jeudi 16 août 2018

Lisa Tuttle - Ainsi naissent les fantômes

Ainsi naissent les fantômes, Lisa Tuttle, 1984-2007, 280 pages.

Ainsi naissent les fantômes est un recueil de 7 nouvelles fantastiques lorgnant sur l'horrifique, ou tout du moins sur le très étrange (pléonasme ?). Je m'attendais à ne pas apprécier, n'étant pas du tout mon genre de prédilection, mais j'ai tout de même voulu lui laisser sa chance devant les innombrables bons retours le concernant.

Et comme prévu - malheureusement - l'expérience fut ratée. L'écriture n'est pas mauvaise, indéniablement, et il y a même de bonnes idées de départ, mais soit je n'ai pas été touché, soit je me suis juste senti mal à l'aise, un sentiment que je ne recherche pas en lisant. Au moins maintenant je suis fixé, ce n'est définitivement pas pour moi.

Pour de vrais avis, de personnes ayant appréciées voire adorées, c'est par ici :

jeudi 9 août 2018

G.R.R. Martin, Gardner Dozois et Daniel Abraham - Le Chasseur et son Ombre

Le Chasseur et son Ombre, G.R.R. Martin, Gardner Dozois et Daniel Abraham, 2008, 390 pages.

Je n'ai pris aucun risque en tentant ce livre : au pire, pensais-je, je pourrai dire que j'ai lu un roman écrit par six mains, un fait rare en soi. Et puis patatra, le manque de bol : en plus c'est une bonne lecture.

Sur une planète vierge, colonisée depuis seulement une génération par l'homme, Ramon Espejo est un prospecteur solitaire, cherchant tout autant des gisements que l'éloignement d'une ville où ses vices ont trop facilement l'occasion de ressortir. Mais qui sait sur quelle découverte on peut tomber au beau milieu de nulle part...

Volontairement, je n'évoque pas trop le contexte SF de l'oeuvre, bien qu'il soit intéressant, car ce n'est pas pour cette raison qu'il faut lire Le Chasseur et son Ombre, au risque d'être déçu. Imaginez que l'on vous expose les grandes lignes d'une gigantesque guerre et que l'on ne vous conte qu'une petite escarmouche, sans jamais avoir le dénouement de la grande guerre. Potentiellement frustrant, non ? C'est un peu le cas ici.

Ce qui n'empêche pas "l'escarmouche" - toujours métaphoriquement, hein - d'être tout à fait passionnante. Et si Le Chasseur et son Ombre peut surement se classer dans les romans d'aventure, il est pour moi bien plus que ça, bien meilleur que ça, tant il fait la part belle à l'humain, dans les faits comme dans les réflexions.

Certes, on peut avoir le sentiment que cela aurait pu être encore plus grand, encore plus incroyable - ce qui est loin d'être sûr, d'ailleurs. Mais ce n'est nullement le ressenti principal. Avant tout, Le Chasseur et son Ombre est une très bonne lecture, plaisante et sensée. Et c'est tout ce qui compte.

Nota : Cette édition ne comporte pas d'explication sur les coulisses de l'écriture à six mains. Heureusement, la grande réponse de l'Internet nous en dit plus. En très résumé, Dozois a écrit l'idée de départ, Martin l'a développée puis Abraham l'a terminée sous forme de novella et enfin Dozois a repris le tout pour en faire un roman plus conséquent.

D'autres avis : Gromovar, Lorhkan

dimanche 5 août 2018

Alfred Bester - L'Homme démoli

L'Homme démoli, Alfred Bester, 1953, 309 pages.

New-York, 2301. Mars et Vénus ont été conquises, tout comme divers satellites. Surtout, le crime a été aboli grâce à la présence de plus en plus importante de télépathes, détectant les envies de meurtres avant qu'ils aient lieu. Pourtant, Ben Reich, à la tête d'un puissant conglomérat, doit tuer Craye D'Courtney, son rival de toujours.

Si l'homme s'est envolé dans les étoiles et a progressé technologiquement, le futur n'est ici qu'un cadre qui ne sera guère développé. Alfred Bester préfère se concentrer sur l'humain et l'apparition des télépathes, évolution de l'homme, via le duel entre un meurtrier et un policier télépathe, le premier cherchant à échapper au second. Ça se lit comme un bon polar ou thriller, avec en prime un cadre SF et quelques passages étourdissants en fin d'ouvrage.

L'Homme démoli a été le tout premier lauréat du Prix Hugo, en 1953. Et il n'a pas pris une ride depuis. À une exception près - une machine qui fait son âge - le cadre présenté est toujours cohérent et plausible. N'est-ce pas déjà la preuve d'un grand livre ?
« Existent et ont existé des mondes et des cultures sans fin, chacun d'eux cultivant l'orgueilleuse illusion qu'il est unique dans l'espace et dans le temps. Et des hommes sans nombre ont souffert de la même mégalomanie ; des hommes qui s'imaginaient uniques, irremplaçables, inimitables. D'autres viendront... et d'autres encore, à l'infini. Voici l'histoire d'un tel moment et d'un tel homme... L'homme démoli. »

mardi 31 juillet 2018

Kij Johnson - Un Pont sur la brume

Un Pont sur la brume, Kij Johnson, 2011, 124 pages.
« Kit arriva à Procheville avec deux malles et un porte-documents en tissu huilé contenant les plans du pont sur la brume. »
Et ainsi je fus conquis, allez savoir pourquoi. Peut-être car toute la simplicité de cette novella tient dans cet incipit, qui résume - presque - entièrement l'intrigue : un ingénieur, Kit Meinem d'Atyar, vient construire un pont, le premier entre l'Ouest et l'Est de l'Empire, au-dessus d'une dangereuse et mystérieuse brume navigable.

Mais ne croyez pas que cette "simplicité" soit un défaut. Bien au contraire, surtout quand elle est proposée avec un tel talent. Ajoutez à cela une belle sensibilité dans l'aspect humain, et vous n'avez aucune raison de ne pas vous y précipiter. Cerise sur le gâteau, j'ai ressenti un même sentiment d'intérêt et de fascination envers la construction du pont que j'en avais eu pour la cathédrale de Les Piliers de la Terre de Ken Follett. Amis auteurs, n'hésitez pas : les constructions de grands ouvrages font de parfaits sujets de livres.

