mardi 16 octobre 2018

Jean-Pierre Andrevon - Šukran

 
Šukran, Jean-Pierre Andrevon, 1989, 296 pages.

Marseille, futur proche. Roland Cacciari est un "démo", un militaire démobilisé de la dernière guerre/croisade contre la fédération panislamique, survivant comme il peut en jouant de son guitarion devant les restaurants. Jusqu'à ce qu'un concours de circonstances le fasse engager comme vigile pour un patron d'extrême-droite et que sa vie bascule dans un engrenage de complications.

Je ne peux pas dire que le démarrage fut glorieux. La faute peut-être à un cadre qui m'a mis un peu mal à l'aise, sans que je ne sache expliquer pleinement pourquoi. Parce qu'il se rapproche bien trop d'une certaine réalité ? Peut-être. Là est finalement le génie de Jean-Pierre Andrevon, où ce futur imaginé en 1989 a des consonances très actuelles, malheureusement. Et aussi parce que, comme le héros, je n'avais surement pas envie de me faire rattraper par des questions de géopolitique. Pourtant, comme lui, on se retrouve obligé de les prendre en pleine tête. Sauf que lui prend aussi des coups, des vrais, dans la figure et ailleurs.

Šukran est un roman qui monte en puissance au fil des pages, jusqu'au bout, pour notre plus grand plaisir. Une fois passée la première impression, on s'attache à Roland et sa gouaille. Cela se lit comme un thriller noir, avec une certaine tension qui augmente sans cesse et un fort penchant pour la castagne et le sexe. Ça peut paraitre un peu cru par moment, et on se demande ce que l'on doit en tirer/comprendre. Peut-être rien après tout, si ce n'est un reflet, anticipé, de ce que devient notre monde. Reste à apprécier l'histoire, et c'est déjà très bien.

mercredi 10 octobre 2018

Cory Doctorow - Dans la dèche au Royaume Enchanté

Dans la dèche au Royaume Enchanté, Cory Doctorow, 2003, 230 pages.

Livre lu il y a plusieurs mois, mais non-chroniqué ici-bas. Par souci d'exhaustivité, en voici quelques bafouilles encore plus courtes que d'habitude, sur la base de mes souvenirs.

Dans la dèche au Royaume Enchanté est un roman indéniablement étonnant, et fascinant, pour son cadre et son concept. Tout se déroule à Disney World, dans une société où l'argent a disparu et où tout tourne autour du Whuffie, un indice de réputation/sociabilité qui régit toutes les relations et interactions entre individus dans un "nouveau" monde hyperconnecté.

Ce n'est pas toujours hyper simple à saisir au départ, mais c'est innovant et cela vaut pour cela seul le coup d'oeil, tant cela regorge d'idées. D'autant plus que, bien qu'écrit en 2003, tout semble de plus en plus réel sur certains points...

De vrais avis : Gromovar, Lorhkan, ...

jeudi 4 octobre 2018

Écran de fumée #8 - Luke Cage S2

Luke Cage, Saison 2, 2018, 13 épisodes de ~60 minutes.

C'était bien. Si, je vous jure, cette saison 2 était bonne. Remarquez, moi aussi si on m'avait dit avant de la regarder que j'en penserais ça, je n'y aurais pas cru. Il faut dire que la première saison était tellement mauvaise...

Le fameux "Syndrome Superman" : comment créer un intérêt quand le héros est invincible ? Cette saison 2 y répond de deux manières : avec un ennemi et des personnages secondaires intéressants, comme on peut s'y attendre, mais surtout avec un héros qui trouve son style, qui se démarque.

Alors oui, on se serait passé de revoir Mariah en pièce centrale - même si cela permet d'avoir Shades par la même occasion - mais heureusement le personnage est lui aussi un peu mieux réussi que dans la saison 1. Et puis, la compensation est à la hauteur : Bushmaster.

Bien sûr, tout n'est pas parfait. Les parties musicales, excellentes, donnent un style à la série mais apparaissent aussi souvent artificielles - sans même parler d'une certaine chanson au piano. Un élément (indice non-divulgâcheur : bras) est totalement sous-utilisé. Et on aurait facilement pu faire tenir le tout avec 2/3 épisodes de moins. Mais ne nous plaignons pas trop : le rythme reste bon dans l'ensemble, gardant de l'intérêt et du sens, surtout, jusqu'au bout - un chouïa moins dans le dernier tiers peut-être, mais ça passe.

Et cette fin. Cette fin ! Ce n'est peut-être pas grand chose, ça fera peut-être un flop, mais peu importe. Le moment était très bon à vivre, c'est bien là l'essentiel.

vendredi 28 septembre 2018

Alfred Bester - Terminus les étoiles

Terminus les étoiles, Alfred Bester, 1956, 358 pages.

XXVème siècle. Dans un futur où l'homme a conquis le système solaire et développé des capacités, limitées et sous condition, de téléportation (ici appelée fuggue), Gully Foyle est lui dans l'espace, à la dérive, seul survivant à bord du Nomad. Lorsqu'un autre vaisseau, le Vorga, finit par croiser sa route et ne pas venir à son secours, Gully Foyle trouve une nouvelle et unique raison de (sur)vivre : la vengeance.

Personnage principal, Gully Foyle est un personnage (d)étonnant, bien plus anti-héros qu'héros typique, dont l'évolution est phénoménale au fil des pages, finissant bien loin de "l'homme moyen" le caractérisant au démarrage. Pour autant, il n'est pas le seul intérêt du livre. Car s'il en occupe une place centrale, Terminus les étoiles est aussi l'histoire d'un monde en mouvement, sur le fil d'une guerre interplanétaire.

Cela peut paraitre contradictoire, mais Terminus les étoiles est simple, limpide, et pourtant foisonnant. C'est une histoire - et même un univers - qui ne reste pas figée, qui évolue et grandit sans cesse, qui se développe avec et contre son personnage principal. Ce n'est peut-être pas parfait, on pourrait notamment lui reprocher quelques facilités et une fin qui en rebutera certains, mais il ne faut pas bouder son plaisir : c'est du très bon !

lundi 24 septembre 2018

Dernier Discord avant la fin du monde !


Oui, vous vous en rendez compte instantanément, nous ne reculerons devant rien - pas même un gif de chat - pour vous attirer et vous annoncer la grande nouvelle : l'ouverture du Dernier Discord avant la fin du monde !

Quoi ? Tu ne sais pas ce qu'est Discord ? Cela va pourtant devenir ton nouvel endroit préféré sur les internets !
Discord est une application - accessible sur ordinateur et téléphone - proposant des serveurs privés de tchat. Créée à l'origine pour les jeux vidéos, elle est tellement pratique et fonctionnelle que ses utilisations se répandent à d'autres domaines. Et comme il n'en existait pas pour nos genres préférés, il n'en fallait pas plus pour qu'avec Tigger Lilly nous mettions fin à cette absence.

