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samedi 31 mai 2025

A.E. Van Vogt - Le Cycle de Linn

Le Cycle de Linn, A.E. Van Vogt, 1956-1962, 394 pages

Sur une Terre future, quelques millénaires après une apocalypse nucléaire, les vestiges de cette catastrophe sont devenus à la fois une sorte de religion, un moteur technologique pour l'expansion galactique et un danger toujours vif. C'est à cause de ces radiations que Clane Linn, fils de l'Empereur régnant sur la Terre, est né difforme. Mais alors que les mutants sont d'ordinaire rejetés voire tués, Clane va être protégé et va se révéler d'une intelligence hors norme.

Cette intégrale du Cycle de Linn se compose de deux courts romans dont l'enchaînement est plus que bienvenu car c'est ensemble qu'ils forment un véritable récit. Ou en tout cas quelque chose s'en rapprochant plus que la longue introduction/présentation que semble être le premier tome, L'Empire de l'atome, une fois sa dernière page tournée. Il permet tout de même de découvrir ce monde mi-futuriste mi-ancien et surtout le personnage atypique de Clane Linn, handicapé physique en proie à des difficultés dans les relations sociales et à l'esprit à part. Même si malheureusement les deux premiers éléments vont peu à peu s'atténuer au fil des pages, laissant Clane dans un schéma de "génie différent de la norme" bien plus commun.

Une autre facette du récit est elle aussi atypique : son ambiance. L'atmosphère dégagée est assez étrange, avec peu d'émotions, un peu comme si tout était capitonné. Les enjeux qui finissent par se dévoiler, surtout dans le deuxième tome, Le Sorcier de Linn, sont assez démentiels et pourtant tout se déroule de manière assez clinique, très calmement, sans rendre pleinement compte du caractère extraordinaire des évènements. Ça manque de chaleur et d'un sentiment d'urgence.

Le Cycle de Linn est donc un ouvrage globalement atypique. Mais, une fois n'est pas coutume, ce n'est pas forcément avec une finalité très positive. Ce n'est pas un mauvais récit mais il n'est pas non plus particulièrement bon. Un peu à l'image de son ambiance, et malgré son potentiel, c'est un ouvrage assez neutre.

Couverture : Atelier Octobre Rouge / Traduction : Pierre Billon
D'autres avis : Anne-Laure, ...

vendredi 11 octobre 2024

Une Heure-Lumière - Hors-Série 2024 (Rich Larson - Comment Quini le Calmar a égaré son Klobucar)

Comment Quini le Calmar a égaré son Klobucar, Rich Larson, 2020, 61 pages

Comme chaque année, Le Bélial' devient le démon le plus gentil de l'édition et offre à ses lecteurices un hors-série - pour l'achat de deux novellas de l'excellente collection Une Heure-Lumière, il ne faut pas pousser non plus. Au programme, comme d'habitude, un mot du patron, le catalogue de la collection et une nouvelle, en l'occurrence de Rich Larson.

Contrairement à ce que peut laisser penser son titre, Comment Quini le Calmar a égaré son Klobucar est une nouvelle assez limpide qui se situe en majorité sur la terre ferme. C'est une bonne histoire de casse qui réussit à proposer une préparation, des rebondissements et une conclusion, à développer plusieurs personnages et à dépeindre une Catalogne science-fictive qui conserve un accent local. Le tout en seulement quelques dizaines de pages, dans un format compact qui ne réduit en rien tout le plaisir de ce genre d'histoire. Encore une belle réussite de la part de Rich Larson.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Le Maki, Le nocher des livres, Célinedanaë, ...

mercredi 31 janvier 2024

Guy Gavriel Kay - Le Fleuve céleste

Le Fleuve céleste, Guy Gavriel Kay, Tome indépendant 2/2 des Chevaux célestes, 2013, 695 pages

Ren Daiyan est un jeune garçon, fils d'un archiviste travaillant dans une lointaine province de l'Ouest de la Kitai. Si tout laisse à penser qu'il pourrait suivre les traces de son père et travailler à son tour au yamen, lui s'entraîne secrètement à l'arc et à l'épée avec un rêve en tête : restituer la gloire de la Kitai et reconquérir les Quatorze Préfectures des mains des barbares du nord.