Comme Kij Johnson, disons-le simplement : Un Pont sur la brume est un grand livre, bien plus grand que son petit format.
« C'est à cette époque que Kit remarqua qu'une grande partie de la structure constituant un pont ou une tour était faite de gens. »

mercredi 25 juillet 2018

Ugo Bellagamba - Tancrède

Tancrède, une uchronie, Ugo Bellagamba, 2009, 374 pages.

Connaissez-vous Tancrède de Hauteville, chevalier normand et membre de la première croisade ? Si ce n'est pas le cas, Tancrède pourra vous le faire découvrir. Enfin, en partie. Mettons jusqu'à Jérusalem. Car après, l'histoire diffère quelque peu de l'Histoire : Tancrède est une uchronie.

Je ne livre jamais ici de grandes analyses de livre, trouvant même souvent le principe ennuyant chez mes "confrères". Pourtant, j'aurais aimé ici savoir le faire, ou au moins pouvoir livrer un avis pertinent, tant Tancrède est un livre érudit qui mériterait d'être décortiqué et analysé.

Notez que malgré cela, et malgré un manque d'émotions et un ton quasi-didactique bien que le récit soit à la première personne, Tancrède est un livre abordable et plaisant, parole de lecteur inculte sur les croisades. On y découvre un pan de l'Histoire dans ses différentes facettes religieuses et politiques, vu d'un peu tous les angles, au fil d'une histoire et d'un personnage intéressants.

Et même si mon cerveau a du mal a posteriori à se faire une idée de ce récit et de ses implications, j'ai apprécié la lecture sur le moment - c'est là le plus important - même si elle n'est pas exempte de quelques défauts, notamment un changement de sensibilité étonnamment rapide. Quant à l'analyse... vous serez obligé de le lire ! ;-)

samedi 21 juillet 2018

Bulles de feu #10 - Pluto

Pluto, Naoki Urasawa, 2003-2009, 8 tomes.

Pluto est la réécriture d'un arc narratif, "Le robot le plus fort du monde", d'Astro Boy, célèbre manga d'Osamu Tezuka, par Naomi Urasawa. Ou la rencontre, virtuelle, de deux mangakas mythiques : Tezuka est LA légende du manga japonais quand Urasawa est l'un des plus fameux mangakas de l'ère "moderne" (Monster, 20th Century Boys, Billy Bat, ...). Néanmoins, si les références au manga d'origine sont forcément présentes, Pluto est parfaitement lisible sans en connaître la source (et sans en ressentir un manque).

L'histoire suit l'inspecteur Gesicht, robot de haute technologie, qui enquête sur des meurtres commis sur les robots les plus forts du monde ainsi que sur leurs concepteurs. Le tout donne un thriller SF sur fond d'une géopolitique qui ne peut manquer de rappeler une situation actuelle ou un passé proche.

Pluto est un bon manga dans tous ses aspects. L'enquête est prenante et mystérieuse, avec un mindfuck typique d'Urasawa. Les messages, la morale, sont certes souvent évidents, mais il n'est jamais mauvais de rappeler des évidences quand cela est fait de belle manière. Et la réflexion sur les robots, leur place dans la société et leurs sentiments, est un classique indémodable de la science-fiction.

Plaisant, intelligent, touchant. Pourquoi se priver ?

lundi 16 juillet 2018

J.M. Erre - Le Grand n'importe quoi

Le Grand n'importe quoi, J.M. Erre, 2016, 294 pages.

Prenez un personnage qu'on pourrait cruellement définir comme un "raté". Mettez-le dans un petit village, Gourdiflot-le-Bombé, pour une soirée chez des culturistes. Expulsez-le de cette même soirée - tout en se faisant larguer par sa copine - puis faites apparaitre des extraterrestres kidnappant un habitant. Ajoutez des personnages tous plus dingues les uns que les autres et secouez bien fort. N'oubliez pas d'agrémenter votre livre avec des éléments de science-fiction et quelques surprises.

Alors, vérité ou mensonge que ce supposé "grand n'importe quoi" ? Eh bien, étonnamment, la promesse est plutôt bien tenue : c'est absurde, c'est loufoque ou c'est grotesque, voire les trois à la fois par moment, mais ça fonctionne et c'est marrant, les bons mots s'enchaînant sans cesse. Surtout, ça ne tombe pas dans le lourdingue et ça parvient à ne pas se répéter et à maintenir l'intérêt.

Difficile de dire si Le Grand n'importe quoi est vraiment un livre de science-fiction. Mettons que la question importe peu. En tout cas, il apporte une initiation, ou un rappel, de quelques concepts basiques de science/SF. Il m'a même semblé vouloir donner une bonne image de la SF à des lecteurs non-initiés, mais je ne pourrais jurer que c'est bel et bien le cas ou tout du moins savoir si le lecteur lambda en sortira avec une vision améliorée.

Peu importe. Le livre est plaisant à lire, c'est là l'essentiel. Certains trouveront peut-être la fin un peu trop facile, mais elle reste bien amenée et bien réalisée. Je n'ai qu'un reproche à faire à ce roman : un name dropping trop important, une pratique que je déteste. Mais à part ça, c'est une bonne surprise !
« Tu ne trouves pas curieux que beaucoup de gens refusent d'en lire a priori ? Quand j'entends "j'aime pas la science-fiction", ça me fait penser à ceux qui disent "j'aime pas les légumes", comme si tout avait le même goût. »

mercredi 11 juillet 2018

Jack Vance - La Planète Géante

La Planète Géante, Jack Vance, 1951, 277 pages.

Une commission terrienne se rend sur la Planète Géante, une planète "anarchique", aux dimensions gigantesques, où se sont installés tous ceux qui n'ont pas trouvé leur place sur notre Terre. Problème : au lieu d'atterrir dans l'Enclave terrienne, elle se retrouve à l'autre bout de la planète avec 65000 kilomètres à faire en territoires hostiles et un possible traitre dans ses rangs.

La Planète Géante est un pur roman d'aventure et d'exploration, saupoudré d'un léger aspect "thriller". La raison du voyage n'est quasiment qu'une excuse pour parcourir cette Planète Géante où se côtoient des ethnies et des environnements étonnants. Le fin mot de l'histoire apporte quelques petites surprises qui, bien qu'anticipables si l'on garde son cerveau sur ON pendant toute la lecture, restent satisfaisantes.

