samedi 19 octobre 2019

Damon Knight - Le Royaume de Dieu

Le Royaume de Dieu, Damon Knight, 1954, 149 pages

Alors que d'étranges phénomènes apparaissent aux États-Unis, Robert James Dahl, journaliste, enquête sur une zone secret défense à Chillicothe. Arrêté par le gouvernement, il se voit offrir l'opportunité de visiter l'installation et de découvrir ce qui doit être tenu caché.

Commençant comme une réflexion sur le rôle et la liberté des médias, Le Royaume de dieu prend rapidement une autre tournure et opte pour un sujet plus classique de premier contact. Heureusement, le développement proposé n'est lui pas classique.

Le Royaume de Dieu est une œuvre politique, Damon Knight y présentant une alternative sociétale. Mais que cela ne fasse peur à personne : nous sommes ici au stade de la proposition douce, du jeu avec les possibles, pas aux grandes tirades et aux exhortations immodérées. Et surtout, l'auteur n'oublie pas de proposer un texte intéressant dans son intrigue, avec la bonne dose de mystère et de suspense pour faire tourner les pages avec envie.

Si les livres à messages sonnent parfois un peu creux, Le Royaume de Dieu ne reste lui pas au stade de l'idée mais sait l'utiliser pour proposer une agréable novella.

lundi 14 octobre 2019

Megan Lindholm, Steven Brust & Gregory Frost - Liavek

Liavek, Megan Lindholm, Steven Brust et Gregory Frost, 1985-1988, 282 pages

Cité portuaire multiculturelle où les habitants reçoivent chaque année une dose de « chance », Liavek est un univers partagé par de nombreux auteurs qui comprend au total 56 nouvelles (et 7 poèmes). Ce recueil, créé spécialement pour la France, en reprend 6 qui suivent, notamment, les personnages de Kaloo et Dashif dans une montée en puissance qui pourrait faire croire que ces nouvelles ont toujours été conçues pour être un fix-up.

Les deux premières nouvelles servent surtout d'introduction aux deux protagonistes principaux, les intrigues étant encore plus simples que les suivantes - qui ne sont pourtant déjà pas bien compliquées. Quant à l'univers, il est juste brossé. S'il paraît être riche et avec un bon potentiel, il ne sera jamais pleinement découvert ici, pas de manière satisfaisante en tout cas, la faute peut-être au format d'univers partagé.

Les deux nouvelles écrites en solo par Steven Brust manquent de consistance, jouant bien trop sur de nombreuses et courtes ellipses pour donner du rythme. Heureusement la présence de Megan Lindholm dans les quatre autres apportent plus de satisfaction. La palme revenant à Un acte d'amour, la dernière nouvelle, qui est le vrai plat de résistance de ce recueil et y apporte une véritable conclusion.

Lecture agréable s'il en est, Liavek ne peut clairement pas se targuer d'être l'oeuvre majeure de Megan Lindholm. Un recueil sympathique néanmoins, tout en simplicité, un peu trop, dans un univers qu'on aimerait plus développé. Reste pour cela 50 nouvelles à lire en VO...

D'autres avis : Vert, Shaya, Cédric, ...

mercredi 9 octobre 2019

Ken Liu - L'Homme qui mit fin à l'histoire

L'Homme qui mit fin à l'histoire, Ken Liu, 2011, 103 pages

N'en déplaise aux critiques généralistes, c'est une habitude de la science-fiction de n'être qu'un "prétexte" pour évoquer le présent et proposer diverses réflexions parfaitement d'actualité - le tout le plus souvent enrobé d'une couche de plaisir, via de l'aventure ou de l'émerveillement. Mais c'est peut-être encore plus le cas dans L'Homme qui mit fin à l'histoire.

Certes il y a ces particules de Bohm-Kirino qui permettent de revivre des moments du passé, et ce une seule fois. C'est à peu près tout pour l'aspect science-fictif. Le reste n'en est pas pour autant moins intéressant. Ken Liu y fait une nécessaire mise en lumière de l'Unité 731, cet « Auschwitz oriental ». À cela s'ajoute une intense réflexion sur l'Histoire, la vérité, les responsabilités et de nombreux points qui, notamment, découlent de l'invisibilisation de ce drame et de tant d'autres.

