mardi 23 juin 2026

Ketty Steward - Confessions d'une séancière

Confessions d'une séancière, Ketty Steward, 2023, 187 pages

Confessions d'une séancière est un recueil alternant courtes nouvelles et encore plus courts poèmes. Je ne dirai rien de particulier sur ces derniers, ils ne m'ont rien évoqué et je suis resté parfaitement neutre à leur lecture. Ce qui n'est pas un problème puisque les nouvelles restent le contenu principal, au moins en quantité.

Les nouvelles donc. Qu'on devrait presque plus appeler des contes. Voire des mythes. Car toutes vont mettre en scène différentes figures du folklore antillais, dans des récits qui ont à la fois des airs de pierres fondatrices de cette mythologie que de petites histoires communes et modernes. Ça se lit bien et ça permet de découvrir un peu la magie antillaise. Avec en prime, pour renforcer l'immersion, quelques passages en créoles bien intégrés pour les lecteurices ne le parlant pas.

Je peux résumer mon avis très facilement : c'est bien. Ni plus, ni moins. C'est à peu près la définition même du bien. Vous pouvez le lire parce que Confessions d'une séancière, c'est bien.

Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Le chien critique, ...

mercredi 17 juin 2026

Ned Beauman - Poisson poison

Poisson poison, Ned Beauman, 2022, 378 pages

En pleine mer baltique, Karin étudie le lompe venimeux, un poisson proche de l'extinction, pour déterminer s'il s'agit d'une espèce intelligente. Proche de l'extinction... ou peut-être désormais éteinte après un petit accident de minage des fonds marins. C'est ce que vont chercher à déterminer Karin et Mark, un responsable de la société minière pour qui la disparition de l'espèce serait un drame financier.

Poisson poison a des airs de road-trip à la recherche du lompe venimeux. Les différentes étapes sont assez improbables et surtout utilitaires, mais l'enchaînement est étonnamment bien mené par Ned Beauman qui parvient à garder le lecteurice avec lui et à lui faire croire qu'il y a bien une logique derrière tout ça. À froid, de loin, je ne sais pas comment ça peut fonctionner mais à chaud, de l'intérieur, ça se lit étrangement bien.

Mais plus que le voyage, le véritable intérêt du roman est la base de son intrigue avec la création des "crédits d'extinction", sur le modèle des crédits-carbone. Un principe où l'extinction des espèces devient une marchandise comme une autre, malversations et crises incluses. C'est désespérant de réalisme.

Sauf que l'idée a beau être géniale, ça ne fait pas tout, malheureusement. Tout n'est pas mauvais mais l'histoire qui suit reste assez basique et ne décolle jamais vraiment, tout comme mon intérêt. Jusqu'à une fin abrupte qui est peu satisfaisante, ce qui résume finalement assez bien la sensation que laisse le roman dans son ensemble : ah, ok.

Couverture : Kévin Deneufchatel / Traduction : Gilles Goullet
D'autres avis : FeyGirl, Le Maki, Le chien critique, FeydRautha, Gromovar, Le nocher des livres, Célinedanaë, ...

jeudi 11 juin 2026

Aurélie Wellenstein - La Fille du feu

La Fille du feu, Aurélie Wellenstein, 2025, 247 pages

Nathanaël, musicien traumatisé par un feu de forêt dans l'enfance, arrive dans le village inuit d'Ilussuaq pour capter les sons d'un peuple disparaissant. Il y fera la rencontre de Cadzow, son guide, pendant qu'un peu plus loin Mia, une jeune fille capable de combustion spontanée, erre dans les plaines enneigées après avoir fui une base scientifique.

Ces trois personnages sont, chacun à leur manière, liés au feu, aux forêts et aux animaux. Et par cette simple phrase, vous avez tous les éléments qui sont au coeur de La Fille du feu. La thématique est claire et on ne peut pas reprocher grand chose au message qui met en avant l'écologie. Sauf qu'il n'y a pas grand chose d'autre.

Le premier tiers de mise en place est assez entraînant. Puis la situation se stabilise en une longue déambulation en forêt, et c'est beaucoup moins emballant. Il n'y a guère de rebondissement et les introspections des personnages ont tendance à se répéter. J'avais perdu depuis un moment mon intérêt quand est arrivée la conclusion. L'idée générale n'est pas mauvaise en soi mais elle aurait gagner à avoir plus de dynamisme ou un format plus court, en tout cas pour mon plaisir personnel.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Yuyine, ...

vendredi 5 juin 2026

Bulles de feu #86 - Mai 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


En pays lointain - Masumi Sudo

De bonnes idées (une petite fille qui entend les objets et un inconnu qui débarque dans un village péruvien du XIXème siècle) mais un manga qui va trop vite pour s'attacher et qui reste assez lambda et en surface.


