lundi 28 décembre 2020

Tade Thompson - Les Meurtres de Molly Southbourne

Les Meurtres de Molly Southbourne, Tade Thompson, 2017, 111 pages
« Deux ans plus tard, Molly continue de se réciter les règles :
Si tu te vois toi-même, cours.
Ne saigne pas.
Une compresse, le feu, du détergent.
Si tu trouves un trou, va chercher tes parents. »
Ainsi sont les règles qui dictent la vie de Molly Southbourne, en tant que jeune fille puis jeune femme, et qui résument à elles-seules tout ce qu'il faut savoir de l'intrigue de cette novella.

Les Meurtres de Molly Southbourne est un récit auréolé d'une qualification d'horrifique - un genre que je fuis. Heureusement, cet aspect est finalement assez soft, en tout cas aisément lisible, plus "douloureux" que réellement "horrifique" - au moins pour les 50% de la population qui ont la vie facile. Ce n'est pas une novella gentillette, mais elle est assurément lisible par le plus grand nombre.

Les Meurtres de Molly Southbourne est donc, en dépit de son histoire et de son titre sanglants, une novella qui se lit très bien. Une fluidité qui provient en partie d'un découpage en petites sections qui offre des rebonds réguliers ainsi que d'un récit prenant qui donne envie d'avoir le fin mot de l'histoire. Cette curiosité sera d'ailleurs satisfaite, avec une certaine part d'explications, et ce malgré une fin ouverte - mais un récit néanmoins complet - qui donne terriblement envie d'en lire plus. Ça tombe bien, d'autres novellas sont écrites ou en projet, dont La Survie de Molly Soutbourne, toujours dans l'excellente collection Une Heure-Lumière.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jean-Daniel Brèque
D'autres avis : Vert, TmbM, Le chien critique, Chut... maman lit !, L'ours inculte, Apophis, FeydRautha, Xapur, Anouchka, lutin82, Sometimes a book, Gromovar, Célindanaé, Lorhkan, Elhyandra, OmbreBones, Yogo, Boudicca, Dionysos, Marc, Yuyine, ...

mercredi 23 décembre 2020

Ray Bradbury - Un dimanche tant bien que mal

Un dimanche tant bien que mal, Ray Bradbury, 1950-1976, 186 pages

Un dimanche tant bien que mal est un recueil de 10 nouvelles, dont les deux dernières (Le Terrain de jeu et Mañana) furent initialement publiées à la suite du célèbre Fahrenheit 451, où l'aspect imaginaire est léger voire parfois absent. Des nouvelles globalement courtes, d'une quinzaine de pages en moyenne, qui affichent une certaine vivacité dès les premières lignes.

Ce sont malgré tout les ambiances qui font le principal point d'intérêt de ce recueil. À partir de situations ou personnages ordinaires, Ray Bradbury trace des récits simples, parle d’acceptation et de bienveillance, et crée des finals à sentiments plutôt qu'à chutes. Des sentiments quasi-mélancoliques mais certainement pas dénués d'une grande beauté. Jusque dans le bijou qu'est Le Plus sage de la sagesse, sublime nouvelle pleine de non-dits entre un grand-père et son petit-fils, qui vaut à elle-seule le détour.
« "Grandpa", dit Tom, (...) "tu t'inquiètes pour moi ?
- Non." Le vieil homme ajouta : "Mais quant à ce que fera la vie de toi, comment elle te traitera, bien ou mal -
ça, ça me fera veiller tard le restant de mes nuits." »
Couverture : Vincent Froissard / Traduction : Roland Delouya & Henri Robillot

vendredi 18 décembre 2020

Écran de fumée #16 - Sur OCS

Run, Saison 1 (série terminée), 2020, 7 épisodes de 25-30 minutes

17 ans auparavant, Billy et Ruby ont fait un pacte : si l'un des deux envoie par sms "RUN" à l'autre et que ce dernier lui répond de même, ils laisseront tout derrière eux et partiront ensemble.

Sur un pitch intrigant, Run navigue ensuite entre deux eaux : la comédie romantique, évidemment, auquel s'ajoute une sorte de thriller à la limite parfois du over the top. Ça fonctionne malgré tout grâce à la bonne prestation des deux acteurs principaux et c'est pendant longtemps une sympathique et fraiche "dramédie romantique".

Malheureusement, les incohérences se multiplient au fil de la saison jusqu'à une fin particulièrement ratée. Et comme la série n'a pas été renouvelée pour une deuxième saison, mieux vaut s'éviter cette frustration en regardant autre chose. Avec regret, car le potentiel était bien là et le début si engageant.


