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dimanche 12 avril 2026

Claire North - Pénélope, reine d'Ithaque

Pénélope, reine d'Ithaque, Claire North, Tome 1/3 de Le Chant des déesses, 2022, 477 pages

Après la guerre de Troie, Ulysse mit des années à rentrer chez lui à Ithaque, une épopée bien connue, contée dans L'Odyssée d'Homère. Ce qui est moins connu, c'est ce qui se passa à Ithaque pendant ce temps-là, au-delà de Pénélope détissant la nuit l'ouvrage qu'elle tissait le jour.

C'est cette zone d'ombre que Claire North éclaire ici, donnant une voix à celles - Pénélope mais aussi bien d'autres, divinités incluses - que les poètes n'évoquaient guère autrement que comme des objets. Une bonne dose de féminisme nécessaire dans une mythologie grecque aux comportements affligeants vus de notre époque.

Même sans grand suspense et avec ses atours de tragédie grecque, Pénélope, reine d'Ithaque est un ouvrage qui propose une vraie tension, preuve de la maitrise d'écriture de Claire North. Une écriture agréable malgré les faits qui ne le sont pas, dynamisée par quelques apostrophes narratives - d'Héra, rien que ça -, une habitude de l'autrice. Un vrai bon livre dont le sujet pourra limiter son nombre de lecteurices mais qui est pourtant de qualité tant pour son côté réécriture féministe que pour son récit en lui-même.

Couverture : Lisa Marie Pompilio d'après © Shutterstock / Traduction : Karine Forestier
D'autres avis : Lullaby, Boudicca, ...

vendredi 30 janvier 2026

Louise Carey - Mutinerie

Mutinerie, Louise Carey, Tome 3/3 de Le Programme Harlow, 2023, 393 pages

Quelques mois séparaient la fin de Aux ordres du début de Insubordination. C'est de nouveau le cas avec ce troisième tome. Quelques mois qui n'ont pas changé la situation mais ont permis aux héros - comme à leurs lecteurices - de se poser un peu, de reprendre des forces et d'être prêt à repartir de l'avant.

Mutinerie est une très bonne conclusion à la trilogie, dans la droite lignée des deux premiers volumes. Aucune surprise au programme : le récit ne révolutionne rien mais l'histoire est plaisante à suivre et les personnages sont attachants - particulièrement l'évolution de la relation amicale entre Tanta et Cole. Ça se dévore comme une bonne série télé, où suivre les personnages est aussi important, voire plus, que leurs actions en elles-mêmes. Des actions qui ont d'ailleurs le bon goût de ne pas être trop nombreuses, de ne pas du tout faire "liste de péripéties" et de ne pas tourner au blockbuster.

Mutinerie est un tome totalement satisfaisant, à l'image du Programme Harlow dans son ensemble. Sans incroyable coup d'éclat peut-être mais, surtout, sans aucune fausse note. Une très bonne conclusion pour une série dont la qualité et le plaisir procuré auront été constants de la première à la dernière page.

Couverture : Simon Prades / Traduction : Florence Bury

dimanche 23 novembre 2025

Louise Carey - Insubordination

Insubordination, Louise Carey, Tome 2/3 de Le Programme Harlow, 2022, 408 pages

Insubordination reprend quelques mois après les évènements de Aux ordres. Tanta et Cole, l'agente et le neuro-ingénieur, vont de nouveau se retrouver au coeur de la lutte de pouvoir entre InTech et Toughfront, les deux corporations qui se partagent Londres.

Dans la lignée du premier tome, Insubordination est un techno-thriller dans un univers cyberpunk. Des grands mots qui ne doivent pas effrayer : l'univers n'est que légèrement futuriste et l'aspect technologique très abordable. Le cadre permet évidemment une réflexion, sur le contrôle des populations notamment, mais il est surtout là pour permettre de vivre une bonne aventure.

Par manque d'un résumé, il faut quelques pages pour se remettre dedans. Heureusement, Louise Carey rappelle les éléments nécessaires dans son récit et les souvenirs reviennent étonnamment assez bien. Ce qui est bien aidé par le fait que les personnages sont peu nombreux. Et ils le resteront dans ce deuxième tome qui évite l'écueil du tome de transition, proposant une vraie aventure en soi, pleine de tension et n'attendant que ses dernières pages pour établir l'enjeu du troisième volume. Et vu l'efficacité de celui-ci, ça donne évidemment envie de le lire.

