mardi 17 février 2026

Elly Bangs - Unity

Unity, Elly Bangs, 2021, 360 pages

Dans la cité sous-marine de Bloom City, Danaë (sur)vit sous la terreur du clan des Méduses. Il faut pourtant qu'elle parte au plus vite pour atteindre un mystérieux rendez-vous dans le désert. Aidé de Naoto, son ami graffeur, elle va embaucher Alexeï, un mercenaire tourmenté, pour la sortir de là.

Démarrant sans scène d'exposition ni explications, Unity est le genre de roman que l'on apprend à comprendre sur le tas. Ce choix d'attendre près de la moitié du récit avant de donner des détails clairs sur le passé des personnages s'avère une bonne décision tant la compréhension parvient à se faire sans ça - je remercie tout de même mes lectures préalables de Adam-Troy Castro et Daniel O'Malley - au point de rendre les explications finalement presque inutiles. Cela n'en demeure pas moins un peu perturbant au démarrage, laissant presque une fausse impression sur ce que le livre est. Les premières pages crient "blockbuster post-apo" mais le récit ne tombera jamais pleinement dans ces deux termes - qui ne sont pas ce que je préfère, ça tombe bien. Il en aura des influences fortes et en prendra des qualités, mais Elly Bangs va proposer plus que ça et y développer plus de subtilités.

Unity est un roman qui porte très bien son nom. Il y est question d'unité sous de multiples formes, à la fois avec soi-même, avec les autres et avec le monde dans son ensemble. Il y est question de l'union nécessaire qui elle-seule peut amener à la compréhension et à l'acceptation. Cela peut paraitre un peu simpliste dit ainsi mais ce n'est nullement le cas sous la plume d'Elly Bangs. C'est un roman riche qui traite de nombreux sujets connexes mais qui n'est jamais plus marquant que lorsqu'il parle de tout un chacun.

Unity est un roman dur, d'une couleur grisâtre tirant sur le noir mais qui ménage pourtant une pointe de lumière au bout du tunnel de la haine et de la violence humaine. C'est surtout un roman qui ne cesse de s'améliorer au fil des pages, jusqu'à une excellente fin, apothéose d'un récit qui unit admirablement bien son histoire et ses idées.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Gilles Goullet
D'autres avis : Le Maki, Alias, Gromovar, Le nocher des livres, Anne-Laure, Célinedanaë, Apophis, Anudar, ...

mercredi 11 février 2026

Keigo Higashino - Le Fil de l'espoir

Le Fil de l'espoir, Keigo Higashino, 2019, 363 pages

Le Fil de l'espoir est la quatrième enquête traduite en français mettant en scène le personnage de Kaga Kyōichirō (Les Doigts rouges, Le Nouveau, Les Sept Divinités du bonheur). Sauf qu'il n'a cette fois qu'un rôle de superviseur et de personnage secondaire. C'est son jeune cousin Matsumiya, déjà rencontré précédemment, qui va être au centre du récit. Doublement même : à la fois pour résoudre l'affaire d'une femme retrouvée morte dans son salon de thé mais aussi pour son histoire personnelle avec la découverte que son père n'est pas aussi mort qu'il le croyait. Deux mystères qui ne sont pas liés mais auront des thématiques communes : les secrets de famille, les non-dits et la parentalité.

Malgré la potentielle déception de ne pas voir Kaga et ses déductions à l'oeuvre, Le Fil de l'espoir est une nouvelle belle réussite de la part de Keigo Higashino. Ce n'est pas son plus marquant, notamment parce que l'enquête y est encore plus minime que dans d'autres - au point d'en faire quasiment plus un drame familial qu'un pur polar - mais cela fonctionne tout de même très bien et ça se lit avec avidité. L'auteur y fait toujours preuve de son ton particulier, assez doux, qui donne des airs cosy à une histoire qui est pourtant dramatique à plus d'un titre. Et comme d'habitude, l'ensemble est admirablement bien construit et mené, réservant toujours une petite révélation supplémentaire. Une nouvelle preuve que même avec peu de personnages, peu de rebondissements et peu de fausses pistes il est possible, quand on s'appelle Keigo Higashino, de faire beaucoup et d'offrir un nouveau très bon roman.

Couverture : Koji Kitai / Traduction : Sophie Rèfle

jeudi 5 février 2026

Bulles de feu #82 - Janvier 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Mouais


Eco T.2-3/3 - Guillaume Bianco et Jérémie Almanza

L'univers graphique est fort et unique et l'idée générale est bonne et assez satisfaisante. Mais des transitions et un rythme parfois un peu brusque, une héroïne peu appréciable et globalement une histoire peu engageante.
Bien / Ok / Correct


Kaiju n°8 T.14/? - Naoya Matsumoto

Un manga de pur combat, définition : Kaiju n°8.


Teenage Mutant Ninja Turtles - The Last Ronin II - Re-Evolution T.3/? - Tom Waltz, Kevin Eastman, Esau Escorza, Isaac Escorza et Ben Bishop

Un bon tome dans la continuité de l'univers des deux premiers mais qui peut se lire indépendamment. Une nouvelle génération de tortues mais une histoire bien moins nouvelle. Ça manque d'un quelque chose pour dépasser le stade du correct.