Le roman n'est malheureusement pas exempt de défauts, notamment des descriptions un peu floues (mais cela n'est peut-être que personnel) et des personnages trop peu développés (si l'on peut même dire qu'ils sont développés). Rien d'exceptionnel donc, mais La Planète Géante reste un roman d'aventures lisible, sympa, qu'on appréciera si on aime le style de Jack Vance.

À noter que si ce roman peut se lire seul, Jack Vance a plus tard écrit un autre livre dans le même univers : Les Baladins de la Planète Géante.

mercredi 4 juillet 2018

Ursula Le Guin - Tehanu

Tehanu, Ursula Le Guin, Tome 4 du Cycle de Terremer, 1990, 258 pages.

Tehanu est le quatrième tome du Cycle de Terremer après Le Sorcier de Terremer, Les Tombeaux d'Atuan et L'Ultime rivage. On y retrouve les personnages rencontrés précédemment ainsi qu'un nouveau personnage principal, Therru, jeune fille sévèrement brulée, entre autres monstruosités subies. On y retrouve surtout la plume d'Ursula Le Guin qui fait toujours des merveilles. Et même plus que des merveilles : qui d'autre pourrait rendre intéressant, fascinant, un roman de 250 pages où il ne se passe rien ? Pas grand monde, surtout à un tel niveau de qualité.

Le calme est donc au rendez-vous, à l'exception d'une tornade finale dans les toutes dernières pages. Une nouvelle fois, le chemin est bien plus important que la destination. Ce qui ne veut pas dire que l'ennui est là, au contraire. Il est envoutant de suivre ces personnages en construction ou en reconstruction, dans leurs peines et leurs joies, le tout filé de réflexions diverses sur, notamment, la nature humaine, toujours discrètement et humblement.

Ursula Le Guin, tout simplement.

mardi 26 juin 2018

Bulles de feu #9 - Du mouais


Sur les ailes du monde, Audubon, Fabien Grolleau et Jérémie Royer, 2016, 184 planches.

Biographie de J.J. Audubon, franco-américain du XIXème siècle, "premier scientifique américain", ornithologue ayant eu pour folle ambition de découvrir, et de peindre, tous les oiseaux des Etats-Unis. Ça se lit bien, c'est joliment dessin - heureusement, vu le thème - mais il reste un sentiment de "mouais", de n'avoir rien lu d'exceptionnel, rien qui emporte complètement. Sans compter un certain parti pris, une certaine "folie", qui personnellement ne m'a guère emballé.
La lecture se justifie et se conseille malgré tout, ne serait-ce que pour la mise en lumière d'un personnage méconnu.

 Valentine Pitié (intégrale, 2 tomes en version originale), Benn, 2010-2011, 120 planches

Une BD qui repose essentiellement sur le personnage de Valentine Pitié, jeune fille/femme survivant dans le Grand Nord canadien puis vivant une vie "rebelle" à Paris, dans un début du XXème siècle voyant d'un mauvais oeil une jeune femme indépendante et désirant vivre sa vie comme elle l'entend.
Si l'idée et le "message" auraient pu être intéressants, j'ai été bloqué par cette Valentine Pitié que je n'ai jamais pu encadrer et certains comportements/réactions qui m'ont quasiment "choqué" et ne rendent pas honneur aux propos...

Hindenburg, Patrice Ordas, Patrick Cothias et TieKo, 3 tomes, 2013-2015, 46/46/46 planches.

Prenez la catastrophe du Hindenburg et les penchants d'Hitler pour le surnaturel, accentuez ce dernier point en créant de vrais personnes capables d'utiliser des pouvoirs psychiques, et vous obtenez l'histoire d'Hindenburg où des descendants d'un vieil indien vont lutter contre une troupe de guerriers psychiques nazis.
L'idée semble tenir la route sur le papier, au moins à peu près. Sauf que c'est un peu la foire à l'improbable, tout se passe vraiment trop bien, trop facilement, comme de par hasard, et les personnages sont plats, ne provoquent aucune empathie. Dommage, l'idée était plutôt bonne.

SinBad, Christophe Arleston, Audrey Alwett et Pierre Alary, 2008-2010, 56/52/52 planches.

Aventurier, crapule, collectionneur d'objets magiques, SinBad part la recherche de ses parents. Il y rencontrera, au passage, quelques visages légendaires des contes orientaux, pas toujours dans leurs représentations habituelles.
Hormis le cadre et les références, c'est du classique, du très classique. Presque trop classique : ça se lit, mais on n'en gardera pas un souvenir impérissable.

samedi 23 juin 2018

Bulles de feu #8 - En mer

En Mer, Drew Weing, 2010, 134 planches.

En Mer conte l'histoire d'un poète, à la carrure très imposante, qui cherche l'inspiration sur un port et se retrouve embarqué de force sur un navire. Mais En Mer est surtout un OLNI (Objet Livresque Non Identifié), et ce dès sa prise en main avec son format "petit rectangle" de 17cm sur 13cm. La surprise ne s'arrête pas là puisque chaque page comporte exactement... une case, et donc un seul dessin. Autant vous dire que l'art de l'ellipse est à son paroxysme.

Et ça fonctionne, tant au niveau du récit (simple mais agréable) qu'au niveau de son format étonnant. Une jolie prouesse aux accents poétiques qui lorgne même du côté de la méta-écriture, même si ce point aurait pu, aurait dû, être encore plus développé pour en faire véritablement un livre exceptionnel.

Alors, coup de génie ou grande arnaque que ce En Mer ? À mon sens cela vaut le coup d'oeil pour la performance et la douceur de l'ensemble. Vous n'avez plus qu'à le lire pour vous faire votre propre idée. Ça tombe bien : il peut se lire sur place, en librairie (sans avoir à débourser les 13€ qui paraissent très cher au rapport quantité/prix) ou en bibliothèque, en quelques minutes.

mercredi 20 juin 2018

Eric Faye - Quelques nobles causes pour rébellions en panne

Quelques nobles causes pour rébellions en panne, Éric Faye, 2002, 148 pages.

Quelques nobles causes pour rébellions en panne est un recueil de 9 nouvelles qui oscillent entre léger fantastique et parfois une pointe de SF. Et il ne s'y passe pas grand chose : soit les histoires sont anodines et inintéressantes, soit on a l'impression que l'auteur écrit pour le plaisir d'écrire.

