lundi 1 mars 2021

Joe Haldeman - La Guerre éternelle

La Guerre éternelle, Joe Haldeman, 1975, 283 pages

William Mandella est réquisitionné dans un contingent d'élite de l'armée pour aller combattre les Taurans, la première race extraterrestre rencontrée par l'humanité. Après un périlleux entraînement et quelques sauts spatio-temporels, Mandella va entamer la première bataille d'une longue guerre.

La Guerre éternelle est un roman de space-opera militariste et hard-SF. Sans surprise, ce ne sont pas ces deux aspects qui m'ont le plus enchanté, même s'ils comportent chacun des qualités. Ainsi l'aspect militaire a surtout - un peu à la manière de Étoiles, garde à vous ! de Robert Heinlein, en plus évident - un esprit anti-militariste montrant l'absurdité de la guerre et la bêtise humaine. Et si l'aspect scientifique pointu, surtout dans la première partie, m'est un peu passé au-dessus de la tête, il permet tout de même une dilatation temporelle bien utilisée par l'auteur pour présenter un récit sur un temps (très) long, avec les évolutions de la société qui vont avec, la sexualité en tête.

C'est, à le découvrir aujourd'hui, un récit qui se lit bien mais est finalement assez classique, jusque dans son dénouement, manquant de surprises et d'enjeux imprévus. Correct sans plus en somme. Mais le juger de ce seul point de vue serait quelque peu malhonnête : on ne demande pas à un roman de 1975 de renouveler le genre. Force est de constater que son caractère de pierre fondatrice du genre est lui tout à fait respectable.

Couverture : Christian Volckman / Traduction : Gérard Lebec & Diane Brower
D'autres avis : FeydRautha, Lorhkan, Le chien critique, Lianne, Nébal, ...

mercredi 24 février 2021

Émile Zola - Le Rêve

Le Rêve, Émile Zola, Tome 16/20 des Rougon-Macquart, 1888, 227 pages

Un soir de grand froid, Angélique s'enfuit de sa famille d'accueil. Après avoir passée la nuit au pied d'une cathédrale, la jeune orpheline est recueillie par un couple de brodeurs, Hubert et Hubertine, qui l’accueillent comme leur fille. Reprenant des forces peu à peu, Angélique garde un rêve en tête : la rencontre certaine, un jour, d'un riche et beau prince charmant.

Le Rêve est un roman assez minimaliste. Court tout autant en nombre de pages qu'en nombre de péripéties, il est surtout, chose étonnante, peu sombre, voire même totalement joyeux et positif - à l'échelle d'Émile Zola, s'entend.

Entre tragédie et conte de fée, Le Rêve est une histoire d'amour relativement classique qui permet tout de même à l'auteur de proposer une réflexion sur la recherche du bonheur, entre doux rêve et dure réalité. Certainement pas le plus palpitant ou le plus marquant des Rougon-Macquart, il n'en reste pas moins une lecture simple dotée de quelques éclats - le couple Hubert et Hubertine en tête - et d'une fin réussie.

Couverture : Eugène Grasset, Le Printemps (détail)
Lecture commune avec la Zolerie, Tigger Lilly et Alys.

vendredi 19 février 2021

Alix E. Harrow - Guide sorcier de l'évasion

Guide sorcier de l'évasion : atlas pratique des contrées réelles et imaginaires, Alix E. Harrow, 2018, 38 pages (epub)
« Il n’y a jamais eu que deux catégories de bibliothécaires au cours de l’histoire du monde : 1. - les revêches coincées dont le rouge à lèvres coule entre les craquelures des lèvres, persuadées que les livres sont leur propriété personnelle et les usagers de dangereux délinquants venus les voler ; 2. - les sorcières. »
La narratrice de cette nouvelle appartient à la seconde catégorie. Elle va tenter d'aider un jeune adolescent qui arpente longuement les rayons et emprunte des livres d'imaginaire.

Guide sorcier de l'évasion (...) est un très bel hommage aux bibliothèques et aux littératures de l'imaginaire. Un hymne plein d'amour qui ravira à coup sûr les habitués des premières et les amateurs des secondes. Une jolie petite friandise.

Nouvelle lauréate du Prix des lecteurs 2020 de Bifrost et offerte en téléchargement gratuit par Le Bélial' jusqu'au 28 février, merci à eux.

