mercredi 15 janvier 2020

Josiane Balasko - Jamaiplu

Jamaiplu, Josiane Balasko, 2019, 259 pages

Jamaiplu est un recueil de 8 nouvelles où l'imaginaire est à la fois central - avec notamment des zombies, des fantômes, des animaux et des plantes qui parlent - tout en étant présent par petites touches. Comme la grande majorité des recueils, chacun appréciera plus ou moins chaque nouvelle selon sa sensibilité. Plus ou moins, c'est d'ailleurs à peu près mon ressenti global sur ce livre, avec 4 nouvelles plutôt "plus" - "Jamaiplu", "Le Boss", "Adopteunzombie.com" et "Faites pousser un extraterrestre" - et 4 nouvelles plutôt "moins" - "Un scénario d'enfer", "Histoire sainte", "Les Explorateurs" et "Le Musée de l'homme".

Toutes les nouvelles ont tout de même un point commun : l'écriture est fluide et les récits se lisent très facilement, bien qu'ils soient souvent assez tristes malgré quelques pointes d'humour. Elles manquent toutefois globalement d'un peu de punch pour être véritablement marquantes, à l'exception peut-être de la nouvelle éponyme qui ouvre le recueil, émouvante.

Jamaiplu n'est pas un mauvais recueil, mais il n'est pas non plus de ceux qui resteront durablement dans les mémoires. C'est néanmoins une lecture tout à fait correcte sur le moment, c'est déjà ça.

Couverture : Solange Aguilar
D'autres avis : Lune, Lorhkan, ...

samedi 11 janvier 2020

Fabien Clavel - Le Châtiment des flèches

Le Châtiment des flèches, Fabien Clavel, 2010, 353 pages

En 997 meurt Géza, prince suprême des sept tribus magyares. Son fils István lui succède et entend poursuivre la christianisation entamée par son père, qui devrait permettre la survie et la prospérité de ce qui deviendra la Hongrie. Mais d'autres ont des vues sur le pouvoir et ne partagent pas les ambitions du jeune prince. C'est notamment le cas de Koppány, duc de Somogy, qui se réclame prince légitime en vertu des traditions tribales.

Le Châtiment des flèches est un excellent roman de fantasy historique. Sur les bases historiques connues de la Hongrie du XIème siècle, Fabien Clavel conte l'histoire d'István, s'arrangeant au mieux des zones d'ombre de l'Histoire en y ajoutant notamment une dose de magie et de chamanisme. Le récit en lui-même est parfois un peu distant - pas froid, mais tiède - surtout dans la première partie, mais cela n'enlève en rien au plaisir de la lecture.

Un plaisir qui est d'ailleurs double, autant dans le plaisir brut de l'intrigue - lutte de pouvoir et création d'une nation entre autres - que dans le plaisir de découvrir l'Histoire hongroise et ses légendes. Les deux étant agréablement liés par Fabien Clavel et son remarquable travail historique. Le Châtiment des flèches est simplement un excellent roman, instructif et plaisant.

Couverture : Alain Brion
D'autres avis : Boudicca, ...

jeudi 9 janvier 2020

Bulles de feu #19 - Catherine Meurisse

Les Grands Espaces, Catherine Meurisse, 2018, 92 planches

Les Grands Espaces, c'est une ode à la nature où Catherine Meurisse revit son enfance à la campagne. C'est à la fois érudit, multipliant les références artistiques et botaniques, tout en restant agréablement simple et accessible. C'est aussi ponctué de nombreuses pointes d'humour qui rendent la lecture très plaisante.

Le style de dessin, sorte de version 2.0 d'un style "dessin de presse" (ou tout du moins du cliché que je m'en fais), ne doit pas rebuter. S'il étonne un peu au démarrage, on s'y habitue très vite, jusqu'à ne plus pouvoir concevoir cet album sans cette patte. On n'en dira peut-être pas autant de la police d'écriture qui, bien qu'elle ait un sens, demande un petit effort de lecture. Que cela ne vous retienne pas pour autant : Les Grands Espaces est un très beau livre.

Je vous laisse, j'ai des fleurs à planter et bouturer.

D'autres avis : Tigger Lilly, ...

La Légèreté, Catherine Meurisse, 2016, 127 planches

Comment se reconstruire, dessiner, vivre, après les attentats du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo ? Alors qu'on aurait pu, dû, être dans cette salle de rédaction, s'il n'y avait pas eu un salvateur retard. C'est tout le propos de La Légèreté, où Catherine Meurisse conte son histoire et son cheminement après, avec l'art et la beauté en ligne de mire et outils de survie.

La Légèreté est un ouvrage forcément très particulier. Immanquablement touchant, évidemment, mais presque gênant d'intimité, de ne pas savoir, en tant que lecteur, si on devrait vraiment se trouver là et comment réagir. Et dans le même temps, c'est une ode à la vie et à l'art qu'il est toujours bon de voir.

Je ne sais pas ce que j'ai pensé, ce que je pense, de cet ouvrage. Et je crois que ce n'est finalement pas bien grave. Certaines choses doivent simplement être.