Couverture : Simon Prades / Traduction : Florence Bury

lundi 11 août 2025

Emma Newman - Planetfall

Planetfall, Emma Newman, Tome indépendant 1/4 de "Planetfall", 2015, 287 pages

Sur une lointaine planète, une colonie humaine s'est installée au pied d'une étrange structure, la Cité de Dieu. Leur cheffe de file, Lee Suh-Mi, y a disparu depuis plusieurs années mais les terriens, incités par des messages annuels, continuent d'attendre son retour et des révélations sur Dieu. L'arrivée de Sung-Soo, descendant de Lee Suh-Mi et rescapé inattendu de la Chute initiale, va bouleverser l'équilibre de la communauté.

Planetfall est un roman mystérieux. Et ce n'est pas qu'une formule puisque tout le récit repose sur le fait de comprendre ce qu'est cette expédition et cette planète. Et plus encore ce qu'est le secret sur lequel tout semble être construit. La réponse à la première question s'avèrera plus ou moins satisfaisante selon qu'on aime ou non les fins ouvertes et mystico-fantasmagoriques. J'ai trouvé ça un peu perturbant mais cela colle finalement assez bien avec ce qui est présenté tout au long du récit. Et puis ça tombe bien, l'important est ailleurs, dans la seconde question, le secret.

Le secret en lui-même n'est pas exceptionnel. Mais toute sa présentation et son intégration au récit sont remarquables. Et plus encore son lien avec Ren, la narratrice du récit. Un personnage exceptionnel, dans le sens où l'on ne voit presque jamais de telles représentations. Et le fait de vivre le récit à travers ses yeux rend la chose encore plus forte puisqu'il est impossible de deviner avant longtemps que Ren a quelque chose de particulier, d'anormal.

Planetfall est très loin d'être un planet-opera classique. Il ne faut peut-être même pas le lire en s'attendant à un roman de science-fiction. C'est un roman qui utilise la science-fiction et la foi, toutes les palettes de l'imaginaire en somme, pour mieux proposer un portrait profondément réaliste et absolument humain. Est-ce que c'est un roman parfait ? Non. Est-ce que le personnage de Ren vaut à lui seul la lecture ? Oui, sans aucun doute.

Couverture : Anxo Amarelle / Traduction : Racquel Jemint
D'autres avis : Vert, Lhisbei, Le Maki, Shaya, Le chien critique, Lorhkan, Gromovar, FeydRautha, Xapur, Lune, Elessar, Cédric, Célinedanaë, Jean-Yves, ...


Deuxième escale pour le Summer Star Wars Andor S2

samedi 12 juillet 2025

Claire North - Sweet Harmony

Sweet Harmony, Claire North, 2020, 159 pages

Tout va bien pour Harmony Meads. Un corps parfait, une santé parfaite, un petit ami parfait, un emploi parfait. Jusqu'au jour où apparait, sur son visage, un bouton. Ce qui est strictement impossible puisque les nanos dans son corps font en sorte de lui assurer une apparence parfaite. Mais tous ces abonnements ont un coût... et les finances d'Harmony ne sont pas parfaites, elles.

Sweet Harmony est une novella qui parle, sans surprise, du culte de l'apparence. Et ce sans évoquer les réseaux sociaux. Il n'y en a pas besoin, les relations sociales de la vie de tous les jours suffisent largement à pousser l'envie du corps parfait, confortable, attractif, qui ouvre toutes les portes ou presque. Mais le texte de Claire North ne se limite pas à dénoncer les ravages et les risques de cette beauté à tout prix. Ce n'est qu'un des multiples thèmes évoqués, avec aussi la pression sociale, les relations toxiques ou encore le cercle vicieux de la dette.

Sweet Harmony est un récit qui ne donne pas de leçon mais pousse à réfléchir sur son propre rapport au corps, au sien comme à ceux des autres. Le constat proposé par Claire North n'est pas joyeux. Il est même triste, mais tristement vrai. C'est aussi effarant que lucide, et c'est symbolisé par une héroïne avec laquelle on ne peut ni être complètement dans l'empathie ni être complètement dans le dédain tant elle est aussi imparfaite que réaliste. Indéniablement un texte fort.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Vert, Tigger Lilly, FeyGirl, Yuyine, Le Maki, FeydRautha, Gromovar, Jean-Yves, Xapur, Boudicca, Zoé, Célinedanaë, Herbefol, ...

dimanche 25 mai 2025

Louise Carey - Aux ordres

Aux ordres, Louise Carey, Tome 1/3 de Le Programme Harlow, 2021, 441 pages

Dans un futur où la société est dirigée par des corpos, Tanta, jeune femme formée depuis l'enfance par InTech, s'apprête à effectuer sa première mission pour l'entreprise : récupérer un disque dur volé. La mission est en apparence simple mais elle va l'entraîner dans une quête plus lointaine et la plonger dans une lutte de pouvoir où elle pourrait bien à son insu avoir un rôle majeur.

