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mercredi 21 octobre 2026

Anouck Faure - Aatea

Aatea, Anouck Faure, 2025, 421 pages

Capable d'oncevoir les dangers et les courants, Aatea est un navigateur parcourant la Nuée pour le compte de son île. Mais malgré tout son talent, il reste un serviteur brimé au service des nobles. Jusqu'au jour où une attaque de nomades va bouleverser son destin et le faire aspirer à plus de liberté.

Aatea c'est une grande aventure maritime. Mais pas dans un océan quelconque. Dans la Nuée. Un concept que je ne me risquerai pas à expliquer tant je ne suis pas sûr de l'avoir totalement compris. Ce qui ne m'a nullement empêché de prendre plaisir à y naviguer. Car si la Nuée n'est pas totalement compréhensible intellectuellement, elle reste percevable et surtout elle a un côté fascinant, notamment par ses mouvements inédits.

Au-delà de son univers atypique, Aatea c'est aussi des personnages marquants. Deux principalement. Deux personnages attachants dont la relation est absolument magnifique. Une relation rare tant dans sa représentation que dans sa justesse. C'est beau, tout simplement.

Aatea est un excellent roman. C'est un livre qui donne un peu le sentiment de reprendre tous les codes du jeune héros orphelin qui doit s'émanciper d'un environnement hostile pour trouver sa voie. Mais avec un héros déjà âgé et expérimenté, et en évitant les moments creux qui sonnent comme des passages obligés. Dans Aatea, tout est utile et important. Ses quatre parties sont à la fois marquées et dans la continuité, et d'un intérêt toujours constant. Je ne sais toujours pas oncevoir comme Aatea mais j'ai bien perçu la vibration qui parcourt le livre de la première à la dernière page.

Couverture : Xavier Collette
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, shaya, Lullaby, Le nocher des livres, Célinedanaë, Boudicca, Lectures du panda, ...

vendredi 9 octobre 2026

Céline Minard - Faillir être flingué

Faillir être flingué, Céline Minard, 2013, 326 pages

Quelque part dans le Far West, différents personnages - d'âges, sexes et origines variées - sont sur les routes en quête, consciemment ou non, d'un quelque part où ils pourraient vivre une belle vie. Leurs destins vont se croiser, notamment autour d'une petite bourgade en pleine expansion.

Et l'intrigue ? Quelle intrigue ? Qui a besoin d'une intrigue quand on a des personnages attachants, une belle écriture et une fabuleuse ambiance western ? Faillir être flingué est simplement un excellent western. Et ces trois mots ont autant d'importance les uns que les autres. Il est simple, limpide malgré un nombre important de protagonistes, fluide dans sa gestion des différentes situations et du passage du temps. Il est excellent, prenant de bout en bout, faisant s'attacher à cette communauté qui se crée sous nos yeux. Il est western, convoquant quasiment tous les éléments habituels du genre, personnages comme lieux, pour en proposer une vision qui respecte les codes tout en apportant sa propre touche.

Faillir être flingué sent le sable et le cow-boy. Mais il n'est pas aride pour autant. C'est même un ouvrage qu'on pourrait, un peu étonnamment, qualifier de joyeux. Il a un côté très satisfaisant qui rend heureux pour les personnages. Faillir être flingué est donc simplement un excellent western hautement plaisant à lire.

Couverture : /
D'autres avis : TmbM, ...

dimanche 27 septembre 2026

Loïc Henry - Un Soupçon d'humanité

Un Soupçon d'humanité, Loïc Henry, 2025, 348 pages

Dans un futur proche, la France, comme une majorité du monde, fait confiance aux IA pour diriger le pays. Ce qui semble avoir résolu de nombreux problèmes, pauvreté et criminalité en tête. Mais l'infaillibilité supposée des IA est mise à mal lorsqu'un dirigeant d'une grande société de sécurité est abattu par un drone, sans que l'IA ne trouve à y redire. Deux policiers vont assister l'IA de la police pour résoudre ce mystère et en chemin mettre au jour une frange de la société opposée aux IA.

Avez-vous compris le thème de ce roman ? Indice : j'ai déjà utilisé cinq fois le terme IA. Un Soupçon d'humanité parle donc d'IA, de leur impact mais surtout des conséquences qu'une généralisation et une prise de pouvoir pourraient avoir. Encore plus que l'IA, Un Soupçon d'humanité parle de transhumanisme. Des mots qui peuvent faire peur mais que Loïc Henry traite avec simplicité et accessibilité, dans un roman dynamique découpé en courts chapitres alternant les points de vue.

N'ayant aucune affinité avec le sujet de l'IA, cette relative simplicité était la bienvenue. À défaut d'être emballé, j'ai trouvé la lecture tout à fait correcte. Je ne suis pas totalement convaincu par le contexte et le propos, qui me paraissent un peu trop théorique et basés sur de généreuses hypothèses. Mais le roman a le mérite d'avoir un objectif, une idée claire qu'il veut mettre en avant, ce qui est toujours appréciable et respectable.

Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Le Maki, FeydRautha, Le nocher des livres, ...

mardi 15 septembre 2026

Perrine Tripier - Conque

Conque, Perrine Tripier, 2024, 197 pages

Martabée est convoquée par l'Empereur. En sa qualité d'universitaire réputée, elle est désignée pour être la rapporteuse officielle des fouilles archéologiques qui viennent de démarrer. Un chantier pas comme les autres puisqu'il concernerait les Morgondes, le peuple légendaire dont Martabée et les siens seraient les descendants.

Un empire inconnu, un peuple légendaire, le cadre et le début de Conque respire la fantasy. Une impression qui s'effritera peu à peu. Plus que de la fantasy, c'est surtout une intemporalité qui est apportée par cet univers imaginaire. Ce qui correspond parfaitement au propos, qui lui-même ne se restreint ni à une époque ni à un lieu, et ce alors même que sa modernité est évidente.

Conque est un roman qui se lit très bien dès son démarrage. Mais sa première moitié pourrait laisser quelque peu dubitatif. Hormis la présence un peu malsaine de l'Empereur et quelques thématiques qui se laissent entrevoir, les enjeux paraissent un peu flous. Il faudra attendre la bascule du dernier tiers pour vraiment les saisir. Les ressentir.

Dans Conque, il est question d'histoire, de roman national, de mémoire et de vérité. Des thèmes importants qui sont traités ici avec finesse et intelligence. C'est un roman beau dans son écriture mais dur dans son propos. Un roman qui laisse un goût un peu amer en bouche une fois la dernière page tournée. Mais une bonne amertume, celle qui est désirée et qui fait sens. Celle qui marque, comme marque Conque.

Couverture : /
D'autres avis : Noni, ...

mercredi 9 septembre 2026

Audrey Pleynet - Sintonia

Sintonia, Audrey Pleynet, 2025, 408 pages

Tout commence par un massacre dans la ville-tige de Venise. Dont les victimes sont, ironiquement, la guilde Sintonia, une famille d'assassines toutes liées entre elles par le Diapason. Malgré tout, quatre soeurs parviennent à survivre, chacune pensant être la dernière et devant réapprendre à vivre seule.

Sintonia happe dès les premières pages, avec son énergique prologue sanglant, créant instantanément l'envie d'en savoir plus sur cet univers et sur la vengeance possible des Sintonia. L'univers, c'est une science-fiction technologique, basée sur des nanobots. Dans un monde extérieur qu'on devine avoir des airs post-apocalyptiques. Avec des structures et des dynamiques qui sonnent fantasy. Fourre-tout ? Pas du tout. L'assemblage fonctionne parfaitement bien.

L'histoire fonctionne elle aussi très bien. Le point de vue change régulièrement entre les quatre soeurs, pour quatre fils tout aussi différents et intéressants les uns que les autres. Il y a du mystère et de la montée en puissance, c'est prenant et plaisant à découvrir. La progression est croissante et régulière... jusqu'à une brusque accélération finale, un peu trop rapide, qui ne donne pas le sentiment d'apothéose espéré, plutôt l'idée que bon, allez, il faut finir.

C'est d'autant plus dommage qu'il y a une vraie proposition dans cette fin, qui ajoute au fond développé pendant tout le roman. C'est le petit détail qui l'empêche pour moi d'atteindre le plus haut niveau d'excellence. La bonne nouvelle, c'est que ça ne l'empêche pas d'atteindre le palier juste en-dessous, celui des très bonnes lectures qui se lisent avec grand plaisir.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Vert, shaya, Le Maki, FeydRautha, Célinedanaë, Boudicca, Anudar, ...

vendredi 28 août 2026

Lou Jan - Un corps d'avance

Un corps d'avance, Lou Jan, 2025, 206 pages

Un traitement anti-vieillissement offre désormais à tous les individus un corps avec l'apparence et les fonctionnalités d'un adulte d'une vingtaine d'années. Cela va même plus loin puisqu'il permet de vivre 750 ans. À une condition : effectuer un reset tous les 75 ans et repartir de zéro dans un nouveau pays. C'est ce que s'apprête à vivre Jinseï, qui prend la direction de la France pour sa "deuxième vie".

Malgré son pitch, Un corps d'avance n'est pas vraiment un roman sur la beauté et les apparences. C'est un récit qui parle surtout d'histoires de coeur. Il faut dire que les personnages n'ont pas grand chose d'autre à se soucier dans un monde où tous les problèmes matériels et physiques semblent avoir été résolus. Des histoires de coeur donc, entrecoupées d'étranges interludes moyenâgeux, en écho à l'obsession acquise par Jinseï et d'autres après leurs resets. Il faudra un peu plus de la moitié du roman pour comprendre l'intrigue sous-jacente à tout cela et en quelque sorte le véritable but du récit.

