lundi 3 août 2020

Bulles de feu #26 - Tomes 1 aux fortunes diverses

Miss Bengalore, Xavier Dorison et Félix Delep, Tome 1/4 du Château des animaux, 2019, 66 planches

Le Château des animaux s'inspire librement de La Ferme des animaux, la classique fable de George Orwell, en reprenant l'idée d'une communauté animale autonome dans un monde d'hommes. Mais plus qu'une adaptation, c'est quasiment une suite que propose Xavier Dorison. Le pouvoir autoritaire de certaines races d'animaux - taureau et chiens en l'occurrence - étant déjà en place au début de l'histoire, ce n'est pas le passage d'une révolution à un régime dictatorial qui se jouera sous nos yeux mais la lutte contre ce totalitarisme. Tout cela est mieux expliquée par le scénariste lui-même en préambule :


L'ambition est pleinement accomplie lors de ce premier tome qui est loin d'être une simple introduction tant il comporte déjà de la matière à la fois en action qu'en réflexion. Positif sans être naïf, prônant l'espoir mais pas l'utopie, c'est un bel hymne à la lutte pacifique, à l'intelligence et à être meilleur que son ennemi. Et si les choses se passent plutôt bien dans ce premier volume, le lecteur est prévenu que le plus dur reste à venir. Malgré l'avertissement, le rendez-vous est pris avec grand plaisir.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Brize, ...

Le Vol de la Sigillaire, Pierre Pevel et Étienne Willem, Tome 1/3 des Artilleuses, 2020, 46 planches

Pierre Pevel revient dans son univers du Paris des merveilles en mettant cette fois sa plume au service d'une trilogie de bandes dessinées qui peut se lire de manière totalement indépendante. Le focus est sur un trio d'héroïnes, les Artilleuses, voleuses de haut vol et as de la gâchette. Tout démarre justement par un vol... et en dire plus reviendrait quasiment à divulgâcher l'ensemble de la BD tant l'intrigue est mince.

Car Le Vol de la Sigillaire est un tome 1 qui reste malheureusement au niveau de l'introduction. Le potentiel est là, une fun aventure cartoonesque pleine de pétarades, mais la consistance est elle encore absente. Si Les Artilleuses sera peut-être une sympathique histoire lorsque les trois volumes pourront être enchaînés, cela reste pour le moment trop léger pour être satisfaisant.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Yuyine, Alias, Célindanaé, ...

mardi 28 juillet 2020

Martha Wells - Stratégie de sortie

Stratégie de sortie, Martha Wells, Tome 4/5 de Journal d'un AssaSynth, 2018, 140 pages

Quatrième et dernière novella - mais pas dernier texte - contant les aventures d'AssaSynth après Défaillances systèmes, Schémas artificiels et Cheval de Troie, Stratégie de sortie développe comme prévu l'idée donnée à la fin du récit précédent.

Un texte du coup légèrement moins surprenant et surtout doté d'encore plus de scènes d'actions qui n'en font pas le meilleur volume de la série. Mais cela importe peu car le plaisir est toujours pleinement au rendez-vous, notamment grâce à la verve particulière du héros et aux accents punchy de l'ensemble. Une bonne conclusion à cette quadrilogie de récits, dont on reprendra avec joie un supplément sous forme longue.

Couverture : Pierre Bourgerie / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Lianne, Chut Maman Lit !, ...


Première escapade galactique pour le Summer Star Wars IX

mercredi 22 juillet 2020

Rosa Montero - Des larmes sous la pluie

Des larmes sous la pluie, Rosa Montero, Tome 1/? des aventures de Bruna Husky, 2011, 402 pages

Les réplicants sont des androïdes perfectionnés, créés à l'origine par les humains pour les servir mais ayant depuis acquis certains droits. Ils deviennent ainsi libres et indépendants après avoir servi deux ans. C'est le cas de Bruna Husky, une réplicante de combat désormais détective privée, qui va se retrouver au milieu d'une affaire de réplicants atteints de folies meurtrières. Quatre ans, trois mois et vingt-sept jours.
« Il y avait quelque chose dans ce foutu roman qui semblait n'avoir été écrit que pour elle. Quelque chose de terriblement proche, reconnaissable. Quelque chose qui frôlait l'insoutenable. »
Un sentiment semblable pourrait quelque peu s'emparer du lecteur à la lecture de Des larmes sous la pluie. Car bien que l'action se déroule en 2109, dans les désormais États-Unis de la Terre, toute ressemblance avec notre présent, notamment son traitement de certaines catégories d'individus, ne peut pas être purement fortuite. L'approche est habile, jamais pleinement explicitée, jamais forcée, juste logiquement présente ce qui la rend d'autant plus frappante et intelligente. Quatre ans, trois mois et vingt-six jours.

