lundi 28 décembre 2020

Tade Thompson - Les Meurtres de Molly Southbourne

Les Meurtres de Molly Southbourne, Tade Thompson, 2017, 111 pages
« Deux ans plus tard, Molly continue de se réciter les règles :
Si tu te vois toi-même, cours.
Ne saigne pas.
Une compresse, le feu, du détergent.
Si tu trouves un trou, va chercher tes parents. »
Ainsi sont les règles qui dictent la vie de Molly Southbourne, en tant que jeune fille puis jeune femme, et qui résument à elles-seules tout ce qu'il faut savoir de l'intrigue de cette novella.

Les Meurtres de Molly Southbourne est un récit auréolé d'une qualification d'horrifique - un genre que je fuis. Heureusement, cet aspect est finalement assez soft, en tout cas aisément lisible, plus "douloureux" que réellement "horrifique" - au moins pour les 50% de la population qui ont la vie facile. Ce n'est pas une novella gentillette, mais elle est assurément lisible par le plus grand nombre.

Les Meurtres de Molly Southbourne est donc, en dépit de son histoire et de son titre sanglants, une novella qui se lit très bien. Une fluidité qui provient en partie d'un découpage en petites sections qui offre des rebonds réguliers ainsi que d'un récit prenant qui donne envie d'avoir le fin mot de l'histoire. Cette curiosité sera d'ailleurs satisfaite, avec une certaine part d'explications, et ce malgré une fin ouverte - mais un récit néanmoins complet - qui donne terriblement envie d'en lire plus. Ça tombe bien, d'autres novellas sont écrites ou en projet, dont La Survie de Molly Soutbourne, toujours dans l'excellente collection Une Heure-Lumière.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jean-Daniel Brèque
D'autres avis : Vert, TmbM, Le chien critique, Chut... maman lit !, L'ours inculte, Apophis, FeydRautha, Xapur, Anouchka, lutin82, Sometimes a book, Gromovar, Célindanaé, Lorhkan, Elhyandra, OmbreBones, Yogo, Boudicca, Dionysos, Marc, Yuyine, ...

mercredi 23 décembre 2020

Ray Bradbury - Un dimanche tant bien que mal

Un dimanche tant bien que mal, Ray Bradbury, 1950-1976, 186 pages

Un dimanche tant bien que mal est un recueil de 10 nouvelles, dont les deux dernières (Le Terrain de jeu et Mañana) furent initialement publiées à la suite du célèbre Fahrenheit 451, où l'aspect imaginaire est léger voire parfois absent. Des nouvelles globalement courtes, d'une quinzaine de pages en moyenne, qui affichent une certaine vivacité dès les premières lignes.

Ce sont malgré tout les ambiances qui font le principal point d'intérêt de ce recueil. À partir de situations ou personnages ordinaires, Ray Bradbury trace des récits simples, parle d’acceptation et de bienveillance, et crée des finals à sentiments plutôt qu'à chutes. Des sentiments quasi-mélancoliques mais certainement pas dénués d'une grande beauté. Jusque dans le bijou qu'est Le Plus sage de la sagesse, sublime nouvelle pleine de non-dits entre un grand-père et son petit-fils, qui vaut à elle-seule le détour.
« "Grandpa", dit Tom, (...) "tu t'inquiètes pour moi ?
- Non." Le vieil homme ajouta : "Mais quant à ce que fera la vie de toi, comment elle te traitera, bien ou mal -
ça, ça me fera veiller tard le restant de mes nuits." »
Couverture : Vincent Froissard / Traduction : Roland Delouya & Henri Robillot

vendredi 18 décembre 2020

Écran de fumée #16 - Sur OCS

Run, Saison 1 (série terminée), 2020, 7 épisodes de 25-30 minutes

17 ans auparavant, Billy et Ruby ont fait un pacte : si l'un des deux envoie par sms "RUN" à l'autre et que ce dernier lui répond de même, ils laisseront tout derrière eux et partiront ensemble.

Sur un pitch intrigant, Run navigue ensuite entre deux eaux : la comédie romantique, évidemment, auquel s'ajoute une sorte de thriller à la limite parfois du over the top. Ça fonctionne malgré tout grâce à la bonne prestation des deux acteurs principaux et c'est pendant longtemps une sympathique et fraiche "dramédie romantique".

Malheureusement, les incohérences se multiplient au fil de la saison jusqu'à une fin particulièrement ratée. Et comme la série n'a pas été renouvelée pour une deuxième saison, mieux vaut s'éviter cette frustration en regardant autre chose. Avec regret, car le potentiel était bien là et le début si engageant.


Devils, Saison 1, 2020, 10 épisodes de 50 minutes

Alors que tout semble le destiner à devenir PDG adjoint de la New York London Investment Bank, Massimo Ruggero, trader talentueux, se voit finalement refuser le poste par son mentor Dominic Morgan. En explorant les raisons derrière ce choix, Massimo va mettre le doigt dans un gigantesque engrenage qui le conduiront dans les secrets les mieux gardés du monde de la finance.
 
Devils est une série sur les dessous du monde de la finance, et donc du monde de manière générale. les banquiers y sont les rois, jouant avec les nations et les institutions comme avec des pions. La série s'attache à montrer ces mécanismes, avec un aspect pédagogique visible mais relativement bien intégré,  ainsi que leurs conséquences. Les "devils" - les diables - du titre, ce sont ces grands financiers. Y'a-t-il besoin d'en rajouter sur le parti pris de la série ?

L'originalité principale de la série vient de l'intégration de séquences réelles, de reportages ou de conférences de presse notamment, s'étant déroulées pendant la crise économique de 2008. Car le cadre de la série, c'est notre réalité. Ce n'est peut-être pas parfait, mais c'est une belle tentative.

C'est d'ailleurs ce qu'on peut globalement dire de la série : imparfaite mais avec de bonnes idées. Elle tente d'ailleurs peut-être trop de choses pour son propre bien. Entre les rouages financiers, un miroir de notre monde, un thriller à coup de "qui mène la danse ?" et des flashbacks, elle en oublie de se focaliser sur le duel entre Massimo et Dominic qui est pourtant présenté comme le centre de la série - dans chaque introduction d'épisode notamment. Une confrontation plus directe qui arrivera peut-être dans la saison 2. Et si elle corrige en plus quelques petits problèmes de rythme, le potentiel pourrait se réaliser. Est-ce que j'en serai ? Pourquoi pas.


Succession, Saisons 1-2, 2018-2019, 10 épisodes de 55 minutes par saison

Patron d'un gigantesque conglomérat de chaines de télévision, de parcs d'attractions et de croisières, Logan Roy doit passer la main de l'entreprise familiale à son fils Kendall. Ou plutôt devait, car le milliardaire change finalement d'avis et reste aux commandes. L'occasion pour toute la famille d'essayer d'être dans les bonnes grâces du doyen et d'avoir dans le futur sa part de la succession.

