureusement moins présent que dans Citadins de demain - premier tome de la trilogie parallèle de Claire Duvivier. Un bémol que compense allègrement la présence d'un résumé du tome 1 en début d'ouvrage. Et surtout par le fait que Trois lucioles est un très bon roman, très plaisant. Une nouvelle réussite pour Guillaume Chamanadjian, qui ne donne qu'une hâte : lire le troisième et dernier tome !

Couverture : Elena Vieillard
D'autres avis : Tigger Lilly, Le Nocher des livres, Célinedanaë, ...

mardi 2 août 2022

Paul Di Filippo - Un an dans la Ville-Rue

Un an dans la Ville-Rue, Paul Di Filippo, 2002, 120 pages

Imaginez une rue. Une très longue rue. Une très très longue rue. Bordée de chaque côté d'immeubles abritant commerces, sociétés et logements. Au-delà : d'un côté le Fleuve et ses bateaux, de l'autre les Voies et ses trains. Dessous : le Métro. Encore au-delà : les psychopompes, attendant d'emporter les trépassés. C'est dans l'arrondissement de Vilgravier, précisément dans le 10.394.850ème Bloc, que vit Diego Patchen, un auteur de Cosmos-Fiction - l'équivalent de notre Science-Fiction - qui sera notre guide pour découvrir cette Ville-Rue.

Il n'y a nul besoin de l'immensité de l'espace interstellaire pour provoquer le sense of wonder. Paul Di Filippo le prouve avec cette Ville-Rue inconcevable, presque impossible et pourtant compréhensible, qui provoque un vrai sentiment d'émerveillement et d'ébahissement. Est-ce que tout sera justifié et expliqué ? Non. Mais ce n'est nullement le but. Le but c'est d'imaginer quelque chose d'autre, quelque chose de nouveau, de dépasser les cadres et les limites pour être créatif et proposer quelque chose d'unique.

C'est en ce sens pleinement réussi. Et là où la réussite est encore plus grande, c'est que l'écriture de Paul Di Filippo est à l'image de son univers et sert, tout autant que le récit en lui-même, à créer cette immersion et ce changement de paradigme. Le plus fort dans tout ça, dans tout cet étonnement ? La compréhension de ce qui se présente sous nos yeux est comme intuitive et totalement happante. À vrai dire, je ne sais même pas réellement pourquoi ça fonctionne. Mais ça a ce petit truc qui fait que ça fonctionne, et plus que bien.

Un an dans la Ville-Rue est une novella étonnante, dans tous les sens du terme. C'est une expérience, mais une expérience abordable qui n'oublie pas d'être plaisante à lire. C'est une idée forte qui contrebalance parfaitement son intrigue assez minime. C'est aussi une mise en abyme évidente - le protagoniste principal est un auteur de SF cherchant à élargir ses horizons avec des mondes totalement différents - qui n'empêche pas un sense of wonder impressionnant. C'est un hymne à l'incompréhensible et à l'inimaginable, au plaisir et à la nécessité d'y réfléchir à défaut de pouvoir pleinement les envisager. C'est une très belle novella.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : Gromovar, FeydRautha, ...

mercredi 27 juillet 2022

Bulles de feu #42 - Jours de sable

Jours de sable, Aimée de Jongh, 2021, 257 planches

États-Unis, 1937. John Clark, jeune photographe, est engagé par la Farm Security Administration pour aller prendre des clichés de la situation en Oklahoma, dans la Dust Bowl, cette région en proie à une terrible sécheresse et à des tempêtes de poussière, poussant de nombreux habitants à déserter les lieux.
« Une image en dit plus qu'un millier de mots... pas vrai ? »
C'est le point de départ de Jours de sable. Pour convaincre du bien fondé de ses réformes, la FSA va utiliser la photographie, dans une proportion inédite et dans une démarche qui marquera la discipline. Certains de ces clichés sont reproduits à l'intérieur de l'ouvrage, Aimée de Jongh construisant même chaque début de chapitre à partir de ceux-ci, dans des fondus très réussis.