Alors si tu veux venir discuter avec des passionnés du triptyque maléfique (Science-Fiction, Fantasy et Fantastique) de ce qui en fait l'actualité et bien plus, cela s'appelle Le Dernier Discord avant la fin du monde et ça se passe ici : https://discord.gg/c9md4PC.

Tu n'es pas tout à fait convaincu ? Tu hésites encore ? Tu ne devrais pas, fonce, c'est ouvert à tous. Mais j'ai quand même un dernier argument dans ma manche. Pour fêter l'ouverture, nous y organisons un quiz SFFF ce samedi 29 septembre à partir de 20h ! Et personne ne résiste à un bon quiz, n'est-ce pas ?

Au plaisir de se croiser sur Le Dernier Discord avant la fin du monde ! ;-)


lundi 17 septembre 2018

Helene Wecker - Le Golem et le Djinn

Le Golem et le Djinn, Helene Wecker, 2013, 525 pages

Livre lu il y a plusieurs mois, mais non-chroniqué ici-bas. Par souci d'exhaustivité, en voici quelques bafouilles encore plus courtes que d'habitude, sur la base de mes souvenirs.

Vous prendrez bien une histoire d'amour entre une golem et un djinn ? Oui, dis comme ça, ce n'est pas vendeur. Et pourtant, ne vous fiez pas à cette mauvaise "catchphrase" : Le Golem et le Djinn est un petit bijou, humain - étonnamment humain -, sensible, absolument pas gnangnan, simpliste ou caricatural. C'est une véritable histoire, une double histoire même, bien menée et touchante.

Son seul défaut ? Les coquilles d'orthographe et de mise en page, qui ne rendent pas hommage au travail d'Hélène Wecker. Passez outre, cela en vaut très largement le coup.

De vrais avis : Xapur, Cédric, Gromovar, Lhisbei, ...

mardi 11 septembre 2018

Écran de fumée #7 - Jessica Jones S2

Jessica Jones, Saison 2, 2018, 13 épisodes de ~45 minutes.

« Ouais, cool, ça va enfin démarrer, ça va être bien je le sens ! Hein ? Quoi ? C'est terminé ? C'était le dernier épisode ça ? Ah... »

C'est à peu près ma réaction, véridique, à l'issue de cette deuxième saison de Jessica Jones. Cela résume quasiment tout, tant l'intérêt de cette saison que le potentiel - inexploité - de cet univers. 

Les personnages sont pourtant là, bien construits et globalement sympathiques - si on fait exception de Trish "Viens ici que je te baffe" Walker. On ne peut dire que cela soit désagréable à suivre. Mais, attention petit divulgachage dans la suite de cette phrase, il y a forcément un problème quand on est très heureux de voir réapparaitre un ancien méchant dans l'épisode 11.

Le problème est simple et tient en deux points : l'histoire est inintéressante et trop longue (encore une fois, #SyndromeMarvelNetflix). Enfin, ce n'est pas totalement inintéressant, mais pourquoi encore et toujours se concentrer sur le passé quand on voudrait simplement aller vers l'avant et tabasser quelques méchants ? Pourquoi passer 13 épisodes sur ce qui devrait en prendre la moitié ? Pourquoi les intrigues secondaires sont-elles plus intéressantes et actives que l'intrigue principale ? 

Quand on pense que malgré tout cela le visionnage n'est pas si désagréable, voire même plaisant par moment. Bien le bonjour à toi le potentiel inexploité, en espérant te rencontrer dans la saison 3.

jeudi 6 septembre 2018

Jack Vance - Les Baladins de la Planète Géante

Les Baladins de la Planète Géante, Jack Vance, 1951, 288 pages.

Retour sur La Planète Géante, cette planète sauvage où chaque peuplade à des moeurs bien particulières, déjà visitée dans le roman éponyme. Mais nulle suite ici : la comparaison s'arrête au cadre - et encore, la région explorée ici est complètement nouvelle.

Les Baladins de la Planète Géante suit Apollon Zamp et sa troupe sur son bateau-théâtre, L'Enchantement de Miraldra, voguant tranquillement de ville en ville pour présenter leurs oeuvres. Jusqu'à ce qu'un concours, organisé par un grand seigneur, leur fasse mettre le cap plus au nord... avec de nouvelles embuches à la clé.

Il n'est pas nécessaire de s'attarder trop longuement sur la finalité de leur voyage, qui n'est quasiment qu'une excuse pour faire vivre à Apollon Zamp et ses camarades des aventures sur le chemin qui les y mènera. Mieux vaut le savoir, car la fin est vraiment mauvaise, presque bâclée. Quant au chemin... Ça se lit, certaines (més)aventures sont sympathiques, mais ça n'a rien d'exceptionnel. Le problème vient surtout des personnages qui sont dans leur grande majorité - pour ne pas dire tous - antipathiques.

Tout n'est pas à jeter. L'écriture m'a semblé ici meilleure, plus posée, que dans La Planète Géante et dans son ensemble cela se lit sans peine. C'est de la pure aventure où Jack Vance se fait une nouvelle fois plaisir à explorer sa Planète Géante et ses différents peuples. Rien de transcendant, rien de primordial, mais ça reste sympathique.

jeudi 30 août 2018

Franck Ferric - Trois oboles pour Charon

Trois oboles pour Charon, Franck Ferric, 2014, 301 pages.

Livre lu il y a plusieurs mois, mais non-chroniqué ici-bas. Par souci d'exhaustivité, en voici quelques rapides bafouilles encore plus courtes que d'habitude, sur la base de mes souvenirs.

J'avais en tête, avant lecture, que beaucoup avait souligné le côté répétitif du roman, le récit contant les différentes vies, sans cesse recommencées, du héros. La bonne surprise, c'est que je n'ai pas eu cette impression, trouvant le récit équilibré et s'arrêtant avant de tomber dans la routine.

Trois oboles pour Charon est un bon livre, tant dans la forme que dans le fond. Le seul "bémol" : c'est un peu déprimant, comme on peut s'en douter vu le thème et le mythe revisité.

jeudi 23 août 2018

Fabien Clavel - Feuillets de cuivre

Feuillets de cuivre, Fabien Clavel, 2015, 329 pages.
« - Une bibliothèque, c'est une âme de cuir et de papier. Il n'y a pas meilleur moyen pour fouiller dans les tréfonds d'une psyché que de jeter un oeil aux ouvrages qui la composent. (...) Me croiriez-vous si je vous disais que j'ai résolu toutes mes enquêtes à partir de livres ? »
Ainsi parle, pense et agit Ragon, le policier héros des Feuillets de cuivre, un livre où tout tourne, d'une manière ou d'une autre, autour de la littérature. Tout en restant, fort heureusement, parfaitement lisible pour qui n'a pas les références : Fabien Clavel n'étale pas son savoir, il l'utilise à bon escient en n'oubliant pas ses lecteurs et en ne les rabaissant pas.