Cette série n'a de prime abord rien pour être appréciable. Les personnages sont antipathiques au plus haut point, voire gênants à regarder dans de nombreuses situations, et, plutôt que de chercher un personnage à chérir, on se retrouve rapidement à se demander lequel est le plus détestable. Et pourtant.

Pourtant ça fonctionne et ça devient rapidement prenant, nous scotchant à l'écran. Les personnages gagnent certes en profondeur et en caractère au fil des épisodes - sans jamais être pleinement appréciables, la réalisation n'oublie jamais de nous rappeler à quel point ils sont infects - mais la principale qualité de Succession, c'est son écriture. Le scénario est ciselé, le rythme est excellent, toutes les scènes sont utiles, les rebondissements sont de qualité et la tension dramatique est complètement au rendez-vous.

Et le pire dans tout ça ? Tout cet univers qui semble parfaitement improbable et too much - bien que très librement inspiré de Rupert Murdoch - doit être désespérément proche de la réalité. Un petit bijou de série, étonnamment méconnue au regard de sa très grande qualité.

D'autres avis : Tigger Lilly - merci pour la découverte ! -, ...

dimanche 13 décembre 2020

Colson Whitehead - Ballades pour John Henry

Ballades pour John Henry, Colson Whitehead, 2001, 619 pages
« Il ne sait même pas si c'est une histoire. Il sait seulement que ça mérite d'être raconté. »
En 1996, à Talcott, Virginie-Occidentale, se tient un festival dédié à John Henry. Au cours de cette première édition est aussi lancé un timbre postal célébrant le personnage. C'est ce double évènement, ayant réellement eu lieu, qui est le point central de la narration de Colson Whitehead. Il en imagine le déroulé fictif, notamment par le regard du journaliste J. Sutter, un "parasite" avide de notes de frais.

Mais le vrai point central, comme indiqué par le titre, est John Henry, personnage du folklore américain, colosse martelant les montagnes pour faire avancer le chemin de fer et qui aurait vaincu en duel un marteau à vapeur. Sa présence est le centre d'une sorte de grand schéma heuristique où l'auteur disperse ses idées, ses angles, ses personnages, ses scènes, tout en parvenant à ne jamais paraitre décousu et à garder un fil - le festival John Henry - auquel se raccrocher.

Ballades pour John Henry est un ouvrage éminemment riche et passionnant. Colson Whitehead y fait apparaitre plusieurs figures historiques, de Guy B. Johnson à Paul Robeson en passant notamment par le festival d'Altamont, qui donnent chacune envie de multiplier les recherches. Mais au-delà du passionnant aspect historique, l'auteur propose un rapide panorama de la condition noire aux États-Unis au XXème siècle - peu reluisant évidemment, dans un continuel rappel du blanc au noir qu'il n'est pas de la bonne couleur. Entre autres multiples choses.

D'un très bon niveau général, l'écriture de Colson Whitehead se fait même éclatante par moment avec quelques fulgurances (le monologue des ampoules, la description de la fête foraine, ...) époustouflantes. L'auteur est surtout doué d'une grande lucidité qu'il arrive à mettre en mot pour dire la réalité telle qu'elle est, aussi peu glorieuse soit-elle. Mais plus que la misère extérieure, c'est la misère intérieure qui est en lumière ici, la quête de chacun pour trouver sa place en ce monde. Colson Whitehead a lui pleinement trouvé la sienne : nous conter la vie passée et présente de manière magistrale.

Couverture : Photo © Benelux Press - Getty Images / Traduction : Serge Chauvin

mardi 8 décembre 2020

Rosa Montero - Le Poids du coeur

Le Poids du coeur, Rosa Montero, Tome 2/? des aventures de Bruna Husky, 2015, 356 pages

Nouvelle aventure et nouvelle enquête pour Bruna Husky, la réplicante détective privée découverte dans Des larmes sous la pluie. Sans surprise, l'héroïne se trouve mêler à un nouveau mystère, un vol en apparence lambda qui révèlera des implications bien plus importantes. Elle y est accompagnée de camarades déjà connus auxquels s'ajoutent de nouvelles têtes, dont une jeune orpheline au caractère bien trempé.

Le Poids du coeur perd logiquement l'effet de surprise du premier volume et propose un déroulé assez classique, en plus d'une première partie où l'héroïne ressasse un peu trop les problématiques du tome précédent. Il reste néanmoins une bonne lecture, qui fait le boulot efficacement, continuant l'évolution du personnage de Bruna Husky tout en gardant ses qualités en matière de réflexion et le développement d'un certain futur. Avec en bonus un coup de projecteur intéressant sur Onkalo. De quoi donner envie de poursuivre l'aventure avec le troisième tome.

Couverture : Shutterstock / Traduction : Myriam Chirousse
D'autres avis : Lune, Lorhkan, Lhisbei, Yogo, Le chien critique, Gromovar, ...

jeudi 3 décembre 2020

Catherine Dufour - Entends la nuit

Entends la nuit, Catherine Dufour, 2018, 348 pages

Fraichement embauchée en tant que chargée de veille dans une grande boite parisienne, Myriame fait la rencontre virtuelle de Duncan Vane, supérieur hiérarchique mystérieux. C'est le coup de foudre. Mais Duncan n'a pas seulement l'air mystérieux : il sort réellement de l'ordinaire et pourrait même s'avérer dangereux.

Entends la nuit est une romance, avec tout ce qui va avec. Catherine Dufour y apporte toutefois deux choses. Premièrement sa verve habituelle, particulièrement enchantante durant la première moitié du récit, à mettre régulièrement un sourire aux lèvres. Deuxièmement un souci de crédibilité et de réalisme - au-delà de l'aspect fantasy, évidemment, bien que l'effort soit aussi présent à ce niveau - qui offre des raisons et réflexions intelligibles.

Si Entends la nuit est objectivement un bon livre, j'ai eu plus de mal, subjectivement, à l'apprécier tout du long. La faute à un aspect érotico-flirt qui aura fini par me lasser, perdant mon intérêt pour le devenir des deux personnages, et à un passage un peu plus confus sur la fin de l'ouvrage. N'en reste pas moins une création d'univers bluffante et des choix remarquables qui apportent un vrai plus au récit. Le miracle n'a pas eu lieu pour moi, mais les non-allergiques à la romance devraient se régaler.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Tigger Lilly, Vert, Chut... maman lit !, Célindanaé, Brize, lutin82, OmbreBones, Boudicca, Marc, ...

samedi 28 novembre 2020

Bulles de feu #29 - Tillie Walden

Dans un rayon de soleil, Tillie Walden, 2017, 535 planches

Quelque part dans les étoiles, quelque part dans le futur. Mia se voit engager au sein d'un vaisseau arpentant l'espace pour accomplir des missions de rénovation sur des bâtiments délabrés et laissés à l'abandon. Elle y fera connaissance - et se nouera d'amitié - avec les quatre autres membres d'équipage, tout en se remémorant ses dernières années d'internat, en particulier sa rencontre avec Grace.