Un corps d'avance a le mérite d'avoir une idée et d'essayer quelque chose. Mais si j'arrive à voir le projet, je n'ai jamais réussi à entrer pleinement dedans. J'avais plutôt envie de suivre Jinseï dans les premiers chapitres mais je m'en suis éloigné peu à peu devant la vanité de son existence. Et je n'ai jamais réussi à regagner cet intérêt, l'intrigue perdant en palpabilité quand elle essaye de gagner en rebondissement. J'ai vu le projet, mais je n'ai pas eu de plaisir à le lire.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Célinedanaë, ...

samedi 22 août 2026

Sarah Beth Durst - La Petite Boutique de sortilèges

La Petite Boutique de sortilèges, Sarah Beth Durst, 2024, 413 pages

Kiela est bibliothécaire. Plus à l'aise avec les livres qu'avec les gens, elle vit littéralement dans la Grande Bibliothèque d'Alyssium. Jusqu'au jour où la révolution éclate dans l'empire et qu'elle doit fuir la bibliothèque incendiée. Elle retourne alors sur l'île de son enfance, dans la maison héritée de ses parents, accompagnée de Caz, son assistant plante araignée, et de quelques livres de sortilèges illégalement sauvés.

La Petite Boutique de sortilèges est un livre de cosy fantasy, un livre amical et bienveillant où les choses finissent bien. C'est évident dès les premières pages et c'est explicité par l'autrice dans ses remerciements. C'est l'effet recherché et c'est aussi l'effet réalisé car Sarah Beth Durst réussit parfaitement son objectif en offrant une petite bulle de joie et de bonheur.

Même la romance, clairement pas ma partie préférée de l'ouvrage, a le bon goût de rester limitée en effusions et de ne pas retarder son dénouement par des péripéties inutiles. Elle reste mignonne, surtout qu'elle est portée par des personnages sympathiques et attachants. C'est d'ailleurs ce qui porte le roman dans son ensemble : les personnages sont agréables et charismatiques. L'intrigue est là pour les mettre en valeur et, à défaut de se demander comment cela va finir, elle est efficace pour se demander de quelle manière iels vont s'en sortir.

Je ne pourrais pas lire ça tous les jours mais en l'occurrence ce fut une vraie bonne lecture. Une dose de bienveillance offerte avec intelligence et sans tomber dans la niaiserie, ça ne fait pas de mal, bien au contraire.

Couverture : Lulu Chen / Traduction : Clémentine Curie
D'autres avis : Lullaby, ...

lundi 10 août 2026

James S.A. Corey - La Guerre de Caliban

James S.A. Corey, La Guerre de Caliban, Tome 2/9 de The Expanse, 2012, 620 pages

La Guerre de Caliban est le deuxième tome, après L'Éveil du Léviathan, de The Expanse, la saga spatiale qui prend littéralement tout le système solaire pour cadre de son histoire. Une histoire qui se découpe cette fois encore en deux fils principaux - tous les deux d'un même intérêt - dont l'un suit toujours Jim Holden et son équipage.

La Guerre de Caliban a un défaut : il ne commence pas par un résumé du premier tome - merci aux contributeurices de Wikipédia pour la compensation. À part ça, c'est un pur plaisir du début à la fin. The Expanse, c'est la définition même du space opera : des voyages dans l'espace, des conflits entre superpuissances, du mystère alien, des batailles spatiales, tout y est. De manière dosée et sans jamais perdre de vue le plus important : l'humain. C'est un savant mélange d'actions et de discussions, ainsi qu'une capacité à rendre compte de la grandeur des enjeux et des actions tout en conservant une hauteur humaine dans le point de vue et le ressenti.

Parler de grandeur des enjeux est presque trop faible au regard de ceux qui sont développés ici. C'est absolument gigantesque. Planétairement gigantesque. Et il reste pourtant encore sept tomes. Je n'ai aucune idée de comment ça va bien pouvoir continuer sur ce rythme. Mais j'ai une idée sur comment le savoir : en poursuivant la lecture de cette excellente grande aventure spatiale.

Couverture : DR / Traduction : Thierry Arson
D'autres avis : shaya, Lorhkan, Le Maki, Gromovar, Anudar, Apophis, Herbefol, Lune, ...


Troisième escale pour le Summer Star Wars Grogu

mercredi 29 juillet 2026

Rosa Montero - Des animaux difficiles

Des animaux difficiles, Rosa Montero, Tome 4/4 des aventures de Bruna Husky, 2026, 283 pages

La trilogie mettant en scène Bruna Husky s'était clôturée en 2018 avec Le Temps de la haine. Enfin, c'est ce qu'on croyait, avant que n'apparaisse ce quatrième ouvrage mettant en scène la réplicante enquêtrice. Un livre qui prend place peu de temps après la fin du troisième tome et qui trouve justement sa justification dans cette fin (dont évidemment je ne me souvenais pas et qu'aucun résumé ne vient rappeler), Rosa Montero souhaitant traiter les conséquences qu'elle a pour Bruna.