Après la Chine du VIIIème siècle de la dynastie Tang dans Les Chevaux Célestes, Guy Gavriel Kay retourne de nouveau dans l'Empire du milieu mais cette fois au XIIème siècle avec la dynastie Song. Roman totalement indépendant, il comporte tout de même quelques sympathiques petits clins d'oeil à son précédent roman, la gloire passée des Tang étant au coeur des motivations et aspirations des protagonistes.

Le Fleuve céleste est une fiction historique où l'aspect fantasy/fantastique est quasi-inexistant. Basé en grande partie sur la vie de Yue Fei et écrit à partir d'une somme de recherches colossale, c'est un ouvrage qui met en avant une période historique à laquelle personne ne se serait intéressé sans lui et la rend absolument passionnante. Guy Gavriel Kay y parvient sans jamais être rébarbatif ou pédant, ne faisant pas étalage de son savoir mais l'intégrant naturellement dans le déroulé de son récit. Un récit qui est porté par ses personnages, aussi charismatiques et réels pour les premiers rôles que pour ceux qui ne font que passer, Guy Gavriel Kay ayant un vrai talent pour brosser des portraits évocateurs et donner du corps à ses protagonistes.

Ce soin apporté à l'Histoire et aux personnages sont loin d'être les seules qualités de ce livre. Il faut aussi évoquer sa construction. Si la calligraphie et la poésie sont les deux arts les plus centraux du roman, le travail de Guy Gavriel Kay se rapproche plus de la peinture. Chaque chapitre est comme un tableau, détaillant avec précision quelques scènes sur une petite période donnée, avant de faire un saut dans le temps et de présenter une nouvelle période, laissant habilement deviner ce qui a pu se passer entre les deux sans jamais créer de manque. Ce qui permet d'aller à la fois en profondeur sur les scènes choisies et de traiter une longue période de temps. Admirablement pensé et réalisé.

Enfin, il faut rapidement évoquer la réflexion qui parcourt en filigrane l'ouvrage : la différence entre un historien et un conteur, qui va de pair avec la création des légendes. C'est là aussi fort intelligent et s'inscrit éminemment bien avec le fait que Le Fleuve céleste est une fiction historique, prenant nécessairement quelques libertés pour mieux servir l'Histoire et réfléchir à ce qui peut s'y cacher. Fond et forme, coeur et cerveau, Le Fleuve céleste est indéniablement un roman passionnant qui excelle dans tous les domaines.

Couverture : Leraf / Traduction : Mikael Cabon
D'autres avis : L'ours inculte, Lorhkan, Apophis, Boudicca, Acr0, lutin82, ...

lundi 25 septembre 2023

Emily St. John Mandel - L'Hôtel de verre

L'Hôtel de verre, Emily St. John Mandel, 2020, 398 pages
« Et si vous avaliez du verre brisé ? »
C'est le graffiti qui apparait un soir sur une vitre de l'hôtel Caiette, un hôtel de luxe isolé sur une île de la région de Vancouver. Un graffiti qui perturbe les rares touristes de l'établissement tout comme les employés, Vincent la barmaid en tête mais aussi Paul, l'homme à tout faire, son demi-frère. Un graffiti qui semble destiné au propriétaire de l'établissement, le riche homme d'affaires Jonathan Alkaitis.

L'Hôtel de verre est un livre extrêmement difficile à résumer. Le pitch ci-dessus n'est pas vraiment le début du roman mais est surtout l'élément le plus saillant du récit, ce qui se rapproche le plus d'un élément perturbateur permettant de lancer l'intrigue. Sauf que l'intrigue n'évolue en fait pas particulièrement à partir de ce point, parce qu'elle n'existe pas réellement. L'Hôtel de verre est plus une addition de tranches de vies. De vies brisées.