Aux ordres prend place dans un futur proche légèrement cyberpunk : outre les territoires divisés entre états-entreprises, les technologies sont encore plus omniprésentes et avancées, chaque individu ou presque étant amélioré pour y accéder directement. L'histoire quant à elle est un mélange d'action et de thriller d'espionnage. Aucun de ces deux éléments n'est révolutionnaire ou grandement original : le cadre est commun et le récit ne comporte pas de grande surprise, les rebondissements se devinant toujours un peu avant qu'ils arrivent.

Pourtant, Aux ordres est un bon roman. Il ne fait rien d'extraordinaire mais ça ne l'empêche pas de faire les choses bien. Il part d'une bonne idée de base et construit autour une intrigue efficace. Il repose surtout sur un duo de personnages sympathiques qui évoluent logiquement. Aux ordres est sans hésitation dans le groupe des bonnes lectures, celles qui ne bouleversent pas le monde mais qu'on lit avec un réel plaisir. Et qui donnent totalement envie de poursuivre l'aventure avec les tomes suivants, ce qui est indéniablement un bon signe.

Couverture : Simon Prades / Traduction : Florence Bury
D'autres avis : Le Maki, Le nocher des livres, ...

lundi 19 mai 2025

Stuart Turton - Dernier meurtre au bout du monde

Dernier meurtre au bout du monde, Stuart Turton, 2024, 435 pages

Toute la Terre a été recouverte par un mystérieux brouillard tuant tout sur son passage. Toute ? Non, une dernière île résiste encore et toujours à l'envahisseur. Une centaine d'habitants y survit dans une ambiance paisible. Jusqu'à ce qu'un meurtre y soit commis et que le système de protection entourant l'île soit désactivé. Le seul moyen de le remettre en place ? Résoudre le meurtre.

Dernier meurtre au bout du monde prend place dans un univers post-apo qui n'a rien de révolutionnaire mais qui fait le boulot et qui comporte quelques surprises de plus que ce pitch, comme un narrateur réellement omniscient. Ce n'est de toute façon pas un roman post-apo : c'est un polar prenant place dans un univers post-apo. Ce dernier a une fonction essentiellement utilitaire, c'est un cadre permettant de créer des situations inédites et de complexifier l'intrigue.

Assez logiquement, Dernier meurtre au bout du monde n'est donc pas un très bon roman post-apo. Ce n'est pas non plus un très bon polar, étant sur ce point aussi un peu trop limité. Mais l'alliance des deux parvient tout de même à en faire un bon roman, créant quelque chose d'assez différent. Et puis il conserve le plaisir de voir toutes les pièces finir par s'imbriquer.

De tous les romans de Stuart Turton, Dernier meurtre au bout du monde reste toutefois à mon sens le moins bon des trois, notamment parce qu'il ne parvient pas à se départir d'un certain côté trop artificiel, créant une distance et un manque de passion. S'il est à déconseiller à celleux ayant déjà trouvé L'Étrange Traversée du Saardam trop faible, il reste néanmoins tout à fait envisageable pour celleux que ça n'a pas dérangé.

Couverture : Rémi Pépin - David Mano / Traduction : Cindy Colin Kapen
D'autres avis : Le Maki, ...

samedi 15 février 2025

Adrian Tchaikovsky - Le Dernier des aînés

Le Dernier des aînés, Adrian Tchaikovsky, 2021, 175 pages

Lynesse Quatrième Fille, princesse de Praimesite, déplore le manque de réaction de sa famille à l'annonce d'une présence démoniaque à l'orée de leur royaume. Bravant la montagne, elle va requérir l'aide de Nyrgoth, un puissant sorcier. Nyrgoth qui s'appelle en fait Nyr Illim Tevitch et qui est un anthropologue terrien en mission d'observation et qui n'est pas censé interférer avec la vie locale.

Le Dernier des aînés est une mise en application concrète de la troisième loi de Clarke : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ». L'histoire est racontée en alternance selon les deux points de vue de Lynesse et de Nyr et peut se rattacher à un genre différent selon le ou la protagoniste : le récit de Lynesse est une histoire de fantasy quand le récit de Nyr est une histoire de science-fiction.

