jeudi 16 août 2018

Lisa Tuttle - Ainsi naissent les fantômes

Ainsi naissent les fantômes, Lisa Tuttle, 1984-2007, 280 pages.

Ainsi naissent les fantômes est un recueil de 7 nouvelles fantastiques lorgnant sur l'horrifique, ou tout du moins sur le très étrange (pléonasme ?). Je m'attendais à ne pas apprécier, n'étant pas du tout mon genre de prédilection, mais j'ai tout de même voulu lui laisser sa chance devant les innombrables bons retours le concernant.

Et comme prévu - malheureusement - l'expérience fut ratée. L'écriture n'est pas mauvaise, indéniablement, et il y a même de bonnes idées de départ, mais soit je n'ai pas été touché, soit je me suis juste senti mal à l'aise, un sentiment que je ne recherche pas en lisant. Au moins maintenant je suis fixé, ce n'est définitivement pas pour moi.

Pour de vrais avis, de personnes ayant appréciées voire adorées, c'est par ici :

jeudi 9 août 2018

G.R.R. Martin, Gardner Dozois et Daniel Abraham - Le Chasseur et son Ombre

Le Chasseur et son Ombre, G.R.R. Martin, Gardner Dozois et Daniel Abraham, 2008, 390 pages.

Je n'ai pris aucun risque en tentant ce livre : au pire, pensais-je, je pourrai dire que j'ai lu un roman écrit par six mains, un fait rare en soi. Et puis patatra, le manque de bol : en plus c'est une bonne lecture.

Sur une planète vierge, colonisée depuis seulement une génération par l'homme, Ramon Espejo est un prospecteur solitaire, cherchant tout autant des gisements que l'éloignement d'une ville où ses vices ont trop facilement l'occasion de ressortir. Mais qui sait sur quelle découverte on peut tomber au beau milieu de nulle part...

Volontairement, je n'évoque pas trop le contexte SF de l'oeuvre, bien qu'il soit intéressant, car ce n'est pas pour cette raison qu'il faut lire Le Chasseur et son Ombre, au risque d'être déçu. Imaginez que l'on vous expose les grandes lignes d'une gigantesque guerre et que l'on ne vous conte qu'une petite escarmouche, sans jamais avoir le dénouement de la grande guerre. Potentiellement frustrant, non ? C'est un peu le cas ici.

Ce qui n'empêche pas "l'escarmouche" - toujours métaphoriquement, hein - d'être tout à fait passionnante. Et si Le Chasseur et son Ombre peut surement se classer dans les romans d'aventure, il est pour moi bien plus que ça, bien meilleur que ça, tant il fait la part belle à l'humain, dans les faits comme dans les réflexions.

Certes, on peut avoir le sentiment que cela aurait pu être encore plus grand, encore plus incroyable - ce qui est loin d'être sûr, d'ailleurs. Mais ce n'est nullement le ressenti principal. Avant tout, Le Chasseur et son Ombre est une très bonne lecture, plaisante et sensée. Et c'est tout ce qui compte.

Nota : Cette édition ne comporte pas d'explication sur les coulisses de l'écriture à six mains. Heureusement, la grande réponse de l'Internet nous en dit plus. En très résumé, Dozois a écrit l'idée de départ, Martin l'a développée puis Abraham l'a terminée sous forme de novella et enfin Dozois a repris le tout pour en faire un roman plus conséquent.

D'autres avis : Gromovar, Lorhkan

dimanche 5 août 2018

Alfred Bester - L'Homme démoli

L'Homme démoli, Alfred Bester, 1953, 309 pages.

New-York, 2301. Mars et Vénus ont été conquises, tout comme divers satellites. Surtout, le crime a été aboli grâce à la présence de plus en plus importante de télépathes, détectant les envies de meurtres avant qu'ils aient lieu. Pourtant, Ben Reich, à la tête d'un puissant conglomérat, doit tuer Craye D'Courtney, son rival de toujours.

Si l'homme s'est envolé dans les étoiles et a progressé technologiquement, le futur n'est ici qu'un cadre qui ne sera guère développé. Alfred Bester préfère se concentrer sur l'humain et l'apparition des télépathes, évolution de l'homme, via le duel entre un meurtrier et un policier télépathe, le premier cherchant à échapper au second. Ça se lit comme un bon polar ou thriller, avec en prime un cadre SF et quelques passages étourdissants en fin d'ouvrage.

L'Homme démoli a été le tout premier lauréat du Prix Hugo, en 1953. Et il n'a pas pris une ride depuis. À une exception près - une machine qui fait son âge - le cadre présenté est toujours cohérent et plausible. N'est-ce pas déjà la preuve d'un grand livre ?
« Existent et ont existé des mondes et des cultures sans fin, chacun d'eux cultivant l'orgueilleuse illusion qu'il est unique dans l'espace et dans le temps. Et des hommes sans nombre ont souffert de la même mégalomanie ; des hommes qui s'imaginaient uniques, irremplaçables, inimitables. D'autres viendront... et d'autres encore, à l'infini. Voici l'histoire d'un tel moment et d'un tel homme... L'homme démoli. »

mardi 31 juillet 2018

Kij Johnson - Un Pont sur la brume

Un Pont sur la brume, Kij Johnson, 2011, 124 pages.
« Kit arriva à Procheville avec deux malles et un porte-documents en tissu huilé contenant les plans du pont sur la brume. »
Et ainsi je fus conquis, allez savoir pourquoi. Peut-être car toute la simplicité de cette novella tient dans cet incipit, qui résume - presque - entièrement l'intrigue : un ingénieur, Kit Meinem d'Atyar, vient construire un pont, le premier entre l'Ouest et l'Est de l'Empire, au-dessus d'une dangereuse et mystérieuse brume navigable.

Mais ne croyez pas que cette "simplicité" soit un défaut. Bien au contraire, surtout quand elle est proposée avec un tel talent. Ajoutez à cela une belle sensibilité dans l'aspect humain, et vous n'avez aucune raison de ne pas vous y précipiter. Cerise sur le gâteau, j'ai ressenti un même sentiment d'intérêt et de fascination envers la construction du pont que j'en avais eu pour la cathédrale de Les Piliers de la Terre de Ken Follett. Amis auteurs, n'hésitez pas : les constructions de grands ouvrages font de parfaits sujets de livres.

Comme Kij Johnson, disons-le simplement : Un Pont sur la brume est un grand livre, bien plus grand que son petit format.
« C'est à cette époque que Kit remarqua qu'une grande partie de la structure constituant un pont ou une tour était faite de gens. »

mercredi 25 juillet 2018

Ugo Bellagamba - Tancrède

Tancrède, une uchronie, Ugo Bellagamba, 2009, 374 pages.

Connaissez-vous Tancrède de Hauteville, chevalier normand et membre de la première croisade ? Si ce n'est pas le cas, Tancrède pourra vous le faire découvrir. Enfin, en partie. Mettons jusqu'à Jérusalem. Car après, l'histoire diffère quelque peu de l'Histoire : Tancrède est une uchronie.

Je ne livre jamais ici de grandes analyses de livre, trouvant même souvent le principe ennuyant chez mes "confrères". Pourtant, j'aurais aimé ici savoir le faire, ou au moins pouvoir livrer un avis pertinent, tant Tancrède est un livre érudit qui mériterait d'être décortiqué et analysé.

Notez que malgré cela, et malgré un manque d'émotions et un ton quasi-didactique bien que le récit soit à la première personne, Tancrède est un livre abordable et plaisant, parole de lecteur inculte sur les croisades. On y découvre un pan de l'Histoire dans ses différentes facettes religieuses et politiques, vu d'un peu tous les angles, au fil d'une histoire et d'un personnage intéressants.

Et même si mon cerveau a du mal a posteriori à se faire une idée de ce récit et de ses implications, j'ai apprécié la lecture sur le moment - c'est là le plus important - même si elle n'est pas exempte de quelques défauts, notamment un changement de sensibilité étonnamment rapide. Quant à l'analyse... vous serez obligé de le lire ! ;-)