dimanche 24 mai 2026

Ken Follett - Une Colonne de feu

Une Colonne de feu, Ken Follett, Tome indépendant 3/5 de Kingsbridge, 2017, 923 pages

Une Colonne de feu est le troisième roman à se dérouler dans la ville anglaise fictive de Kingsbridge, après Les Piliers de la terre et Un monde sans fin. Il se lit de manière totalement indépendante et ne demande aucune connaissance de ses prédécesseurs, si ce n'est pour apprécier d'infimes clins d'oeil à l'histoire de Kingsbridge. Pour l'avoir moi-même lu et apprécié plus de quinze ans après les livres précédents, je peux totalement témoigner de ce caractère indépendant.

Une Colonne de feu se déroule de 1558 à 1605 autour d'un nombre à la fois important (au regard de leur impossible énumération) et restreint (au regard du nombre de pages et de la facilité du suivi) de personnages. Le principal étant certainement Ned Willard, jeune fils d'une famille marchande qui va devenir un membre important de l'entourage de la reine Élisabeth et être au coeur de la lutte politico-religieuse de l'Angleterre.

Si la base du roman reste la ville de Kingsbridge, Une Colonne de feu va, contrairement à ses prédécesseurs, énormément s'en éloigner et voyager dans une grande partie de l'Europe de l'ouest, voire plus loin. Car plus qu'une pure fiction, Une Colonne de feu est totalement une fiction historique. Ken Follett y mélange personnages inventés et personnages historiques, prenant quelques libertés tout en retraçant un demi-siècle d'Histoire. Une Histoire avec l'Angleterre, la France et l'Espagne comme protagonistes principaux et une opposition entre catholiques et protestants comme fil rouge.

Sans surprise, Ken Follett maitrise admirablement bien son sujet et le rythme de son récit. Bien que cela s'accélère un peu dans le dernier quart, le roman réussit dans l'ensemble à prendre le temps de développer ses personnages et ses situations tout en parvenant à avancer régulièrement dans le temps sans paraitre précipité. Une Colonne de feu est ainsi un très bon roman dont le presque millier de pages se dévore, alliant à la fois le plaisir de vivre une grande aventure à celui d'apprendre un peu d'Histoire, saupoudré d'un rappel de toute la bêtise des guerres de religion et de l'intolérance.

Couverture : Graphic Hainaut / Traduction : Cécile Arnaud, Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert et Dominique Haas
D'autres avis : Kahlan, ...

lundi 18 mai 2026

Sacha Bertrand - 11h02, le vent se lève

11h02, le vent se lève, Sacha Bertrand, 2025, 348 pages

L'humanité a disparu à la suite d'une catastrophe écologique. Dans un massif montagneux, Myriam survit seule depuis sept ans, se terrant lorsque la brume toxique revient sur les hauteurs. Jusqu'à ce qu'elle découvre un jeune garçon sauvage, qu'elle prénomme Jonas et tente d'apprivoiser.

11h02, le vent se lève - dont le titre provient d'une horloge en panne sur cet horaire - est entre le post-apo et le nature writing. Mais il n'a ni l'aspect angoissant que le premier peut avoir, ni l'aspect un peu longuet et contemplatif que le second peut avoir. Ce qui ne l'empêche pas de bien faire ressentir une ambiance "huis clos sur une montagne inhabitée".

Si je dis qu'il n'est pas angoissant, cela ne veut pas pour autant dire qu'il est joyeux. Principalement parce que l'histoire repose essentiellement sur la relation d'emprise que crée Myriam sur Jonas. Une situation très bien rendue, crédible et peu réjouissante. Mais la personnalité de Jonas, sa soif de découverte, va heureusement permettre de conserver un côté lumineux à l'ensemble, salvateur et plein de pulsions de vie.

11h02, le vent se lève n'est pas un roman parfait, notamment parce qu'il demande un petit effort de suspension d'incrédulité sur certains éléments, notamment la situation de base. Mais une fois cet écueil dépassé, il s'avère un ouvrage rondement mené et découpé, bien rythmé par l'enchaînement de courts chapitres prenant tour à tour le point de vue des deux protagonistes, jusqu'à un final logique mais réussi et satisfaisant. Une vraie bonne surprise.

Couverture : Samuel Boivin

mardi 12 mai 2026

Silène Edgar - La Ville miraculeuse

La Ville miraculeuse, Silène Edgar, Tomes 2/3 et 3/3 de La Fille de Diké, 2024, 552 pages

Par un prodige éditorial, La Ville miraculeuse est le deuxième et dernier tome de la trilogie La Fille de Diké. Il fait suite à Une Maison de feu dont mes souvenirs étaient plus que flous. Ce qui tombe mal, c'est que ce volume ne commence pas par un résumé. Ce qui tombe bien, c'est que suite aux évènements précédents, notre petite famille d'îliens débarque à la capitale où ils repartent quasiment de zéro et ont tout à découvrir. Une situation qui aide bien à se (re)mettre dedans.

L'ironie, c'est que l'entrée dans ce deuxième volume fut finalement plus facile que celle du premier tome. La découverte se fait de manière bien moins aride et ardue, plus portée par les différents personnages que par l'univers en lui-même. Car si le cadre d'inspiration polynésienne (mais pas que, comme on l'apprend dans la postface) donne une vraie note de différence et que sa cosmogonie poursuit son chemin de science-fantasy entrevu dans le livre précédent, ce sont bien les personnages qui sont le coeur et l'âme de la trilogie. Iels sont variés, évolutifs, réels. Et le plus beau reste la relation qu'iels entretiennent entre elleux, une vraie famille, touchante et attachante.

