mardi 13 avril 2021

Paul McAuley - Cowboy Angels

Cowboy Angels, Paul McAuley, 2007, 467 pages

En 1966, les États-Unis sont parvenus à créer des "portes de Turing", des portails vers des mondes parallèles où l'Histoire a suivi un cours différent. Cette découverte a amené la création d'une nouvelle force secrète, la Compagnie, visant à unir les États-Unis des différents mondes. Retraité de cette unité, Adam Stone va devoir reprendre du service quand un ancien équipier, à qui il doit la vie, est accusé d'avoir assassiné la même femme dans six univers différents.

Cowboy Angels est un roman qui coche un paquet de cases, en traitant à la fois d'uchronies, d'univers parallèles et de voyages dans le temps. Le mélange est globalement réussi, avec pas mal de bonnes idées, et sert de cadre à une intrigue entre roman d'action et thriller d'espionnage qui parvient à rester claire de bout en bout.

Si le récit est efficace, les deux premiers tiers ne sont pourtant pas vraiment satisfaisants. Un peu longuets, le problème vient surtout des personnages, absolument lambdas et ne créant aucune émotion. Heureusement, la dernière partie est bien plus prenante et se termine sur une fin plus humaine et un peu plus profonde que tout ce qui a précédé. Dommage qu'il faille passer par une première partie désespérément froide pour en arriver là.

Couverture : ? / Traduction : Bernard Sigaud

mardi 6 avril 2021

Ken Liu - Jardins de poussière

Jardins de poussière, Ken Liu, 2011-2018, 520 pages

Jardins de poussière est un recueil de 25 nouvelles du prolifique Ken Liu, composé spécialement pour la France par Ellen Herzfeld et Dominique Martel, les Quarante-Deux. L'information est d'importance car le sommaire est particulièrement soigné et réfléchi, organisant des nouvelles bien diverses en une suite tout à fait logique et qui fait sens à la lecture.

Ainsi on peut globalement discerner trois parties thématiques. La première parle de l'évolution des temps et de comment trouver sa place dans un monde en perpétuel mouvement. La deuxième se focalise plus spécialement sur des problèmes sociétaux, écologie et racisme en tête, avec bien souvent la relation sino-américaine en toile de fond. La troisième et dernière partie quant à elle élargit l'angle de vue et évoque les débuts et fins de la vie, qu'elle soit humaine, terrienne ou universelle. À noter que les genres évoluent aussi globalement au fil des pages, d'une science-fantasy dans les premières nouvelles à des textes bien plus hard-SF pour terminer.

Cette construction fait déjà de Jardins de poussière un très bon recueil. Et en plus, les textes sont largement à la hauteur. À part peut-être "Messages du Berceau (...)" et "Printemps cosmique" pour lesquelles je suis un peu passé à côté, toutes les nouvelles sont au minimum bonnes - pour les plus anecdotiques - jusqu'à excellentes pour un nombre conséquent de récits. Pour n'en citer que quelques-unes et ne pas rentrer dans un listing imbuvable, les trois nouvelles qui ouvrent le recueil - "Le Jardin de poussière", "La Fille cachée" et "Bonne chasse" - sont certainement parmi mes favorites. Sans surprise, ce sont aussi parmi les nouvelles les plus sensibles et touchantes, même si le recueil est globalement bien moins froid que ce que je pouvais craindre.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : Vert, FeydRautha, Gromovar, Marc, Sabine, Yogo, ...

jeudi 1 avril 2021

Bulles de feu #32 - Malgré tout

Malgré tout, Jordi Lafebre, 2020, 125 planches

Malgré tout est donc un sublime ouvrage qui a sa place au panthéon des plus belles histoires d'amour en BD, aux côtés par exemple de Un océan d'amour de Lupano et Panaccione. Une très belle histoire qui est magnifiée par un exercice de style superbement réalisé. Simplement parfait de la première à la dernière case. Ou inversement.

Agréables, les premiers chapitres sont surtout très surprenants, avec cette plongée dans une situation déjà établie et ce temps qui ne cesse de reculer. Pourtant, le procédé se fait très vite oublier pour laisser seulement place au pur plaisir de la lecture et à l'attachement imparable qui nait pour ces deux personnages et leur histoire aussi belle qu'étonnante. Le procédé n'est pas pour autant qu'accessoire : Jordi Lafebre multiplie les clins d'oeil et les échos pour lier intrigue et exercice de style, les deux ne faisant finalement qu'un, juste comme il faut, ajoutant de la poésie à la positivité du récit.