La Statue de Gilgamesh - Blaise Guinin et Louis Pelosse

De bonnes idées mais qui ne parviennent pas à avoir une vraie unité, donnant juste un sentiment d'accumulation. Je ne suis en plus pas fan du style graphique (un peu 'caricatural') et du ton trop ouvertement moderne.


Les mauvaises gens - Étienne Davodeau

La montée du socialisme et du syndicalisme dans une France rurale et catholique des années 50-70. Rien de bouleversant mais une bonne page d'Histoire.


Les Sentiers d'Anahuac - Romain Bertrand et Jean Dytar

Une BD qui raconte plus qu'elle fait vivre, ce qui est un peu compensé par l'aspect historique de l'ouvrage présentant l'histoire du Codex de Florence. Et surtout par son aspect graphique, créatif dans la construction des planches et mêlant deux styles pour différencier les deux peuples.


Le Château des animaux T.3-4/4 - Xavier Dorison et Félix Delep

Une bonne conclusion pour une très bonne série. Une fin logique qui contrebalance bien le réalisme désespérant de sa dissection des mécanismes du pouvoir et du contrôle des masses.
Très bien


Les Guerres de Lucas - Épisode II T.2/? - Laurent Hopman et Renaud Roche

Dans la lignée du premier tome, l'histoire une nouvelle fois mouvementée du deuxième film Star Wars, toujours très bien menée et riche en détails.


Downlands - Norm Konyu

Une histoire de deuil très classique mais qui s'avère captivante pour son ambiance pleine de fantastique et de folklore anglais. Le dessin est particulier, très anguleux, mais on s'y habitue et ça participe à rendre l'atmosphère encore plus unique.


Soli Deo Gloria - Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour

Un très bon ouvrage avec la musique, principalement religieuse, au coeur de son histoire et de son dessin. À la fois une histoire consistante et un style graphique marquant, en plus d'une réflexion sur la création et l'orgueil qui peut aller avec.

samedi 30 mai 2026

Glen James Brown - L'Histoire de Mother Naked

L'Histoire de Mother Naked, Glen James Brown, 2024, 273 pages

En 1434, à Durham, la guilde des merciers s'apprête à tenir un grand banquet. Mais le fameux ménestrel prévu pour animer la soirée est tombé malade. Se présente alors Mother Naked, un ménestrel dépenaillé qui s'offre de le remplacer et de conter à l'audience l'histoire du Spectre de Segerston, une légende locale datant de quelques dizaines d'années qui conduisit à l'anéantissement d'un village entier.

Ce maigre résumé reflète pourtant parfaitement ce qui constitue ce roman : un homme qui raconte une histoire. Il n'est pas nécessaire d'en savoir plus sur l'histoire en elle-même. Cela permet de se mettre dans l'exacte même situation que les auditeurs de Mother Naked et de découvrir avec eux ce récit. D'être d'abord aussi dubitatif qu'eux devant cet homme étrange, de croire à une bouffonnerie sans intérêt, avant de se retrouver peu à peu happé par son récit et de comprendre qu'il cache bien plus que ce qui était d'abord visible à la surface.

L'Histoire de Mother Naked est un ouvrage fascinant. Bien qu'il retranscrira des dialogues dans son récit, c'est du début à la fin un monologue de Mother Naked, qui s'adresse régulièrement à son audience et interagit avec elle sans que jamais celle-ci ait une voix. C'est positivement théâtral, dans le sens où j'imagine très bien le roman être joué comme un seul en scène et fonctionner tout aussi bien. C'est captivant et ça ne s'essouffle jamais.

Au contraire, c'est de mieux en mieux. Car tous les détails ont un sens, les enjeux vont augmenter et tout va finir par s'imbriquer de manière magistrale. Ce n'est pas forcément éblouissant de mystère mais c'est si bien mené et maitrisé que c'en est admirable. Et le fond n'est pas en reste. C'est une plongée dans la paysannerie de l'époque, qui vaut en tant que document historique notamment sur les dynamiques de servage mais qui questionne aussi plus globalement les mécanismes de domination.

Je ne peux que t'inciter, toi lecteur, toi lectrice, à jeter un oeil à cet excellent livre. Et puis, avouons-le, n'as-tu pas toi aussi envie de comprendre pourquoi notre nouveau ménestrel préféré s'appelle Mother Naked ?
« Sais-tu quel est ton problème ?
Je t'en prie, énonce.
Tu t'préoccupes trop de l'avenir.
Quel mal à ça ?
Observant le feu qui fut jadis un inestimable Dysover, Pearl répondit : Pour beaucoup, aucun. Mais pour les gens comme nous, l'avenir est si incertain, il vaut mieux s'en passer pour sauver ce qu'il nous reste du présent. »
Couverture : Adrien Bargin / Traduction : Claire Charrier