Devils, Saison 1, 2020, 10 épisodes de 50 minutes

Alors que tout semble le destiner à devenir PDG adjoint de la New York London Investment Bank, Massimo Ruggero, trader talentueux, se voit finalement refuser le poste par son mentor Dominic Morgan. En explorant les raisons derrière ce choix, Massimo va mettre le doigt dans un gigantesque engrenage qui le conduiront dans les secrets les mieux gardés du monde de la finance.
 
Devils est une série sur les dessous du monde de la finance, et donc du monde de manière générale. les banquiers y sont les rois, jouant avec les nations et les institutions comme avec des pions. La série s'attache à montrer ces mécanismes, avec un aspect pédagogique visible mais relativement bien intégré,  ainsi que leurs conséquences. Les "devils" - les diables - du titre, ce sont ces grands financiers. Y'a-t-il besoin d'en rajouter sur le parti pris de la série ?

L'originalité principale de la série vient de l'intégration de séquences réelles, de reportages ou de conférences de presse notamment, s'étant déroulées pendant la crise économique de 2008. Car le cadre de la série, c'est notre réalité. Ce n'est peut-être pas parfait, mais c'est une belle tentative.

C'est d'ailleurs ce qu'on peut globalement dire de la série : imparfaite mais avec de bonnes idées. Elle tente d'ailleurs peut-être trop de choses pour son propre bien. Entre les rouages financiers, un miroir de notre monde, un thriller à coup de "qui mène la danse ?" et des flashbacks, elle en oublie de se focaliser sur le duel entre Massimo et Dominic qui est pourtant présenté comme le centre de la série - dans chaque introduction d'épisode notamment. Une confrontation plus directe qui arrivera peut-être dans la saison 2. Et si elle corrige en plus quelques petits problèmes de rythme, le potentiel pourrait se réaliser. Est-ce que j'en serai ? Pourquoi pas.


Succession, Saisons 1-2, 2018-2019, 10 épisodes de 55 minutes par saison

Patron d'un gigantesque conglomérat de chaines de télévision, de parcs d'attractions et de croisières, Logan Roy doit passer la main de l'entreprise familiale à son fils Kendall. Ou plutôt devait, car le milliardaire change finalement d'avis et reste aux commandes. L'occasion pour toute la famille d'essayer d'être dans les bonnes grâces du doyen et d'avoir dans le futur sa part de la succession.

Cette série n'a de prime abord rien pour être appréciable. Les personnages sont antipathiques au plus haut point, voire gênants à regarder dans de nombreuses situations, et, plutôt que de chercher un personnage à chérir, on se retrouve rapidement à se demander lequel est le plus détestable. Et pourtant.

Pourtant ça fonctionne et ça devient rapidement prenant, nous scotchant à l'écran. Les personnages gagnent certes en profondeur et en caractère au fil des épisodes - sans jamais être pleinement appréciables, la réalisation n'oublie jamais de nous rappeler à quel point ils sont infects - mais la principale qualité de Succession, c'est son écriture. Le scénario est ciselé, le rythme est excellent, toutes les scènes sont utiles, les rebondissements sont de qualité et la tension dramatique est complètement au rendez-vous.

Et le pire dans tout ça ? Tout cet univers qui semble parfaitement improbable et too much - bien que très librement inspiré de Rupert Murdoch - doit être désespérément proche de la réalité. Un petit bijou de série, étonnamment méconnue au regard de sa très grande qualité.

D'autres avis : Tigger Lilly - merci pour la découverte ! -, ...

dimanche 13 décembre 2020

Colson Whitehead - Ballades pour John Henry

Ballades pour John Henry, Colson Whitehead, 2001, 619 pages
« Il ne sait même pas si c'est une histoire. Il sait seulement que ça mérite d'être raconté. »
En 1996, à Talcott, Virginie-Occidentale, se tient un festival dédié à John Henry. Au cours de cette première édition est aussi lancé un timbre postal célébrant le personnage. C'est ce double évènement, ayant réellement eu lieu, qui est le point central de la narration de Colson Whitehead. Il en imagine le déroulé fictif, notamment par le regard du journaliste J. Sutter, un "parasite" avide de notes de frais.

