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vendredi 3 décembre 2021

Bulles de feu #38 - Animaux exotiques

Le Discours de la panthère, Jérémie Moreau, 2020, 105 planches

Un buffle pousse de toutes ses forces sur les flancs d'une montagne, pour déplacer l'île sur laquelle il se trouve et échapper à la comète qui semble se rapprocher. Il sera bientôt rejoint par un varan. Échapperont-ils au désastre ?

Ainsi démarre Le Discours de la panthère. Viendront ensuite une autruche, un éléphanteau ou encore un bernard-l'hermite, chacun vivant ses propres aventures. Car Le Discours de la panthère est en un sens un recueil de nouvelles mettant en scène divers animaux anthropomorphisés dans des aventures "philosophiques". Les Fables de la Fontaine ? Oui, il y a de ça, indéniablement, même si les morales sont moins explicites et frappantes.

Mais Le Discours de la panthère forme aussi un tout, les divers protagonistes se recoupant à l'occasion jusqu'au fameux discours final. Si le résultat peut paraitre un peu anecdotique ou gentillet, il n'en reste pas moins une bonne idée bien mise en place et très sympa à lire, avec une entrée en matière et une fin toutes deux marquantes. Le tout sublimé, bien sûr, par les très beaux dessins de Jérémie Moreau (La Saga de Grimr, Penss et les plis du monde) dans le style caractéristique de l'auteur-dessinateur, vaporeux et aérés, avec des airs quasi-enfantins par moment, mais qui donnent à l'ouvrage un ton unique et très agréable.

Quelques planches ici.

La Bête, Zidrou et Frank Pé, Tome 1/?, 2020, 150 planches

Belgique, 1955. Un cargo arrive au port d'Anvers en provenance d'Amérique du Sud, avec à son bord une cargaison d'animaux exotiques, dont un sort du lot : le Marsupilami. Celui-ci va parvenir à s'échapper et va être recueilli par un jeune garçon, François.

La couverture dit quasiment tout ce qu'il faut savoir de cette BD. La Bête revisite la fameuse figure du Marsupilami, dans un style bien plus sombre et réaliste que la joyeuse version initiale. Et le résultat est tout à fait réussi et plus que satisfaisant. Si elle conte une intéressante origin story, elle va au-delà du simple hommage. En situant l'action dans l'après seconde guerre mondiale, Zidrou en profite pour décrire une époque trouble de reconstruction où la violence et la rancune sont omniprésentes.

Les 150 planches de La Bête se lisent toutes seules. Grâce au scénario prenant de Zidrou donc, mais aussi au travail de Frank Pé qui peut s'illustrer dans les grandes largeurs grâce à une majorité de grandes cases très belles - où il parvient même à intégrer naturellement les visages aux traits un peu exagérés de certains personnages. Une très bonne BD qui n'a peut-être qu'un seul défaut : un léger goût de trop peu. Malgré une bonne consistance et s'il peut se lire comme un one-shot triste et amer, La Bête reste un tome 1. Et la dernière page tournée, une seule envie : lire la suite.

Quelques planches ici.

mercredi 10 juin 2020

Bulles de feu #25 - Parfum africain

Fela back to Lagos, Loulou Dédola & Luca Ferrara, 2019, 105 planches

Adedola est un Area Boy, un adolescent de Lagos, Nigéria, chef d'un petit groupe commettant divers méfaits pour gagner leur vie. Son seul rêve est de quitter l'enfer de la ville pour aller vivre avec son grand-père, pêcheur isolé qui lui raconte ses souvenirs de Fela Kuti. Mais les choses tournent mal...

Fela back to Lagos démarre tranquillement en mettant en scène les derniers jours de Fela Kuti, puis en présentant le personnage d'Adedola. Le rythme est assez calme, le dessin est clair et lisible. Tout bascule dans la deuxième partie : le rythme s'accélère, bien trop, ne laissant pas assez de temps au lecteur pour digérer tous les évènements et informations. Quant au dessin, il prend des formes plus sombres ou fantasmagoriques, qui correspondent au récit mais ne sont pas toujours des plus simples à appréhender.

J'en ressors avec un sentiment mitigé. Je ne peux malheureusement pas dire que j'ai apprécié ma lecture et que je la recommande. Et c'est d'autant plus dommage qu'elle se construit sur d'excellentes bases en voulant mettre en lumière la ville de Lagos. Mais à vouloir parler tout autant, entre autres, de Fela Kuti, de la mythologie yoruba, de la mainmise des gangs et des prêcheurs, de la misère sociale et de la corruption, Fela back to Lagos n'a le temps de se concentrer sur rien et aucun sujet ne semble pleinement abouti. Si le message passe malgré tout, l'histoire est noyée et il reste l'impression tenace qu'il y avait les ingrédients pour faire plus satisfaisant à tous les niveaux.

Le Dernier Atlas, Gwen De Bonneval, Fabien Velhmann, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard, Tome 1/?, 2019, 205 planches

Lieutenant d'une bande mafieuse, Ismaël ne fait pas de vagues. Il se retrouve malgré lui en relation directe avec "Dieu le père", le grand chef, qui lui confie une mission : trouver une source nucléaire pour la revendre. Une seule solution : les Atlas, ces gigantesques robots abandonnés suite à la catastrophe de Batna.

Le Dernier Atlas est un thriller uchronique où l'uchronie est discrète. Enfin, aussi discret qu'un robot géant puisse être. Il faudra d'ailleurs attendre la postface pour avoir de vrais détails sur le point de divergence de l'Histoire, mais sans que cela ne se ressente comme un manque pendant la lecture. Et pour cause : l'uchronie est essentiellement là pour insérer des robots géants nucléaires dans un passé proche d'une intrigue qui, pour le moment du moins, aurait très bien pu se dérouler simplement dans le futur.

Le Dernier Atlas est donc surtout un thriller sur fond de souvenirs de la guerre d'Algérie, de grande criminalité, de recherches scientifiques et... d'un grand évènement mystérieux qui se développe. Une intrigue riche sans le paraitre, multipliant avec maitrise les personnages et parvenant à leur donner du volume en peu de planches et quelques grandes cases. Cela se lit sans mal et semble bien maitrisé, à défaut d'apparaitre comme exceptionnel. Un premier tome qui fait office d'un peu plus qu'une simple grande présentation, suffisamment en tout cas pour avoir envie de voir ce que donnera la suite.

Quelques planches ici.