L'Hôtel de verre n'est pas un mauvais roman. Il est dynamique, sautant de personnage en personnage, et se lit très facilement. Ce n'est pas inintéressant, je n'ai pas passé un mauvais moment, mais je ne l'ai pas non plus trouvé particulièrement intéressant. J'aurais pourtant voulu l'aimer, mais je l'ai surtout trouvé désespéramment vide. Il ne crée ni surprise ni empathie, il ne s'y passe rien. Après mes réserves concernant Station Eleven - roman avec lequel il partage le même manque d'étincelle et d'excitation - Emily St. John Mandel ne semble définitivement pas une autrice pour moi.

Couverture : © Getty images / Traduction : Gérard de Chergé
D'autres avis : Yuyine, Lune, Le Maki, Le nocher des livres, Zina, ...

vendredi 1 septembre 2023

Guy Gavriel Kay - Les Chevaux célestes

Les Chevaux célestes, Guy Gavriel Kay, Tome indépendant 1/2 des Chevaux célestes, 2010, 650 pages

Fils d'un grand général Kitai décédé, Shen Tai a décidé de porter le deuil en enterrant les cadavres des soldats morts autour du lac de Kuala Nor, lieu d'une gigantesque bataille. Pour gratifier sa bravoure et l'honneur de son acte, l'impératrice des Tagur, la nation ennemie, décide de lui offrir 250 chevaux sardiens, la plus grande richesse possible pour un Kitai. Un cadeau généreux mais empoisonné car il met Shen Tai au centre de toutes les attentions.

Les Chevaux célestes est un roman de Guy Gavriel Kay. C'est un résumé presque suffisant pour quiconque a déjà lu un livre de l'auteur tant sa plume et son travail sont uniques et particuliers. C'est seulement ma deuxième incursion dans sa bibliographie (après l'excellent Les Lions d'Al-Rassan) et j'y ai pourtant déjà retrouvé toutes ses qualités.

Ainsi Les Chevaux célestes est un livre prenant, une brique qui se dévore sans peine, qui est minutieusement détaillé mais qui garde pourtant toujours un rythme entraînant. Un livre dont la trame est logique et implacable, où chaque pièce s'imbrique parfaitement, mais qui ne l'empêche jamais de conserver la saveur de la surprise. Et au-dessus de tout cela, au-dessus de ce récit dans les hautes sphères fait de manigances et de secrets où les discussions sont l'arme la plus dangereuse, se tient la qualité première de l'auteur : ses personnages, charismatiques, raisonnés et complets.

Les Chevaux célestes n'est pas exempt de quelques défauts, comme la surprésence de romance et de sexe ou le fait qu'un des fils narratifs - celui de Li-Mei - soit un peu plus faible, ou en tout cas un peu moins bien intégré. Mais ce sont des points de détails au regard de l'ensemble qui donne envie de se plonger dans les pages Wikipédia consacrées à la dynastie Tang et à la révolte d'An Lushan. Car c'est là tout le génie de Guy Gavriel Kay : en plus de proposer un roman tout à fait plaisant et dépaysant en soi, celui-ci est en plus inspiré de périodes et faits historiques - la Chine du VIIIème siècle en l'occurrence. Et c'est passionnant. Guy Gavriel Kay est incontestablement l'empereur de la fantasy historique.

Couverture : Larry Rostant / Traduction : Mikael Cabon
D'autres avis : L'ours inculte, Lorhkan, Xapur, Apophis, Boudicca, Acr0, lutin82, , ...

mercredi 14 septembre 2022

Michael Christie - Lorsque le dernier arbre

Lorsque le dernier arbre, Michael Christie, 2019, 587 pages

2038. Les arbres sont devenus une rareté et quelques ilots de verdure, comme Greenwood Island, sont devenus des lieux de tourisme huppés. Bien que surdiplômée, Jake y est guide pour rembourser ses dettes. Jusqu'à ce qu'un ancien ami débarque avec un mystérieux livre qui pourrait faire de Jake l'héritière légitime de l'île.

