vendredi 12 avril 2024

Tristan Garcia - 7

7, Tristan Garcia, 2015, 570 pages

Une nouvelle drogue qui fait rajeunir, une archéologie de la musique, deux visages liés entre eux, une révolution uchronique, la croyance envers les extraterrestres, des bulles communautaires et un homme immortel. C'est le (vague et imparfait) programme des 7 textes qui composent 7. Un ouvrage qui doit être considéré comme un recueil de nouvelles, même si le dernier texte, La Septième, est bien plus long - la moitié du livre environ - et qu'il dévoile quelques éléments "méta", reliant l'ensemble, qui restent toutefois assez anodins.

Il y a pas mal de bonnes choses dans 7. À commencer par des petites idées fantastico-SF qui servent de base aux différentes histoires. Agrémentées d'une écriture qui sait se faire captivante par moment, cela donne six nouvelles tout à fait correctes à lire, avec Sanguine et L'Existence des extraterrestres un cran au-dessus des autres.

Malheureusement, la novella qui conclut l'ouvrage est à mon goût le texte le plus faible du recueil. Là où les autres récits peinaient seulement dans leurs démarrages, la longueur de La Septième fait revenir plus d'une fois une certaine lassitude et désintérêt - surtout à la 42ème évocation de l'odeur de la cannelle. Il y a indéniablement des idées et un projet mais, pour être dans le cliché, là où il existait une certaine balance entre littérature blanche et littérature de genre dans les textes précédents, elle semble pencher ici vers la littérature générale, avec des considérations et des thématiques qui ne m'ont pas emballées. Une lecture en dents de scie qui se termine sur une note un peu négative, pour un ouvrage qui n'a pourtant pas que du négatif à proposer.

Couverture : /
D'autres avis : Vert, ...

samedi 6 avril 2024

Bulles de feu #60 - Mars 2024

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


L'Oxalis et l'Or T.1-2/10 - Eiichi Kitano

Un manga consacré à l'émigration irlandaise et à la ruée vers l'or, qui sans être mauvais est à deux doigts du "mouais", à cause surtout de son mélange des tons perturbant, à la fois très dramatique mais aussi très loufoque par moment.


Panda Detective Agency T.1/? - Pump Sawae

Un manga dont les "enquêtes" sont une excuse pour proposer de petites tranches de vie sur des individus atteints de métamorphie, une maladie les faisant se changer peu à peu en animaux. Ce n'est pas mauvais mais c'est trop rapide et survolé pour être réellement attachant.


Fends le vent ! T.1/5 - Wataru Midori

Un bon premier tome pour ce manga de sport assez classique mais qui a un mérite : parler de handisport avec son héros amputé d'une jambe.


Insomniaques T.10/14 - Makoto Ojiro

Un tome un peu vide, mais tout de même toujours agréable.
Très bien


Hirayasumi T.2-3/? - Keigo Shinzô

Une série vraiment agréable à lire, feel-good, aux personnages attachants.


Friday T.1/3 - Ed Brubaker, Marcos Martín et Muntsa Vicente

Un tome introductif mais très prometteur pour ce polar/thriller fantastique sur une base très maline d'un duo de jeunes détectives type Sherlock/Watson qui a grandi et dont la relation a changé.


Tsugai - Deamons of the Shadow Realm T.1-2/? - Hiromu Arakawa

Une très bonne surprise que cette nouvelle série de l'autrice, avec toujours ses dessins caractéristiques mais un univers bien différent, plus urban fantasy moderne que ce que la couverture et le titre laissent penser ; un très gros potentiel.

dimanche 31 mars 2024

Becky Chambers - Archives de l'exode

Archives de l'exode, Becky Chambers, Tome 3/? des Voyageurs, 2018, 364 pages

Il y a fort longtemps, lorsqu'ils ont quitté leur Terre dévastée, les humains sont partis à bord de gigantesques vaisseaux-mondes, la Flotte d'exode. Si les descendants des terriens ont désormais essaimés sur d'autres planètes, la Flotte est toujours là, en orbite autour d'un soleil, formant un territoire aux moeurs particulières. Archives de l'exode suit 5 personnages vivant sur l'Asteria, un vaisseau de cette Flotte.

Archives de l'exode est dans la droite lignée des précédents romans de la série des Voyageurs mais n'en est nullement une répétition, ne serait-ce que dans son schéma général. Alors que L'Espace d'un an suivait un petit équipage au complet et que Libration suivait un personnage principal, Archives de l'exode suit plusieurs personnages qui ne sont pas liés entre eux même s'ils se croiseront aux détours de leurs vies respectives. Ce n'est pas une différence révolutionnaire mais cela donne tout de même le sentiment de lire des romans réellement différents et ayant leurs identités propres. Le même constat vaut pour les idées développées, proches dans leur thématique générale mais pourtant sensiblement différentes à chaque fois. Ce renouvellement est une des grandes qualités de la série.

