samedi 30 mai 2020

Daniel O'Malley - Au service surnaturel de Sa Majesté

Au service surnaturel de Sa Majesté, Daniel O'Malley, Tome 1/2 de Les Dossiers de la Checquy, 2012, 664 pages

Myfanwy Thomas reprend conscience sous la pluie, dans un parc, entourée d'hommes en costume et gants en latex gisant au sol. Et sans mémoire. Heureusement, elle trouve dans sa poche une lettre d'elle-même, prévoyant sa perte de mémoire mais n'en connaissant pas le responsable. À elle, à cette nouvelle elle, de prendre désormais sa place et de démêler discrètement l'affaire. Sauf que Myfanwy Thomas est un membre éminent de la Checquy, une agence secrète au service de la Couronne britannique en charge de toutes les affaires surnaturelles et dont la majorité des membres a quelques pouvoirs...

Si le coup de l'amnésie est une amorce commune, elle est ici bien gérée, ayant du sens dans l'intrigue et permettant un système de lettres du "moi passé" bien intégré au récit - même si cela se perdra un peu dans la seconde moitié, sans réelle conséquence. Le lecteur découvre donc en même temps que la sympathique protagoniste principale cet univers où une pointe d'étonnement peut surgir à n'importe quel coin de page.

Au service surnaturel de Sa Majesté est un ouvrage fort plaisant, une fantasy urbaine sur fond d'agence secrète organisée comme un échiquier, de péripéties surnaturelles et d'un mystère à résoudre. C'est prenant, avec une intrigue sérieuse parsemée de quelques éléments amusants - la Belgique aura rarement été autant mise en avant - qui donne une ambiance générale franchement sympathique. Seul petit défaut potentiel : les révélations finales arriveront peut-être un peu rapidement pour certains, surtout en regard du temps passé sur certaines péripéties plus mineures, avec en plus quelques résolutions hors-champ. Mais cela apporte finalement un peu d'imprévisibilité, Daniel O'Malley ne cherchant pas à utiliser à l'extrême tous les éléments qu'il a créés (même s'il y a quelques très beaux fusils de Tchekhov qui ont réussi à me surprendre), et un peu de "réalisme", Myfanwy devant aussi gérer son quotidien et n'étant pas une grande héroïne solitaire. Une lecture recommandable, tout à fait plaisante.

Nota : ce volume peut se lire en one-shot, tous les fils ouverts étant refermés à l'issu de ce volume.
Couverture : Hite / Traduction : Charles Bonnot
D'autres avis : Lune, Lianne, ...


Septième escale, Océanie, pour le #DéfiCortex

lundi 25 mai 2020

Philip Pullman - Le Miroir d'ambre

Le Miroir d'ambre, Philip Pullman, Tome 3/3 d'À la croisée des mondes, 2000, 792 pages

Suite et fin de la trilogie, après Les Royaumes du Nord et La Tour des Anges, Le Miroir d'Ambre poursuit les aventures de Lyra, Will et compagnie, aventures dont les implications sont toujours plus importantes.

Force est de constater que la série a fortement évolué au fil des pages. D'un premier tome court centré exclusivement sur Lyra, nous voilà arrivés à un troisième tome imposant aux fils narratifs multiples qui peinent à se recouper. Un tome si éclaté qu'il donne une impression d'amoncellement et manque de fluidité, avec un écart trop important entre des parties à taille humaine, plutôt bonnes, et des parties à taille "universelle", ces dernières étant confuses, peu prenantes et empiétant finalement sur la qualité des premières.

Tout n'est pas à jeter dans ce troisième tome, et dans la trilogie de manière générale. Mais ce volume n'est pas l'apogée escomptée, s'avérant plutôt être le moins bon des trois livres, en plus de pousser toujours plus loin dans l'aspect métaphysico-religieux qui ne m'aura jamais conquis.