L'art et l'impact de la photographie sont le premier aspect de Jours de sable, mais c'est loin d'être le seul. Le deuxième aspect le plus évident est l'aspect historique. Comme indiqué dès la première page, Jours de sable est une fiction historique : les personnages sont imaginaires mais le cadre est lui tout à fait véridique. C'est un petit cours d'Histoire que nous offre Aimée de Jongh, de manière simple et efficace. Oui, ces tempêtes ont bien existé, conduisant des millions de personnes à la misère voire à l'exode. C'est le troisième aspect de cette BD, un aspect social. D'ailleurs, ces tempêtes pourraient bien revenir, puisqu'elles ne sont pas arrivées par hasard. C'est un quatrième aspect, l'aspect écologique.

Je ne développe pas plus ces aspects, puisque vous allez lire Jours de sable et qu'Aimée de Jongh le fait bien mieux que moi. D'ailleurs, au-delà des informations glanées au sein de la BD en elle-même, cette triple thématique (historique/sociale/écologique) est développée succinctement en fin d'ouvrage, apportant de manière digeste un éclairage et un développement bienvenus.

Un cinquième aspect ne doit pas être oublié : l'aspect humain. Dans "fiction historique", Aimée de Jongh n'oublie nullement la partie fiction, en l'occurrence le séjour de John Clark en terres hostiles. Un travail qui deviendra rapidement bien plus qu'un simple job et sera une vraie expérience de vie grâce aux rencontres qu'il fera. Pourtant rapidement brossés, Aimée de Jongh parvient à dépeindre une vraie galerie de personnages touchants qui rendent la lecture poignante.

C'est donc une réussite sur le fond, sur l'intrigue et sur les personnages. Que reste-t-il ? La forme. Et la forme en BD, c'est principalement le dessin et les couleurs. Ça tombe bien, les deux sont somptueux. Le trait est globalement doux, et pourtant il rend pleinement la force et la dureté de l'environnement et son impact. Le point d'orgue étant le rendu des tempêtes de poussière, magistrales. Le sable s’infiltre partout sous nos yeux, et l'obscurité galopante des cataclysmes est terrifiante. C'est si bien fait que ça en croquerait presque sous la dent.

Dois-je préciser que Jours de sable est une excellente BD ? Fourmillante d'aspects, elle les réussit tous, tout en conservant à chaque instant un équilibre parfait. "Une image en dit plus qu'un millier de mots" dit la citation. Si Aimée de Jongh questionnera la justesse de cette idée, une autre semble elle incontestable : cette BD en dit plus qu'un millier d'images, voire plus qu'un millier d'ouvrages, au minimum.

Quelques planches ici.

jeudi 21 juillet 2022

Nina Allan - Le Créateur de poupées

Le Créateur de poupées, Nina Allan, 2019, 405 pages

Andrew est un nain - lire : une personne de petite taille - qui vit de sa passion : la création de poupées. À la suite d'une annonce dans une revue, il entretient une relation épistolaire avec Bramber, une femme passionnée elle aussi par les poupées. Jusqu'au jour où il décide de prendre la route pour la rencontrer, elle qui semble vivre enfermée dans une sorte d'asile au fin fond de l'Angleterre.

Le Créateur de poupées est un ouvrage étonnant, ce qui n'est guère surprenant puisqu'il s'agit d'un roman de Nina Allan. J'ai à vrai dire du mal à définir ce qu'est ce livre. Je sais en tout cas certaines choses qu'il n'est pas : il n'est pas particulièrement compliqué ou tortueux ; il n'est quasiment pas associé aux genres de l'imaginaire ; il n'est pas mauvais. Je peux même dire qu'il est bon, bien que je sois loin d'avoir ressenti le plaisir de La Course ou de La Fracture. Mais c'est aussi bien mieux que ma lecture ratée de Complications. Le Créateur de poupées est un peu le barreau manquant, le juste milieu de l'échelle de Nina Allan, le niveau 'bon', la 'normalité'.