D'autres avis : Tigger Lilly, ...

lundi 6 janvier 2020

Nina Allan - La Fracture

La Fracture, Nina Allan, 2017, 404 pages

Manchester, 1994. Julie Rouane, adolescente de 17 ans, disparait sans laisser de traces, laissant derrière elle une mère, Margery, un père, Raymond, et une soeur, Selena, la narratrice de ce récit. Comment vivre avec l'absence ? Et que faire quand un nouvel élément lié à la disparition de Julie surgit 20 ans plus tard ?
Comme l'autrice sait si bien le faire, les informations importantes arrivent au fur et à mesure, au détour de phrases anodines, comme si tout cela était normal. Au lecteur de décrypter l'image globale et de chercher à la comprendre. Comprendre, c'est le mot d'ordre du roman. Plus encore que comprendre, c'est croire. Que croire ? Comment croire ? La Fracture est un roman qui questionne la réalité et la vérité. Un questionnement qui n'est pas nouveau mais qui est ici rondement mené, avec une remise en question permanente et surtout en parvenant à placer le lecteur au coeur du raisonnement, exactement à la place de la narratrice, à un degré vraiment épatant.

Le récit joue sur le flou et toutes les réponses ne seront pas clairement données. Pour autant, il reste plutôt simple et sage - plus que La Course en tout cas - et assez facile d'accès pour un livre "priestien". Et s'il n'est pas forcément le livre le plus excitant à lire, bien que très prenant et comportant d'innombrables tiroirs, il gagne grandement en valeur à posteriori, en restant à l'esprit et en dévoilant toute son intelligence. Car rien n'est laissé au hasard dans La Fracture, tout est maitrisé et tout a un sens. L'ensemble est simplement excellent, si ce n'est plus.

Un mot pour finir sur le genre littéraire de cet ouvrage. Littérature blanche ? Science-fiction ? L'autrice est habituée à jouer à la lisière des genres, et honnêtement il est plus que souvent futile de débattre de la question. La Fracture est peut-être l'exception à la règle et ce jeu de funambule entre les genres pourrait bien ici être d'importance. Car de votre réponse pourrait bien découler votre conclusion du récit. Et vous, qu'allez-vous croire ?

Couverture : Tissen - Shutterstock / Traduction : Bernard Sigaud
D'autres avis : Lune, Gromovar, Tigger Lilly, ...

jeudi 2 janvier 2020

Lucius Shepard - Le Dragon Griaule

Le Dragon Griaule, Lucius Shepard, 1984-2011, 444 pages

Comment parler de Griaule ? Comment rendre hommage à Griaule, ce gigantesque dragon pétrifié continuant d'exercer son influence sur les humains vivants dans son voisinage ? Ou plutôt, comment rendre hommage à Lucius Shepard et à cette oeuvre aussi gigantesque que Griaule ? Car le plus bel hommage à la grandeur de Griaule, c'est ce recueil.

Pourtant, Griaule n'est pas un gentil petit dragon, loin de là. Et gravite autour de lui toute une ribambelle d'individus qui ne sont pas de gentils petits humains. Rien n'est reluisant dans ces textes, tout incarne le mal-être d'individus paumés dans un monde trop âpre et trop grand pour eux, sans jamais être déprimant pour autant. Des humains, voilà tout - à ce propos la postface de Lucius Shepard est lumineuse, l'auteur puisant allègrement dans ses propres expériences. Et les surplombant : Griaule. La petitesse de l'homme face à la démesure de l'univers.

Griaule est politique, Griaule est religion, Griaule est vie, Griaule est mort, Griaule est tout. Les sujets abordés en filigrane sont multiples, innombrables, les notions de liberté et de libre-arbitre en tête. Mais Griaule est avant tout un cadre grandiose pour des récits immanquablement et littéralement extraordinaires. Entendons-nous bien : tous les textes ne sont pas parfaits - car Griaule étant tout, il est aussi l'imperfection - mais leur ensemble est simplement monumental, Lucius Shepard ne prenant jamais deux fois le même chemin, et surtout pas le plus facile.

Six nouvelles - voire novellas - dont "L'Homme qui peignit le dragon Griaule", qui ouvre le recueil, est certainement le chef-d'oeuvre, un condensé d'histoire, de cadre, de narration, d'idées, de réflexions et de bravoure en une trentaine de pages seulement. S'en suivent de consistants récits - et notamment l'excellente "Le Père des pierres", haletant procès - jusqu'à la déstabilisante "Le Crâne" qui clôt l'ouvrage, Lucius Shepard osant une nouvelle fois se réinventer.

Le Dragon Griaule n'est pas toujours l'ouvrage le plus abordable, malgré la somptueuse plume de Lucius Shepard, maitre artisan des mots. Mais il donne malgré tout constamment l'impression de lire quelque chose de grand, de plus grand que ce simple recueil même, qui se dévoilera différemment à chaque lecture. Car Griaule rode à la croisée d'une page, au détour d'une ligne. Qui sait ce que, vous, vous pourriez lire dans la pupille du dragon millénaire ?
« - Ah bon ? De tous les êtres vivant à la surface, tu sembles pourtant la mieux à même d'apprécier l'étendue des vertus de Griaule. Il n'est pas de plus grande sécurité que celle qu'il propose, pas de plus grand savoir que celui qu'il dispense.
- À t'entendre on croirait que c'est un dieu. »
Mauldry lui coula un regard en biais et s'arrêta de marcher. La lumière dorée, qui avait gagné en intensité, creusait d'ombre ses multiples rides, le vieillissant de plusieurs siècles. « Eh bien, qu'est-il donc, à ton avis ? » demanda-t-il, légèrement indigné. « Que pourrait-il être d'autre ? »
Couverture & illustrations : Nicolas Fructus / Traduction : Jean-Daniel Brèque
D'autres avis : Vert, Gromovar, Lhisbei, Cédric, Lorhkan, Xapur, Le chien critique, Alys, Tigger Lilly, TmbM, Baroona (oui, celui-là même), ...