Ce pitch de départ n'est pas nécessairement engageant. Ses premières pages non plus d'ailleurs, déstabilisantes tant par les designs étonnants de ce monde que par une intrigue floue, voire inexistante. Et par premières pages, je veux dire sa première centaine - Dans un rayon de soleil n'est pas une brique, c'est un mur tout entier. Heureusement, celles-ci coulent malgré tout très facilement, en étant très visuelles sans demander une grande concentration dans le détail.

Et puis, sans m'en rendre compte, le petit quelque chose qui manquait est apparu, le mélange a pris et je me suis retrouvé happé par l'ambiance créée par ce dessin si particulier et encore plus par le destin de ces attachants personnages. Car ce sont bien eux qui portent le récit : pas de grands rebondissements ou d'actions à gogo ici, juste une belle aventure et une jolie histoire pleine de tolérance, tendre et touchante.

Quelques planches ici.

J'adore ce passage, Tillie Walden, 2016, 60 planches

Avec une case par page, résumer l'intrigue - enfin, "intrigue" - reviendrait à divulgâcher l'entièreté du récit. On peut y voir des idées, un propos, une proposition, un style, un concept. Mais ça reste surtout parfaitement anecdotique. Ça ne prend que 5 minutes à lire, certes, mais bon.


Spinning, Tillie Walden, 2017, 392 planches

Spinning est un ouvrage autobiographique de Tillie Walden. Elle y raconte son adolescence avec comme point d'ancrage principal le patinage artistique, une passion qui évolue au fil des ans et des évènements, qui évolue en même temps que sa pratiquante. Car plus qu'une histoire sportive, c'est une histoire humaine, de découverte, de lutte et d'apprentissage.


Tillie Walden est en effet cette autrice-là. Elle ne semble jamais chercher à faire passer un message, rien ne semble jamais forcé ou exagérément appuyé. Au contraire, Tillie Walden se raconte simplement, honnêtement, personnellement et intimement. Le résultat n'en est que plus universel, un récit attachant où se nouent au fil des pages de nombreux sujets - l'acceptation de soi, la pression sociale, les normes, les agressions quotidiennes et tant d'autres - au combien importants. Comment être soi dans un monde qui semble tout faire pour le refuser ? Tillie Walden n'apporte pas la solution mais un témoignage. Un sublime témoignage.

Quelques planches ici.

lundi 23 novembre 2020

Graham Joyce - Comme un conte

Comme un conte, Graham Joyce, 2012, 443 pages

Le jour de Noël, des coups se font entendre à la porte de Dell et Mary. Dehors attend Tara, leur fille, disparue depuis 20 ans, légèrement changée mais qui ne semble pas avoir vieillie de plus de 6 mois. Et ce pour une bonne raison : elle aurait été enlevée par des fées.

Comme un conte est un bon livre sur le thème de l'enlèvement par les fées. Assez classique dans l'intrigue comme dans la forme, Graham Joyce traite bien plus l'histoire en tant que telle que les thématiques de vérité et de réalité - présentes évidemment, mais en second plan.

Il est en cela bien différent de - l'excellent - La Fracture de Nina Allan (auquel je n'ai pu m'empêcher de penser durant toute ma lecture) qui traitait lui aussi du retour d'un être disparu mais en jouant à fond la carte du flou et de l'incertitude. Comme un conte est en cela bien plus clair, plus simple, plus frontal. Il est dans le même temps bien moins excitant et enthousiasmant. S'il aura pâti de la comparaison, il reste néanmoins un bon livre, un peu froid mais facile et plaisant à lire.

Couverture : Fabrice Borio/Shutterstock / Traduction : Louise Malagoli
D'autres avis : Vert, Lune, Xapur, Elhyandra, Lullaby, ...

mercredi 18 novembre 2020

Écran de fumée #15 - Pépites françaises

Moah, Saison 1, 2020, 10 épisodes de 20-25 minutes

Moah conte l'histoire de Moah, un jeune homme préhistorique vivant au sein d'une petite tribu. Né ailleurs, Moah est différent, sensiblement plus malin que ses comparses, ce qui va tout autant lui amener des contrariétés que des solutions à ces mêmes problèmes.

Moah est surtout un petit OSNI - Objet Sériel Non Identifié - car il ne comporte ni musique, ni dialogue dans une langue connue. Un mélange forcément déroutant au démarrage mais qui s'avère rapidement assez hypnotisant. Les bruits de la nature, seul fond sonore (ou presque), apportent une ambiance suffisante et les acteurs, les excellents acteurs, parviennent à faire comprendre tout ce qu'il y a à comprendre, en plus d'une réalisation très maline, vraiment accrocheuse et qui ne fait nullement cheap.

L'histoire quant à elle est forcément plus limitée que d'autres séries mais développe tout de même un fil principal et quelques secondaires. Sorte de comédie dramatique, la série démarre de manière assez grave pour ensuite se tourner vers quelque chose de plus comique - de manière assez cru par moment, à éviter de regarder en prenant ses repas - et loufoque pour la majorité de ses épisodes. Si cela fonctionne bien car les épisodes sont courts, c'est peut-être le petit bémol pour le moment : la série aurait quasiment pu être plus ambitieuse et développer plus amplement une intrigue "sérieuse" qui reste sous-exploitée mais dont on sent le potentiel. Cela ne doit néanmoins pas venir ternir cette première saison : le pari Moah est tout à fait réussi.

À voir sur OCS.

18h30, Saison 1, 2020, 22 épisodes de 5 minutes

18h30, c'est l'heure à laquelle Éric et Mélissa, qui vient d'être embauchée, sortent du boulot. Allant au même arrêt de bus, ils ont un trajet de 5 minutes à passer ensemble tous les soirs. Ce sont ces 5 minutes qui sont mises en scène dans 18h30.

22 épisodes pour 22 trajets lors desquels la relation entre Éric et Mélissa évoluera, des débuts tendus à une certaine amitié - et quelques surprises, car si 18h30 donne l'impression d'être une comédie romantique, elle dévoilera aussi une part de drame. Si la relation entre les deux personnages, très bien incarnés par Pauline Etienne et Nicolas Grandhomme, est primordiale, c'est aussi et surtout la communication et ses difficultés qui sont au coeur de la série. Et ça sonne terriblement vrai.