"Normalité" est d'ailleurs un mot qui fait doublement sens au regard des enjeux du livre. Avec Le Créateur de poupées, Nina Allan met en scène des minorités, des personnes différentes de la norme, des gens souvent pointés du doigt. Mais elle ne le fait pas dans le but de mettre en avant ces différences. Elles sont mises en lumière, inévitablement, mais ce n'est qu'une conséquence indirecte du récit. L'idée initiale est bien d'offrir un roman où ce sont des personnages absolument normaux, qui vivent leurs vies comme tout un chacun, sans avoir à remettre leurs "particularités" constamment en avant. La nuance est évidemment mince puisque ces "particularités" influent forcément sur leurs vies, mais Nina Allan parvient à garder son équilibre sur ce fil ténu et à proposer un récit 'normal'.

Si la thématique de la "normalité" est centrale, Le Créateur de poupées reste un roman de Nina Allan et est donc loin d'être lambda dans sa construction. L'autrice s'amuse à tout entremêler, laissant aux lecteurices le plaisir de noter les échos qui se développent. Il y a bien sûr le voyage d'Andrew, ainsi que sa correspondance qui donne à voir son passé et celui de Bramber, mais aussi quelques nouvelles intradiégétiques intimement liées à l'intrigue générale. Et dans tout ça, il y a surement encore bien plus que ce que j'y ai vu. Si malgré cela il m'a manqué un peu de flamme et de passion pour m'enthousiasmer pleinement, Le Créateur de poupées est tout de même un bon roman. Normal, c'est un roman de Nina Allan.

Poupée de couverture : Laurence Ruet / Traduction : Bernard Sigaud
D'autres avis : Tigger Lilly, ...

jeudi 14 juillet 2022

David Mitchell - Slade House

Slade House, David Mitchell, 2015, 270 pages

Il n'y a guère de meilleur résumé/pitch de Slade House que de dire que c'est une histoire de maison hantée. Cette étrange habitation, présente là où elle ne semble pas pouvoir être, n'est accessible que par une petite porte dans une ruelle biscornue, Slade Alley. Et encore, pas tout le temps, seulement tous les neuf ans. C'est avec Nathan Bishop et sa mère, venus à la rencontre de Lady Grayer, que nous la découvrons. Et ce ne sera pas la dernière fois.

Je n'aime pas les romans horrifiques. Je ne suis pas très adepte des romans fantastiques. Je n'étais donc clairement pas la cible pour ce roman fantastico-horrifique. Pourtant, je l'ai totalement apprécié. Pourquoi ? Déjà car l'aspect "horreur" est très léger. C'est une maison hantée, ce qui n'est clairement pas l'aspect le plus gore du genre, et cela tend presque vers le thriller. Et puis il y a une autre raison : David Mitchell. J'ai aimé tout ce que j'ai lu de l'auteur, à des niveaux oscillant entre le "très bon" et le "chef d'oeuvre". Et Slade House, s'il n'est pas l'ouvrage le plus époustouflant de l'auteur, poursuit ce sans-faute de textes très bien construits et aussi bons dans l'édification des personnages que de l'intrigue. Si le récit est ici quasiment cousu de fil blanc, il n'en demeure pas moins prenant de la première à la dernière ligne. Il faut un sacré auteur pour réussir cela.

