dimanche 28 juin 2020

Écran de fumée #13 - For All Mankind / The Marvelous Mrs Maisel

For All Mankind, Saison 1, 2019, 10 épisodes de 60 minutes

For All Mankind est une uchronie qui démarre en juin 1969. C'est en effet à cette date que les russes sont les premiers hommes à poser le pied sur la lune, un mois avant les américains. Ces derniers refusant de s'avouer vaincus, la course à l'espace se poursuit.

For All Mankind est une excellente série, si ce n'est plus, multipliant les qualités. Sans ordre de préférence : elle est prenante et touchante, de plus en plus au fil des épisodes et de l'attachement croissant aux personnages, et saupoudrée de scènes d'espace littéralement haletantes ; elle est visuellement très réussie - à l'exception de quelques rares plans un peu étonnants - belle et spectaculaire ; elle met habilement les femmes en avant - et les minorités, même si l'histoire d'Aleida est le petit point faible de la série pour le moment en étant surtout une préparation pour la suite -, réussissant à être immanquablement féministe tout en dépassant le "simple" stade de la revendication en s’efforçant d'acter de l'égalité active.

Oui, il y a malgré tout quelques petites imperfections, notamment quelques moments un peu mous dans les premiers épisodes, quelques ellipses un peu rapides et une concentration quasi-exclusive sur les vols, presque jamais sur la préparation des astronautes, qui pourra étonner - un parti-pris qui s'avère compréhensible, et qu'on pourra compenser en lisant l'excellentissime manga Space Brothers, parfait complément. Mais ces détails restent des détails et sont très largement compensés par la qualité générale de la série. Son seul vrai défaut est d'être diffusé sur AppleTV+, une plateforme que personne n'a. Mais si vous avez l'occasion, un jour ou l'autre, de pouvoir regarder For All Mankind, n'hésitez pas, c'est simplement excellent.

D'autres avis : Lhisbei (grâce à qui j'ai découvert la série, un grand merci !), ...

The Marvelous Mrs Maisel, Saison 1-3, 2017-2019, 8/10/8 épisodes de 45-55 minutes

The Marvelous Mrs Maisel conte, comme son nom l'indique, l'histoire de Mrs Maisel, une mère au foyer juive à New-York, en 1958, se découvrant un talent pour le stand-up et débutant une carrière sur scène. Si vous imaginez que cela sera loin d'être facile, vous ne vous trompez guère.

The Marvelous Mrs Maisel est une série franchement sympathique, souvent amusante, parfois touchante, toujours emplie de fraicheur. Elle repose sur une ribambelle de personnages hauts en couleur, un peu déstabilisants aux premiers abords mais qui s'avèrent attachants au bout de quelques épisodes. Au-dessus d'eux se tient Midge Maisel et l'incroyable performance de Rachel Brosnahan, époustouflante.

La saison 3 aurait pu - dû -  aller plus loin sur certaines thématiques, mais peu importe : il est bien trop plaisant de suivre Mrs Maisel & Cie - surtout Midge et Joel, avouons-le - pour avoir envie de se plaindre. The Marvelous Mrs Maisel réussit le difficile pari d'être engagé tout en étant agréablement superficiel. Et surtout d'être pleinement feel-good. À ne pas manquer.

lundi 22 juin 2020

Xavier Mauméjean - Les Mémoires de l'Homme-Éléphant

Les Mémoires de l'Homme-Éléphant, Xavier Mauméjean, 2000, 286 pages
« Je suis Ganesha, le dieu à tête d'éléphant, dieu de prospérité et d'abondance. Les hommes s'inquiètent de mon sommeil, car si je dors mal, l'univers entier risque de s'effondrer. Je suis un monstre. Les hommes ont peur, et c'est pourquoi ils rient de moi. »
Ganesha vit à Londres, au fin fond de son hôpital, sous les soins de Frederick Treves. À moins que l'étonnant résident soit plutôt Joseph Merrick, plus connu sous le surnom d'Elephant Man. Quoiqu'il en soit, il écrit ses mémoires, distillant quelques éléments de son passé tout en contant son quotidien ponctué de visiteurs, tous venant demander conseil à l'Homme-Éléphant, l'amenant à résoudre quelques enquêtes dont les quatre présentées ici.

Les Mémoires de l'Homme-Éléphant est un ouvrage étonnant, doucement atypique, à la frontière entre réalité et imaginaire, comme sait si bien en faire Xavier Mauméjean. Un ouvrage difficile à décrire, relativement simple tout en ayant une part indéniable de différence. C'est une plongée hypnotisante dans la vie de Joseph Merrick, personnage hors du commun, mais aussi dans un Londres scabreux, entre belle folie divine et terrible folie humaine. Parsemé de quelques passages sensiblement plus rudes, le tout parvient toujours à rester aérien - un comble pour un éléphant - et à garder son aura, rendant la lecture plaisante de bout en bout.

Couverture : d'après document de Tony Hutchings / Fotogram-Stone Images

mardi 16 juin 2020

Gaston Leroux - Le Mystère de la chambre jaune

Le Mystère de la chambre jaune, Gaston Leroux, 1907, 446 pages

Première aventure du reporter Rouletabille - un mélange de Tintin et de Sherlock Holmes - Le Mystère de la chambre jaune est aussi sa plus connue. Et pour cause. En cherchant à surpasser Edgar Allan Poe et Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux propose un mythique mystère en chambre close : comment Mathilde Stangerson a-t-elle pu être victime d'une tentative d'assassinat dans la chambre jaune alors que la porte était fermée de l'intérieur, tout comme la fenêtre, qu'il n'y a pas de cheminée et que l'assassin est introuvable ?

Le déroulé, conté par Sainclair - ami et suiveur de Rouletabille - tout comme Watson conte les aventures d'Holmes, est carré et mathématique - au risque d'être un peu froid, ce qui l'empêche d'être pleinement enthousiasmant sur le plan émotionnel. Il est surtout fort efficace et fonctionne toujours aussi bien même plus d'un siècle après son écriture. Et son dénouement, à défaut d'être flamboyant à l'image du reste du récit, est à la hauteur de l'attente, rigoureux et rationnel. Une oeuvre qui n'a pas démérité son statut de classique.

Couverture : Faucheux (dessin de Michel Siméon)

mercredi 10 juin 2020

Bulles de feu #25 - Parfum africain

Fela back to Lagos, Loulou Dédola & Luca Ferrara, 2019, 105 planches

Adedola est un Area Boy, un adolescent de Lagos, Nigéria, chef d'un petit groupe commettant divers méfaits pour gagner leur vie. Son seul rêve est de quitter l'enfer de la ville pour aller vivre avec son grand-père, pêcheur isolé qui lui raconte ses souvenirs de Fela Kuti. Mais les choses tournent mal...