Mais avant Fabien Clavel, je dois remercier Étienne Barillier pour cette lecture, lui qui signe une magnifique préface m'ayant convaincu au moment où je doutais de lire un nouveau roman "steampunk lambda". Et lambda il en est loin, l'aspect steampunk, un steampunk fantastico-ésotérique, étant ici un arrière-plan et non pas l'élément primordial du livre. Mais Étienne Barillier détaille ça bien mieux que moi et vous convaincra assurément, donc n'hésitez pas à lire la préface si vous passez devant le roman !

Roman ou fix-up d'ailleurs, la frontière est mince. La première partie étant un enchainement de courts chapitres - nouvelles - détaillant chacun une enquête avant que la seconde partie ne se concentre sur un duel Moriarty-esque. Car osons la comparaison facile : lire les aventures de Ragon, c'est comme lire du Sherlock Holmes, où le plaisir n'est pas, en tant que lecteur, de résoudre l'énigme mais bien d'admirer les démonstrations d'intelligence et de logique du détective. Et elles sont ici à la hauteur.

Ces Feuillets de cuivre sont donc un grand livre - jusque dans son écrin - qui ne peut se résumer à du steampunk, du polar ou un hommage à la littérature. C'est un savant assemblage de tous ces ingrédients, et bien d'autres, par le maître horloger Clavel qui ménage ses effets et garde toujours un tour dans sa manche. Il mérite de passer outre quelques scènes un peu - très - crues : la récompense vaut très largement l'effort.

« - Et comment procédez-vous lorsque la victime ne possède pas de publications ?
- Dans ce cas, il s'agit d'un meurtre sans intérêt et sans finesse. Ces affaires ne méritent même pas d'être mentionnées. Elles reposent toujours sur les mêmes canevas primitifs. On les résout en un claquement de doigts. »

jeudi 16 août 2018

Lisa Tuttle - Ainsi naissent les fantômes

Ainsi naissent les fantômes, Lisa Tuttle, 1984-2007, 280 pages.

Ainsi naissent les fantômes est un recueil de 7 nouvelles fantastiques lorgnant sur l'horrifique, ou tout du moins sur le très étrange (pléonasme ?). Je m'attendais à ne pas apprécier, n'étant pas du tout mon genre de prédilection, mais j'ai tout de même voulu lui laisser sa chance devant les innombrables bons retours le concernant.

Et comme prévu - malheureusement - l'expérience fut ratée. L'écriture n'est pas mauvaise, indéniablement, et il y a même de bonnes idées de départ, mais soit je n'ai pas été touché, soit je me suis juste senti mal à l'aise, un sentiment que je ne recherche pas en lisant. Au moins maintenant je suis fixé, ce n'est définitivement pas pour moi.

Pour de vrais avis, de personnes ayant appréciées voire adorées, c'est par ici :

jeudi 9 août 2018

G.R.R. Martin, Gardner Dozois et Daniel Abraham - Le Chasseur et son Ombre

Le Chasseur et son Ombre, G.R.R. Martin, Gardner Dozois et Daniel Abraham, 2008, 390 pages.

Je n'ai pris aucun risque en tentant ce livre : au pire, pensais-je, je pourrai dire que j'ai lu un roman écrit par six mains, un fait rare en soi. Et puis patatra, le manque de bol : en plus c'est une bonne lecture.

Sur une planète vierge, colonisée depuis seulement une génération par l'homme, Ramon Espejo est un prospecteur solitaire, cherchant tout autant des gisements que l'éloignement d'une ville où ses vices ont trop facilement l'occasion de ressortir. Mais qui sait sur quelle découverte on peut tomber au beau milieu de nulle part...

Volontairement, je n'évoque pas trop le contexte SF de l'oeuvre, bien qu'il soit intéressant, car ce n'est pas pour cette raison qu'il faut lire Le Chasseur et son Ombre, au risque d'être déçu. Imaginez que l'on vous expose les grandes lignes d'une gigantesque guerre et que l'on ne vous conte qu'une petite escarmouche, sans jamais avoir le dénouement de la grande guerre. Potentiellement frustrant, non ? C'est un peu le cas ici.

Ce qui n'empêche pas "l'escarmouche" - toujours métaphoriquement, hein - d'être tout à fait passionnante. Et si Le Chasseur et son Ombre peut surement se classer dans les romans d'aventure, il est pour moi bien plus que ça, bien meilleur que ça, tant il fait la part belle à l'humain, dans les faits comme dans les réflexions.

Certes, on peut avoir le sentiment que cela aurait pu être encore plus grand, encore plus incroyable - ce qui est loin d'être sûr, d'ailleurs. Mais ce n'est nullement le ressenti principal. Avant tout, Le Chasseur et son Ombre est une très bonne lecture, plaisante et sensée. Et c'est tout ce qui compte.

Nota : Cette édition ne comporte pas d'explication sur les coulisses de l'écriture à six mains. Heureusement, la grande réponse de l'Internet nous en dit plus. En très résumé, Dozois a écrit l'idée de départ, Martin l'a développée puis Abraham l'a terminée sous forme de novella et enfin Dozois a repris le tout pour en faire un roman plus conséquent.

D'autres avis : Gromovar, Lorhkan

dimanche 5 août 2018

Alfred Bester - L'Homme démoli

L'Homme démoli, Alfred Bester, 1953, 309 pages.

New-York, 2301. Mars et Vénus ont été conquises, tout comme divers satellites. Surtout, le crime a été aboli grâce à la présence de plus en plus importante de télépathes, détectant les envies de meurtres avant qu'ils aient lieu. Pourtant, Ben Reich, à la tête d'un puissant conglomérat, doit tuer Craye D'Courtney, son rival de toujours.

Si l'homme s'est envolé dans les étoiles et a progressé technologiquement, le futur n'est ici qu'un cadre qui ne sera guère développé. Alfred Bester préfère se concentrer sur l'humain et l'apparition des télépathes, évolution de l'homme, via le duel entre un meurtrier et un policier télépathe, le premier cherchant à échapper au second. Ça se lit comme un bon polar ou thriller, avec en prime un cadre SF et quelques passages étourdissants en fin d'ouvrage.

L'Homme démoli a été le tout premier lauréat du Prix Hugo, en 1953. Et il n'a pas pris une ride depuis. À une exception près - une machine qui fait son âge - le cadre présenté est toujours cohérent et plausible. N'est-ce pas déjà la preuve d'un grand livre ?
« Existent et ont existé des mondes et des cultures sans fin, chacun d'eux cultivant l'orgueilleuse illusion qu'il est unique dans l'espace et dans le temps. Et des hommes sans nombre ont souffert de la même mégalomanie ; des hommes qui s'imaginaient uniques, irremplaçables, inimitables. D'autres viendront... et d'autres encore, à l'infini. Voici l'histoire d'un tel moment et d'un tel homme... L'homme démoli. »

mardi 31 juillet 2018

Kij Johnson - Un Pont sur la brume

Un Pont sur la brume, Kij Johnson, 2011, 124 pages.
« Kit arriva à Procheville avec deux malles et un porte-documents en tissu huilé contenant les plans du pont sur la brume. »
Et ainsi je fus conquis, allez savoir pourquoi. Peut-être car toute la simplicité de cette novella tient dans cet incipit, qui résume - presque - entièrement l'intrigue : un ingénieur, Kit Meinem d'Atyar, vient construire un pont, le premier entre l'Ouest et l'Est de l'Empire, au-dessus d'une dangereuse et mystérieuse brume navigable.