Si le contexte - d'apocalypse ou d'anticipation, au choix - et la date d'ouverture du roman peuvent le laisser penser, Lorsque le dernier arbre n'est pas réellement un roman de science-fiction. Il a des airs de climate fiction et porte une réflexion écologique sur l'importance des arbres certes, mais ce n'est pas à mon sens l'aspect réellement important et intéressant du livre - mais peut-être est-ce dû à ma lecture récente de l'excellent Jours de sable d'Aimée de Jongh, bien plus passionnant et marquant sur le sujet. Ainsi les parties se déroulant en 2038, 2008 et même en 1974, bien que faisant sens, ne m'ont pas particulièrement enthousiasmé. Ça tombe bien, il y en a deux autres et ce sont les plus volumineuses.

Lorsque le dernier arbre est construit comme la lecture des cernes de croissance d'un arbre, s'enfonçant dans le passé pour ensuite en revenir - sur le même principe, mais dans le sens contraire, que Cartographie des nuages de David Mitchell. Une construction qui fait pleinement sens et qui offre un morceau de choix avec les années 1934 et 1908. On y découvre la vie d'Harris et Everett Greenwood, deux frères de coeur et de circonstances, et la saga familiale dont ils sont les initiateurs.

Car c'est bien ça qu'est Lorsque le dernier arbre : une saga familiale. Une histoire profondément humaine où deux êtres, puis leurs descendances, vont tenter d'exister et de trouver leur place, de faire sens. Un récit de vies, de sacrifices, d'erreurs, d'essais, où les préjugés initiaux que Michael Christie place insidieusement dans la tête du lecteur volent en éclats devant des parcours bien plus complexes qu'imaginés. Un roman tout en nuances de gris.

Couverture : / Traduction : Sarah Gurcel
D'autres avis : Gromovar, FeydRautha, Le Maki, ...

vendredi 18 mars 2022

Guy Gavriel Kay - Les Lions d'Al-Rassan

Les Lions d'Al-Rassan, Guy Gavriel Kay, 1995, 583 pages
« Ce fut juste après midi, peu de temps avant le troisième appel à la prière, qu'Ammar ibn Khairan franchit la poterne des Cloches et pénétra dans le palais de l'Al-Fontina, à Silvènes, pour s'en aller assassiner le dernier khalife d'Al-Rassan. »
Jehane bet Ishak est une brillante médecin kindath, un peuple adorateur des lunes et historiquement persécuté. Elle vit plutôt paisiblement en terre asharite, un peuple adorant les étoiles. Mais témoin involontaire d'un massacre, elle va devoir fuir. Une fuite qui l'amènera à vivre de l'intérieur le basculement de l'Histoire, et notamment la guerre latente entre asharites et jaddites, un peuple adorant le soleil.

Les Lions d'Al-Rassan fait plus que s'inspirer du XIème siècle espagnol, entre la fin du Califat de Cordoue et le début de la Reconquista. Pourtant nul besoin de connaître la période historique pour apprécier le roman. Le cadre remanié se suffit à lui-même et se découvre comme un univers en soi, bien qu'il ne soit pas forcément évident au démarrage de saisir toutes les relations entre les différents peuples.

Les Lions d'Al-Rassan est un très grand livre. Évacuons tout de même deux petits points négatifs. Le premier est l'abondance de scènes de relations sexuelles. Abondance certes relative (6 ou 7 environ ?), mais qui n'apporte à mon sens pas grand chose, et ce alors même que les relations amoureuses sont elles extrêmement bien gérées et se déroulent en toute intelligence. Le deuxième est un épilogue qui, sans être mauvais, n'est pas forcément nécessaire. Mais c'est là surement mon amour des fins ouvertes qui parle.

Ces deux petits bémols sont néanmoins une goutte dans l'océan au regard du nombre de qualités que comporte le roman. À commencer par les personnages qui portent le récit. Car l'intrigue est finalement assez simple, ne jouant pas sur l'accumulation de rebondissements et de surprises - il y en a, bien sûr, mais de manière mesurée -, préférant dérouler son fil de manière logique mais néanmoins prenante. Pourquoi ? Parce que les personnages.

