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mardi 23 juin 2026

Ketty Steward - Confessions d'une séancière

Confessions d'une séancière, Ketty Steward, 2023, 187 pages

Confessions d'une séancière est un recueil alternant courtes nouvelles et encore plus courts poèmes. Je ne dirai rien de particulier sur ces derniers, ils ne m'ont rien évoqué et je suis resté parfaitement neutre à leur lecture. Ce qui n'est pas un problème puisque les nouvelles restent le contenu principal, au moins en quantité.

Les nouvelles donc. Qu'on devrait presque plus appeler des contes. Voire des mythes. Car toutes vont mettre en scène différentes figures du folklore antillais, dans des récits qui ont à la fois des airs de pierres fondatrices de cette mythologie que de petites histoires communes et modernes. Ça se lit bien et ça permet de découvrir un peu la magie antillaise. Avec en prime, pour renforcer l'immersion, quelques passages en créoles bien intégrés pour les lecteurices ne le parlant pas.

Je peux résumer mon avis très facilement : c'est bien. Ni plus, ni moins. C'est à peu près la définition même du bien. Vous pouvez le lire parce que Confessions d'une séancière, c'est bien.

Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Le chien critique, ...

lundi 17 novembre 2025

Auriane Velten - Cimqa

Auriane Velten, Cimqa, 2023, 295 pages

Là-bas (ici) a lieu une "épidémie" mondiale de déséquilibre et de perte de repères, prélude à un changement majeur dans la vie de tous et toutes, mais particulièrement dans celle de la jeune Sarah. Ici (là-bas), Sara est technicienne dans l'industrie de la cimqa, un théâtre/cinéma 2.0 où elle est spécialisée dans la création et l'invocation de décors grandioses.

Ces deux fils narratifs ont un point commun : la capacité à utiliser son imagination pour faire apparaitre des choses. Littéralement. Les deux femmes vivent dans un monde qui semble correspondre à un futur proche du nôtre, un chouïa plus avancé technologiquement mais avec les mêmes problèmes sociétaux, à la différence près qu'une cinquième dimension existe. Rien que ça. Et pourtant ça s'intègre parfaitement au cadre, donnant des airs de science-fiction à un concept qui a tout de la fantasy.

Cimqa parle du pouvoir de l'imagination et de la liberté qui y est associée. Un thème qui n'a rien de très novateur - si ce n'est peut-être pour son focus sur l'industrie culturelle et son formatage - mais qui parvient à prendre une forme inédite, pour ne pas dire imaginative. Et qui est surtout très bien mené, plein de bonnes intentions et d'une volonté d'espoir sans être pour autant naïf face à la réalité du monde.

Cimqa a globalement plus des airs de tranches de vies que d'une grosse intrigue de science-fiction. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir une tension de bout en bout et un intérêt constant. Et ce, chose rare, pour les deux fils narratifs à parts égales. Une vraie bonne lecture, très agréable à lire.

Couverture : Scott Uminga
D'autres avis : Tigger Lilly, Yuyine, Lectures du Panda, Le chien critique, Jean-Yves, Alias, ...

jeudi 24 juillet 2025

Raphaël Bardas - Les Fourneaux de Crachemort

Raphaël Bardas, Les Fourneaux de Crachemort, 2024, 356 pages

Quatre jeunes adultes se sont liés d'amitié lors de leurs cours de théâtre. Ils forment une vraie petite bande, au point de parfois commettre quelques cambriolages pour passer le temps. Jusqu'au jour où l'un de ces larcins, chez un dramaturge fraichement décédé, tourne mal et qu'ils doivent fuir leur ville de Brillanza à bord d'un food-truck. Mais les quatre objets qu'ils ont innocemment récupéré pourraient bien avoir lancé à leurs trousses des problèmes bien plus graves qu'une simple poursuite pour vol.

Les Fourneaux de Crachemort peut être résumé très facilement en trois thématiques : nourriture, théâtre et sexualité. L'ambiance méditerranéenne des débuts laissera plus tard place à des contrées moins chaleureuses mais l'esprit lui restera toujours le même : la fête et le plaisir comme mots d'ordre, malgré tous les problèmes. Encore plus face à certains d'entre eux, d'ailleurs.

Il y a un vrai ton, une vraie ambiance différente dans Les Fourneaux de Crachemort. Ce n'est pas une révolution mais ça donne un vrai charme à l'ensemble, surtout que ce n'est pas qu'une façade et que cela fait partie intégrante de l'histoire. L'univers parait parfois un peu foutraque et le récit en lui-même n'est pas le plus palpitant, mais c'est compensé par le vent de fraicheur et de liberté qui souffle entre ces pages - et ce malgré le monde bien sombre qu'elles décrivent -, à l'image de la dynamique rafraichissante et pas si commune entre les quatre héro.ïne.s. L'ensemble a un côté facétieux qui n'accrochera pas tout le monde mais qui en fait une bonne aventure.

