jeudi 30 août 2018

Franck Ferric - Trois oboles pour Charon

Trois oboles pour Charon, Franck Ferric, 2014, 301 pages.

Livre lu il y a plusieurs mois, mais non-chroniqué ici-bas. Par souci d'exhaustivité, en voici quelques rapides bafouilles encore plus courtes que d'habitude, sur la base de mes souvenirs.

J'avais en tête, avant lecture, que beaucoup avait souligné le côté répétitif du roman, le récit contant les différentes vies, sans cesse recommencées, du héros. La bonne surprise, c'est que je n'ai pas eu cette impression, trouvant le récit équilibré et s'arrêtant avant de tomber dans la routine.

Trois oboles pour Charon est un bon livre, tant dans la forme que dans le fond. Le seul "bémol" : c'est un peu déprimant, comme on peut s'en douter vu le thème et le mythe revisité.

jeudi 23 août 2018

Fabien Clavel - Feuillets de cuivre

Feuillets de cuivre, Fabien Clavel, 2015, 329 pages.
« - Une bibliothèque, c'est une âme de cuir et de papier. Il n'y a pas meilleur moyen pour fouiller dans les tréfonds d'une psyché que de jeter un oeil aux ouvrages qui la composent. (...) Me croiriez-vous si je vous disais que j'ai résolu toutes mes enquêtes à partir de livres ? »
Ainsi parle, pense et agit Ragon, le policier héros des Feuillets de cuivre, un livre où tout tourne, d'une manière ou d'une autre, autour de la littérature. Tout en restant, fort heureusement, parfaitement lisible pour qui n'a pas les références : Fabien Clavel n'étale pas son savoir, il l'utilise à bon escient en n'oubliant pas ses lecteurs et en ne les rabaissant pas.

Mais avant Fabien Clavel, je dois remercier Étienne Barillier pour cette lecture, lui qui signe une magnifique préface m'ayant convaincu au moment où je doutais de lire un nouveau roman "steampunk lambda". Et lambda il en est loin, l'aspect steampunk, un steampunk fantastico-ésotérique, étant ici un arrière-plan et non pas l'élément primordial du livre. Mais Étienne Barillier détaille ça bien mieux que moi et vous convaincra assurément, donc n'hésitez pas à lire la préface si vous passez devant le roman !

Roman ou fix-up d'ailleurs, la frontière est mince. La première partie étant un enchainement de courts chapitres - nouvelles - détaillant chacun une enquête avant que la seconde partie ne se concentre sur un duel Moriarty-esque. Car osons la comparaison facile : lire les aventures de Ragon, c'est comme lire du Sherlock Holmes, où le plaisir n'est pas, en tant que lecteur, de résoudre l'énigme mais bien d'admirer les démonstrations d'intelligence et de logique du détective. Et elles sont ici à la hauteur.

Ces Feuillets de cuivre sont donc un grand livre - jusque dans son écrin - qui ne peut se résumer à du steampunk, du polar ou un hommage à la littérature. C'est un savant assemblage de tous ces ingrédients, et bien d'autres, par le maître horloger Clavel qui ménage ses effets et garde toujours un tour dans sa manche. Il mérite de passer outre quelques scènes un peu - très - crues : la récompense vaut très largement l'effort.

« - Et comment procédez-vous lorsque la victime ne possède pas de publications ?
- Dans ce cas, il s'agit d'un meurtre sans intérêt et sans finesse. Ces affaires ne méritent même pas d'être mentionnées. Elles reposent toujours sur les mêmes canevas primitifs. On les résout en un claquement de doigts. »

jeudi 16 août 2018

Lisa Tuttle - Ainsi naissent les fantômes

Ainsi naissent les fantômes, Lisa Tuttle, 1984-2007, 280 pages.

Ainsi naissent les fantômes est un recueil de 7 nouvelles fantastiques lorgnant sur l'horrifique, ou tout du moins sur le très étrange (pléonasme ?). Je m'attendais à ne pas apprécier, n'étant pas du tout mon genre de prédilection, mais j'ai tout de même voulu lui laisser sa chance devant les innombrables bons retours le concernant.

Et comme prévu - malheureusement - l'expérience fut ratée. L'écriture n'est pas mauvaise, indéniablement, et il y a même de bonnes idées de départ, mais soit je n'ai pas été touché, soit je me suis juste senti mal à l'aise, un sentiment que je ne recherche pas en lisant. Au moins maintenant je suis fixé, ce n'est définitivement pas pour moi.