C'est sur ces deux cases que se termine le premier chapitre de Malgré tout, qui voit Ana et Zeno, deux sexagénaires - elle tout juste retraitée de son poste de mairesse, lui venant de valider sa thèse de doctorat - se retrouver enfin pour vivre leur histoire d'amour. Si vous trouvez qu'il y a comme un air de fin de récit dans ce point de départ, c'est normal : le "premier chapitre" est en fait le chapitre 20, celui qui conclut l'histoire. La suite - chapitre 19, puis chapitre 18, puis ... - reviendra, à rebours, sur la vie de ces deux individus et comment ils en sont arrivés là.
Quelques planches ici.
D'autres avis : Laetitia Gayet, ...

dimanche 28 mars 2021

Colson Whitehead - Zone 1

Zone 1, Colson Whitehead, 2011, 338 pages
« (...) tout le monde souffrait du SPAC. Selon Herkimet, il touchait soixante-quinze pour cent de la population survivante ; quant aux vingt-cinq pour cent restants, ils étaient en butte à des problèmes mentaux préexistants, évidemment exacerbés par la grande catastrophe. Bref, selon les dernières estimations, cent pour cent des gens étaient fous. Ça avait l'air assez juste. »
Survivant de la Dernière Nuit, Mark Spitz est désormais un ratisseur. Avec ses deux partenaires de l'unité Oméga, ils arpentent les secteurs qui leur sont confiés au sein de la Zone 1, l'île de Manhattan, pour débusquer les derniers zombies et préparer la zone à un possible retour à une vie normale.

Zone 1 est donc un roman de zombies à la sauce Colson Whitehead. Comme souvent, l'auteur y met en scène un personnage principal lambda, moyen, normal, pour évoquer de manière plus générale la masse, les gens qui ne font pas de vagues mais réfléchissent tout de même à leur sort. Évidemment, l'écriture de Colson Whitehead est toujours une grande force. Si elle comporte quelques fulgurances, elle ne repose pas spécialement sur les formules mais bien sur un certain sens de la narration, des mots bien agencés qui évoquent et provoquent des choses à la lecture.

Néanmoins, Zone 1 est certainement ma moins bonne expérience avec l'auteur jusqu'à présent. S'il reste d'un très bon niveau, je l'ai trouvé moins percutant, manquant d'un petit truc en plus, d'un aspect historique ou émotionnel que Colson Whitehead propose habituellement. Peut-être est-ce parce que ce sont les zombies qui doivent faire ici office de "valeur ajoutée" et que je ne suis pas très porté sur ce type de créatures ? C'est fort probable. Ça ne m'empêchera pas en tout cas de continuer à parcourir l'oeuvre de l'auteur.

Couverture : ? / Traduction : Serge Chauvin

lundi 22 mars 2021

Dave Hutchinson - Acadie

Acadie, Dave Hutchinson, 2017, 108 pages
« Or le premier venu, c'est moi, et ce pour les trois ans et demi à venir environ. Président de la Colonie : le type qui se tape le boulot que personne d'autre n'a la volonté ou la patience de faire et prend les décisions merdiques que personne ne veut assumer. »
La Colonie est installée dans un lointain système stellaire, vivant en autonomie loin du reste de l'humanité. Au sein de cette communauté, Duke Faraday est le président, élu car... il était celui qui le souhaitait le moins. Par chance, le poste est surtout honorifique. Sauf quand une sonde terrienne parvient à franchir les frontières de la Colonie, mettant en danger son avenir.

Acadie est une sympathique novella portée par son personnage principal. À première vue laconique et désabusé, Duke va se révéler un héros attachant, travailleur et efficace. Si la découverte du monde et de la clique de personnages qu'il côtoie est intéressante, c'est bien pour lui qu'on tourne rapidement les pages. Si la conclusion est aussi bonne qu'un peu décevante, il n'en reste pas moins un agréable texte qui se lit tout seul.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Mathieu Prioux
D'autres avis : Vert, FeydRautha, Gromovar, L'Ours inculte, OmbreBones, Lorhkan, Elhyandra, Elessar, Yogo, Apophis, Alias, Célindanaé, Dionysos, Yuyine, Marc, Laird Fumble, Le chien critique, ...