Fela back to Lagos démarre tranquillement en mettant en scène les derniers jours de Fela Kuti, puis en présentant le personnage d'Adedola. Le rythme est assez calme, le dessin est clair et lisible. Tout bascule dans la deuxième partie : le rythme s'accélère, bien trop, ne laissant pas assez de temps au lecteur pour digérer tous les évènements et informations. Quant au dessin, il prend des formes plus sombres ou fantasmagoriques, qui correspondent au récit mais ne sont pas toujours des plus simples à appréhender.

J'en ressors avec un sentiment mitigé. Je ne peux malheureusement pas dire que j'ai apprécié ma lecture et que je la recommande. Et c'est d'autant plus dommage qu'elle se construit sur d'excellentes bases en voulant mettre en lumière la ville de Lagos. Mais à vouloir parler tout autant, entre autres, de Fela Kuti, de la mythologie yoruba, de la mainmise des gangs et des prêcheurs, de la misère sociale et de la corruption, Fela back to Lagos n'a le temps de se concentrer sur rien et aucun sujet ne semble pleinement abouti. Si le message passe malgré tout, l'histoire est noyée et il reste l'impression tenace qu'il y avait les ingrédients pour faire plus satisfaisant à tous les niveaux.

Le Dernier Atlas, Gwen De Bonneval, Fabien Velhmann, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard, Tome 1/?, 2019, 205 planches

Lieutenant d'une bande mafieuse, Ismaël ne fait pas de vagues. Il se retrouve malgré lui en relation directe avec "Dieu le père", le grand chef, qui lui confie une mission : trouver une source nucléaire pour la revendre. Une seule solution : les Atlas, ces gigantesques robots abandonnés suite à la catastrophe de Batna.

Le Dernier Atlas est un thriller uchronique où l'uchronie est discrète. Enfin, aussi discret qu'un robot géant puisse être. Il faudra d'ailleurs attendre la postface pour avoir de vrais détails sur le point de divergence de l'Histoire, mais sans que cela ne se ressente comme un manque pendant la lecture. Et pour cause : l'uchronie est essentiellement là pour insérer des robots géants nucléaires dans un passé proche d'une intrigue qui, pour le moment du moins, aurait très bien pu se dérouler simplement dans le futur.

Le Dernier Atlas est donc surtout un thriller sur fond de souvenirs de la guerre d'Algérie, de grande criminalité, de recherches scientifiques et... d'un grand évènement mystérieux qui se développe. Une intrigue riche sans le paraitre, multipliant avec maitrise les personnages et parvenant à leur donner du volume en peu de planches et quelques grandes cases. Cela se lit sans mal et semble bien maitrisé, à défaut d'apparaitre comme exceptionnel. Un premier tome qui fait office d'un peu plus qu'une simple grande présentation, suffisamment en tout cas pour avoir envie de voir ce que donnera la suite.

Quelques planches ici.

jeudi 4 juin 2020

Jean-Laurent Del Socorro - Le Vert est éternel

Le Vert est éternel, Jean-Laurent Del Socorro, 2015, 15 pages
« Si les ingénieurs militaires pouvaient contrôler la peste - et être sûrs qu'elle ne se retournerait pas contre eux -, nul doute qu'ils la jetteraient en première ligne. »
En 1597, un an après Royaumes de vent et de colères, la compagnie du Chariot est à Amiens, participant au siège de la ville alors aux mains des Espagnols. Mais un siège, c'est moins des combats qu'une longue attente. C'est lors de celle-ci que se dérouleront les évènements principaux de cette nouvelle, de l'humanité en temps de guerre.

Le Vert est éternel est une somptueuse nouvelle, fort touchante, à mettre la larme - voire plus d'une - à l'oeil, contant une histoire aussi simple que belle dans un style épuré cinglant de quelques belles formules. Tout simplement magnifique. Et comme elle est totalement indépendante et disponible gratuitement, vous n'avez aucune excuse : vous aussi, venez découvrir pourquoi le vert est éternel.
« - Tu devrais lire ce recueil. Les poèmes ce sont des morceaux de rêves. Si les hommes écoutaient davantage les poètes et moins leur soif de pouvoir peut-être pourraient-ils vivre ensemble.
- Oui, mais les poètes ne financent pas la paix comme les banquiers financent les guerres.
»
D'autres avis : Xapur, Shaya, Vert, MarieJuliet, Boudicca, ...

samedi 30 mai 2020

Daniel O'Malley - Au service surnaturel de Sa Majesté

Au service surnaturel de Sa Majesté, Daniel O'Malley, Tome 1/2 de Les Dossiers de la Checquy, 2012, 664 pages

Myfanwy Thomas reprend conscience sous la pluie, dans un parc, entourée d'hommes en costume et gants en latex gisant au sol. Et sans mémoire. Heureusement, elle trouve dans sa poche une lettre d'elle-même, prévoyant sa perte de mémoire mais n'en connaissant pas le responsable. À elle, à cette nouvelle elle, de prendre désormais sa place et de démêler discrètement l'affaire. Sauf que Myfanwy Thomas est un membre éminent de la Checquy, une agence secrète au service de la Couronne britannique en charge de toutes les affaires surnaturelles et dont la majorité des membres a quelques pouvoirs...

Si le coup de l'amnésie est une amorce commune, elle est ici bien gérée, ayant du sens dans l'intrigue et permettant un système de lettres du "moi passé" bien intégré au récit - même si cela se perdra un peu dans la seconde moitié, sans réelle conséquence. Le lecteur découvre donc en même temps que la sympathique protagoniste principale cet univers où une pointe d'étonnement peut surgir à n'importe quel coin de page.

Au service surnaturel de Sa Majesté est un ouvrage fort plaisant, une fantasy urbaine sur fond d'agence secrète organisée comme un échiquier, de péripéties surnaturelles et d'un mystère à résoudre. C'est prenant, avec une intrigue sérieuse parsemée de quelques éléments amusants - la Belgique aura rarement été autant mise en avant - qui donne une ambiance générale franchement sympathique. Seul petit défaut potentiel : les révélations finales arriveront peut-être un peu rapidement pour certains, surtout en regard du temps passé sur certaines péripéties plus mineures, avec en plus quelques résolutions hors-champ. Mais cela apporte finalement un peu d'imprévisibilité, Daniel O'Malley ne cherchant pas à utiliser à l'extrême tous les éléments qu'il a créés (même s'il y a quelques très beaux fusils de Tchekhov qui ont réussi à me surprendre), et un peu de "réalisme", Myfanwy devant aussi gérer son quotidien et n'étant pas une grande héroïne solitaire. Une lecture recommandable, tout à fait plaisante.