Cette lecture m'a aussi confirmé pourquoi je préfère très largement les romans de Becky Chambers à ses novellas Histoires du moine et du robot, les deux partageant pourtant une même thématique de recherche de sa place dans le monde. Outre qu'elle y a plus de temps pour développer son propos, Becky Chambers y propose surtout plus de situations concrètes et variées, qui sonnent bien plus vraies notamment car il y a - très modérément - un peu d'antagonisme. Et avec aussi un peu plus de subtilité, où tout du moins une meilleure intégration des idées au récit, permettant une lecture à la fois prenante dans son déroulé, attachante par ses personnages et touchante lors de quelques très beaux passages, parfois pourtant assez anodins. Archives de l'exode est une nouvelle fois une combinaison du meilleur de ce que Becky Chambers a à proposer.
« Grâce au sol, debout ; grâce aux vaisseaux, vivants ; par les étoiles, l'espoir. »
Couverture : Nicolas Sarter / Traduction : Marie Surgers
D'autres avis : Shaya, Yuyine, OmbreBones, Alys, ...

lundi 25 mars 2024

Terry Pratchett - Les petits dieux

Les petits dieux, Terry Pratchett, Tome 13/35 des Annales du Disque-Monde, 1992, 390 pages

Omnia est un pays dirigé par des religieux croyant en Om, leur dieu. Frangin y est un simple novice, jusqu'à ce qu'une tortue borgne se mette à lui parler. Une tortue qui s'avère être une incarnation de Om, en mal de vrais fidèles pour lui permettre de regagner ses pouvoirs.

Les petits dieux est un tome indépendant du Disque-Monde, n'appartenant à aucun sous-cycle. Si tous les romans peuvent se lire indépendamment, c'est une caractéristique qui se prête particulièrement bien à celui-ci tant il aurait pu être publié à part, sous un autre nom, et fonctionner tout aussi bien. Notamment car l'humour y est moindre, en tout cas moins marqué par le style caractéristique - et propre à diviser - de Terry Pratchett.

Sans surprise, Les petits dieux traite principalement de religion, mais aussi de philosophie, de pouvoir et d'obscurantisme. Il ne révolutionne rien dans son propos, mais il propose une sorte de résumé complet de ce qu'est la religion et ses dérives. C'est très malin et extrêmement bien fait, parodiant de nombreuses références et critiquant l'ensemble tout en douceur. Ce n'est pas forcément le volume le plus excitant mais c'est éminemment respectable.

Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton
D'autres avis : Lullaby, ...

mardi 19 mars 2024

Claire North - Les Quinze premières vies d'Harry August

Les Quinze premières vies d'Harry August, Claire North, 2014, 570 pages

Harry August est sur le point de mourir. Pour la 11ème fois. Car à chaque fois qu'il meurt, il renait dans les mêmes circonstances que la première fois, mais avec une particularité : il conserve tous ses souvenirs. Sauf qu'avant de s'éteindre une nouvelle fois, il reçoit une visite. Une jeune fille qui a un message à lui transmettre : la fin du monde approche, de plus en plus vite.

Sur cette base très intrigante, Claire North crée une histoire encore plus timey-wimey qu'un 'simple' voyage dans le temps et revisite de manière très maline ce genre, avec toutes les problématiques habituelles mais des implications peut-être encore plus importantes. Le tout en restant parfaitement compréhensible et palpable. Il n'y a guère qu'un élément qui soit un peu plus complexe à appréhender, mais le roman est dans son ensemble étonnamment simple et abordable.

Il y a une raison à cela. Les Quinze premières vies d'Harry August se lit bien plus comme un thriller que comme un récit de voyage dans le temps. Dans une forme qui ne manquera pas de rappeler La Maison des jeux à celleux qui l'ont lue tant il partage d'innombrables points communs avec cette excellente trilogie. Cela se retrouve aussi bien dans le style vif de l'autrice que dans la manière plus générale de narrer une intrigue d'ampleur mondiale à taille humaine, portée par quelques personnages forts.

Et à l'image de La Maison des Jeux, Les Quinze premières vies d'Harry August est un excellent roman. C'est prenant et excitant à lire, satisfaisant de la première à la dernière ligne.

