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mardi 11 mars 2025

Ursula K. Le Guin - Le Langage de la nuit

Le Langage de la nuit, Ursula K. Le Guin, 1973-1979, 312 pages

Le Langage de la nuit est un recueil de 24 courts textes d'Ursula K. Le Guin composé d'essais, de préfaces et de discours. La thématique principale est surement la place et le rôle de la littérature d'imaginaire mais l'autrice y évoque aussi la manière d'en écrire, la place des femmes et la psychologie jungienne.

Les textes évoquant directement les oeuvres d'Ursula K. Le Guin sont surement ceux qui m'ont le plus parlé mais tous sont intéressants. Pour leurs idées en elles-mêmes mais encore plus pour voir à l'oeuvre la pensée de l'autrice, qui parvient à être à la fois ouverte et compréhensive tout en ayant des idées très affirmées. Ce qui fait presque regretter que le recueil se concentre sur une courte période de temps : ça permet une belle unité du recueil mais empêche de voir une potentielle évolution de ces idées.

S'il est certainement à réserver aux personnes déjà conquises par l'autrice ou à celles qui s'intéressent à l'analyse littéraire, Le Langage de la nuit est un bon recueil dont les propos sont, dans leur écrasante majorité, toujours d'actualité. Une nouvelle preuve de la brillance de l'autrice.

Couverture : Elena Vieillard / Traduction : Francis Guévremont
D'autres avis : Vert, Alys, ...

dimanche 29 décembre 2019

Ursula Le Guin - Le Vent d'ailleurs

Le Vent d'ailleurs, Ursula La Guin, Tome 6/6 du Cycle de Terremer, 2001, 225 pages

Ainsi s'achève la saga de Terremer. Sans tristesse, avec seulement la pleine satisfaction d'un cycle qui aura conté ce qu'il avait à conter, qui aura apposé une empreinte durable dans la fantasy et qui aura, surtout, impérialement bouclé la boucle. Car si chaque histoire narrée jusque-là par Ursula le Guin était plus ou moins indépendante, ou tout du moins voguait librement, Le Vent d'ailleurs vient en apporter une conclusion générale, réussissant l'exploit de mêler tous les éléments vus précédemment pour en écrire un final en apothéose. Le tout, comme d'habitude, dans le style doux et humain de l'autrice, où les feux d'artifice ne sont pas dans les airs mais bien dans les regards.

Si parfois quelques passages peuvent sembler ardus, presque flous, comme c'était déjà quelque peu le cas dans le final de L'Ultime Rivage, peu importe. Le tout est lui à la hauteur, toujours plus proche des sommets. Un grand cycle, digne de sa réputation mais qui mériterait une reconnaissance populaire plus importante. Un cycle qui aura su me séduire au fil du temps jusqu'à s'imposer comme l'un des plus beaux que j'ai pu lire. Une ode à la simplicité et à l'humain. Merci Madame Le Guin.

Les tomes précédents : Terremer, Les Contes de Terremer, Tehanu
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mardi 17 décembre 2019

Ursula Le Guin - Contes de Terremer

Contes de Terremer, Ursula Le Guin, "Tome" 5/6 du Cycle de Terremer, 1997-2001, 269 pages
« La loutre ne connaît pas la mort : seulement la vie jusqu'au bout. »
Les Contes de Terremer est un recueil de 5 nouvelles dans l'univers de Terremer. L'occasion d'explorer plus avant ce monde avec de petites histoires centrées sur les personnages, leurs constructions, leurs évolutions et leurs relations. On ne change pas une formule qui gagne : l'humain est toujours au centre avec Ursula Le Guin. Mais bien souvent, la petite histoire rejoint la grande.

