lundi 15 avril 2019

Thierry Di Rollo - Brumes fantômes

Brumes fantômes, Thierry Di Rollo, 2018, 19 pages (pdf).

Bersekker revient sur le lieu de sa jeunesse. L'occasion d'en finir avec une page de son passé et de se tourner vers l'avenir... s'il est possible de parler d'avenir pour une personne telle que lui ?

Brumes fantômes est une nouvelle simple et efficace. Elle ne restera pas nécessairement en tête à tout jamais, mais elle est tout à fait plaisante à lire, et ce malgré un certain ton désabusé qui n'est heureusement pas pesant. Elle est bien aidée en cela par une omniprésence des dialogues la rendant très fluide, avec en prime une certaine ironie/jeu entre personnages et lecteur. Dix minutes de lecture qu'on ne regrettera pas.
« (...) tu es de ce genre que l’on appelle humain. Le laid et le violent nous ont toujours fascinés. »
D'autre avis : Yogo, Lhisbei ...

mercredi 10 avril 2019

Christophe Lambert - Aucun homme n'est une île

Aucun homme n'est une île, Christophe Lambert, 2014, 275 pages.

2 juillet 1961. Ernest Hemingway est sur le point de se suicider quand on vient l'avertir d'un débarquement américain à Cuba. Une attaque en juillet ? Oui, car Kennedy a repoussé l'assaut d'avril et évité le fiasco de la baie des cochons. L'occasion pour Hemingway de reprendre sa casquette de correspondant de guerre et de retourner à Cuba pour tenter d'interviewer Fidel Castro et Che Guevara.

Je ne suis pas un grand amateur d'uchronies historiques, que je trouve souvent compliquées et nécessitant pas mal de connaissances pour pleinement les apprécier. Ces "problèmes" sont ici à la marge : le récit est assez minimaliste et les pré-requis sont eux-aussi minimes et généralement connus de tous, pour peu que vous sachiez ce qu'est la Guerre Froide, où est situé Cuba et qui sont Fidel Castro et Che Guevara.

D'ailleurs, si sa base est une uchronie historique, Aucun homme n'est une île est surtout l'occasion pour Christophe Lambert de proposer une courte aventure unique, dans un cadre rare, et de mettre en scène trois personnages historiques. Et si l'aspect uchronique permet de prendre des libertés et de laisser libre cours à l'imagination, ce n'est pas pour autant un livre déconnecté de la réalité. Bien au contraire même, l'auteur ayant (ré)intégré de nombreux faits/anecdotes historiques, explicités dans la très intéressante bibliographie qui conclut l'ouvrage.

Aucun homme n'est une île est un excellent livre à tous les niveaux. Il apporte d'un côté un récit d'aventures plaisant, très bien rythmé et qui ne tire pas en longueur, tout en présentant intelligemment des personnages (et des idées) complexes. Le tout avec grande simplicité. À lire que vous soyez ou non amateur d'uchronie !

D'autre avis : Gromovar, Lhisbei, Julien, ...

jeudi 4 avril 2019

Ernest Pérochon - Les Hommes frénétiques

Les Hommes frénétiques, Ernest Pérochon, 1925, 345 pages.
« Les hommes n'avaient pas compris qu'une ère nouvelle commençait, où la prudence, à défaut de bonté, deviendrait une vertu essentielle. »
Suite à la désolation laissée par la guerre mondiale de la fin du XXIIème siècle, l'ère chrétienne a pris fin et le monde est entré dans l'ère universelle. Une ère où toute la planète a atteint une certaine aisance économique, bien aidée en cela par une nouvelle source d'énergie dont l'installation quadrille le globe. Une ère où, pour ne pas reproduire les erreurs du passé, la norme est à la prudence et à la modération, où toute ardeur et exaltation doit être réprimée. Mais le temps passe et les hommes oublient...

Autant le dire tout de suite, Les Hommes frénétiques n'est pas un grand livre sur le plan romanesque. Les (rares) personnages sont fades et très peu caractérisés. L'intrigue ne tourne d'ailleurs pas réellement autour d'eux, Ernest Pérochon préférant plutôt conter les péripéties de la planète à un niveau international, comme des chroniques historiques de notre futur. Si l'approche est compréhensible, elle reste dommageable puisque l'ensemble manque de simple plaisir de lecture, et ce d'autant plus que l'auteur, Prix Goncourt en 1920, prouve dans la dernière partie du roman qu'il est capable de proposer autre chose.

Mais s'il peut y avoir à redire sur le plan romanesque, peut-être encore plus pour un lecteur du XXIème siècle, Les Hommes frénétiques n'est pas un livre à jeter pour autant et reste un roman fort dans sa dimension historique et visionnaire. S'il ne décrit évidemment pas précisément notre présent, Ernest Pérochon met tout de même en garde sur, entre autres, l'utilisation détournée des découvertes scientifiques, les menaces de guerres biologiques et chimiques ou encore les dangers d'un monde où règnent les réactions vives et exaltées. Des préoccupations toujours plus d'actualité alors que ce roman a été écrit en 1925...