Couverture : Éric Scala / Traduction : Jean Esch
D'autre avis : Acr0, Vert, Tigger Lilly, itenarasa, ...

mercredi 20 mai 2020

Catherine Dufour - Ada ou la beauté des nombres

Ada ou la beauté des nombres, Catherine Dufour, 2019, 245 pages
« Il faut dire que celle-ci compte dans ses rangs, entre autres désastres moraux, Lady Melbourne, soit madame de Merteuil à Mayfair, qui donne à son époux huit enfants dont sept ressemblent aux meilleurs amis de leur père. »
Ada ou la beauté des nombres est une biographie d'Ada Lovelace, pionnière de l'informatique ayant écrit ce qui est considéré comme le premier programme informatique de l'Histoire et ayant conceptualisé les principes de l'ordinateur moderne. Mais plus encore que la vie d'Ada Lovelace, Catherine Dufour conte la vie de tout son entourage et plus globalement le fonctionnement de la société anglaise du XIXème siècle. Divulgâchage : ce n'est pas beau à voir, vraiment pas.

En plus d'être un ouvrage intéressant et instructif dans son propos, Ada ou la beauté des nombres est aussi une belle réussite sur la forme. Catherine Dufour y joue de sa plume mordante, n'hésitant pas à placer quelques saillies fort drôles, dans un ton résolument moderne qui offre une lecture simple, limpide, et tout à fait recommandable.
« Mais, en tant qu'être humain, Byron est homme, titré, célèbre et fortuné, ce qui lui donne toute licence pour se comporter comme un parfait connard. »
Couverture : Louise Cand (d'après un portrait attribué à A.E. Chalon)
D'autres avis : Tigger Lilly, Lune, Lhisbei, Elhyandra, Yuyine, ...

samedi 16 mai 2020

Martha Wells - Cheval de Troie

Cheval de Troie, Martha Wells, Tome 3/5 de Journal d'un AssaSynth, 2018, 126 pages
« (...) il y avait deux types de narrations irréalistes : les bonnes et les mauvaises. »
Troisième volume des aventures d'AssaSynth après Défaillances systèmes et Schémas artificiels. Pas de surprise, le schéma est connu : un nouveau trajet, un nouveau lieu, une nouvelle protection d'humains, de nouveaux robots à supporter, des humains gentils et intelligents, une intrigue simple et efficace, des éléments pour faire avancer l'intrigue générale d'AssaSynth et une pointe d'humour. Tout est une nouvelle fois au rendez-vous... et ça fonctionne toujours aussi bien !

Présenté ainsi, cela pourrait paraitre redondant. Et pourtant non, aucune lassitude à signaler. C'est toujours frais, bercé par la verve d'AssaSynth (ou de Martha Wells, au choix) et des personnages secondaires appréciables. Une petite différence néanmoins : pour une fois, ce qui attend le lecteur dans la quatrième novella est en partie connu à la fin de celle-ci. Une autre chose ne change pas : j'ai hâte !

Couverture : Pierre Bourgerie / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Lianne, Chut Maman Lit !, ...

mardi 12 mai 2020

Christian Léourier - Helstrid

Helstrid, Christian Léourier, 2019, 116 pages

À la suite d'une rupture, Vic s'est fait embaucher comme agent polyvalent sur Helstrid, une planète lointaine et inhospitalière. Il y supervise des machines dotées d'IA qui n'ont guère besoin de lui. Il va tout de même prendre place dans le convoi qui doit ravitailler un avant-poste à quelques heures de camion de la base. Évidemment, tout ne va pas bien se passer.

Intelligemment, le côté potentiellement improbable de la situation de base - des humains inutiles côtoyant des IA qui pourraient se débrouiller seules - est souligné dans le texte lui-même. Reste au lecteur de l'accepter ou non, mais on a vu plus irrationnel de la part de l'humanité.

S'en suit une sympathique aventure, bien que peu joyeuse, fonctionnant surtout pour l'affrontement de caractères entre Vic et Anne-Marie, l'IA de son camion. C'est aussi l'occasion pour Vic de travailler sur lui-même et sur son passé, en plus de quelques réflexions générales sur l'humanité. Ce n'est pas la novella du siècle, mais ça se lit agréablement, d'autant plus que les dernières pages sont, sans être une apothéose, bien réussies. Un bon texte.

Couverture : Aurélien Police
D'autre avis : TmbM, FeydRautha, Apophis, Yogo, Lorhkan, L'Ours inculte, Vert, Xapur, Lune, Anudar, Célindanaé, ...


Sixième escale, Bretagne, pour le #DéfiCortex