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samedi 8 janvier 2022

Bulles de feu #39 - In Waves

In Waves, AJ Dungo, 2019, 364 planches

À l'origine, In Waves est un projet d'études d'AJ Dungo concernant l'histoire du surf, mettant particulièrement en avant Duke Kahanamoku et Tom Blake, deux figures majeures de la discipline. Les circonstances vont finalement modifier le projet. Après le décès de sa petite amie, AJ Dungo fait évoluer l'ouvrage vers une autobiographie, retraçant son histoire avec Kristen.

In Waves est un hommage absolument somptueux à Kristen, l'un des plus beaux qu'il puisse être. Dans un récit éminemment touchant, AJ Dungo livre deux vies sur le papier, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le pathos. Au contraire, l'auteur offre un récit très sobre. Sobre dans sa narration où les années se mélangent pour proposer un développement parfaitement logique et où l'Histoire du surf, sport vital pour le couple, vient offrir quelques respirations bienvenues, intéressantes et sensées. Sobre aussi dans son dessin, avec un style aéré, quasi-minimaliste mais complet pour autant, le tout en bichromie, vert pour l'histoire personnelle, marron pour l'histoire du surf. Une double sobriété qui rend la BD d'autant plus puissante.

In Waves est simplement un chef-d’œuvre. Une histoire de passions et d'amours, une tranche de vies et de mort d'une rare beauté. Bouleversant.

Quelques planches ici.

samedi 14 août 2021

Bulles de feu #33 - Gipi et compagnie

Aldobrando, Gipi et Luigi Critone, 2020, 200 planches

Aldobrando est un jeune orphelin confié dès son plus jeune âge à un vieux sorcier chargé de l'élever. Garçon simple, voire simplet, et peu dégourdi, ne connaissant rien en dehors de la cabane où il vit, Aldobrando va pourtant, après une préparation magique ayant mal tournée, devoir prendre la route pour chercher de l'herbe du loup, seule plante pouvant guérir l'oeil blessé de son maître.

Aldobrando a indéniablement des airs de conte de fées très classique, en reprenant des thèmes et éléments habituels. Et pourtant elle a aussi une indéniable fraicheur et une vraie sensation d'inédit à la lecture. C'est solide de bout en bout, c'est très prenant avec notamment un héros étonnamment attachant, et ça se dévore avec un immense plaisir.

Si la qualité du scénario en fait déjà une très bonne BD, elle passe au statut d'excellence grâce au travail de Luigi Critone, Claudia Palescandolo et Francesco Daniele. Les dessins sont beaux, d'une beauté qui n'est pas éclatante, qui ne saute pas forcément aux yeux au premier regard, mais qui s'avère simplement très plaisante à parcourir. Le découpage est lui intelligent, parvenant à donner du rythme et du mouvement, lent - ce qui n'est nullement négatif ici - mais présent, alors que chaque dessin pris individuellement pourrait sembler assez statique. Reste, last but not least, les couleurs, douces et absolument somptueuses, variant les teintes dominantes pour créer différentes atmosphères bien différenciées. Sans oublier le travail sur les lumières, lui aussi magnifique. Une excellente BD, tout simplement.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Gromovar, Yuyine, ...

Vois comme ton ombre s'allonge, Gipi, 2013, 113 planches

Vois comme ton ombre s'allonge est une oeuvre presque indescriptible. Elle conte l'histoire d'un homme interné qui se remémore son passé, des fragments dispersés aux thèmes récurrents, arbre et station-service en tête. Le tout dans un certain désordre. Ça ne vous parait pas évident ? Ça l'est encore moins à la lecture. Tout du moins au début. Parce que si l'incompréhension règne, elle devient peu à peu compréhensible, en partie et imperceptiblement, par ressenti plus que par logique.

Vois comme ton ombre s'allonge est une BD perturbante. Mélange de superbes aquarelles, sombres mais sublimes, et de crayonnés minimalistes, il faut un peu de temps pour prendre ses marques au sein de cet univers - et soyons honnêtes : certain.e.s lecteurices ne les prendront jamais. Mais la magie peut opérer. Car de ce mélange à l'aspect foutraque, où l'on ne sait pas vraiment ce que l'auteur nous raconte, se dégage aussi, surtout, quelque chose de puissant, une vraie force étincelante.