Au-delà de l'astucieuse idée, bien rendue par Adrian Tchaikovsky, Le Dernier des aînés est une bonne aventure qui n'a rien de spectaculaire mais qui est efficace et bien menée. Peut-elle réconcilier les personnes ne jurant que par l'un des deux genres ? J'en doute. Mais elle prouve bien que les frontières entre les genres n'ont que peu de sens, les deux étant aussi à même de développer des personnages et des réflexions. C'est notamment le cas ici concernant le rapport à soi et aux autres, un questionnement qui porte tout autant qu'il soit entouré de magie ou de technologie.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Henry-Luc Planchat
D'autres avis : Tigger Lilly, Vert, Le Maki, Gromovar, FeydRautha, Célinedanaë, Anudar, Apophis, Lectures du panda, Herbefol, ...

mardi 10 décembre 2024

Stuart Turton - L'Étrange Traversée du Saardam

L'Étrange Traversée du Saardam, Stuart Turton, 2020, 576 pages

En 1634, le Saardam, un navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, quitte Batavia pour retourner à Amsterdam. À son bord se trouve le gouverneur général, ses proches, une mystérieuse cargaison et un prisonnier, le célèbre détective Samuel Pipps. Mais juste avant le départ, le bateau subit un avertissement de la part d'un lépreux à la langue coupée : le Saardam est maudit. Et l'étrange symbole qui apparait sur la grand-voile au moment de l'appareillage n'est que le premier d'une série de phénomènes inexpliqués.

Comme il se doit, L'Étrange Traversée du Saardam étant un roman policier et non un roman fantastique, tout le sel sera de découvrir comment tout cet apparat démoniaque peut avoir des causes bien plus terre à terre. Tout n'est pas parfait au final mais le déroulé m'a happé et la résolution m'a satisfait, ce qui est à mon avis l'essentiel avec ce genre de livre. Livre qui propose avant ça tout ce qu'on peut attendre de lui : des personnages qui ont tous des secrets, des révélations régulières, un duo d'enquêteurs totalement holmésien, une suspicion envers tous et toutes et même quelques bons petits fusils de Tchekhov.

Certes, L'Étrange Traversée du Saardam n'a pas l'éclat et l'originalité de Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle et il ne faut pas le lire en s'attendant à prendre la même claque. Certes, Stuart Turton a pris quelques libertés et il est difficile de ne pas se dire qu'il fallait tout de même une bonne dose de chance pour que tout se déroule aussi bien. Certes, malgré le côté dramatique de la situation, c'est un roman qui reste gentillet. Certes. Mais heureusement pour moi, je suis facilement passé outre, trop pris que j'étais par l'envie de découvrir le truc suivant. Et j'en suis sorti en ayant passé un agréable moment avec un bon petit roman policier et un huis-clos maritime très plaisant à lire.

Couverture : David Mann - Rémi Pépin / Traduction : Fabrice Pointeau
D'autres avis : TmbM, Zina, Gromovar, Le nocher des livres, Sometimes a book, Yuyine, ...

dimanche 10 novembre 2024

David Mitchell - Les mille automnes de Jacob de Zoet

Les mille automnes de Jacob De Zoet, David Mitchell, 2010, 702 pages

En 1799, le jeune clerc Jacob de Zoet fait partie d'une mission de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales pour remettre de l'ordre à Dejima, une île artificielle dans la baie de Nagasaki, seul comptoir de commerce étranger au Japon. C'est là, dans un milieu hostile aux étrangers, qu'il s'éprendra d'Orito, une sage-femme, et que sa vie prendra une ampleur inattendue.

Si l'histoire est inventée, bien qu'inspirée d'éléments réels, Les mille automnes de Jacob De Zoet a tout du roman historique tant David Mitchell a fait un travail minutieux pour représenter ce Japon de la fin du XVIIIème siècle. Les habitués de l'auteur, notamment les lecteurices de L'Âme des horloges, pourront y percevoir quelques (très rares) clins d'oeil qui peuvent rattacher le roman au DavidMitchellUniverse et à l'imaginaire mais ce n'est clairement pas là l'essentiel.

L'essentiel, c'est que Les mille automnes de Jacob De Zoet est un ouvrage passionnant. Bien que la présentation et le style soient différents, il m'a fait penser aux romans de Guy Gavriel Kay. On y retrouve ce même souci du détail, cette même plongée totale dans un univers réaliste et ce même talent pour donner une vie et une personnalité à tous les personnages, principaux comme secondaires, qui sont l'indéniable coeur du récit. Et avec à la clé le même plaisir de lecture.

Il n'y a rien d'extravagant, rien de stupéfiant dans ce roman. Il est simplement excellent, d'une maitrise totale qui le rend captivant du début à la fin. C'est un très beau livre qui aura squatté mon esprit pendant plusieurs jours, que je sois en train de le lire ou non. C'est le genre de roman qui est si marquant qu'il reste encore en tête une fois la dernière page tournée et qui demande un peu de temps avant de passer à autre chose. Un très grand livre comme David Mitchell sait si bien en faire.