Mais ne croyez pas que cette "simplicité" soit un défaut. Bien au contraire, surtout quand elle est proposée avec un tel talent. Ajoutez à cela une belle sensibilité dans l'aspect humain, et vous n'avez aucune raison de ne pas vous y précipiter. Cerise sur le gâteau, j'ai ressenti un même sentiment d'intérêt et de fascination envers la construction du pont que j'en avais eu pour la cathédrale de Les Piliers de la Terre de Ken Follett. Amis auteurs, n'hésitez pas : les constructions de grands ouvrages font de parfaits sujets de livres.

Comme Kij Johnson, disons-le simplement : Un Pont sur la brume est un grand livre, bien plus grand que son petit format.
« C'est à cette époque que Kit remarqua qu'une grande partie de la structure constituant un pont ou une tour était faite de gens. »

mercredi 25 juillet 2018

Ugo Bellagamba - Tancrède

Tancrède, une uchronie, Ugo Bellagamba, 2009, 374 pages.

Connaissez-vous Tancrède de Hauteville, chevalier normand et membre de la première croisade ? Si ce n'est pas le cas, Tancrède pourra vous le faire découvrir. Enfin, en partie. Mettons jusqu'à Jérusalem. Car après, l'histoire diffère quelque peu de l'Histoire : Tancrède est une uchronie.

Je ne livre jamais ici de grandes analyses de livre, trouvant même souvent le principe ennuyant chez mes "confrères". Pourtant, j'aurais aimé ici savoir le faire, ou au moins pouvoir livrer un avis pertinent, tant Tancrède est un livre érudit qui mériterait d'être décortiqué et analysé.

Notez que malgré cela, et malgré un manque d'émotions et un ton quasi-didactique bien que le récit soit à la première personne, Tancrède est un livre abordable et plaisant, parole de lecteur inculte sur les croisades. On y découvre un pan de l'Histoire dans ses différentes facettes religieuses et politiques, vu d'un peu tous les angles, au fil d'une histoire et d'un personnage intéressants.

Et même si mon cerveau a du mal a posteriori à se faire une idée de ce récit et de ses implications, j'ai apprécié la lecture sur le moment - c'est là le plus important - même si elle n'est pas exempte de quelques défauts, notamment un changement de sensibilité étonnamment rapide. Quant à l'analyse... vous serez obligé de le lire ! ;-)

samedi 21 juillet 2018

Bulles de feu #10 - Pluto

Pluto, Naoki Urasawa, 2003-2009, 8 tomes.

Pluto est la réécriture d'un arc narratif, "Le robot le plus fort du monde", d'Astro Boy, célèbre manga d'Osamu Tezuka, par Naomi Urasawa. Ou la rencontre, virtuelle, de deux mangakas mythiques : Tezuka est LA légende du manga japonais quand Urasawa est l'un des plus fameux mangakas de l'ère "moderne" (Monster, 20th Century Boys, Billy Bat, ...). Néanmoins, si les références au manga d'origine sont forcément présentes, Pluto est parfaitement lisible sans en connaître la source (et sans en ressentir un manque).

L'histoire suit l'inspecteur Gesicht, robot de haute technologie, qui enquête sur des meurtres commis sur les robots les plus forts du monde ainsi que sur leurs concepteurs. Le tout donne un thriller SF sur fond d'une géopolitique qui ne peut manquer de rappeler une situation actuelle ou un passé proche.

Pluto est un bon manga dans tous ses aspects. L'enquête est prenante et mystérieuse, avec un mindfuck typique d'Urasawa. Les messages, la morale, sont certes souvent évidents, mais il n'est jamais mauvais de rappeler des évidences quand cela est fait de belle manière. Et la réflexion sur les robots, leur place dans la société et leurs sentiments, est un classique indémodable de la science-fiction.

Plaisant, intelligent, touchant. Pourquoi se priver ?

lundi 16 juillet 2018

J.M. Erre - Le Grand n'importe quoi

Le Grand n'importe quoi, J.M. Erre, 2016, 294 pages.

Prenez un personnage qu'on pourrait cruellement définir comme un "raté". Mettez-le dans un petit village, Gourdiflot-le-Bombé, pour une soirée chez des culturistes. Expulsez-le de cette même soirée - tout en se faisant larguer par sa copine - puis faites apparaitre des extraterrestres kidnappant un habitant. Ajoutez des personnages tous plus dingues les uns que les autres et secouez bien fort. N'oubliez pas d'agrémenter votre livre avec des éléments de science-fiction et quelques surprises.

Alors, vérité ou mensonge que ce supposé "grand n'importe quoi" ? Eh bien, étonnamment, la promesse est plutôt bien tenue : c'est absurde, c'est loufoque ou c'est grotesque, voire les trois à la fois par moment, mais ça fonctionne et c'est marrant, les bons mots s'enchaînant sans cesse. Surtout, ça ne tombe pas dans le lourdingue et ça parvient à ne pas se répéter et à maintenir l'intérêt.

Difficile de dire si Le Grand n'importe quoi est vraiment un livre de science-fiction. Mettons que la question importe peu. En tout cas, il apporte une initiation, ou un rappel, de quelques concepts basiques de science/SF. Il m'a même semblé vouloir donner une bonne image de la SF à des lecteurs non-initiés, mais je ne pourrais jurer que c'est bel et bien le cas ou tout du moins savoir si le lecteur lambda en sortira avec une vision améliorée.

Peu importe. Le livre est plaisant à lire, c'est là l'essentiel. Certains trouveront peut-être la fin un peu trop facile, mais elle reste bien amenée et bien réalisée. Je n'ai qu'un reproche à faire à ce roman : un name dropping trop important, une pratique que je déteste. Mais à part ça, c'est une bonne surprise !
« Tu ne trouves pas curieux que beaucoup de gens refusent d'en lire a priori ? Quand j'entends "j'aime pas la science-fiction", ça me fait penser à ceux qui disent "j'aime pas les légumes", comme si tout avait le même goût. »

mercredi 11 juillet 2018

Jack Vance - La Planète Géante

La Planète Géante, Jack Vance, 1951, 277 pages.