Un dernier aspect a peut-être joué sur mon sentiment positif, c'est le lien étroit que Slade House entretient avec L'Âme des horloges. Tous les romans de David Mitchell se référencent subtilement les uns les autres - au point que c'est toujours un plaisir après en avoir terminé un d'aller voir la liste des clins d'oeils sur la page Wikipédia. Mais le lien est ici bien plus imposant. Je ne crois pas que cela enlève à Slade House son statut de livre indépendant, mais j'aurais tendance à conseiller de d'abord découvrir L'Âme des horloges pour profiter au maximum de la découverte. Quant à moi, cela m'a furieusement donné envie de le relire. Ce qui n'est pas une mauvaise idée : on ne lit jamais assez de David Mitchell.

Couverture : Cédric Scandella / Traduction : Manuel Berri
D'autres avis : Vert, Sabine, Cédric, TmbM, Acr0, ...

vendredi 8 juillet 2022

Terry Pratchett - Pyramides

Pyramides, Terry Pratchett, Tome 7/35 des Annales du Disque-Monde, 1989, 364 pages

Lorsque le Pharaon Teppicymon XXVII meurt, c'est à son fils, Teppic, de prendre la relève. Sauf que ce dernier, tout juste diplômé de la Guilde des Assassins d'Ankh-Morpork, n'est pas tout à fait dans le même esprit que ses concitoyens. Et puis, est-ce vraiment une bonne idée de construire une nouvelle pyramide encore plus grande que les précédentes ?

Si la majorité des ouvrages du Disque-Monde sont indépendants, Pyramides l'est d'autant plus car il n'appartient à aucun sous-cycle interne de l'univers. Il est simplement l'occasion pour Terry Pratchett de jouer avec l'Égypte antique. Et de proposer un chameau mathématicien.

Pyramides n'est clairement pas l'ouvrage le plus marquant de la série. Il se lit bien, sans déplaisir mais sans énorme plaisir non plus. Il comporte quelques bonnes trouvailles, évidemment, mais n'est globalement guère éclatant et n'a que peu de réelles fulgurances ou moments très drôles. Un tome correct, 'normal', mais sans plus.

Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton

samedi 2 juillet 2022

Mariana Enriquez - Ce que nous avons perdu dans le feu

Ce que nous avons perdu dans le feu, Mariana Enriquez, 2016, 238 pages

Ce que nous avons perdu dans le feu est un recueil de 12 nouvelles entre fantastique et horreur, où des vies déjà peu reluisantes vont basculer encore plus - et pas sur une pente positive dans la majorité des cas. C'est un recueil qui se rapproche à mon sens d'Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle. Mon avis est à l'avenant : c'est surement très bien, mais ce n'est pas pour moi, donc je ne peux pas pleinement l'apprécier.

Au-delà du côté horrifique, l'autre aspect qui me bloque un peu dans ce genre de textes, c'est l'omniprésence des non-dits, des choses laissées en suspens, soumises à interprétation. Peut-être que, justement, je surinterprète en cherchant plus que ce qu'il y a, mais j'ai ce sentiment qu'il y a un petit quelque chose que je n'arrive pas à saisir au vol. Et c'est légèrement frustrant.

Malgré cela, Ce que nous avons perdu dans le feu est un bon recueil. Au-delà d'un certain 'exotisme', tous les textes étant ancrés en Argentine, les mots de Mariana Enriquez ont ce petit quelque chose capable de rapidement vous faire plonger dans son univers. Il se dégage quelque chose de l'écriture de l'autrice, une ambiance et même une certaine puissance par moment. Notamment, car le livre est bien construit, dans les deux nouvelles qui ouvrent et concluent le recueil. Au point que même si tout ça n'est pas ma came, cela m'a conforté dans mon envie de lire Notre part de nuit.

Couverture : Micah Lidberg / Traduction : Anne Plantagenet
D'autres avis : ...

dimanche 26 juin 2022

Lavie Tidhar - Aucune terre n'est promise

Aucune terre n'est promise, Lavie Tidhar, 2018, 253 pages

En 1903, lors du sixième Congrès sioniste, Théodore Herzl propose la création d'un état juif en Afrique. C'est le "Projet Ouganda", projet qui sera rejeté après l'envoi d'une mission sur place. Et si... Et si l'État d'Israël ne s'était pas créé au Moyen-Orient mais en Afrique ?