Des conséquences qui ressemblent fortement aux tourments auxquels Bruna était déjà précédemment confrontée. Des atermoiements qui n'ont guère évolué et qui ne vont guère évoluer de presque tout le roman. Sur ce point, et sur les personnages plus globalement, ce retour dans l'univers de Bruna n'apparait pas indispensable. Ce n'est pas mieux au niveau de l'intrigue. L'enquête est réduite à son minimum, sans vrais rebondissements ni même de bonnes péripéties. L'histoire n'est là que pour évoquer deux sujets : le développement de l'IA et la montée du fascisme. Des thèmes très actuels mais qui ne paraissent pas à leur place dans une histoire censée se dérouler au XXIIème siècle. Un décalage qui est amplifié par un traitement basique, sans subtilité ni réel apport.

Difficile de voir en Des animaux difficiles un apport nécessaire et bienvenu à l'univers de Bruna Husky. Ça ne se lit pas si mal que ça et cela permet peut-être à Rosa Montero d'offrir à son héroïne la fin qu'elle lui souhaitait. Mais le chemin pour y parvenir n'était guère plaisant à parcourir.

Couverture : Design VPC ; photo © zf L - Getty Images et © PASIEKA - Getty Images / Traduction : Myriam Chirousse
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jeudi 23 juillet 2026

Stark Holborn - La Porteuse de mort

La Porteuse de mort, Stark Holborn, 2021, 314 pages

Dix Low survit sur Factis, une lune désertique, où elle met à profit ses compétences de médecin pour améliorer le Compte. À la suite du crash d'un vaisseau, elle sauve une jeune fille qui s'avère être la Générale Gabriella Ortiz, une adolescente génétiquement modifiée et l'une des figures les plus connues de l'Accord, la force militaire contrôlant la majorité de l'univers. Et ce crash s'avère rapidement ne pas être accidentel.

Ainsi commence le voyage de Dix et de la Générale pour réussir à faire quitter la planète à cette dernière. Un voyage qui sent (pas) bon le sable, la chaleur, la misère, la poussière, l'aridité. Un voyage rendu difficile tant par les conditions environnementales que par les habitants de Factis, loin d'être tous amicaux. Un voyage, une survie ballottée par les évènements, c'est bien ça qu'est La Porteuse de mort, bien plus qu'une histoire classique avec un objectif clair.

De par son ambiance, La Porteuse de mort a tout du western. Et les fusillades n'y sont qu'un petit bonus. La Porteuse de mort a presque des airs de blockbuster avec cette fuite effrénée où les situations explosives et mortelles reviennent régulièrement. Mais il n'est pas que ça, notamment parce qu'il a aussi un fort aspect mystique, presque métaphysique, notamment avec un élément que je n'ai pas encore évoqué : les Si. Des voix qu'entend Dix, qui se nourriraient des probabilités et des choix, et qui sèmeraient la mort sur le chemin de la médecin. Un élément mi-science-fiction mi-fantastique qui donne une touche particulière et étrange au roman.

La Porteuse de mort est un roman étonnant. Il fait peut-être un peu trop de choses pour son propre bien et a du mal à aboutir pleinement ses idées. Mais il a le mérite d'avoir justement des idées et de tenter des choses. Il est atypique et donne l'impression de lire quelque chose de différent. Il lui manque un petit truc pour être vraiment très bien mais il a dans le même temps ce petit truc qui le rend singulier, et ça c'est déjà remarquable.

Couverture : Manchu / Traduction : Laurent Philibert-Caillat
D'autres avis : Shaya, FeyGirl, Le nocher des livres, Célinedanaë, Lutin82, Anudar, ...


Deuxième escale pour le Summer Star Wars Grogu

vendredi 17 juillet 2026

Megan Whalen Turner - Le Voleur

Le Voleur, Megan Whalen Turner, Tome 1/6 de Le Voleur de la Reine, 1996, 251 pages

Depuis qu'il a volé le sceau royal et s'est montré peu discret à ce sujet, Gen croupit en prison. Jusqu'à ce que le Mage, conseiller principal du roi, vienne le sortir de là. Avec un objectif : que Gen le suive, lui et ses apprentis, dans un royaume voisin et qu'il y vole une relique sacrée.

Le Voleur a tout de la bonne fantasy à capuche. Au-delà de son univers, une péninsule découpée en trois royaumes concurrents, l'aspect imaginaire y est assez limité et se concentrera sur quelques légendes divines et cosmogoniques. L'aspect capuche est lui bien plus présent : Gen se vante de pouvoir tout voler et a la répartie et l'aplomb attendus de ce genre de personnages, tout en étant assez intelligent pour savoir se taire et agir logiquement. Et le vol n'est pas qu'une excuse pour lancer l'histoire, il est bien au coeur du récit.

