dimanche 1 août 2021

Eoin Colfer - Mauvaise prise

Mauvaise prise, Eoin Colfer, Tome 2/? de Daniel McEvoy, 2013, 318 pages

Deuxième aventure pour Daniel McEvoy après les évènements de Prise directe. Soucieux de se ranger et de mener une vie plus calme, McEvoy s'apprête à ouvrir son club. Mais avant cela, il faut rester en vie et solder une ancienne dette, qui l'entraînera dans un puits apparemment sans fond d'improbables péripéties.

Mauvaise prise est un deuxième tome qui se lit de manière totalement indépendante. La preuve ? Je n'avais pas le moindre souvenir du premier volume. Et pourtant ça se lit très bien, de manière fluide et sans jamais donner l'impression de manquer quelque chose. De toute façon, il n'y a pas grand chose à manquer.

Mauvaise prise est un roman qui va pied au plancher du début à la fin, dans une avalanche de situations toujours plus débridées où la gouaille et les fanfaronnades du héros font le style et le plaisir du livre. Du pur divertissement, un peu (totalement) fou, qui atteint efficacement son objectif.

Couverture : © Image Source - Getty Images / Traduction : Sébastien Raizer

samedi 24 juillet 2021

Écran de fumée #17 - Imaginaire netflixien

Sweet Tooth, Saison 1/?, 2021, 8 épisodes de 40-50 minutes

Deux évènements majeurs arrivent simultanément sur la planète : un virus très mortel et contagieux décime une grande partie de la population et des hybrides, mi-humains mi-animaux, naissent inexplicablement. Les deux sont-ils liés et, si oui, dans quelle mesure ? Mystère. Quelques années plus tard, dans un monde effondré, Gus, hybride mi-garçon mi-cerf vivant au fin fond d'une forêt, va devoir prendre la route pour essayer de retrouver sa mère.

Oui, on ne sait pas vraiment comment ce monde post-apocalyptique continue de vivre aussi bien en matière de pétrole et d'électricité. Voilà pour le défaut de la série - avec les, rares, effets spéciaux sur les animaux sauvages, à la rigueur. Si vous êtes capables de passer outre cela, pour le reste c'est du tout bon.

Certes, Sweet Tooth est une série sensiblement calibré qui coche tout un tas de cases du bingo des séries. Mais ce n'est pas grave parce que ça fonctionne excellemment bien. C'est prenant, entraînant, frais, tout en étant joyeux et dur à la fois. Et, surtout, Gus a une bouille incroyable, la mignonitude incarnée, en plus d'un caractère particulièrement attachant. Ce qui ne doit rien enlever au reste du casting, lui aussi de qualité. Il n'y a pas à bouder son plaisir : ça fonctionne très bien et je reprendrai une saison 2, Ô combien nécessaire, avec grand plaisir.

Disponible sur Netflix


Katla, Saison 1/1, 2021, 8 épisodes de 40-45 minutes

Depuis un an, le Katla, volcan islandais enfoui sous une calotte glaciaire, est réveillé. La petite ville de Vik, à proximité, subit de plein fouet ses effets, avec en premier lieu les cendres volcaniques qui obstruent le ciel et recouvrent tout, donnant au paysage des allures apocalyptiques. Alors que la plupart sont partis, quelques habitants continuent d'y vivre, espérant la fin prochaine de l'éruption. Une vie presque tranquille. Jusqu'à ce qu'une femme recouverte de cendres apparaisse à proximité du volcan.

Si ce mystère est un élément essentiel et important de la série, le focus principal se porte sur les différents personnages principaux. Impossible néanmoins d'en dire beaucoup plus, le thème du récit étant lui-même une clé de la série et doit se découvrir au visionnage. Notez seulement que le sujet est fort, essentiel, et très bien pensé. Surtout, pour une série "à personnages", l'intrigue n'est pas en reste et permet de conserver une tension permanente et régulièrement ravivée, ajoutant une agréable facilité de visionnage.

Katla est une excellente série teintée d'imaginaire. Puissante et sans compromis dans son propos - attention, le dernier épisode est particulièrement violent psychologiquement, au point de démarrer par un trigger warning -, elle est aussi somptueuse dans son cadre islandais cendreux. Assurément une série à voir.

Disponible sur Netflix
D'autres avis : Poutine Hurlante (merci à lui pour la découverte !), ...

dimanche 18 juillet 2021

Une Heure-Lumière - Hors-Série 2021 (Greg Egan - Un Château sous la mer)

Un Château sous la mer, Greg Egan, 2020, 73 pages

Rufus, Linus, Caius et Silus sont des quadruplés, semblables physiquement et partageant un lien psychique très fort. Et ce n'est pas qu'une image. En effet, sujets d'expérience lorsqu'ils étaient petits, ils partagent désormais tous leurs souvenirs, chacun récupérant chaque nuit les souvenirs de sa fratrie comme si c'étaient les siens. Mais un jour, le lien avec Linus est coupé et ce dernier disparait brutalement.

Un Château sous la mer est une novella très prenante qui se lit comme un thriller. Le postulat science-fictif servant de base au récit est abordable, malgré une aura assez impressionnante, et ajoute des complications intéressantes à l'intrigue. Rien n'est particulièrement très développé, mais cela n'empêche pas le texte d'être fort plaisant et accessible.

À l'exception de sa fin, abrupte au possible. J'ai beau avoir relu trois-quatre fois les trois dernières pages, je suis absolument incapable de les expliciter. C'est au-delà de la fin ouverte : quelques infimes indications sont données et au lecteur de se débrouiller avec ça, sans réels indices. J'ai surement raté quelque chose ou suis trop bête pour le comprendre, je peux l'admettre. Mais la frustration est d'autant plus forte que la rupture est vraiment brutale et inattendue. C'est d'autant plus dommage que tout ce qui précédait était vraiment appréciable.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : L'Épaule d'Orion
D'autres avis : FeydRautha, Dionysos, Apophis, Vert, Célinedanaé, ...

lundi 12 juillet 2021

Rosa Montero - Le Temps de la haine

Le Temps de la haine, Rosa Montero, Tome 3/3 des aventures de Bruna Husky, 2018, 354 pages

Le Temps de la haine est le troisième et dernier roman mettant en scène la réplicante Bruna Husky, après Des Larmes sous la pluie et Le Poids du coeur. Il est dans la droite lignée de ce dernier, c'est-à-dire bon sans être au niveau d'excellence du tome initial.

Le Temps de la haine est un roman qui se lit comme un énième tome d'une série policière. Vous y retrouvez avec plaisir un cadre et des personnages connus, évoluant - un peu - en marge d'une intrigue de type thriller. Cette dernière ne révolutionne rien, voire est globalement prévisible, mais reste pourtant très efficace. C'est une alternance, à parts quasi-égales, de petites choses bien pensées et d'autres petites choses moins inspirées et plus faciles - dont la fin en mode TGV. Le tout reste majoritairement positif, fonctionnant surtout par l'attachement préalable que le lecteur a pour la série.

Couverture : Illustration © Westend61 - Getty images / Traduction : Myriam Chirousse
D'autres avis : Lune, Gromovar, Yogo, ...

mardi 6 juillet 2021

Lucius Shepard - Abimagique

Abimagique, Lucius Shepard, 2007, 100 pages

Tu ouvres le livre et, connaissant l'auteur, tu crois savoir à quoi t'attendre. Pourtant une première surprise t'attend avec cette narration à la deuxième personne. L'étonnement sera bref. Quelques pages et tu as déjà oublié le procédé, preuve suffisante qu'il fonctionne. Tu en découvriras les raisons en postface. Peu importe qu'elles soient anecdotiques et importantes à la fois : ta lecture est plaisante et tu es pleinement dans l'ouvrage.