"Et si... ?". La phrase synonyme d'uchronie. Aucune terre n'est promise est une uchronie, indéniablement. Mais si l'expression n'était pas irrémédiablement galvaudée, on pourrait presque dire qu'elle est plus qu'une uchronie. Car si l'on s'attend à juste découvrir ce qui aurait pu se passer avec une installation juive massive en Afrique, on risque d'être surpris devant la tournure des évènements qui fait appel à d'autres tropes de la SF. En tout cas moi j'ai été surpris. Agréablement, je crois.

Aucune terre n'est promise a une qualité primordiale : bien qu'il s'agisse d'un ouvrage à message, ou tout du moins à réflexion, son récit tient la route et s'apprécie pour lui-même, sans que l'enjeu intellectuel prenne le pas sur l'enjeu 'physique'. C'est un roman agréable à lire, qui a de légères tendances mindblowing, notamment dans ses petites mises en abyme, mais qui réussit l'exploit de rester toujours suffisamment palpable.

Aucune terre n'est promise m'a un peu rappelé Ring Shout de P. Djèli Clark. Plus pour mon ressenti à la lecture que pour les histoires en elles-même - et encore, les deux se servant finalement des codes de l'imaginaire pour évoquer de manière flagrante une situation de notre réalité. Ainsi, si je ne peux pas dire que j'ai eu un attachement immense pour les personnages, le récit m'a gagné à sa cause au fil des pages. Et si ce n'est pas le grand coup de coeur, j'ai un profond respect pour cette oeuvre dont je n'ai certainement pas réussi à saisir toutes les subtilités et intelligences. La "faute" à une certaine nébulosité qui - et c'est un peu un comble - est aussi l'élément qui m'a sûrement permis de trouver mon chemin et mon plaisir entre ses pages. Une seule chose compte : c'est très respectable et très recommandable.

Couverture : Kévin Deneufchatel / Traduction : Julien Bétan
D'autres avis : Tigger Lilly, Lhisbei, Gromovar, TmbM, Yuyine, Cédric, Marc, Sometimes, ...

dimanche 19 juin 2022

Bulles de feu #41 - Raconter la France

Du bruit dans le ciel, David Prudhomme, 2021, 208 planches

Du bruit dans le ciel est une sorte de soft-autobiographie. David Prudhomme s'y met en scène au fil de sa vie, de son enfance à Grangeroux, village à proximité immédiate de Châteauroux, puis lors de ses nombreux retours dans la maison familiale. Si on suit la construction et l'évolution de l'auteur de bandes dessinées, le plus important est ailleurs. Ou plutôt il est ici, à Grangeroux.

Grangeroux est une zone périurbaine d'une ville moyenne, comme tant d'autres en France. Au début il n'y avait rien, et peu à peu, l'urbanisation avançant, le rien s'est peuplé. C'est cette évolution, ces modifications sans cesse renouvelées, que narre David Prudhomme. Et s'il y a du bruit dans le ciel, que les projets passent, la terre originelle reste finalement toujours elle-même.

Du bruit dans le ciel est une très bonne BD qu'on pourrait résumer de manière cliché en disant qu'elle montre "la vraie vie". C'est une série de photographies à travers les époques qui dit autant les faits globaux que les évènements mineurs, les deux se mélangeant allègrement. C'est intéressant, c'est joli mais c'est surtout le ton qui fait la plus grande différence : ni amer, ni politisé, ni désabusé. C'est une vision douce, plus amusée de la situation qu'autre chose. Une peinture pleine d'humanité qui fait acte de mémoire.

Quelques planches ici.