Une commission terrienne se rend sur la Planète Géante, une planète "anarchique", aux dimensions gigantesques, où se sont installés tous ceux qui n'ont pas trouvé leur place sur notre Terre. Problème : au lieu d'atterrir dans l'Enclave terrienne, elle se retrouve à l'autre bout de la planète avec 65000 kilomètres à faire en territoires hostiles et un possible traitre dans ses rangs.

La Planète Géante est un pur roman d'aventure et d'exploration, saupoudré d'un léger aspect "thriller". La raison du voyage n'est quasiment qu'une excuse pour parcourir cette Planète Géante où se côtoient des ethnies et des environnements étonnants. Le fin mot de l'histoire apporte quelques petites surprises qui, bien qu'anticipables si l'on garde son cerveau sur ON pendant toute la lecture, restent satisfaisantes.

Le roman n'est malheureusement pas exempt de défauts, notamment des descriptions un peu floues (mais cela n'est peut-être que personnel) et des personnages trop peu développés (si l'on peut même dire qu'ils sont développés). Rien d'exceptionnel donc, mais La Planète Géante reste un roman d'aventures lisible, sympa, qu'on appréciera si on aime le style de Jack Vance.

À noter que si ce roman peut se lire seul, Jack Vance a plus tard écrit un autre livre dans le même univers : Les Baladins de la Planète Géante.

mercredi 4 juillet 2018

Ursula Le Guin - Tehanu

Tehanu, Ursula Le Guin, Tome 4 du Cycle de Terremer, 1990, 258 pages.

Tehanu est le quatrième tome du Cycle de Terremer après Le Sorcier de Terremer, Les Tombeaux d'Atuan et L'Ultime rivage. On y retrouve les personnages rencontrés précédemment ainsi qu'un nouveau personnage principal, Therru, jeune fille sévèrement brulée, entre autres monstruosités subies. On y retrouve surtout la plume d'Ursula Le Guin qui fait toujours des merveilles. Et même plus que des merveilles : qui d'autre pourrait rendre intéressant, fascinant, un roman de 250 pages où il ne se passe rien ? Pas grand monde, surtout à un tel niveau de qualité.

Le calme est donc au rendez-vous, à l'exception d'une tornade finale dans les toutes dernières pages. Une nouvelle fois, le chemin est bien plus important que la destination. Ce qui ne veut pas dire que l'ennui est là, au contraire. Il est envoutant de suivre ces personnages en construction ou en reconstruction, dans leurs peines et leurs joies, le tout filé de réflexions diverses sur, notamment, la nature humaine, toujours discrètement et humblement.

Ursula Le Guin, tout simplement.

mardi 26 juin 2018

Bulles de feu #9 - Du mouais


Sur les ailes du monde, Audubon, Fabien Grolleau et Jérémie Royer, 2016, 184 planches.

Biographie de J.J. Audubon, franco-américain du XIXème siècle, "premier scientifique américain", ornithologue ayant eu pour folle ambition de découvrir, et de peindre, tous les oiseaux des Etats-Unis. Ça se lit bien, c'est joliment dessin - heureusement, vu le thème - mais il reste un sentiment de "mouais", de n'avoir rien lu d'exceptionnel, rien qui emporte complètement. Sans compter un certain parti pris, une certaine "folie", qui personnellement ne m'a guère emballé.
La lecture se justifie et se conseille malgré tout, ne serait-ce que pour la mise en lumière d'un personnage méconnu.

 Valentine Pitié (intégrale, 2 tomes en version originale), Benn, 2010-2011, 120 planches

Une BD qui repose essentiellement sur le personnage de Valentine Pitié, jeune fille/femme survivant dans le Grand Nord canadien puis vivant une vie "rebelle" à Paris, dans un début du XXème siècle voyant d'un mauvais oeil une jeune femme indépendante et désirant vivre sa vie comme elle l'entend.
Si l'idée et le "message" auraient pu être intéressants, j'ai été bloqué par cette Valentine Pitié que je n'ai jamais pu encadrer et certains comportements/réactions qui m'ont quasiment "choqué" et ne rendent pas honneur aux propos...

Hindenburg, Patrice Ordas, Patrick Cothias et TieKo, 3 tomes, 2013-2015, 46/46/46 planches.

Prenez la catastrophe du Hindenburg et les penchants d'Hitler pour le surnaturel, accentuez ce dernier point en créant de vrais personnes capables d'utiliser des pouvoirs psychiques, et vous obtenez l'histoire d'Hindenburg où des descendants d'un vieil indien vont lutter contre une troupe de guerriers psychiques nazis.
L'idée semble tenir la route sur le papier, au moins à peu près. Sauf que c'est un peu la foire à l'improbable, tout se passe vraiment trop bien, trop facilement, comme de par hasard, et les personnages sont plats, ne provoquent aucune empathie. Dommage, l'idée était plutôt bonne.

SinBad, Christophe Arleston, Audrey Alwett et Pierre Alary, 2008-2010, 56/52/52 planches.

Aventurier, crapule, collectionneur d'objets magiques, SinBad part la recherche de ses parents. Il y rencontrera, au passage, quelques visages légendaires des contes orientaux, pas toujours dans leurs représentations habituelles.
Hormis le cadre et les références, c'est du classique, du très classique. Presque trop classique : ça se lit, mais on n'en gardera pas un souvenir impérissable.

samedi 23 juin 2018

Bulles de feu #8 - En mer

En Mer, Drew Weing, 2010, 134 planches.

En Mer conte l'histoire d'un poète, à la carrure très imposante, qui cherche l'inspiration sur un port et se retrouve embarqué de force sur un navire. Mais En Mer est surtout un OLNI (Objet Livresque Non Identifié), et ce dès sa prise en main avec son format "petit rectangle" de 17cm sur 13cm. La surprise ne s'arrête pas là puisque chaque page comporte exactement... une case, et donc un seul dessin. Autant vous dire que l'art de l'ellipse est à son paroxysme.

Et ça fonctionne, tant au niveau du récit (simple mais agréable) qu'au niveau de son format étonnant. Une jolie prouesse aux accents poétiques qui lorgne même du côté de la méta-écriture, même si ce point aurait pu, aurait dû, être encore plus développé pour en faire véritablement un livre exceptionnel.

Alors, coup de génie ou grande arnaque que ce En Mer ? À mon sens cela vaut le coup d'oeil pour la performance et la douceur de l'ensemble. Vous n'avez plus qu'à le lire pour vous faire votre propre idée. Ça tombe bien : il peut se lire sur place, en librairie (sans avoir à débourser les 13€ qui paraissent très cher au rapport quantité/prix) ou en bibliothèque, en quelques minutes.

mercredi 20 juin 2018

Eric Faye - Quelques nobles causes pour rébellions en panne

Quelques nobles causes pour rébellions en panne, Éric Faye, 2002, 148 pages.

Quelques nobles causes pour rébellions en panne est un recueil de 9 nouvelles qui oscillent entre léger fantastique et parfois une pointe de SF. Et il ne s'y passe pas grand chose : soit les histoires sont anodines et inintéressantes, soit on a l'impression que l'auteur écrit pour le plaisir d'écrire.