Bien que très imparfait - on l'appréciera bien plus après lecture que pendant - Les Hommes frénétiques reste une belle curiosité historique qui n'aura malheureusement pas servi de leçon. Un livre qui, certes, parle exclusivement au cerveau mais qui parvient encore à le faire près de 100 ans plus tard et en ayant pris peu de rides.
« Il n'y avait à terre ni vainqueurs ni vaincus ; seulement des morts, des blessés hurlants, quelques fuyards à demi fous. »
D'autre avis : TmbM, Lekarr ...

vendredi 29 mars 2019

Bulles de feu #12 - Histoires de guerres

Le Chant du Cygne, Série terminée en 2 tomes, Xavier Dorison, Emmanuel Herzet et Cédric Babouche, 2014-2016, 57 et 65 planches.

1917. Suite à la dévastatrice bataille du Chemin des Dames, une pétition circule entre soldats français pour faire arrêter cette boucherie. Une pétition qui tombe entre les mains du lieutenant Katz et de ses hommes, qui devront se rendre au plus vite à Paris pour la remettre au Parlement et faire écarter le général Nivelle.

Sous couvert d'une imaginaire (?) pétition, les auteurs nous proposent une sorte de "buddy-road-movie" où une bande de soldats doit parvenir à Paris, non sans, évidemment, devoir éviter un lot d'embuches. Ne vous fiez pas complètement à ma qualification : Le Chant du Cygne n'est pas une amusante balade dans la campagne. Au contraire. Et pourtant, le ton est finement dosé : c'est dur, c'est dramatique, mais ça reste dans le même temps très agréable à lire. Une contradiction en grande partie rendue possible par un dessin (à découvrir ici) qui parvient à dédramatiser l'ambiance.

Un intelligent et émouvant diptyque qui permet d'évoquer habilement les mutineries de 1917. À lire.

Carton jaune !, Didier Daeninckx et Asaf Hanuka, 1999, 52 planches.

Carton jaune ! est inspiré de l'histoire du boxeur Young Perez. Sauf qu'ici l'histoire est celle de Jacques Benzara, un jeune footballeur repéré à Tunis qui va devenir une star à Paris. Mais nous sommes à la fin des années 1930 et son avenir risque de s'ombrager...

Carton jaune ! est une BD assez anodine. Ça se lit mais, malgré un sujet grave, ça ne marque pas et cela manque quelque peu d'émotion et d'implication. Mais le problème principal n'est même pas là. Pourquoi Jacques Benzara et non Young Perez ? Pourquoi avoir inventé un personnage imaginaire, inspiré de, alors que l'histoire de Young Perez aurait, elle, eu d'emblée le parfum de l'Histoire et aurait certainement été plus marquante ? Une occasion ratée - un comble pour un attaquant de pointe.

(notez que d'autres, heureusement, ont depuis corrigé le tir et publié des BD sur Young Perez)

lundi 25 mars 2019

Catherine Dufour - Le Goût de l'immortalité

Le Goût de l'immortalité, Catherine Dufour, 2005, 318 pages.
« C'est courageux. J'ai donc décidé de l'être à mon tour et de vous faire une série d'aveux. C'est le nom qu'on donne aux explications quand elles sont pénibles. »
Et la narratrice de se lancer dans une longue lettre - ce roman - retraçant une série d'évènements ayant bouleversé sa vie - et ce n'est pas peu dire. L'occasion d'apprendre à mieux la connaitre, certes, mais surtout de découvrir un futur hors du commun où les rapports de force ont évolué à l'extrême.

Je n'ai pas envie d'en dire beaucoup plus concernant l'histoire et l'univers. D'une parce que c'est loin d'être facile à résumer et que j'en serais bien incapable. De deux pour ne rien divulgâcher, le plaisir étant ici clairement à la découverte.

Le Goût de l'immortalité est un roman qui tient presque du fix-up dans sa construction tant s'enchaînent de longues parties centrées sur des personnages différents - à l'exception de la dernière, bien évidemment. Ce n'est nullement gênant tant le "plaisir" est de découvrir ce monde et ses changements.

Notez les guillemets à "plaisir". Car Le Goût de l'immortalité n'est pas un livre misant sur le bonheur et la félicité. C'est un livre cru où l'écriture de Catherine Dufour envoie des baffes et parle aux tripes, tout en restant assez facilement lisible - à une exception près, trigger warning, d'une scène de viol. Passez outre : c'est un roman différent à tous les niveaux et c'est une raison suffisante de le lire.
« Ils ont assez de culture et de loisirs pour pouvoir se livrer au jeu angoissant de l'anticipation. Je n'arrive pas à leur trouver d'excuses. »
D'autre avis : Le chien critique, Vert, AcrO, Lhisbei, Herbefol, Gromovar, ...