mardi 28 avril 2020

Martha Wells - Schémas artificiels

Schémas artificiels, Martha Wells, Tome 2/5 de Journal d'un AssaSynth, 2018, 125 pages
« Cela dit, on ne parle pas non plus des SecUnits dans les livres. Il me paraît difficile de raconter une histoire du point de vue d'un être qu'on ne considère justement pas doté d'opinions. »
Pourtant, c'est encore ce que réussit admirablement Martha Wells dans ce deuxième volume des aventures d'AssaSynth, après le très bon Défaillances systèmes. La recette est la même : une intrigue sous forme d'une mission, simple à comprendre et à appréhender, allant à l'essentiel et portée par d'attachants personnages, en majorité non-humains. AssaSynth en tête, évidemment, lui si fascinant à suivre.

L'intrigue est cette fois un peu moins explosive mais en profite pour aller voir du côté du passé d'AssaSynth. Force est de constater que ça fonctionne de nouveau, c'est simple, efficace et tout à fait plaisant à lire. En reprendrai-je une troisième dose ? Avec joie.

Couverture : Pierre Bourgerie / Traduction : Mathilde Montier

vendredi 24 avril 2020

J.G. Ballard - Nouvelles complètes 1956 / 1962

Nouvelles complètes 1956/1962, J.G. Ballard, Tome 1/3 des Nouvelles complètes, 1956-1962, 695 pages
« Je pourrais seulement répondre que Vermilion Sands ne se trouve pas du tout dans le futur, mais dans une sorte de présent visionnaire - qualification qui sied à mes nouvelles et à presque tout ce que j'ai écrit par ailleurs. »
Ainsi se définit J.G. Ballard dans la préface de ce premier volume de l'intégrale de ses nouvelles, préface où il clame aussi son amour pour le format court. Force est de constater que ce "présent visionnaire" peut en effet être une bonne définition du style de l'auteur, avec ses récits imaginaires qui ont toujours une résonance très réelle, des récits "normaux" où la science-fiction est à la fois centrale et d'arrière-plan, allant de soi tout en étant l'élément perturbateur de l'intrigue.

Quelques grands thèmes reviennent régulièrement au fil de ces 28 nouvelles - l'art et la psychologie en tête - mais J.G. Ballard fait surtout preuve d'originalité en proposant des nouvelles qui ne donnent pas l'impression de se répéter. La construction reste pourtant souvent la même, avec une idée simple qui est tirée à l'extrême et développée dans un récit qui tend soit vers l'onirisme, soit vers un futur sensiblement dystopique.

Évidemment, sur un nombre aussi important de textes, difficile d'accrocher à tout. Il y en a pourtant très peu pour lesquels je suis vraiment passé à côté, l'ensemble étant globalement bon voire très bon, saupoudré de quelques pépites (La ville concentrationnaire, Trois, deux, un, zéro !, Chronopolis, Le dernier monde de Monsieur Goddard, Billénium notamment).

Rares sont les nouvelles à chute ou en apothéose, les fins étant plutôt ouvertes. Pour autant, elles ne sont globalement pas frustrantes, les récits paraissant complets malgré leur brièveté. Et si je ne ressors pas de cette première intégrale avec l'envie immédiate d'enchaîner sur les volumes suivants, il n'en reste pas moins que ce fut une belle découverte.

Couverture : Paul Murphy / Traduction : Bernard Sigaud, Laure Casseau, Pierre K. Rey, Arlette Rosenblum, Michel Demuth, Gisèle Garson, Pierre Versins, Lionel Massun, Pierre-Paul Durastanti, Alain Dorémieux, Guy Abadia, Frank Straschitz, Robert Louit
D'autres avis : Tigger Lilly, ...

lundi 20 avril 2020

Jean-Philippe Jaworski - Le Sentiment du fer

Le Sentiment du fer, Jean-Philippe Jaworski, Univers des Récits du Vieux Royaume, 2010-2013, 258 pages

Retour dans l'univers du Vieux Royaume avec cinq nouvelles précédemment parues en anthologies ou catalogue - publiées ici sans aucune mention de ce fait - et dont l'une d'elle, Profanation, a même déjà été évoquée en ces lieux.

Le Sentiment du fer est un recueil correct qui permet essentiellement de retrouver la plume de Jean-Philippe Jaworski et son goût pour les (anti-)héros gouailleurs, particulièrement dans la nouvelle éponyme - un bon premier chapitre de roman ou de novella - et dans Profanation. Si aucune nouvelle n'est exceptionnelle, elles restent globalement sympathiques - L'Elfe et les égorgeurs est une amusante histoire sur le pouvoir des mots contre celui des armes et Désolation une revisite de la Moria un peu trop dédiée à l'action mais relevée par sa fin - à l'exception de Les trois hypostases qui m'aura complètement laissé de côté.

Une lecture loin d'être indispensable mais qui reste globalement agréable.