Nota : ce volume peut se lire en one-shot, tous les fils ouverts étant refermés à l'issu de ce volume.
Couverture : Hite / Traduction : Charles Bonnot
D'autres avis : Lune, Lianne, ...


Septième escale, Océanie, pour le #DéfiCortex

lundi 25 mai 2020

Philip Pullman - Le Miroir d'ambre

Le Miroir d'ambre, Philip Pullman, Tome 3/3 d'À la croisée des mondes, 2000, 792 pages

Suite et fin de la trilogie, après Les Royaumes du Nord et La Tour des Anges, Le Miroir d'Ambre poursuit les aventures de Lyra, Will et compagnie, aventures dont les implications sont toujours plus importantes.

Force est de constater que la série a fortement évolué au fil des pages. D'un premier tome court centré exclusivement sur Lyra, nous voilà arrivés à un troisième tome imposant aux fils narratifs multiples qui peinent à se recouper. Un tome si éclaté qu'il donne une impression d'amoncellement et manque de fluidité, avec un écart trop important entre des parties à taille humaine, plutôt bonnes, et des parties à taille "universelle", ces dernières étant confuses, peu prenantes et empiétant finalement sur la qualité des premières.

Tout n'est pas à jeter dans ce troisième tome, et dans la trilogie de manière générale. Mais ce volume n'est pas l'apogée escomptée, s'avérant plutôt être le moins bon des trois livres, en plus de pousser toujours plus loin dans l'aspect métaphysico-religieux qui ne m'aura jamais conquis.

Couverture : Éric Scala / Traduction : Jean Esch
D'autre avis : Acr0, Vert, Tigger Lilly, itenarasa, ...

mercredi 20 mai 2020

Catherine Dufour - Ada ou la beauté des nombres

Ada ou la beauté des nombres, Catherine Dufour, 2019, 245 pages
« Il faut dire que celle-ci compte dans ses rangs, entre autres désastres moraux, Lady Melbourne, soit madame de Merteuil à Mayfair, qui donne à son époux huit enfants dont sept ressemblent aux meilleurs amis de leur père. »
Ada ou la beauté des nombres est une biographie d'Ada Lovelace, pionnière de l'informatique ayant écrit ce qui est considéré comme le premier programme informatique de l'Histoire et ayant conceptualisé les principes de l'ordinateur moderne. Mais plus encore que la vie d'Ada Lovelace, Catherine Dufour conte la vie de tout son entourage et plus globalement le fonctionnement de la société anglaise du XIXème siècle. Divulgâchage : ce n'est pas beau à voir, vraiment pas.

En plus d'être un ouvrage intéressant et instructif dans son propos, Ada ou la beauté des nombres est aussi une belle réussite sur la forme. Catherine Dufour y joue de sa plume mordante, n'hésitant pas à placer quelques saillies fort drôles, dans un ton résolument moderne qui offre une lecture simple, limpide, et tout à fait recommandable.
« Mais, en tant qu'être humain, Byron est homme, titré, célèbre et fortuné, ce qui lui donne toute licence pour se comporter comme un parfait connard. »
Couverture : Louise Cand (d'après un portrait attribué à A.E. Chalon)
D'autres avis : Tigger Lilly, Lune, Lhisbei, Elhyandra, Yuyine, ...

samedi 16 mai 2020

Martha Wells - Cheval de Troie

Cheval de Troie, Martha Wells, Tome 3/5 de Journal d'un AssaSynth, 2018, 126 pages
« (...) il y avait deux types de narrations irréalistes : les bonnes et les mauvaises. »
Troisième volume des aventures d'AssaSynth après Défaillances systèmes et Schémas artificiels. Pas de surprise, le schéma est connu : un nouveau trajet, un nouveau lieu, une nouvelle protection d'humains, de nouveaux robots à supporter, des humains gentils et intelligents, une intrigue simple et efficace, des éléments pour faire avancer l'intrigue générale d'AssaSynth et une pointe d'humour. Tout est une nouvelle fois au rendez-vous... et ça fonctionne toujours aussi bien !

Présenté ainsi, cela pourrait paraitre redondant. Et pourtant non, aucune lassitude à signaler. C'est toujours frais, bercé par la verve d'AssaSynth (ou de Martha Wells, au choix) et des personnages secondaires appréciables. Une petite différence néanmoins : pour une fois, ce qui attend le lecteur dans la quatrième novella est en partie connu à la fin de celle-ci. Une autre chose ne change pas : j'ai hâte !

Couverture : Pierre Bourgerie / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Lianne, Chut Maman Lit !, ...

mardi 12 mai 2020

Christian Léourier - Helstrid

Helstrid, Christian Léourier, 2019, 116 pages

À la suite d'une rupture, Vic s'est fait embaucher comme agent polyvalent sur Helstrid, une planète lointaine et inhospitalière. Il y supervise des machines dotées d'IA qui n'ont guère besoin de lui. Il va tout de même prendre place dans le convoi qui doit ravitailler un avant-poste à quelques heures de camion de la base. Évidemment, tout ne va pas bien se passer.

Intelligemment, le côté potentiellement improbable de la situation de base - des humains inutiles côtoyant des IA qui pourraient se débrouiller seules - est souligné dans le texte lui-même. Reste au lecteur de l'accepter ou non, mais on a vu plus irrationnel de la part de l'humanité.

S'en suit une sympathique aventure, bien que peu joyeuse, fonctionnant surtout pour l'affrontement de caractères entre Vic et Anne-Marie, l'IA de son camion. C'est aussi l'occasion pour Vic de travailler sur lui-même et sur son passé, en plus de quelques réflexions générales sur l'humanité. Ce n'est pas la novella du siècle, mais ça se lit agréablement, d'autant plus que les dernières pages sont, sans être une apothéose, bien réussies. Un bon texte.

Couverture : Aurélien Police
D'autre avis : TmbM, FeydRautha, Apophis, Yogo, Lorhkan, L'Ours inculte, Vert, Xapur, Lune, Anudar, Célindanaé, ...


Sixième escale, Bretagne, pour le #DéfiCortex

samedi 9 mai 2020

Bulles de feu #24 - Confirmation de style

Le Patient, Timothé Le Boucher, 2019, 290 planches

Une jeune fille ensanglantée erre dans la rue, un couteau à la main. À son domicile, toute sa famille est retrouvée morte. Toute sauf un, Pierre, 15 ans, qui se réveillera d'un coma 6 ans plus tard. Il sera alors pris en charge par la psychologue Anna Kieffer, spécialiste en criminologie.

Par son style graphique et ses domaines de réflexions - la réalité, la psychologie, la mémoire, ... -, Le Patient a de quoi rappeler l'excellent Ces jours qui disparaissent, première oeuvre de l'auteur. Il conserve aussi son sens de la tension, de manière encore plus poussée, Le Patient étant facilement qualifiable, à raison, de thriller psychologique.