18h30 est une petite pépite d'une excellente qualité, aussi intelligente sur la forme - tout en plan-séquence - que sur le fond, fraiche, jolie, tendre, plaisante et prenante. Websérie disponible gratuitement sur le site d'Arte, prévoyez deux heures pour dévorer d'une traite tous les épisodes.

Un grand merci à Zina pour la découverte ; à lire aussi la très bonne chronique de Dorothée Barba sur France Inter.

vendredi 13 novembre 2020

Claire Duvivier - Un long voyage

Un long voyage, Claire Duvivier, 2020, 314 pages

Banni de son village lorsqu'il était jeune, Liesse est parvenu à se faire une place dans le comptoir commercial qui sert d'avant-poste à l'Empire dans l'Archipel. C'est là qu'il fera la connaissance de Malvine Zélina de Félarasie, personnage d'importance de l'Empire, qu'il suivra pendant de nombreuses années. C'est cette rencontre et cette vie qu'il couche sur le papier dans un long récit à destination d'une certaine Gémétous.

Un long voyage est tout autant l'histoire, le parcours de vie, de Malvine que celle de Liesse, les deux étant aussi importantes et entrainantes l'une que l'autre. C'est aussi l'histoire d'un Empire sur le déclin, ainsi que celle d'une terre à ses confins. Le tout, même si la joie n'est pas toujours au rendez-vous - loin de là - dans une ambiance plutôt douce, un cocon de personnages attachants et un récit prenant, tout en simplicité et à taille humaine, où la part de fantasy est mineur - mais indispensable.

Et c'est excellent de bout en bout, sans fausse note ou perte d'intérêt à aucun moment. Il n'y a rien à ajouter ou à retirer, tout y est déjà, parfaitement à sa place, dans une construction et un rythme admirablement maitrisés par Claire Duvivier. Preuve en est le passage du temps, des mois, des années, que l'on ressent, que l'on voit passer, sans jamais que cela soit pesant ou vecteur de longueurs. Car si le voyage est long pour les personnages, il ne l'est jamais pour le lecteur. Il est comme il doit être : parfait de la première à la dernière ligne pour un très beau voyage, et bien plus que ça.
« Si le grandiose t'intéresse tant, Gémétous, prends la peine de te pencher également sur le trivial ; rappelle-toi que ce n'est pas à l'ombre de des légendes qu'on trouve le bonheur, mais auprès de la chair et du sang. Personne ne le sait mieux que nous deux. »
Couverture : Elena Vieillard
D'autres avis : Tigger Lilly, Lune, Chut... maman lit !, Célindanaé, Gromovar, Cédric, Brize, Anouchka, Yuyine, Lhisbei, FeyGirl, Marc, Boudicca, ...

samedi 7 novembre 2020

Ray Bradbury - Chroniques martiennes

Chroniques martiennes, Ray Bradbury, 1950, 318 pages

Le titre est explicite : Ray Bradbury conte ici quelques instants de vie sur Mars, des débuts de sa colonisation par les humains jusqu'à bien loin dans son expansion. Il élabore pour cela un fix-up, format idéal et excellemment bien utilisé par l'auteur pour exprimer ce qu'il a à exprimer. Ainsi chaque nouvelle vient à la fois proposer une histoire propre, qui se tient réellement par et pour elle-même, tout en participant à l'écriture d'un récit plus global qui court tout au long du recueil.

Et si la forme est excellente, le fond l'est tout autant. En plus de récits intéressants et variés, que ce soit les nouvelles les plus conséquentes comme les plus courtes venant ponctuer la trame générale à la manière d'interludes - L'Été de la fusée, qui ouvre le recueil, est tout simplement sublime -, Ray Bradbury offre un regard acéré sur l'être humain. Un regard doux-amer, où la découverte, l'émerveillement et l'imagination de l'auteur apporte une douceur bienvenue quand l'humanité et l’inéluctabilité de sa bêtise apporte une touche d'amertume malheureusement nécessaire.

Un classique qui mérite amplement son statut - et ses innombrables rééditions - et qui, à quelques rares visions féminines vieillottes près, n'a presque pas pris une ride. Si ce n'est pas encore fait, prenez vite un ticket pour Mars.

Couverture : Mark R. Wagner / Traduction : Jacques Chambon & Henri Robillot
D'autres avis : Lune, Le chien critique, Vert, Lorhkan, Xapur, ...

lundi 2 novembre 2020

John Scalzi - L'Effondrement de l'empire

L'Effondrement de l'empire, John Scalzi, Tome 1/3 de l'Interdépendance, 2017, 331 pages
« - La question n'est pas de savoir si elle en parlera mais si elle sera crue.
- C'est la vérité.
- Oh, ma fille... laissa tomber Huma, attendrie. Ne me dis pas que tu ignores le poids que revêt cette notion de nos jours.
»
Loin de la Terre, l'humanité vit désormais sur une multitude d'étoiles au sein d'un empire nommé l'Interdépendance, dirigé par trois forces - l'Église, le Parlement et les Guildes marchandes - au-dessus desquelles trône l'Emperox. Tout cela n'est possible que grâce au Flux, un réseau de voies plus rapides que la lumière qui est le seul moyen d'unir les différentes planètes et de les rendre viables. Mais des perturbations semblent toucher le Flux et mettre tout l'Empire en danger.

Si vous avez lu le titre du livre, vous vous doutez que les choses ne vont pas bien se passer. C'est d'ailleurs un bon indicateur de ce qui se trouve dans ce premier tome : l'important n'est pas le développement d'une grande intrigue politique à suspense mais bien la découverte et le suivi des personnages. Pour la surprise, on verra (peut-être) plus tard. L'Effondrement de l'empire est en cela un pur tome 1 de mise en place qui invite à lire la suite.

Présenté ainsi, ce n'est pas forcément engageant. Et pourtant c'est excellent. C'est prenant de la première à la dernière ligne, les personnages sont sympathiques, l'univers agréable à découvrir, le rythme est parfait et la plume efficace, sympathique et moderne de John Scalzi porte le tout. En résumé : ça se lit tout seul. Et une fois la dernière page tournée, une seule hâte : dévorer la suite.
« - Je travaillais dans le marketing. Avant de devenir prophétesse. Après également, mais nous n'appelions plus ça ainsi. »
Couverture : Sparth / Traduction : Mikael Cabon
D'autres avis : FeydRautha, Lutin82, Chut... maman lit !, Lune, Yogo, Shaya, Lorhkan, OmbreBones, Anudar, Célindanaé, Gromovar, Lianne, ...

mercredi 28 octobre 2020

Rich Larson - Rentrer par tes propres moyens

Rentrer par tes propres moyens, Rich Larson, 2013, 26 pages

Elliot est un jeune garçon qui aime nager. Son grand-père est actuellement numérisé, en attendant que la mère d'Elliot ait les moyens de lui offrir un clone pour lui permettre de revenir sous une forme physique. Mais la numérisation a ses limites et ses souvenirs commencent à s'étioler. Une solution peut lui permettre de gagner du temps : être installé dans la tête d'Elliot.

