samedi 12 juin 2021

Laurine Roux - Une immense sensation de calme

Une immense sensation de calme, Laurine Roux, 2018, 119 pages

Une jeune femme rencontre et tombe éperdument amoureux d'un mystérieux homme des bois, livreur de poissons séchés à des personnes isolées dans la montagne. C'est le début d'une nouvelle vie dans un monde troublé et déliquescent.

Comme ce piètre résumé ne le montre pas, Une immense sensation de calme est un court roman très réussi, tout en ambiance, entre post-apo et nature writing. Comme ce résumé le montre, l'histoire de base est déroutante, peu engageante, et il faudra un certain temps, jusqu'à peut-être comme moi l'histoire plus consistante et linéaire de la vie de Grisha, pour réellement accrocher au récit.

Pourtant, la réussite de la construction est déjà en cours. Car si le départ est quasiment frénétique, plein de pulsions et d'une vivacité débordante, mettant à rude épreuve les capacités du lecteur à assimiler l'univers et les personnages, l'apaisement l'emporte peu à peu. Sans nous en rendre compte, le livre a créé une petite bulle paisible, en accord parfait avec le cheminement de la narratrice, jusqu'à procurer une immense sensation de calme. Chapeau.

Couverture : Fog, hearth, © SirisVisual
D'autres avis : Yuyine, ...

dimanche 6 juin 2021

David Mitchell - L'Âme des horloges

L'Âme des horloges, David Mitchell, 2014, 780 pages

Après une dispute avec sa mère, Holly Sykes, 15 ans, décide de fuguer. Pensant se réfugier chez son petit-ami, elle découvre que celui-ci la trompe et prend alors la route.

Voilà pour le résumé plus que succinct de l'histoire. Ou plutôt le résumé du début de la première partie de l'histoire, pour ce roman où chacune des grandes parties suit le point de vue d'un personnage différent, à première vue indépendant du reste mais qui s'avèrera finalement toujours lié à Holly Sykes, qui sert de fil rouge au livre.

Le résumé est aussi succinct car l'un des plus grands plaisirs de cette lecture est de découvrir peu à peu le mystère existant via la partie fantastique du récit et ses implications littéralement hors du commun. Les quatre premières parties peuvent à ce titre presque être considérées comme de la mise en place. Ce sont pourtant les plus passionnantes, des fragments de vie admirablement narrés, simples et tortueux à la fois.

L'excellence de ce qui représente les 4/6èmes du roman laisse ensuite place à une partie consacrée à la résolution de l'aspect imaginaire du récit, active et solide mais un chouïa en dessous. Comme un comble, c'est presque trop de pur imaginaire. À tellement bien présenter ses personnages et à faire de L'Âme des horloges un roman traitant des causes et conséquences ordinaires d'un évènement extraordinaire, David Mitchell en arrive à un point où l'intrigue principale devient presque secondaire et offre moins d'effervescence de lecture. C'est aussi un peu le cas de la dernière partie du livre, qui ravira celleux qui n'aiment pas les fins ouvertes. Une partie qui change de registre, plus politique et écologique, plus dure dans son ton, qui tranche de manière déroutante avec le reste.

Malgré ces petits bémols, de l'ordre du détail, L'Âme des horloges est un très bon roman tout à fait enthousiasmant, à la construction admirable. Une entrée dans l'oeuvre de David Mitchell pour ma part, mais qui ne sera à coup sûr pas ma dernière lecture de l'auteur.

Couverture : Cédric Scandella / Traduction : Manuel Berri
D'autres avis : Vert, Lune, Gromovar, TmbM, Lorhkan, Yogo, Acr0, Cédric, ...

vendredi 28 mai 2021

Terry Pratchett - Trois soeurcières

Trois soeurcières, Terry Pratchett, Tome 6/35 des Annales du Disque-Monde, 1988, 348 pages

À la mort du roi Vérence, assassiné par son cousin le duc Kasqueth, son fils, encore nourrisson, est recueilli par trois sorcières. Pour le protéger, et lui permettre d'un jour accomplir son destin, celles-ci le confient à une troupe de théâtre sur le point de quitter le royaume.

