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dimanche 29 septembre 2019

Laurent Kloetzer - Issa Elohim

Issa Elohim, Laurent Kloetzer, 2018, 125 pages
« L'attente, les doutes, les incertitudes, tout ceci use les esprits et les volontés. Ceux des réfugiés, en premier lieu, ceux des personnes qui les aident. On est sans cesse inquiet, sans cesse à l'affut. C'est destructeur. »
En reportage dans un camp de réfugiés en Afrique du Nord, Valentine Ziegler va faire la connaissance d'Issa, supposément un Elohim, un être mystérieux, entre apparition extraterrestre et réincarnation divine pour les uns, supercherie manipulatrice pour les autres.

Issa Elohim est l'occasion pour Laurent Kloetzer de mettre une nouvelle fois en scène un Elohim, ces présences déjà aperçues dans Anamnèse de Lady Star et Vostok. La rencontre est cette fois-ci plus frontale et somme toute plus claire, ce qui ne veut pas dire que le mystère disparaît, bien au contraire.

Outre les Elohims, et par leur biais la foi, l'autre thème central d'Issa Elohim ce sont les réfugiés et les migrants. Les deux sujets se mélangent très bien, l'un servant l'autre - et vice-versa - et aucun ne prend le dessus. Surtout, Laurent Kloetzer conserve un ton neutre qui ne cherche pas à donner de leçons et le récit n'en retire que plus de saveur, plus de profondeur. Une intelligente novella, humaine, qui parvient à traiter deux sujets difficiles et à en tirer de la beauté, une réussite.

jeudi 27 octobre 2016

Laurent Kloetzer - Vostok

Vostok, Laurent Kloetzer, 2016, 421 pages.

Station scientifique russe située au pôle sud géomagnétique - la plus isolée de tout l'Antarctique - Vostok est la preuve qu'il n'y a pas toujours besoin de changer de planète pour découvrir un autre monde. Endroit inhospitalier par excellence, ses plaines blanches à perte de vue - quand la vue n'est pas brouillée par les tempêtes - peuvent faire rêver mais n'ont rien d'une partie de plaisir.

C'est pourtant là qu'une poignée de personnages, menée par la jeune Léo, doit se rendre pour percer les mystères du lac Vostok, le lac le plus austral de la Terre, situé juste sous la base. Roman aux pointes de science-fiction, Vostok est surtout un thriller palpitant dans un cadre somptueux.

Si la quatrième de couverture argue l'utilisation du même univers qu'Anamnèse de Lady Star, précédente oeuvre de L.L. Kloetzer, les liens ne sont que minimes. Chacun peut se lire de manière totalement indépendante mais, surtout, leurs écritures sont parfaitement différentes. Là où Anamnèse était un récit ardu, voire obscur, mais hypnotisant dans son ingéniosité, Vostok est lui bien plus classique, avec une chronologie limpide et une lecture fluide. La comparaison est donc impossible mais la conclusion évidente : les deux oeuvres sont excellentes.

Le seul défaut de Vostok est peut-être le caractère si incroyable de cette expédition, préparée relativement rapidement. "Est-ce vraiment possible, surtout pour une si jeune fille ?". Malgré tout, c'est seulement après coup, et après réflexion, que le problème se pose. Car pendant la lecture, tout suit son cours logiquement, sans répit et sans envie de lâcher le livre.

En résumé, Vostok allie un cadre unique et superbe, une histoire forte, un mystère passionnant, une base historique qui donne envie d'en apprendre plus et un rythme maitrisé à la perfection. Faut-il vraiment encore d'autres raisons pour vous donner envie de le lire ?

mercredi 5 novembre 2014

Laurent Kloetzer - Le fer, la neige et le sang

Le Fer, la neige et le sang, Laurent Kloetzer, 2014, 23 pages (pdf).

La nouvelle gratuite du mois de novembre offerte par Le Bélial' est Le fer, la neige et le sang, une nouvelle de Laurent Kloetzer, à télécharger ici. Elle est extraite de Le Royaume blessé et autres récits de brumes et de barbares, publié en 2014, reprenant le roman Le Royaume blessé (paru en 2006) agrémenté de 12 nouvelles se déroulant dans le même univers, dont 10 inédites.

Depuis sa récente conquête, Kendall d'Harmorée est le nouveau roi de Dol, une contrée jadis prospère, avant l'arrivée de ces barbares pilleurs. Parmi ses alliés, il compte Grendel l'Elmédien, vassal indocile qui n'attend qu'une occasion pour prendre sa tête. Cette nouvelle conte cette occasion.

Le fer, la neige et le sang est presque essentiellement un combat à l'épée, une embuscade, une lutte dont l'objectif est la mort de l'adversaire bien avant sa propre survie. Point de grande réflexion, point de géopolitique complexe, point de philosophie et de morale. Ici, on se bat. Et c'est excellemment bon.

Après une courte introduction posant efficacement le cadre et une fois passée l'affluence de noms étrangers, les armes se déploient et s'envolent au rythme des mots acérés de Laurent Kloetzer. La tension monte, la conclusion est inéluctable. Mais si le plaisir brut et barbare de ce combat est déjà fort enthousiasmant en lui-même, il l'est encore davantage grâce à un petit plus, la présence d'un observateur quasi-anonyme, un laboureur qui apportera une certaine dose d'ironie (ou de morale ?) à toute cette histoire.

Le fer, la neige et le sang est une nouvelle qui est fidèle à son titre. À recommander à tous ceux qui en ont marre des pavés de fantasy qui ne font que parler mais ne passent jamais à l'action et aux combats. Un authentique "récit de brumes et de barbares", un texte court et simple pour un vrai grand plaisir.


Deuxième participation au Challenge Francofou

vendredi 23 mai 2014

Laurent Kloetzer - Mémoire vagabonde

Mémoire vagabonde, Laurent Kloetzer, 1997, 308 pages.

Il y a des livres qu'on aimerait aimer. Parce que l'histoire semble différente, ambitieuse, fascinante. Parce que l'on sent qu'il pourrait se passer quelque chose. Mémoire vagabonde fait partie de cette catégorie. J'aurais aimé l'aimer.

Jaël de Kherdan. Écrivain aventurier. Un Aramis qui vivrait de l'écriture de ses (mé)faits, c'est ainsi que je l'imagine. Au passé trouble. À la mémoire trouble. Dont les livres ne semblent pas forcément raconter la même histoire que ses souvenirs.

Mes espoirs étaient plutôt satisfaits par ce début de roman. Un personnage fort, un mystère à base de livres et de réalité, la promesse de l'aventure. Et puis ce fut la déroute. Je n'ai presque qu'un reproche à faire : l'histoire est compliquée, voire carrément incompréhensible par moment. Je peux comprendre qu'un livre soit confus, qu'il y ait une nécessité à cela. Mais là, c'est simplement trop confus. Et la résolution n'est pas à la hauteur de l'effort demandé.

Pourtant, il y a des idées intéressantes dans Mémoire vagabonde, en particulier son héros et sa maladie. Mais c'est comme si rien n'aboutissait, comme si l'on enchaînait des potentiels sans jamais les utiliser. Peut-être aussi y a-t-il trop de choses. Cela donne une légère impression d'amoncellement, de fouillis. Et cette sensation de ne jamais recevoir les clés pour tout comprendre, de ne même pas savoir s'il y a quelque chose à comprendre.

Dommage. C'est le mot qui résume le mieux mon avis. Un vrai potentiel, de bonnes idées, un personnage charismatique. Mais une histoire qui ne suit pas et un ensemble qui n'en est pas un. Dommage. J'aurais aimé l'aimer.