Couverture : Olivier Jubo / Traduction : Erwann Perchoc
D'autres avis : Tigger Lilly, Lorhkan, Xapur, Gromovar, Célindanaé, Lhisbei, Lullaby, ...

mercredi 17 février 2021

Catherine Dufour - Des millénaires de silence nous attendent

Des millénaires de silence nous attendent, Catherine Dufour, 2020, 40 pages (epub)

De manière inexpliquée, Claude, alors qu'elle atteint les trente ans, se met à grandir. Caroline elle, trois fois plus âgée, se rapproche de la mort et s'apprête à bénéficier du protocole de "fin de vie dans la dignité". Leurs situations sont incomparables, mais une chose leur est commune : le regard que les autres portent sur elles a changé.

Un poil frustrant dans une partie de son dénouement, même si celui-ci est fort joli, Des millénaires de silence nous attendent reste néanmoins, et surtout, une belle nouvelle qui parle de la vie telle qu'elle est, pleine de réalité ordinaire et concrète. Comme à son habitude, Catherine Dufour, par sa plume dynamique, porte un regard perçant sur la société, particulièrement ici sur ce qu'elle attend de chacune, dans un texte qui sonne vrai.

Nouvelle lauréate du Prix des lecteurs 2020 de Bifrost et offerte en téléchargement gratuit par Le Bélial' jusqu'au 28 février, merci à eux.

Couverture : Romain Étienne
D'autres avis : Tigger Lilly, Lorhkan, Xapur, FeydRautha, Célindanaé, Lhisbei, OmbreBones, lutin82, ...

lundi 15 février 2021

Thierry Di Rollo - Plaine-guerre

Plaine-guerre, Thierry Di Rollo, 2020, 30 pages (epub)

Le titre énonce parfaitement le cadre : une plaine où se déroule une guerre perpétuelle. Sed y est soldat, affecté à la garde d'un char, quand une permission lui est accordée pour rentrer en zone libre.

Plaine-guerre est une nouvelle éminemment sombre. Si elle comporte une certaine envie d'espoir, elle exprime surtout une grande futilité et lassitude, sur fond de bêtise humaine. Manquant de puissance pour être marquant sur la durée, cela reste un instantané - un panorama plus qu'un récit - dont il se dégage indéniablement quelque chose et qui s'admire comme une triste, mais belle, photographie.

Nouvelle lauréate du Prix des lecteurs 2020 de Bifrost et offerte en téléchargement gratuit par Le Bélial' jusqu'au 28 février, merci à eux.

Couverture : Nicolas Fructus
D'autres avis : Tigger Lilly, Lorhkan, Xapur, Gromovar, Le chien critique, Lhisbei, Anudar, ...

mercredi 10 février 2021

Ariel Holzl - Belle de gris

Belle de gris, Ariel Holzl, Tome 2/3 des Soeurs Carmines, 2017, 265 pages

Comme dans Le Complot des corbeaux, Belle de gris suit les aventures des Soeurs Carmines dans Grisaille, une ville étonnante où tout le monde semble parfaitement s’accommoder de l'ambiance funeste qui y règne, amusant décalage qui participe de l'humour du récit. Ce deuxième tome est particulièrement consacré à Tristabelle Carmine dans sa quête pour devenir la dame de compagnie de la Reine.

Belle de gris est aussi excellent que l'était Le Complot des corbeaux, si ce n'est plus. C'est difficile à dire car si l'on retrouve tous les éléments qui faisaient la qualité du premier, ce n'en absolument pas une redite. La raison ? Le personnage-narrateur de Tristabelle, cynique, arrogante et sûre d'elle - tout le contraire de Merry - dont la gouaille - qui va jusqu'à briser régulièrement le quatrième mur - pimente la lecture de bout en bout. Chapeau à Ariel Holzl pour tenir admirablement le procédé pendant tout l'ouvrage et à s'en servir avec grande intelligence.

Belle de gris confirme parfaitement la qualité des Soeurs Carmines. Un tome fort plaisant à lire, fun dans le ton et surprenant jusqu'au bout dans l'intrigue. Le dernier volume sera, de manière logique, consacré à Dolorine, la petite soeur de la famille. J'ai hâte.