Le Droit du sol, Étienne Davodeau, 2021, 206 planches

Connaissez-vous la Grotte du Pech Merle, dans le Lot ? C'est une grotte ornée de dessins préhistoriques datant pour certains de plus de 20 000 ans. Connaissez-vous Bure, dans la Meuse ? C'est la commune choisie pour devenir un site d'enfouissement de déchets nucléaires, qui seront peut-être encore là dans 20 000 ans. Entre les deux il y a 800 kilomètres, qu'Étienne Davodeau a choisi de relier à pied, comme terreau pour écrire cette BD.

Le Droit du sol démarre assez calmement, presque anodinement. Une réflexion sur l'art préhistorique, sur l'héritage laissé, et la narration d'une randonnée de longue durée, au plus proche de la nature, entrecoupée d'interventions d'experts dans leurs domaines pour apporter du fond sur les sujets abordés. Mais peu à peu, Bure approchant, le sujet se fait plus grave et plus flagrant. L'objet de Le Droit du sol est clairement la dénonciation de la mauvaise gestion des déchets nucléaires par la France, et particulièrement les scandaleuses méthodes utilisées par l'État pour faire passer ses projets. C'est un ouvrage ouvertement militant.

Étienne Davodeau a toujours été un auteur avec une certaine vision du monde, une vision qui se répercute dans ses ouvrages. Il fait ici du Davodeau : le dessin est habituel, simple et joli ; le récit se situe à hauteur d'humain lambda et le place en son centre ; des pointes d'humour et de légèreté parsèment le texte, tout comme une certaine poésie-philosophie. Mais la prise de position me semble ici encore plus forte que d'habitude, négligeant volontairement d'apporter un autre son de cloche tant l'injustice lui semble criante. C'est tout autant une qualité qu'un défaut.

Le Droit du sol est une BD plaisante et instructive, un ouvrage important qui doit faire réfléchir. Mais son refus aussi flagrant de la neutralité, s'il est respectable, limite aussi certainement sa portée, le discréditant certainement auprès de toute une partie du lectorat. Le Droit du sol peut-il prêcher autre chose que des convaincus ? Même s'il est vrai que les arguments pro-nucléaires sont faciles à trouver ailleurs, j'ai quelques doutes. N'en reste pas moins, quoiqu'il en soit, une photographie d'un instant potentiellement crucial.

Quelques planches ici.

lundi 13 juin 2022

Une Heure-Lumière - Hors-Série 2022 (Priya Sharma - Des bêtes fabuleuses)

Des bêtes fabuleuses, Priya Sharma, 2015, 63 pages

Ce hors-série est offert, dans la limite des stocks disponibles, par Le Bélial' pour l'achat de deux livres de (l'excellente) collection Une Heure-Lumière. Son plat principal est une nouvelle de Priya Sharma, Des bêtes fabuleuses, mais il comporte aussi un dessert, une sympathique présentation "par le menu" de la collection par Vanille, version retouchée de son article de blog.
« L'importun ne semble pas convaincu. Ce qui ne surprend guère. Je ne m'appelle même pas Eliza. Mon vrai nom est Lola et je n'ai rien d'une princesse. Je suis un monstre. »

Des bêtes fabuleuses donc. Pour qui a lu le très bon Ormeshadow, il n'y aucun doute que c'est la même autrice qui tient la plume. Des bêtes fabuleuses est dans la droite lignée de la novella précédemment publiée tant par ses thématiques que par son écriture. C'est un texte dur, terrible, presque asphyxiant, qui a la capacité de m'être à mal le ou la lecteurice. Dans son introduction, Olivier Girard fait un parallèle avec Thomas Day. La comparaison est aisément compréhensible.

Un texte dur, mais qui s'avère "agréable" - avec tous les guillemets possibles - à lire. Parce que l'écriture de Priya Sharma est magistrale, se faisant presque pudique, laissant loisir au lecteurice de découvrir peu à peu le sujet et les relations entre les personnages, tout en étant sans équivoque. Pendant un long moment, avant une conclusion tragiquement concrète, elle ne dit rien tout en disant tout. Et ce avec une pointe d'imaginaire aussi mineure que majeure, presque négligeable et pourtant essentielle - mais qui ne ravira pas les ophiophobes.