Couverture : / Traduction : Manuel Berri
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vendredi 7 juin 2024

Claire North - 84K

84K, Claire North, 2018, 551 pages

Théo Miller, la personne se faisant appeler Théo Miller, mène une vie moyenne, à dessein. Que ça soit dans son travail au bureau d'audit des crimes ou dans la colocation où il vit, il fait tout pour ne pas faire de vagues et rester dans le rang. Jusqu'au jour où sa petite amie de jeunesse reprend contact, déclenchant une réaction en chaîne qui va peu à peu le voir s'émanciper de sa vie si bien réglée.

Il est possible de présenter l'histoire de 84K sous plus d'un angle. Celui-ci dessus est factuel des premiers éléments de l'intrigue. Mais il ne rend compte que d'une des deux temporalités qui se chevauchent au fil des pages, la plus ancienne. Il ne rend pas non plus compte d'une certaine ambiance road-trip post-apo qui englobe le tout. Ni qu'avant ça, c'est surtout une Angleterre dystopique qui est dépeinte, son capitalisme ayant atteint un cran supérieur, jusque dans la criminalité qui n'est qu'une question d'argent comme une autre. Le panorama n'est peut-être pas encore complet mais il représente déjà un peu plus ce qu'est ce roman : un brassage d'éléments divers qui parviennent à former un tout assez unique.

Évacuons-le tout de suite : 84K a des défauts et des faiblesses. Il est un peu trop long, il comporte quelques facilités ou improbabilités et l'un de ses personnages présenté comme principal n'aboutit finalement à rien, restant un simple figurant. C'est un roman qui est loin d'être parfait, et c'est surement le livre de Claire North que j'ai trouvé le moins excitant à la lecture. Pourtant, c'est aussi un texte tout à fait marquant.

Théo est un personnage qui n'a rien de particulièrement sympathique et qui n'est pas une figure héroïque habituelle. Il a une certaine apathie qui est très bien rendue par l'ambiance du récit, si bien que si je ne devais retenir qu'une seule chose de ce roman, ça serait celle-ci. Malgré cette apathie, le récit n'est pour autant jamais ennuyant ou mou à lire, grâce au style dynamique de Claire North, fait de nombreuses phrases courtes - si courtes qu'elles ne sont même pas toujours terminées - et de changements réguliers de temporalité. Avec aussi une vraie tension dans l'intrigue, à laquelle se mêle constamment une critique sociale via cette dystopie qui semble à portée de main. 84K n'est clairement pas parfait. Mais à défaut de l'être, il a ce petit truc qui en fait un livre unique.

Couverture : © plainpicture/NaturePL/Stephen Dalton / Traduction : Annaïg Houesnard
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dimanche 26 mai 2024

Nina Allan - Conquest

Conquest, Nina Allan, 2023, 329 pages

Frank est un jeune homme un peu différent psychologiquement. Codeur informatique, passionné de Bach, il passe énormément de temps sur un forum, LAvventura, où il peut partager ses certitudes sur l'imminence d'une invasion extraterrestre. Jusqu'à devenir proche de certains membres et se rendre à Paris pour les rencontrer. Depuis ce jour, Frank a disparu. Rachel, sa petite amie, va alors engager Robin, une détective privée, pour le retrouver.

Conquest est un roman de Nina Allan. Ce qui veut dire que, malgré ce pitch assez limpide, les choses sont évidemment bien plus embrouillées et complexes que ça. Il n'y a qu'à voir le premier chapitre, qui rend très bien le point de vue de Frank mais qui laissera plus d'un lecteurice confus. La suite est stylistiquement plus simple - même si Nina Allan en change régulièrement, subtilement, pour mieux s'accorder à ses personnages - et relativement linéaire, même si un essai ou une novella peuvent toujours s'intercaler sans crier gare.

Il y a un fourmillement unique qui parcourt les livres de Nina Allan, une incompréhensibilité qui résonne et raisonne, jusqu'à finir par être palpable. Mais ce n'est pas juste un style d'écriture pour être un style d'écriture, ça a en plus du sens vis-à-vis de la thématique de prédilection de l'autrice, à savoir les frontières de la réalité. C'est encore le cas ici, avec un accent particulier mis cette fois sur les théories complotistes et sur la faculté, le besoin de l'être humain de trouver du sens à ce qui l'entoure.