À l'image de son héros, Le Voleur est un ouvrage extrêmement malin dans sa narration. Toutes les informations, sur l'univers et sur les personnages, sont disséminées au fil des dialogues, qui eux-mêmes ont des raisons diégétiques. Ça ne révolutionne rien mais c'est bien fait et ça rend la lecture encore plus plaisante.

Ça vaut pour l'ensemble du roman : il ne révolutionne rien mais il fait tout très bien. C'est une lecture enthousiasmante avec une histoire prenante, qui réserve quelques surprises, et un héros entraînant. J'ai adoré. C'est en plus un tome 1 qui se suffit à lui-même, ayant une véritable fin. Mais vu l'excellence de celui-ci, impossible de ne pas avoir envie de dévorer les suivants !

Couverture : Sofonisba Anguissola / Traduction : Yoko Lacour
D'autres avis : Sometimes a book, Le nocher des livres, ...

samedi 11 juillet 2026

Haruki Murakami - 1Q84 (Livre 1, Avril-Juin)

1Q84 - Livre 1, Avril-Juin, Haruki Murakami, Tome 1/3 de 1Q84, 2009, 534 pages

1Q84 suit en alternance deux personnages. Aomamé est professeure d'arts martiaux... et secrètement tueuse d'hommes violents envers leurs femmes. Tengo est lui professeur de mathématiques et apprenti écrivain. Son éditeur va lui proposer de réécrire le roman d'une jeune adolescente, exceptionnel sur le fond mais manquant de forme.

Et en dire plus serait quasiment divulgâcher l'ensemble du récit tant les rebondissements et les avancées sont peu nombreuses. Ce premier tome de 1Q84 est une longue mise en place, présentant les personnages et semant les graines du problème et de l'aspect imaginaire - à base notamment d'un potentiel monde parallèle. Des graines, car comme toujours avec Haruki Murakami, le fantastique apparait par petites touches pour juste faire bifurquer, de manière presque naturelle, l'ordinaire dans l'extraordinaire.

Ce livre 1 de 1Q84 se lit bien et le mystère, lié à une secte et à cet aspect fantastique, est prometteur. Mais il est aussi un peu frustrant tant il ne fait qu'effleurer les enjeux. Ce premier tome représente un tiers de la série et je n'ai quasiment aucune idée de ce que je lis ni de ce que j'en pense. Si ce n'est que l'obsession des personnages pour les seins, et la relation un peu trouble entre Tengo et l'adolescente, n'est pas pour me plaire, et ce alors que le roman propose aussi de vrais enjeux féministes. Pour ce sujet comme de manière plus générale, 1Q84 est pour le moment un livre ambivalent, à la fois bon et moins bon, comme les deux faces d'une même pièce. À voir de quel côté celle-ci tombera dans le tome 2.

Couverture : Détail d'une photo © Tohoku Color Agency - Getty Images / Traduction : Hélène Morita
D'autres avis : FeyGirl, ...

mercredi 17 juin 2026

Ned Beauman - Poisson poison

Poisson poison, Ned Beauman, 2022, 378 pages

En pleine mer baltique, Karin étudie le lompe venimeux, un poisson proche de l'extinction, pour déterminer s'il s'agit d'une espèce intelligente. Proche de l'extinction... ou peut-être désormais éteinte après un petit accident de minage des fonds marins. C'est ce que vont chercher à déterminer Karin et Mark, un responsable de la société minière pour qui la disparition de l'espèce serait un drame financier.

Poisson poison a des airs de road-trip à la recherche du lompe venimeux. Les différentes étapes sont assez improbables et surtout utilitaires, mais l'enchaînement est étonnamment bien mené par Ned Beauman qui parvient à garder le lecteurice avec lui et à lui faire croire qu'il y a bien une logique derrière tout ça. À froid, de loin, je ne sais pas comment ça peut fonctionner mais à chaud, de l'intérieur, ça se lit étrangement bien.

Mais plus que le voyage, le véritable intérêt du roman est la base de son intrigue avec la création des "crédits d'extinction", sur le modèle des crédits-carbone. Un principe où l'extinction des espèces devient une marchandise comme une autre, malversations et crises incluses. C'est désespérant de réalisme.

Sauf que l'idée a beau être géniale, ça ne fait pas tout, malheureusement. Tout n'est pas mauvais mais l'histoire qui suit reste assez basique et ne décolle jamais vraiment, tout comme mon intérêt. Jusqu'à une fin abrupte qui est peu satisfaisante, ce qui résume finalement assez bien la sensation que laisse le roman dans son ensemble : ah, ok.

Couverture : Kévin Deneufchatel / Traduction : Gilles Goullet
D'autres avis : FeyGirl, Le Maki, Le chien critique, FeydRautha, Gromovar, Le nocher des livres, Célinedanaë, ...

jeudi 11 juin 2026

Aurélie Wellenstein - La Fille du feu

La Fille du feu, Aurélie Wellenstein, 2025, 247 pages

Nathanaël, musicien traumatisé par un feu de forêt dans l'enfance, arrive dans le village inuit d'Ilussuaq pour capter les sons d'un peuple disparaissant. Il y fera la rencontre de Cadzow, son guide, pendant qu'un peu plus loin Mia, une jeune fille capable de combustion spontanée, erre dans les plaines enneigées après avoir fui une base scientifique.