Il y a plein de bonnes choses dans cette BD. Mais - car il y a malheureusement un mais - Le Patient n'atteint pas les glorieux sommets de son ainée. La cause est simple : c'est une lecture très particulière, dérangeante voire malsaine, dont il est difficile de sortir comblé et satisfait. La fin, ou plutôt la finalité, c'est peut-être là le plus gros problème. L'apothéose finale, si elle est en partie réussie, n'arrive pas à canaliser tous les questionnements et ne fait que laisser le lecteur devant des "Pourquoi ?". Parfois cela peut suffire. Mais pas cette fois, pas après tant d'étrangetés de ce genre.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Yuyine, ...

Jamais, Bruno Duhamel, 2018, 54 planches

Troumesnil, sur la côte normande. Madeleine, 95 ans et aveugle, vit seule dans sa maison en bordure de falaise. Mais l'érosion fait son oeuvre et l'habitation risque de s'effondrer à n'importe quel moment. Sauf que Madeleine refuse de partir, au grand désarroi du maire.

Jamais est une BD toute simple sur une vieille dame qui veut rester chez elle, en dépit de la raison, quitte à y mettre d'étonnants moyens. Cela ne se remarque pas quand on le dit ainsi, mais Jamais est une BD franchement drôle, tout en situations décalées et personnages hauts en couleur. C'est un art rare et difficile que celui de faire rire gentiment, sans se moquer ni en faire trop, et Bruno Duhamel le maitrise parfaitement.

Mais Jamais n'est pas qu'une amusante lecture. C'est aussi un fort touchant récit sur la vieillesse, le deuil, l'attachement. Un fond important qui est mis en valeur par une bienvenue légèreté sur la forme. Un savant mélange d'émotions et de rires, admirablement composé par Bruno Duhamel, qui fait de Jamais une très belle BD qui vaut le détour.

Quelques planches ici-même.
D'autres avis : Yuyine, ...

mercredi 6 mai 2020

Jorge Luis Borges - Le Livre de sable

Jorge Luis Borges, Le Livre de sable, 1975, 144 pages

Le Livre de sable est un recueil de 13 courtes nouvelles teintées de fantastique, le plus souvent à petite dose, toujours narrées à la première personne. Rien d'étonnant à ce que l'auteur soit pourtant édité en collection générale, tant l'imaginaire ne semble pas l'élément le plus important. Jorge Luis Borges propose en effet des textes très "littéraires", où religion et philosophie sont souvent des thématiques centrales, plus descriptifs et réflexifs qu'actifs.

C'est parfois intéressant et basé sur de bonnes idées. Malheureusement ce n'est, pour moi, jamais assez abouti pour rendre vraiment plaisante la lecture, les textes restants généralement obscurs une fois la dernière ligne achevée. À réserver aux amateurs de littérature générale ou aux lecteurs ayant une forte capacité d'analyse ?

Couverture : Antonio Segui / Traduction : Françoise Rosset


Cinquième escale, Amérique Latine, pour le #DéfiCortex

samedi 2 mai 2020

Marina & Sergueï Diatchenko - Vita Nostra

Vita Nostra, Marina & Sergueï Diatchenko, 2007, 525 pages

Sacha profite de ses vacances à la plage avec sa mère lorsque sa vie bascule. Elle se voit d'abord confier une étrange mission par un mystérieux homme aux lunettes noires, puis se retrouve obligée de s'inscrire à l'Institut des Technologies Spéciales de Torpa, une petite ville de campagne sans grande réputation, où elle vivra une scolarité hors du commun, prompte aux changements.

Vita Nostra est une vraie expérience de lecture maitrisée du début à la fin par Marina et Sergueï Diatchenko. Elle plonge le lecteur à la place de l'héroïne à un niveau rarement atteint. Ainsi, comme pour Sacha, tout est d'abord fort obscur et semble impossible - mais sans jamais être réellement compliqué à suivre, seule concession accordée au lecteur. Au fur et à mesure de la progression du récit de Sacha, le lecteur progresse lui aussi, et sa compréhension de l'oeuvre avec. Une compréhension sur laquelle il n'est pas pour autant possible de mettre des mots. Une compréhension quasi-instinctive, une métamorphose interne qui permet de ressentir pleinement le moment, à un point inimaginable si vous ouvriez le livre et en lisiez une page au hasard.

Le tout dans une grande simplicité de lecture, sur fond d'un récit d'internat fort prenant où la tension est constamment ravivée. C'est dur aussi, très dur, avec une terrifiante inéluctabilité, mais sans jamais être horrible, restant étonnamment lisible. Il est impossible, ou presque, d'expliquer réellement ce qu'il se passe entre ces pages. Il faut le lire pour le croire. C'est simplement, à tous les niveaux, exceptionnel.

Couverture : leraf - Joséphine Cardin - Trevillion Images / Traduction : Denis E. Savine
D'autres avis : Gromovar, Cédric, FeydRautha, Yuyine, Lune, Célindanaé, ...


Quatrième escale, Europe Orientale, pour le #DéfiCortex

mardi 28 avril 2020

Martha Wells - Schémas artificiels

Schémas artificiels, Martha Wells, Tome 2/5 de Journal d'un AssaSynth, 2018, 125 pages
« Cela dit, on ne parle pas non plus des SecUnits dans les livres. Il me paraît difficile de raconter une histoire du point de vue d'un être qu'on ne considère justement pas doté d'opinions. »
Pourtant, c'est encore ce que réussit admirablement Martha Wells dans ce deuxième volume des aventures d'AssaSynth, après le très bon Défaillances systèmes. La recette est la même : une intrigue sous forme d'une mission, simple à comprendre et à appréhender, allant à l'essentiel et portée par d'attachants personnages, en majorité non-humains. AssaSynth en tête, évidemment, lui si fascinant à suivre.

L'intrigue est cette fois un peu moins explosive mais en profite pour aller voir du côté du passé d'AssaSynth. Force est de constater que ça fonctionne de nouveau, c'est simple, efficace et tout à fait plaisant à lire. En reprendrai-je une troisième dose ? Avec joie.

