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mercredi 13 septembre 2023

P. Djèli Clark - Le Mystère du tramway hanté

Le Mystère du tramway hanté, P. Djèli Clark, 2019, 101 pages

Égypte uchronique, où les djinns sont une présence quasi-normale, début du XXème siècle. Hamed et Onsi sont deux agents du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles. Ils sont appelés pour traiter le cas d'une rame de tramway hantée par une mystérieuse présence - oui, le titre est vraiment très explicite.

Le Mystère du tramway hanté est une novella se déroulant dans le même univers que L'Étrange affaire du djinn du Caire et Maître des djinns. Elle se déroule chronologiquement entre ces deux textes, même si elle peut autant se lire en découverte de l'univers qu'après la lecture des deux autres récits - la preuve. P. Djèli Clark y développe une nouvelle fois son monde légèrement uchronique où des entités surnaturelles ont ouvertement pris place sur Terre, changeant quelque peu les rapports de force et les évolutions de la société.

Le Mystère du tramway hanté est une bonne novella. C'est une enquête simple, sans rien d'époustouflant, mais qui permet de revenir avec joie dans un univers appréciable et de côtoyer de sympathiques personnages. Et un bon moment, ça ne se refuse pas.

Couverture : Stephan Martinière / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Sabine, L'ours inculte, Jean-Yves, Célinedanaë, Le nocher des livres, Apophis, Elessar, lutin82, Marc, Boudicca, ...

mardi 30 mai 2023

P. Djèli Clark - Maître des djinns

Maître des djinns, P. Djèli Clark, 2021, 468 pages

Le Caire, 1912. L'ensemble de la Fraternité d'al-Jahiz - du nom de l'homme qui a ouvert la brèche ayant permis l'entrée des djinns sur le plan terrestre des décennies auparavant - est retrouvé mystérieusement mort. L'enquête est confiée à Fatma el-Sha'arawi, la toujours impeccablement habillée enquêtrice du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles.

Maître des djinns prend place dans le même univers, et avec la même héroïne, que L'Étrange Affaire du djinn du Caire. Une affaire à laquelle il est d'ailleurs fait référence ici. La lecture de la nouvelle avant le roman est loin d'être indispensable, mais reste préférable si vous en avez la possibilité. Il est aussi fait mention de Le Mystère du tramway hanté, l'autre novella se déroulant dans cette même Égypte uchronique, mais bien plus comme un clin d'oeil que comme un élément important de l'histoire.

Maître des djinns est un très bon roman, très plaisant à lire, porté par des personnages fort sympathiques ainsi qu'un cadre dépaysant, autant pour la présence de la mythologie arabe que pour la simple localisation en Égypte. C'est un livre qui s'améliore au fil des pages. Si la première moitié est un peu trop dans l'action à mon goût, la deuxième retrouve un rythme d'enquête plus propice à la rencontre de personnages, dont les interactions font une bonne partie du charme du roman. Jusqu'au dénouement qui comporte évidemment une grande scène d'action-résolution finale mais qui parvient à ne pas sonner comme un passage obligé et à rester palpitante jusqu'au bout.

Dans un genre tout à fait différent, Maître des djinns m'a un peu fait penser au Journal d'un Assasynth de Martha Wells : des personnages attachants, une enquête douce, sans grandes surprises mais solide, et surtout une intrigue sérieuse ponctuée de pointes d'humour qui donnent le sourire sans rien enlever au côté dramatique de l'ensemble. Avec un même résultat final : un immense plaisir de lecture.

Couverture : Stephan Martinière / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Zoé, Le nocher des livres, Célinedanaë, Boudicca, Apophis, Marc, ...

dimanche 11 décembre 2022

P. Djèli Clark - Les Tambours du dieu noir

Les Tambours du dieu noir, P. Djèli Clark, 2016-2018, 137 pages

En cette fin du XIXème siècle, La Nouvelle-Orléans est un territoire neutre où toutes les rencontres et transactions sont possibles. LaVrille est une jeune fille débrouillarde y survivant comme elle peut. Une oreille involontairement indiscrète va la mettre sur la route d'une arme des plus terribles. Heureusement, elle pourra compter sur Oya, la divinité yoruba qui fait partie d'elle, et sur Ann-Marie, capitaine d'un dirigeable pirate.