Le complotisme, les théories farfelues, la paranoïa sont des sujets qui collent parfaitement bien au style de l'autrice. Elle en propose une vision intéressante, avec indéniablement de bonnes idées, et le tout s'avère troublant. Trop troublant peut-être. Ou troublant pour les mauvaises raisons. Conquest est un livre dont il est difficile de saisir les conclusions, s'il y en a. C'est une constante chez Nina Allan, et ça n'est pas fondamentalement une mauvaise chose. Mais avec un tel sujet ça parait presque dangereux et ça m'a laissé bien plus dubitatif que d'habitude. C'est en tout cas réellement perturbant. Du Nina Allan en somme.

Couverture : Thierry Dubreuil / Traduction : Bernard Sigaud
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lundi 25 mars 2024

Terry Pratchett - Les petits dieux

Les petits dieux, Terry Pratchett, Tome 13/35 des Annales du Disque-Monde, 1992, 390 pages

Omnia est un pays dirigé par des religieux croyant en Om, leur dieu. Frangin y est un simple novice, jusqu'à ce qu'une tortue borgne se mette à lui parler. Une tortue qui s'avère être une incarnation de Om, en mal de vrais fidèles pour lui permettre de regagner ses pouvoirs.

Les petits dieux est un tome indépendant du Disque-Monde, n'appartenant à aucun sous-cycle. Si tous les romans peuvent se lire indépendamment, c'est une caractéristique qui se prête particulièrement bien à celui-ci tant il aurait pu être publié à part, sous un autre nom, et fonctionner tout aussi bien. Notamment car l'humour y est moindre, en tout cas moins marqué par le style caractéristique - et propre à diviser - de Terry Pratchett.

Sans surprise, Les petits dieux traite principalement de religion, mais aussi de philosophie, de pouvoir et d'obscurantisme. Il ne révolutionne rien dans son propos, mais il propose une sorte de résumé complet de ce qu'est la religion et ses dérives. C'est très malin et extrêmement bien fait, parodiant de nombreuses références et critiquant l'ensemble tout en douceur. Ce n'est pas forcément le volume le plus excitant mais c'est éminemment respectable.

Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton
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mardi 19 mars 2024

Claire North - Les Quinze premières vies d'Harry August

Les Quinze premières vies d'Harry August, Claire North, 2014, 570 pages

Harry August est sur le point de mourir. Pour la 11ème fois. Car à chaque fois qu'il meurt, il renait dans les mêmes circonstances que la première fois, mais avec une particularité : il conserve tous ses souvenirs. Sauf qu'avant de s'éteindre une nouvelle fois, il reçoit une visite. Une jeune fille qui a un message à lui transmettre : la fin du monde approche, de plus en plus vite.

Sur cette base très intrigante, Claire North crée une histoire encore plus timey-wimey qu'un 'simple' voyage dans le temps et revisite de manière très maline ce genre, avec toutes les problématiques habituelles mais des implications peut-être encore plus importantes. Le tout en restant parfaitement compréhensible et palpable. Il n'y a guère qu'un élément qui soit un peu plus complexe à appréhender, mais le roman est dans son ensemble étonnamment simple et abordable.

Il y a une raison à cela. Les Quinze premières vies d'Harry August se lit bien plus comme un thriller que comme un récit de voyage dans le temps. Dans une forme qui ne manquera pas de rappeler La Maison des jeux à celleux qui l'ont lue tant il partage d'innombrables points communs avec cette excellente trilogie. Cela se retrouve aussi bien dans le style vif de l'autrice que dans la manière plus générale de narrer une intrigue d'ampleur mondiale à taille humaine, portée par quelques personnages forts.

Et à l'image de La Maison des Jeux, Les Quinze premières vies d'Harry August est un excellent roman. C'est prenant et excitant à lire, satisfaisant de la première à la dernière ligne.

Couverture : Fabrice Borio d'après © Magdalena Russoka - Trevillon Images / Traduction : Isabelle Troin
D'autres avis : Le chien critique, Célinedanaë, Lianne, Anudar, Le Maki, ...

dimanche 18 février 2024

Claire North - Le Maître

Le Maître, Claire North, Tome 3/3 de la Maison des Jeux, 2015, 159 pages

Après Le Serpent et Le Voleur, Le Maître clôt la trilogie de la Maison des Jeux. Sans surprise, les deux premiers tomes ayant mis en place les pièces du jeu, c'est l'heure de la partie finale.

Qui aurait cru que les échecs et le cache-cache ont tant de similitudes ? Le Maître a, au moins dans sa première partie, des airs de Le Voleur, en plus. Plus grand, plus violent, plus planétaire. Si les deux premières novellas avait déjà mis en scène des terrains de jeux et des enjeux d'une ampleur bien supérieure à la moyenne, ce n'est rien en comparaison du gigantisme de cette partie là. C'est si énorme, si explosif, si 'toujours plus' que ça a totalement des airs de blockbuster, ce qui donne un cachet unique à cette troisième novella.