Couverture : Pierre Bourgerie / Traduction : Mathilde Montier

vendredi 24 avril 2020

J.G. Ballard - Nouvelles complètes 1956 / 1962

Nouvelles complètes 1956/1962, J.G. Ballard, Tome 1/3 des Nouvelles complètes, 1956-1962, 695 pages
« Je pourrais seulement répondre que Vermilion Sands ne se trouve pas du tout dans le futur, mais dans une sorte de présent visionnaire - qualification qui sied à mes nouvelles et à presque tout ce que j'ai écrit par ailleurs. »
Ainsi se définit J.G. Ballard dans la préface de ce premier volume de l'intégrale de ses nouvelles, préface où il clame aussi son amour pour le format court. Force est de constater que ce "présent visionnaire" peut en effet être une bonne définition du style de l'auteur, avec ses récits imaginaires qui ont toujours une résonance très réelle, des récits "normaux" où la science-fiction est à la fois centrale et d'arrière-plan, allant de soi tout en étant l'élément perturbateur de l'intrigue.

Quelques grands thèmes reviennent régulièrement au fil de ces 28 nouvelles - l'art et la psychologie en tête - mais J.G. Ballard fait surtout preuve d'originalité en proposant des nouvelles qui ne donnent pas l'impression de se répéter. La construction reste pourtant souvent la même, avec une idée simple qui est tirée à l'extrême et développée dans un récit qui tend soit vers l'onirisme, soit vers un futur sensiblement dystopique.

Évidemment, sur un nombre aussi important de textes, difficile d'accrocher à tout. Il y en a pourtant très peu pour lesquels je suis vraiment passé à côté, l'ensemble étant globalement bon voire très bon, saupoudré de quelques pépites (La ville concentrationnaire, Trois, deux, un, zéro !, Chronopolis, Le dernier monde de Monsieur Goddard, Billénium notamment).

Rares sont les nouvelles à chute ou en apothéose, les fins étant plutôt ouvertes. Pour autant, elles ne sont globalement pas frustrantes, les récits paraissant complets malgré leur brièveté. Et si je ne ressors pas de cette première intégrale avec l'envie immédiate d'enchaîner sur les volumes suivants, il n'en reste pas moins que ce fut une belle découverte.

Couverture : Paul Murphy / Traduction : Bernard Sigaud, Laure Casseau, Pierre K. Rey, Arlette Rosenblum, Michel Demuth, Gisèle Garson, Pierre Versins, Lionel Massun, Pierre-Paul Durastanti, Alain Dorémieux, Guy Abadia, Frank Straschitz, Robert Louit
D'autres avis : Tigger Lilly, ...

lundi 20 avril 2020

Jean-Philippe Jaworski - Le Sentiment du fer

Le Sentiment du fer, Jean-Philippe Jaworski, Univers des Récits du Vieux Royaume, 2010-2013, 258 pages

Retour dans l'univers du Vieux Royaume avec cinq nouvelles précédemment parues en anthologies ou catalogue - publiées ici sans aucune mention de ce fait - et dont l'une d'elle, Profanation, a même déjà été évoquée en ces lieux.

Le Sentiment du fer est un recueil correct qui permet essentiellement de retrouver la plume de Jean-Philippe Jaworski et son goût pour les (anti-)héros gouailleurs, particulièrement dans la nouvelle éponyme - un bon premier chapitre de roman ou de novella - et dans Profanation. Si aucune nouvelle n'est exceptionnelle, elles restent globalement sympathiques - L'Elfe et les égorgeurs est une amusante histoire sur le pouvoir des mots contre celui des armes et Désolation une revisite de la Moria un peu trop dédiée à l'action mais relevée par sa fin - à l'exception de Les trois hypostases qui m'aura complètement laissé de côté.

Une lecture loin d'être indispensable mais qui reste globalement agréable.

Couverture : Melchior Ascaride

vendredi 17 avril 2020

Bulles de feu #23 - Mythologie revisitée

Adrastée, Mathieu Bablet, Intégrale des deux tomes, 2016 (2013/2014), 144 planches

Un ancien roi d'Hyperborée se réveille d'un long sommeil. Il part alors en quête des dieux de l'Olympe, seuls à même selon lui de lui donner des explications sur sa condition d'immortel.

Adrastée est une oeuvre majestueuse, gigantesque balade d'un homme à travers le monde - et même au-delà - écrivant sa légende tout en l'entendant contée, elle et tant d'autres. Un homme en quête de clés sur la vie et la mort, un thème classique mais très bien traité par Mathieu Bablet, de manière intelligente et finement dosée. Le tout sur fond de mythologie grecque, astucieusement mise en scène, à la fois fort présente tout en étant en retrait, l'accent étant toujours principalement mis sur la belle épopée du personnage principal.

J'étais sorti mitigé de ma lecture de Shangri-La, du même auteur, qui cumulait une histoire trop brouillonne pour moi et des dessins parfois peu attrayants. L'histoire est cette fois bien plus limpide. Quant aux dessins, si les visages des personnages ne sont toujours pas un point fort, ils sont très largement compensés par des paysages et des grandes cases absolument magnifiques, renforçant le sentiment de "balade" qui colle si bien à cette BD. Une vraie belle lecture.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Vert, Alys, ...

Le Dieu vagabond, Fabrizio Dori, 2019, 160 planches

Eustis est un satyre. Ou plutôt était. Il vagabonde désormais dans le monde des humains, vivant dans un champ et jouant le devin pour pouvoir s'offrir quelques bouteilles, pensant être le dernier des êtres mythiques. Mais l'est-il vraiment ?

Le Dieu vagabond est une quête. Celle d'Eustis pour retrouver les siens. Celles aussi des compagnons qu'il croisera au cours de son épopée, chacun cherchant à accomplir sa destinée - ou à la trouver. C'est une BD fluide tant dans l'intrigue que dans le dessin, agrémentée de belles couleurs fort diversifiées qui conservent néanmoins toujours de la cohérence. Un récit totalement imprégné de mythologie grecque dans une représentation modernisée, ou tout du moins réappropriée par l'auteur. Une sympathique aventure.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Alys, ...

mardi 14 avril 2020

Ayerdhal - L'Histrion

L'Histrion, Ayerdhal, 1993, 419 pages

Aimlin(e) est sexomorphe. Iel est choisi(e), sans son consentement, par Genesis, une créature-monde tentant d'unir les différentes communautés humanoïdes, pour devenir l'histrion, le trublion officiel de la galaxie.

L'Histrion est un ouvrage complexe, trop complexe, qui bascule aisément dans l'incompréhensible. Plus que l'histoire d'Aimlin(e), c'est l'histoire d'une lutte de pouvoir à l'échelle d'une galaxie, où une dizaine d'entités cherchent à faire valoir leurs propres intérêts. Et c'est là le principal souci : c'est un livre sur des entités plus que sur des personnages, ce qui rend très difficile l'implication émotionnelle dans le récit. Encore plus quand ni leurs relations ou leurs objectifs ne sont très clairs.

Reste Aimlin(e), personnage sexomorphe étonnant(e), dont l'aventure commençait bien avant d'être noyée dans la masse d'informations et de basculer de manière assez incompréhensible d'une lutte pour sa survie à la médiation d'un conflit entre deux planètes. Le rôle de trouble-fête attribué à l'histrion aura au moins eu une vérité : si ma lecture aurait dû être une fête, elle fut bien troublée.

Couverture : ?
D'autres avis : Anudar, ...

vendredi 10 avril 2020

Christian Chavassieux - L'Affaire des vivants

L'Affaire des vivants, Christian Chavassieux, 2014, 322 pages
« Le grand-père est mort douze ans plus tard, souriant au souvenir de sa seule belle blague faite au destin. Il a tracé la vie d'un Persant, il lui a désigné le chemin, lui a dit tu es unique, tu verras, ton nom te dira quoi faire, ton nom fera de toi un roi, un maître, on t'élèvera, sans même comprendre pourquoi, on t’élèvera comme un prince, on pardonnera tes caprices, on t'obéira, tu prendras l'habitude d'être obéi, on te donnera les meilleurs morceaux, on prendra soin de toi, on te confiera ce qu'il faut connaitre de l'ordre intime des choses, on t'expliquera le monde, les hommes, on t'en dira plus qu'aux Paul et aux Michel. Parce que tu es Charlemagne. »
Ainsi débute la vie de Charlemagne Persant, une force de la nature ayant la tête et les jambes. Né dans une famille paysanne de la campagne lyonnaise, il s'élèvera plus haut que son rang grâce à un naturel sens du commerce mais aussi grâce à son état d'esprit, lui qui n'a aucun préjugé mais aussi une absence complète d'empathie. Un destin hors du commun qu'il est fascinant de suivre dans toute la deuxième moitié du XIXème siècle.

Si l'évolution de Charlemagne est le point central d'une grande partie du roman, le récit va aussi s'attarder sur toute les membres de la famille qui gravitent autour de lui. L'occasion d'aborder de nombreux sujets - racisme, homosexualité, mariage,  industrialisation, ... - en en proposant une vision d'époque.

Je ne suis pas un habitué de la littérature dite "générale/blanche" et il m'est souvent difficile de m'absorber dans un ouvrage qui n'a pas de "finalité claire" (pas de mystère à résoudre, de personne à sauver, de situation à améliorer, ...). J'ai dévoré L'Affaire des vivants. L'histoire de Charlemagne - et compagnie - est intéressante et j'ai aimé la suivre, même si les comportements du XIXème siècle - aux forts accents XXIème - font souvent grincer des dents.

Mais ce qui fait la différence et rend passionnant L'Affaire des vivants, c'est l'écriture de Christian Chavassieux. Une écriture chantante, rythmée, dans un style vraiment unique qui n'hésite pas à parfois briser le quatrième mur. C'est riche en vocabulaire et en précisions, et pourtant cela reste limpide, le travail de recherche de l'auteur s'intégrant admirablement dans son récit, apportant une authenticité toute naturelle, qui ne parait jamais forcée ou artificielle. Si la marque des grands auteurs est d'être excellent peu importe le genre dans lequel ils opèrent, Christian Chavassieux est indéniablement de ceux-là.
« Ce n'est pas que les choses soient irrémédiablement vaines ou dérisoires - elles participent toutes de notre présent, l'ont initié - mais elles ont rarement d'intérêt par elles-mêmes, n'en gagnent souvent que dans leurs prolongements imprévisibles, parfois contradictoires, en tout cas innombrables. Charlemagne n'est essentiel que parce qu'il a produit une suite, un Ernest, un avenir pour Alma et, peut-être, en ce qu'il a inspiré ce récit. »
Couverture : ?

lundi 6 avril 2020

Tom Sweterlitsch - Terminus

Terminus, Tom Sweterlitsch, 2018, 440 pages

Shannon Moss, agente du NCIS, est appelée sur la scène d'un crime sanglant lié à un ancien Navy SEAL. Pour s'aider, elle pourra voyager dans le futur, au sein de TFI - trajectoires futures inadmissibles -, des futurs possibles. Mais, en parallèle, un plus grand problème rode : le Terminus, une terrible fin du monde, dont la date semble inexorablement se rapprocher dans les différentes TFI.

Terminus est un très bon polar, haletant et captivant. Terminus est un très bon livre sur le voyage dans le temps, renversant et fascinant. Et la combinaison de ces deux aspects est tout aussi bonne, si ce n'est meilleure.

Dans une ambiance qui n'est pas sans rappeler True Detective pour un certain côté mystique et violent, Terminus tient en haleine du début à la fin, parvenant à effleurer des contrées extrêmes sans jamais basculer dans le trop. C'est violent, mais cela reste soutenable. C'est ardu, mais cela reste compréhensible. Ça retourne le cerveau, mais cela reste parfaitement plaisant. C'est peu tumultueux, mais cela reste extrêmement fluide et engageant. Une admirable maitrise, sur ces points et sur d'autres, qui font de Terminus une lecture très recommandable.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Xapur, FeydRautha, Apophis, Lune, Yogo, Brize, TmbM, Lorhkan, Gromovar, Lutin82, Célindanaé, Cédric, Dionysos, Marc, Le chien critique, Valériane, Chut maman lit, ...


Troisième escale, dimension parallèle/timeline divergente, pour le #DéfiCortex

jeudi 2 avril 2020

Charles Yu - Super-héros de troisième division

Super-héros de troisième division, Charles Yu, 2006, 172 pages

Super-héros de troisième division est un recueil de 11 nouvelles qui ont, à l'exception de la nouvelle éponyme, toute la particularité de ne pas réellement comporter d'intrigue. À la place Charles Yu s'amuse des mots et des formes, propose des exercices de style où les mathématiques et leur logique ont une grande place. Malheureusement, moi j'aime bien les intrigues.

Deux thématiques parsèment néanmoins l'ensemble : la quête d'un meilleur soi pour des personnages "moyens/ordinaires" et la relation mère/fils. Cette dernière est assez cryptique, intimement liée à l'auteur au point de ne pas réussir à sortir de cette union précise. La première est mieux assimilée mais peine à mener quelque part, sinon à la tristesse et au désespoir.

Une nouvelle surnage dans l'ensemble et parvient à mêler forme et fond : 32,05864991%, où ce qu'un "peut-être" signifie vraiment. Une très belle nouvelle. Mérite-t-elle pourtant à elle seule de lire l'ensemble du recueil ? J'ai des doutes - et c'est bien dommage pour elle - tant le reste n'aura pas réussi à m'accrocher. Préférez lire le Guide de survie pour le voyageur du temps amateur.