Ces trois personnages sont, chacun à leur manière, liés au feu, aux forêts et aux animaux. Et par cette simple phrase, vous avez tous les éléments qui sont au coeur de La Fille du feu. La thématique est claire et on ne peut pas reprocher grand chose au message qui met en avant l'écologie. Sauf qu'il n'y a pas grand chose d'autre.

Le premier tiers de mise en place est assez entraînant. Puis la situation se stabilise en une longue déambulation en forêt, et c'est beaucoup moins emballant. Il n'y a guère de rebondissement et les introspections des personnages ont tendance à se répéter. J'avais perdu depuis un moment mon intérêt quand est arrivée la conclusion. L'idée générale n'est pas mauvaise en soi mais elle aurait gagner à avoir plus de dynamisme ou un format plus court, en tout cas pour mon plaisir personnel.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Yuyine, ...

samedi 30 mai 2026

Glen James Brown - L'Histoire de Mother Naked

L'Histoire de Mother Naked, Glen James Brown, 2024, 273 pages

En 1434, à Durham, la guilde des merciers s'apprête à tenir un grand banquet. Mais le fameux ménestrel prévu pour animer la soirée est tombé malade. Se présente alors Mother Naked, un ménestrel dépenaillé qui s'offre de le remplacer et de conter à l'audience l'histoire du Spectre de Segerston, une légende locale datant de quelques dizaines d'années qui conduisit à l'anéantissement d'un village entier.

Ce maigre résumé reflète pourtant parfaitement ce qui constitue ce roman : un homme qui raconte une histoire. Il n'est pas nécessaire d'en savoir plus sur l'histoire en elle-même. Cela permet de se mettre dans l'exacte même situation que les auditeurs de Mother Naked et de découvrir avec eux ce récit. D'être d'abord aussi dubitatif qu'eux devant cet homme étrange, de croire à une bouffonnerie sans intérêt, avant de se retrouver peu à peu happé par son récit et de comprendre qu'il cache bien plus que ce qui était d'abord visible à la surface.

L'Histoire de Mother Naked est un ouvrage fascinant. Bien qu'il retranscrira des dialogues dans son récit, c'est du début à la fin un monologue de Mother Naked, qui s'adresse régulièrement à son audience et interagit avec elle sans que jamais celle-ci ait une voix. C'est positivement théâtral, dans le sens où j'imagine très bien le roman être joué comme un seul en scène et fonctionner tout aussi bien. C'est captivant et ça ne s'essouffle jamais.

Au contraire, c'est de mieux en mieux. Car tous les détails ont un sens, les enjeux vont augmenter et tout va finir par s'imbriquer de manière magistrale. Ce n'est pas forcément éblouissant de mystère mais c'est si bien mené et maitrisé que c'en est admirable. Et le fond n'est pas en reste. C'est une plongée dans la paysannerie de l'époque, qui vaut en tant que document historique notamment sur les dynamiques de servage mais qui questionne aussi plus globalement les mécanismes de domination.

Je ne peux que t'inciter, toi lecteur, toi lectrice, à jeter un oeil à cet excellent livre. Et puis, avouons-le, n'as-tu pas toi aussi envie de comprendre pourquoi notre nouveau ménestrel préféré s'appelle Mother Naked ?
« Sais-tu quel est ton problème ?
Je t'en prie, énonce.
Tu t'préoccupes trop de l'avenir.
Quel mal à ça ?
Observant le feu qui fut jadis un inestimable Dysover, Pearl répondit : Pour beaucoup, aucun. Mais pour les gens comme nous, l'avenir est si incertain, il vaut mieux s'en passer pour sauver ce qu'il nous reste du présent. »
Couverture : Adrien Bargin / Traduction : Claire Charrier

dimanche 24 mai 2026

Ken Follett - Une Colonne de feu

Une Colonne de feu, Ken Follett, Tome indépendant 3/5 de Kingsbridge, 2017, 923 pages

Une Colonne de feu est le troisième roman à se dérouler dans la ville anglaise fictive de Kingsbridge, après Les Piliers de la terre et Un monde sans fin. Il se lit de manière totalement indépendante et ne demande aucune connaissance de ses prédécesseurs, si ce n'est pour apprécier d'infimes clins d'oeil à l'histoire de Kingsbridge. Pour l'avoir moi-même lu et apprécié plus de quinze ans après les livres précédents, je peux totalement témoigner de ce caractère indépendant.

Une Colonne de feu se déroule de 1558 à 1605 autour d'un nombre à la fois important (au regard de leur impossible énumération) et restreint (au regard du nombre de pages et de la facilité du suivi) de personnages. Le principal étant certainement Ned Willard, jeune fils d'une famille marchande qui va devenir un membre important de l'entourage de la reine Élisabeth et être au coeur de la lutte politico-religieuse de l'Angleterre.