Mais le vrai point central, comme indiqué par le titre, est John Henry, personnage du folklore américain, colosse martelant les montagnes pour faire avancer le chemin de fer et qui aurait vaincu en duel un marteau à vapeur. Sa présence est le centre d'une sorte de grand schéma heuristique où l'auteur disperse ses idées, ses angles, ses personnages, ses scènes, tout en parvenant à ne jamais paraitre décousu et à garder un fil - le festival John Henry - auquel se raccrocher.

Ballades pour John Henry est un ouvrage éminemment riche et passionnant. Colson Whitehead y fait apparaitre plusieurs figures historiques, de Guy B. Johnson à Paul Robeson en passant notamment par le festival d'Altamont, qui donnent chacune envie de multiplier les recherches. Mais au-delà du passionnant aspect historique, l'auteur propose un rapide panorama de la condition noire aux États-Unis au XXème siècle - peu reluisant évidemment, dans un continuel rappel du blanc au noir qu'il n'est pas de la bonne couleur. Entre autres multiples choses.

D'un très bon niveau général, l'écriture de Colson Whitehead se fait même éclatante par moment avec quelques fulgurances (le monologue des ampoules, la description de la fête foraine, ...) époustouflantes. L'auteur est surtout doué d'une grande lucidité qu'il arrive à mettre en mot pour dire la réalité telle qu'elle est, aussi peu glorieuse soit-elle. Mais plus que la misère extérieure, c'est la misère intérieure qui est en lumière ici, la quête de chacun pour trouver sa place en ce monde. Colson Whitehead a lui pleinement trouvé la sienne : nous conter la vie passée et présente de manière magistrale.

Couverture : Photo © Benelux Press - Getty Images / Traduction : Serge Chauvin

mardi 8 décembre 2020

Rosa Montero - Le Poids du coeur

Le Poids du coeur, Rosa Montero, Tome 2/? des aventures de Bruna Husky, 2015, 356 pages

Nouvelle aventure et nouvelle enquête pour Bruna Husky, la réplicante détective privée découverte dans Des larmes sous la pluie. Sans surprise, l'héroïne se trouve mêler à un nouveau mystère, un vol en apparence lambda qui révèlera des implications bien plus importantes. Elle y est accompagnée de camarades déjà connus auxquels s'ajoutent de nouvelles têtes, dont une jeune orpheline au caractère bien trempé.

Le Poids du coeur perd logiquement l'effet de surprise du premier volume et propose un déroulé assez classique, en plus d'une première partie où l'héroïne ressasse un peu trop les problématiques du tome précédent. Il reste néanmoins une bonne lecture, qui fait le boulot efficacement, continuant l'évolution du personnage de Bruna Husky tout en gardant ses qualités en matière de réflexion et le développement d'un certain futur. Avec en bonus un coup de projecteur intéressant sur Onkalo. De quoi donner envie de poursuivre l'aventure avec le troisième tome.

Couverture : Shutterstock / Traduction : Myriam Chirousse
D'autres avis : Lune, Lorhkan, Lhisbei, Yogo, Le chien critique, Gromovar, ...

jeudi 3 décembre 2020

Catherine Dufour - Entends la nuit

Entends la nuit, Catherine Dufour, 2018, 348 pages

Fraichement embauchée en tant que chargée de veille dans une grande boite parisienne, Myriame fait la rencontre virtuelle de Duncan Vane, supérieur hiérarchique mystérieux. C'est le coup de foudre. Mais Duncan n'a pas seulement l'air mystérieux : il sort réellement de l'ordinaire et pourrait même s'avérer dangereux.

Entends la nuit est une romance, avec tout ce qui va avec. Catherine Dufour y apporte toutefois deux choses. Premièrement sa verve habituelle, particulièrement enchantante durant la première moitié du récit, à mettre régulièrement un sourire aux lèvres. Deuxièmement un souci de crédibilité et de réalisme - au-delà de l'aspect fantasy, évidemment, bien que l'effort soit aussi présent à ce niveau - qui offre des raisons et réflexions intelligibles.

Si Entends la nuit est objectivement un bon livre, j'ai eu plus de mal, subjectivement, à l'apprécier tout du long. La faute à un aspect érotico-flirt qui aura fini par me lasser, perdant mon intérêt pour le devenir des deux personnages, et à un passage un peu plus confus sur la fin de l'ouvrage. N'en reste pas moins une création d'univers bluffante et des choix remarquables qui apportent un vrai plus au récit. Le miracle n'a pas eu lieu pour moi, mais les non-allergiques à la romance devraient se régaler.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Tigger Lilly, Vert, Chut... maman lit !, Célindanaé, Brize, lutin82, OmbreBones, Boudicca, Marc, ...