Tu fais la rencontre d'Abi - personne ne l'appelle réellement Abimagique - et tu es rapidement envouté. C'est une attirance inexplicable, presque magique, qui bouleversera ta vie de manière inattendue. C'est sexuel oui, forcément, mais ce n'est pas que ça, c'est bien plus que ça. Tu côtoieras l'insaisissable et tu tenteras d'y appliquer des mots pour lui donner du sens. Peine presque perdue. Mais ton corps ressent, comprend, lui, et c'est ce qui compte.

Tu vivras une histoire d'amour, une sorte d'histoire d'amour, comme seul Lucius Shepard sait en faire. Tu regretteras ton manque de foi initial : rien de rétrograde ici, au contraire. C'est crue, brute, étrange, atmosphérique. C'est la vie, une certaine vie, dérangeante mais finalement si vraie. Et tu concluras ta lecture par des mots sublimes, marqué par cette rencontre, une rencontre comme on en fait peu.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jean-Daniel Brèque
D'autres avis : Vert, Gromovar, FeydRautha, Lorhkan, Celinedanaé, Elhyandra, OmbreBones, Apophis, Boudicca, Yuyine, ...

mercredi 30 juin 2021

Emily St. John Mandel - Station Eleven

Station Eleven, Emily St. John Mandel, 2014, 475 pages

En pleine représentation du Roi Lear, Arthur Leander s'effondre et meurt, malgré l'intervention rapide d'un secouriste, sous les yeux de Kirsten Raymonde, une jeune enfant actrice.
« De tous ceux qui étaient présents ce soir-là, ce fut le barman qui survécut le plus longtemps. Il mourut trois semaines plus tard, sur la route, en quittant la ville. »
Deux périodes se chevauchent dans la narration de Station Eleven : l'avant épidémie, où l'on découvre la vie d'Arthur et de certains autres personnages gravitant autour de lui, et l'après épidémie, où les rares survivants, Kirsten en premier lieu, évoluent dans un monde post-apocalyptique. Les deux trames, en plus d'avoir leurs vies propres, sont évidemment liées, se développant l'une l'autre. À défaut d'être réellement ambitieuse, restant finalement assez simple, cette construction est réussie et est surement l'une des points forts de l'ouvrage.

Bien plus axé sur des tranches de vie que sur une véritable intrigue, Station Eleven est un bon roman, solide, mais qui ne m'aura jamais enthousiasmé plus que ça. Il comporte pourtant pas mal de bons éléments, mais beaucoup semble avoir déjà été vu en mieux ailleurs. Surtout, l'assemblage fonctionne mais manque d'une étincelle, d'un petit quelque chose pour rendre le récit vraiment spécial. Un roman néanmoins plaisant à lire, loin d'être morose malgré la thématique, mais qui ne m'aura pas marqué plus que ça.

Couverture : Michael Kenna / Traduction : Gérard de Chergé
D'autres avis : Lune, Lorhkan, Gromovar, Yuyine, Yogo, Acr0, ...

jeudi 24 juin 2021

Charles Yu - Chinatown, Intérieur

Chinatown, Intérieur, Charles Yu, 2020, 270 pages

Willis Wu est un acteur américain d'origine taïwanaise. Vivant à Chinatown, il enchaine les petits rôles d' "Asiat' de service". Avec un rêve à l'esprit, depuis qu'il est petit : devenir Mister Kung-Fu, la tête d'affiche asiatique d'un film d'arts martiaux, symbole ultime de réussite.

Chinatown, Intérieur est un excellent roman, tant sur le fond que sur la forme. Une forme présente dès le titre, une didascalie qui n'est qu'un infime exemple du style employé à l'intérieur, tout en mise en forme de scénario. Un choix surprenant mais finalement très malin, qui brouille les cartes entre la vie filmée de Willis et sa vie hors-caméra, les deux se mélangeant et résonnant allègrement.

Autant scénario de film que scénario de vie, Chinatown, Intérieur pointe le système hollywoodien mais surtout et plus globalement le racisme anti-asiatique des États-Unis où le focus d'opposition n'est qu'entre Noir et Blanc. Charles Yu sait évidemment de quoi il parle, lui-même américain d'origine taïwanaise. Il propose un intelligent décorticage, sans apitoiement, des raisons de ce racisme, n'épargnant pas les asio-américains eux-mêmes pour leur intégration subconsciente de cet état de fait. Et ce avec un roman agréable à lire et créatif. Indéniablement un roman majeur sur le sujet.
« (...) et c'est comme si vous veniez juste d'arriver, et pourtant c'est comme si vous n'étiez jamais vraiment arrivés. Vous êtes censés être là, dans un nouveau pays, plein d'opportunités, mais sans savoir comment, vous vous retrouvez piégés dans une version de pacotille de votre ancien pays. »
Couverture : Elena Vieillard / Traduction : Aurélie Thiria-Meulemans
D'autres avis : Gromovar, Marc, ...

vendredi 18 juin 2021

Eoin Colfer - Le Dernier Dragon sur Terre

Le Dernier Dragon sur Terre, Eoin Colfer, 2020, 399 pages

Vern est un dragon, le dernier vivant sur Terre. Pour échapper aux humains, il se terre au fond du bayou, au large de La Nouvelle-Orléans, regardant des séries et buvant des litres de vodka pour passer le temps et ne pas se faire repérer. Une vie solitaire, trop solitaire, désèspérement solitaire. Jusqu'à ce que le hasard lui fasse rencontrer Squib, un jeune garçon débrouillard qui va considérablement modifier sa routine de vie.

Le Dernier Dragon sur Terre est un sympathique roman, enlevé et efficace comme sait si bien en faire Eoin Colfer. Si la première partie pose de sympathiques personnages - sauf le méchant, vraiment méchant - et de solides bases et problématiques qui font sens, la seconde moitié offre un récit bien plus actif et musclé, ce qui n'est pas tout à fait surprenant quand on connait l'auteur. C'est franchement agréable et prenant à lire.

Loin d'un roman classique de fantasy, il propose un ton et un cadre moderne, avec ses références de pop culture et ses grossièretés saupoudrées en quantité raisonnable. Nullement enfantin malgré une certaine simplicité, le roman est aussi parsemé de quelques scènes qui pourraient faire une belle liste de content warning. Le tout donne une sorte de Peter et Elliott le dragon version adulte et réactualisée - mais ne dites rien à Vern, il me cramerait s'il savait que j'ai écrit ça - tout à fait plaisant.

Couverture : MUTI - Folio Art / Traduction : Jean-François Ménard
D'autres avis : Vert, ...

samedi 12 juin 2021

Laurine Roux - Une immense sensation de calme

Une immense sensation de calme, Laurine Roux, 2018, 119 pages

Une jeune femme rencontre et tombe éperdument amoureux d'un mystérieux homme des bois, livreur de poissons séchés à des personnes isolées dans la montagne. C'est le début d'une nouvelle vie dans un monde troublé et déliquescent.

Comme ce piètre résumé ne le montre pas, Une immense sensation de calme est un court roman très réussi, tout en ambiance, entre post-apo et nature writing. Comme ce résumé le montre, l'histoire de base est déroutante, peu engageante, et il faudra un certain temps, jusqu'à peut-être comme moi l'histoire plus consistante et linéaire de la vie de Grisha, pour réellement accrocher au récit.