Rentrer par tes propres moyens est une très jolie nouvelle. Loin d'être joyeuse, elle traite avec une certaine simplicité, à hauteur d'homme, d'un thème dur et crucial. Le résultat est touchant, et si vrai.

Si cette nouvelle est à l'image du recueil, La Fabrique des lendemains est assurément à lire.

Nouvelle téléchargeable gratuitement jusqu'au 15 novembre sur le site du Bélial'.
Couverture : Jason Jarrach / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : FeydRautha, ...

samedi 24 octobre 2020

Colson Whitehead - Underground Railroad

Underground Railroad, Colson Whitehead, 2016, 398 pages

« Depuis la nuit de son enlèvement, elle avait été évaluée et réévaluée, s'éveillant chaque jour sur le plateau d'une nouvelle balance. Connais ta valeur et tu connaîtras ta place dans l'ordre des choses. Échapper aux limites de la plantation, c'eût été échapper aux principes fondamentaux de son existence : impossible.
C'était la grand-mère de Cora qui parlait à travers elle, ce dimanche soir où Caesar mentionna le chemin de fer clandestin, l'Underground Railroad, et où elle dit non.
Trois semaines plus tard, elle dit oui.
Cette fois, c'était la voix de sa mère.
»
Cora est une jeune esclave dans une plantation de coton en Géorgie. Sous l'impulsion de Caesar, un autre esclave arrivé il y a peu, elle va risquer sa vie et s'enfuir. Pour l'aider, elle pourra compter sur l'Underground Railroad, le chemin de fer clandestin, vaste réseau secret d'aide aux esclaves, matérialisé ici par Colson Whitehead sous la forme d'un véritable train souterrain.
« Cora ne savait pas ce que voulait dire « optimiste ». Ce soir-là, elle demanda aux autres filles si elles connaissaient ce mot. Jamais personne ne l'avait entendu. Elle décréta que ça voulait dire « persévérant ». »
Underground Railroad est un roman fort et important. Tout autant part d'Histoire connue  (l'esclavagisme et la condition noire), part d'Histoire plus méconnue (le réseau clandestin) et histoire en tant que telle (Cora), il réussit sur tous les points et offre un livre étonnamment agréable à lire étant donné les sujets. Car malgré la dureté évidente du texte, Colson Whitehead ne cherche pas à appuyer démesurément son propos et à en rajouter sans cesse. Au contraire, il reste simple et cela n'en rend son propos que plus fort. C'est passionnant, moderne et, tristement, pleinement d'actualité, intelligent dans la forme et dans le fond, et ça n'oublie pas - alors que rien ne semble s'y prêter - de toujours essayer d'entrevoir une lueur d'espoir à l'horizon. À découvrir.
« Elle ne croyait pas à ce qu'il avait dit sur la justice, mais c'était doux de l'entendre.
Lorsqu'elle se réveilla le lendemain matin, elle se sentait mieux, et dut reconnaître qu'elle y croyait quand même, au moins un tout petit peu.
»
Couverture : Leigh Guildig / Traduction : Serge Chauvin
D'autres avis : Lhisbei, FeydRautha, TmbM, Yuyine, ...

lundi 19 octobre 2020

Keigo Higashino - Les Miracles du bazar Namiya

Les Miracles du bazar Namiya, Keigo Higashino, 2012, 371 pages

Après leur méfait, trois voleurs se réfugient dans une vieille boutique abandonnée, le bazar Namiya. Une lettre déposée à travers le rideau métallique va modifier leur soirée, et peut-être leur vie. Ils vont ainsi découvrir une vieille tradition de l'ancien propriétaire qui recevait toutes les demandes de conseil et y répondait, lui aussi par lettre, le plus sérieusement possible. Sauf que cette lettre, et les suivantes, ne viennent pas du présent, mais du passé...

Les Miracles du bazar Namiya est un très bon roman, positif, qui traite notamment de rêves, de décisions cruciales et de résilience - de vies humaines, donc. S'il pourrait laisser croire, après quelques dizaines de pages, qu'il va proposer une trame décousue, il s'avère en fait créer tout un microcosme dans lequel le lecteur se balade avec plaisir.

Auteur connu pour ses polars, Keigo Higashino ne change pas réellement de style ici en proposant très peu de descriptions et une écriture très simple pour une lecture fluide. Surtout, on retrouve bien son genre de prédilection dans la manière qu'ont les sous-histoires qui composent le roman de se lire comme des mini-énigmes. Nulle surprise alors à ce que tout soit admirablement construit et maitrisé et que la boucle soit joliment bouclée une fois la dernière page tournée.

Couverture : CoMix Wave Films Inc. / Traduction : Sophie Refle
D'autres avis : Tigger Lilly, Lhisbei, Chut... maman lit !, Lune, Brize, Yogo, Alias, gepe, Yuyine, Ksidra, ...

Dixième escale, en Asie, pour le #DéfiCortex

mercredi 14 octobre 2020

Bulles de feu #28 - Valeurs sûres

Le Retour, Bruno Duhamel, 2017, 92 planches

Artiste contemporain ayant fait carrière à New-York, Cristóbal trouve la mort dans un accident de voiture. L'enquête d'un inspecteur de police permettra de découvrir le parcours de cet homme revenu sur son île natale pour la transformer en gigantesque oeuvre d'art et empêcher ainsi l'invasion du tourisme balnéaire de masse.

Les chemins pavés de nobles intentions sont fleuris de mauvaises herbes. Tel pourrait presque être le dicton mis en scène par Duhamel, l'excellent Duhamel (#NouveauContact_, Jamais), avec - je cite le préambule de l'auteur - ce "duel entre conviction et pragmatisme".

Pour cela, l'auteur s'inspire très librement de la vie de César Manrique, artiste ayant changé la face de l'île de Lanzarote. Mais plutôt que de proposer une biographie, Duhamel prend cette idée de base d'un homme cherchant à préserver son île et la pousse plus loin pour proposer une réflexion sur l'art mais surtout sur le combat entre les intentions et la réalité et sur l'évolution des idéaux.

Intéressant et prenant. Bien, comme toujours avec Duhamel.

Quelques planches ici.

L'Homme qui tua Chris Kyle, Fabien Nury et Brüno, 2020, 154 planches

Chris Kyle est le sniper le plus prolifique de l'histoire américaine, avec 160 tués "confirmés" lors de la guerre en Irak. Surnommé "La Légende", héros national des USA, il fit l'objet d'un film en 2015, American Sniper (réalisé par Clint Eastwood), adapté de son autobiographie. Un film qui lui sera posthume puisqu'il meurt en 2013, abattu par Eddie Ray Routh, un ancien marine souffrant de stress post-traumatique.