Couverture : Fabrice Borio d'après © Magdalena Russoka - Trevillon Images / Traduction : Isabelle Troin
D'autres avis : Le chien critique, Célinedanaë, Lianne, Anudar, Le Maki, ...

mercredi 13 mars 2024

Marguerite Imbert - Les Flibustiers de la mer chimique

Les Flibustiers de la mer chimique, Marguerite Imbert, 2022, 453 pages

Ismaël, en mission pour Rome, l'un des derniers bastions de la civilisation, est naufragé en plein océan. Il est recueilli et capturé par un sous-marin, le Player Killer, domicile des Flibustiers de la mer chimique, où il fera connaissance avec leur excentrique capitaine, Jonathan. Sur la terre ferme, un autre individu est aussi capturé, par Rome cette fois : Alba, une graffeuse, une des rares personnes ayant des connaissances sur l'ancien temps.

Les Flibustiers de la mer chimique est un roman post-apocalyptique - où l'eau est toxique et où la nature a repris ses libertés, dangereuses pour les humains survivants - qui a le mérite de ne pas être réellement angoissant. Il y a une certaine excentricité générale et un ton globalement haut en couleur qui font un contrepoids efficace à ce qui pourrait sinon être assez oppressant, notre futur étant au coeur des préoccupations du roman. Ça se lit comme un roman d'aventures, un Jules Verne sous amphets.

En tout cas pour la partie "flibustiers", qui constitue une moitié du roman, intéressante à suivre et dont la réussite repose en grande partie sur l'aura du personnage de Jonathan. L'autre moitié est consacrée à Alba, un personnage dont la pénibilité est extrêmement bien rendue par Marguerite Imbert, pour le meilleur et pour le pire - le pire étant que j'avais seulement envie de repasser à l'autre fil narratif du roman - et dont l'intérêt est plus limité. Cette dualité résume finalement bien mon avis sur Les Flibustiers de la mer chimique : loin d'être mauvais mais loin d'être très bon, l'ayant lu sans mal mais sans jamais être pleinement emballé. "Juste" un bon roman.

Couverture : Sparth
D'autres avis : Tigger Lilly, Gromovar, Zina, Alys, Shaya, FeydRautha, FeyGirl, Lhisbei, L'ours inculte, Anne-Laure - Chut maman lit, Sometimes a book, Le nocher des livres, Célinedanaë, OmbreBones, Boudicca, Lectures du panda, Anudar, ...

jeudi 7 mars 2024

Daniel O'Malley - Agent double

Agent double, Daniel O'Malley, Tome 2/? de Les Dossiers de la Checquy, 2016, 881 pages

Si Au service surnaturel de sa majesté pouvait se suffire à lui-même, une révélation finale laissait la porte totalement ouverte pour une suite évidente. Une suite qui porte donc le nom d'Agent double et qui nous replonge dans cette Angleterre où existe une organisation étatique secrète, hiérarchisée comme un jeu d'échecs, gérant toutes les menaces surnaturelles : la Checquy.

Agent double reprend donc dans la continuité quasi-immédiate du premier tome - on ne remerciera jamais assez les gens qui font des résumés complets des livres sur Wikipédia, permettant de replonger bien plus facilement dans les suites. Mais là où Au service surnaturel (...) suivait essentiellement la Tour Myfanwy Thomas, dont l'amnésie permettait au lecteur d'avoir le même niveau de non-information, son point de vue est cette fois-ci plus en retrait. Deux nouveaux personnages, Odette et Felicity, sont les héroïnes principales de ce tome. Deux femmes qui vont intégrer des sphères inconnues, ce qui permet une nouvelle fois à Daniel O'Malley d'informer son lecteur en même temps que ses personnages et fait d'Agent double un tome tout aussi facile à aborder que son prédécesseur.

Une fois évacué ce qui aurait pu être le plus gros problème de cette suite - passer après le concept d'amnésie très bien utilisé dans le tome 1 - le reste est à l'avenant de Au service surnaturel (...). C'est de la très bonne urban fantasy, sans romance, avec son lot de bonnes trouvailles et de petites folies. C'est un mélange parfait d'action sérieuse et crédible et d'une atmosphère générale toujours fun. C'est vraiment le mot qui correspond le mieux à ce roman, le fun. C'est du pur plaisir à lire, ça provoque quelques vrais éclats de rire par certaines répliques tout en proposant une intrigue solide et entrainante. On en reprendrait une troisième dose avec grand plaisir.