Heureusement, Le Maître n'est pas qu'un texte bourrin. L'affrontement, instillé depuis le début de la trilogie, se révèle métaphorique de deux visions de la vie et donne une certaine raison d'être - ou tout du moins une raison de questionner - à toute la brutalité de ce tome. Jusqu'à une fin sublime, qui n'a pas besoin que ses derniers rebondissements soient surprenants pour être efficace et mémorable. Le point d'exclamation parfait d'une excellente trilogie dont chaque tome aura su avoir son identité sans jamais se départir d'une même grande qualité.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Vert, Yuyine, Zoéprendlaplume, FeydRautha, Chut maman lit, Xapur, Le Maki, Célinedanaë, lutin82, Lullaby, Boudicca, OmbreBones, ...

mardi 26 décembre 2023

Terry Pratchett - Mécomptes de fées

Mécomptes de fées, Terry Pratchett, Tome 12/35 des Annales du Disque-Monde, 1991, 345 pages

Après La Huitième fille et Trois soeurcières, Mécomptes de fées est le troisième volume du Disque-Monde mettant en scène les sorcières, et tout particulièrement Mémé Ciredutemps. Avec Nounou Ogg et Magrat Goussedail, elles mettent le cap sur Genua - à l'étranger ! - pour résoudre une histoire de marraines, de citrouilles, de miroirs, de prince charmant et de contes de fées.

Les sorcières ne sont pas mon arc préféré du Disque-Monde, mais plus j'en lis et plus j'apprécie. Cela vaut autant pour l'enchaînement des romans qu'au sein même de celui-ci, avec ses personnages qui gagnent en sympathie au fur et à mesure des pages. Comme à l'habitude des tomes sur les sorcières, il y a une dose non-négligeable, même sur une échelle de Terry Pratchett, de jeux de mots et d'à-peu-près-isme pas toujours évidents - oui, il m'a fallu l'ensemble des répétitions de la blague sur les crocodiles pour la comprendre. C'est plus contextuel et moins citable, ce n'est pas ce que je préfère, mais c'est resté tout à fait digeste et appréciable. Un bon tome, loin des balbutiements des débuts, toujours plaisant même quand ce n'est pas enthousiasmant.

Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton

vendredi 8 décembre 2023

Claire North - Le Voleur

Le Voleur, Claire North, Tome 2/3 de La Maison des jeux, 2015, 153 pages

Après Le Serpent, Le Voleur est la deuxième novella de Claire North mettant en scène l'univers de la Maison des jeux, cet établissement où les parties se jouent à l'échelle mondiale et où les enjeux ne se limitent pas à un peu d'argent et d'honneur. La Maison des jeux ouvrent cette fois ses portes à Bangkok, en 1938, pour une gigantesque partie de cache-cache dans toute la Thaïlande entre Rémy Burke et Abhik Lee.

Le Voleur est une novella différente de Le Serpent, mais tout aussi excellente. Là où la première était presque strictement un jeu de manipulation et de luttes de pouvoir, Le Voleur est bien plus une course-poursuite et se lit comme un thriller. Un très bon thriller tant la lecture est tendue et haletante - ce qui donne encore plus de poids à la rencontre entre Rémy et Fon, une très belle parenthèse et l'un des plus beaux passages du récit.

C'est donc déjà un très bon texte sur ses 100 premières pages. Puis vient le dernier tiers, et son ampleur explose. D'haletant, ça devient exaltant. De manière très fluide, on en revient à un jeu d'anticipation et d'atouts, autant à l'échelle du cache-cache en cours que de l'intrigue plus globale de la Maison des jeux. Car Le Voleur n'est pas juste une petite partie lambda. C'est un exemple parfait pour apercevoir les dessous de la Maison des jeux et voir les pièces de la table finale se mettre en place. Après deux excellentes novellas, tout est en place pour que le troisième tome, Le Maître, soit une apothéose.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Yuyine, Boudicca, Dionysos, FeydRautha, Gromovar, Xapur, Le Maki, OmbreBones, Célinedanaë, lutin82, ...

samedi 15 juillet 2023

Terry Pratchett - Le Faucheur

Le Faucheur, Terry Pratchett, Tome 11/35 des Annales du Disque-Monde, 1991, 349 pages

Le Faucheur, comme son titre l'indique, est un tome mettant en scène La Mort. L'un des personnages les plus populaires - hum - et les plus connus du Disque-Monde. Un peu trop au regard des forces régissant l'univers, qui décident que La Mort doit mourir. Ce qui va avoir quelques fâcheuses conséquences, de type vitales.