Soyons positif et admettons que De la vitesse en toute chose sort du lot et qu'il y a quelques bonnes idées par-ci par-là - malheureusement sous-exploitées à mon sens. Mauvaise pioche, vous pouvez aisément vous en dispenser il me semble...

samedi 26 mai 2018

Bulles de feu #7 - Les Rois Forgerons

Les Rois Forgerons, Série complète en 2 tomes, Nicolas Jarry et Tregis, 2011-2013, 46 et 52 planches.

Vous prendrez bien un peu de fantasy classique ?
Non, ne fuyez pas ! N'ayez pas peur de ces deux mots : fantasy classique. Car comment pourrait-il y avoir des choses qui sortent de l'ordinaire s'il n'y avait pas d'ordinaire ? Reste encore à savoir faire de l'ordinaire de qualité, chose bien trop rare. Et puis, mieux vaut du très bon ordinaire que du moyen différent.

Les Rois Forgerons en est la preuve. En suivant un schéma assez classique qui reprend les éléments habituelles de la fantasy, Jarry et Tregis nous offrent une oeuvre qui fonctionnent du début à la fin, sans temps mort et sans ennui, en allant à l'essentiel et s'en nous donner l'envie de baffer les personnages - ce qui est assez rare dans le genre pour être souligné. Pour ne pas être dithyrambique, notons que le titre n'est peut-être pas des mieux choisis puisqu'il ne représente pas vraiment la lecture. Mais à part ça... Ça fonctionne, c'est plaisant à lire, alors pourquoi se priver d'un peu de fantasy classique ?

mercredi 23 mai 2018

Bulles de feu #6 - Des tomes en vrac !

 
 Jirô Taniguchi, Les Gardiens du Louvre, 2014, 130 planches.


C'est du Jirô Taniguchi, c'est donc joli. Mais même si ça se lit bien, l'histoire n'est pas passionnante. "Simple" visite du Louvre, sous différents angles et avec toujours un brin de fantastique, c'est certainement bien plus intéressant si on est passionné par le sujet.
On notera quand même une très bonne partie sur la seconde guerre mondiale. Mais ça n'en fait pas une lecture indispensable.


Dernières migrations, Le Grand Mort tome 7/?, Régis Loisel, Jean-Blaise Djian et Vincent Mallié, 2017, 58 planches.

Je ne sais déjà pas trop comment j'en suis arrivé à ce septième tome, mais je crois bien que je vais devoir arrêter avant que les auteurs ne le décident pour moi. Un résumé de ce tome ? Rien. Il ne se passe rien, ça n'avance pas. Je suis vraiment incapable de dire à quoi sert ce tome.

Comment faire fortune en juin 40, Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier, 2015, 112 planches.

Adapté d'un roman de Pierre Siniac, il n'est pas étonnant que Comment faire fortune en juin 40 ait été rédigé à l'origine comme un scénario de film tant on a l'impression de lire un film (aussi étrange que cette phrase soit). 
Le pitch : une bande de personnages détonnants cherchent à voler un convoi de 2 tonnes d'or que la Banque de France tient à mettre en sécurité à Bordeaux. Et si vous n'êtes pas allergique au genre, c'est tout bon, avec son lot d'actions et de surprises (pas toutes joyeuses, loin de là). Un bon divertissement.

Ils ont fait l'histoire, Mao Zedong et Saladin, 2016 et 2015, 46 et 46 planches.

Découverte pour moi de la collection "Ils ont fait l'Histoire", énième collection dédiée à l'Histoire, ici axée sur des personnages historiques, retraçant leurs vies et agrémentée de postfaces d'universitaires. Pour ne pas faire les choses simplement, j'ai lu deux tomes de personnages non-européens dont je ne maitrisais pas vraiment le cadre historique, cela participe peut-être, surement, de mon avis un poil négatif, étant donné qu'il était compliqué pour moi de me situer.
Mais au-delà de ça, l'angle choisi pour Mao est étonnant (dans le mauvais sens du terme malheureusement) et la chronologie non linéaire vraiment ardue à suivre et peu utile. C'est simple : j'ai préféré lire la postface que la bd en elle-même. Quant à Saladin, c'est une lecture correcte sans être plus enthousiasmante que ça.
Une collection à réserver aux férus d'Histoire pour l'apport de chercheurs et d'universitaires.

La Magicienne, Les Vieux Fourneaux tome 4/?, Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, 2017, 54 planches.

Une série qui vieillit aussi bien que ses personnages ! C'est du tout bon, peut-être même meilleur que les tomes précédents : un bon mélange de préoccupations d'actualité et de généralités, par la plume acérée de Lupano et porté par le bon dessin de Cauuet, dans un tome où on en a à se mettre sous la dent. Chapeau !

dimanche 20 mai 2018

Bulles de feu #5 - En quatre tomes

Le chiffre 4 serait-il maudit ? Car si les trois quadrilogies suivantes ont des qualités, aucune n'atteint un vrai sommet de perfection. Pire : on se retrouve même déçu de leurs potentiels non-utilisés.
Spoiler Alert : Lupano s'en sort mieux que les autres, évidemment.

Le Soufflevent, Andoryss et Xavier Collette, 2014-2017, 45/46/46/46 planches.

Le Soufflevent, c'est avant tout un bon point de départ : dans un monde typé fantasy, une jeune fille (et son chat ailé !) cherche à échapper à des militaires qui souhaite lui prendre la création de son père, le soufflevent, étrange "chose" qui contrôlerait le pouvoir des vents. Le tout promet de l'aventure et du voyage, surtout si on en croit la carte présente au début de chaque volume et les différents titres des tomes. Mais...

Mais ça ne décolle jamais. L'aventure et le voyage sont limités à leur minimum, et le plus souvent entre les tomes, dans des parties que l'on ne voit pas. J'ai vraiment eu l'impression de lire toutes les moments inintéressants de l'histoire, les parties figées. Et en parlant de "figer", si le dessin est plutôt joli, je l'ai trouvé trop statique à mon goût.

Dommage, ça aurait pu être bien.

L'Expert, Frank Giroud et Brada, 2003-2007, 46/46/46/54 planches.

L'Expert nous propose une enquête historico-religieuse, entre la Lithuanie du XVème siècle et notre époque. Dis comme ça, ça peut faire peur, mais c'est intéressant et l'aspect complot religieux n'est que peu présent. Il faut certes mieux aimer le genre, mais ça se lit bien.