Inclassable, inconseillable, Vois comme ton ombre s'allonge est une oeuvre à part. Mais quelle oeuvre !

Quelques planches ici.

lundi 3 août 2020

Bulles de feu #26 - Tomes 1 aux fortunes diverses

Miss Bengalore, Xavier Dorison et Félix Delep, Tome 1/4 du Château des animaux, 2019, 66 planches

Le Château des animaux s'inspire librement de La Ferme des animaux, la classique fable de George Orwell, en reprenant l'idée d'une communauté animale autonome dans un monde d'hommes. Mais plus qu'une adaptation, c'est quasiment une suite que propose Xavier Dorison. Le pouvoir autoritaire de certaines races d'animaux - taureau et chiens en l'occurrence - étant déjà en place au début de l'histoire, ce n'est pas le passage d'une révolution à un régime dictatorial qui se jouera sous nos yeux mais la lutte contre ce totalitarisme. Tout cela est mieux expliquée par le scénariste lui-même en préambule :


L'ambition est pleinement accomplie lors de ce premier tome qui est loin d'être une simple introduction tant il comporte déjà de la matière à la fois en action qu'en réflexion. Positif sans être naïf, prônant l'espoir mais pas l'utopie, c'est un bel hymne à la lutte pacifique, à l'intelligence et à être meilleur que son ennemi. Et si les choses se passent plutôt bien dans ce premier volume, le lecteur est prévenu que le plus dur reste à venir. Malgré l'avertissement, le rendez-vous est pris avec grand plaisir.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Brize, ...

Le Vol de la Sigillaire, Pierre Pevel et Étienne Willem, Tome 1/3 des Artilleuses, 2020, 46 planches

Pierre Pevel revient dans son univers du Paris des merveilles en mettant cette fois sa plume au service d'une trilogie de bandes dessinées qui peut se lire de manière totalement indépendante. Le focus est sur un trio d'héroïnes, les Artilleuses, voleuses de haut vol et as de la gâchette. Tout démarre justement par un vol... et en dire plus reviendrait quasiment à divulgâcher l'ensemble de la BD tant l'intrigue est mince.

Car Le Vol de la Sigillaire est un tome 1 qui reste malheureusement au niveau de l'introduction. Le potentiel est là, une fun aventure cartoonesque pleine de pétarades, mais la consistance est elle encore absente. Si Les Artilleuses sera peut-être une sympathique histoire lorsque les trois volumes pourront être enchaînés, cela reste pour le moment trop léger pour être satisfaisant.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Yuyine, Alias, Célindanaé, ...

samedi 14 septembre 2019

Bulles de feu #17 - Jean-Marc Rochette et la montagne

Ailefroide, Altitude 3954, Olivier Bocquet et Jean-Marc Rochette, 2018, 290 planches

L'Ailefroide, c'est un ensemble de sommets du massif des Écrins, dans les Alpes. Désormais, c'est aussi une excellente bande dessinée contant la passion de la montagne et de l'alpinisme. Une passion émerveillante certes, mais montrée ici dans toute sa complexité, faite autant de bonheurs que de malheurs. Car la montagne prend tout autant qu'elle donne.

Ailefroide c'est aussi - d'abord - le récit autobiographique de Jean-Marc Rochette, artiste multi-facettes notamment connu pour ses travaux d'illustrateur sur Le Transperceneige. C'est l'itinéraire d'un gamin qui cherche sa voie entre les voies. C'est prenant, c'est fascinant. Le genre d'oeuvre où l'on devient le personnage, où l'on ressent ses joies et ses peines.

Il n'y a plus à prouver que l'alpinisme et l'escalade font de parfaits sujets d'histoires passionnantes, que cela soit en BD ou dans d'autres médias - le documentaire Free Solo méritant plus que largement son Oscar. Ne reste plus qu'à savoir partager cette passion pour les sommets, pour cette subtile alliance de simplicité et de complexité. Ailefroide y parvient admirablement.