Ainsi Le Trouvier contera les débuts de l'École de Roke quand Les Os de la terre et Dans le Grand Marais permettront, de manière détournée, de croiser la route passée de personnages déjà connus - ce sont d'ailleurs mes deux nouvelles préférées, touchantes de simplicité. Si Rosenoire et Diamant est plus anodine du point de vue de l'Histoire, elle n'en est pas moins riche d'idées. Notamment en questionnant le poids du passé sur le rôle de la magie et la place des femmes, une thématique qui sera aussi au coeur de Libellule, nouvelle qui, des mots de l'autrice elle-même, jette une passerelle entre Tehanu et Le Vent d'ailleurs.

Les Contes de Terremer est un excellent recueil, homogène en qualité, dans la droite lignée du reste de Terremer et qui vient confirmer, si cela était encore nécessaire, la grandeur de ce cycle de "fantasy humaine".

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dimanche 3 mars 2019

Ursula K. Le Guin - Lavinia

Lavinia, Ursula K. Le Guin, 2008, 311 pages.

Dans la dernière partie de l'Énéide, Énée arrive en Italie, dans le Latium, à proximité de la future Rome, pour fonder un nouveau royaume. Il y prendra pour femme Lavinia, un personnage très peu décrit et utilisé par Virgile. C'est pourtant cette femme qu'Ursula Le Guin met en scène ici, narrant la fin de l'Énéide (et au-delà) à travers les yeux de Lavinia.

Lavinia est un livre particulier, bien différent d'autres oeuvres plus connues de l'autrice, puisqu'il est quasi-réaliste et repose sur une base réelle. L'histoire y est très simple, voire trop simple, l'ennui n'étant pas loin de pointer son nez - ou tout du moins une sensation de "c'est tout ?". Ce n'est pas le meilleur livre d'Ursula Le Guin, ça parait un peu bancal présenté comme cela, et pourtant ça fonctionne quand même.

Ça fonctionne pour deux raisons. La première, c'est l'écriture d'Ursula Le Guin, toujours aussi majestueuse et précise, tout en simplicité mais jamais simpliste. La seconde, c'est qu'on ressent la passion de l'autrice pour l'oeuvre de Virgile et sa volonté de présenter, au-delà d'un portrait de femme et avec quelques libertés, une époque et une culture révolues.

Lavinia n'est pas un livre qui met des baffes au lecteur. Il a quelques défauts, comme de n'être ni surprenant ni vraiment dynamique. Et pourtant, c'est un livre qui fonctionne, dont on ressort satisfait et qui se bonifie à la réflexion. C'est un voyage idéalisé dans un lointain passé. C'est une pause printanière sous un arbre, un livre à la main. C'est dépaysant, ça invite notre esprit au voyage, et c'est déjà beaucoup.

D'autre avis : Vert, Lutin82, Célindanaé, ...

mercredi 4 juillet 2018

Ursula Le Guin - Tehanu

Tehanu, Ursula Le Guin, Tome 4 du Cycle de Terremer, 1990, 258 pages.

Tehanu est le quatrième tome du Cycle de Terremer après Le Sorcier de Terremer, Les Tombeaux d'Atuan et L'Ultime rivage. On y retrouve les personnages rencontrés précédemment ainsi qu'un nouveau personnage principal, Therru, jeune fille sévèrement brulée, entre autres monstruosités subies. On y retrouve surtout la plume d'Ursula Le Guin qui fait toujours des merveilles. Et même plus que des merveilles : qui d'autre pourrait rendre intéressant, fascinant, un roman de 250 pages où il ne se passe rien ? Pas grand monde, surtout à un tel niveau de qualité.

Le calme est donc au rendez-vous, à l'exception d'une tornade finale dans les toutes dernières pages. Une nouvelle fois, le chemin est bien plus important que la destination. Ce qui ne veut pas dire que l'ennui est là, au contraire. Il est envoutant de suivre ces personnages en construction ou en reconstruction, dans leurs peines et leurs joies, le tout filé de réflexions diverses sur, notamment, la nature humaine, toujours discrètement et humblement.

Ursula Le Guin, tout simplement.

jeudi 16 novembre 2017

Ursula Le Guin - L'Effet Churten

L'Effet Churten, Ursula Le Guin, 1990/1993/1994, 183 pages.

L'univers de l'Ekumen d'Ursula Le Guin repose sur un principe (ou deux, selon le point de vue) : les informations peuvent se déplacer de manière instantanée d'une planète à une autre, grâce aux ansibles, tandis que les déplacements physiques, bien que de vitesse luminique, restent de très longue durée. Et si cette dernière contrainte s'envolait ? Si les déplacements physiques devenaient eux-aussi instantanés ? C'est ce qu'évoquent les trois nouvelles de L'Effet Churten, du nom du phénomène permettant ce déplacement.

L'histoire des Shobies conte le premier test de cet effet churten sur un équipage entier. Pour un résultat étonnant, à tous point de vue, très bien rendu par Ursula Le Guin.

Mais l'effet churten est surtout une excuse pour permettre à Ursula Le Guin de faire ce qu'elle fait de mieux : parler de l'humain et de la différence. C'est encore plus évident dans les deux nouvelles suivantes : La Danse de Ganam conte la découverte d'une nouvelle planète quand Le Pêcheur de la mer Intérieure nous transporte entre Hain et la planète O (planète "déjà" explorée dans deux nouvelles de L'Anniversaire du monde).

Certes, il n'y a rien de flamboyant ou d'exceptionnel dans ce petit recueil. Juste - mais c'est déjà tout à fait bien - le plaisir de lire trois nouvelles d'Ursula La Guin, sans grande ampleur mais jamais innocentes.

dimanche 24 août 2014

Ursula Le Guin - L'Anniversaire du monde

L'Anniversaire du monde, Ursula Le Guin, 2002, 398 pages.

Avec L'Anniversaire du monde, Ursula Le Guin nous invite une nouvelle fois à découvrir l'Ekumen, son univers de science-fiction fétiche. 7 des 8 nouvelles présentes dans ce recueil s'y déroulent, sur des planètes diverses et variées.

Et la variété, l'imagination, la créativité, c'est bien l'impression qui domine à la lecture. Grâce au format, ce n'est pas un ou deux planètes que l'on visite mais 6, inédites ou déjà rencontrées, avec chacune leur spécificité. L'imagination d'Ursula Le Guin, concrète et plausible tout en étant extraordinaire, est bluffante.

Comme toujours, l'auteur traite de son sujet favori, l'humanité, dans des histoires simples et touchantes. Pas de nouvelles à chute, pas de grands rebondissements ni d'actions à gogo, juste une fenêtre sur des instants de vie. On notera tout de même une certaine violence inhabituelle (si ce n'est dans Le Nom du monde est forêt) dans L'Anniversaire du monde et surtout dans Musique ancienne et les femmes esclaves.

L'esclavage, l'acculturation, les traditions, la religion,... sont parmi de nombreux thèmes développés ici et là. Il y en a tout de même un constant sur les 4 premières nouvelles : la sexualité et les rapports homme/femme. Avec - je me répète mais c'est pour la bonne cause - une créativité géniale.

Et puis il y a Paradis perdu, la nouvelle ne faisant pas partie de l'Ekumen, pièce majeure du recueil avec sa grosse centaine de pages, qui ne fait pas tâche dans l'ensemble. Au contraire, en substituant à une énième planète un vaisseau spatial voguant pendant plusieurs générations, Ursula Le Guin traite habillement de la vie communautaire et fait opérer la même magie qu'elle déverse sur tout l'Ekumen.


Septième participation pour le Summer Star Wars : Episode II

Dix-neuvième participation au challenge SFFF au féminin

jeudi 10 juillet 2014

Ursula Le Guin - Terremer

Terremer, Ursula Le Guin, 1968/1971/1972, 477 pages.

Le Cycle de Terremer est un cycle de fantasy d'Ursula le Guin composé de multiples romans et nouvelles. Terremer, le livre présenté ici, comporte les trois premiers romans de ce cycle : Le Sorcier de Terremer, Les Tombeaux d'Atuan et L'Ultime rivage. Et c'est la lecture du mois de juin du Cercle d'Atuan.