Guy Gavriel Kay a un vrai talent pour créer des personnages forts. Il parvient en quelques mots à les décrire profondément, pas physiquement mais psychologiquement, à les doter d'une personnalité et de pensées propres. À les doter d'une âme. Cela participe du fait qu'il n'y a ici ni gentils ni méchants. Si les personnages que l'on suit sont certes globalement tous beaux, forts et intelligents, ils ne sont pourtant pas de naïfs bisounours n'ayant que des qualités. Chacun - à l'exception peut-être de Jéhane - a ses failles et peut perpétuer des actes répréhensibles. Mais toujours avec une certaine logique et surtout avec beaucoup de pragmatisme. Les actions des personnages font sens. Cela peut sembler normal, mais cela n'arrive finalement pas si souvent. Et c'est très plaisant.

La nuance et le pragmatisme caractérisent tout autant les personnages que le récit et ses enjeux. Les différents combats ne sont jamais présentés comme de glorieux affrontements. Ils sont puissants mais jamais épiques, jamais agréables. Guy Gavriel Kay ne célèbre pas la guerre, tout juste des individualités qui font leurs vies en son sein, en essayant de toujours y garder intactes leurs valeurs.

Les Lions d'Al-Rassan est un excellent livre. Guy Gavriel Kay y fait preuve d'une maitrise totale de son récit, présenté dans de longues scènes - entrecoupées d'ellipses qui ne font ressentir aucun manque - qui s'enchainent parfaitement et sont toutes utiles. Tout y est logique et implacable, ce qui n'empêche nullement un investissement total pour ces personnages extraordinaires. Magistral.

Couverture : Leraf / Traduction : Élisabeth Vonarburg
D'autres avis : Vert, L'ours inculte, Célinedanaë, Apophis, lutin82, Brize, Alias, Elhyandra, Lianne, Acr0, ...

mercredi 2 février 2022

Amal El-Mohtar & Max Gladstone - Les Oiseaux du temps

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone, 2019, 189 pages

Rouge appartient à l'Agence. Bleu appartient au Jardin. Deux entités qui luttent dans une guerre sans fin pour le contrôle du monde, des mondes, en agissant par petites touches à travers l'espace et le temps. Profondément ennemies, Rouge et Bleu vont pourtant entamer une correspondance qui va les rapprocher plus intimement que toutes deux auraient pu l'imaginer.

Ma compréhension et ma vision de ce texte est assez simple. C'est une relation, d'abord haineuse puis amoureuse, entre deux Seigneurs du temps. Leurs déplacements, leurs actions, leurs vies tout entièrement, sont hors du commun et totalement wibbly wobbly, timey wimey. Et c'est aussi inenvisageable que fun.

Les Oiseaux du temps est un bon roman. Je suis néanmoins bien loin du coup de coeur - hormis pour le sublime titre VO This is how you lose the time war - pour la principale raison qu'il s'agit essentiellement, strictement, d'une romance. Si elle est originale et bien menée, notamment de par sa forme symétrique et pour moitié épistolaire, elle ne m'aura pas touchée pleinement et m'aura un peu lassée sur le long terme, n'ayant pas un attachement total aux deux personnages. La faute surement à des évènements toujours plus, toujours trop, qui m'auront perdus en route.

Les Oiseaux du temps reste néanmoins une lecture intéressante, dotée d'une très belle forme, qui propose quelque chose qui sort de l'ordinaire. Avec pour point d'orgue l'amour de ces deux êtres, mais aussi l'amour de la correspondance, l'amour du temps qui passe, l'amour d'une certaine désuétude, l'amour d'un temps que les moins... Vous connaissez la chanson :
« Très chère Bleu, da ba dee, da ba da »
Couverture : Kévin Deneufchatel / Traduction : Julien Bétan
D'autres avis : Yuyine, Lune, Yogo, Lianne, L'Ours inculte, Célinedanaë, Vanille, Elessar, Lianne, Le Chroniqueur, Vanille, Sabine, ...