Couverture : Emiliano Renzi
D'autres avis : L'ours inculte, Le nocher des livres, Célinedanaë, ...

samedi 31 mai 2025

A.E. Van Vogt - Le Cycle de Linn

Le Cycle de Linn, A.E. Van Vogt, 1956-1962, 394 pages

Sur une Terre future, quelques millénaires après une apocalypse nucléaire, les vestiges de cette catastrophe sont devenus à la fois une sorte de religion, un moteur technologique pour l'expansion galactique et un danger toujours vif. C'est à cause de ces radiations que Clane Linn, fils de l'Empereur régnant sur la Terre, est né difforme. Mais alors que les mutants sont d'ordinaire rejetés voire tués, Clane va être protégé et va se révéler d'une intelligence hors norme.

Cette intégrale du Cycle de Linn se compose de deux courts romans dont l'enchaînement est plus que bienvenu car c'est ensemble qu'ils forment un véritable récit. Ou en tout cas quelque chose s'en rapprochant plus que la longue introduction/présentation que semble être le premier tome, L'Empire de l'atome, une fois sa dernière page tournée. Il permet tout de même de découvrir ce monde mi-futuriste mi-ancien et surtout le personnage atypique de Clane Linn, handicapé physique en proie à des difficultés dans les relations sociales et à l'esprit à part. Même si malheureusement les deux premiers éléments vont peu à peu s'atténuer au fil des pages, laissant Clane dans un schéma de "génie différent de la norme" bien plus commun.

Une autre facette du récit est elle aussi atypique : son ambiance. L'atmosphère dégagée est assez étrange, avec peu d'émotions, un peu comme si tout était capitonné. Les enjeux qui finissent par se dévoiler, surtout dans le deuxième tome, Le Sorcier de Linn, sont assez démentiels et pourtant tout se déroule de manière assez clinique, très calmement, sans rendre pleinement compte du caractère extraordinaire des évènements. Ça manque de chaleur et d'un sentiment d'urgence.

Le Cycle de Linn est donc un ouvrage globalement atypique. Mais, une fois n'est pas coutume, ce n'est pas forcément avec une finalité très positive. Ce n'est pas un mauvais récit mais il n'est pas non plus particulièrement bon. Un peu à l'image de son ambiance, et malgré son potentiel, c'est un ouvrage assez neutre.

Couverture : Atelier Octobre Rouge / Traduction : Pierre Billon
D'autres avis : Anne-Laure, ...

mardi 14 mai 2024

Stéphane Arnier - La Brume l'emportera

La Brume l'emportera, Stéphane Arnier, 2024, 364 pages

Depuis la fin de la guerre, huit ans auparavant, entre les Daks et les Ta’moaza, une brume monte inexorablement à la surface du monde, faisant disparaitre tout ce qu'elle engloutit. Keb est un berger Dak grimpant inlassablement de plus en plus haut pour échapper à la brume. Jusqu'au jour où il rencontre Maramazoe, une guerrière Ta’moaza qui semble avoir une piste sur l'origine de la brume et va l'entraîner dans sa quête pour la stopper.

Ces deux personnages, anciens ennemis qui vont peu à peu devenir amis, sont les piliers du roman. Leur dynamique est assez classique mais elle fonctionne parfaitement bien car, au-delà d'être extrêmement attachants et touchants, les deux ont des personnalités fortes, imparfaites et crédibles. Cette crédibilité se retrouve aussi chez les antagonistes qu'ils rencontrent, aux motifs plausibles et concevables.

C'est là que se trouve la vraie particularité de La Brume l'emportera, au-delà de son cadre : la crédibilité du problème induit par la brume et l'absence de bonne réponse évidente à y apporter. Tout le roman est une longue opposition entre deux points de vue compréhensibles. Et derrière ce questionnement concret sur les conséquences de la modification du passé se cache la véritable thématique du livre : le deuil. Je dis "se cache", mais elle ne se cache en fait pas vraiment. Elle est assez limpide à appréhender tout en étant parfaitement bien intégrée et en ne prenant jamais le pas sur le récit. Ni en étant pesante d'ailleurs, en tout cas pas au-delà de la bonne tension d'un roman.