Sauf que ça part un peu en cacahuètes dans le dernier tome. Bon, s'il n'y avait que ça, on aurait pu le mettre sur le compte de la collection et s'en accommoder. Ce qui passe moins, c'est les innombrables récapitulatifs et ré-explications : j'apprécie qu'on veuille bien poser les choses pour que tout le monde ait compris, mais trop c'est trop. Dois-je considérer qu'on me prend pour un parfait idiot ?

Ça aurait pu faire une bonne trilogie, ça n'est qu'une quadrilogie un peu décevante. Et si jamais vous le lisez un jour, prévenez moi si dans votre quatrième tome la Lada verte annoncée dans une bulle est bien verte. Parce que chez moi, elle était rouge...

L'Assassin qu'elle mérite, Wilfrid Lupano et Yannick Corboz, 2010-2016, 54/56/54/46 planches.
« C'est ça qu'il faudrait faire : créer de toutes pièces un ennemi de la société à partir d'un être innocent ! (...) voilà qui serait une œuvre d'art subversive et véritablement décadente. Donner à cette odieuse société l'assassin qu'elle mérite ! »
C'est le point de départ de ce drame, car il n'y a pas d'autres mots pour qualifier cette histoire, où un riche rentier se joue d'un jeune homme pauvre et honnête. Et c'en est quasi-hypnotisant.

Le seul écueil de L'Assassin qu'elle mérite, qui est plus un double diptyque qu'une vraie quadrilogie, c'est de ne pas répondre exactement à sa promesse de départ : si les deux premiers tomes, qui se déroulent à Vienne, ont une réflexion sociétale, les deux derniers, qui se déroulent à Paris, se concentrent bien plus sur le microcosme des nos personnages principaux. Et c'en est un poil décevant, tant on aurait voulu en voir plus, avec une histoire encore plus impressionnante. La mise en garde se situait peut-être dans le titre de l'oeuvre...

Si la déception peut pointer le bout de son nez, L'Assassin qu'elle mérite reste une belle oeuvre, avec un scénario précis à la Lupano et un beau dessin de Corboz. Attention cela dit, ce n'est pas joyeux. Quant à la morale... Quelle morale ?

jeudi 17 mai 2018

Clifford D. Simak - Voisins d'ailleurs

Voisins d'ailleurs, Cliffod D. Simak, 1953-1980, 397 pages.

Voisins d'ailleurs est un recueil de 9 nouvelles. Ou plutôt 8 + 1 tant la dernière nouvelle, Le Puits siffleur, est à part, quelque part entre le weird et l'horrifique (en tout cas de mon point de vue de néophyte).

Comme le titre du recueil l'indique, toutes les histoires reposent sur la rencontre d'un ou de plusieurs être humains avec un objet ou un être extraterrestre.
Et, chose étonnante pour un recueil, le niveau est plutôt constant : c'est simple et efficace, propre. Alors même que je peux élever quelques critiques ou reproches à la majorité des nouvelles : les fins un poil prévisibles de La Maternelle et de Le Cylindre dans le bosquet de bouleaux, l'anecdotique Le Bidule ou les conclusions trop ésotériques pour moi de Un Van Gogh de l'ère spatiale et de La Photographie de Marathon.
[Nota : on peut donc facilement en déduire mes trois nouvelles préférées : Le Voisin, La Fin des maux et la multi-primée, à raison, La Grotte des cerfs qui dansent, sublime.]

Malgré ça, j'ai passé un bon moment dans toutes mes lectures et je sors content de ce recueil, réconcilié avec Clifford D. Simak. Si vous tombez dessus, vous pouvez y aller !

jeudi 3 mai 2018

Bulles de feu #5 - Julio Popper : le dernier roi de Terre de Feu

Julio Popper : le dernier roi de Terre de Feu, Matz et Léonard Chemineau, 2015, 90 planches.

Connaissez-vous Julio Popper ? Non ? Alors cette BD est parfaite pour découvrir ce personnage "bigger than life", ingénieur et aventurier infatigable avide de nouvelles découvertes et de nouveaux territoires. Un homme qui n'aurait surement pas paru crédible s'il avait été inventé par un auteur... et dont la vie est toute une histoire, jusqu'à la fin.

Bien que présentant rapidement son parcours, Matz se concentre surtout sur la période la plus marquante de Julio Popper : la recherche d'or en Terre de Feu et la quasi-création d'un nouvel état. Il en profite pour réhabiliter le personnage, souvent associé au massacre des indigènes de Terre de Feu. Le parti-pris est indéniable mais compréhensible.

Il y a presque un sentiment de trop peu quand on referme le livre, mais c'est surtout la vie - ou plutôt la mort - qui en aura décidée ainsi. Il n'en reste pas moins une très bonne BD qui met en lumière un personnage méconnu. Et qui le fait d'une manière bien plus intéressante, à mon sens, que la majorité des BD historiques génériques... Sans oublier, évidemment, le beau dessin, style "peinture", de Léonard Chemineau.

lundi 9 avril 2018

John Scalzi - Imprésario du troisième type

Imprésario du troisième type, John Scalzi, 2005, 407 pages.

Les extraterrestres sont là ! Enfin, presque, puisqu’ils sont pour le moment en orbite, attendant de savoir comment faire leur apparition pour ne pas effrayer les humains. Car les Yherajks sont des tas de gélatine informes, des blobs, et qui plus est puants ! Pour les aider, ils embauchent Tom Stein, agent de stars à Hollywood. Trouvera-t-il une solution ?

C’est ainsi que se présente l’intrigue, tant en quatrième de couverture que dans les premières pages. Ce qui peut s’avérer tentant à lire, non ? Fausse joie. L’histoire ne conte quasiment pas cette problématique, préférant se concentrer sur le travail d’agent du héros et nous plonger au cœur d’Hollywood.

Malgré tout, ça se lit très facilement, notamment car tout est quasiment en dialogues, et c’est même plutôt plaisant dans son style. Mais il n’en reste pas moins l’impression de s’être fait un peu floué et de n’avoir pas vu l’idée de base être réellement développée. Dommage.

vendredi 6 avril 2018

Bulles de feu #4 - Marcel Pagnol en BD

La Gloire de mon Père, Le Château de ma Mère, Le Temps des secrets, Serge Scotto, Eric Stoffel et Morgann Tanco, 2015/2016/2017, 85/80/85 planches.

Coup de projecteur sur la collection "Marcel Pagnol en BD" chez Grand Angle. Où comment rattraper un peu de culture et de classiques à moindre temps.