Soyons positif et admettons que De la vitesse en toute chose sort du lot et qu'il y a quelques bonnes idées par-ci par-là - malheureusement sous-exploitées à mon sens. Mauvaise pioche, vous pouvez aisément vous en dispenser il me semble...

samedi 26 mai 2018

Bulles de feu #7 - Les Rois Forgerons

Les Rois Forgerons, Série complète en 2 tomes, Nicolas Jarry et Tregis, 2011-2013, 46 et 52 planches.

Vous prendrez bien un peu de fantasy classique ?
Non, ne fuyez pas ! N'ayez pas peur de ces deux mots : fantasy classique. Car comment pourrait-il y avoir des choses qui sortent de l'ordinaire s'il n'y avait pas d'ordinaire ? Reste encore à savoir faire de l'ordinaire de qualité, chose bien trop rare. Et puis, mieux vaut du très bon ordinaire que du moyen différent.

Les Rois Forgerons en est la preuve. En suivant un schéma assez classique qui reprend les éléments habituelles de la fantasy, Jarry et Tregis nous offrent une oeuvre qui fonctionnent du début à la fin, sans temps mort et sans ennui, en allant à l'essentiel et s'en nous donner l'envie de baffer les personnages - ce qui est assez rare dans le genre pour être souligné. Pour ne pas être dithyrambique, notons que le titre n'est peut-être pas des mieux choisis puisqu'il ne représente pas vraiment la lecture. Mais à part ça... Ça fonctionne, c'est plaisant à lire, alors pourquoi se priver d'un peu de fantasy classique ?

mercredi 23 mai 2018

Bulles de feu #6 - Des tomes en vrac !

 
 Jirô Taniguchi, Les Gardiens du Louvre, 2014, 130 planches.


C'est du Jirô Taniguchi, c'est donc joli. Mais même si ça se lit bien, l'histoire n'est pas passionnante. "Simple" visite du Louvre, sous différents angles et avec toujours un brin de fantastique, c'est certainement bien plus intéressant si on est passionné par le sujet.
On notera quand même une très bonne partie sur la seconde guerre mondiale. Mais ça n'en fait pas une lecture indispensable.


Dernières migrations, Le Grand Mort tome 7/?, Régis Loisel, Jean-Blaise Djian et Vincent Mallié, 2017, 58 planches.

Je ne sais déjà pas trop comment j'en suis arrivé à ce septième tome, mais je crois bien que je vais devoir arrêter avant que les auteurs ne le décident pour moi. Un résumé de ce tome ? Rien. Il ne se passe rien, ça n'avance pas. Je suis vraiment incapable de dire à quoi sert ce tome.

Comment faire fortune en juin 40, Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier, 2015, 112 planches.

Adapté d'un roman de Pierre Siniac, il n'est pas étonnant que Comment faire fortune en juin 40 ait été rédigé à l'origine comme un scénario de film tant on a l'impression de lire un film (aussi étrange que cette phrase soit). 
Le pitch : une bande de personnages détonnants cherchent à voler un convoi de 2 tonnes d'or que la Banque de France tient à mettre en sécurité à Bordeaux. Et si vous n'êtes pas allergique au genre, c'est tout bon, avec son lot d'actions et de surprises (pas toutes joyeuses, loin de là). Un bon divertissement.

Ils ont fait l'histoire, Mao Zedong et Saladin, 2016 et 2015, 46 et 46 planches.

Découverte pour moi de la collection "Ils ont fait l'Histoire", énième collection dédiée à l'Histoire, ici axée sur des personnages historiques, retraçant leurs vies et agrémentée de postfaces d'universitaires. Pour ne pas faire les choses simplement, j'ai lu deux tomes de personnages non-européens dont je ne maitrisais pas vraiment le cadre historique, cela participe peut-être, surement, de mon avis un poil négatif, étant donné qu'il était compliqué pour moi de me situer.
Mais au-delà de ça, l'angle choisi pour Mao est étonnant (dans le mauvais sens du terme malheureusement) et la chronologie non linéaire vraiment ardue à suivre et peu utile. C'est simple : j'ai préféré lire la postface que la bd en elle-même. Quant à Saladin, c'est une lecture correcte sans être plus enthousiasmante que ça.
Une collection à réserver aux férus d'Histoire pour l'apport de chercheurs et d'universitaires.

La Magicienne, Les Vieux Fourneaux tome 4/?, Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, 2017, 54 planches.

Une série qui vieillit aussi bien que ses personnages ! C'est du tout bon, peut-être même meilleur que les tomes précédents : un bon mélange de préoccupations d'actualité et de généralités, par la plume acérée de Lupano et porté par le bon dessin de Cauuet, dans un tome où on en a à se mettre sous la dent. Chapeau !

dimanche 20 mai 2018

Bulles de feu #5 - En quatre tomes

Le chiffre 4 serait-il maudit ? Car si les trois quadrilogies suivantes ont des qualités, aucune n'atteint un vrai sommet de perfection. Pire : on se retrouve même déçu de leurs potentiels non-utilisés.
Spoiler Alert : Lupano s'en sort mieux que les autres, évidemment.

Le Soufflevent, Andoryss et Xavier Collette, 2014-2017, 45/46/46/46 planches.

Le Soufflevent, c'est avant tout un bon point de départ : dans un monde typé fantasy, une jeune fille (et son chat ailé !) cherche à échapper à des militaires qui souhaite lui prendre la création de son père, le soufflevent, étrange "chose" qui contrôlerait le pouvoir des vents. Le tout promet de l'aventure et du voyage, surtout si on en croit la carte présente au début de chaque volume et les différents titres des tomes. Mais...

Mais ça ne décolle jamais. L'aventure et le voyage sont limités à leur minimum, et le plus souvent entre les tomes, dans des parties que l'on ne voit pas. J'ai vraiment eu l'impression de lire toutes les moments inintéressants de l'histoire, les parties figées. Et en parlant de "figer", si le dessin est plutôt joli, je l'ai trouvé trop statique à mon goût.

Dommage, ça aurait pu être bien.

L'Expert, Frank Giroud et Brada, 2003-2007, 46/46/46/54 planches.

L'Expert nous propose une enquête historico-religieuse, entre la Lithuanie du XVème siècle et notre époque. Dis comme ça, ça peut faire peur, mais c'est intéressant et l'aspect complot religieux n'est que peu présent. Il faut certes mieux aimer le genre, mais ça se lit bien.

Sauf que ça part un peu en cacahuètes dans le dernier tome. Bon, s'il n'y avait que ça, on aurait pu le mettre sur le compte de la collection et s'en accommoder. Ce qui passe moins, c'est les innombrables récapitulatifs et ré-explications : j'apprécie qu'on veuille bien poser les choses pour que tout le monde ait compris, mais trop c'est trop. Dois-je considérer qu'on me prend pour un parfait idiot ?