Couverture : Jeanne Mutrel / Traduction : Valérie Le Plouhinec
D'autres avis : Alias, ...

vendredi 1 mars 2024

Bulles de feu #59 - Février 2024

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


Black Star - La véritable histoire de Satchel Paige - James Sturm et Rich Tommaso

Une BD qui a le mérite de faire découvrir Satchel Paige mais qui n'en est nullement une biographie, s'en servant plus comme un prétexte pour évoquer la ségrégation. L'idée n'est pas mauvaise, sauvant la BD d'un "mouais", mais ça reste décevant et un peu limité dans ce que ça raconte.


March comes in a like a lion T.5-6/16 - Umino Chica

Un manga toujours aussi "bizarre", dont je ne suis toujours pas sûr quoi penser, à la fois peu enthousiasmant et en même temps ayant une certaine profondeur, abordant des sujets difficiles comme le harcèlement.


Ama - Le souffle des femmes - Franck Manguin et Cécile Becq

Une bonne BD tout en jolies nuances de bleu. Ça manque de quelque chose de marquant et peut-être d'un dossier complémentaire, mais ça a le mérite de mettre en lumière les amas.


La Venin T.1/6 - Laurent Astier

Un bon premier tome, du western assez classique dans les figures proposées mais avec une héroïne forte et un mystère qui laisse présager un potentiel plus marquant pour les tomes suivants.


La louve boréale - Núria Tamarit

Une bonne BD par la dessinatrice de Géante, avec son dessin caractéristique. Une histoire de sororité et de respect, agréable à lire mais qui manque d'un petit quelque chose pour être pleinement marquant.
Très bien


Un été sans maman - Grégory Panaccione

Un exercice de style réussi - une BD quasiment sans dialogue - qui ne propose pas une intrigue lambda mais conte une vraie aventure aux accents miyazakiesque tout en proposant un hommage à un drame historique.


Le Maître des livres T.13-15/15 - Umiharu Shinohara

Une très bonne fin de série, comme toujours entre rire et émotion, débordant d'amour pour les livres et les bibliothèques, et parvenant jusqu'au bout à intégrer des récits jeunesse dans son intrigue.

samedi 24 février 2024

Ayerdhal - Balade choreïale

Balade choreïale, Ayerdhal, 1994, 380 pages

L'humanité a pris son envol dans l'espace et découvert sa première planète habitée, Azir, où vit une espèce humanoïde moins avancé technologiquement. Méline, vice-consul, est l'ambassadrice de la Fédération terrienne sur Azir, avec l'objectif officiel d'y préparer une coopération commerciale. Face à un peuple morcelé en chorês, des petits territoires, Nerbrume devient son interlocutrice principale, une azirie ayant pleinement conscience que les terriens peuvent apporter autant de bienfaits que de calamités.

Peut-on débarquer sur un territoire déjà habité de manière éthique ? Peut-on coloniser sans dénaturer ? Comment se défendre face à une colonisation technologique aux bénéfices indéniables et préserver ses particularités ? Ce sont ces questions et ces thématiques qui sont au coeur de Balade choreïale. Une réflexion qui se joue à l'échelle d'une planète mais se vit à taille 'humaine' - tant terrienne qu'azirie - par le prisme d'individus au coeur du grand changement en cours.

Au-delà de ce fond, il y a une intrigue maitrisée avec son lot de rebondissements, sur fond d'amicale manipulation constante entre Méline et Nerbrume, parvenant à rendre compte du temps qui passe sans jamais paraitre précipitée. Mais l'autre point fort du roman, ce sont ses personnages. Des personnages aux caractères affirmés, ne restant pas assignés à un rôle de gentil ou de méchant, évoluant aux fils des évènements - et leurs relations entre eux évoluant avec - pour un résultat qui fait pleinement sens.

Balade choreïale est un très bon planet-opera, alliant parfaitement un plaisir simple et immédiat de lecture à des réflexions finement distillées au fil des pages. Et je n'ai même pas évoqué le Lo-Yendi, le sport local, qui jouera un rôle imprévu mais sera surtout l'occasion d'un des plus beaux passages du roman. Une franche réussite.

Couverture : Olivier Fontvieille

Première lecture pour le challenge 365 jours avec Ayerdhal organisé par le RSF Blog

dimanche 18 février 2024

Claire North - Le Maître

Le Maître, Claire North, Tome 3/3 de la Maison des Jeux, 2015, 159 pages

Après Le Serpent et Le Voleur, Le Maître clôt la trilogie de la Maison des Jeux. Sans surprise, les deux premiers tomes ayant mis en place les pièces du jeu, c'est l'heure de la partie finale.