L'Homme qui mit fin à l'histoire n'est pas une lecture marquante des genres de l'imaginaire. Mais c'est une lecture marquante tout court, qui fourmille de réflexions présentées de la manière la plus neutre possible - et la forme du récit, un faux documentaire, est ici fort adaptée. Une novella qui donne à réfléchir, une lecture nécessaire.

vendredi 4 octobre 2019

Justine Niogret - Mordre le bouclier

Mordre le bouclier, Justine Niogret, Suite de Chien du Heaume, 2011, 197 pages
« - Quel esprit faut-il avoir pour aller planter son arme dans le ventre d'autres vivants, de toute façon ? Pour s'en aller tuer un homme qu'on cherche depuis des dizaines d'années dans un col entre deux montagnes ? Dis-moi le sens de nos vies, Chien, si tu le peux ; je t'écoute. » 
Six mois après la fin de Chien du heaume, Chien et Bréhyr prennent la route, sur la trace des Croisés, pour achever la vengeance de cette dernière.

Six ans après la lecture de Chien du heaume, il ne m'en restait pas grand chose, si ce n'est rien ; à une exception près sur la fin, et encore, cela ne gêne en rien la lecture de ce livre-ci.

Une chose est néanmoins certaine : l'excellente plume de Justine Niogret est toujours au rendez-vous. Si le roman peut sembler un peu bavard par moment, jouant bien plus la carte de l'introspection, du souvenir et de la discussion que de l'action, il n'en demeure pas moins un vrai plaisir de lecture tant le texte est ciselé et propose de beaux moments de bravoure verbale.

Si Mordre le bouclier doit être lu pour son écriture, il doit aussi l'être pour ses personnages et leurs évolutions, leurs progressions. Car même s'il suit deux héroïnes d'âge mûr, c'est bien d'un récit initiatique dont il s'agit. Un récit de vengeance et de mort certes, mais surtout un récit de vie, quelque part entre la crasse et l'onirisme.
« Vois-tu, tout ce que je pense des livres tient dans la marge d'un texte, où la plume d'un copiste, noire et droite à côté des vives enluminures, a noté de travers : « Dieu, j'ai si froid. » Voici la voix qui monte des livres. Voici ce que j'entends en parcourant un ouvrage ; la voix des morts, la voix des gens passés. Ainsi, je n'oublie pas que je ne suis pas le seul à avoir vécu, le seul à arpenter la terre, que d'autres l'ont fait avant moi, et mieux, et plus longuement. Eux aussi avaient froid. »
D'autre avis : L'Ours inculte, Dionysos, Xapur, Lorhkan, Shaya, Lhisbei, ...

dimanche 29 septembre 2019

Laurent Kloetzer - Issa Elohim

Issa Elohim, Laurent Kloetzer, 2018, 125 pages
« L'attente, les doutes, les incertitudes, tout ceci use les esprits et les volontés. Ceux des réfugiés, en premier lieu, ceux des personnes qui les aident. On est sans cesse inquiet, sans cesse à l'affut. C'est destructeur. »
En reportage dans un camp de réfugiés en Afrique du Nord, Valentine Ziegler va faire la connaissance d'Issa, supposément un Elohim, un être mystérieux, entre apparition extraterrestre et réincarnation divine pour les uns, supercherie manipulatrice pour les autres.

Issa Elohim est l'occasion pour Laurent Kloetzer de mettre une nouvelle fois en scène un Elohim, ces présences déjà aperçues dans Anamnèse de Lady Star et Vostok. La rencontre est cette fois-ci plus frontale et somme toute plus claire, ce qui ne veut pas dire que le mystère disparaît, bien au contraire.

Outre les Elohims, et par leur biais la foi, l'autre thème central d'Issa Elohim ce sont les réfugiés et les migrants. Les deux sujets se mélangent très bien, l'un servant l'autre - et vice-versa - et aucun ne prend le dessus. Surtout, Laurent Kloetzer conserve un ton neutre qui ne cherche pas à donner de leçons et le récit n'en retire que plus de saveur, plus de profondeur. Une intelligente novella, humaine, qui parvient à traiter deux sujets difficiles et à en tirer de la beauté, une réussite.