Ça aurait pu faire une bonne trilogie, ça n'est qu'une quadrilogie un peu décevante. Et si jamais vous le lisez un jour, prévenez moi si dans votre quatrième tome la Lada verte annoncée dans une bulle est bien verte. Parce que chez moi, elle était rouge...

L'Assassin qu'elle mérite, Wilfrid Lupano et Yannick Corboz, 2010-2016, 54/56/54/46 planches.
« C'est ça qu'il faudrait faire : créer de toutes pièces un ennemi de la société à partir d'un être innocent ! (...) voilà qui serait une œuvre d'art subversive et véritablement décadente. Donner à cette odieuse société l'assassin qu'elle mérite ! »
C'est le point de départ de ce drame, car il n'y a pas d'autres mots pour qualifier cette histoire, où un riche rentier se joue d'un jeune homme pauvre et honnête. Et c'en est quasi-hypnotisant.

Le seul écueil de L'Assassin qu'elle mérite, qui est plus un double diptyque qu'une vraie quadrilogie, c'est de ne pas répondre exactement à sa promesse de départ : si les deux premiers tomes, qui se déroulent à Vienne, ont une réflexion sociétale, les deux derniers, qui se déroulent à Paris, se concentrent bien plus sur le microcosme des nos personnages principaux. Et c'en est un poil décevant, tant on aurait voulu en voir plus, avec une histoire encore plus impressionnante. La mise en garde se situait peut-être dans le titre de l'oeuvre...

Si la déception peut pointer le bout de son nez, L'Assassin qu'elle mérite reste une belle oeuvre, avec un scénario précis à la Lupano et un beau dessin de Corboz. Attention cela dit, ce n'est pas joyeux. Quant à la morale... Quelle morale ?

jeudi 17 mai 2018

Clifford D. Simak - Voisins d'ailleurs

Voisins d'ailleurs, Cliffod D. Simak, 1953-1980, 397 pages.

Voisins d'ailleurs est un recueil de 9 nouvelles. Ou plutôt 8 + 1 tant la dernière nouvelle, Le Puits siffleur, est à part, quelque part entre le weird et l'horrifique (en tout cas de mon point de vue de néophyte).

Comme le titre du recueil l'indique, toutes les histoires reposent sur la rencontre d'un ou de plusieurs être humains avec un objet ou un être extraterrestre.
Et, chose étonnante pour un recueil, le niveau est plutôt constant : c'est simple et efficace, propre. Alors même que je peux élever quelques critiques ou reproches à la majorité des nouvelles : les fins un poil prévisibles de La Maternelle et de Le Cylindre dans le bosquet de bouleaux, l'anecdotique Le Bidule ou les conclusions trop ésotériques pour moi de Un Van Gogh de l'ère spatiale et de La Photographie de Marathon.
[Nota : on peut donc facilement en déduire mes trois nouvelles préférées : Le Voisin, La Fin des maux et la multi-primée, à raison, La Grotte des cerfs qui dansent, sublime.]

Malgré ça, j'ai passé un bon moment dans toutes mes lectures et je sors content de ce recueil, réconcilié avec Clifford D. Simak. Si vous tombez dessus, vous pouvez y aller !

jeudi 3 mai 2018

Bulles de feu #5 - Julio Popper : le dernier roi de Terre de Feu

Julio Popper : le dernier roi de Terre de Feu, Matz et Léonard Chemineau, 2015, 90 planches.

Connaissez-vous Julio Popper ? Non ? Alors cette BD est parfaite pour découvrir ce personnage "bigger than life", ingénieur et aventurier infatigable avide de nouvelles découvertes et de nouveaux territoires. Un homme qui n'aurait surement pas paru crédible s'il avait été inventé par un auteur... et dont la vie est toute une histoire, jusqu'à la fin.

Bien que présentant rapidement son parcours, Matz se concentre surtout sur la période la plus marquante de Julio Popper : la recherche d'or en Terre de Feu et la quasi-création d'un nouvel état. Il en profite pour réhabiliter le personnage, souvent associé au massacre des indigènes de Terre de Feu. Le parti-pris est indéniable mais compréhensible.

Il y a presque un sentiment de trop peu quand on referme le livre, mais c'est surtout la vie - ou plutôt la mort - qui en aura décidée ainsi. Il n'en reste pas moins une très bonne BD qui met en lumière un personnage méconnu. Et qui le fait d'une manière bien plus intéressante, à mon sens, que la majorité des BD historiques génériques... Sans oublier, évidemment, le beau dessin, style "peinture", de Léonard Chemineau.

lundi 9 avril 2018

John Scalzi - Imprésario du troisième type

Imprésario du troisième type, John Scalzi, 2005, 407 pages.

Les extraterrestres sont là ! Enfin, presque, puisqu’ils sont pour le moment en orbite, attendant de savoir comment faire leur apparition pour ne pas effrayer les humains. Car les Yherajks sont des tas de gélatine informes, des blobs, et qui plus est puants ! Pour les aider, ils embauchent Tom Stein, agent de stars à Hollywood. Trouvera-t-il une solution ?

C’est ainsi que se présente l’intrigue, tant en quatrième de couverture que dans les premières pages. Ce qui peut s’avérer tentant à lire, non ? Fausse joie. L’histoire ne conte quasiment pas cette problématique, préférant se concentrer sur le travail d’agent du héros et nous plonger au cœur d’Hollywood.

Malgré tout, ça se lit très facilement, notamment car tout est quasiment en dialogues, et c’est même plutôt plaisant dans son style. Mais il n’en reste pas moins l’impression de s’être fait un peu floué et de n’avoir pas vu l’idée de base être réellement développée. Dommage.

vendredi 6 avril 2018

Bulles de feu #4 - Marcel Pagnol en BD

La Gloire de mon Père, Le Château de ma Mère, Le Temps des secrets, Serge Scotto, Eric Stoffel et Morgann Tanco, 2015/2016/2017, 85/80/85 planches.

Coup de projecteur sur la collection "Marcel Pagnol en BD" chez Grand Angle. Où comment rattraper un peu de culture et de classiques à moindre temps.

Le gros morceau en est évidemment la trilogie des souvenirs d'enfance. Trilogie qui sera une quadrilogie dans la version planches puisque le troisième tome, Le Temps des Secrets, sera divisé en deux volumes en BD : Le Temps des Secrets, sur la partie scolaire et qui déjà sorti, et Le Temps des Amours, sur la partie amoureuse et qui sera disponible prochainement.

N'ayant jamais lu les livres de Marcel Pagnol, je ne peux comparer avec l'original. Mais à voir la préface du petit-fils de Pagnol et la postface détaillée, et très intéressante, des auteurs dans chaque volume, cela parait fort documenté et le plus fidèle possible.

En tout cas, l'esprit de l'oeuvre semble respecté et c'est bien cet esprit qui fait la force de ces lectures. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai préféré les deux premiers volumes, se déroulant presque entièrement dans la garrigue, au troisième qui se déroule en milieu scolaire et qui est bien plus commune.