Qui aurait cru que les échecs et le cache-cache ont tant de similitudes ? Le Maître a, au moins dans sa première partie, des airs de Le Voleur, en plus. Plus grand, plus violent, plus planétaire. Si les deux premières novellas avait déjà mis en scène des terrains de jeux et des enjeux d'une ampleur bien supérieure à la moyenne, ce n'est rien en comparaison du gigantisme de cette partie là. C'est si énorme, si explosif, si 'toujours plus' que ça a totalement des airs de blockbuster, ce qui donne un cachet unique à cette troisième novella.

Heureusement, Le Maître n'est pas qu'un texte bourrin. L'affrontement, instillé depuis le début de la trilogie, se révèle métaphorique de deux visions de la vie et donne une certaine raison d'être - ou tout du moins une raison de questionner - à toute la brutalité de ce tome. Jusqu'à une fin sublime, qui n'a pas besoin que ses derniers rebondissements soient surprenants pour être efficace et mémorable. Le point d'exclamation parfait d'une excellente trilogie dont chaque tome aura su avoir son identité sans jamais se départir d'une même grande qualité.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Vert, Yuyine, Zoéprendlaplume, FeydRautha, Chut maman lit, Xapur, Le Maki, Célinedanaë, lutin82, Lullaby, Boudicca, OmbreBones, ...

lundi 12 février 2024

Colum McCann - Apeirogon

Apeirogon, Colum McCann, 2020, 504 pages

Rami Elhanan est israélien. Bassam Aramin est palestinien. Le premier a perdu une fille, Smadar, dans un attentat terroriste en plein Jérusalem. Le deuxième a perdu une fille, Abir, touchée par une balle d'un soldat israélien. Depuis, les deux hommes sont devenus amis, frères, et partagent leurs histoires au plus grand monde pour entamer le dialogue, espérer un arrêt de la colonisation et une réconciliation.
« 181
Apeirogon : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés. »
En 1001 parties de longueur variable, de deux-trois lignes à deux-trois pages, Colum McCann raconte l'histoire de ces deux hommes existant réellement. Mais il ne la raconte pas de manière linéaire, ni ne raconte que cela. Apeirogon portant bien son nom. Chaque élément raconté, chaque moment concret de leurs vies, est l'occasion d'un zoom ou d'un dézoom, d'un pas de côté, d'un parallèle. C'est une forme fourmillante que livre Colum McCann, aux accents kaléidoscopiques, qui représente aussi bien la multiplicité du conflit que le sacerdoce des deux hommes, répétant inlassablement leurs histoires.

Apeirogon n'est pas exempt de quelques défauts, le principal étant que le message est passé et digéré bien avant la fin de ses 500 pages. Mais peu importe. Le message, et ses messagers, est éminemment respectable et mérite d'être partagé au plus grand monde. C'est ce que parvient à faire Colum McCann avec, en prime, un livre qui ne laisse pas avec un sentiment de désespoir alors que la situation a pourtant tout de désespérant.

Couverture : ? / Traduction : Clément Baude

mardi 6 février 2024

Bulles de feu #58 - Janvier 2024

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Mouais


Shi T.6/? - Zidrou et José Homs

Dans la continuité de ma perte d'intérêt pour la série. Malgré de bonnes idées de fond, un tome assez vide et anecdotique.
Bien / Ok / Correct


Soloist in a Cage T.2-3/3 - Shiro Moriya

À la limite du "mouais". Des qualités, ça se lit sans mal, mais aussi pas mal de défauts, dont des changements de tons perturbants et une vraisemblance parfois douteuse, qui ont mis à mal ma suspension d'incrédulité.


Frieren T.8-9/?- Kanehito Yamada et Tsukasa Abe

Toujours ce ton si particulier qui rend parfaitement la sensibilité différente de Frieren. Le tome 9 entame un arc plus important qui apporte un changement de rythme bienvenu.
Très bien


L'Attente - Keum Suk Gendry-Kim

Une BD importante, entre autobiographie et témoignages, sur la séparation de familles coréennes lors de la partition de la Corée en deux états. Un témoignage touchant, révoltant, qui fait écho à de nombreux autres conflits.


Lost Lad London T.1-3/3 - Shima Shinya

Un très bon petit manga polar, simple et peu retors mais avec un style graphique inhabituel qui donne un vrai ton et surtout porté par un duo de personnages très attachant.


Le Travailleur de la nuit - Matz et Léonard Chemineau

Une excellente BD retraçant la vie d'Alexandre Jacob, un anarchiste français dont la vie a des airs d'Arsène Lupin. Fascinant et passionnant, porté par un dessin doux et agréable, une totale réussite.