Les personnages sont excellents. Le fond est excellent. Et l'histoire en elle-même ? Excellente, évidemment. C'est un récit prenant, avec des rebondissements et surprises bien dosées, qui garde ses concepts de "fantasy temporelle" toujours compréhensibles et très visuels. La Brume l'emportera est une réussite sur tous les aspects. C'est très bien dès le début, et ça ne cesse de s'améliorer. Jusqu'à une fin absolument parfaite, pleinement dans le ton de l'ensemble, vibrante et émouvante, et qui donne encore plus de sens à tout ce que l'on vient de lire. Kiza pe !

Couverture : Cyrielle Foucher
D'autres avis : L'ours inculte, Sometimes a book, Boudicca, ...

dimanche 26 juin 2022

Lavie Tidhar - Aucune terre n'est promise

Aucune terre n'est promise, Lavie Tidhar, 2018, 253 pages

En 1903, lors du sixième Congrès sioniste, Théodore Herzl propose la création d'un état juif en Afrique. C'est le "Projet Ouganda", projet qui sera rejeté après l'envoi d'une mission sur place. Et si... Et si l'État d'Israël ne s'était pas créé au Moyen-Orient mais en Afrique ?

"Et si... ?". La phrase synonyme d'uchronie. Aucune terre n'est promise est une uchronie, indéniablement. Mais si l'expression n'était pas irrémédiablement galvaudée, on pourrait presque dire qu'elle est plus qu'une uchronie. Car si l'on s'attend à juste découvrir ce qui aurait pu se passer avec une installation juive massive en Afrique, on risque d'être surpris devant la tournure des évènements qui fait appel à d'autres tropes de la SF. En tout cas moi j'ai été surpris. Agréablement, je crois.

Aucune terre n'est promise a une qualité primordiale : bien qu'il s'agisse d'un ouvrage à message, ou tout du moins à réflexion, son récit tient la route et s'apprécie pour lui-même, sans que l'enjeu intellectuel prenne le pas sur l'enjeu 'physique'. C'est un roman agréable à lire, qui a de légères tendances mindblowing, notamment dans ses petites mises en abyme, mais qui réussit l'exploit de rester toujours suffisamment palpable.

Aucune terre n'est promise m'a un peu rappelé Ring Shout de P. Djèli Clark. Plus pour mon ressenti à la lecture que pour les histoires en elles-même - et encore, les deux se servant finalement des codes de l'imaginaire pour évoquer de manière flagrante une situation de notre réalité. Ainsi, si je ne peux pas dire que j'ai eu un attachement immense pour les personnages, le récit m'a gagné à sa cause au fil des pages. Et si ce n'est pas le grand coup de coeur, j'ai un profond respect pour cette oeuvre dont je n'ai certainement pas réussi à saisir toutes les subtilités et intelligences. La "faute" à une certaine nébulosité qui - et c'est un peu un comble - est aussi l'élément qui m'a sûrement permis de trouver mon chemin et mon plaisir entre ses pages. Une seule chose compte : c'est très respectable et très recommandable.

Couverture : Kévin Deneufchatel / Traduction : Julien Bétan
D'autres avis : Tigger Lilly, Lhisbei, Gromovar, TmbM, Yuyine, Cédric, Marc, Sometimes, ...

mardi 19 avril 2022

Christian Chavassieux - Je suis le rêve des autres

Je suis le rêve des autres, Christian Chavassieux, 2022, 168 pages

Malou a 7 ans et il a fait un rêve. Un rêve qui pousse les anciens de son village à le considérer comme un potentiel réliant, un être qui peut communiquer avec les esprits. Mais pour en être sûr, il doit faire un long voyage pour rencontrer un conseil de sages. Il sera accompagné par Foladj, un vieil homme ayant l'expérience du voyage.
« Ainsi commença le voyage du petit Malou et du vieux Foladj. Aventure qui ne bouleversa d'autres destins que les leurs, n'entraîna aucune guerre ou révolution, ne fut même pas exemple de sagesse ou de piété, pas plus que source d'embarras ou d'indignation. Aventure qui ne concerna que ces deux-là, fut pour eux d'un prix élevé, leur apporta une grâce qu'on ne trouve dans la plupart des âmes qu'en miettes et en souillures. »
Tout est résumé dans cette conclusion du premier 'chapitre'. Je suis le rêve des autres est un ouvrage très simple, une balade initiatique que l'on vit avec l'émerveillement du petit Malou et l'expérience du vieux Foladj. C'est un véritable voyage qui a la qualité d'aller en se bonifiant sans cesse. Les premiers kilomètres m'ont pourtant presque refroidi : j'ai trouvé ça assez naïf, voire trop bienveillant - ce que je ne savais pas pouvoir penser. Malou est trop extraordinaire et parfait et Foladj est lui trop mielleux. Heureusement, la route est longue.