Le Sorcier de Terremer conte la jeunesse et la première aventure de Ged avant qu'il ne devienne une légende dans tout Terremer. Ce premier roman a tout d'une geste (à l'exception de la prose), une épopée racontée au coin du feu. Roman d'apprentissage en accéléré, il permet de visiter et découvrir une bonne partie du monde.

Changement de point de vue dans Les Tombeaux d'Atuan. Ged n'est cette fois là qu'en personnage secondaire. On suit Tenar, une jeune fille supposément la réincarnation de la grande Prêtresse d'Atuan, qui veille sur les anciens dieux ténébreux et leur trésor. L'opposition entre cette jeune demoiselle et les sombres souterrains qu'elle parcourt a de quoi donner quelques frissons.

Pour L'Ultime rivage, on retrouve Ged dans un rôle principal en compagnie d'Arren, jeune fils d'un noble reconnu. La magie disparaît et ils partent en quête de la source du problème. Nouvelle visite de Terremer et nombreuses péripéties.

Contrairement à sa science-fiction, la fantasy d'Ursula Le Guin est plus agitée, bien plus remplie d'actions et de péripéties. Par contre, on y retrouve cette écriture posée, calme, presque gentille. Lire Terremer, c'est rentrer dans une atmosphère totalement différente de tout ce qui peut se faire en fantasy actuellement. C'est plonger dans un univers où le chemin est bien plus important que la destination.

Écrit par quelqu'un d'autre, ces trois romans auraient eu toutes les chances de me tomber des mains. Mais Ursula le Guin sait manier les mots : pas d'ennui à la lecture, mais un voyage en terre étrangère où l'on pourra peut-être croiser un dragon au détour d'un chemin. Un vrai périple sur les mers de Terremer, qu'on suivra avidement sur la magnifique carte qui l'accompagne.

Comparé à ce que j'ai pu lire du Cycle de l'Ekumen, je place Terremer un chouïa en dessous. Mais comme ce premier tient de l'excellence, ce dernier se place tout de même à un très bon niveau. Et quelque chose de différent de ce que l'on peut lire ailleurs.

Seizième participation au challenge SFFF au féminin

Deuxième emprunt à la bibliothèque pour le challenge Morwenna's List

mardi 1 juillet 2014

Ursula Le Guin - Les Dépossédés

Les Dépossédés, Ursula le Guin, 1974, 391 pages.

Le cycle de l'Ekumen a une constante : Ursula Le Guin nous emmène chaque fois à la découverte d'une nouvelle planète, avec son habitat, son mode de vie et toute une étude anthropologique qui s'y rapporte. Et c'est super. Avec Les Dépossédés, c'est double ration de plaisir puisque l'on part à la découverte d'une planète, mais de deux !

D'un côté Urras, la planète mère, aux accents de la Terre : contrôlée par une élite riche, misogyne, peuplée de guerres nationales et de luttes de classes. De l'autre Anarres, la planète fille, peuplée quelques générations auparavant par des révolutionnaires urrastis : une utopie anarcho-communiste, basée sur la liberté, le partage, la solidarité et l'égalité, pauvre, en retard technologique et aux conditions de vie difficiles. Chacune est la lune de l'autre. Hormis un cargo de temps en temps pour échanger des marchandises, aucun contact.

Pour partir à la découverte de ces deux planètes et de leurs fonctionnements opposés, on suit le personnage de Shevek, un physicien annaresti. Un premier fil narratif le voit partir pour Urras, le premier à jamais faire le voyage en ce sens. Un deuxième nous montre sa jeunesse sur Anarres et les raisons l'ayant poussé à prendre le risque de partir.

Il faut bien le dire, ces presque 400 pages ne sont pas remplies de grandes actions et de multiples rebondissements. Il ne se passe même pas grand chose. Le rythme est lent. Et pourtant. Pourtant c'est une nouvelle oeuvre d'art ciselée par Ursula Le Guin. L'écriture est riche, précise, attentive.