Deuxième apparition dans les Annales pour Mémé Ciredutemps, après le peu mémorable La Huitième fille, en compagnie cette fois de ses deux consoeurs Nounou Ogg et Magrat Goussedail. Et le résultat est bien plus probant avec ce tome consacré au théâtre, avec tous les ingrédients classiques du genre, et plus particulièrement aux tragédies

Heureusement, le drame reste bien léger. S'il ne provoque pas un tonnerre de francs éclats de rire, Trois soeurcières reste un livre amusant et bien rythmé avec tout un tas de sympathiques personnages - sauf une (oui, vous, duchesse). Ni le pire ni le meilleur, un tome dans la moyenne.

Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton
D'autres avis : Tigger Lilly, ...

samedi 22 mai 2021

Colson Whitehead - Nickel Boys

Nickels Boys, Colson Whitehead, 2019, 255 pages

Floride, années 1960. Elwood Curtis, jeune noir passionné par le message de Martin Luther King, s'apprête à rentrer à l'université. Mais sur le trajet, il est arrêté par erreur et envoyé en maison de correction, à Nickel. Un lieu fort respectable vu de l'extérieur mais qui cache en fait une terrible face sombre et s'avèrera un véritable enfer.

"[Colson Whitehead] donne avec ce nouveau roman saisissant une sépulture littéraire à des centaines d’innocents, victimes de l’injustice du fait de leur couleur de peau" dit la quatrième de couverture. Et c'est parfaitement vrai. Car si Nickel est une école fictive, elle est plus qu'inspirée par la très réelle Florida School for Boys. Mais Nickel Boys n'est pas pour autant juste le récit d'un scandale - le mot est faible - au sein d'une école. C'est tout un système, d'éducation, politique ou de pensées, qui est à reconsidérer en le lisant.

Nickel Boys est un grand livre pour son fond implacable et nécessaire. Il l'est aussi pour sa forme, alors même qu'il n'est presque pas flamboyant - à l'exception notable de son excellente fin. Au contraire, le style est extrêmement simple et même froid, peut-être encore plus que dans les précédents écrits de l'auteur. Ça ne fait pourtant qu'en renforcer le propos. Car en ne cherchant pas à parler au coeur, c'est au cerveau que Colson Whitehead s'attaque directement, rendant encore plus terrible les actes odieux perpétrés presque anodinement. Et les émotions d'être finalement bien au rendez-vous, puissantes, après assimilation. Magistral.

Couverture : Design d'Oliver Munday - Photographie de Neil Libbert, Bridgeman Images / Traduction : Charles Recoursé
D'autres avis : Gromovar, Yuyine, ...

dimanche 16 mai 2021

Katherine Arden - La Fille dans la tour

La Fille dans la tour, Katherine Arden, Tome 2/3 de la Trilogie d'une nuit d'hiver, 2018, 402 pages

Si L'Ours et le Rossignol possédait sa propre fin, La Fille dans la tour en est tout de même la suite directe. Nouvelle plongée donc dans la Rus' médiévale où les anciennes croyances déclinent mais restent partie prenante de l'histoire, voire de l'Histoire...

C'est là peut-être le plus grand changement de ce deuxième tome. Alors que l'action de L'Ours et le Rossignol se situait presque essentiellement au sein d'un petit village de campagne, La Fille dans la tour élargit les horizons et prend la route. Bien que l'intrigue reste une nouvelle fois concentrée sur un petit groupe de personnages, la diversité et la grandeur du cadre permettent au récit de respirer et amènent un nouveau souffle, tant pour Vassia que pour le lecteur, en plus d'apporter une dose d'action bienvenue.

Si L'Ours et le Rossignol m'avait un peu laissé sur ma faim, La Fille dans la tour m'aura enchanté de bout en bout, améliorant à tous niveaux le premier tome. Sans pour autant ne se reposer que sur les effets de surprises - ce qui n'empêche pas les rebondissements, mais de manière sensée - ni oublier son fond de conte de fée féministe, l'intrigue est bien moins linéaire et n'est pas juste une série de péripéties un peu artificielles. Au contraire, ici la crédibilité règne et il y a du sens derrière les non-dits qui ne se prolongent pas de manière irraisonnable. Une nette progression qui donne un roman prenant et très agréable à lire.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jacques Collin
D'autres avis : Vert, Lune, Gromovar, Célindanaé, Boudicca, Lhisbei, Yuyine, Alys, ...