Car à force de pérégrinations, et surtout grâce à l'apparition de quelques éléments perturbateurs, toujours légers mais apportant une nécessaire aspérité, l'alchimie se met à opérer. La montée en puissance est totale jusqu'à une excellente fin douce-amère, loin de la mièvrerie initiale, pleine d'espoir et de positif. Trouver sa voie, choisir sa voie, changer sa voie, c'est là l'un des thèmes principaux de ce très bon Je suis le rêve des autres. Christian Chavassieux a pour sûr depuis maintenant plusieurs ouvrages trouvé la sienne : nous partager émotions et réflexions à travers son agréable plume.
« C'est ce qu'on appelle un paradoxe : il faut commencer à connaître les choses pour mesurer à quel point les ignorer était mal. »
Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Yuyine, ...

mercredi 2 février 2022

Amal El-Mohtar & Max Gladstone - Les Oiseaux du temps

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone, 2019, 189 pages

Rouge appartient à l'Agence. Bleu appartient au Jardin. Deux entités qui luttent dans une guerre sans fin pour le contrôle du monde, des mondes, en agissant par petites touches à travers l'espace et le temps. Profondément ennemies, Rouge et Bleu vont pourtant entamer une correspondance qui va les rapprocher plus intimement que toutes deux auraient pu l'imaginer.

Ma compréhension et ma vision de ce texte est assez simple. C'est une relation, d'abord haineuse puis amoureuse, entre deux Seigneurs du temps. Leurs déplacements, leurs actions, leurs vies tout entièrement, sont hors du commun et totalement wibbly wobbly, timey wimey. Et c'est aussi inenvisageable que fun.

Les Oiseaux du temps est un bon roman. Je suis néanmoins bien loin du coup de coeur - hormis pour le sublime titre VO This is how you lose the time war - pour la principale raison qu'il s'agit essentiellement, strictement, d'une romance. Si elle est originale et bien menée, notamment de par sa forme symétrique et pour moitié épistolaire, elle ne m'aura pas touchée pleinement et m'aura un peu lassée sur le long terme, n'ayant pas un attachement total aux deux personnages. La faute surement à des évènements toujours plus, toujours trop, qui m'auront perdus en route.

Les Oiseaux du temps reste néanmoins une lecture intéressante, dotée d'une très belle forme, qui propose quelque chose qui sort de l'ordinaire. Avec pour point d'orgue l'amour de ces deux êtres, mais aussi l'amour de la correspondance, l'amour du temps qui passe, l'amour d'une certaine désuétude, l'amour d'un temps que les moins... Vous connaissez la chanson :
« Très chère Bleu, da ba dee, da ba da »
Couverture : Kévin Deneufchatel / Traduction : Julien Bétan
D'autres avis : Yuyine, Lune, Yogo, Lianne, L'Ours inculte, Célinedanaë, Vanille, Elessar, Lianne, Le Chroniqueur, Vanille, Sabine, ...

jeudi 21 octobre 2021

Raphaël Bardas - Les Chevaliers du Tintamarre

Les Chevaliers du Tintamarre, Raphaël Bardas, 2020, 264 pages

Silas, la Morue et Rossignol sont trois amis qui aiment se retrouver dans leur taverne préféré, le Grand Tintamarre. Jamais contre une bonne bagarre, ils rêvent surtout - enfin, au moins Silas - d'aventures héroïques. Alors que la cité de Morguepierre voit s'échouer sur ses rivages des marie-morganes, sirènes des légendes, les trois apprentis-chevaliers vont se trouver sur la route d'une série de disparitions de femmes. Serait-ce l'aventure tant attendue ?

Les Chevaliers du Tintamarre est une très bonne surprise. Assez cru dans son démarrage - bastons, boissons et coucheries -, il dépasse rapidement cette présentation simpliste pour prendre de l'ampleur. Se développe alors tant des personnages hauts en couleur et finalement assez sympathiques qu'un petit polar à double fil narratif qui, malgré un tout petit peu de confusion sur certains personnages secondaires, fonctionne très bien.

Les Chevaliers du Tintamarre est un roman de fantasy qui navigue entre les genres pour trouver sa propre patte, créant un récit qui n'est pas la simple pochade qu'on serait tenté d'imaginer. C'est plaisant à lire et même plus : c'est satisfaisant. Ça a aussi le bon sens de tenir en moins de 300 pages, ce qui permet de garder de la fraicheur tout du long sans jamais paraître rushé pour autant. On en reprendrait. Ça tombe bien, d'autres aventures sont au programme, dont Le Voyage des âmes cabossées, déjà paru.