Le gros morceau en est évidemment la trilogie des souvenirs d'enfance. Trilogie qui sera une quadrilogie dans la version planches puisque le troisième tome, Le Temps des Secrets, sera divisé en deux volumes en BD : Le Temps des Secrets, sur la partie scolaire et qui déjà sorti, et Le Temps des Amours, sur la partie amoureuse et qui sera disponible prochainement.

N'ayant jamais lu les livres de Marcel Pagnol, je ne peux comparer avec l'original. Mais à voir la préface du petit-fils de Pagnol et la postface détaillée, et très intéressante, des auteurs dans chaque volume, cela parait fort documenté et le plus fidèle possible.

En tout cas, l'esprit de l'oeuvre semble respecté et c'est bien cet esprit qui fait la force de ces lectures. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai préféré les deux premiers volumes, se déroulant presque entièrement dans la garrigue, au troisième qui se déroule en milieu scolaire et qui est bien plus commune.

Envie d'une lecture gentille, douce, portée par un superbe dessin, symbole d'une époque et qui permet de (re)découvrir une grand auteur français ? Vous pouvez vous lancer sans hésitation !


Mais la collection ne s'arrête pas aux souvenirs d'enfance puisque les autres oeuvres de Marcel Pagnol sont, ou seront, aussi transposées en bd ! Sont sortis à ce jour : Topaze (en deux tomes), Jazz, Jean de Florette (la première partie seulement), Le Schpountz et Merlusse. J'ai d'ailleurs lu ces deux derniers.
Le Schpountz est amusant à défaut d'être un grand spectacle comique. C'est assez particulier et loufoque, mais je me suis surpris à me prendre un peu au jeu au fil des pages.

Merlusse est un gentil conte de Noël. C'est assez anecdotique dans son ensemble, l'histoire est loin d'être riche et il n'y a quasiment aucune surprise, mais c'est gentil.

mercredi 28 mars 2018

Regarde le soleil - James Patrick Kelly

Regarde le soleil, James Patrick Kelly, 1989, 353 pages.
« Regarde le soleil. Regarde le soleil… » Wing ouvrit sa flasque. « Ça veut dire quoi, de toute façon ?
- C’est comme un koan. Une sorte de proverbe. C’est long à expliquer. »
Long à expliquer, je ne sais pas. Long à venir, c’est certain. Près de 100 pages avant d’enfin avoir quelques informations utiles et comprendre quelque peu le monde vers lequel veut nous faire voyager James Patrick Kelly. Le temps pour Phillip Wing, notre héros humain, de prendre la route pour la planète Aseneshesh où il doit mettre en pratique ses talents d’architecte.

Malheureusement, ce n’est pas mieux après. Il y a de bonnes idées dans Regarde le soleil, de bons axes : la découverte d’une nouvelle espèce avec son mode de vie, une mise en avant de l’architecture, une imagination technologique, une réflexion sur la religion, … Sauf que tout est survolé et que rien ne donne satisfaction. Pire : la fin est frustrante, entre non-réponse et résolution par le mysticisme.

La quatrième de couverture osait la comparaison à Ursula Le Guin et il est facile de voir pourquoi. Sauf que la réalisation n’est pas du tout la même. Plutôt que de lire Regarde le soleil, préférez (re)lire un Ursula le Guin.

dimanche 25 mars 2018

La Fille Automate - Paolo Bacigalupi

La Fille automate, Paolo Bacigalupi, 2009, 639 pages.

Étonnamment, la fille automate n’est pas le personnage principal de ce roman. Certes elle en est un élément central, pivot, mais on ne la voit finalement que peu. Elle n’est qu’une parmi tous les personnages que suit ce livre.

Le vrai personnage principal, c’est la ville de Bangkok, luttant pour sa survie et son indépendance, luttant contre les puissances extérieures et contre ses démons intérieurs. C’est notre monde, tel qu’il pourrait devenir…

Mais toute la force de La Fille automate, c’est de ne pas être moralisateur et d’être discret. Ian MacDonald Paolo Bacigalupi nous conte simplement l’histoire de personnages essayant chacun de survivre et d’avancer, sans chercher ouvertement à passer un message. Et c’est ainsi qu’il passe de manière encore plus frappante.

Pourtant le début de l’ouvrage parait parfaitement banal. Un peu ardu même, le temps de réussir à se repérer dans un univers dont on ne nous donne pas clairement les clés. Et puis les pages se tournent. Il ne se passe pas énormément de choses, mais pourtant les pages filent rapidement. Et, sans s’en rendre compte, la dernière page est tournée. Ne reste alors qu’une impression : pas celle d’avoir lu un roman banal, oh non, mais bien celle d’avoir lu un très grand livre. Chapeau !

jeudi 22 mars 2018

Bulles de feu #3 - Le Partisan

Le Partisan, Maurizio A. C. Quarello, 2017, 96 planches.

À l'image de l'excellent Un Océan d'amour de Wilfrid Lupano et Gregory Panaccione, Le Partisan est une BD sans aucun texte, si ce n'est les titres des chapitres. Un tour de force pleinement réussi puisque la compréhension n'est pas du tout gênée par cette particularité. Une compréhension qui est confirmée, et contextualisée, par une courte postface.

Le Partisan conte l'histoire de la résistance italienne fin 1944-début 1945, et plus particulièrement d'un couple : les grands-parents de l'auteur. C'est à prendre comme une tranche de vie qui permet de survoler une petite période de l'Histoire. Ça se lit très facilement et très rapidement, et mérite le détour pour la réussite du "sans parole" et la qualité du dessin. Cela manque tout de même de quelque chose en plus pour en faire une bd mémorable, d'un peu de corps, l'histoire étant trop "simple" et linéaire. Mais cela reste un bon emprunt à faire en bibliothèque.

lundi 19 mars 2018

Jack Vance - Les Langages de Pao

Les Langages de Pao, Jack Vance, 1958, 262 pages.

Les Langages de Pao n’a rien de particulier : il n’a pas d’énergie, pas de personnages attachants, pas de surprises, ... Ça se lit facilement, certes, mais sans grand plaisir. Il y a bien une réflexion intéressante sur le pouvoir des mots et du langage – et c’est tellement la seule particularité du livre que ça se retrouve dans le titre... -, mais elle est d’importance très mineure dans l’histoire et finalement trop peu utilisée.