Pour de vrais avis, de personnes ayant appréciées voire adorées, c'est par ici :

jeudi 9 août 2018

G.R.R. Martin, Gardner Dozois et Daniel Abraham - Le Chasseur et son Ombre

Le Chasseur et son Ombre, G.R.R. Martin, Gardner Dozois et Daniel Abraham, 2008, 390 pages.

Je n'ai pris aucun risque en tentant ce livre : au pire, pensais-je, je pourrai dire que j'ai lu un roman écrit par six mains, un fait rare en soi. Et puis patatra, le manque de bol : en plus c'est une bonne lecture.

Sur une planète vierge, colonisée depuis seulement une génération par l'homme, Ramon Espejo est un prospecteur solitaire, cherchant tout autant des gisements que l'éloignement d'une ville où ses vices ont trop facilement l'occasion de ressortir. Mais qui sait sur quelle découverte on peut tomber au beau milieu de nulle part...

Volontairement, je n'évoque pas trop le contexte SF de l'oeuvre, bien qu'il soit intéressant, car ce n'est pas pour cette raison qu'il faut lire Le Chasseur et son Ombre, au risque d'être déçu. Imaginez que l'on vous expose les grandes lignes d'une gigantesque guerre et que l'on ne vous conte qu'une petite escarmouche, sans jamais avoir le dénouement de la grande guerre. Potentiellement frustrant, non ? C'est un peu le cas ici.

Ce qui n'empêche pas "l'escarmouche" - toujours métaphoriquement, hein - d'être tout à fait passionnante. Et si Le Chasseur et son Ombre peut surement se classer dans les romans d'aventure, il est pour moi bien plus que ça, bien meilleur que ça, tant il fait la part belle à l'humain, dans les faits comme dans les réflexions.

Certes, on peut avoir le sentiment que cela aurait pu être encore plus grand, encore plus incroyable - ce qui est loin d'être sûr, d'ailleurs. Mais ce n'est nullement le ressenti principal. Avant tout, Le Chasseur et son Ombre est une très bonne lecture, plaisante et sensée. Et c'est tout ce qui compte.

Nota : Cette édition ne comporte pas d'explication sur les coulisses de l'écriture à six mains. Heureusement, la grande réponse de l'Internet nous en dit plus. En très résumé, Dozois a écrit l'idée de départ, Martin l'a développée puis Abraham l'a terminée sous forme de novella et enfin Dozois a repris le tout pour en faire un roman plus conséquent.

D'autres avis : Gromovar, Lorhkan

dimanche 5 août 2018

Alfred Bester - L'Homme démoli

L'Homme démoli, Alfred Bester, 1953, 309 pages.

New-York, 2301. Mars et Vénus ont été conquises, tout comme divers satellites. Surtout, le crime a été aboli grâce à la présence de plus en plus importante de télépathes, détectant les envies de meurtres avant qu'ils aient lieu. Pourtant, Ben Reich, à la tête d'un puissant conglomérat, doit tuer Craye D'Courtney, son rival de toujours.

Si l'homme s'est envolé dans les étoiles et a progressé technologiquement, le futur n'est ici qu'un cadre qui ne sera guère développé. Alfred Bester préfère se concentrer sur l'humain et l'apparition des télépathes, évolution de l'homme, via le duel entre un meurtrier et un policier télépathe, le premier cherchant à échapper au second. Ça se lit comme un bon polar ou thriller, avec en prime un cadre SF et quelques passages étourdissants en fin d'ouvrage.

L'Homme démoli a été le tout premier lauréat du Prix Hugo, en 1953. Et il n'a pas pris une ride depuis. À une exception près - une machine qui fait son âge - le cadre présenté est toujours cohérent et plausible. N'est-ce pas déjà la preuve d'un grand livre ?
« Existent et ont existé des mondes et des cultures sans fin, chacun d'eux cultivant l'orgueilleuse illusion qu'il est unique dans l'espace et dans le temps. Et des hommes sans nombre ont souffert de la même mégalomanie ; des hommes qui s'imaginaient uniques, irremplaçables, inimitables. D'autres viendront... et d'autres encore, à l'infini. Voici l'histoire d'un tel moment et d'un tel homme... L'homme démoli. »