Couverture : Jeffrey Allan Love
D'autres avis : L'Ours inculte, Célinedanaë, Lhotseshar, OmbreBones, Dionysos, Yuyine, Marc, Boudicca, ...

samedi 2 octobre 2021

Pierre Léauté - Je n'aime pas les grands

Je n'aime pas les grands, Pierre Léauté, 2020, 369 pages

Augustin Petit est un soldat français, blessé lors de la Première Guerre Mondiale et revanchard. Revanchard ? Oui, car la guerre s'est terminée en 1919 par une victoire allemande. Pour Augustin, les coupables ne font aucun doute : les grands. Et il va, petit à petit, imposer sa vision au reste du monde.

Toute ressemblance avec des faits ayant existé n'est absolument pas fortuite. Car si le monde décrit par Pierre Léauté est uchronique, il n'en demeure pas moins un quasi-copier/coller de la montée du nazisme, très documenté et référencé, où Petit remplace Hitler et les grands remplacent les juifs. Cet improbable décalage accentue le caractère absurde des totalitarismes et apporte une légèreté bienvenue qui permet de réviser plaisamment les mécanismes nationalistes et la manière dont ils peuvent se porter aisément au pouvoir, n'importe où, de la même manière que le lecteur se laisse porter par le récit.

Si les deux premiers tiers du roman suivent une trame connue, Pierre Léauté s'offre un peu plus de liberté dans le dernier, amenant à réfléchir sur la capacité humaine à oublier les horreurs du passé et à les réitérer. Le tout en accentuant encore plus le côté humoristique de son livre, multipliant les utilisations étonnantes de personnages connus ou les références cinématographiques - jusqu'à Star Wars mais principalement vers du plus ancien comme Don Camillo ou La Traversée de Paris. Cet aspect reste toutefois fait de manière assez intelligente et tient plus du clin d'oeil, n'entachant pas le bon déroulé de la lecture s'il n'est pas remarqué.

Je n'aime pas les grands est, aussi étonnant que cela puisse paraitre, un amusant et agréable livre sur la montée des nationalismes et des dictatures. Un rappel qui ne peut jamais faire de mal, surtout à notre époque où l'oubli fait son chemin.

Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Gromovar, ...

samedi 6 mars 2021

Ariel Holzl - Dolorine à l'école

Dolorine à l'école, Ariel Holzl, Tome 3/3 des Soeurs Carmines, 2018, 262 pages

Troisième et dernier tome des Soeurs Carmines, après Le Complot des corbeaux et Belle de gris, Dolorine à l'école suit cette fois, comme son titre l'indique, le personnage de Dolorine et son entrée dans un petit pensionnat des Laments où elle côtoie des rejetons des grandes familles de Grisaille.

Une nouvelle fois, Ariel Holzl parvient à bien se renouveler, avec un cadre excentré et une héroïne au caractère bien différent de celui de ses soeurs, tout en conservant ce qui fait le sel et la qualité de sa série. Si Dolorine à l'école n'est pas aussi flamboyant que pouvait l'être le tome précédent dédié à Tristabelle, il reste une lecture tout à fait sympathique et agréable, avec en prime ce qui est surement l'intrigue la plus dense des trois volumes. Une bonne conclusion pour une très bonne série où chaque tome apporte sa propre patte tout en gardant une belle unité.

Couverture : Melchior Ascaride
D'autres avis : Sabine, Elhyandra, Célindanaé, Zina, Yuyine, Marc, ...

mercredi 10 février 2021

Ariel Holzl - Belle de gris

Belle de gris, Ariel Holzl, Tome 2/3 des Soeurs Carmines, 2017, 265 pages

Comme dans Le Complot des corbeaux, Belle de gris suit les aventures des Soeurs Carmines dans Grisaille, une ville étonnante où tout le monde semble parfaitement s’accommoder de l'ambiance funeste qui y règne, amusant décalage qui participe de l'humour du récit. Ce deuxième tome est particulièrement consacré à Tristabelle Carmine dans sa quête pour devenir la dame de compagnie de la Reine.

Belle de gris est aussi excellent que l'était Le Complot des corbeaux, si ce n'est plus. C'est difficile à dire car si l'on retrouve tous les éléments qui faisaient la qualité du premier, ce n'en absolument pas une redite. La raison ? Le personnage-narrateur de Tristabelle, cynique, arrogante et sûre d'elle - tout le contraire de Merry - dont la gouaille - qui va jusqu'à briser régulièrement le quatrième mur - pimente la lecture de bout en bout. Chapeau à Ariel Holzl pour tenir admirablement le procédé pendant tout l'ouvrage et à s'en servir avec grande intelligence.