Si la base du roman reste la ville de Kingsbridge, Une Colonne de feu va, contrairement à ses prédécesseurs, énormément s'en éloigner et voyager dans une grande partie de l'Europe de l'ouest, voire plus loin. Car plus qu'une pure fiction, Une Colonne de feu est totalement une fiction historique. Ken Follett y mélange personnages inventés et personnages historiques, prenant quelques libertés tout en retraçant un demi-siècle d'Histoire. Une Histoire avec l'Angleterre, la France et l'Espagne comme protagonistes principaux et une opposition entre catholiques et protestants comme fil rouge.

Sans surprise, Ken Follett maitrise admirablement bien son sujet et le rythme de son récit. Bien que cela s'accélère un peu dans le dernier quart, le roman réussit dans l'ensemble à prendre le temps de développer ses personnages et ses situations tout en parvenant à avancer régulièrement dans le temps sans paraitre précipité. Une Colonne de feu est ainsi un très bon roman dont le presque millier de pages se dévore, alliant à la fois le plaisir de vivre une grande aventure à celui d'apprendre un peu d'Histoire, saupoudré d'un rappel de toute la bêtise des guerres de religion et de l'intolérance.

Couverture : Graphic Hainaut / Traduction : Cécile Arnaud, Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert et Dominique Haas
D'autres avis : Kahlan, ...

lundi 18 mai 2026

Sacha Bertrand - 11h02, le vent se lève

11h02, le vent se lève, Sacha Bertrand, 2025, 348 pages

L'humanité a disparu à la suite d'une catastrophe écologique. Dans un massif montagneux, Myriam survit seule depuis sept ans, se terrant lorsque la brume toxique revient sur les hauteurs. Jusqu'à ce qu'elle découvre un jeune garçon sauvage, qu'elle prénomme Jonas et tente d'apprivoiser.

11h02, le vent se lève - dont le titre provient d'une horloge en panne sur cet horaire - est entre le post-apo et le nature writing. Mais il n'a ni l'aspect angoissant que le premier peut avoir, ni l'aspect un peu longuet et contemplatif que le second peut avoir. Ce qui ne l'empêche pas de bien faire ressentir une ambiance "huis clos sur une montagne inhabitée".

Si je dis qu'il n'est pas angoissant, cela ne veut pas pour autant dire qu'il est joyeux. Principalement parce que l'histoire repose essentiellement sur la relation d'emprise que crée Myriam sur Jonas. Une situation très bien rendue, crédible et peu réjouissante. Mais la personnalité de Jonas, sa soif de découverte, va heureusement permettre de conserver un côté lumineux à l'ensemble, salvateur et plein de pulsions de vie.

11h02, le vent se lève n'est pas un roman parfait, notamment parce qu'il demande un petit effort de suspension d'incrédulité sur certains éléments, notamment la situation de base. Mais une fois cet écueil dépassé, il s'avère un ouvrage rondement mené et découpé, bien rythmé par l'enchaînement de courts chapitres prenant tour à tour le point de vue des deux protagonistes, jusqu'à un final logique mais réussi et satisfaisant. Une vraie bonne surprise.

Couverture : Samuel Boivin

mardi 12 mai 2026

Silène Edgar - La Ville miraculeuse

La Ville miraculeuse, Silène Edgar, Tomes 2/3 et 3/3 de La Fille de Diké, 2024, 552 pages

Par un prodige éditorial, La Ville miraculeuse est le deuxième et dernier tome de la trilogie La Fille de Diké. Il fait suite à Une Maison de feu dont mes souvenirs étaient plus que flous. Ce qui tombe mal, c'est que ce volume ne commence pas par un résumé. Ce qui tombe bien, c'est que suite aux évènements précédents, notre petite famille d'îliens débarque à la capitale où ils repartent quasiment de zéro et ont tout à découvrir. Une situation qui aide bien à se (re)mettre dedans.

L'ironie, c'est que l'entrée dans ce deuxième volume fut finalement plus facile que celle du premier tome. La découverte se fait de manière bien moins aride et ardue, plus portée par les différents personnages que par l'univers en lui-même. Car si le cadre d'inspiration polynésienne (mais pas que, comme on l'apprend dans la postface) donne une vraie note de différence et que sa cosmogonie poursuit son chemin de science-fantasy entrevu dans le livre précédent, ce sont bien les personnages qui sont le coeur et l'âme de la trilogie. Iels sont variés, évolutifs, réels. Et le plus beau reste la relation qu'iels entretiennent entre elleux, une vraie famille, touchante et attachante.