En terminant Des bêtes fabuleuses, sûrement en réaction à un léger malaise, j'ai eu quelques instants où je me suis demandé quel était le but de ce texte, ce qu'il apportait, s'il était conseillable. À vrai dire, je n'en sais rien. Et peu importe, tant le texte m'a captivé de la première à la dernière ligne. Il y a certainement une part de catharsis dans tout ça. Il y a surtout la grande puissance qui se dégage des mots de Priya Sharma et qui en font une nouvelle étourdissante.

En VO, Des bêtes fabuleuses a été reprise dans un recueil, All the fabulous beasts. Si tout est de ce calibre... dites, Le Bélial', c'est pour quand la traduction ? Peut-être que les bons retours sur cette nouvelle peuvent contribuer ? Dans le doute : foncez au plus vite commander deux UHL.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Anne-Sylvie Homassel
D'autres avis : Apophis, ...

mardi 7 juin 2022

Christopher Priest - Le Monde inverti

Le Monde inverti, Christopher Priest, 1974, 388 pages
« J'avais atteint l'âge de mille kilomètres. »
Et à cet âge, équivalent d'une certaine majorité, Helward Mann peut enfin sortir de la crèche et intégrer une des prestigieuses guildes qui régissent la vie et l'avancée de la ville. La Ville pourrait-on même dire, pour cette cité unique en son genre qui doit sans cesse se déplacer. Helward aura d'ailleurs l'occasion de voir au plus près les mécanismes à l'oeuvre, lui qui fait partie des privilégiés qui ont le droit d'aller à l'extérieur, et de peut-être comprendre les raisons derrière ce mouvement incessant.

Le Monde inverti est l'un des tout premiers romans de Christopher Priest. Et ça se sent, tant il dépareille de la majorité des oeuvres ultérieures de l'auteur. Au-delà des caractéristiques que j'associe à son époque d'écriture - de taille moyenne, compact, avec des chapitres courts, allant à l'essentiel -, c'est surtout un roman qui propose un déroulé globalement plus concret et palpable que le 'flou' habituel de l'auteur ainsi qu'une résolution relativement claire - relativement car la visualisation demandera peut-être une aide extérieure, mais la compréhension restera accessible quoiqu'il en soit.

Dans le même temps, Le Monde inverti tend déjà indéniablement vers les préoccupations habituelles de Christopher Priest, particulièrement sur la notion de réalité. Et si je parle d'un déroulé concret, il faut souligner que le roman repose tout de même sur un unique mystère - "pourquoi la ville doit-elle se déplacer ?", qui entraîne la question "quel est ce monde ?" -, assez dingue et renversant, qui nécessite de vivre l'aventure au rythme du personnage principal pour réellement l'envisager. Une réussite pour un roman 'simple' et efficace qui pourra plaire même à celleux qui n'ont pas d'atomes particulièrement crochus avec Christopher Priest.

Couverture : Manchu / Traduction : Bruno Martin
D'autres avis : Lorhkan, Brize, ...

mercredi 1 juin 2022

Martha Wells - Effet de réseau

Effet de réseau, Martha Wells, Tome 5/? de Journal d'un AssaSynth, 2020, 407 pages

Effet de réseau est le cinquième tome des aventures d'AssaSynth, la SecUnit séditieuse. Mais après 4 novellas (Défaillances systèmes, Schémas artificiels, Cheval de Troie et Stratégie de sortie), c'est cette fois un roman que nous propose l'autrice. Faut-il avoir peur de ce changement de format ? Absolument pas. Martha Wells n'a pas tiré à la ligne. Avec ces pages supplémentaires, le récit gagne en complexité (toute relative, bien sûr), en mystères et en rebondissements. Il est simplement plus complet.

