jeudi 19 mars 2026

Laurine Roux - Sur l'épaule des géants

Sur l'épaule des géants, Laurine Roux, 2022, 372 pages
« Parfois, le soir, Maman essayait de me parler d'elle. Elle disait, Tu sais Gaby, ton arrière-arrière-grand-mère a plus de cent sept ans. Elle a vécu plein d'aventures extraordinaires. C'est vraiment quelqu'un.
Pour moi, seul Spiderman est vraiment quelqu'un d'extraordinaire. »
Pourtant la maman de Gaby a raison. C'est ce que va nous permettre de découvrir Laurine Roux dans ce roman qui retrace l'histoire d'une famille sur plusieurs générations, de 1850 au début de notre siècle, entre les Cévennes et Paris. Une histoire mouvementée qui suivra le cours de la grande Histoire et où quelques personnalités connues passeront parfois une tête.

Mais ce sont bien les personnages inconnus, cette famille Aghulon, qui sont les plus marquants et les moteurs de cette grande fresque familiale. Même si les chats philosophes qui parcourent le récit se récrieraient s'ils me lisaient et se réserveraient évidemment la place d'honneur - ce qu'ils ont au moins à égalité, avouons-le. Tous en tout cas sont hauts en couleurs et donnent énormément d'allant au récit.

Sur l'épaule des géants se lit comme un bon feuilleton. Les chapitres sont courts, l'histoire est rythmée et dynamique, tout en étant limpide et fluide dans son évolution sur des dizaines d'années. C'est entraînant et ça se lit tout seul. Avec en prime de très jolies gravures d'Hélène Bautista qui parsèment les pages. Une belle et grande aventure, pleine de vie(s), qui se dévore avec grand plaisir.

Couverture et illustrations intérieures : Hélène Bautista

vendredi 13 mars 2026

Sam J. Miller - La Cité de l'orque

La Cité de l'orque, Sam J. Miller, 2018, 394 pages
« Ce qui se disait : elle était venue à Qaanaaq dans une embarcation que tirait une orque harnachée à la manière d'un cheval. »
C'est sur cet incipit que commence la découverte de Qaanaaq, cette gigantesque ville-flottante située quelque part au large du Groenland. Un lieu de survie pour des millions de personnes contraintes de fuir des terres ravagées par le dérèglement climatique. Cette découverte se fera par le point de vue de quatre personnages dont le destin va basculer suite à l'apparition de cette femme arrivée à dos d'orque.

La Cité de l'orque est de ces romans qui ne sont pas évidents à entamer (et à résumer). Il faut quasiment la moitié du roman pour comprendre de quelle manière les différents fils narratifs vont se rejoindre. Cela fera basculer le livre dans quelque chose de plus unitaire tout en permettant d'obtenir un nouvel objectif. Voire un premier objectif tant on ne sait pas trop où l'on va avant ça. Est-ce un problème ? Pas du tout. Parce que l'exploration est agréable et parce que les personnages ne sont pas lisses.

Mais surtout parce que l'intérêt principal de La Cité de l'orque est quasiment tout le questionnement sur l'urbanisme que propose Sam J. Miller. La ville, dans toutes ses facettes, est pleinement au coeur du roman. Qaanaaq est comme un personnage à part entière et tous les enjeux socio-économiques qui y sont liés résonnent totalement avec notre présent. Ce qui donne aussi une coloration beaucoup moins post-apo que ce que le pitch pourrait laisser penser.

La Cité de l'orque n'est certainement pas parfait et se permet quelques facilités mais il a le mérite de proposer quelque chose qui sonne différent, de tenter des choses et de prendre des décisions. Avec en prime une très bonne unité entre son intrigue, son univers et ses idées, tous mettant en avant à la fois l'individuel et le collectif. Un vrai bon roman.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Anne-Sylvie Homassel
D'autres avis : Tigger Lilly, TmbM, Le chien critique, Le Maki, Yuyine, Lorhkan, FeydRautha, Gromovar, Jean-Yves, Lune, Sometimes a book, Célinedanaë, Marc, Boudicca, Anudar, ...

samedi 7 mars 2026

Karim Berrouka - Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy, Karim Berrouka, 2021, 311 pages

Tout commence par une prise d'otages à la bibliothèque Léo Henry par un lutin bariolé d'un mètre quatre-vingts. Ses revendications ? Que l'humanité arrête de niquer la fantasy. Et ce n'est que le début d'une invasion pour y remédier. Face à cette irruption se dressent deux amies trentenaires, trois auteurices d'imaginaire, deux enquêteurs paranormaux, un enfant mi-saint mi-démon et trois punks musiciens.