Vei - Sara Bergmark Elfgren et Karl Johnsson

Une grande saga nordique, avec un point de vue plus rare du Jötunheim. Une grande aventure bien rythmée, très joliment dessinée et colorée, consistante et constante de qualité. Ça ne demande aucune connaissance préalable en mythologie nordique mais c'est certainement un indispensable pour celleux qui l'apprécie... et pour beaucoup d'autres personnes.

mercredi 31 janvier 2024

Guy Gavriel Kay - Le Fleuve céleste

Le Fleuve céleste, Guy Gavriel Kay, Tome indépendant 2/2 des Chevaux célestes, 2013, 695 pages

Ren Daiyan est un jeune garçon, fils d'un archiviste travaillant dans une lointaine province de l'Ouest de la Kitai. Si tout laisse à penser qu'il pourrait suivre les traces de son père et travailler à son tour au yamen, lui s'entraîne secrètement à l'arc et à l'épée avec un rêve en tête : restituer la gloire de la Kitai et reconquérir les Quatorze Préfectures des mains des barbares du nord.

Après la Chine du VIIIème siècle de la dynastie Tang dans Les Chevaux Célestes, Guy Gavriel Kay retourne de nouveau dans l'Empire du milieu mais cette fois au XIIème siècle avec la dynastie Song. Roman totalement indépendant, il comporte tout de même quelques sympathiques petits clins d'oeil à son précédent roman, la gloire passée des Tang étant au coeur des motivations et aspirations des protagonistes.

Le Fleuve céleste est une fiction historique où l'aspect fantasy/fantastique est quasi-inexistant. Basé en grande partie sur la vie de Yue Fei et écrit à partir d'une somme de recherches colossale, c'est un ouvrage qui met en avant une période historique à laquelle personne ne se serait intéressé sans lui et la rend absolument passionnante. Guy Gavriel Kay y parvient sans jamais être rébarbatif ou pédant, ne faisant pas étalage de son savoir mais l'intégrant naturellement dans le déroulé de son récit. Un récit qui est porté par ses personnages, aussi charismatiques et réels pour les premiers rôles que pour ceux qui ne font que passer, Guy Gavriel Kay ayant un vrai talent pour brosser des portraits évocateurs et donner du corps à ses protagonistes.

Ce soin apporté à l'Histoire et aux personnages sont loin d'être les seules qualités de ce livre. Il faut aussi évoquer sa construction. Si la calligraphie et la poésie sont les deux arts les plus centraux du roman, le travail de Guy Gavriel Kay se rapproche plus de la peinture. Chaque chapitre est comme un tableau, détaillant avec précision quelques scènes sur une petite période donnée, avant de faire un saut dans le temps et de présenter une nouvelle période, laissant habilement deviner ce qui a pu se passer entre les deux sans jamais créer de manque. Ce qui permet d'aller à la fois en profondeur sur les scènes choisies et de traiter une longue période de temps. Admirablement pensé et réalisé.

Enfin, il faut rapidement évoquer la réflexion qui parcourt en filigrane l'ouvrage : la différence entre un historien et un conteur, qui va de pair avec la création des légendes. C'est là aussi fort intelligent et s'inscrit éminemment bien avec le fait que Le Fleuve céleste est une fiction historique, prenant nécessairement quelques libertés pour mieux servir l'Histoire et réfléchir à ce qui peut s'y cacher. Fond et forme, coeur et cerveau, Le Fleuve céleste est indéniablement un roman passionnant qui excelle dans tous les domaines.

Couverture : Leraf / Traduction : Mikael Cabon
D'autres avis : L'ours inculte, Lorhkan, Apophis, Boudicca, Acr0, lutin82, ...

jeudi 25 janvier 2024

Becky Chambers - Une prière pour les cimes timides

Une prière pour les cimes timides, Becky Chambers, Histoires de moine et de robot T.2/?, 2022, 114 pages

Après l'étonnante rencontre entre Froeur Dex, le moine du thé, et Omphale, le robot qui a décidé de prendre contact avec l'humanité, dans Un psaume pour les recyclés sauvages, Une prière pour les cimes timides poursuit l'aventure du duo. Alors que le premier tome se concentrait sur leur découverte mutuelle, il est désormais temps de renouer avec la civilisation pour continuer à réfléchir à ce qui pousse les individus à vivre et comment être heureux.

J'ai un sentiment un peu ambivalent avec ce livre, à l'image de celui que j'avais lors de ma lecture de Je suis le rêve des autres de Christian Chavassieux. Un ouvrage avec lequel il partage de nombreuses caractéristiques : un côté un peu trop gentillet et mielleux ; des réactions et réflexions proches ; la même dynamique dans le duo de personnages qui constitue l'ensemble de la non-intrigue. Et surtout la même manière de ne pas réussir à me toucher profondément et ardemment.