Pourtant, la réussite de la construction est déjà en cours. Car si le départ est quasiment frénétique, plein de pulsions et d'une vivacité débordante, mettant à rude épreuve les capacités du lecteur à assimiler l'univers et les personnages, l'apaisement l'emporte peu à peu. Sans nous en rendre compte, le livre a créé une petite bulle paisible, en accord parfait avec le cheminement de la narratrice, jusqu'à procurer une immense sensation de calme. Chapeau.

Couverture : Fog, hearth, © SirisVisual
D'autres avis : Yuyine, ...

dimanche 6 juin 2021

David Mitchell - L'Âme des horloges

L'Âme des horloges, David Mitchell, 2014, 780 pages

Après une dispute avec sa mère, Holly Sykes, 15 ans, décide de fuguer. Pensant se réfugier chez son petit-ami, elle découvre que celui-ci la trompe et prend alors la route.

Voilà pour le résumé plus que succinct de l'histoire. Ou plutôt le résumé du début de la première partie de l'histoire, pour ce roman où chacune des grandes parties suit le point de vue d'un personnage différent, à première vue indépendant du reste mais qui s'avèrera finalement toujours lié à Holly Sykes, qui sert de fil rouge au livre.

Le résumé est aussi succinct car l'un des plus grands plaisirs de cette lecture est de découvrir peu à peu le mystère existant via la partie fantastique du récit et ses implications littéralement hors du commun. Les quatre premières parties peuvent à ce titre presque être considérées comme de la mise en place. Ce sont pourtant les plus passionnantes, des fragments de vie admirablement narrés, simples et tortueux à la fois.

L'excellence de ce qui représente les 4/6èmes du roman laisse ensuite place à une partie consacrée à la résolution de l'aspect imaginaire du récit, active et solide mais un chouïa en dessous. Comme un comble, c'est presque trop de pur imaginaire. À tellement bien présenter ses personnages et à faire de L'Âme des horloges un roman traitant des causes et conséquences ordinaires d'un évènement extraordinaire, David Mitchell en arrive à un point où l'intrigue principale devient presque secondaire et offre moins d'effervescence de lecture. C'est aussi un peu le cas de la dernière partie du livre, qui ravira celleux qui n'aiment pas les fins ouvertes. Une partie qui change de registre, plus politique et écologique, plus dure dans son ton, qui tranche de manière déroutante avec le reste.

Malgré ces petits bémols, de l'ordre du détail, L'Âme des horloges est un très bon roman tout à fait enthousiasmant, à la construction admirable. Une entrée dans l'oeuvre de David Mitchell pour ma part, mais qui ne sera à coup sûr pas ma dernière lecture de l'auteur.

Couverture : Cédric Scandella / Traduction : Manuel Berri
D'autres avis : Vert, Lune, Gromovar, TmbM, Lorhkan, Yogo, Acr0, Cédric, ...

vendredi 28 mai 2021

Terry Pratchett - Trois soeurcières

Trois soeurcières, Terry Pratchett, Tome 6/35 des Annales du Disque-Monde, 1988, 348 pages

À la mort du roi Vérence, assassiné par son cousin le duc Kasqueth, son fils, encore nourrisson, est recueilli par trois sorcières. Pour le protéger, et lui permettre d'un jour accomplir son destin, celles-ci le confient à une troupe de théâtre sur le point de quitter le royaume.

Deuxième apparition dans les Annales pour Mémé Ciredutemps, après le peu mémorable La Huitième fille, en compagnie cette fois de ses deux consoeurs Nounou Ogg et Magrat Goussedail. Et le résultat est bien plus probant avec ce tome consacré au théâtre, avec tous les ingrédients classiques du genre, et plus particulièrement aux tragédies

Heureusement, le drame reste bien léger. S'il ne provoque pas un tonnerre de francs éclats de rire, Trois soeurcières reste un livre amusant et bien rythmé avec tout un tas de sympathiques personnages - sauf une (oui, vous, duchesse). Ni le pire ni le meilleur, un tome dans la moyenne.

Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton
D'autres avis : Tigger Lilly, ...

samedi 22 mai 2021

Colson Whitehead - Nickel Boys

Nickels Boys, Colson Whitehead, 2019, 255 pages

Floride, années 1960. Elwood Curtis, jeune noir passionné par le message de Martin Luther King, s'apprête à rentrer à l'université. Mais sur le trajet, il est arrêté par erreur et envoyé en maison de correction, à Nickel. Un lieu fort respectable vu de l'extérieur mais qui cache en fait une terrible face sombre et s'avèrera un véritable enfer.

"[Colson Whitehead] donne avec ce nouveau roman saisissant une sépulture littéraire à des centaines d’innocents, victimes de l’injustice du fait de leur couleur de peau" dit la quatrième de couverture. Et c'est parfaitement vrai. Car si Nickel est une école fictive, elle est plus qu'inspirée par la très réelle Florida School for Boys. Mais Nickel Boys n'est pas pour autant juste le récit d'un scandale - le mot est faible - au sein d'une école. C'est tout un système, d'éducation, politique ou de pensées, qui est à reconsidérer en le lisant.

Nickel Boys est un grand livre pour son fond implacable et nécessaire. Il l'est aussi pour sa forme, alors même qu'il n'est presque pas flamboyant - à l'exception notable de son excellente fin. Au contraire, le style est extrêmement simple et même froid, peut-être encore plus que dans les précédents écrits de l'auteur. Ça ne fait pourtant qu'en renforcer le propos. Car en ne cherchant pas à parler au coeur, c'est au cerveau que Colson Whitehead s'attaque directement, rendant encore plus terrible les actes odieux perpétrés presque anodinement. Et les émotions d'être finalement bien au rendez-vous, puissantes, après assimilation. Magistral.

Couverture : Design d'Oliver Munday - Photographie de Neil Libbert, Bridgeman Images / Traduction : Charles Recoursé
D'autres avis : Gromovar, Yuyine, ...

dimanche 16 mai 2021

Katherine Arden - La Fille dans la tour

La Fille dans la tour, Katherine Arden, Tome 2/3 de la Trilogie d'une nuit d'hiver, 2018, 402 pages

Si L'Ours et le Rossignol possédait sa propre fin, La Fille dans la tour en est tout de même la suite directe. Nouvelle plongée donc dans la Rus' médiévale où les anciennes croyances déclinent mais restent partie prenante de l'histoire, voire de l'Histoire...

C'est là peut-être le plus grand changement de ce deuxième tome. Alors que l'action de L'Ours et le Rossignol se situait presque essentiellement au sein d'un petit village de campagne, La Fille dans la tour élargit les horizons et prend la route. Bien que l'intrigue reste une nouvelle fois concentrée sur un petit groupe de personnages, la diversité et la grandeur du cadre permettent au récit de respirer et amènent un nouveau souffle, tant pour Vassia que pour le lecteur, en plus d'apporter une dose d'action bienvenue.

Si L'Ours et le Rossignol m'avait un peu laissé sur ma faim, La Fille dans la tour m'aura enchanté de bout en bout, améliorant à tous niveaux le premier tome. Sans pour autant ne se reposer que sur les effets de surprises - ce qui n'empêche pas les rebondissements, mais de manière sensée - ni oublier son fond de conte de fée féministe, l'intrigue est bien moins linéaire et n'est pas juste une série de péripéties un peu artificielles. Au contraire, ici la crédibilité règne et il y a du sens derrière les non-dits qui ne se prolongent pas de manière irraisonnable. Une nette progression qui donne un roman prenant et très agréable à lire.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jacques Collin
D'autres avis : Vert, Lune, Gromovar, Célindanaé, Boudicca, Lhisbei, Yuyine, Alys, ...

dimanche 9 mai 2021

Richard Matheson - Journal des années de poudre

Journal des années de poudre, Richard Matheson, 1991, 265 pages

En 1876, plusieurs années après leur dernière rencontre, Frank Leslie croise dans un saloon Clay Halser, as de la gâchette et véritable légende de l'Ouest. La rencontre est de courte durée puisque Clay sera tué quelques minutes plus tard. Chargé de ses affaires suite à son décès, Frank va tomber sur les carnets intimes du pistolier et découvrir la dure réalité derrière la légende.

Chose étonnante vu la collection où il est édité, Journal des années de poudre n'est nullement un roman d'imaginaire mais bien un western. Loin des représentations parfois idéalisées, Richard Matheson propose un Far-West sombre et cruel où il ne fait pas bon vivre. Plus encore, l'auteur détricote le mythe de la "légende", rendant son sens premier au terme, plein d'embellissement et d'exagération.

S'il n'a rien de transcendant, Journal des années de poudre reste un western plus que correct qui se lit de manière tout à fait agréable. Outre les qualités du récit en lui-même, il possède un très bon rythme notamment grâce à un astucieux système de coupes et de résumés réalisés par Frank Leslie dans le journal de Clay Halser. Un journal qui sent toujours la poudre mais qui n'a nullement pris la poussière.

Couverture : Benjamin Carré / Traduction : Brigitte Mariot

lundi 3 mai 2021

Terry Pratchett - Sourcellerie

Sourcellerie, Terry Pratchett, Tome 5/35 des Annales du Disque-Monde, 1988, 287 pages

Il est connu que les huitièmes fils de huitième fils deviennent des mages. Mais qu'adviendrait-il si, à l'encontre de toutes les règles leur enjoignant de ne pas fréquenter de femmes, un mage avait lui-même un huitième fils ? Ce dernier serait alors un sourcellier, une source de magie pure d'une puissance incomparable. C'est justement le cas de Thune, huitième fils du mage Ipslore. Oh, ne vous inquiétez pas, ce n'est rien de très grave, cela pourrait juste entraîner l'apocralypse.

Retour sur le Disque-monde un peu moins de 8 ans - ce qui aurait été hautement symbolique - après ma dernière exploration. Si mes précédentes lectures ne m'avaient pas laissé un souvenir irrésistible, Sourcellerie pourrait bien marquer un tournant majeur. Ce cinquième volume est en effet fort plaisant, avec un très bon dosage entre les aventures de Rincevent et compagnie - le Bagage et le Bibliothécaire en tête -, prenantes et engageantes (plus que leurs prédécesseuses), et la régularité des petites phrases rigolotes et amusantes. Un tome tout simplement fun qui se lit d'une traite.

Couverture : Marc Simonetti / Traduction : Patrick Couton
D'autres avis : Tigger Lilly, ...

mardi 27 avril 2021

George R.R. Martin & Lisa Tuttle - Elle qui chevauche les tempêtes

Elle qui chevauche les tempêtes, George R.R. Martin & Lisa Tuttle, 1981, 434 pages

Sur un monde constellé d'îles battues par les vents, les humains se divisent en deux catégories : les rampants, la majorité de la population, accrochés à leur terres, et les aériens, messagers pouvant voler d'îles en îles grâce à leurs ailes en métal tissé. Née rampante, Mariss a été recueillie par un aérien et a appris à voler. Mais son rêve est sur le point de s'achever quand elle apprend que c'est son demi-frère qui héritera des ailes et deviendra un véritable aérien.

Elle qui chevauche les tempêtes est un roman/fix-up composé de 3 récits - 5 en comptant les courts, mais bons, prologues et épilogues - narrant différentes étapes cruciales de la vie de Mariss. Une vie d'ampleur pour celle qui est née pour chevaucher les vents et qui aura des conséquences sur la marche du monde.

"Tempête", le premier récit, est une très belle novella de rêves et de luttes, très positive et fort touchante, valant déjà à elle-seule la lecture de ce roman. Difficile d'imaginer que la suite va être à la hauteur de cette entrée en matière. C'est exact : le deuxième récit, "Une-Aile", n'est pas à la hauteur, il lui est supérieur. Dans un ton bien moins gentillet, "Une-Aile" est une novella très intelligente sur les traditions, le respect et le pardon, tout en nuances et en teintes de gris, aux problématiques si réelles. "La Chute", troisième et dernier récit, ne peut logiquement pas rivaliser mais s'avère un texte malgré tout très bon, renouvelant une nouvelle fois les thématiques tout en gardant les qualités de l'ensemble.

À la fois intelligent dans ses idées, prenant grâce à ses personnages travaillés et ses intrigues dynamiques et fascinant par son univers décrit en peu de mots mais éminemment visuel, Elle qui chevauche les tempêtes est tout simplement un excellent livre. Où quand l'addition de deux grands talents produit une somme peut-être même supérieure au résultat escompté.

Couverture : Alain Brion / Traduction : Patrick Marcel
D'autres avis : Tigger Lilly, Xapur, Boudicca, Boudicca, ...

mardi 20 avril 2021

Amor Towles - Un Gentleman à Moscou

Un Gentleman à Moscou, Amor Towles, 2016, 573 pages

En 1923, à la suite de la révolution russe de 1917 et à l'instauration d'un régime communiste, le comte Alexandre Ilitch Rostov est condamné par un tribunal bolchévique en vertu de son statut d'aristocrate. Néanmoins, pour un poème aux accents révolutionnaires écrit des années auparavant, la sentence est plus clémente que prévu : le comte est condamné à ne plus quitter sa résidence, l'Hôtel Métropol en plein coeur de Moscou.

Est-il possible de rendre intéressant un roman se déroulant au sein d'un même hôtel pendant des décennies ? Oui, et c'est plus qu'intéressant, c'est passionnant. Un Gentleman à Moscou est un excellent roman qui met en scène un personnage principal exceptionnel. Le comte Rostov est un homme sensé, intelligent, fin observateur et agréable à vivre. Il est plein de classe et d'élégance, les vraies, pas de celles qui rabaissent leur entourage, bien au contraire.

Au fur et à mesure des pages, des personnages secondaires s'affirment, le passé se dévoile et l'évolution politique de l'URSS est habilement mis en scène en arrière-plan. Mais Rostov reste toujours l'élément central, frais et amusant, qui rend la lecture agréable de bout en bout. Il fait de cet hôtel un ilot de simplicité et de plaisir, et de ce livre un excellent roman, joli, touchant et optimiste.

Couverture : Mélissa Four / Traduction : Nathalie Cunnington
D'autres avis : Lune, Gromovar, Yogo, ...

mardi 13 avril 2021

Paul McAuley - Cowboy Angels

Cowboy Angels, Paul McAuley, 2007, 467 pages

En 1966, les États-Unis sont parvenus à créer des "portes de Turing", des portails vers des mondes parallèles où l'Histoire a suivi un cours différent. Cette découverte a amené la création d'une nouvelle force secrète, la Compagnie, visant à unir les États-Unis des différents mondes. Retraité de cette unité, Adam Stone va devoir reprendre du service quand un ancien équipier, à qui il doit la vie, est accusé d'avoir assassiné la même femme dans six univers différents.

Cowboy Angels est un roman qui coche un paquet de cases, en traitant à la fois d'uchronies, d'univers parallèles et de voyages dans le temps. Le mélange est globalement réussi, avec pas mal de bonnes idées, et sert de cadre à une intrigue entre roman d'action et thriller d'espionnage qui parvient à rester claire de bout en bout.