Belle de gris confirme parfaitement la qualité des Soeurs Carmines. Un tome fort plaisant à lire, fun dans le ton et surprenant jusqu'au bout dans l'intrigue. Le dernier volume sera, de manière logique, consacré à Dolorine, la petite soeur de la famille. J'ai hâte.

Couverture : Melchior Ascaride
D'autres avis : Sabine, Sometimes a book, Elhyandra, Célindanaé, Chut Maman lit !, Zina, Yuyine, Marc, ...

mardi 12 janvier 2021

Ariel Holzl - Le Complot des corbeaux

Le Complot des corbeaux, Ariel Holzl, Tome 1/3 des Soeurs Carmines, 2017, 263 pages

À Grisaille, une ville sordide où les mauvais coups sont bien plus fréquents que les bons, Merry, Tristabelle et Dolorine sont trois soeurs qui tentent de survivre et sortir de la misère. Jeune monte-en-l'air, Merry pense tenir un bon vol dans les hauts quartiers de la ville, mais se retrouve finalement au centre d'une affaire mêlant les huit grandes familles de Grisaille.

Le Complot des corbeaux est un livre fort plaisant. Bien plus que ce que son cadre pourrait laisser penser, une ville sinistre et brumeuse où il ne fait guère bon vivre et où se côtoient des types de personnages classiques - assassins, vampires, nécromants, ... - revisités avec style par Ariel Holzl dans une sorte de fantasy urbaine victorienne sombre. C'est à la fois peu gentillet et tout à fait fun, dans un mélange fort bien réussi.

Les vingt premières pages, un peu plates et lambdas, peuvent laisser planer le doute. Mais celui-ci s'évapore bien vite dès l'apparition de Dolorine et de sa fraicheur. Les personnages prennent alors bien plus de personnalités, deviennent attachants, et les enjeux se développent rapidement. Le Complot des corbeaux se dévore ensuite tout seul, très plaisamment, comme une friandise fort agréable - un peu, mais dans un genre tout à fait différent, comme le Journal d'un AssaSynth de Martha Wells. À consommer sans modération.

Couverture : Melchior Ascaride
D'autres avis : Sabine, Sometimes a book, Elhyandra, Célindanaé, Chut Maman lit !, Zina, Yuyine, Marc, ...

mercredi 23 septembre 2020

Emmanuel Brault - Walter Kurtz était à pied

Walter Kurtz était à pied, Emmanuel Brault, 2020, 243 pages

« La route dessinait notre futur, qui tiendrait tout entier en une règle : avancer, toujours. »
Dany et Sarah vivent avec leur père, parcourant le monde dans leur Peugeot 203. Ce sont des Roues, une humanité liée corps et âme à l'automobile, ne vivant plus que pour rouler, pleinement épanouie. Mais tous les hommes ne sont pas des Roues. Il existe aussi des Pieds, vivant en communauté sédentaires, une engeance haïe par les Roues pour les accidents de la route qu'elle peut provoquer.

Walter Kurtz était à pied était un ouvrage étonnant, déroutant, qui vaut tant dans la métaphore évidente qu'il propose que par son aspect premier degré, satisfaisant en soi - et ce même si on n'est pas porté sur les voitures. Emmanuel Brault n'assène pas, ne prêche pas, il déroule et conte un monde si différent et si proche à la fois.

L'intrigue est mince - mais suffisante - l'ouvrage étant plus l'exposé d'une dégénérescence qu'un véritable récit classique. Cela importe peu car tout fonctionne, dans une montée en puissance de plus en plus crue et violente qui captive du début à la fin. Walter Kurtz était à pied est assurément une route à emprunter.
« Nous avions choisi cette vie à courir le k-plat. Nous sentions combien cela était dérisoire, mais il nous semblait encore plus dérisoire de demeurer dans la même maison une vie durant. Il y avait tant de routes ! »
Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Gromovar, Yogo, ...

mardi 5 novembre 2019

Fabien Cerutti - Le Testament d'involution

Le Testament d'involution, Fabien Cerutti, 2018, 437 pages

Suite directe de Le Marteau des sorcières, il est préférable de lire Le Testament d'involution juste après - de toute façon vous en aurez l'envie. Mais si ce n'est pas le cas, rassurez-vous : ce tome commence par un bon résumé - ce qui est notable vu qu'en 2019 le fait est, incompréhensiblement, encore rare.