L'Homme qui tua Chris Kyle raconte tout ça et bien plus. C'est autant l'histoire de Chris Kyle que celle d'Eddie Ray Routh ou de Taya Renae Kyle, la veuve de Chris. C'est l'histoire d'une légende, littéralement, et de comment elle se crée, se diffuse et se propage. C'est la démonstration d'un pays si particulier, les États-Unis. C'est un véritable documentaire nourrit de faits, exposés de manière clinique - mais ce n'est pas froid pour autant. Le dessin - le si particulier mais excellent dessin - de Brüno est parfait pour l'exercice, clinique lui aussi, contribuant à la "neutralité" qui entoure le récit, mais une neutralité ayant du caractère.

L'Homme qui tua Chris Kyle n'est peut-être pas le grand coup de coeur que j'attendais, mais c'est malgré tout une très bonne BD, dans la veine habituelle du binôme Nury/Brüno. Pour plus de détails, Gromovar a déjà tout dit ici. Une BD précise et efficace. Clinique.

vendredi 9 octobre 2020

Ian McDonald - Le temps fut

 
Le temps fut, Ian McDonald, 2018, 140 pages

Dans un recueil de poésie anonyme de piètre qualité, Emmett Leigh, un bouquiniste anglais, découvre une vieille correspondance entre deux amants datée de la Seconde guerre mondiale. Intrigué, Emmett se met en quête de plus amples renseignements et va tomber sur des informations quelque peu contradictoires.

Le temps fut est une romance mais l'histoire d'amour n'est pas centrale. Le temps fut est une histoire de voyage dans le temps mais parfaitement intemporelle. Le temps fut est une quête à suspense mais son dénouement est connu bien à l'avance. Le temps fut est une jolie novella, qui se découvre peu à peu sans grande surprise, tout à fait plaisante, mais. Mais ça n'aura jamais été plus que ça. Mais ça n'aura jamais réussi à provoquer plus qu'une lecture sympathique, plus qu'un attachement lointain, plus qu'une légère envie. Alors que tous les éléments étaient semble-t-il là pour faire bien plus.

Mais Le temps fut reste une sympathique novella, c'est déjà ça.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Gilles Goulet
D'autres avis : Lune, Xapur, Acr0, Yogo, Vert, Gromovar, Lianne, FeydRautha, Dionysos, Boudicca, Célindanaé, Lullaby, Apophis, ...

dimanche 4 octobre 2020

Becky Chambers - L'Espace d'un an

 
L'Espace d'un an, Becky Chambers, 2014, 443 pages

Rosemary, fuyant un passé trouble, est embauchée comme greffière à bord du Voyageur, un tunnelier - un vaisseau qui creuse des raccourcis dans l'espace - composé de différentes espèces extraterrestres. Peu après son arrivée, le Voyageur se met en route pour un long périple d'environ un an vers une lointaine planète - un voyage très bien résumé par le titre anglais : The Long Way to a Small Angry Planet.

Même si tout n'y est pas que joie, L'Espace d'un an est un roman feel-good, du genre qu'on lit avec le sourire et qui donne du baume au coeur. Rien de mièvre pour autant, juste plein de petits moments enthousiasmants, ainsi qu'une belle bienveillance pour traiter de nombreux sujets importants (racisme, résilience, regard des autres, ...) et dire ce que la vie est tout autant que ce qu'elle devrait être.

Pour arriver à cela, Becky Chambers développe toute une bande de personnages disparates et attachants. Ils sont au coeur de péripéties qui apportent la consistance nécessaire à l'ensemble mais forment surtout pour le lecteur un environnement tout aussi dépaysant que familial. Une très belle lecture, douce et plaisante.

Couverture : Clémence Haller / Traduction : Marie Surgers
D'autres avis : Shaya, Lorhkan, Célindanaé, Lianne, Herbefol, Kissifrott, Boudicca, Apophis, OmbreBones, Yuyine, ...

mardi 29 septembre 2020

Bulles de feu #27 - Auteurs classiques

Voyage au centre de la Terre, Jules Verne & Norihiko Kurazono, série terminée en 4 tomes, 2015-2017, 214/214/192/232 planches

Voyage au centre de la Terre est une adaptation de la célèbre oeuvre de Jules Verne en une série de 4 mangas qui, de ce que j'ai pu comparer, retrace fidèlement la descente d'Axel et Otto Lidenbrock dans les entrailles de notre planète suite à la découverte d'un vieux parchemin islandais indiquant un point d'entrée dans un volcan éteint, le Sneffels. Et c'est fort agréable à suivre, prenant, surprenant et doté d'un bon rythme. D'autant plus que le cadre se prête particulièrement bien à être mis en image, avec son lot de surprises et de grandeurs visuelles, et facilite peut-être davantage la suspension d'incrédulité.

Sous réserve de ne pas être allergique à quelques extravagances typiquement mangaesques, particulièrement dans quelques réactions, Voyage au centre de la Terre est un très bon moyen de découvrir facilement et rapidement ce classique, ou de le redécouvrir d'une nouvelle manière.

Neuvième escale, dans un lieu souterrain ou sous-marin, pour le #DéfiCortex

Les Zola, Méliane Marcaggi et Alice Chemama, 2019, 110 planches

Comme son titre l'indique, Les Zola conte la vie d'Émile Zola, mais pas que. En plus du célèbre auteur, la BD s'attarde à présenter les deux amours de sa vie, Alexandrine, sa femme, et Jeanne, sa maîtresse, en se concentrant à parts égales sur les trois personnages. Car si les oeuvres d'Émile Zola gardent encore aujourd'hui une grande modernité, sa vie l'était tout autant.

Les Zola est un très intéressant ouvrage pour quiconque s'intéresse ou veut s'intéresser à(ux) Zola. Malgré une période de 40 ans - de la rencontre entre Émile et Alexandrine jusqu'après la mort de l'auteur - à retranscrire en une centaine de planches, le récit ne donne jamais l'impression de simplement survoler leurs vies et parvient, grâce à un rythme fort bien maitrisé, à être passionnant et satisfaisant de bout en bout. Avec en prime un dessin très joli, quelque peu pastel et aux accents impressionnistes, collant parfaitement à l'époque et à l'entourage de l'auteur. Une triple biographie très réussie.

Quelques planches ici.

mercredi 23 septembre 2020

Emmanuel Brault - Walter Kurtz était à pied

Walter Kurtz était à pied, Emmanuel Brault, 2020, 243 pages

« La route dessinait notre futur, qui tiendrait tout entier en une règle : avancer, toujours. »
Dany et Sarah vivent avec leur père, parcourant le monde dans leur Peugeot 203. Ce sont des Roues, une humanité liée corps et âme à l'automobile, ne vivant plus que pour rouler, pleinement épanouie. Mais tous les hommes ne sont pas des Roues. Il existe aussi des Pieds, vivant en communauté sédentaires, une engeance haïe par les Roues pour les accidents de la route qu'elle peut provoquer.