Si le récit est efficace, les deux premiers tiers ne sont pourtant pas vraiment satisfaisants. Un peu longuets, le problème vient surtout des personnages, absolument lambdas et ne créant aucune émotion. Heureusement, la dernière partie est bien plus prenante et se termine sur une fin plus humaine et un peu plus profonde que tout ce qui a précédé. Dommage qu'il faille passer par une première partie désespérément froide pour en arriver là.

Couverture : ? / Traduction : Bernard Sigaud

mardi 6 avril 2021

Ken Liu - Jardins de poussière

Jardins de poussière, Ken Liu, 2011-2018, 520 pages

Jardins de poussière est un recueil de 25 nouvelles du prolifique Ken Liu, composé spécialement pour la France par Ellen Herzfeld et Dominique Martel, les Quarante-Deux. L'information est d'importance car le sommaire est particulièrement soigné et réfléchi, organisant des nouvelles bien diverses en une suite tout à fait logique et qui fait sens à la lecture.

Ainsi on peut globalement discerner trois parties thématiques. La première parle de l'évolution des temps et de comment trouver sa place dans un monde en perpétuel mouvement. La deuxième se focalise plus spécialement sur des problèmes sociétaux, écologie et racisme en tête, avec bien souvent la relation sino-américaine en toile de fond. La troisième et dernière partie quant à elle élargit l'angle de vue et évoque les débuts et fins de la vie, qu'elle soit humaine, terrienne ou universelle. À noter que les genres évoluent aussi globalement au fil des pages, d'une science-fantasy dans les premières nouvelles à des textes bien plus hard-SF pour terminer.

Cette construction fait déjà de Jardins de poussière un très bon recueil. Et en plus, les textes sont largement à la hauteur. À part peut-être "Messages du Berceau (...)" et "Printemps cosmique" pour lesquelles je suis un peu passé à côté, toutes les nouvelles sont au minimum bonnes - pour les plus anecdotiques - jusqu'à excellentes pour un nombre conséquent de récits. Pour n'en citer que quelques-unes et ne pas rentrer dans un listing imbuvable, les trois nouvelles qui ouvrent le recueil - "Le Jardin de poussière", "La Fille cachée" et "Bonne chasse" - sont certainement parmi mes favorites. Sans surprise, ce sont aussi parmi les nouvelles les plus sensibles et touchantes, même si le recueil est globalement bien moins froid que ce que je pouvais craindre.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : Vert, FeydRautha, Gromovar, Marc, Sabine, Yogo, ...

jeudi 1 avril 2021

Bulles de feu #32 - Malgré tout

Malgré tout, Jordi Lafebre, 2020, 125 planches

Malgré tout est donc un sublime ouvrage qui a sa place au panthéon des plus belles histoires d'amour en BD, aux côtés par exemple de Un océan d'amour de Lupano et Panaccione. Une très belle histoire qui est magnifiée par un exercice de style superbement réalisé. Simplement parfait de la première à la dernière case. Ou inversement.

Agréables, les premiers chapitres sont surtout très surprenants, avec cette plongée dans une situation déjà établie et ce temps qui ne cesse de reculer. Pourtant, le procédé se fait très vite oublier pour laisser seulement place au pur plaisir de la lecture et à l'attachement imparable qui nait pour ces deux personnages et leur histoire aussi belle qu'étonnante. Le procédé n'est pas pour autant qu'accessoire : Jordi Lafebre multiplie les clins d'oeil et les échos pour lier intrigue et exercice de style, les deux ne faisant finalement qu'un, juste comme il faut, ajoutant de la poésie à la positivité du récit.

C'est sur ces deux cases que se termine le premier chapitre de Malgré tout, qui voit Ana et Zeno, deux sexagénaires - elle tout juste retraitée de son poste de mairesse, lui venant de valider sa thèse de doctorat - se retrouver enfin pour vivre leur histoire d'amour. Si vous trouvez qu'il y a comme un air de fin de récit dans ce point de départ, c'est normal : le "premier chapitre" est en fait le chapitre 20, celui qui conclut l'histoire. La suite - chapitre 19, puis chapitre 18, puis ... - reviendra, à rebours, sur la vie de ces deux individus et comment ils en sont arrivés là.
Quelques planches ici.
D'autres avis : Laetitia Gayet, ...

dimanche 28 mars 2021

Colson Whitehead - Zone 1

Zone 1, Colson Whitehead, 2011, 338 pages
« (...) tout le monde souffrait du SPAC. Selon Herkimet, il touchait soixante-quinze pour cent de la population survivante ; quant aux vingt-cinq pour cent restants, ils étaient en butte à des problèmes mentaux préexistants, évidemment exacerbés par la grande catastrophe. Bref, selon les dernières estimations, cent pour cent des gens étaient fous. Ça avait l'air assez juste. »
Survivant de la Dernière Nuit, Mark Spitz est désormais un ratisseur. Avec ses deux partenaires de l'unité Oméga, ils arpentent les secteurs qui leur sont confiés au sein de la Zone 1, l'île de Manhattan, pour débusquer les derniers zombies et préparer la zone à un possible retour à une vie normale.

Zone 1 est donc un roman de zombies à la sauce Colson Whitehead. Comme souvent, l'auteur y met en scène un personnage principal lambda, moyen, normal, pour évoquer de manière plus générale la masse, les gens qui ne font pas de vagues mais réfléchissent tout de même à leur sort. Évidemment, l'écriture de Colson Whitehead est toujours une grande force. Si elle comporte quelques fulgurances, elle ne repose pas spécialement sur les formules mais bien sur un certain sens de la narration, des mots bien agencés qui évoquent et provoquent des choses à la lecture.

Néanmoins, Zone 1 est certainement ma moins bonne expérience avec l'auteur jusqu'à présent. S'il reste d'un très bon niveau, je l'ai trouvé moins percutant, manquant d'un petit truc en plus, d'un aspect historique ou émotionnel que Colson Whitehead propose habituellement. Peut-être est-ce parce que ce sont les zombies qui doivent faire ici office de "valeur ajoutée" et que je ne suis pas très porté sur ce type de créatures ? C'est fort probable. Ça ne m'empêchera pas en tout cas de continuer à parcourir l'oeuvre de l'auteur.

Couverture : ? / Traduction : Serge Chauvin

lundi 22 mars 2021

Dave Hutchinson - Acadie

Acadie, Dave Hutchinson, 2017, 108 pages
« Or le premier venu, c'est moi, et ce pour les trois ans et demi à venir environ. Président de la Colonie : le type qui se tape le boulot que personne d'autre n'a la volonté ou la patience de faire et prend les décisions merdiques que personne ne veut assumer. »
La Colonie est installée dans un lointain système stellaire, vivant en autonomie loin du reste de l'humanité. Au sein de cette communauté, Duke Faraday est le président, élu car... il était celui qui le souhaitait le moins. Par chance, le poste est surtout honorifique. Sauf quand une sonde terrienne parvient à franchir les frontières de la Colonie, mettant en danger son avenir.