Pas de mauvaise surprise, ce quatrième tome est à la hauteur de ses prédécesseurs et finit d'affirmer Le Bâtard de Kosigan comme l'une des meilleures séries de ces dernières années. Prenant, surprenant, malin, intelligent, accessible, ... ses qualités sont nombreuses et se retrouvent une nouvelle fois ici, tout comme la belle plume de Fabien Cerutti et sa faculté à donner une voix différente et caractéristique à tous ses narrateurs - mention spéciale à Gunthar von Weisshaupt.

Une bonne conclusion à cette série... enfin presque. Car tout n'est pas vraiment terminé, preuve en est ce « fin du premier cycle » qui conclut l'ouvrage. Si l'auteur en offre une - prévisible mais - habile explication, force est de constater qu'il est un peu décevant de voir certaines questions rester en suspens. Quoiqu'il en soit, si la suite est au niveau de ce premier cycle, on en reprendra avec grand plaisir.

mercredi 30 octobre 2019

Fabien Cerutti - Le Marteau des sorcières

Le Marteau des sorcières, Fabien Cerutti, Tome 3/4 du Bâtard de Kosigan, 2017, 319 pages

Pierre Cordwain de Kosigan se rend à Cologne sur les traces de ses origines, à la rencontre d'un groupe de sorcelières, le Cénacle lunaire. Mais l'Inquisition est aussi sur place, en la personne du cardinal Las Casas, surnommé "Le Marteau des sorcières".

Le Bâtard de Kosigan a d'entrée la qualité des grandes séries. Celles que l'on peut quitter quelques années pour retomber dans leurs filets en quelques pages, en ne se sentant pas perdu mais en terrain familier. C'est le cas ici, et c'est fort plaisant.

Ce troisième volume garde le principe des deux premiers, avec toujours un équilibre parfait entre les deux trames temporelles. Et en toute logique, l'intrigue prend encore plus d'ampleur, dans des proportions édifiantes. C'est malin, c'est dynamique, c'est consistant. Et ça a le bon goût d'être parfaitement accessible sans connaissance historique ou mystique.

Attention tout de même, Le Marteau des sorcières est un faux troisième tome puisqu'il se termine sur un "Fin de la première partie". Prévoyez donc d'avoir Le Testament d'involution sous la main pour conclure au plus vite l'aventure, vous en aurez envie.

vendredi 4 octobre 2019

Justine Niogret - Mordre le bouclier

Mordre le bouclier, Justine Niogret, Suite de Chien du Heaume, 2011, 197 pages
« - Quel esprit faut-il avoir pour aller planter son arme dans le ventre d'autres vivants, de toute façon ? Pour s'en aller tuer un homme qu'on cherche depuis des dizaines d'années dans un col entre deux montagnes ? Dis-moi le sens de nos vies, Chien, si tu le peux ; je t'écoute. » 
Six mois après la fin de Chien du heaume, Chien et Bréhyr prennent la route, sur la trace des Croisés, pour achever la vengeance de cette dernière.

Six ans après la lecture de Chien du heaume, il ne m'en restait pas grand chose, si ce n'est rien ; à une exception près sur la fin, et encore, cela ne gêne en rien la lecture de ce livre-ci.

Une chose est néanmoins certaine : l'excellente plume de Justine Niogret est toujours au rendez-vous. Si le roman peut sembler un peu bavard par moment, jouant bien plus la carte de l'introspection, du souvenir et de la discussion que de l'action, il n'en demeure pas moins un vrai plaisir de lecture tant le texte est ciselé et propose de beaux moments de bravoure verbale.

Si Mordre le bouclier doit être lu pour son écriture, il doit aussi l'être pour ses personnages et leurs évolutions, leurs progressions. Car même s'il suit deux héroïnes d'âge mûr, c'est bien d'un récit initiatique dont il s'agit. Un récit de vengeance et de mort certes, mais surtout un récit de vie, quelque part entre la crasse et l'onirisme.
« Vois-tu, tout ce que je pense des livres tient dans la marge d'un texte, où la plume d'un copiste, noire et droite à côté des vives enluminures, a noté de travers : « Dieu, j'ai si froid. » Voici la voix qui monte des livres. Voici ce que j'entends en parcourant un ouvrage ; la voix des morts, la voix des gens passés. Ainsi, je n'oublie pas que je ne suis pas le seul à avoir vécu, le seul à arpenter la terre, que d'autres l'ont fait avant moi, et mieux, et plus longuement. Eux aussi avaient froid. »
D'autre avis : L'Ours inculte, Dionysos, Xapur, Lorhkan, Shaya, Lhisbei, ...

jeudi 4 juillet 2019

Justine Niogret - Mordred

Mordred, Justine Niogret, 2013, 166 pages

Alité, agonisant, Mordred se remémore comment il en est arrivé là. Surprise : Mordred conte l'histoire de Mordred, passé, présent et futur, de son point de vue. C'est assez intéressant, mais ça l'est surement encore plus si l'on a des connaissances préalables sur le personnage. J'ai ainsi préféré le livre a posteriori, une fois renseigné sur ce fameux Mordred.