Walter Kurtz était à pied était un ouvrage étonnant, déroutant, qui vaut tant dans la métaphore évidente qu'il propose que par son aspect premier degré, satisfaisant en soi - et ce même si on n'est pas porté sur les voitures. Emmanuel Brault n'assène pas, ne prêche pas, il déroule et conte un monde si différent et si proche à la fois.

L'intrigue est mince - mais suffisante - l'ouvrage étant plus l'exposé d'une dégénérescence qu'un véritable récit classique. Cela importe peu car tout fonctionne, dans une montée en puissance de plus en plus crue et violente qui captive du début à la fin. Walter Kurtz était à pied est assurément une route à emprunter.
« Nous avions choisi cette vie à courir le k-plat. Nous sentions combien cela était dérisoire, mais il nous semblait encore plus dérisoire de demeurer dans la même maison une vie durant. Il y avait tant de routes ! »
Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Gromovar, Yogo, ...

jeudi 17 septembre 2020

Zygmunt Miloszewski - Te souviendras-tu de demain ?

 
Te souviendras-tu de demain ?, Zygmunt Miloszewski, 2017, 546 pages

« - Une meilleure version de l'Histoire ?
Ludwik grimaça. L'histoire de l'humanité démontrait que les changements et les alternatives étaient rarement meilleurs, dans les cas les plus favorables, ils étaient aussi sanglants et dénués de sens que les originaux.
»
En 2013, Ludwik et Grazina fêtent leur cinquantième anniversaire de mariage. Le lendemain matin, ils se réveillent 50 ans plus tôt, en 1963, dans leurs corps de l'époque et une situation presque identique à ce qu'ils ont connu. Presque. Car dans cette version de l'Histoire, la Pologne n'est pas membre du bloc de l'Est mais est une proche alliée de la France, entre autres.

Te souviendras-tu de demain ?
est à la fois une uchronie historique et une uchronie personnelle. Cette dernière peut sembler la plus centrale à la lecture mais la première est toujours là en filigrane, essentielle à la vie des deux protagonistes, dans un mariage très réussi. Les deux aspects sont forts intéressants et sont surtout un terreau fertile pour les bonnes réflexions de l'auteur.

Passé un démarrage assez déstabilisant, très axé sexualité - de manière intéressante et rare, néanmoins -, le livre trouve ensuite son rythme de croisière dans une atmosphère qui n'est pas sans rappeler Stephen King (particulièrement 22/11/63) : il ne se passe pas grand chose, on s'attarde beaucoup à décrire le cadre et la société, et c'est pourtant captivant.

Te souviendras-tu de demain ? ne réinvente pas la roue et traite toutes les - nombreuses - thématiques habituelles de l'uchronie. Mais il le fait très bien. Avec en prime un petit goût exotique pour le lecteur puisque tout est centré sur la Pologne - et un amusement supplémentaire pour le lecteur français puisque la France est elle aussi omniprésente. Un très bon livre qui sonne juste de bout en bout.

Photo de couverture : Elliott Erwitt / Traduction : Kamil Barbarski
D'autres avis : Lune

samedi 12 septembre 2020

Laurent Genefort - Colonies

Colonies, Laurent Genefort, 2019, 315 pages
« On dit que l'on trouve une plus grande variété végétale aux abords des astroports.
- Parce que les équipages en transit transportent à leur insu des graines et des spores d'autres mondes ?
- Parce que les gens croient justement ça ; ils regardent mieux la nature autour des pistes et découvrent des espèces qu'ils n'avaient même pas remarquées devant leur propre maison.
- C'est vrai ?
- Que l'on trouve davantage de types de plantes ? Une légende, hélas. Les légendes sont ce qui pousse le mieux au pied des astroports. »

Colonies est un recueil de 10 nouvelles présentant chacune une... colonie. Le recueil est divisée en deux parties : la première présente 5 colonies planétaires tandis que la seconde évoque 5 colonies spatiales. C'est dans cette dernière que se trouvent T'ien-Keou et La Fin de l'hiver, offertes précédemment par Le Bélial'.

Colonies est un bon recueil. Sans être extraordinaire ou comporter des pépites incontournables, il a déjà l'énorme qualité de ne faire aucune fausse note, l'ensemble des textes étant agréables - même si Le Bris et Le Jardin aux mélodies (dont l'excellent incipit ouvre ce billet) sont un peu frustrantes et auraient méritées d'être plus développées.

L'autre qualité du recueil, c'est sa diversité. Laurent Genefort multiplie en effet les angles d'approche et fait de chaque texte une entité bien discernable - jusqu'au très bel hommage/exercice de style Je me souviens d'Opulence - ce qui évite toute redondance à la lecture. Cela n'empêche évidemment pas l'auteur de conserver son style et d'axer ses récits tout autant, voire plus, sur les sociétés et lieux de vie où chaque nouvelle prend place que sur les personnages qui y évoluent - à l'exception notable de la novella L'homme qui n'existait plus qui clôt l'ouvrage et prend des accents bien plus thriller qu'à l’habitude. Un bon recueil.

Couverture : Manchu
D'autres avis : Tigger Lilly, Lune, Célindanaé, Lullaby, ...


Troisième escapade galactique pour le Summer Star Wars IX

lundi 7 septembre 2020

Émile Zola - L'Oeuvre

L'Oeuvre, Émile Zola, Tome 14/20 des Rougon-Macquart, 1886, 489 pages

Claude Lantier est peintre. Avec un petit groupe d'amis artistes, il se bat pour percer à Paris. Mais son style différent des standards académiques et son perfectionnisme compliquent la tâche. Sa rencontre avec Christine, jeune femme croisée par hasard et dont le corps l'obsède, peut-elle changer la donne ?

Je ne divulgâcherai rien en indiquant que L'Oeuvre est un récit tragique, Émile Zola oblige. Bien que la première moitié soit globalement positive, la seconde est une descente aux enfers inéluctable où Claude se noie dans ses obsessions, entrainant son entourage avec lui. Si le dernier tiers est parfois un peu longuet, car nul espoir n'est permis, et malgré de nombreuses considérations artistiques certainement très intéressantes mais un peu pointues - L'Oeuvre conte les débuts du mouvement impressionniste, Émile Zola s'inspirant de son propre groupe d'amis et se mettant même très explicitement en scène sous les traits du personnage de Sandoz - le tout se lit étonnamment bien.