mercredi 30 juin 2021

Emily St. John Mandel - Station Eleven

Station Eleven, Emily St. John Mandel, 2014, 475 pages

En pleine représentation du Roi Lear, Arthur Leander s'effondre et meurt, malgré l'intervention rapide d'un secouriste, sous les yeux de Kirsten Raymonde, une jeune enfant actrice.
« De tous ceux qui étaient présents ce soir-là, ce fut le barman qui survécut le plus longtemps. Il mourut trois semaines plus tard, sur la route, en quittant la ville. »
Deux périodes se chevauchent dans la narration de Station Eleven : l'avant épidémie, où l'on découvre la vie d'Arthur et de certains autres personnages gravitant autour de lui, et l'après épidémie, où les rares survivants, Kirsten en premier lieu, évoluent dans un monde post-apocalyptique. Les deux trames, en plus d'avoir leurs vies propres, sont évidemment liées, se développant l'une l'autre. À défaut d'être réellement ambitieuse, restant finalement assez simple, cette construction est réussie et est surement l'une des points forts de l'ouvrage.

Bien plus axé sur des tranches de vie que sur une véritable intrigue, Station Eleven est un bon roman, solide, mais qui ne m'aura jamais enthousiasmé plus que ça. Il comporte pourtant pas mal de bons éléments, mais beaucoup semble avoir déjà été vu en mieux ailleurs. Surtout, l'assemblage fonctionne mais manque d'une étincelle, d'un petit quelque chose pour rendre le récit vraiment spécial. Un roman néanmoins plaisant à lire, loin d'être morose malgré la thématique, mais qui ne m'aura pas marqué plus que ça.

Couverture : Michael Kenna / Traduction : Gérard de Chergé
D'autres avis : Lune, Lorhkan, Gromovar, Yuyine, Yogo, Acr0, ...

mercredi 28 octobre 2020

Rich Larson - Rentrer par tes propres moyens

Rentrer par tes propres moyens, Rich Larson, 2013, 26 pages

Elliot est un jeune garçon qui aime nager. Son grand-père est actuellement numérisé, en attendant que la mère d'Elliot ait les moyens de lui offrir un clone pour lui permettre de revenir sous une forme physique. Mais la numérisation a ses limites et ses souvenirs commencent à s'étioler. Une solution peut lui permettre de gagner du temps : être installé dans la tête d'Elliot.

Rentrer par tes propres moyens est une très jolie nouvelle. Loin d'être joyeuse, elle traite avec une certaine simplicité, à hauteur d'homme, d'un thème dur et crucial. Le résultat est touchant, et si vrai.

Si cette nouvelle est à l'image du recueil, La Fabrique des lendemains est assurément à lire.

Nouvelle téléchargeable gratuitement jusqu'au 15 novembre sur le site du Bélial'.
Couverture : Jason Jarrach / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : FeydRautha, ...

vendredi 26 septembre 2014

Robert Charles Wilson - Les Perséides

Les Perséides, Robert Charles Wilson, 1995, 40 pages (pdf).

À l'occasion de la sortie du recueil Les Perséides de Robert Charles Wilson, la nouvelle gratuite du mois de septembre offerte par Le Bélial' est Les Perséides, la nouvelle qui donne son titre au recueil, à télécharger ici.

Récemment divorcé, Michael vit dans sa solitude, partiellement volontaire, partiellement involontaire. Jusqu'à ce qu'il redécouvre sa passion pour les étoiles et la femme qui lui vend un télescope.

La solitude, c'est le thème central de cette nouvelle. Solitude du narrateur, solitude incontrôlée qui pousse les autres à le laisser là, avec lui-même, pour ne pas forcément s'en porter plus mal. Mais c'est aussi la solitude d'une espèce, seule parmi les étoiles, luttant contre le Paradoxe de Fermi, persuadée qu'il doit y avoir quelqu'un d'autre mais ne le trouvant pas.

Théories parmi d'autres, Robert Charles Wilson nous parle de la gnososphère, la sphère des idées culturelles, et d'une présence invisible, à tendance manipulatrice. Vague la plupart du temps, l'idée perd de son importance et de son intérêt quand elle prend - un peu plus - forme. En reste une réflexion intéressante, pas forcément révolutionnaire mais qui ne fait pas de mal. Et c'est un peu la sensation générale qui se dégage de la nouvelle : ce n'est pas révolutionnaire, mais c'est plutôt bien dit et il y a de bons passages. La lecture est plaisante, aucune raison de la bouder.

samedi 23 novembre 2013

Robert Charles Wilson - Les fils du vent

Les fils du vent, Robert Charles Wilson, 1989, 316 pages.