Acadie est une sympathique novella portée par son personnage principal. À première vue laconique et désabusé, Duke va se révéler un héros attachant, travailleur et efficace. Si la découverte du monde et de la clique de personnages qu'il côtoie est intéressante, c'est bien pour lui qu'on tourne rapidement les pages. Si la conclusion est aussi bonne qu'un peu décevante, il n'en reste pas moins un agréable texte qui se lit tout seul.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Mathieu Prioux
D'autres avis : Vert, FeydRautha, Gromovar, L'Ours inculte, OmbreBones, Lorhkan, Elhyandra, Elessar, Yogo, Apophis, Alias, Célindanaé, Dionysos, Yuyine, Marc, Laird Fumble, Le chien critique, ...

mercredi 17 mars 2021

Octavia E. Butler - La Parabole des talents

La Parabole des talents, Octavia E. Butler, Tome 2/2 des Paraboles, 1998, 582 pages
« Le ton eut vite fait de remonter ici et là. Quelques provocations entraînèrent des violations de cessez-le-feu en cascade. Là où des gouvernements, brusquement lucides, avaient entamé des pourparlers de paix, ceux-ci furent bientôt mis en lambeaux. La négociation exige courage et persévérance, la guerre est à la portée du premier imbécile. »
La Parabole des talents reprend le récit de La Parabole du semeur peu de temps après sa conclusion. Si cette dernière concluait de manière satisfaisante l'aventure, elle laissait une place évidente pour prolonger le récit. Ce qui est fait ici par l'autrice, toujours avec talent et réussite. Retour donc dans ces États-Unis d'un futur proche où le chaos règne et les oppressions fleurissent.

La Parabole des talents pourrait être divisé en trois parties : construction, souffrance et reconstruction. La première et la dernière laissent une grande place à Octavia Butler pour développer plus longuement et concrètement les idées déjà entrevues dans La Parabole du semeur. L'autrice y fait preuve d'une grande lucidité sur les rapports de forces et luttes de pouvoirs entre groupes sociaux, parlant tout à la fois du passé, du présent et du futur - car l'oppression et le fanatisme sont malheureusement intemporels.

Ces deux parties sont parfois rudes à lire, mais c'est sans commune mesure avec la partie centrale qui est d'une violence rare. C'est dur, très dur, mais c'est nécessaire pour montrer toute l'horreur dont est capable l'homme - et ce n'est nullement que de l'imaginaire, malheureusement (bis).

La Parabole des talents est un très bon livre dans la continuité de son prédécesseur, le prolongeant et le renouvelant admirablement. Toutes les qualités évoquées dans mon billet précédent restent valables et je ne fais ici qu'effleurer sa puissance. Tout aussi intelligent que violent, Octavia Butler parvient à livrer un récit malgré tout agréable à lire, tant parce qu'elle évite tout pathos ou condescendance que parce qu'elle préserve toujours une lueur d'espoir. Un diptyque à la hauteur de sa réputation, incontournable pour tout lecteurice d'imaginaire engagé.

Couverture : Rampazzo / Traduction : Iawa Tate
D'autres avis : JMG, ...

vendredi 12 mars 2021

Bulles de feu #31 - Un peu de SF

Mécanique céleste, Merwan, 2019, 194 planches

En 2068, la communauté rizicole de Pan vit tant bien que mal dans une France post-apocalypse nucléaire. Leur relative tranquillité est brisée lorsqu'un émissaire d'une grande puissance voisine, Fortuna, vient leur imposer un choix impossible : verser un trop lourd tribut de nourriture ou être envahi. Mais heureusement, une troisième voie, à double tranchant, existe pour Pan : régler le conflit à la Mécanique Céleste, une sorte de... balle au prisonnier.

Mécanique céleste ne brille pas réellement par l'originalité de son scénario, globalement classique, sans grande surprise et avec quelques éléments qui tombent bien. Mais malgré cela, c'est une BD qui fonctionne très bien, efficace et agréable à suivre, notamment grâce à la grande place laissée au visuel, simple, joli et expressif. Et puis il y a évidemment ces parties de balle au prisonnier qui sont au coeur du récit et qui permettent, outre le simple plaisir de voir de la balle au prisonnier, d'organiser un affrontement d'importance sans recourir à une sanglante violence. Cerise sur le gâteau, Merwan explicite intelligemment quelques cases un peu plus confuses via les commentateurs de l'épreuve et conclut son ouvrage d'une dernière planche habile et prédictive. Un plaisir simple à ne pas bouder.

Quelques planches ici.

Carbone & Silicium, Mathieu Bablet, 2020, 250 planches

Carbone et Silicium sont les deux premiers nés d'une nouvelle génération de robots, dotés d'une biochimie et d'une intelligence artificielle ultra performantes. Évoluant en vase clos dans le laboratoire de Noriko, ils rêvent de parcourir la Terre, ce qui les poussera à s'évader et à la découvrir, chacun à sa manière.

Carbone & Silicium est une volumineuse BD dont la taille est parfaitement utilisée pour poser son univers et ses personnages et les faire évoluer tous deux sur un temps long. Comme à son habitude, Mathieu Bablet décortique avec justesse, en peu de mots, les travers de la société, des humains et d'un certain avenir ultra-technologique. Si les idées sont présentes tout au long du récit, elles le sont particulièrement dans la première partie se déroulant en intérieur.

L'intrigue se poursuit ensuite en extérieur, et le dessinateur peut y exprimer au mieux tout son talent. Si les visages sont toujours assez particuliers et si le souci du détail des plans urbains reste impressionnant, c'est bien dans la liberté des grands paysages que le travail de Mathieu Bablet est le plus somptueux. Et ce à la fois dans le dessin, légèrement pastel, que dans les couleurs, offrant des ruptures fortes de tons mais pouvant aussi être magnifique de nuances.

Carbone & Silicium est à la croisée des travaux précédents de l'auteur, tant dans le style que dans le propos, entre l'engagement de Shangri-La et la beauté de Adrastée. Si cette dernière garde ma préférence, Carbone & Silicium reste une excellente BD qui ravira les misanthropes, un impressionnant projet, maitrisé de bout en bout, qui parle tout autant au coeur qu'au cerveau.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Yuyine, Vert, Vanille, ...

samedi 6 mars 2021

Ariel Holzl - Dolorine à l'école

Dolorine à l'école, Ariel Holzl, Tome 3/3 des Soeurs Carmines, 2018, 262 pages

Troisième et dernier tome des Soeurs Carmines, après Le Complot des corbeaux et Belle de gris, Dolorine à l'école suit cette fois, comme son titre l'indique, le personnage de Dolorine et son entrée dans un petit pensionnat des Laments où elle côtoie des rejetons des grandes familles de Grisaille.

Une nouvelle fois, Ariel Holzl parvient à bien se renouveler, avec un cadre excentré et une héroïne au caractère bien différent de celui de ses soeurs, tout en conservant ce qui fait le sel et la qualité de sa série. Si Dolorine à l'école n'est pas aussi flamboyant que pouvait l'être le tome précédent dédié à Tristabelle, il reste une lecture tout à fait sympathique et agréable, avec en prime ce qui est surement l'intrigue la plus dense des trois volumes. Une bonne conclusion pour une très bonne série où chaque tome apporte sa propre patte tout en gardant une belle unité.

Couverture : Melchior Ascaride
D'autres avis : Sabine, Elhyandra, Célindanaé, Zina, Yuyine, Marc, ...

lundi 1 mars 2021

Joe Haldeman - La Guerre éternelle

La Guerre éternelle, Joe Haldeman, 1975, 283 pages

William Mandella est réquisitionné dans un contingent d'élite de l'armée pour aller combattre les Taurans, la première race extraterrestre rencontrée par l'humanité. Après un périlleux entraînement et quelques sauts spatio-temporels, Mandella va entamer la première bataille d'une longue guerre.

La Guerre éternelle est un roman de space-opera militariste et hard-SF. Sans surprise, ce ne sont pas ces deux aspects qui m'ont le plus enchanté, même s'ils comportent chacun des qualités. Ainsi l'aspect militaire a surtout - un peu à la manière de Étoiles, garde à vous ! de Robert Heinlein, en plus évident - un esprit anti-militariste montrant l'absurdité de la guerre et la bêtise humaine. Et si l'aspect scientifique pointu, surtout dans la première partie, m'est un peu passé au-dessus de la tête, il permet tout de même une dilatation temporelle bien utilisée par l'auteur pour présenter un récit sur un temps (très) long, avec les évolutions de la société qui vont avec, la sexualité en tête.