Couverture : Elena Vieillard / Traduction : Aude Monnoyer De Galland

dimanche 29 mars 2020

Ayerdhal - Demain, une oasis

Demain, une oasis, Ayerdhal, 1991, 245 pages

Haut fonctionnaire à l'Organisation Mondiale de l'Expansion Spatiale, le narrateur est un soir brusquement kidnappé. Après quelques jours de pérégrinations dans une semi-conscience, il se réveille au sein d'un petit village africain en plein milieu du désert. Médecin de formation, il se voit confier, sans autre explication, la responsabilité des soins des villageois.

Demain, une oasis est à l'image du début du roman : il donne des baffes. Il montre de plein fouet la misère d'un continent et, surtout, l'égoïsme des pays riches. Mais il le fait de manière très intelligente. Jamais culpabilisant - pas excessivement en tout cas, car coupable nous le sommes forcément - ou condescendant, il énonce juste lucidement des faits, des faits qu'il ne fait jamais de mal de rappeler. Le fond étant implacable, Ayerdhal s'attache ensuite plus sur la manière, sur l’inévitable combat de la fin et des moyens.

Si s'estomaquer de l'extrême pauvreté dans le monde est politique, alors oui, Demain, une oasis est un livre politique. Mais il est bien plus que ça. C'est un livre profondément humain qui s'attarde sur des individus concrets et qui garde toujours, au bout du chemin, l'idée d'un rêve, d'un espoir. Et qui n'oublie même pas d'être, en plus de tout ça, un thriller efficace aux personnages attachants. Une lecture nécessaire, un cri de détresse dans le désert.

Couverture : Olivier Fontvieille
D'autres avis : MarieJuliet, Lorhkan, Yogo, ...

mercredi 25 mars 2020

Martha Wells - Défaillances systèmes

Défaillances systèmes, Martha Wells, Tome 1/5 de Journal d'un AssaSynth, 2017, 122 pages

AssaSynth est une SecUnit, un androïde de sécurité synthétique, mi-organique mi-mécanique. Ayant piraté son module superviseur, il jouit d'une certaine liberté, qu'il passe à regarder des séries. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à veiller consciencieusement sur ses clients, actuellement un groupe de scientifiques étudiant une nouvelle planète. Ça tombe bien, les ennuis ne font que de se multiplier.

Défaillances systèmes est une fort sympathique novella qui est de qualité tant pour son intrigue - simple, d'ampleur aisément compréhensible, mais efficacement narrée - que pour ses personnages. AssaSynth bien sûr, étonnant androïde ne recherchant que la tranquillité pour regarder des séries mais aussi les scientifiques qu'ils protègent, emplis de gentillesse. Tous sont attachants et l'ensemble est bienveillant, ce qui rend la lecture encore plus plaisante.

Premier tome d'une série de 4 novellas et d'un roman à paraitre, Défaillances systèmes propose une histoire complète qui se suffit à elle-même. Pas de raison de se priver donc. Attention tout de même : le risque d'avoir envie de continuer à suivre les aventures de l'atypique AssaSynth est très élevé.

Couverture : Pierre Bourgerie / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Lune, Yogo, Herbefol, Apophis, Célindanaé, Lorhkan, Lianne, Gromovar, Chut Maman Lit !, OmbreBones, Dionysos, ...


Deuxième escale, hors système solaire, pour le #DéfiCortex

samedi 21 mars 2020

Charles Yu - Guide de survie pour le voyageur du temps amateur

Guide de survie pour le voyageur du temps amateur, Charles Yu, 2010, 315 pages
« Quand ça arrive, voilà ce qui arrive : je me tire dessus.
Enfin, c'est-à-dire, pas sur moi à proprement parler. Sur mon futur moi. Il sort d'une machine à voyager dans le temps et se présente comme Charles Yu. Qu'est-ce que vous vouliez que je fasse ? Je le tue. Je tue mon propre avenir. »
Charles Yu est réparateur de machines à voyager dans le temps. Il se déplace à bord de sa MVT-31, accompagné de TAMMY, l'ordinateur de bord. Il vit d'ailleurs aussi au sein de sa MVT-31, pour échapper au temps, au désespoir de sa mère, à la disparition de son père. Jusqu'à ce qu'une rencontre avec lui-même le précipite plus avant dans la recherche de son père et dans un formidable travail d'introspection.

Tout en faisant la part belle au voyage temporel, reprenant tous les concepts du genre à la sauce Charles Yu, le Guide de survie pour le voyageur du temps amateur n'est pas une histoire de science-fiction habituelle. C'est un récit intimiste où les pensées et réflexions du narrateur prennent le pas sur ses actions. Pourtant, il n'y a jamais aucun signe d'ennui pour le lecteur. Cela tient notamment à l'écriture hypnotisante et loufoque de l'auteur, une écriture pétillante qui se lit comme on déguste un bon chocolat.

Si le démarrage est très amusant et complètement dingue, le Guide de survie... s'avère rapidement bien plus qu'un sympathique exercice de style sur le voyage temporel. C'est une oeuvre touchante sur la relation parents-enfants et plus généralement sur le passé et les regrets, mais aussi la fierté et l'espoir. Sur la vie quoi.

Le Guide de survie pour le voyageur du temps amateur est un excellent livre, tout à la fois loufoque variation sur le voyage temporel, gigantesque méta-écriture parfaitement maitrisée et émouvant récit introspectif. Une véritable pépite.

Couverture : Alexis Bacci Léveillé / Traduction : Aude Monnoyer de Galland
D'autres avis : Le chien critique, Lune, Xapur, ...


Première escale, Amérique du Nord, pour le #DéfiCortex

mardi 17 mars 2020

Estelle Faye - Aylus

Aylus, Estelle Faye, Tome 3/3 de La Voie des Oracles, 2016, 316 pages

Fin de la trilogie de "La Voie des Oracles" après Thya et Enoch. Un tome à la fois dans la lignée du précédent mais aussi tout à fait différent, pour des raisons qu'il n'est pas possible d'évoquer sans divulgâcher allègrement.

Disons simplement que toutes les cartes sont rebattues, dans des proportions importantes et étonnantes. Une surprise qui est en soi une idée intéressante mais qui a malheureusement un contrecoup un peu négatif dans le manque d'attachement aux personnages, (une partie de) la fin du récit étant facilement prévisible.

N'en reste pas moins une proposition intéressante d'Estelle Faye avec ce tome qui aurait pu être un one-shot - en y ajoutant quelques petites explications - mais qui prend une toute autre facette en étant le tome final d'une trilogie. Une conclusion à l'image de la série : sympathique, avec de bonnes idées et mélanges, sans être parfaitement mémorable.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Acr0, Cédric, Célindanaé, ...

vendredi 13 mars 2020

Fredric Brown - Une étoile m'a dit

Une étoile m'a dit, Fredric Brown, 1942-1951, 300 pages
« Le dernier homme sur la Terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte... »
Eh oui, c'est dans le recueil Une étoile m'a dit que se trouve la nouvelle Un coup à la porte et son idée de départ - qui n'en est pas tout à fait l'incipit - devenue légendaire. Une sympathique nouvelle qui est aussi un bel exercice de style.