Avant cela, le parcours fut parfois laborieux, à cause du manque de repères, ne sachant guère où menait le chemin ni ce qu'il cherchait à raconter. L'introduction était pourtant forte et il y a une indéniable présence dans ces pages, comme bien souvent avec Justine Niogret. Heureusement la dernière partie fut la meilleure, certainement car plus active.

Mordred fait partie de ces rares et étranges livres où la lecture ne fut pas forcément très agréable sur le moment - même si d'une indéniable qualité - mais où le sentiment et le souvenir a posteriori restent globalement positifs.
« - Sans Ysengrin, pas de Renart. Il faut une victime à toute histoire. Il faut l'argent d'un miroir éteint pour que certains parviennent à voir leur visage. Une chandelle sans nom pour que les scarabées dansent. À tout héros, il faut son reflet. Un perdant, pour que d'autres gagnent. Voilà ce que je vois, Mordred, voilà ce que je vois, et mon coeur en saigne plus durement que le loup blessé sur sa glace. »
D'autres avis : Xapur, Lhisbei, Vert, Lune, Julien, Lorhkan, Gromovar, ...

vendredi 21 décembre 2018

Yoss - Planète à louer

Planète à louer, Yoss, 2002, 265 pages.

La Terre n'appartient plus aux humains. Alors qu'une guerre nucléaire s'apprêtait à être déclenchée, les xénoïdes sont arrivés et en ont pris le contrôle d'une main de fer. La Terre est désormais un monde touristique où les humains survivent, misérablement, avec pour seul espoir de quitter la planète.
« Toute ressemblance entre la Cuba des années 1990 et cette Terre du XXIe siècle est purement intentionnelle. »
Tout est dit dans cet extrait de la courte préface écrite par l'auteur. Et si l'on pourrait s'inquiéter de la nécessité de préciser ce fait, il n'en est rien : cette précision ne fait que renforcer notre nécessaire perception du texte. Un texte ou même des textes d'ailleurs : Planète à louer est un fix-up de 7 nouvelles suivant chacune un personnage - prostituée, policier, sportif, scientifique, ... - cherchant à améliorer ses conditions de vie. Et un fix-up de qualité, les différents récits se faisant écho les uns les autres via leurs personnages secondaires.

L'analogie à Cuba est parfaitement compréhensible et frappante, à en faire froid dans le dos. Pour autant, Planète à louer n'est pas juste un triste constat - sans apitoiement - sur un pays au travers de ses habitants. Il est bien plus que ça. C'est Cuba mais c'est aussi tout le reste du monde. C'est le passé, le présent et le futur. Ce sont des propos forts qui n'oublient pas le plaisir de la lecture. C'est la forme - les formes mêmes, tant le style d'écriture varie au gré des récits - et le fond au service d'un même objectif : informer plaisamment.

Pour moi, Planète à louer représente l'intérêt même de la science-fiction. Grâce à l'universalité qui en découle. Grâce à cet aspect imaginaire qui permet un certain recul psychologique et un plaisir de lecture augmenté, mais sans jamais atténuer la force des propos, bien au contraire. Pour toutes ces raisons et bien d'autres, Planète à louer est un chef-d’œuvre jusqu'à la dernière ligne. Une lecture indispensable. Gracias señor Yoss.

D'autre avis : Xapur, Lhisbei, Gromovar, Julien, ...

dimanche 26 novembre 2017

Christian Chavassieux - Les Nefs de Pangée

Les Nefs de Pangée, Christian Chavassieux, 2015, 453 pages.

Livre lu il y a plusieurs mois, je ne m'aventurerai donc pas à en parler longuement.
De toute façon, d'autres ont fait ça très bien - mieux que je n'aurais pu le faire - pour en conter toutes les qualités.

Qu'une seule chose soit dite et retenue : c'est excellent. Et si je n'aime pas le terme de "chef-d’œuvre", on en a rarement été aussi proche.
Qualité supplémentaire : l’œuvre est complète en un seul volume.
Merci Monsieur Chavassieux.