Couverture : Melchior Ascaride

vendredi 17 avril 2020

Bulles de feu #23 - Mythologie revisitée

Adrastée, Mathieu Bablet, Intégrale des deux tomes, 2016 (2013/2014), 144 planches

Un ancien roi d'Hyperborée se réveille d'un long sommeil. Il part alors en quête des dieux de l'Olympe, seuls à même selon lui de lui donner des explications sur sa condition d'immortel.

Adrastée est une oeuvre majestueuse, gigantesque balade d'un homme à travers le monde - et même au-delà - écrivant sa légende tout en l'entendant contée, elle et tant d'autres. Un homme en quête de clés sur la vie et la mort, un thème classique mais très bien traité par Mathieu Bablet, de manière intelligente et finement dosée. Le tout sur fond de mythologie grecque, astucieusement mise en scène, à la fois fort présente tout en étant en retrait, l'accent étant toujours principalement mis sur la belle épopée du personnage principal.

J'étais sorti mitigé de ma lecture de Shangri-La, du même auteur, qui cumulait une histoire trop brouillonne pour moi et des dessins parfois peu attrayants. L'histoire est cette fois bien plus limpide. Quant aux dessins, si les visages des personnages ne sont toujours pas un point fort, ils sont très largement compensés par des paysages et des grandes cases absolument magnifiques, renforçant le sentiment de "balade" qui colle si bien à cette BD. Une vraie belle lecture.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Vert, Alys, ...

Le Dieu vagabond, Fabrizio Dori, 2019, 160 planches

Eustis est un satyre. Ou plutôt était. Il vagabonde désormais dans le monde des humains, vivant dans un champ et jouant le devin pour pouvoir s'offrir quelques bouteilles, pensant être le dernier des êtres mythiques. Mais l'est-il vraiment ?

Le Dieu vagabond est une quête. Celle d'Eustis pour retrouver les siens. Celles aussi des compagnons qu'il croisera au cours de son épopée, chacun cherchant à accomplir sa destinée - ou à la trouver. C'est une BD fluide tant dans l'intrigue que dans le dessin, agrémentée de belles couleurs fort diversifiées qui conservent néanmoins toujours de la cohérence. Un récit totalement imprégné de mythologie grecque dans une représentation modernisée, ou tout du moins réappropriée par l'auteur. Une sympathique aventure.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Alys, ...

mardi 14 avril 2020

Ayerdhal - L'Histrion

L'Histrion, Ayerdhal, 1993, 419 pages

Aimlin(e) est sexomorphe. Iel est choisi(e), sans son consentement, par Genesis, une créature-monde tentant d'unir les différentes communautés humanoïdes, pour devenir l'histrion, le trublion officiel de la galaxie.

L'Histrion est un ouvrage complexe, trop complexe, qui bascule aisément dans l'incompréhensible. Plus que l'histoire d'Aimlin(e), c'est l'histoire d'une lutte de pouvoir à l'échelle d'une galaxie, où une dizaine d'entités cherchent à faire valoir leurs propres intérêts. Et c'est là le principal souci : c'est un livre sur des entités plus que sur des personnages, ce qui rend très difficile l'implication émotionnelle dans le récit. Encore plus quand ni leurs relations ou leurs objectifs ne sont très clairs.

Reste Aimlin(e), personnage sexomorphe étonnant(e), dont l'aventure commençait bien avant d'être noyée dans la masse d'informations et de basculer de manière assez incompréhensible d'une lutte pour sa survie à la médiation d'un conflit entre deux planètes. Le rôle de trouble-fête attribué à l'histrion aura au moins eu une vérité : si ma lecture aurait dû être une fête, elle fut bien troublée.

Couverture : ?
D'autres avis : Anudar, ...

vendredi 10 avril 2020

Christian Chavassieux - L'Affaire des vivants

L'Affaire des vivants, Christian Chavassieux, 2014, 322 pages
« Le grand-père est mort douze ans plus tard, souriant au souvenir de sa seule belle blague faite au destin. Il a tracé la vie d'un Persant, il lui a désigné le chemin, lui a dit tu es unique, tu verras, ton nom te dira quoi faire, ton nom fera de toi un roi, un maître, on t'élèvera, sans même comprendre pourquoi, on t’élèvera comme un prince, on pardonnera tes caprices, on t'obéira, tu prendras l'habitude d'être obéi, on te donnera les meilleurs morceaux, on prendra soin de toi, on te confiera ce qu'il faut connaitre de l'ordre intime des choses, on t'expliquera le monde, les hommes, on t'en dira plus qu'aux Paul et aux Michel. Parce que tu es Charlemagne. »
Ainsi débute la vie de Charlemagne Persant, une force de la nature ayant la tête et les jambes. Né dans une famille paysanne de la campagne lyonnaise, il s'élèvera plus haut que son rang grâce à un naturel sens du commerce mais aussi grâce à son état d'esprit, lui qui n'a aucun préjugé mais aussi une absence complète d'empathie. Un destin hors du commun qu'il est fascinant de suivre dans toute la deuxième moitié du XIXème siècle.