Couverture : Melchior Ascaride
D'autres avis : Sabine, Sometimes a book, Elhyandra, Célindanaé, Chut Maman lit !, Zina, Yuyine, Marc, ...

vendredi 5 février 2021

Une Heure-Lumière - Hors-Série 2020 (Kij Johnson - Retour à n'dau)

Retour à n'dau, Kij Johnson, 2020, 78 pages

Les Hors-Séries de la collection Une Heure-Lumière sont des petites friandises annuelles offertes pour l'achat de deux novellas de l'excellente collection du Bélial' dédiée au format mi-court. Cette édition 2020 se compose de trois parties dont la pièce centrale est une nouvelle de Kij Johnson. Après elle se trouve le catalogue de tous les titres de la collection, auréolés d'une petite citation qui permet de faire un quasi-who's who d'un certain microcosme de chroniqueurs d'imaginaire.

Avant elle se trouve une série de courtes interviews des traducteurs des 23 premières novellas étrangères de la collection. C'est tout à fait intéressant à lire et cela me donne l'occasion parfaite de remercier publiquement Erwann Perchoc, Eric Betsch, Jean-Daniel Brèque, Michelle Charrier, Sylvie Denis, Pierre-Paul Durastanti, Mélanie Fazi, Gilles Goullet, Anne-Sylvie Homassel, Mathieu Prioux et Laurent Queyssi pour leur travail primordial - et à priori excellent - qui nous permet de lire de si bons textes. Merci.

Et donc, la nouvelle, Retour à n'dau. Katia et sa famille sont éleveurs de chevaux. Ils parcourent la planète au rythme du déplacement lent du soleil, de Midi à Aube, pour être en n'dau, la position idéale, celle qui doit être, où l'ombre de chaque individu correspond parfaitement à son gabarit. Mais leur cheminement sera bouleversé par l'arrivée d'une troupe de cavaliers étrangers.

Retour à n'dau est une sublime nouvelle qui traite notamment de résilience. Sans en avoir toute la puissance, quoique, elle se rapproche en de nombreux points de l'excellentissime Un Pont sur la brume. Par la création d'un univers simple mais dépaysant et captivant d'une part, où se déroule une histoire simple, avec des personnages normaux, mais passionnante. Et surtout par la capacité de Kij Johnson à écrire les non-dits, tout en subtilité, et à exprimer toute la beauté qu'il peut s'en dégager. Retour à n'dau est comme un diamant : son éclat ne tient pas à sa taille mais à la finesse de son travail. Et Kij Johnson est une excellente diamantaire.

Couverture : Aurélien Police / Illustrations intérieures : Nicolas Fructus / Traduction : Anne-Sylvie Homassel
D'autres avis : Vert, Lorhkan, Xapur, lutin82, Célindanaé, OmbreBones, Apophis, Yuyine, Shaya, ...

dimanche 31 janvier 2021

Katherine Arden - L'Ours et le Rossignol

L'Ours et le Rossignol, Katherine Arden, Tome 1/3 de la Trilogie d'une nuit d'hiver, 2017, 351 pages

Vassia est une jeune fille vivant avec sa famille dans les contrées froides du Nord de la Rus'. À une époque où le christianisme supplante peu à peu les vieilles traditions, elle a hérité de sa mère la faculté de voir les anciennes divinités qui peuplent le village et la forêt avoisinante. C'est cette capacité qui la placera au coeur d'une lutte entre deux de ces mythiques entités.

L'Ours et le Rossignol est un sympathique ouvrage qui vaut principalement pour son héroïne, une jeune fille/femme énergique et volontaire, ainsi que pour son cadre, la campagne russe et son folklore, particulièrement des esprits de la maison et de la nature. Une ambiance de conte pour un livre qui se lit d'ailleurs un peu comme un conte.

L'ouvrage se divise en trois parties. La première est une mise en place agréable, qui laisse du temps et de la place à son héroïne pour grandir quand la dernière est une conclusion active qui termine de manière satisfaisante l'intrigue et fait de ce livre un one-shot tout à fait acceptable. Malheureusement, entre les deux se déroule la plus longue partie du récit qui est d'un niveau moindre : une inéluctable suite de péripéties qui traine à accomplir quelque chose de surprenant, s'avérant surtout lassante, d'autant plus que la situation vécue par Vassia n'est guère agréable à suivre.