Je ne sais pas ce que j'aurais pensé de chacun des deux romans compilés ici si je les avais lus séparément. Mais mon avis aurait eu de grandes chances d'être le même puisque j'ai déjà senti une différence entre les deux tomes en les enchaînant. Dans une sorte d'adéquation avec la croissance des trois jeunes frères et soeurs, les trois romans sont eux-aussi comme un être qui grandit. Le premier correspond à l'enfance, un peu ardu avec la nécessité d'assimilation de la nouveauté. Le deuxième correspond à l'adolescence, période active, pleine de fougue et de tous les possibles. Le troisième correspond au passage à l'âge adulte, avec plus de sérieux, de prise de conscience et de responsabilités.

En toute logique, le tome 2 est le plus excitant quand le tome 3 est un peu plus traînant. Mais ce diptyque final reste globalement de vraiment bonne qualité, plaisant à lire pour son univers exotique mais surtout pour sa famille ô combien attachante.

Couverture : Abigaïl Lacourly

mercredi 6 mai 2026

Bulles de feu #85 - Avril 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Mouais


Grand petit homme - Zanzim

Une aventure assez loufoque avec une idée générale qui pourrait être bonne mais qui souffre de personnages assez détestables et d'une fin abrupte.
Bien / Ok / Correct


Vagabond T.16-19/37 - Takehiko Inoue

L'histoire est vaine mais les dessins ont une bonne dynamique.


Kagurabachi T.6/? - Keigo Shinzô

Un bon tome qui avance l'histoire et fait apparaitre de nouveaux personnages plutôt cools.


Billy Lavigne - Anthony Pastor

Un bon western, imparfait avec une fin pas totalement satisfaisante mais qui réussit à avoir un vrai grain de vie alors que tout y est condensé.


The Bugle Call T.7-8/? - Mozoku Sora et Higoro Toumori

Ça manque d'un petit truc que je n'arrive pas à définir pour passer au niveau supérieur mais ça reste plaisant et avec toujours une bonne utilisation des différents pouvoirs.


FRNCK T.7-8/? - Olivier Bocquet et Brice Cossu

Deux bons tomes, en partie anodins et développant plus l'univers que l'histoire mais en restant tout à fait plaisant à lire.
Très bien


Hirayasumi T.9/? - Keigo Shinzô

Ça peut parfois paraître anodin, un pur enchainement de petites tranches de vie, mais les personnages sont vraiment adorables.


Drome - Jessie Lonergan

Un gros ouvrage avec peu de textes, sorte de cosmogonie avec entités divines et superhéroïques, dont l'histoire semble peu poussée tout en étant hypnotisante. Très bon travail graphique, notamment sur l'utilisation du gaufrier. Étrange et sans effet wahou, mais très plaisant et avec un vrai truc.


Blue Period T.17/? - Tsubasa Yamaguchi

Encore un très bon tome qui parvient à véhiculer autant de réflexions sur l'art que d'émotions.


Là où tu vas - Étienne Davodeau

Un très bon ouvrage sur les troubles neurodégénératifs et leur accompagnement, ni anxiogène ni larmoyant, juste profondément humain. Très intéressant et très instructif.

jeudi 30 avril 2026

Michael McDowell - Katie

Katie, Michael McDowell, 1982, 456 pages

États-Unis, 1871. Philomela Drax vit seule avec sa mère, au bord de la misère. Une lettre de son grand-père pourrait les tirer de cette situation, mais il faut pour cela le sauver des Slape, sa belle-famille qui en a après son héritage et fait tout pour accélérer son trépas. C'est ce que va entreprendre Philo, malgré la dangerosité des Slape, des êtres sans foi ni loi, notamment la jeune Katie et ses dons de voyance.

Katie est un ouvrage horrible. Car la moitié du roman - surement un peu moins en réalité, mais beaucoup plus en ressenti - est consacrée aux Slape et à leurs répugnantes actions. Ce sont des méchants, des vrais. Ils ne sont pas fous, ils n'ont pas de grandes intentions, ils n'ont simplement aucun sens moral et se comportent essentiellement pour leur bon plaisir, quitte à laisser des cadavres derrière eux. Je n'ai pris aucun plaisir à lire ces passages mais ils sont indéniablement très bien rendus et font forte impression.

Et puis il y a l'autre côté du spectre, l'exact opposé, en la personne de Philo. Une héroïne entraînante, volontaire, travailleuse, un rayon de soleil qu'on ne peut qu'espérer voir s'épanouir et réussir. Si les Slape sont la noirceur incarnée, Philo a elle tout de la pureté incarnée. Elle est l'une des rares exceptions parmi une galerie de personnages marquants mais détestables et la raison qui pousse à avoir cette envie de lire un court chapitre de plus. Car si Katie est horrible, c'est aussi un bon feuilleton qui se lit tout seul. C'est en quelque sorte horriblement bon.

Couverture : Pedro Oyarbide / Traduction : Jean Szlamowicz
D'autres avis : FeyGirl, ...