Malheureusement, Les Langages de Pao est un livre anodin dont la lecture est loin d’être primordiale. On trouvera facilement de meilleurs Jack Vance à se mettre sous les yeux !

vendredi 16 mars 2018

Bulles de feu #2 - La Saga de Grimr

La Saga de Grimr, Jérémie Moreau, 2017, 221 planches.

Fauve d'or lors du festival d'Angoulême 2018, j'ai découvert La Saga de Grimr grâce au Bibliocosme, que je remercie grandement car la qualité est au rendez-vous !

Comme son titre l'indique, l'histoire suit la vie de Grimr, jeune islandais orphelin doté d'une force incroyable. Mais attention, nul grande épopée guerrière ici, "seulement" la survie d'un homme cherchant à faire sa place en ce monde. C'est pas joyeux joyeux, certes, mais c'est fort et beau.

L'histoire est portée par le dessin si particulier de Jérémie Moreau (qu'on avait notamment pu voir dans Le Singe de Hartlepool scénarisé par Wilfrid Lupano). Un dessin qui pourrait en rebuter certains mais auquel on s'habitue très rapidement et qui surtout accompagne parfaitement la narration et participe pleinement de son ambiance. Dépaysement garanti à la lecture devant ces paysages islandais, personnages à part entière de ce livre. Une aura de calme où jaillira encore plus fortement la tempête qui bout à l'intérieur de Grimr.

mardi 13 mars 2018

L.L. Kloetzer - CLEER

CLEER, L.L. Kloetzer, 2010, 406 pages.

Est-il vraiment possible de parler de CLEER ? Le sous-titre, « Une fantaisie corporate », dit certainement tout ce qu’il y a à savoir. Je suis en tout cas heureux de n’avoir pas pris l’habitude de commencer mes « avis » par un résumé de l’histoire...

Fantaisie corporate donc. À la fois capitaliste et onirique, concrète et flou. Ayant déjà lu auparavant Anamnèse de Lady Star, je savais en partie à quoi m’attendre - et je n’ai pas été déçu. Je serais bien incapable de conseiller ce livre à quiconque : comment savoir s’il va plaire ? Personnellement, je l’ai trouvé hypnotisant. Et j’aime être hypnotisé par L.L. Kloetzer.

samedi 10 mars 2018

Vladimir Lortchenkov - Des Mille et une façons de quitter la Moldavie

Des Mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov, 2006, 250 pages.

Plusieurs fois au cours de ma lecture, je me suis posé une question essentielle : est-ce que j’aime ce livre ? Étonnamment, j’étais bien incapable d’y répondre - et je le suis toujours.

Des Mille et une façons de quitter la Moldavie se lit facilement, aidé en cela par des chapitres courts et des personnages hauts en couleur. C’est même assez souvent drôle, si on apprécie l’humour noir et loufoque. Il y a un peu des Groseilles de novembre d’Andrus Kivirähk - un excellent roman soit dit en passant ! - dans ce livre, dans la manière de conter un village entier avec un ton décalé.

Mais. Mais j’ai été aussi trop souvent mal à l’aise en lisant les tentatives de ces moldaves, dépeints comme la lie du monde, pour migrer en Italie. Un sentiment que je n’avais pas eu en lisant « Les Groseilles de novembre ». Peut-être parce que, malgré la loufoquerie, tout parait très premier degré et bien trop réel. Sans que je parvienne vraiment à déceler un autre but que de simplement se moquer.

Est-ce que j’ai aimé ce livre ? Je ne sais pas. Mais je crois qu’il me fait bien trop douter pour pouvoir répondre oui. Dommage.

mercredi 7 mars 2018

Estelle Faye - Les Seigneurs de Bohen

Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye, 2017, 592 pages.

Parlons-en tout de suite : oui, Marc Simonetti signe une nouvelle fois une magnifique couverture. Et en parfaite adéquation avec le roman. Car la joie n’est guère au rendez-vous dans Les Seigneurs de Bohen et le sombre est le ton du livre.

Pour autant, pas de déprime dans cette lecture qui reste parfaitement plaisante. Notamment grâce à sa ribambelle de personnages : chose rare dans un roman à autant de voix, je les ai tous appréciés et n’était jamais déçu en en renvoyant un. Certainement une nouvelle preuve de la finesse d’écriture d’Estelle Faye qui réussit une nouvelle fois un très bel ouvrage dans un style pourtant différent de ces précédentes œuvres.

Besoin d’une autre preuve de la qualité d’écriture d’Estelle Faye ? La fin de l’histoire nous est connue dès le début. Et pourtant, nul ennui à la lecture, bien au contraire. Quand c’est bien écrit, c’est bien le chemin qui est le plus important.

dimanche 4 mars 2018

Fredric Brown - Lune de miel en enfer

Lune de miel en enfer, Fredric Brown, 1944-1958, 366 pages.

Lune de miel en enfer est un recueil de 21 nouvelles, dont un certain nombre de très courtes (3-4 pages), dont les thématiques principales sont le voyage dans le temps et la rencontre avec des extraterrestres. La seule vraiment « longue » (61 pages) est la nouvelle éponyme qui ouvre le recueil... et est loin d’être la meilleure.

Comme dans tout recueil, il y a du bon et du moins bon. Par chance, la qualité a tendance à s’améliorer au fil des récits. Mais deux problèmes subsistent globalement : le manque de punch sur les chutes et le classicisme de certaines histoires, donnant une impression de « banalité ». Ce dernier problème étant à relativiser - ou à expliquer - au vu de la période d’écriture de ces nouvelles (1944-1958). De ce point de vue, le talent de Fredric Brown est indéniable. Pour le lecteur moderne, même si certaines nouvelles restent fort plaisantes (« Galerie de glaces », « Le dernier Martien », « Une souris », « Géométrie plane », « L’arène », « L’arme », « Bruissement d’ailes »), le recueil dans son entièreté n’est ni un chef d’œuvre ni une lecture indispensable, mais reste tout à fait lisible.

jeudi 1 mars 2018

Robert A. Heinlein - Double étoile

Double étoile, Robert Heinlein, 1956, 291 pages.

Encore un bon Heinlein ! Certes, ce n’est peut-être pas une œuvre incroyable et révolutionnaire, mais quel plaisir à lire ! Avec en prime, cette fois, une mise en avant du métier d’acteur saupoudrée d’un peu de coulisses politiciennes.