Zola a une écriture très visuelle et une certaine simplicité dans sa manière de raconter les choses, de ne pas trop en faire, qui ne rend pas le tout aussi déprimant qu'il pourrait être et garde un côté plaisant. En plus de quelques considérations très modernes, que cela soit pour l'époque ou pour l'écho qu'elles peuvent encore avoir aujourd'hui. Une bonne surprise.

Couverture : Édouard Manet
Lecture commune avec la Zolerie, Tigger Lilly et Alys, merci à elles pour l'invitation et la motivation !

mercredi 2 septembre 2020

Eric Brown - Les Ferrailleurs du cosmos

Les Ferrailleurs du cosmos, Eric Brown, 2013, 265 pages

Ed et Karrie naviguent dans l’espace à bord du Loin de chez soi, à la recherche d'épaves à remorquer et revendre. Leur rencontre avec Ella, une IA - ayant l'apparence d'une somptueuse jeune femme - poursuivie par des drones-araignées, va quelque peu changer leurs habitudes et leurs prochaines aventures.

Les Ferrailleurs du cosmos est un fix-up de 11 nouvelles dont l'assemblage forme un réel roman de 11 chapitres dont la satisfaction générale est certainement supérieure à la qualité individuelle de chaque texte. Labellisé pulp, c'est un récit simple où se multiplient les rencontres extraterrestres et les planètes à explorer. Intelligemment, Éric Brown joue avec les clichés du genre et leur apporte de la modernité en ayant conscience de leur limite et nocivité, en plus d'insérer quelques réflexions sur la vie et la conscience.

Malheureusement je suis resté globalement à l'écart de ce voyage. C'est lisible sans peine, mais ça n'a jamais réussi à m'emballer et à m'intéresser aux enjeux de la majorité des épisodes. La simplicité est l'une des bases du pulp, mais cela a été pour le coup, pendant trop longtemps, trop simple et répétitif pour moi, même s'il faut noter que la qualité va en grandissant et que les derniers chapitres sont plus intéressants.

Couverture : Philippe Caza / Traduction : Erwann Perchoc & Alise Ponsero
D'autres avis : Lorhkan, FeydRautha, TmbM, Anudar, Herbefol, Célindanaé, Marc, ...

Deuxième escapade galactique pour le Summer Star Wars IX

jeudi 27 août 2020

Feux Divers #12 - Les incontournables récents en SFFF

Avec un joli logo fleuri par Anne-Laure de Chuuuut... maman lit !

Pour contrebalancer les habituelles listes des médias généralistes bloqués dans les années 70/80, Vert, l'influenceuse Vert, a demandé à quiconque le souhaite de partager sa propre liste d'incontournables récents en SFFF, c'est-à-dire publiés après l'an 2000. Informations complètes ici.

Qu'il soit d'abord rappelé :

  • Qu'un incontournable n'existe pas, car aucun livre ne peut plaire à tout le monde. Le terme est à prendre de manière évidemment raisonnée et intelligente.
  • Qu'un maximum de 10 ouvrages est imposé, parce qu'il faut bien s'arrêter quelque part, mais qu'il existe évidemment bien plus de 10 excellents livres parus depuis l'an 2000. C'est déchirant, mais il faut faire des choix - oui, je vous montre du doigt, vous qui avez triché, boouuh.
  • Que cette liste est donc purement personnelle, combinaison, à un instant I, de mes (non-)souvenirs, de l'impact que ces livres ont pu avoir sur moi et de mon envie de les mettre en avant ; elle est donc totalement imparfaite et vouée à changer - mais lisez quand même les titres qui s'y trouvent.
  • Que comme je n'arrivais définitivement pas à me décider entre quelques lectures trop lointaines, auxquelles je n'aurais pas pu rendre les honneurs mérités, cette liste ne comporte que 8 titres, des évidences claires et nettes. Cela vous laisse encore moins d'excuses pour ne pas les lire.

 
 
Le Dragon Griaule
Lucius Shepard
(2011 pour le recueil, 2000+ pour 3 des 6 nouvelles)

Car Griaule est tout, il est aussi du XXIème siècle. Quant à son caractère incontournable, il est évident. De toute façon, si vous pensez le contraire, c'est aussi la volonté de Griaule.

Deux tentatives pour vous convaincre plus abondamment : ici et ici. Ainsi que la très belle de Sam Lermite dans Bifrost, ici.




Vita Nostra
Marina & Sergueï Diatchenko
(2007)

Ma très grande baffe de 2020, un livre exceptionnel, une prouesse d'écriture incommensurable pour placer le lecteur dans l'exacte même situation et (in)compréhension que l'héroïne.

Mon engouement en version longue ici.



Mes Vrais Enfants
Jo Walton
(2014)

Le seul roman qui peut se targuer de jouer dans la même cour que Des Fleurs pour Algernon dans mon esprit. Recommandable pour absolument n'importe quel lecteur, d'imaginaire ou non.

J'en parle de manière trop lacunaire ici, vous pouvez compléter en lisant l'avis de Lune et de tant d'autres sur les internets.







 
Un Pont sur la brume
Kij Johnson
(2011)

Une sublime novella, la plus belle de toute l'excellente collection Une Heure-Lumière. Sensible, humaine, la preuve - s'il en fallait - qu'il n'est pas nécessaire de faire compliqué pour faire excellent.

Un bijou qui brille un peu plus longuement ici.




 
La Course
Nina Allan
(2016)

Un roman aussi étonnant que sa couverture. Foisonnant et ébouriffant, quasiment impossible à définir ou expliquer sans en amoindrir l'essence, c'est une expérience qui se découvre et se vit.

Ma version course de fond ici.



 
 
Anamnèse de Lady Star
L.L. Kloetzer
(2013)

Peut-on faire un livre encore plus déstabilisant que La Course ? Anamnèse de Lady Star peut y prétendre. Mais la récompense, si on parvient à s'accrocher aux mailles du filet, est à la hauteur. Avez-vous l'âme d'un explorateur et d'un aventurier ?

Je mets plus de mots les uns à la suite des autres ici dans une vaine tentative de capturer un fantôme.
 
 
Mausolées
Christian Chavassieux
(2013)

Tout est bon chez Christian Chavassieux, SFFF ou non. Comme il ne faut en garder qu'un, commencez par le commencement avec Mausolées, une oeuvre où atmosphère et écriture se disputent le titre de meilleur élément.

Oui, moi aussi la couverture m'a fait penser à Enki Bilal, la preuve ici.
 
 
Le Vert est éternel
Jean-Laurent Del Socorro
(2015)

Le Vert est éternel
à l'insigne honneur de représenter le talent de Jean-Laurent Del Socorro ainsi que le genre des nouvelles, ces textes qu'on oublie trop souvent alors qu'ils sont le summum de l'écriture (#JLNN). Un texte magnifique de bout en bout. En plus il est disponible gratuitement.

J'en parle un tout petit peu plus ici.