Des larmes sous la pluie n'est pas de ces livres qui apparaissent époustouflant à la lecture, mais il n'en demeure pas moins très bon tant il sonne juste de bout en bout. C'est une enquête SF rondement menée, réussissant tout à la fois à présenter un monde futur, à créer une intrigue prenante et à multiplier les pistes de réflexion, sur les minorités donc mais plus généralement sur tout un tas de sujets dont la mort, les réplicants ayant une durée de vie de 10 ans et le compte à rebours s'égrenant dans l'esprit de Bruna au fil des pages. Le tout avec un très bon sens de la formule donnant maintes fois envie d'en sortir des citations, sans que cela ne semble jamais forcé, Rosa Montero ayant simplement un excellent phrasé. Cerise sur le gâteau, elle trouve même le temps d'insuffler un peu d'espoir. À découvrir avant que votre échéance n'arrive à son terme. Quatre ans, trois mois et vingt-cinq jours.
« C'était l'un des rares avantages de sa différence : elle était méprisée à cause de ça, mais aussi redoutée. »
Couverture : Photo de Luca Pierro / Traduction : Myriam Chirousse
D'autres avis : Lune, Lorhkan, Lhisbei, Brize, Le chien critique, Gromovar, ...

Huitième escale, Europe méridionale, pour le #DéfiCortex

jeudi 16 juillet 2020

Lucius Shepard - Les Yeux électriques

Les Yeux électriques, Lucius Shepard, 1984, 281 pages

En leur injectant des bactéries trouvées dans un cimetière, un groupe de chercheurs parvient à réanimer des personnes décédées. Ces dernières se réveillent avec une toute nouvelle personnalité et mémoire, ainsi qu'une durée de vie limitée. Elles semblent surtout, derrière leurs yeux où brillent un étrange éclat vert, voir plus de choses qu'un humain lambda. C'est le cas notamment de Donnell, suivi par sa thérapeute Jocundra. Mais qui souhaite rester simplement un objet d'étude ?

Les Yeux électriques est un récit assez étonnant à suivre, prenant des tournures assez inimaginables, semblant parcourir son propre chemin au gré des envies, n'hésitant pas à passer à tout autre chose en laissant son propre passé au bord de la route. C'est tout autant une quête qu'une plongée, restant globalement saisissable mais côtoyant par moment les limites d'un trip hallucinatoire.

Les Yeux électriques est un roman inclassable, un premier roman qui est déjà du pur Lucius Shepard, où la poésie du moment est aussi importante que l'intrigue mais où le sexe et la violence ne sont jamais loin. Ce n'est pas propret, mais ce n'est pas trop sale non plus. C'est le bayou, où les traditions vaudoues ne sont jamais loin. Ce n'est clairement pas parfait, c'est surprenant tout à la fois positivement et négativement et c'est aisément frustrant en matière d'intrigue. Mais c'est aussi et surtout un voyage incroyable, une immersion totale dans un récit clairement shepardien et une fantastique atmosphère.

Couverture : ? / Traduction : Isabelle Delord

vendredi 10 juillet 2020

Christopher Priest - L'Été de l'infini

L'Été de l'infini, Christopher Priest, 1970-2013, 476 pages

L'Été de l'infini est avant tout un recueil de 12 nouvelles - dont l'éprouvante La Tête et la Main que je n'ai pas relu - comprenant 4 textes inédits. Tout commence parfaitement avec le bijou qu'est la nouvelle éponyme. Tout se termine presque aussi bien avec la très bonne "Errant solitaire et pâle". Deux touchantes nouvelles, sensibles et humaines, agrémentées de voyage dans le temps - kind of. Valent-elles à elles-seules la lecture du recueil ? Dure question.

Entre ces deux sommets, Christopher Priest fait du Christopher Priest, poursuivant ses thématiques habituelles (le réel, la vérité, l'art, la magie, ...) dans des textes plus ou moins agréables, d'une échelle de "bien" à "euh ?" pour une moyenne de "ok". Cela manque globalement de satisfaction finale et n'arrive jamais au niveau, même de loin, des deux nouvelles citées plus haut, confirmant que ça a bien du mal à matcher entre l'auteur et moi.

Mais L'Été de l'infini n'est pas qu'un recueil de nouvelles puisque le dernier tiers de l'ouvrage offre deux interviews de Christopher Priest par Thomas Day (une de 2005 précédemment publiée dans Bifrost, une deuxième inédite de 2015) ainsi qu'un essai de l'auteur sur l'adaptation de son livre Le Prestige par Christopher Nolan. Un ajout fort intéressant, même s'il est parfois un peu troublant de voir à quel point l'auteur - qui a vu les Beatles au Cavern Club en 1962, excusez du peu - semble avoir une haute estime de lui-même et des idées bien arrêtées. Cela a au moins le mérite de ne pas être banal. Et puis, peut-on vraiment reprocher quelque chose à quelqu'un qui met plusieurs fois en avant l'excellent Pavane de Keith Roberts ?

L'Été de l'infini est un ouvrage fondamentalement priestien qui ne bouleversera pas les opinions déjà faites. C'est certainement un indispensable pour tous les fans de Christopher Priest, et un conseil avisé pour tous ceux qui voudraient découvrir le volet "nouvelles" de l'auteur, ne serait-ce que par la présence de deux petites pépites.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Pierre-Paul Durastanti, Henry-Luc Planchat, Marianne Leconte, Michelle Charrier, France-Marie Watkins, M. Mathieu
D'autres avis : Lune, Le chien critique, Acr0, ...
Anecdote : Livre "gagné" - ou volé, selon le point de vue - il y a quelques années chez Lune, merci à elle et au Bélial'.