Mordre le bouclier, Justine Niogret, Suite de Chien du Heaume, 2011, 197 pages
« - Quel esprit faut-il avoir pour aller planter son arme dans le ventre d'autres vivants, de toute façon ? Pour s'en aller tuer un homme qu'on cherche depuis des dizaines d'années dans un col entre deux montagnes ? Dis-moi le sens de nos vies, Chien, si tu le peux ; je t'écoute. »
Six mois après la fin de Chien du heaume, Chien et Bréhyr prennent la route, sur la trace des Croisés, pour achever la vengeance de cette dernière.
Six ans après la lecture de Chien du heaume, il ne m'en restait pas grand chose, si ce n'est rien ; à une exception près sur la fin, et encore, cela ne gêne en rien la lecture de ce livre-ci.
Une chose est néanmoins certaine : l'excellente plume de Justine Niogret est toujours au rendez-vous. Si le roman peut sembler un peu bavard par moment, jouant bien plus la carte de l'introspection, du souvenir et de la discussion que de l'action, il n'en demeure pas moins un vrai plaisir de lecture tant le texte est ciselé et propose de beaux moments de bravoure verbale.
Si Mordre le bouclier doit être lu pour son écriture, il doit aussi l'être pour ses personnages et leurs évolutions, leurs progressions. Car même s'il suit deux héroïnes d'âge mûr, c'est bien d'un récit initiatique dont il s'agit. Un récit de vengeance et de mort certes, mais surtout un récit de vie, quelque part entre la crasse et l'onirisme.
« Vois-tu, tout ce que je pense des livres tient dans la marge d'un texte, où la plume d'un copiste, noire et droite à côté des vives enluminures, a noté de travers : « Dieu, j'ai si froid. » Voici la voix qui monte des livres. Voici ce que j'entends en parcourant un ouvrage ; la voix des morts, la voix des gens passés. Ainsi, je n'oublie pas que je ne suis pas le seul à avoir vécu, le seul à arpenter la terre, que d'autres l'ont fait avant moi, et mieux, et plus longuement. Eux aussi avaient froid. »