L'intrigue entière de Les Tambours du dieu noir tient en quelques lignes. La petite centaine de pages de la novella passe pourtant à la vitesse grand V et se lit avec enthousiasme tant son univers est passionnant. Le récit est bon et agréable à suivre, mais c'est vraiment le cadre qui sort du lot, avec cette Nouvelle-Orléans uchronique aux accents steampunk. Un îlot de paix au milieu de la guerre aux airs de gigantesque métissage. L'immersion est rendu encore plus forte grâce à l'écriture de P. Djèli Clark - et la certainement excellente et impressionnante traduction de Mathilde Montier - rendant les paroles d'Ann-Marie dans un style parlé caribéen (?), proche de ce qu'on a déjà pu découvrir dans Ring Shout.

À la suite de cette très bonne novella se trouve une nouvelle, L'Étrange Affaire du djinn du Caire. Direction cette fois Le Caire en 1912, dans une Égypte où l'espace entre les mondes s'est ouvert pour laisser passer quelques figures mythologiques. Fatma y est une agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles et va enquêter sur la mort mystérieuse d'un djinn.

Cette nouvelle partage quelques points communs avec la novella la précédant - une uchronie, des divinités, une ampleur d'intrigue potentiellement dévastatrice, ... - tout en étant fondamentalement différente. Outre l'univers, intrigant même s'il m'attire moins que La Nouvelle-Orléans, c'est cette fois une véritable enquête que nous livre l'auteur. Et en une trentaine de pages, ça tient étonnamment bien la route et donne un bon récit, achevant de faire de ce livre une très bonne porte d'entrée pour découvrir P. Djèli Clark.

Couverture : Benjamin Carré / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Sabcz, OmbreBones, Yuyine, L'ours inculte, Célinedanaë, lutin82, Boudicca, Chut maman lit !, Le nocher des livres, Elwyn, Marc, Apophis, ...

dimanche 2 janvier 2022

P. Djèli Clark - Ring Shout

Ring Shout, P. Djèli Clark, 2020, 170 pages

États-Unis, 1922. Le Ku Klux Klan fait régner la terreur sur les populations noires. Sauf que ce Klan n'est pas tout à fait celui que nous connaissons. Certains de ses membres sont monstrueux d'une manière bien plus littérale, des démons aux visages d'hommes. Alors que leur conquête ne cesse de s'étendre, une résistance tente de renverser le mal, autour d'un trio de combattantes mené par Maryse, une jeune femme possédant une épée magique.

Ainsi est l'univers de Ring Shout. Une fantasy classique avec magie et démons dans un cadre historique tout à fait réel. Un mélange qui étonne en premier lieu, et questionne. Pourquoi cette association ? Et pourquoi pas, d'abord ? C'est finalement intéressant pour traiter d'un sujet grave sous un angle nouveau, et permettre de diversifier le public touché. C'est peut-être aussi un peu cathartique : ne faudrait-il pas une raison démoniaque pour réussir à expliquer de telles horreurs ? Vain espoir, malheureusement.

Ring Shout est une novella qui m'aura gagné à sa cause au fil des pages. Le temps de s'habituer à son cadre donc, mais aussi au style de l'auteur. Un style parlé afro-américain qui va encore plus loin lors de passages en gullah, loin d'être toujours évidents à décoder mais augmentant l'immersion. Je ne juge habituellement pas des traductions, ne pouvant comparer au matériel d'origine, mais force est de constater que la traduction de Mathilde Montier est certainement un travail de grande ampleur et formidablement réussi, parvenant à rendre ces parlés dans toutes leurs complexités.

L'acclimatement à ce phrasé et à cet univers réalistico-fantasyque va de pair avec une montée en puissance du texte. L'immersion et l'attachement se font de plus en plus prégnants en même temps qu'un véritable objectif se profile pour les héroïnes. Et ce jusqu'à une fin de qualité qui conclut le récit sur une très bonne note, pour une novella pleinement satisfaisante.
« Après tout, ils ont pendu le pauvre Mr. Frank ici-même, en Géorgie, en dépit de toute loi ou raison.
- La loi et la raison, ça tient pas quand les Blancs y veulent faire comme c'est que ça leur chante
»
Couverture : Dorian Danielsen / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Gromovar, FeydRautha, Célinedanaë, Le nocher des livres, Sabine, ...