Si l'évolution de Charlemagne est le point central d'une grande partie du roman, le récit va aussi s'attarder sur toute les membres de la famille qui gravitent autour de lui. L'occasion d'aborder de nombreux sujets - racisme, homosexualité, mariage,  industrialisation, ... - en en proposant une vision d'époque.

Je ne suis pas un habitué de la littérature dite "générale/blanche" et il m'est souvent difficile de m'absorber dans un ouvrage qui n'a pas de "finalité claire" (pas de mystère à résoudre, de personne à sauver, de situation à améliorer, ...). J'ai dévoré L'Affaire des vivants. L'histoire de Charlemagne - et compagnie - est intéressante et j'ai aimé la suivre, même si les comportements du XIXème siècle - aux forts accents XXIème - font souvent grincer des dents.

Mais ce qui fait la différence et rend passionnant L'Affaire des vivants, c'est l'écriture de Christian Chavassieux. Une écriture chantante, rythmée, dans un style vraiment unique qui n'hésite pas à parfois briser le quatrième mur. C'est riche en vocabulaire et en précisions, et pourtant cela reste limpide, le travail de recherche de l'auteur s'intégrant admirablement dans son récit, apportant une authenticité toute naturelle, qui ne parait jamais forcée ou artificielle. Si la marque des grands auteurs est d'être excellent peu importe le genre dans lequel ils opèrent, Christian Chavassieux est indéniablement de ceux-là.
« Ce n'est pas que les choses soient irrémédiablement vaines ou dérisoires - elles participent toutes de notre présent, l'ont initié - mais elles ont rarement d'intérêt par elles-mêmes, n'en gagnent souvent que dans leurs prolongements imprévisibles, parfois contradictoires, en tout cas innombrables. Charlemagne n'est essentiel que parce qu'il a produit une suite, un Ernest, un avenir pour Alma et, peut-être, en ce qu'il a inspiré ce récit. »
Couverture : ?

lundi 6 avril 2020

Tom Sweterlitsch - Terminus

Terminus, Tom Sweterlitsch, 2018, 440 pages

Shannon Moss, agente du NCIS, est appelée sur la scène d'un crime sanglant lié à un ancien Navy SEAL. Pour s'aider, elle pourra voyager dans le futur, au sein de TFI - trajectoires futures inadmissibles -, des futurs possibles. Mais, en parallèle, un plus grand problème rode : le Terminus, une terrible fin du monde, dont la date semble inexorablement se rapprocher dans les différentes TFI.

Terminus est un très bon polar, haletant et captivant. Terminus est un très bon livre sur le voyage dans le temps, renversant et fascinant. Et la combinaison de ces deux aspects est tout aussi bonne, si ce n'est meilleure.

Dans une ambiance qui n'est pas sans rappeler True Detective pour un certain côté mystique et violent, Terminus tient en haleine du début à la fin, parvenant à effleurer des contrées extrêmes sans jamais basculer dans le trop. C'est violent, mais cela reste soutenable. C'est ardu, mais cela reste compréhensible. Ça retourne le cerveau, mais cela reste parfaitement plaisant. C'est peu tumultueux, mais cela reste extrêmement fluide et engageant. Une admirable maitrise, sur ces points et sur d'autres, qui font de Terminus une lecture très recommandable.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Xapur, FeydRautha, Apophis, Lune, Yogo, Brize, TmbM, Lorhkan, Gromovar, Lutin82, Célindanaé, Cédric, Dionysos, Marc, Le chien critique, Valériane, Chut maman lit, ...


Troisième escale, dimension parallèle/timeline divergente, pour le #DéfiCortex

jeudi 2 avril 2020

Charles Yu - Super-héros de troisième division

Super-héros de troisième division, Charles Yu, 2006, 172 pages

Super-héros de troisième division est un recueil de 11 nouvelles qui ont, à l'exception de la nouvelle éponyme, toute la particularité de ne pas réellement comporter d'intrigue. À la place Charles Yu s'amuse des mots et des formes, propose des exercices de style où les mathématiques et leur logique ont une grande place. Malheureusement, moi j'aime bien les intrigues.

Deux thématiques parsèment néanmoins l'ensemble : la quête d'un meilleur soi pour des personnages "moyens/ordinaires" et la relation mère/fils. Cette dernière est assez cryptique, intimement liée à l'auteur au point de ne pas réussir à sortir de cette union précise. La première est mieux assimilée mais peine à mener quelque part, sinon à la tristesse et au désespoir.

Une nouvelle surnage dans l'ensemble et parvient à mêler forme et fond : 32,05864991%, où ce qu'un "peut-être" signifie vraiment. Une très belle nouvelle. Mérite-t-elle pourtant à elle seule de lire l'ensemble du recueil ? J'ai des doutes - et c'est bien dommage pour elle - tant le reste n'aura pas réussi à m'accrocher. Préférez lire le Guide de survie pour le voyageur du temps amateur.

Couverture : Elena Vieillard / Traduction : Aude Monnoyer De Galland