mercredi 19 juin 2024

Alastair Reynolds - Éversion

Éversion, Alastair Reynolds, 2022, 304 pages

Silas Coade est chirurgien à bord d'un bateau à voiles voguant le long des côtes norvégiennes. L'objectif ? Un secret, même pour lui. Mais les recherches semblent se porter sur un passage qui serait dissimulé quelque part entre les falaises.

Évidemment, comme il s'agit d'un roman d'Alastair Reynolds publié par Le Bélial', tout le monde s'attend à ce qu'Éversion soit plus qu'un simple roman d'exploration maritime. C'est globalement l'enjeu du livre : qu'est-ce qui se cache réellement derrière cette quête, et plus encore derrière ce personnage principal ? S'il y a bien, pour celleux qui n'ont pas lu la quatrième de couverture, un petit twist au bout de quelques pages, Éversion est bien plus un roman qui joue sur le mystère que sur le twist, les révélations et l'apprentissage se faisant peu à peu, de manière régulière.

Si je lui reconnais volontiers une capacité à tenir en haleine, à donner envie d'en savoir plus et à faire une vraie proposition, je ne peux pas dire que j'ai trouvé ce mystère particulièrement éblouissant ou renversant. Et si le roman se terminait une fois que la situation est enfin (à peu près) claire, il pourrait facilement avoir un goût de "tout ça pour ça" - un "tout ça pour ça" de qualité, mais un "tout ça pour ça" quand même. Heureusement, la meilleure partie d'Éversion se cache en fait après les révélations, dans sa résolution qui apporte une vraie matière à réflexion tout en étant particulièrement touchante. Une très belle fin qui vient rehausser un roman qui était déjà tout à fait correct.

Couverture : Amir Zand / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : Vert, Lorhkan, Yuyine, Le chien critique, Shaya, Lhisbei, Feygirl, Le Maki, Gromovar, FeydRautha, Sometimes a book, Célinedanaë, Chut... maman lit !, Elwyn, Boudicca, lutin82, Anudar, ...

jeudi 13 juin 2024

Mary Robinette Kowal - L'Homme superflu

L'Homme superflu, Mary Robinette Kowal, 2022, 470 pages

Dans un gigantesque vaisseau de croisière, Tesla Crane, une ingénieure faisant partie des femmes les plus célèbres et riches du monde, est en direction de Mars pour y passer sa lune de miel. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'un meurtre soit commis et que le coupable désigné soit Shal, son mari, détective à la retraite.

L'Homme superflu est un petit whodunit dans l'espace, avec tous les éléments les plus classiques du genre, notamment la galerie de personnages ayant tous leurs petits secrets. L'aspect science-fictionnel, même s'il semble (à la lecture des remerciements de l'autrice) reposer sur de solides bases, reste cependant assez anecdotique, l'intrigue pouvant assez facilement être transposée lors d'une croisière terrienne classique.

Une intrigue qui n'a d'ailleurs rien d'exceptionnel. Elle est correcte, voire sympathique, mais elle est loin d'être ciselée comme un excellent polar, utilisant notamment quelques artifices et facilités. Cela n'est pas forcément grave si vous prenez plaisir à suivre les personnages. Ce qui ne fut pas mon cas, en tout cas pas concernant Tesla Crane, une héroïne que j'ai trouvé hautaine et insupportable (et dont la backstory ne rattrape rien, au contraire). L'Homme superflu a certainement le potentiel d'être une sympathique lecture, mais pour moi ce fut un livre seulement "ok sans plus".

Couverture : Pascal Guédin / Traduction : Patrick Imbert
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, Le Maki, Le nocher des livres, Chut... maman lit, ...

vendredi 7 juin 2024

Claire North - 84K

84K, Claire North, 2018, 551 pages

Théo Miller, la personne se faisant appeler Théo Miller, mène une vie moyenne, à dessein. Que ça soit dans son travail au bureau d'audit des crimes ou dans la colocation où il vit, il fait tout pour ne pas faire de vagues et rester dans le rang. Jusqu'au jour où sa petite amie de jeunesse reprend contact, déclenchant une réaction en chaîne qui va peu à peu le voir s'émanciper de sa vie si bien réglée.

Il est possible de présenter l'histoire de 84K sous plus d'un angle. Celui-ci dessus est factuel des premiers éléments de l'intrigue. Mais il ne rend compte que d'une des deux temporalités qui se chevauchent au fil des pages, la plus ancienne. Il ne rend pas non plus compte d'une certaine ambiance road-trip post-apo qui englobe le tout. Ni qu'avant ça, c'est surtout une Angleterre dystopique qui est dépeinte, son capitalisme ayant atteint un cran supérieur, jusque dans la criminalité qui n'est qu'une question d'argent comme une autre. Le panorama n'est peut-être pas encore complet mais il représente déjà un peu plus ce qu'est ce roman : un brassage d'éléments divers qui parviennent à former un tout assez unique.

Évacuons-le tout de suite : 84K a des défauts et des faiblesses. Il est un peu trop long, il comporte quelques facilités ou improbabilités et l'un de ses personnages présenté comme principal n'aboutit finalement à rien, restant un simple figurant. C'est un roman qui est loin d'être parfait, et c'est surement le livre de Claire North que j'ai trouvé le moins excitant à la lecture. Pourtant, c'est aussi un texte tout à fait marquant.

Théo est un personnage qui n'a rien de particulièrement sympathique et qui n'est pas une figure héroïque habituelle. Il a une certaine apathie qui est très bien rendue par l'ambiance du récit, si bien que si je ne devais retenir qu'une seule chose de ce roman, ça serait celle-ci. Malgré cette apathie, le récit n'est pour autant jamais ennuyant ou mou à lire, grâce au style dynamique de Claire North, fait de nombreuses phrases courtes - si courtes qu'elles ne sont même pas toujours terminées - et de changements réguliers de temporalité. Avec aussi une vraie tension dans l'intrigue, à laquelle se mêle constamment une critique sociale via cette dystopie qui semble à portée de main. 84K n'est clairement pas parfait. Mais à défaut de l'être, il a ce petit truc qui en fait un livre unique.

Couverture : © plainpicture/NaturePL/Stephen Dalton / Traduction : Annaïg Houesnard
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samedi 1 juin 2024

Bulles de feu #62 - Mai 2024

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


Mécanique céleste T.2/? - Merwan

Une suite au très bon one-shot Mécanique céleste qui peut se lire indépendamment. Une sorte de post-apo cyberpunk qui pourrait faire un bon blockbuster. C'est ok mais bien plus lambda et moins singulier que le premier.


Fends le vent ! T.2/? - Wataru Midori

Un bon manga de sport, avec à la fois une histoire plaisante et une mise en avant du para-athlétisme avec de petites explications bien intégrées.


Calvin et Hobbes intégrale T.1/12 - Bill Watterson

Il n'est jamais trop tard pour découvrir un classique. Sympathique mais pas transcendant, moins marquant que les débuts de Peanuts.


Bolchoï Arena T.1-3/? - Boulet et Aseyn

Une utilisation maline du jeu vidéo pour proposer à la fois une histoire dans le monde réel et un space-opéra. Pas très fan des dessins, surtout dans les plans plus rapprochés, mais c'est globalement efficace et solide.
Très bien


Don't call it mystery T.1-3/? - Yumi Tamura

Un bon manga d'enquête/déduction avec un héros simili-Sherlock (le même potentiel d'être un peu agaçant par moment compris) et des histoires assez longues très prenantes. Le dessin n'a rien d'exceptionnel mais il reste meilleur que les couvertures et tout à fait correct. Sabine en parle plus longuement, merci à elle pour la découverte.


La sage-femme du roi - Adeline Laffitte et Hervé Duphot

Une bonne BD historique pour mettre en lumière Madame du Coudray qui a révolutionné le métier de sage-femme et son enseignement en France, en luttant contre l'obscurantisme et le patriarcat. Avec en prime un dessin très doux et un récit qui évite l'écueil du trop-plein d'informations, parvenant à rester aéré.


La Bête T.2/2 - Zidrou et Frank Pé

Une très bonne fin de diptyque, une "origin story" réaliste très bien pensée, une aventure plaisante à suivre sur fond d'après-guerre. Mais surtout des dessins absolument somptueux, avec énormément de grandes cases voire de pleines pages, un énorme plaisir visuel.


Blacksad T.6-7/? - Juan Díaz Canalès et Juanjo Guarnido

Relecture du tome 6 pour profiter pleinement de cet excellent diptyque, à l'image de l'ensemble de la série. Une intrigue digne d'un bon roman noir et des dessins toujours magnifiques, que ce soit les personnages remarquables ou les décors richement détaillés.

dimanche 26 mai 2024

Nina Allan - Conquest

Conquest, Nina Allan, 2023, 329 pages

Frank est un jeune homme un peu différent psychologiquement. Codeur informatique, passionné de Bach, il passe énormément de temps sur un forum, LAvventura, où il peut partager ses certitudes sur l'imminence d'une invasion extraterrestre. Jusqu'à devenir proche de certains membres et se rendre à Paris pour les rencontrer. Depuis ce jour, Frank a disparu. Rachel, sa petite amie, va alors engager Robin, une détective privée, pour le retrouver.

Conquest est un roman de Nina Allan. Ce qui veut dire que, malgré ce pitch assez limpide, les choses sont évidemment bien plus embrouillées et complexes que ça. Il n'y a qu'à voir le premier chapitre, qui rend très bien le point de vue de Frank mais qui laissera plus d'un lecteurice confus. La suite est stylistiquement plus simple - même si Nina Allan en change régulièrement, subtilement, pour mieux s'accorder à ses personnages - et relativement linéaire, même si un essai ou une novella peuvent toujours s'intercaler sans crier gare.

Il y a un fourmillement unique qui parcourt les livres de Nina Allan, une incompréhensibilité qui résonne et raisonne, jusqu'à finir par être palpable. Mais ce n'est pas juste un style d'écriture pour être un style d'écriture, ça a en plus du sens vis-à-vis de la thématique de prédilection de l'autrice, à savoir les frontières de la réalité. C'est encore le cas ici, avec un accent particulier mis cette fois sur les théories complotistes et sur la faculté, le besoin de l'être humain de trouver du sens à ce qui l'entoure.

Le complotisme, les théories farfelues, la paranoïa sont des sujets qui collent parfaitement bien au style de l'autrice. Elle en propose une vision intéressante, avec indéniablement de bonnes idées, et le tout s'avère troublant. Trop troublant peut-être. Ou troublant pour les mauvaises raisons. Conquest est un livre dont il est difficile de saisir les conclusions, s'il y en a. C'est une constante chez Nina Allan, et ça n'est pas fondamentalement une mauvaise chose. Mais avec un tel sujet ça parait presque dangereux et ça m'a laissé bien plus dubitatif que d'habitude. C'est en tout cas réellement perturbant. Du Nina Allan en somme.

Couverture : Thierry Dubreuil / Traduction : Bernard Sigaud
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