Je ne sais pas ce que j'aurais pensé de chacun des deux romans compilés ici si je les avais lus séparément. Mais mon avis aurait eu de grandes chances d'être le même puisque j'ai déjà senti une différence entre les deux tomes en les enchaînant. Dans une sorte d'adéquation avec la croissance des trois jeunes frères et soeurs, les trois romans sont eux-aussi comme un être qui grandit. Le premier correspond à l'enfance, un peu ardu avec la nécessité d'assimilation de la nouveauté. Le deuxième correspond à l'adolescence, période active, pleine de fougue et de tous les possibles. Le troisième correspond au passage à l'âge adulte, avec plus de sérieux, de prise de conscience et de responsabilités.

En toute logique, le tome 2 est le plus excitant quand le tome 3 est un peu plus traînant. Mais ce diptyque final reste globalement de vraiment bonne qualité, plaisant à lire pour son univers exotique mais surtout pour sa famille ô combien attachante.

Couverture : Abigaïl Lacourly

jeudi 30 avril 2026

Michael McDowell - Katie

Katie, Michael McDowell, 1982, 456 pages

États-Unis, 1871. Philomela Drax vit seule avec sa mère, au bord de la misère. Une lettre de son grand-père pourrait les tirer de cette situation, mais il faut pour cela le sauver des Slape, sa belle-famille qui en a après son héritage et fait tout pour accélérer son trépas. C'est ce que va entreprendre Philo, malgré la dangerosité des Slape, des êtres sans foi ni loi, notamment la jeune Katie et ses dons de voyance.

Katie est un ouvrage horrible. Car la moitié du roman - surement un peu moins en réalité, mais beaucoup plus en ressenti - est consacrée aux Slape et à leurs répugnantes actions. Ce sont des méchants, des vrais. Ils ne sont pas fous, ils n'ont pas de grandes intentions, ils n'ont simplement aucun sens moral et se comportent essentiellement pour leur bon plaisir, quitte à laisser des cadavres derrière eux. Je n'ai pris aucun plaisir à lire ces passages mais ils sont indéniablement très bien rendus et font forte impression.

Et puis il y a l'autre côté du spectre, l'exact opposé, en la personne de Philo. Une héroïne entraînante, volontaire, travailleuse, un rayon de soleil qu'on ne peut qu'espérer voir s'épanouir et réussir. Si les Slape sont la noirceur incarnée, Philo a elle tout de la pureté incarnée. Elle est l'une des rares exceptions parmi une galerie de personnages marquants mais détestables et la raison qui pousse à avoir cette envie de lire un court chapitre de plus. Car si Katie est horrible, c'est aussi un bon feuilleton qui se lit tout seul. C'est en quelque sorte horriblement bon.

Couverture : Pedro Oyarbide / Traduction : Jean Szlamowicz
D'autres avis : FeyGirl, ...

samedi 18 avril 2026

Benjamin Stevenson - Tout le monde dans ce train est suspect

Tout le monde dans ce train est suspect, Benjamin Stevenson, Tome 2/? d'Ernest Cunningham, 2024, 370 pages

Après le succès de son premier livre qui racontait son périlleux séjour dans un hôtel de montagne, Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un, Ernest Cunningham est devant l'angoisse de la page blanche alors qu'il doit écrire un deuxième roman, une fiction cette fois. Puisqu'il ne va tout de même pas de nouveau se retrouver au milieu d'une mystérieuse scène de crime, n'est-ce pas ? Si, évidemment. Le tout pendant un festival littéraire organisé à bord d'un train traversant l'Australie, avec à son bord plusieurs auteurices de polars.

Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un était un roman marquant pour son style, brisant allègrement le quatrième mur et jouant avec les codes du polar "à la Agatha Christie". Mais est-ce possible de renouveler l'expérience une deuxième fois, sans être répétitif, lassant ou donner une impression de déjà vu ? Benjamin Stevenson prouve que oui avec ce Tout le monde dans ce train est suspect au moins aussi enthousiasmant que le premier.

Tout le monde dans ce train est suspect n'est pas un récit surprenant. Ne serait-ce que parce l'auteur annonce rapidement le plan de son ouvrage et qu'il met bien en lumière les indices qui seront utilisés lors de la résolution - et qui correspondent à peu près à tous les éléments du roman, comme il se doit. Il est même possible de résoudre quelques petites énigmes en avance. Et pourtant, cela ne l'empêche pas d'être tout de même surprenant, de parvenir à une grande scène finale avec son lot de révélations et avec l'immense satisfaction de voir toutes les pièces du puzzle s'imbriquer parfaitement.

La plus grosse surprise reste surement qu'il tient la route de bout en bout et que le gimmick de briser le quatrième mur reste bien intégré jusqu'à la toute fin, d'être justement bien plus qu'un simple gimmick. La maitrise du récit et le sens du détail de Benjamin Stevenson sont impressionnants. Ce qui lui permet d'offrir autant un bon polar qu'un ouvrage amusant. Et surtout un pur plaisir de lecture.

Couverture : Rémi Pépin / Traduction : Cindy Colin-Kapen
D'autres avis : Le Maki, Sometimes a book, ...