Pourtant, dans le même temps, Une prière pour les cimes timides est indéniablement un bon livre, avec une conclusion qui hausse le niveau et une intéressante et importante réflexion d'ensemble. Je continue de largement préférer l'autrice dans ses romans, certainement parce qu'il y a plus d'adversité et de changements. Mais même si je n'adore pas, je respecte grandement ce qu'elle propose ici.

Au sein de la bulle de feel-good-SF dont Becky Chambers est l'étendard, cette série de novellas est une bulle dans la bulle, poussant toujours plus loin le dépouillement et la réflexion pure. « Pour vous qui ne savez pas où aller » dit l'épigraphe du texte. C'est le mot d'ordre de ce livre. Ici, comme dans la vie, il n'y a aucune destination claire et Une prière pour les cimes timides est une sorte d'incarnation du "profiter de l'instant présent" à l'échelle d'une lecture.

Couverture : Feifei Ruan / Traduction : Marie Surgers
D'autres avis : Yuyine, FeydRautha, Lullaby, Le nocher des livres, OmbreBones, Marc, ...

vendredi 19 janvier 2024

Benjamin Stevenson - Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un

Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un, Benjamin Stevenson, 2022, 435 pages

Le titre est clair : tous les membres de la famille d'Ernest Cunningham, le narrateur/auteur du livre, ont déjà tué quelqu'un. Ce qui ne veut pas nécessairement dire que quelque chose pourrait mal se passer quand ils se retrouvent tous rassemblés à l'occasion d'une réunion de famille dans un hôtel isolé en montagne. Enfin, pas tant qu'une tempête de neige ne s'abat pas sur le lieu et qu'un cadavre n'y est pas découvert...

Tous les membres (...) est un hommage à ce qui est considéré comme l'Âge d'or des romans policiers, les années 1930, avec comme cheffe de file Agatha Christie. Une époque marquée par un style d'écriture basé sur l'honnêteté du narrateur. C'est explicité dès les premières pages, citant le serment du Detection Club et le Décalogue de Knox. Mais pas d'inquiétude : nul besoin d'être un spécialiste ou un lecteur assidu des polars d'antan pour apprécier. Benjamin Stevenson explique tout ce qu'il est nécessaire de savoir et réactualise tout ça avec le bagou de son narrateur. Mais un bagou honnête, toujours. Une preuve : Ernest nous annonce dès le premier chapitre les numéros de pages où sont évoqués des meurtres.

Tous les membres (...) est un excellent roman. Au-delà du jeu avec tous les codes du genre, c'est surtout une intrigue millimétrée qui mène à la fameuse scène de révélation finale - dans la bibliothèque, évidemment, il faut penser à une éventuelle adaptation hollywoodienne. C'est extrêmement malin et c'est porté par une écriture vive qui joue constamment avec le lecteur. Un pur plaisir de lecture, autant pour les vétérans du genre que pour les lecteurices plus ponctuels de romans policiers.

Couverture : Rémi Pépin / Traduction : Cindy Colin-Kapen
D'autres avis : Le Maki, ...

samedi 13 janvier 2024

Toshikazu Kawaguchi - Tant que le café est encore chaud

Tant que le café est encore chaud, Toshikazu Kawaguchi, 2015, 239 pages

Le café Funiculi Funicula est un tout petit café situé dans un sous-sol de Tokyo. Il est l'objet d'une légende urbaine : il permettrait de voyager dans le temps. Ce n'est pas qu'une légende. Mais les règles régissant ce voyage sont strictes et nombreuses : il se déroule en se faisant servir un café à partir d'une chaise spécifique, dont on ne peut pas bouger, et s'arrête quand le café est devenu froid.

Tant que le café est encore chaud est une petite bulle, se déroulant en un lieu unique avec une poignée de personnages. Ce n'est pas un grand roman de science-fiction, clairement pas de la hard-sf, la notion de voyage dans le temps étant régi par des règles fastidieuses existant seulement pour le bon déroulé de l'intrigue. C'est une excuse pour faire avancer et évoluer des tranches de vie, pour que le passé et le futur permettent de mieux vivre le présent. Et ce n'est pas un problème car Toshikazu Kawaguchi ne s'en cache pas et le dit presque explicitement.

Tant que le café est encore chaud est un bon roman. Il ne fait rien d'époustouflant, il n'a rien de particulièrement marquant, mais c'est, au fil des quatre parties qui le composent comme autant de nouvelles, une gentille et agréable lecture.