Envie d'une lecture gentille, douce, portée par un superbe dessin, symbole d'une époque et qui permet de (re)découvrir une grand auteur français ? Vous pouvez vous lancer sans hésitation !


Mais la collection ne s'arrête pas aux souvenirs d'enfance puisque les autres oeuvres de Marcel Pagnol sont, ou seront, aussi transposées en bd ! Sont sortis à ce jour : Topaze (en deux tomes), Jazz, Jean de Florette (la première partie seulement), Le Schpountz et Merlusse. J'ai d'ailleurs lu ces deux derniers.
Le Schpountz est amusant à défaut d'être un grand spectacle comique. C'est assez particulier et loufoque, mais je me suis surpris à me prendre un peu au jeu au fil des pages.

Merlusse est un gentil conte de Noël. C'est assez anecdotique dans son ensemble, l'histoire est loin d'être riche et il n'y a quasiment aucune surprise, mais c'est gentil.

mercredi 28 mars 2018

Regarde le soleil - James Patrick Kelly

Regarde le soleil, James Patrick Kelly, 1989, 353 pages.
« Regarde le soleil. Regarde le soleil… » Wing ouvrit sa flasque. « Ça veut dire quoi, de toute façon ?
- C’est comme un koan. Une sorte de proverbe. C’est long à expliquer. »
Long à expliquer, je ne sais pas. Long à venir, c’est certain. Près de 100 pages avant d’enfin avoir quelques informations utiles et comprendre quelque peu le monde vers lequel veut nous faire voyager James Patrick Kelly. Le temps pour Phillip Wing, notre héros humain, de prendre la route pour la planète Aseneshesh où il doit mettre en pratique ses talents d’architecte.

Malheureusement, ce n’est pas mieux après. Il y a de bonnes idées dans Regarde le soleil, de bons axes : la découverte d’une nouvelle espèce avec son mode de vie, une mise en avant de l’architecture, une imagination technologique, une réflexion sur la religion, … Sauf que tout est survolé et que rien ne donne satisfaction. Pire : la fin est frustrante, entre non-réponse et résolution par le mysticisme.

La quatrième de couverture osait la comparaison à Ursula Le Guin et il est facile de voir pourquoi. Sauf que la réalisation n’est pas du tout la même. Plutôt que de lire Regarde le soleil, préférez (re)lire un Ursula le Guin.

dimanche 25 mars 2018

La Fille Automate - Paolo Bacigalupi

La Fille automate, Paolo Bacigalupi, 2009, 639 pages.

Étonnamment, la fille automate n’est pas le personnage principal de ce roman. Certes elle en est un élément central, pivot, mais on ne la voit finalement que peu. Elle n’est qu’une parmi tous les personnages que suit ce livre.

Le vrai personnage principal, c’est la ville de Bangkok, luttant pour sa survie et son indépendance, luttant contre les puissances extérieures et contre ses démons intérieurs. C’est notre monde, tel qu’il pourrait devenir…

Mais toute la force de La Fille automate, c’est de ne pas être moralisateur et d’être discret. Ian MacDonald Paolo Bacigalupi nous conte simplement l’histoire de personnages essayant chacun de survivre et d’avancer, sans chercher ouvertement à passer un message. Et c’est ainsi qu’il passe de manière encore plus frappante.

Pourtant le début de l’ouvrage parait parfaitement banal. Un peu ardu même, le temps de réussir à se repérer dans un univers dont on ne nous donne pas clairement les clés. Et puis les pages se tournent. Il ne se passe pas énormément de choses, mais pourtant les pages filent rapidement. Et, sans s’en rendre compte, la dernière page est tournée. Ne reste alors qu’une impression : pas celle d’avoir lu un roman banal, oh non, mais bien celle d’avoir lu un très grand livre. Chapeau !

jeudi 22 mars 2018

Bulles de feu #3 - Le Partisan

Le Partisan, Maurizio A. C. Quarello, 2017, 96 planches.

À l'image de l'excellent Un Océan d'amour de Wilfrid Lupano et Gregory Panaccione, Le Partisan est une BD sans aucun texte, si ce n'est les titres des chapitres. Un tour de force pleinement réussi puisque la compréhension n'est pas du tout gênée par cette particularité. Une compréhension qui est confirmée, et contextualisée, par une courte postface.

Le Partisan conte l'histoire de la résistance italienne fin 1944-début 1945, et plus particulièrement d'un couple : les grands-parents de l'auteur. C'est à prendre comme une tranche de vie qui permet de survoler une petite période de l'Histoire. Ça se lit très facilement et très rapidement, et mérite le détour pour la réussite du "sans parole" et la qualité du dessin. Cela manque tout de même de quelque chose en plus pour en faire une bd mémorable, d'un peu de corps, l'histoire étant trop "simple" et linéaire. Mais cela reste un bon emprunt à faire en bibliothèque.

lundi 19 mars 2018

Jack Vance - Les Langages de Pao

Les Langages de Pao, Jack Vance, 1958, 262 pages.

Les Langages de Pao n’a rien de particulier : il n’a pas d’énergie, pas de personnages attachants, pas de surprises, ... Ça se lit facilement, certes, mais sans grand plaisir. Il y a bien une réflexion intéressante sur le pouvoir des mots et du langage – et c’est tellement la seule particularité du livre que ça se retrouve dans le titre... -, mais elle est d’importance très mineure dans l’histoire et finalement trop peu utilisée.

Malheureusement, Les Langages de Pao est un livre anodin dont la lecture est loin d’être primordiale. On trouvera facilement de meilleurs Jack Vance à se mettre sous les yeux !

vendredi 16 mars 2018

Bulles de feu #2 - La Saga de Grimr

La Saga de Grimr, Jérémie Moreau, 2017, 221 planches.

Fauve d'or lors du festival d'Angoulême 2018, j'ai découvert La Saga de Grimr grâce au Bibliocosme, que je remercie grandement car la qualité est au rendez-vous !

Comme son titre l'indique, l'histoire suit la vie de Grimr, jeune islandais orphelin doté d'une force incroyable. Mais attention, nul grande épopée guerrière ici, "seulement" la survie d'un homme cherchant à faire sa place en ce monde. C'est pas joyeux joyeux, certes, mais c'est fort et beau.

L'histoire est portée par le dessin si particulier de Jérémie Moreau (qu'on avait notamment pu voir dans Le Singe de Hartlepool scénarisé par Wilfrid Lupano). Un dessin qui pourrait en rebuter certains mais auquel on s'habitue très rapidement et qui surtout accompagne parfaitement la narration et participe pleinement de son ambiance. Dépaysement garanti à la lecture devant ces paysages islandais, personnages à part entière de ce livre. Une aura de calme où jaillira encore plus fortement la tempête qui bout à l'intérieur de Grimr.