Mais c'est bien le propos qui est au centre et qui est le plus remarquable. Les Dépossédés est éminemment politique. Encore plus concrètement que d'habitude. Cette communauté anarchiste annarestie qui fonctionne est un vrai exemple de modèle de société alternatif. En opposition avec le capitalisme détestable d'Urras, il est simple de savoir de quel côté le coeur de l'auteur la porte.

Mais ce roman n'est absolument pas une bête éloge de l'anarchisme. Pas de manichéisme ici : Ursula Le Guin montre aussi les limites du système et les sacrifices nécessaires. Ainsi que tous les aspects qui peuvent de près ou de loin se rapporter à cette "politique", le langage et l'éducation en tête.

Les Dépossédés est un roman riche qui regorge de bonnes choses et dont on pourrait tirer des lignes et des lignes. En résumé, ce sont deux modèles de société scrutés à la loupe. Mais cette macrosociologie est portée en parallèle par le développement d'un petit être humain qui nous montre les choses à son échelle. Micro et macro sont réunis. Pour un livre qui n'a rien de petit mais bien tout d'un grand.

Quinzième participation au challenge SFFF au féminin

Deuxième participation pour le Summer Star Wars : Episode II

Premier emprunt à la bibliothèque pour le challenge Morwenna's List

mercredi 23 avril 2014

Ursula Le Guin - Le Dit d'Aka & Le Nom du monde est forêt

Le Dit d'Aka / Le Nom du monde est forêt, Ursula Le Guin, 2000/1972, 310 pages.

Escale n°2 dans mon voyage dans l'Ekumen d'Ursula le Guin. Ou plutôt escales n°2 et n°3 puisque ce roman, Le Dit d'Aka, est suivi d'un autre court roman plus ancien, Le Nom du monde est forêt. Double dose de plaisir.

En commençant Le Dit d'Aka, j'étais content d'avoir déjà fait mon entrée dans le cycle avec La Main gauche de la nuit. Un peu compliqué et un peu brouillon comme début, où les situations politiques de la Terre, d'Aka et de l'Ekumen se mélangent. Et puis, après une vingtaine de pages, on se plonge tout entier sur Aka et la magie opère.

On suit Sutty, une Envoyé terrienne, sur Aka, une planète qui se veut ultra-moderne et tournée vers l'au-delà, quitte à supprimer et oublier son passé. On trouve, entre autres, deux axes de réflexion principaux. Sur un plan politique, le totalitarisme, qu'il soit religieux ou scientifique, et ses conséquences. À la fois via la situation d'Aka mais aussi via les souvenirs de Sutty concernant la Terre (et donc notre futur). Mais le thème principal, c'est la littérature. Ses rôles, ses pouvoirs. La transmission, le souvenir, le partage. Impossible de ne pas penser à Fahrenheit 451 tant leurs objectifs semblent identiques (tout comme le plaisir à les lire).

Le Dit d'Aka est une grande oeuvre et une lecture indispensable, comme l'est Fahrenheit 451. Elle représente pour moi l'essence de la science-fiction : aller voir ailleurs pour mieux nous questionner ici. Un questionnement multiple dont une large part est ici consacré à un sujet qui vous est forcément cher si vous lisez ceci : les livres et les histoires.
« Erreur. Elle n’aurait pas dû le remercier. Les remerciements appartenaient au registre du « discours servile ». Les formules honorifiques, les salutations, les demandes de permission et les expressions de fausse gratitude, tous ces fossiles de l’hypocrisie primitive étaient des obstacles à la franchise entre producteurs-consommateurs. C’est ce qu’elle avait appris, en ces termes, presque dès son arrivée. »
Le Nom du monde est forêt a la difficile tâche de suivre ce moment d'excellence. Malgré avoir reçu le Prix Hugo, il est pour moi légèrement en dessous. De la manière que le "très bon" est juste en dessous de "l'excellent".