Avec La Mort au centre du récit, Le Faucheur est forcément un très bon tome. Et ce même si ce dernier sort légèrement de son archétype et s'humanise un peu. Cela ne réduit pas l'aura du personnage, au contraire, chacune de ses apparitions étant un immense plaisir. Il permet aussi d'apporter, notamment sur la fin, un ton un peu plus sérieux - loin d'être désagréable - sur des sujets justement liées à la mort, sans jamais tomber dans la mélancolie, restant du côté de l'apaisement.

Le seul petit défaut de ce volume, c'est la résolution des deux fils narratifs - La Mort qui cherche à survivre et l'alliance mages/êtres surnaturels qui luttent contre un ennemi absolument improbable et imprévisible. Les deux se concluent de manière pas forcément très claire et un peu facilement. Ce qui n'est qu'un demi-bémol, puisque cela permet d’accélérer la dernière partie et d'y garder de la surprise jusqu'au bout, évitant le passage obligé de la longue scène d'action finale sans suspense. C'est peut-être là que Le Faucheur prouve qu'il est un vrai bon tome : même son défaut est finalement une qualité.

Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton

vendredi 23 décembre 2022

Terry Pratchett - Les Zinzins d'Olive-Oued

Les Zinzins d'Olive-Oued, Terry Pratchett, Tome 10/35 des Annales du Disque-Monde, 1990, 412 pages

Direction Ankh-Morpork pour cette nouvelle escapade sur le Disque-Monde. Pour le début de l'histoire en tout cas, le temps que quelques alchimistes inventent les images animées et les clics. Ensuite, direction Olive-Oued, nouvelle oasis pour les réalisateurs et acteurices en devenir. Rien de vraiment dangereux en somme. Et pourtant, les failles dans la Réalité sont au plus haut.

Enchaînant les tomes par ordre de parution, je ne cherche pas à savoir de quoi va parler le prochain volume. J'ai donc mis un certain temps avant de comprendre le jeu de mots caché derrière "Olive-Oued" et, par conséquent, le thème du livre : le cinéma ! Les Zinzins d'Olive-Oued est un tome 'indépendant' qui retrace les débuts et l'expansion de l'industrie cinématographique. C'est plein d'humour et d'exagération, évidemment, en plus d'un grand nombre de références à des films et personnages cultes, mais c'est surtout un livre très malin et lucide dans la critique qu'il fait de cet univers.

Les Zinzins d'Olive-Oued n'est cela dit pas le meilleur des livres du Disque-Monde. Il est bon sans jamais être réellement brillant. Une preuve en est peut-être l'absence de citations dans ce billet, dû au fait que le roman repose bien plus sur une situation générale qui se file sans cesse que sur des saillies percutantes et mémorables. Il est aussi un peu long dans son dernier quart, quand la résolution devient prévisible et qu'il ne s'agit plus que d'un enchaînement d'actions pour y arriver. Mais ce n'est pas bien grave, le tournage était tout de même agréable. Même si ça manque d'éléphants.

Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton

samedi 12 novembre 2022

Terry Pratchett - Faust / Eric

Faust Eric, Terry Pratchett, Tome 9/35 des Annales du Disque-Monde, 1990, 163 pages

Comme son titre l'indique, Faust Eric est librement inspiré de la légende de Faust. Sauf qu'ici, c'est Éric, 13 ans, qui tente d'invoquer un démon pour qu'il exauce ses voeux... et se retrouve à la place avec Rincevent. C'est donc le quatrième volume mettant en scène le mage, après La Huitième Couleur, Le Huitième Sortilège et Sourcellerie. Et c'est dans la lignée des précédents : lisible sans être réellement marquant.

Faust Eric est un ouvrage assez foutraque. Sans réelle intrigue, c'est un enchainement de péripéties abracadabrantes - ou disquemondesque -, un peu aléatoires, où Terry Pratchett s'amuse des Enfers et de quelques "figures mythiques". Il y a évidemment quelques fulgurances, une apparition de La Mort et une amusante version d'Ulysse, mais je crois que ça ne restera pas longtemps dans ma mémoire.
« Il comprenait aujourd'hui ce qui rendait l'ennui aussi fascinant. C'était de savoir que des évènements plus graves, des évènements dangereusement excitants, se produisaient tout à côté et qu'on y échappait. Pour que l'ennui soit agréable, il lui faut une référence à quoi le comparer. »
Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton