samedi 7 mars 2026

Karim Berrouka - Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy, Karim Berrouka, 2021, 311 pages

Tout commence par une prise d'otages à la bibliothèque Léo Henry par un lutin bariolé d'un mètre quatre-vingts. Ses revendications ? Que l'humanité arrête de niquer la fantasy. Et ce n'est que le début d'une invasion pour y remédier. Face à cette irruption se dressent deux amies trentenaires, trois auteurices d'imaginaire, deux enquêteurs paranormaux, un enfant mi-saint mi-démon et trois punks musiciens.

Sans surprise au vu de l'auteur, du titre et du pitch, Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman assez déjanté. Sans tomber pour autant dans le total loufoque ou le grand n'importe quoi : c'est barré mais ça conserve un vrai sens interne ainsi qu'une bonne notion d'aventure. 

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman qui réussit une chose rare : tous ses fils narratifs sont aussi prenants les uns que les autres. Ce qui est bien aidé par la plume de Karim Berrouka, familière et tranchante, qui donne un rythme constant à ses courts chapitres. Et qui offre une lecture fun et plaisante.

Couverture : Diego Tripodi
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, Le chien critique, Célinedanaë, ...

dimanche 1 mars 2026

Bulles de feu #83 - Février 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Mouais


La dernière maison juste avant la forêt - Jean-Blaise Djian et Régis Loisel

Ma réaction pendant l'entièreté de ma lecture : "Euh...". Un vaudeville qui part dans tous les sens et dans tous les excès (avec des choses assez limites). J'ai trouvé ça vraiment pas bon.
Bien / Ok / Correct


L'Escamoteur - Philippe Collin et Sébastien Goethals

Un début hésitant qui finit par devenir un thriller politique haletant sur le groupe Action Directe et particulièrement sur la figure floue de Gabriel Chahine. Une bonne BD, lucide sur la difficulté d'être objectif et de connaître la vérité.
Très bien


Grass Kings T.1-3/3 - Matt Kindt et Tyler Jenkins

Une trilogie qui démarre comme une fresque sociale d'une petite communauté de marginaux avant de tourner plus clairement au polar (même si la souffrance humaine restera un sujet au moins aussi important que le mystère en lui-même). Ça se lit très bien, c'est accrocheur avec une belle galerie de personnages cabossés.

lundi 23 février 2026

Nana Kwame Adjei-Brenyah - Le Dernier combat de Loretta Thurwar

Le Dernier combat de Loretta Thurwar, Nana Kwame Adjei-Brenyah, 2023, 448 pages

États-Unis, futur proche. Chain-Gang All-Stars est le programme de télé-réalité populaire du moment. Des prisonniers s'y affrontent dans des combats à mort. S'ils survivent pendant trois ans, ils obtiennent leur liberté. Une échéance dont se rapproche Loretta Thurwar, superstar du programme.

Le sujet de Le Dernier combat de Loretta Thurwar est évident : la dénonciation du système carcéral américain et de ses dérives. Et pour que l'exagération de cette dystopie ne puisse pas laisser le moindre doute sur ses racines réelles, Nana Kwame Adjei-Brenyah explicite nombre d'inspirations et de données factuelles dans des notes de bas de page. Cela pourra éventuellement sortir un peu de l'immersion dans cet univers - ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose vu la morosité de l'ambiance - mais ce n'est de toute façon clairement pas la priorité.

Le Dernier combat de Loretta Thurwar n'est pas un ouvrage plaisant à lire. C'est une lecture dure et violente, mais surtout percutante et perturbante. Ne serait-ce que parce que la grande majorité des personnages sont des meurtriers - et ceux qui ne le sont pas sont à peu près tous détestables. Même si l'auteur ne tombe pas dans l'angélisme, cela reste particulier pour se positionner vis-à-vis des personnages. C'est une problématique qui est évoquée mais qui aurait mérité d'être plus développée. C'est de manière générale le petit bémol du roman, ce qui l'empêche d'atteindre une plus grande réussite : s'étendre un peu moins sur la dénonciation du système et aller un peu plus loin dans la réflexion, notamment au niveau d'éventuelles autres solutions. Le Dernier combat de Loretta Thurwar donne déjà bien du grain à moudre mais il aurait pu faire s'activer quelques moulins supplémentaires.