J'ai découvert Robert Charles Wilson avec Darwinia, un roman pour lequel je respecte l'auteur tant j'ai le souvenir d'avoir été très longtemps berné. Serais-je surpris une deuxième fois ? En un sens oui, mais pas pour les mêmes raisons.

Les fils du vent (fils comme enfants, pour ceux qui se demanderaient) commence plutôt bien. Un mystère d'entrée, agrémenté d'un personnage étrange, et le livre semble partir pour développer un sujet bien connu de la science-fiction : les mondes parallèles. Sauf que l'idée ne va finalement pas être si développé que ça.

Les voyages entre diverses dimensions vont apporter le peu d'actions que ce roman comporte. Mais finalement, plus qu'un livre axé sur la science-fiction, c'est presque plus un livre sur les liens familiaux que nous livre Robert Charles Wilson. On suit en fait la vie et les relations d'une famille qui a son lot de secrets, comme beaucoup d'autres familles, à la seule différence que les implications sont ici un peu plus bizarres.

Les fils du vent est un des premiers romans de l'auteur, et cela explique peut-être certaines choses. L'histoire est sympa, mais sans plus. On n'a pas forcément plus de sympathie que ça pour les personnages, et on aimerait voir plus développer l'univers et l'intrigue qu'on entraperçoit dans les interludes (qui sont quasiment les moments les plus intéressants du livre...). Malgré tout, l'écriture est simple et fluide, et le livre se lit plutôt facilement.

Vous l'aurez compris, ce n'est pas à mon avis un grand roman ni un premier choix à conseiller. Mais cela peut tout de même rester à disposition pour un petit moment de détente, loin des histoires compliquées et des flopées de personnages.

jeudi 7 février 2013

Robert Charles Wilson - Darwinia

Darwinia, Robert Charles Wilson, 1998, 375 pages.

J'avais souvent entendu parler de Robert Charles Wilson, auteur multiplement primé, toujours en bien, mais n'était encore jamais allé à la rencontre d'un de ses livres. C'est fait.

Les débuts furent difficiles. L'Europe disparaît et est remplacée par des terres sauvages ; cela fascine Guildford Law, qui veut s'y rendre pour percer le mystère de cette disparition (car oui, il trouve ça plutôt bizarre qu'un continent disparaisse, je ne comprends pas pourquoi...). La première partie se concentre donc sur l'expédition et l'exploration du nouveau monde. Et en la lisant, je dois avouer que j'ai été obligé de  vérifier si ce livre ne datait pas du XIXème siècle, car j'avais l'impression d'être devant un roman d'aventures de Jules Verne.
Je vous entends crier : "Oh, mais Jules Verne c'est bien, pourquoi il critique Jules Verne, c'est un grand auteur, etc.". Je suis d'accord, et ce n'est pas véritablement une critique que je fais, juste une comparaison pour que vous compreniez bien mon problème. Cela partait comme un roman d'aventures sympa, mais sans grande originalité, un peu "bateau" (aucun jeu de mots avec l'histoire ou la couverture). Pour un auteur ayant sa réputation, cela me paraissait un peu faible. Accordons quand même du crédit au personnage d'Elias Vale, qui laisse planer l'espoir que quelque chose se trame.

Oui, quelque chose se trame. Laissez passer cette première partie, attendez l'Interlude, et comprenez que l'histoire ne fait que commencer. A partir de là, on plonge totalement dans le mystère et l'univers de la Darwinie. Et on se retrouve face à la rencontre entre Jules Verne et la science-fiction. C'est prenant, c'est surprenant (je pourrais placer "comprenant" aussi, mais je le garde pour une autre fois). Une belle montée en puissance pour un livre qu'on apprécie de plus en plus au fil des pages.