À la différence du "schéma classique" d'Ursula Le Guin, on ne suit pas ici la rencontre d'une nouvelle planète avec l'Ekumen. À la place, on découvre le Monde 41, une planète où toutes les terres sont couvertes de forêts. Exactement l'inverse de l'actuelle Terre, qui l'a colonisé pour le déboiser. Mais quid des pacifiques autochtones ?

Encore plus que dans Le Dit d'Aka, les terriens sont au premier plan et offrent une comparaison d'autant plus facile avec notre présent. Outre quelques considérations d'ordre métaphysique, on réfléchira principalement sur les thèmes de l'écologie et du colonialisme. Si les réflexions peuvent sembler évidentes de notre point de vue contemporain et de fait moins percutantes que d'habitude (ce qui n'enlève rien à leur justesse), il faut se rappeler que ce texte a été écrit en 1972. On peut alors crier au génie.

Deuxième participation au challenge SFFF au féminin

vendredi 24 janvier 2014

Les Lectures du Barouveur #1 : Ursula Le Guin - La Main gauche de la nuit

La Main gauche de la nuit, Ursula Le Guin, 1969, 331 pages.
« Le jour est la main gauche de la nuit,
et la nuit la main droite du jour.
Deux font un, la vie et la mort
enlacés comme des amants en kemma,
comme deux mains jointes,
comme la fin et le moyen. »
Un jour, un certain Kissifrott, Dévoreur de livres de son état, est venu me voir et m'a proposé de faire une lecture commune (et d'autres si affinités). Il apportait même un nom de projet terrifiant : Les Lectures du Barouveur. L'objectif premier, outre se faire plaisir et partager pleinement des lectures, est de lire des vieux livres qu'on ne croise plus tous les jours dans la blogosphère.

Kissifrott a eu l'idée de commencer par La Main gauche de la nuit, l'occasion pour moi de découvrir Ursula Le Guin, une auteure qui me faisait, je l'avoue, un peu peur. Pourquoi ? Aucune idée. Surement un mélange de préjugés : c'est ancien, c'est de la SF spatiale, ça a l'air compliqué, ... Oui, ma bêtise me fait moi-même peur. Car vous vous en doutez, j'étais totalement dans l'erreur. Mes remerciements publics à Kissifrott pour m'avoir ouvert les yeux.

La Main gauche de la nuit est un livre intelligent. Les réflexions s'enchaînent sur de nombreux sujets, notamment toutes les facettes du genre humain et la politique, avec souvent une pensée différente, voire novatrice. Mais le plus important, c'est que rien de cela ne semble forcé. Le Guin ne nous sert pas un semblant d'histoire pour pouvoir faire passer ses idées. Au contraire, chaque moment de réflexion vient naturellement dans la continuité du récit.

L'histoire en elle-même n'est pas des plus compliquées : un homme, représentant l'Ekumène, une association de 83 mondes, arrive sur la planète Géthen pour tenter de la rallier. On suit majoritairement cet Envoyé et l'on découvre avec lui cette planète hivernale, pas à pas, "sur le tas". La première partie se mélange entre l'aspect découverte et l'aspect politique et parvient à joliment se renouveler dans une seconde partie qui ressemble plus à de l'aventure (avec même un petit côté Horde du Contrevent).

L'ensemble est beau. Il y a une poésie qui se dégage de l'écriture de Le Guin. Ainsi qu'une profondeur touchante (le chapitre 13 est bouleversant, tout comme la fin). Ce livre foisonne de bonnes choses. Je suis incapable de rendre suffisamment hommage à ce qui s'apparente à un sans faute : intelligent, poétique, beau, touchant. Que vous faut-il de plus pour aller le lire ?
« - Dites-moi, Genry, que sait-on de certain, de prévisible, d’inéluctable… la seule chose sûre que vous sachiez sur votre avenir et sur le mien.
- Je sais que nous mourrons.
- Oui. Il n’est vraiment qu’une seule question à laquelle nous puissions répondre, et nous connaissons déjà la réponse… Ce qui seul rend la vie possible, c’est cette incertitude permanente, intolérable : ne pas savoir ce qui vous attend. »
L'avis de Kissifrott