Le Loup, Jean-Marc Rochette, 2019, 102 planches
« Le berger et le loup, c'est pas fait pour être ensemble. »
Gaspard est berger. À la suite d'une attaque sur ses moutons, il abat une louve. Mais son petit, loup blanc en devenir, survit. S'engage alors une relation particulière entre les deux individus, une lutte passionnelle.

Le sujet était casse-gueule, mais Jean-Marc Rochette n'a même pas commencé à trébucher. Le Loup est une habile bande-dessinée où l'auteur désamorce très tôt une potentielle prise de parti entre pro et anti loups. S'en suit une histoire prenante, haletante, qui grandit au fil des pages et finit par en dire beaucoup plus que ce que le pitch de départ pouvait laisser penser. Un message explicité par la très intelligente et intéressante postface de Baptiste Morizot. Le tout une nouvelle fois sous le crayonné caractéristique de Jean-Marc Rochette et sous le patronage de la montagne, toujours belle et dure à la fois.

mercredi 23 mai 2018

Bulles de feu #6 - Des tomes en vrac !

 
 Jirô Taniguchi, Les Gardiens du Louvre, 2014, 130 planches.


C'est du Jirô Taniguchi, c'est donc joli. Mais même si ça se lit bien, l'histoire n'est pas passionnante. "Simple" visite du Louvre, sous différents angles et avec toujours un brin de fantastique, c'est certainement bien plus intéressant si on est passionné par le sujet.
On notera quand même une très bonne partie sur la seconde guerre mondiale. Mais ça n'en fait pas une lecture indispensable.


Dernières migrations, Le Grand Mort tome 7/?, Régis Loisel, Jean-Blaise Djian et Vincent Mallié, 2017, 58 planches.

Je ne sais déjà pas trop comment j'en suis arrivé à ce septième tome, mais je crois bien que je vais devoir arrêter avant que les auteurs ne le décident pour moi. Un résumé de ce tome ? Rien. Il ne se passe rien, ça n'avance pas. Je suis vraiment incapable de dire à quoi sert ce tome.

Comment faire fortune en juin 40, Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier, 2015, 112 planches.

Adapté d'un roman de Pierre Siniac, il n'est pas étonnant que Comment faire fortune en juin 40 ait été rédigé à l'origine comme un scénario de film tant on a l'impression de lire un film (aussi étrange que cette phrase soit). 
Le pitch : une bande de personnages détonnants cherchent à voler un convoi de 2 tonnes d'or que la Banque de France tient à mettre en sécurité à Bordeaux. Et si vous n'êtes pas allergique au genre, c'est tout bon, avec son lot d'actions et de surprises (pas toutes joyeuses, loin de là). Un bon divertissement.

Ils ont fait l'histoire, Mao Zedong et Saladin, 2016 et 2015, 46 et 46 planches.

Découverte pour moi de la collection "Ils ont fait l'Histoire", énième collection dédiée à l'Histoire, ici axée sur des personnages historiques, retraçant leurs vies et agrémentée de postfaces d'universitaires. Pour ne pas faire les choses simplement, j'ai lu deux tomes de personnages non-européens dont je ne maitrisais pas vraiment le cadre historique, cela participe peut-être, surement, de mon avis un poil négatif, étant donné qu'il était compliqué pour moi de me situer.
Mais au-delà de ça, l'angle choisi pour Mao est étonnant (dans le mauvais sens du terme malheureusement) et la chronologie non linéaire vraiment ardue à suivre et peu utile. C'est simple : j'ai préféré lire la postface que la bd en elle-même. Quant à Saladin, c'est une lecture correcte sans être plus enthousiasmante que ça.
Une collection à réserver aux férus d'Histoire pour l'apport de chercheurs et d'universitaires.

La Magicienne, Les Vieux Fourneaux tome 4/?, Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, 2017, 54 planches.

Une série qui vieillit aussi bien que ses personnages ! C'est du tout bon, peut-être même meilleur que les tomes précédents : un bon mélange de préoccupations d'actualité et de généralités, par la plume acérée de Lupano et porté par le bon dessin de Cauuet, dans un tome où on en a à se mettre sous la dent. Chapeau !