Sans surprise au vu de l'auteur, du titre et du pitch, Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman assez déjanté. Sans tomber pour autant dans le total loufoque ou le grand n'importe quoi : c'est barré mais ça conserve un vrai sens interne ainsi qu'une bonne notion d'aventure. 

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman qui réussit une chose rare : tous ses fils narratifs sont aussi prenants les uns que les autres. Ce qui est bien aidé par la plume de Karim Berrouka, familière et tranchante, qui donne un rythme constant à ses courts chapitres. Et qui offre une lecture fun et plaisante.

Couverture : Diego Tripodi
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, Le chien critique, Célinedanaë, ...

dimanche 1 mars 2026

Bulles de feu #83 - Février 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Mouais


La dernière maison juste avant la forêt - Jean-Blaise Djian et Régis Loisel

Ma réaction pendant l'entièreté de ma lecture : "Euh...". Un vaudeville qui part dans tous les sens et dans tous les excès (avec des choses assez limites). J'ai trouvé ça vraiment pas bon.
Bien / Ok / Correct


L'Escamoteur - Philippe Collin et Sébastien Goethals

Un début hésitant qui finit par devenir un thriller politique haletant sur le groupe Action Directe et particulièrement sur la figure floue de Gabriel Chahine. Une bonne BD, lucide sur la difficulté d'être objectif et de connaître la vérité.
Très bien


Grass Kings T.1-3/3 - Matt Kindt et Tyler Jenkins

Une trilogie qui démarre comme une fresque sociale d'une petite communauté de marginaux avant de tourner plus clairement au polar (même si la souffrance humaine restera un sujet au moins aussi important que le mystère en lui-même). Ça se lit très bien, c'est accrocheur avec une belle galerie de personnages cabossés.

lundi 23 février 2026

Nana Kwame Adjei-Brenyah - Le Dernier combat de Loretta Thurwar

Le Dernier combat de Loretta Thurwar, Nana Kwame Adjei-Brenyah, 2023, 448 pages

États-Unis, futur proche. Chain-Gang All-Stars est le programme de télé-réalité populaire du moment. Des prisonniers s'y affrontent dans des combats à mort. S'ils survivent pendant trois ans, ils obtiennent leur liberté. Une échéance dont se rapproche Loretta Thurwar, superstar du programme.

Le sujet de Le Dernier combat de Loretta Thurwar est évident : la dénonciation du système carcéral américain et de ses dérives. Et pour que l'exagération de cette dystopie ne puisse pas laisser le moindre doute sur ses racines réelles, Nana Kwame Adjei-Brenyah explicite nombre d'inspirations et de données factuelles dans des notes de bas de page. Cela pourra éventuellement sortir un peu de l'immersion dans cet univers - ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose vu la morosité de l'ambiance - mais ce n'est de toute façon clairement pas la priorité.

Le Dernier combat de Loretta Thurwar n'est pas un ouvrage plaisant à lire. C'est une lecture dure et violente, mais surtout percutante et perturbante. Ne serait-ce que parce que la grande majorité des personnages sont des meurtriers - et ceux qui ne le sont pas sont à peu près tous détestables. Même si l'auteur ne tombe pas dans l'angélisme, cela reste particulier pour se positionner vis-à-vis des personnages. C'est une problématique qui est évoquée mais qui aurait mérité d'être plus développée. C'est de manière générale le petit bémol du roman, ce qui l'empêche d'atteindre une plus grande réussite : s'étendre un peu moins sur la dénonciation du système et aller un peu plus loin dans la réflexion, notamment au niveau d'éventuelles autres solutions. Le Dernier combat de Loretta Thurwar donne déjà bien du grain à moudre mais il aurait pu faire s'activer quelques moulins supplémentaires.

Couverture : Kimberly Glyder / Traduction : Héloïse Esquié
D'autres avis : Le nocher des livres, ...