Couverture : / Traduction : Miyako Slocombe
D'autres avis : ...

dimanche 7 janvier 2024

Antoine Bello - Roman américain

Roman américain, Antoine Bello, 2014, 287 pages

Dan Siver est un écrivain au succès modeste qui rêve d'écrire le grand roman. Il vit au sein de la petite communauté de Destin Terrace, en Floride. Une communauté qui va être ébranlée par les articles de Vlad Eisinger, un ami de Dan et journaliste au Wall Street Tribune, sur le marché de la revente d'assurances-vie, le life settlement.

Roman américain se compose de deux grands axes qui forment une trame unie. D'un côté il y a les articles de Vlad Eisinger, une passionnante enquête journalistique qui explique de manière extrêmement simple et limpide le fonctionnement socio-économique du life settlement, et les combines qui y sont associées. De l'autre il y a la vie de Dan Siver au sein de la communauté de Destin Terrace, dont de nombreux habitants sont témoins et acteurs des articles de Vlad. L'occasion de voir les conséquences des révélations et d'avoir une présentation plus détaillée, plus 'humaine', des personnes évoquées.

Faisant le lien entre ces deux axes, il y a tout au long du roman un échange de mails entre Dan et Vlad, s'écharpant sur ce qui fait une bonne écriture. Dan y soutient une écriture passionnée, faite de détails et de lyrisme pour mieux représenter la réalité, quand Vlad est un adepte des faits et de la concision. Lequel est au plus près de la vérité et le plus proche d'écrire le prochain grand roman américain ? Certainement Antoine Bello, lui qui parvient à mettre en application ce qu'il explicite et à unir les deux styles pour proposer un roman complet, portrait d'une certaine Amérique à petite et grande échelle.

Roman américain est un roman admirablement bien construit, qui résonne de toute part, aussi intéressant dans sa partie économique que littéraire, ne tombant jamais dans la surdose de technicité, restant toujours abordable et plaisant. Il n'y a guère qu'un fil narratif voyant Dan modifier mensongèrement une page Wikipédia qui, bien que poursuivant la réflexion sur la vérité et la réalité, m'a semblé un peu inutile et assez vain. Mais c'est bien le seul défaut d'un roman qui est autrement très intelligent et étonnamment passionnant malgré ses thèmes.

Couverture : d'après photo © Dave Wall / Arcangel Images
D'autres avis : TmbM, Alys, ...

lundi 1 janvier 2024

Bulles de feu #57 - Décembre 2023

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


Gentlemind T.1-2/2 - Juan Díaz Canalès, Teresa Valero et Antonio Lapone

Une duologie riche en sujets, liés par la reprise d'un magazine pour hommes par une jeune femme. Pas forcément très enthousiasmant, que ça soit dans le récit ou le dessin, mais prenant et avec un vrai style.


Jazzman - Jop

Une bonne BD avec une vraie ambiance jazzy, un bon univers et plein de bonnes idées. Une BD sympa mais qui est surtout, malheureusement, un énorme potentiel inexploité, la faute notamment à une intrigue linéaire sans aucun rebondissement/surprise.C'est bien mais ça aurait pu être excellent.


Blue Period T.13/? - Tsubasa Yamaguchi

Encore un vrai bon tome, le manga semble avoir trouvé son équilibre entre philosophie de l'art et passages plus actifs.


Furieuse - Geoffroy Monde et Mathieu Burniat

Une BD qui m'a acquis à sa cause au fil des pages, malgré son côté excessif/excentrique. Une sympathique BD bien menée, aux personnages marquants, qui se lit étonnamment bien.
Très bien


Marathon - Nicolas Debon

Une très bonne BD dans le style habituel de Nicolas Debon, un style qui fonctionne toujours aussi bien sur moi. Peut-être l'histoire la plus "vide" des différents ouvrages de l'auteur, mais c'est rattrapé par une très bonne postface et surtout par le souffle et la puissance qui parcourent les planches.


Space Brothers T.42/? - Chûya Koyama

Un tome tranquille pour se diriger vers ce qui semble être la fin du grand arc en cours... jusqu'aux dernières pages qui refont monter la tension.


Undertaker T.7/? - Xavier Dorison et Ralph Meyer

Un très bon tome, du pur western, avec l'avortement et l'aveuglement/la manipulation de masse en toile de fond.


Les 5 Terres T.11/? - Lewelyn et Jérôme Lereculey

Toujours aussi excellent, les différents fils se rapprochent avant la conclusion du deuxième cycle.


Stern T.5/? - Frédéric Maffre et Julien Maffre

Un nouvel épisode de Stern contre la stupidité humaine. Sûrement le tome le moins drôle de la série, c'est sombre et tragique. Mais un tome qui laisse les larmes aux yeux est forcément un tome de grande qualité.