Un bémol qui empêche L'Ours et le Rossignol d'être une excellente lecture, mais ne l'empêche pas d'être tout de même un bon livre. Et si la fin est satisfaisante, elle donne aussi envie d'en lire plus, en espérant réaliser pleinement les promesses de plus grande qualité que les premières et dernières dizaines de pages laissent entrevoir. Ça tombe bien, il existe deux autres tomes.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jacques Collin
D'autres avis : Vert, Lune, Gromovar, Cédric, Célindanaé, lutin82, Boudicca, Lorhkan, Elhyandra, Anudar, Lhisbei, Yuyine, Alys, ...

mardi 26 janvier 2021

Bulles de feu #30 - Kris et Galic raconte des Histoires

Nuit noire sur Brest, Bertrand Galic, Kris et Damien Cuvillier, 2016, 64 planches

Le 29 août 1937, un sous-marin espagnol fait surface aux abords de Brest, en quête de réparations. En pleine guerre civile espagnole, le bâtiment est alors l'objet d'une lutte entre républicains et franquistes pour en récupérer le contrôle. Mais le conflit n'est pas qu'espagnol : les militants locaux de tous bords sont aussi de sortie pour aider discrètement leurs alliés respectifs.

Adaptant le livre Nuit franquiste sur Brest de Patrick Gourlay - qui signe ici un dossier additionnel très complet - Nuit noire sur Brest conte l'histoire vraie - et certainement méconnue pour nombre de lecteurices - de ce sous-marin qui amena la guerre civile espagnole en terre brestoise. Habitués de ce genre de sujets, les auteurs offrent une BD aussi prenante pour son intrigue que pour sa dimension historique. Le tout servi par un dessin qui, s'il pêche parfois un peu dans la caractérisation des personnages, rend très bien le caractère sombre et brumeux de l'affaire.

Quelques planches ici.

Violette Morris, à abattre par tous moyens, Bertrand Galic, Kris, Marie-Jo Bonnet et Javi Rey, Tome 1 et 2/4, 2018/2019, 62/54 planches

Connaissez-vous Violette Morris ? C'est pourtant l'une des plus grandes sportives françaises de l'Histoire, à une époque où il était encore bien moins évident qu'aujourd'hui d'en être une, avant-gardiste résolue à briser les barrières de son temps, mais qui finira abattue par la résistance le 26 avril 1944.

« Bien que le personnage de Violette Morris ait réellement existé, ce livre est une fiction, enquête imaginaire à la recherche de la vérité de ce personnage. »
Difficile en fait de réellement connaître Violette Morris, dont les implications en tant que collabo (et les circonstances de la mort) restent troubles. Cette série s’appuie sur les travaux de Marie-Jo Bonnet qui remet notamment en cause la thèse longtemps admise de son rôle en tant qu'espionne et tortionnaire. Si la question de sa mort sert de point de départ à l'intrigue, le sujet sera plus longuement abordé dans les tomes restants à paraitre.

Pour l'heure c'est surtout le volet sportif de la vie de Violette Morris qui est mis à l'honneur et c'est fort intéressant à suivre. Il est surtout fascinant de découvrir la liberté et la volonté de cette femme, dont la vie est de celles qu'on croirait inventées par un scénariste peu rigoureux sur la plausibilité de son histoire. Vivement la suite.

Quelques planches ici.

vendredi 22 janvier 2021

Colson Whitehead - Apex

Apex, Colson Whitehead, 2006, 202 pages

Un célèbre consultant en nomenclature, ayant notamment nommé le fameux Apex, arrive dans la petite ville de Winthrop. Pour sa première mission après une petite "infortune" qui le voit désormais boiter, il doit être l'arbitre d'un conflit municipal et décider si la ville doit changer de nom pour un toponyme plus moderne.

Apex est un court roman vif, fait de phrases courtes et de rebonds continus entre deux fils narratifs : dans le présent, le nouveau nom de Winthrop ; dans le passé, l' "infortune" du personnage principal qui se dévoile peu à peu. Les enjeux peuvent sembler minces mais ils sont suffisants pour tenir en haleine le lecteur, avec en arrière-plan la radiographie d'une bourgade américaine lambda - thème classique de l'auteur - et la présentation d'un homme sensiblement désabusé.

Si Apex n'est certainement pas le roman le plus percutant de l'auteur, il reste toutefois une lecture tout à fait sympathique dont l'ambition peut-être moindre n'empêche pas le livre d'avoir un petit fond intéressant sur le marketing, la mémoire et la condition noire. Le tout porté, évidemment, par la plume expressive de Colson Whitehead. Ce qui n'est que justice pour un roman dont le fil directeur est la recherche du bon nom, du bon mot. Il est certain que Colson Whitehead sait les trouver.

Couverture : photo © Adri Berger / Traduction : Serge Chauvin

dimanche 17 janvier 2021

Octavia E. Butler - La Parabole du semeur

La Parabole du semeur, Octavia E. Butler, Tome 1/2 des Paraboles, 1993, 388 pages

États-Unis, 2024. Le chaos se propage : l'eau vient à manquer, les exactions se multiplient, la loi du plus fort prend peu à peu place dans sa version la plus triviale. Dans une petit quartier ceint d'un mur de protection vit la famille Olamina. Fille du pasteur de cette petite communauté, Lauren, jeune adolescente éveillée et lucide sur le destin du monde, souffrant d'hyperempathie - elle partagent physiquement les plaisirs et douleurs des gens qui l'entourent -, rêve de partir pour le Nord et d'y mettre en application ses idéaux.

La Parabole du semeur est un récit apocalyptique dur et violent. Il n'est pas beau de voir ce qu'est devenu le monde et les extrémités auquel il pousse. Ce qu'il est devenu ou ce qu'il devient même, car l'ouvrage d'Octavia E. Butler est peut-être encore plus d'actualité aujourd'hui qu'au moment de sa sortie, désespérément réel.

Fort heureusement, dans toute cette noirceur, La Parabole du semeur est aussi un roman plein d'espoir et de notes positives. L'autrice y parle de résistance, de multiculturalisme, d’acceptation, de mixité, de respect, ... Le tout symbolisé par une "religion", une idée fédératrice portée par l'héroïne, dont les extraits parsèment l'oeuvre et qui touche juste.

Je n'aime généralement pas les romans apocalyptiques/post-apocalyptiques et la religion est très loin d'être un sujet qui m'attire. J'ai adoré La Parabole du semeur. C'est excellent de bout en bout, un road-trip apocalyptique qui présente tout autant la violence et la misère dans lequel notre monde s'enfonce qu'une voie pour s'en sortir. C'est dur, c'est lucide et c'est beau. Un foutu espoir plein de difficultés et de peines, mais surtout un foutu espoir, toujours.

Couverture : Rampazzo / Traduction : Philippe Rouard
D'autres avis : Shaya, ...

mardi 12 janvier 2021

Ariel Holzl - Le Complot des corbeaux

Le Complot des corbeaux, Ariel Holzl, Tome 1/3 des Soeurs Carmines, 2017, 263 pages

À Grisaille, une ville sordide où les mauvais coups sont bien plus fréquents que les bons, Merry, Tristabelle et Dolorine sont trois soeurs qui tentent de survivre et sortir de la misère. Jeune monte-en-l'air, Merry pense tenir un bon vol dans les hauts quartiers de la ville, mais se retrouve finalement au centre d'une affaire mêlant les huit grandes familles de Grisaille.

Le Complot des corbeaux est un livre fort plaisant. Bien plus que ce que son cadre pourrait laisser penser, une ville sinistre et brumeuse où il ne fait guère bon vivre et où se côtoient des types de personnages classiques - assassins, vampires, nécromants, ... - revisités avec style par Ariel Holzl dans une sorte de fantasy urbaine victorienne sombre. C'est à la fois peu gentillet et tout à fait fun, dans un mélange fort bien réussi.

Les vingt premières pages, un peu plates et lambdas, peuvent laisser planer le doute. Mais celui-ci s'évapore bien vite dès l'apparition de Dolorine et de sa fraicheur. Les personnages prennent alors bien plus de personnalités, deviennent attachants, et les enjeux se développent rapidement. Le Complot des corbeaux se dévore ensuite tout seul, très plaisamment, comme une friandise fort agréable - un peu, mais dans un genre tout à fait différent, comme le Journal d'un AssaSynth de Martha Wells. À consommer sans modération.

Couverture : Melchior Ascaride
D'autres avis : Sabine, Sometimes a book, Elhyandra, Célindanaé, Chut Maman lit !, Zina, Yuyine, Marc, ...

jeudi 7 janvier 2021

John Crowley - Kra

Kra, John Crowley, 2017, 505 pages

Une corneille blessée se pose dans le jardin d'un homme. Celui-ci la recueille, la soigne, et découvre qu'il peut communiquer avec elle. Il va ainsi apprendre l'histoire - les histoires - de Dar Duchesne, la corneille immortelle.

Kra est un livre formidable. D'abord parce qu'on y suit pendant 500 pages les aventures d'une corneille et que ces tranches de vies sont passionnantes à suivre. Le changement de point de vue, inordinaire, associé à la plume poétique de John Crowley font déjà de Kra un très bon roman en soi. À cela s'ajoute, en filigrane, un grand panorama de l'humanité et de son Histoire où l'auteur dissèque intelligemment les coutumes les plus basiques de notre espèce.

Le sujet le plus essentiel de Kra est certainement la mort. Cela peut effrayer, et pourtant le livre n'est jamais déprimant, pesant ou même sombre. Intelligemment, John Crowley traite ce thème de manière sobre, par petites touches, variant subtilement sur des thématiques liées et faisant évoluant le propos au fil des parties. Présent sans être omniprésent, il accompagne la lecture tout en laissant amplement de la place au récit en lui-même. Ce n'en est que d'autant plus efficace.

Kra peut sembler un livre très particulier et ambitieux. Il est atypique, c'est vrai, mais dans le bon sens, celui de l'originalité, et sans tomber dans le bizarre, restant toujours facile à lire grâce à la plume belle et fluide de John Crowley. De loin, Kra est un peu comme une immense et imposante montagne qui parait inaccessible. Il faut pourtant se lancer. L'ascension s'avère en fait fort agréable, sans une trace d'effort, et le sommet est atteint sans même s'en rendre compte. Et comme souvent avec les merveilles de la nature, il est bien difficile d'en rendre toute la force de manière satisfaisante avec quelques mots. Mais de là-haut, je peux vous l'assurer, la satisfaction est au rendez-vous et la vue est magnifique.

Couverture : Sonia Chaghatzbanian / Illustrations intérieures : Melody Newcomb / Traduction : Patrick Couton
D'autres avis : Yuyine, Vanille, Célindanaé, ...

samedi 2 janvier 2021

Lucius Shepard - Sous des cieux étrangers

Sous des cieux étrangers, Lucius Shepard, 1992-2007, 457 pages

Sous des cieux étrangers est un recueil de 5 longues nouvelles, entre science-fiction et fantastique, de Lucius Shepard. L'auteur y démontre une nouvelle fois sa capacité à créer et décrire des microcosmes, des communautés en nombre restreint, et à y immerger complètement le lecteur, la magie de sa plume opérant à chaque fois. Il propose, comme à son habitude, des textes relativement sombres, voire violents, mais d'une violence lucide, celle de la réalité et de la vie ordinaire, exacerbée peut-être pour les besoins des récits mais aisément et indéniablement transposable.

Mais cette violence n'est nullement gratuite, et surtout pas vaine. Si cet aspect peut rebuter à priori, il est en fait le moteur d'une recherche de beauté et d'espoir. Car si l'humanité a ses déviances et ses mauvais penchants, l'humain lui peut toujours choisir et essayer de faire bien, de faire mieux. L'espoir est toujours présent dans ces cinq textes, à travers notamment des personnages qui s'accrochent et qui luttent. Mais ce n'est jamais un espoir simple, évident - à l'exception peut-être d'un aspect de Des étoiles entrevues dans la pierre, d'une gentillesse rare. C'est un espoir qui tâche, un espoir réaliste, et il en est encore plus puissant.

Sous des cieux étrangers est un excellent recueil de textes à la fois unis dans une certaine ambiance et thématique shepardiennes mais variés dans chaque intrigue et cadre. Du thriller entre futur et passé de Radieuse étoile verte au weird de Limbo en passant par le vaudou de Dead Money (où l'on retrouve avec plaisir l'univers du roman Les yeux électriques - dont Dead Money dévoile d'ailleurs la trame), chaque texte fonctionne et offre une belle contribution à l'ensemble. Avec comme point d'orgue Bernacle Bill le Spatial, un sublime texte, sans concession mais d'une beauté et d'une force rares, qui mérite certainement à lui seul la lecture du recueil.

Couverture : Pascal Casolari / Traduction : Jean-Daniel Brèque, Pierre K. Rey et Olivier Girard