Vagabond T.14-15/37 - Takehiko Inoue

Changement de perspective avec ce duo de tomes consacré à Kojiro Sasaki, le sabreur sourd, un personnage fascinant. Ça peut quasiment se lire comme une bonne oeuvre à part.


Kagurabachi T.1/? - Hokazono Takeru

Ça respecte les codes du shonen mais l'idée est bonne, c'est compréhensible et il y a une crédibilité pour que ça tienne sur la durée. Un très bon premier tome.


Slam Dunk T.10-11/20 - Takehiko Inoue

Du basket, du basket et du basket, tout ce qu'on en attend en somme. Avec un vrai bon nombre de personnages charismatiques.
Très bien


Ulysse & Cyrano - Antoine Cristau, Xavier Dorison et Servain

Une excellente BD "de terroir" pleine d'amour de la cuisine, qui n'invente rien mais qui est très bien menée, avec des personnages attachants et des cases de taille généreuse joliment dessinées. Un régal à lire.


Tokyo, ces jours-ci T.1-3/3 - Taiyo Matsumoto

Un manga sur l'univers du manga, coté mangaka et éditeur, qui fonctionne surement encore mieux en connaissant déjà un peu ce monde. Un ton particulier qui offre une lecture unique, à la fois désenchanté (et lucide) sur les difficultés du métier et la perte des illusions mais jamais désespéré pour autant, plein d'un amour sincère pour le manga.
Excellent


L'Abîme de l'oubli - Paco Roca et Rodrigo Terrasa

Une excellente BD sur le sujet sensible de l'ouverture des fosses communes de l'Espagne franquiste. Puissant et poignant mais toujours avec dignité et respect. Admirablement bien construit, c'est passionnant du début à la fin et jamais lourd. Une très grande oeuvre.

vendredi 30 janvier 2026

Louise Carey - Mutinerie

Mutinerie, Louise Carey, Tome 3/3 de Le Programme Harlow, 2023, 393 pages

Quelques mois séparaient la fin de Aux ordres du début de Insubordination. C'est de nouveau le cas avec ce troisième tome. Quelques mois qui n'ont pas changé la situation mais ont permis aux héros - comme à leurs lecteurices - de se poser un peu, de reprendre des forces et d'être prêt à repartir de l'avant.

Mutinerie est une très bonne conclusion à la trilogie, dans la droite lignée des deux premiers volumes. Aucune surprise au programme : le récit ne révolutionne rien mais l'histoire est plaisante à suivre et les personnages sont attachants - particulièrement l'évolution de la relation amicale entre Tanta et Cole. Ça se dévore comme une bonne série télé, où suivre les personnages est aussi important, voire plus, que leurs actions en elles-mêmes. Des actions qui ont d'ailleurs le bon goût de ne pas être trop nombreuses, de ne pas du tout faire "liste de péripéties" et de ne pas tourner au blockbuster.

Mutinerie est un tome totalement satisfaisant, à l'image du Programme Harlow dans son ensemble. Sans incroyable coup d'éclat peut-être mais, surtout, sans aucune fausse note. Une très bonne conclusion pour une série dont la qualité et le plaisir procuré auront été constants de la première à la dernière page.

Couverture : Simon Prades / Traduction : Florence Bury

samedi 24 janvier 2026

Lucie Baratte - Roman de Ronce et d'Épine

Roman de Ronce et d'Épine, Lucie Baratte, 2024, 205 pages

Deux soeurs jumelles. Ronce la blonde qui s'épanouit à l'intérieur en brodant. Épine la brune qui s'épanouit à l'extérieur en chassant. Filles de baron, elles vivent dans un château isolé, en marge d'une mystérieuse forêt dont le coeur est réputé dangereux et maudit.

Roman de Ronce et d'Épine est un ouvrage étonnant à plus d'un titre. À commencer par l'écriture de Lucie Baratte, à la rythmique particulière, qui nécessite quelques pages pour s'acclimater. Ce qui arrive rapidement et participe de l'ambiance particulière du roman. Une ambiance d'abord feutrée - un quasi-huis clos où seulement une poignée de personnages interagissent - qui va peu à peu s'enfoncer dans le fantastique que le pitch laisse présumer. Un fantastique de conte de fées avec des "princesses" et une forêt enchantée, mais pas la version Disney, la version originelle, celle des contes terribles et sombres.

À ma plus grande surprise et sans que je l'explique totalement, Roman de Ronce et d'Épine m'a emballé dans sa première partie, celle qui est la plus ancrée dans la réalité et qui voit les deux héroïnes grandir et se développer. J'ai malheureusement un peu décroché dans la deuxième partie, celle qui tombe dans le fantastique, parce que l'univers devient très sale et peu agréable à parcourir et parce que la finalité est assez floue, il m'a manqué quelque chose à quoi me raccrocher. Mais il n'en demeure pas moins une très forte ambiance et une écriture marquée qui donne envie de poursuivre la découverte de l'autrice.

Couverture : Tristan Bonnemain
D'autres avis : Alys, ...