Les 4 novellas précédentes formaient une sorte de cycle narrant la quête d'indépendance d'AssaSynth et son évolution au contact d'humains ne le considérant pas comme un outil. Et ce nouveau texte... va poursuivre dans la même lignée. Mais sans jamais paraître superflu, puisqu'il va permettre de réaliser encore plus clairement cette évolution et de la poursuivre de manière significative, au contact de personnages secondaires tout aussi attachants qu'AssaSynth.

Effet de réseau est un très bon roman, porté par la gouaille d'AssaSynth et par la bienveillance générale qui ne tourne jamais à la niaiserie. Une franche réussite, une nouvelle fois. Roman ou novella, une chose est sûre : j'en reprendrai avec joie !

Couverture : Benoît Bourgerie / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Lianne, Lullaby, Zina, ...

jeudi 26 mai 2022

Hervé Le Tellier - L'Anomalie

L'Anomalie, Hervé Le Tellier, 2020, 327 pages

En mars 2021, un vol Paris-New York fait face à une extraordinaire tempête. Si tout se termine bien et qu'il parvient à se poser, ce vol reviendra interférer quelques mois plus tard dans la vie de ses 243 passagers. Pour quelle raison ? L'explication intervenant après plus d'un tiers du roman, je vous en laisse la surprise.

L'Anomalie est indéniablement un roman d'imaginaire, puisque son élément central, qui fait exister le récit, est science-fictif. S'il apporte quelques thèses intéressantes, son traitement "technique" restera limité. Hervé Le Tellier préfère se concentrer sur l'aspect humain et particulièrement sur les conséquences pour 11 personnes liées à ce vol, chacun et chacune en proie à un basculement dans sa vie.

L'appréciation d'un livre tient évidemment de sa qualité propre, mais aussi de conditions externes, comme les lectures qui l'ont précédé ou les attentes qu'il suscite. Dans mon cas, ces deux exemples ne sont pas fortuits. Ma lecture précédente fut [anatèm] de Neal Stephenson, un roman qui, étonnamment, peut être relié à L'Anomalie sur un certain point. Sauf que la comparaison, injuste, ne tient pas et fait juste paraitre L'Anomalie comme un ouvrage assez pauvre sciencefictivement parlant. Il n'est pourtant pas mauvais, mais il m'est apparu trop limité.

Reste alors l'autre aspect du roman, le principal, l'humain. C'est là que la carte Goncourt entre en jeu. Je ne connais pas particulièrement ce prix - il me semble n'en avoir lu qu'un - mais, vu son "prestige", j'imaginais qu'il récompensait une oeuvre sortant au minimum de l'ordinaire. Or j'ai trouvé L'Anomalie tout à fait lambda. C'est loin d'être un mauvais livre. Il se lit très facilement, il y a quelques très bons éléments et il est bien écrit, dans le sens où toutes les pièces du puzzle - ou les briques de lego rouges - finissent par s'emboîter parfaitement. Mais j'ai trouvé ça assez commun. Il n'y a rien de réellement marquant et j'ai l'impression d'avoir, pour chaque aspect du livre, déjà lu mieux ailleurs, sans que l'agrégat n'apporte un vrai plus.

Mauvais timing donc pour ma lecture de L'Anomalie, même si je pense qu'il n'aurait de toute façon jamais dépassé le stade du 'correct'. Surtout que la petite mise en abyme qui parsème ses pages à travers le personnage de Victor Miesel, qui laisse à penser que le lecteur est trop idiot pour apprécier un tel roman et ses caractéristiques soi-disant inhabituelles, m'aurait de toute façon déplu. Mais vu le nombre de lecteurices apparemment conquis, je me contenterai d'être cette fois l'anomalie.

Couverture : /
D'autres avis : Tigger Lilly, Vert, FeydRautha, Gromovar, Le chien critique, Yuyine, Lune, Le Maki, TmbM, ...