C'est, à le découvrir aujourd'hui, un récit qui se lit bien mais est finalement assez classique, jusque dans son dénouement, manquant de surprises et d'enjeux imprévus. Correct sans plus en somme. Mais le juger de ce seul point de vue serait quelque peu malhonnête : on ne demande pas à un roman de 1975 de renouveler le genre. Force est de constater que son caractère de pierre fondatrice du genre est lui tout à fait respectable.

Couverture : Christian Volckman / Traduction : Gérard Lebec & Diane Brower
D'autres avis : FeydRautha, Lorhkan, Le chien critique, Lianne, Nébal, ...

mercredi 24 février 2021

Émile Zola - Le Rêve

Le Rêve, Émile Zola, Tome 16/20 des Rougon-Macquart, 1888, 227 pages

Un soir de grand froid, Angélique s'enfuit de sa famille d'accueil. Après avoir passée la nuit au pied d'une cathédrale, la jeune orpheline est recueillie par un couple de brodeurs, Hubert et Hubertine, qui l’accueillent comme leur fille. Reprenant des forces peu à peu, Angélique garde un rêve en tête : la rencontre certaine, un jour, d'un riche et beau prince charmant.

Le Rêve est un roman assez minimaliste. Court tout autant en nombre de pages qu'en nombre de péripéties, il est surtout, chose étonnante, peu sombre, voire même totalement joyeux et positif - à l'échelle d'Émile Zola, s'entend.

Entre tragédie et conte de fée, Le Rêve est une histoire d'amour relativement classique qui permet tout de même à l'auteur de proposer une réflexion sur la recherche du bonheur, entre doux rêve et dure réalité. Certainement pas le plus palpitant ou le plus marquant des Rougon-Macquart, il n'en reste pas moins une lecture simple dotée de quelques éclats - le couple Hubert et Hubertine en tête - et d'une fin réussie.

Couverture : Eugène Grasset, Le Printemps (détail)
Lecture commune avec la Zolerie, Tigger Lilly et Alys.

vendredi 19 février 2021

Alix E. Harrow - Guide sorcier de l'évasion

Guide sorcier de l'évasion : atlas pratique des contrées réelles et imaginaires, Alix E. Harrow, 2018, 38 pages (epub)
« Il n’y a jamais eu que deux catégories de bibliothécaires au cours de l’histoire du monde : 1. - les revêches coincées dont le rouge à lèvres coule entre les craquelures des lèvres, persuadées que les livres sont leur propriété personnelle et les usagers de dangereux délinquants venus les voler ; 2. - les sorcières. »
La narratrice de cette nouvelle appartient à la seconde catégorie. Elle va tenter d'aider un jeune adolescent qui arpente longuement les rayons et emprunte des livres d'imaginaire.

Guide sorcier de l'évasion (...) est un très bel hommage aux bibliothèques et aux littératures de l'imaginaire. Un hymne plein d'amour qui ravira à coup sûr les habitués des premières et les amateurs des secondes. Une jolie petite friandise.

Nouvelle lauréate du Prix des lecteurs 2020 de Bifrost et offerte en téléchargement gratuit par Le Bélial' jusqu'au 28 février, merci à eux.

Couverture : Olivier Jubo / Traduction : Erwann Perchoc
D'autres avis : Tigger Lilly, Lorhkan, Xapur, Gromovar, Célindanaé, Lhisbei, Lullaby, ...

mercredi 17 février 2021

Catherine Dufour - Des millénaires de silence nous attendent

Des millénaires de silence nous attendent, Catherine Dufour, 2020, 40 pages (epub)

De manière inexpliquée, Claude, alors qu'elle atteint les trente ans, se met à grandir. Caroline elle, trois fois plus âgée, se rapproche de la mort et s'apprête à bénéficier du protocole de "fin de vie dans la dignité". Leurs situations sont incomparables, mais une chose leur est commune : le regard que les autres portent sur elles a changé.

Un poil frustrant dans une partie de son dénouement, même si celui-ci est fort joli, Des millénaires de silence nous attendent reste néanmoins, et surtout, une belle nouvelle qui parle de la vie telle qu'elle est, pleine de réalité ordinaire et concrète. Comme à son habitude, Catherine Dufour, par sa plume dynamique, porte un regard perçant sur la société, particulièrement ici sur ce qu'elle attend de chacune, dans un texte qui sonne vrai.

Nouvelle lauréate du Prix des lecteurs 2020 de Bifrost et offerte en téléchargement gratuit par Le Bélial' jusqu'au 28 février, merci à eux.

Couverture : Romain Étienne
D'autres avis : Tigger Lilly, Lorhkan, Xapur, FeydRautha, Célindanaé, Lhisbei, OmbreBones, lutin82, ...

lundi 15 février 2021

Thierry Di Rollo - Plaine-guerre

Plaine-guerre, Thierry Di Rollo, 2020, 30 pages (epub)

Le titre énonce parfaitement le cadre : une plaine où se déroule une guerre perpétuelle. Sed y est soldat, affecté à la garde d'un char, quand une permission lui est accordée pour rentrer en zone libre.

Plaine-guerre est une nouvelle éminemment sombre. Si elle comporte une certaine envie d'espoir, elle exprime surtout une grande futilité et lassitude, sur fond de bêtise humaine. Manquant de puissance pour être marquant sur la durée, cela reste un instantané - un panorama plus qu'un récit - dont il se dégage indéniablement quelque chose et qui s'admire comme une triste, mais belle, photographie.

Nouvelle lauréate du Prix des lecteurs 2020 de Bifrost et offerte en téléchargement gratuit par Le Bélial' jusqu'au 28 février, merci à eux.

Couverture : Nicolas Fructus
D'autres avis : Tigger Lilly, Lorhkan, Xapur, Gromovar, Le chien critique, Lhisbei, Anudar, ...

mercredi 10 février 2021

Ariel Holzl - Belle de gris

Belle de gris, Ariel Holzl, Tome 2/3 des Soeurs Carmines, 2017, 265 pages

Comme dans Le Complot des corbeaux, Belle de gris suit les aventures des Soeurs Carmines dans Grisaille, une ville étonnante où tout le monde semble parfaitement s’accommoder de l'ambiance funeste qui y règne, amusant décalage qui participe de l'humour du récit. Ce deuxième tome est particulièrement consacré à Tristabelle Carmine dans sa quête pour devenir la dame de compagnie de la Reine.

Belle de gris est aussi excellent que l'était Le Complot des corbeaux, si ce n'est plus. C'est difficile à dire car si l'on retrouve tous les éléments qui faisaient la qualité du premier, ce n'en absolument pas une redite. La raison ? Le personnage-narrateur de Tristabelle, cynique, arrogante et sûre d'elle - tout le contraire de Merry - dont la gouaille - qui va jusqu'à briser régulièrement le quatrième mur - pimente la lecture de bout en bout. Chapeau à Ariel Holzl pour tenir admirablement le procédé pendant tout l'ouvrage et à s'en servir avec grande intelligence.

Belle de gris confirme parfaitement la qualité des Soeurs Carmines. Un tome fort plaisant à lire, fun dans le ton et surprenant jusqu'au bout dans l'intrigue. Le dernier volume sera, de manière logique, consacré à Dolorine, la petite soeur de la famille. J'ai hâte.