Mais qu’importe les thématiques. Robert Heinlein signe là un nouveau bon roman... ou bien est-ce un film ? Car Double étoile semble être taillé pour le cinéma, au moins dans sa première partie très rythmée, énigmatique et visuelle. Et même si la seconde partie est plus douce, on reste accroché à son siège jusqu’au bout, attaché sans s’en rendre compte à ce (ces ?) personnage principal qui n’inspirait pourtant pas forcément la sympathie au démarrage.

mardi 27 février 2018

Écran de fumée #6 - Marvel's Netflix Universe Phase 1


Tout le monde connait les héros Marvel : Iron Man, Thor, Hulk, Captain America, ... Les superstars du cinéma* ! Et si tout cela n’était que l’apéritif ? Et si le Marvel Universe** le plus intéressant n’était pas celui qu’on croit ? Et si on regardait plutôt du côté de Netflix ?

* Oui, d’abord des comics.
** Oui, c’est en fait le même, mais les personnages des deux ne se croisent pas, alors autorisez-moi la formulation.

Tout commence en 2015. 4 super-héros, 4 séries, 4 histoires pour les présenter. Plus un crossover pour conclure cette Phase 1.
(Si vous voulez les regarder dans l’ordre, cela donne : Daredevil S1 – Jessica Jones S1 – Daredevil S2 – Luke Cage S1 – Iron Fist S1 – The Defenders S1.)
C’est tout comme au cinéma donc. Enfin, hormis à peu près tout le reste.

Le MNU (Marvel’s Netflix Universe – nom absolument non-officiel), c’est :
- des héros new-yorkais qui s’occupent de problèmes à leur échelle, c’est-à-dire dans leurs quartiers respectifs
- de vraies histoires, crédibles et logiques
- de vraies scènes de combat, crédibles et logiques***
- une ambiance sombre avec des héros tourmentés
- une certaine violence avec du sang qui gicle et des membres qui cassent
- un exceptionnel Daredevil

***Toute proportion gardée : cela reste des super-héros hein.

Nota : je suis une chochotte au niveau de la violence visuelle. Mais ça vaut vraiment le coup de détourner un peu les yeux de temps en temps pour pouvoir profiter de ce MNU.
Car oui, ce MNU est vraiment une réussite en tant que tout, à la fois intelligent et plaisant, et mérite, même si tout n’est pas d’un niveau égal, d’être regardé dans son entièreté pour l’apprécier complètement. Et si jamais ça vous parait trop, allez au moins regarder Daredevil.

Petit tour d’horizon rapide des séries, sans presque rien en dévoiler :

Daredevil S1 et S2
Vous avez en tête le film éponyme ? Ou vous en avez entendu les échos catastrophiques ? Bienvenue à l’exact opposé qualitatif.
Daredevil, c’est LA série qu’il faut voir, celle qui est directement entrée dans mon Panthéon personnel. C’est ce qu’il y a de meilleur en super-héros, cinéma et séries confondus.
C’est surtout un personnage fort, qui est éblouissant dès qu’il apparait et tout autant sympathique que torturé. C’est un méchant génial dans la saison 1, un « méchant » génial dans la saison 2, des personnages secondaires sympathiques, un boulot crédible pour développer des histoires, une impression de ne jamais savoir où l’on va aller, une ambiance sombre très jolie, …

Bref. Allez-y, c’est du tout bon.



Jessica Jones S1
Jessica Jones, c’est surement la moins « super-héros » du groupe. Enquêtrice à la force surhumaine, c’est surtout un personnage au caractère bien trempé. Trempé d’alcool, bien sûr.
Mais le vrai personnage principal de cette saison 1, c’est peut-être Kilgrave, son antagoniste – joué par le génial David Tennant. Un méchant… méchant. Horrible, affreux.
J’ai tout de même deux bémols :
- C’est vraiment trop violent pour moi, un cran au-dessus des autres, et ça m’a un peu gâché le plaisir.
- Ça aurait mérité d’être un peu plus court, il y a quelques passages/épisodes qui ne sont pas nécessaires.
Malgré tout, c’est une bonne saison 1. Et si celle-ci se concentre essentiellement sur l’histoire personnelle de Jessica Jones, il y a un potentiel énorme pour de futures saisons, son caractère et son boulot s’y prêtant parfaitement.



Luke Cage S1
Le raté de cette Phase 1 pour moi. Ce n’est pas non plus complètement mauvais, mais c’est là que j’ai pris le moins de plaisir. Pour deux raisons :
- Par définition, Luke Cage est quasi-invincible et donc un peu chiant. C’est comme Superman : on ne tremble pas pour quelqu’un à qui rien ne peut arriver.
- Il n’y a pas de méchant digne de ce nom. Et on sait comment va finir l’histoire dès le début, on peine juste à y arriver.
Tout n’est pas à jeter. Mais l’ensemble parait un peu forcé, dommage.




Iron Fist S1
Le seul super-héros fantastique, les trois autres ayant une explication rationnelle à leurs pouvoirs. Et un ton parfaitement opposé aux autres : c’est la série la plus lumineuse, même si elle se noircit avec le temps. J’ai trouvé ça rafraichissant de voir quelque chose de différent et j’ai trouvé ça plutôt pas mal, avec un petit jeu de complot sympathique.
La bonne surprise pour moi, étant donné que les critiques avait été globalement négatives pour cette série. Un bon moment, qui sert de base de lancement au crossover.


The Defenders S1
Admettons le défaut principal de la série pour commencer : il y a deux personnages qui sont là un peu de manière aléatoire. Et c’est assez logique étant donné que le grand méchant était déjà apparu chez les deux autres...
C’est vraiment le seul point noir, et la série arrive même à en jouer un peu.
Pour le reste, c’est plutôt bien mené. Sur seulement 8 épisodes - contre 13 pour toutes les autres saisons - dont une bonne partie pour créer un groupe de nos 4 héros. Comme à peu près n’importe quel crossover, ça fonctionne grâce à notre expérience avec les personnages et à leurs relations entre eux. Et intelligemment, ça ne multiplie pas les rebondissements, ça va à l’essentiel, et ça monte en puissance au fil des épisodes jusqu’à un dernier épisode scotchant !


Moralité ? Cette Phase 1 fut un plaisir et j’en reprendrai volontiers une Phase 2 !
Ah, et aussi : Daredevil Rules !