De sympathiques nouvelles, c'est aussi ce dont on peut dire des 7 autres récits qui composent ce recueil, même si certaines sont bien éloignées de la veine humoristique pour laquelle l'auteur est surtout connu. Il y a vraiment une patte, un art de créer du mystère et de l'intérêt pour une histoire dès les premières pages, voire les premières lignes, qui est fort agréable à retrouver. C'est prenant et surprenant, et tellement riche d'imagination. Le tout dans un style direct qui convient parfaitement et ne laisse pas pour autant le lecteur sur sa faim. Il y a indéniablement un quelque chose dans l'écriture et les idées de Fredric Brown qui en font un génial novelliste.

Le seule reproche peut éventuellement venir de certaines fins, parfois un peu en deçà de la tension des intrigues, mais qui n'amoindrissent pas pour autant la qualité générale des nouvelles - et je dis ça alors que je préfère les nouvelles à chute. Simplement un très bon recueil de Fredric Brown, un de plus, comme l'auteur savait si bien en faire.

Couverture : Adri Berger / Traduction : Jacques Papy

lundi 9 mars 2020

Brice Tarvel - Astar Mara

Astar Mara, Brice Tarvel, 2019, 237 pages

Jeune servante chez le comte de Kydd suite au naufrage de son bateau, Nalou décide de prendre la fuite, emportant avec elle un bijou de la comtesse. Elle embarque clandestinement à bord d'un navire qui prend le large pour aller dénicher des trésors dans des épaves remontant à la surface. Elle y gagnera sa place en découvrant que le bijou volé contient des écailles de sirène et qu'il lui indique les "chemins d'eau", les dangers à venir sur la mer.

Imaginez une promenade en canoé avec comme destination un superbe point de vue verdoyant et chatoyant. Vous voguez plaisamment, descendant tranquillement le cours d'une rivière. L'ami qui vous accompagne et vous guide vous a promis que le panorama final serait sublime et vous commencez à vraiment y croire, admirant tout autour de vous un paysage prometteur et déjà agréable. Vers midi, vous vous arrêtez pour vous dégourdir les jambes et mangez un morceau. Soudain, votre ami regarde son téléphone et s'exclame : "Diantre !" - oui, votre ami aime employer très régulièrement des mots rares et peu usités - "J'avais oublié, j'ai un rendez-vous, il faut que nous rentrions". Et vous aussi, vous rentrez donc chez vous.

Astar Mara c'est exactement ce cheminement. C'est une lecture prometteuse, un voyage agréable. Mais qui finalement ne mène à presque rien. C'est comme une série télé américaine qui attend chaque année de savoir si elle sera renouvelée ; si elle ne l'est pas, on essaye vite fait de bricoler une fin mais malheureusement on sera obligé de laisser des choses en suspens. C'est un peu le sentiment ici, quelque chose d'inachevé. Ce qui est d'autant plus dommage que le voyage fut agréable. Tout n'était pas parfait, mais il y avait de bonnes choses un peu partout. Dommage.

Couverture : Melchior Ascaride

vendredi 6 mars 2020

Bulles de feu #22 - Loufoqueries

Mickey's Craziest Adventures, Lewis Trondheim & Nicolas Keramidas, 2016, 44 planches

Pat Hibulaire et les Rapetou se sont associés et sont parvenus à dérober le contenu du coffre-fort de Picsou. Mickey et Donald se lancent à leur poursuite.

Le pitch est éminemment simple et classique, si ce n'est pour l'association Mickey et Donald. Le déroulé est lui bien plus fou, et même bien plus que ça. C'est complètement dingue, quasiment sans queue ni tête. Et pour cause ! L'histoire nous est présentée telle qu'elle a été retrouvée par le duo Trondheim/Keramidas dans un vide-grenier... sauf qu'elle s'avère incomplète, des pages manquant à l'appel, laissant de grands trous dans le récit.

Si la méthode est habile, l'histoire souffre tout de même d'un peu de facilité et d'un côté trop décousu, en tout cas bien plus que l'excellent Donald's Happiest Adventures que les mêmes auteurs réaliseront quelques années plus tard. N'en reste pas moins un album tout à fait sympathique, à l'idée de base parfaitement géniale et au déroulé complètement barré.

Saint Rose à la recherche du dessin ultime, Hugues Micol, 2019, 62 planches

Hugues Micol est auteur de bandes-dessinées. Lors d'une soirée où il fait un extra, il réalise un dessin exceptionnel, qui semble lui ouvrir de nouvelles perspectives sur son style. Sauf qu'au matin, le dessin a disparu. Hugues va alors faire appel à Santorin Saint Rose, célèbre détective aventurier, pour l'aider à retrouver le fameux dessin. Une enquête qui les mènera notamment sur les traces d'un oiseau migrateur de Macao...

Les premières planches sont déstabilisantes. Tout ça parait vraiment dingue, n'avoir aucun sens et ne pas tenir debout. Et puis les planches s'enchaînent. C'est loufoque, c'est effectivement dingue... mais incompréhensiblement ça fonctionne et c'est absolument enthousiasmant, bien meilleur que ça n'aurait le droit de l'être dans l'idée.

Saint Rose à la recherche du dessin ultime a des airs de Donald's Happiest Adventures avec cette idée de quête improbable qui donne une aventure où s'enchaînent les folies. C'est à prendre avec les mêmes attentes : seulement l'envie de passer un moment fort plaisant et amusant, sans prise de tête et avec une bonne dose de loufoqueries.

mardi 3 mars 2020

Estelle Faye - Enoch

Enoch, Estelle Faye, Tome 2/3 de La Voie des Oracles, 2015, 333 pages

Deuxième tome de "La Voie des Oracles", Enoch reprend dans la continuité du premier volume, Thya. Néanmoins, les fils narratifs se multiplient dans cette suite, que les allergiques des romans polyphoniques soient prévenus et se méfient.

Ce deuxième tome confirme les impressions de son prédécesseur : outre qu'il soit une bonne lecture, il est plus agréable de suivre la "grande" histoire, celle des Dieux, qui se situe légèrement en arrière-plan, que la "petite" histoire des personnages principaux. Heureusement, ces premiers vont avoir une importance croissante et les deux vont de plus en plus se mélanger, pour notre plus grand plaisir. Jusqu'à un étonnant final qui laisse le lecteur une nouvelle fois interloqué sur ce que le tome suivant pourra bien lui réserver. Et c'est tant mieux.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Acr0, Cédric, Célindanaé, ...