Couverture : Melchior Ascaride
D'autres avis : Sabine, Sometimes a book, Elhyandra, Célindanaé, Chut Maman lit !, Zina, Yuyine, Marc, ...

vendredi 5 février 2021

Une Heure-Lumière - Hors-Série 2020 (Kij Johnson - Retour à n'dau)

Retour à n'dau, Kij Johnson, 2020, 78 pages

Les Hors-Séries de la collection Une Heure-Lumière sont des petites friandises annuelles offertes pour l'achat de deux novellas de l'excellente collection du Bélial' dédiée au format mi-court. Cette édition 2020 se compose de trois parties dont la pièce centrale est une nouvelle de Kij Johnson. Après elle se trouve le catalogue de tous les titres de la collection, auréolés d'une petite citation qui permet de faire un quasi-who's who d'un certain microcosme de chroniqueurs d'imaginaire.

Avant elle se trouve une série de courtes interviews des traducteurs des 23 premières novellas étrangères de la collection. C'est tout à fait intéressant à lire et cela me donne l'occasion parfaite de remercier publiquement Erwann Perchoc, Eric Betsch, Jean-Daniel Brèque, Michelle Charrier, Sylvie Denis, Pierre-Paul Durastanti, Mélanie Fazi, Gilles Goullet, Anne-Sylvie Homassel, Mathieu Prioux et Laurent Queyssi pour leur travail primordial - et à priori excellent - qui nous permet de lire de si bons textes. Merci.

Et donc, la nouvelle, Retour à n'dau. Katia et sa famille sont éleveurs de chevaux. Ils parcourent la planète au rythme du déplacement lent du soleil, de Midi à Aube, pour être en n'dau, la position idéale, celle qui doit être, où l'ombre de chaque individu correspond parfaitement à son gabarit. Mais leur cheminement sera bouleversé par l'arrivée d'une troupe de cavaliers étrangers.

Retour à n'dau est une sublime nouvelle qui traite notamment de résilience. Sans en avoir toute la puissance, quoique, elle se rapproche en de nombreux points de l'excellentissime Un Pont sur la brume. Par la création d'un univers simple mais dépaysant et captivant d'une part, où se déroule une histoire simple, avec des personnages normaux, mais passionnante. Et surtout par la capacité de Kij Johnson à écrire les non-dits, tout en subtilité, et à exprimer toute la beauté qu'il peut s'en dégager. Retour à n'dau est comme un diamant : son éclat ne tient pas à sa taille mais à la finesse de son travail. Et Kij Johnson est une excellente diamantaire.

Couverture : Aurélien Police / Illustrations intérieures : Nicolas Fructus / Traduction : Anne-Sylvie Homassel
D'autres avis : Vert, Lorhkan, Xapur, lutin82, Célindanaé, OmbreBones, Apophis, Yuyine, Shaya, ...

dimanche 31 janvier 2021

Katherine Arden - L'Ours et le Rossignol

L'Ours et le Rossignol, Katherine Arden, Tome 1/3 de la Trilogie d'une nuit d'hiver, 2017, 351 pages

Vassia est une jeune fille vivant avec sa famille dans les contrées froides du Nord de la Rus'. À une époque où le christianisme supplante peu à peu les vieilles traditions, elle a hérité de sa mère la faculté de voir les anciennes divinités qui peuplent le village et la forêt avoisinante. C'est cette capacité qui la placera au coeur d'une lutte entre deux de ces mythiques entités.

L'Ours et le Rossignol est un sympathique ouvrage qui vaut principalement pour son héroïne, une jeune fille/femme énergique et volontaire, ainsi que pour son cadre, la campagne russe et son folklore, particulièrement des esprits de la maison et de la nature. Une ambiance de conte pour un livre qui se lit d'ailleurs un peu comme un conte.

L'ouvrage se divise en trois parties. La première est une mise en place agréable, qui laisse du temps et de la place à son héroïne pour grandir quand la dernière est une conclusion active qui termine de manière satisfaisante l'intrigue et fait de ce livre un one-shot tout à fait acceptable. Malheureusement, entre les deux se déroule la plus longue partie du récit qui est d'un niveau moindre : une inéluctable suite de péripéties qui traine à accomplir quelque chose de surprenant, s'avérant surtout lassante, d'autant plus que la situation vécue par Vassia n'est guère agréable à suivre.

Un bémol qui empêche L'Ours et le Rossignol d'être une excellente lecture, mais ne l'empêche pas d'être tout de même un bon livre. Et si la fin est satisfaisante, elle donne aussi envie d'en lire plus, en espérant réaliser pleinement les promesses de plus grande qualité que les premières et dernières dizaines de pages laissent entrevoir. Ça tombe bien, il existe deux autres tomes.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jacques Collin
D'autres avis : Vert, Lune, Gromovar, Cédric, Célindanaé, lutin82, Boudicca, Lorhkan, Elhyandra, Anudar, Lhisbei, Yuyine, Alys, ...

mardi 26 janvier 2021

Bulles de feu #30 - Kris et Galic racontent des Histoires

Nuit noire sur Brest, Bertrand Galic, Kris et Damien Cuvillier, 2016, 64 planches

Le 29 août 1937, un sous-marin espagnol fait surface aux abords de Brest, en quête de réparations. En pleine guerre civile espagnole, le bâtiment est alors l'objet d'une lutte entre républicains et franquistes pour en récupérer le contrôle. Mais le conflit n'est pas qu'espagnol : les militants locaux de tous bords sont aussi de sortie pour aider discrètement leurs alliés respectifs.

Adaptant le livre Nuit franquiste sur Brest de Patrick Gourlay - qui signe ici un dossier additionnel très complet - Nuit noire sur Brest conte l'histoire vraie - et certainement méconnue pour nombre de lecteurices - de ce sous-marin qui amena la guerre civile espagnole en terre brestoise. Habitués de ce genre de sujets, les auteurs offrent une BD aussi prenante pour son intrigue que pour sa dimension historique. Le tout servi par un dessin qui, s'il pêche parfois un peu dans la caractérisation des personnages, rend très bien le caractère sombre et brumeux de l'affaire.

Quelques planches ici.

Violette Morris, à abattre par tous moyens, Bertrand Galic, Kris, Marie-Jo Bonnet et Javi Rey, Tome 1 et 2/4, 2018/2019, 62/54 planches

Connaissez-vous Violette Morris ? C'est pourtant l'une des plus grandes sportives françaises de l'Histoire, à une époque où il était encore bien moins évident qu'aujourd'hui d'en être une, avant-gardiste résolue à briser les barrières de son temps, mais qui finira abattue par la résistance le 26 avril 1944.

« Bien que le personnage de Violette Morris ait réellement existé, ce livre est une fiction, enquête imaginaire à la recherche de la vérité de ce personnage. »
Difficile en fait de réellement connaître Violette Morris, dont les implications en tant que collabo (et les circonstances de la mort) restent troubles. Cette série s’appuie sur les travaux de Marie-Jo Bonnet qui remet notamment en cause la thèse longtemps admise de son rôle en tant qu'espionne et tortionnaire. Si la question de sa mort sert de point de départ à l'intrigue, le sujet sera plus longuement abordé dans les tomes restants à paraitre.

Pour l'heure c'est surtout le volet sportif de la vie de Violette Morris qui est mis à l'honneur et c'est fort intéressant à suivre. Il est surtout fascinant de découvrir la liberté et la volonté de cette femme, dont la vie est de celles qu'on croirait inventées par un scénariste peu rigoureux sur la plausibilité de son histoire. Vivement la suite.

Quelques planches ici.