Couverture : Kimberly Glyder / Traduction : Héloïse Esquié
D'autres avis : Le nocher des livres, ...

mardi 17 février 2026

Elly Bangs - Unity

Unity, Elly Bangs, 2021, 360 pages

Dans la cité sous-marine de Bloom City, Danaë (sur)vit sous la terreur du clan des Méduses. Il faut pourtant qu'elle parte au plus vite pour atteindre un mystérieux rendez-vous dans le désert. Aidé de Naoto, son ami graffeur, elle va embaucher Alexeï, un mercenaire tourmenté, pour la sortir de là.

Démarrant sans scène d'exposition ni explications, Unity est le genre de roman que l'on apprend à comprendre sur le tas. Ce choix d'attendre près de la moitié du récit avant de donner des détails clairs sur le passé des personnages s'avère une bonne décision tant la compréhension parvient à se faire sans ça - je remercie tout de même mes lectures préalables de Adam-Troy Castro et Daniel O'Malley - au point de rendre les explications finalement presque inutiles. Cela n'en demeure pas moins un peu perturbant au démarrage, laissant presque une fausse impression sur ce que le livre est. Les premières pages crient "blockbuster post-apo" mais le récit ne tombera jamais pleinement dans ces deux termes - qui ne sont pas ce que je préfère, ça tombe bien. Il en aura des influences fortes et en prendra des qualités, mais Elly Bangs va proposer plus que ça et y développer plus de subtilités.

Unity est un roman qui porte très bien son nom. Il y est question d'unité sous de multiples formes, à la fois avec soi-même, avec les autres et avec le monde dans son ensemble. Il y est question de l'union nécessaire qui elle-seule peut amener à la compréhension et à l'acceptation. Cela peut paraitre un peu simpliste dit ainsi mais ce n'est nullement le cas sous la plume d'Elly Bangs. C'est un roman riche qui traite de nombreux sujets connexes mais qui n'est jamais plus marquant que lorsqu'il parle de tout un chacun.

Unity est un roman dur, d'une couleur grisâtre tirant sur le noir mais qui ménage pourtant une pointe de lumière au bout du tunnel de la haine et de la violence humaine. C'est surtout un roman qui ne cesse de s'améliorer au fil des pages, jusqu'à une excellente fin, apothéose d'un récit qui unit admirablement bien son histoire et ses idées.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Gilles Goullet
D'autres avis : Le Maki, Alias, Gromovar, Le nocher des livres, Anne-Laure, Célinedanaë, Apophis, Anudar, ...

mercredi 11 février 2026

Keigo Higashino - Le Fil de l'espoir

Le Fil de l'espoir, Keigo Higashino, 2019, 363 pages

Le Fil de l'espoir est la quatrième enquête traduite en français mettant en scène le personnage de Kaga Kyōichirō (Les Doigts rouges, Le Nouveau, Les Sept Divinités du bonheur). Sauf qu'il n'a cette fois qu'un rôle de superviseur et de personnage secondaire. C'est son jeune cousin Matsumiya, déjà rencontré précédemment, qui va être au centre du récit. Doublement même : à la fois pour résoudre l'affaire d'une femme retrouvée morte dans son salon de thé mais aussi pour son histoire personnelle avec la découverte que son père n'est pas aussi mort qu'il le croyait. Deux mystères qui ne sont pas liés mais auront des thématiques communes : les secrets de famille, les non-dits et la parentalité.

Malgré la potentielle déception de ne pas voir Kaga et ses déductions à l'oeuvre, Le Fil de l'espoir est une nouvelle belle réussite de la part de Keigo Higashino. Ce n'est pas son plus marquant, notamment parce que l'enquête y est encore plus minime que dans d'autres - au point d'en faire quasiment plus un drame familial qu'un pur polar - mais cela fonctionne tout de même très bien et ça se lit avec avidité. L'auteur y fait toujours preuve de son ton particulier, assez doux, qui donne des airs cosy à une histoire qui est pourtant dramatique à plus d'un titre. Et comme d'habitude, l'ensemble est admirablement bien construit et mené, réservant toujours une petite révélation supplémentaire. Une nouvelle preuve que même avec peu de personnages, peu de rebondissements et peu de fausses pistes il est possible, quand on s'appelle Keigo Higashino, de faire beaucoup et d'offrir un nouveau très bon roman.

Couverture : Koji Kitai / Traduction : Sophie Rèfle