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lundi 8 novembre 2021

Bulles de feu #37 - Honneurs mérités

Peau d'homme, Hubert et Zanzim, 2020, 152 planches

Italie, époque Renaissance. Bianca a 18 ans et va dans quelques jours se marier avec Giovanni, un jeune et riche marchand. S'il y a pire parti pour un mariage arrangé, Bianca aurait quand même voulu d'abord le connaître. Par chance, sa tante a la solution : un trésor de famille, une "peau d'homme", qui permet à celle qui la porte de passer pour un homme aux yeux de tous. Une expérience qui va changer la vie, et le regard, de Bianca.

Si les premières pages n'ont rien de particulièrement renversantes, Peau d'homme trouve rapidement son chemin et son rythme de manière convaincante et efficace. Même en étant acquis a priori aux idées développées, Hubert et Zanzim parviennent à proposer une oeuvre agréable à lire tant par son fond que par sa forme, pleine de bonnes idées et d'une mise en scène maline. Car si Peau d'homme est un récit évidemment féministe et égalitaire, c'est aussi un récit d'émancipation et de liberté de manière plus globale.

Multiplement primée et encensée, Peau d'homme est une très bonne BD à la hauteur de sa réputation. Sans fausse note, aérée tout en étant consistante, bien maitrisée et très intelligente, il serait dommage de passer à côté.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Yuyine, OmbreBones, Célinedanaé, ...

Les Indes Fourbes, Alain Ayroles et Juan Guarnido, 2019, 145 planches

Après ses aventures en Espagne, Don Pablos de Ségovie arrive en Amérique. Avec toujours un même but : s'élever de sa misérable condition, à n'importe quel prix. Enfin, à n'importe quel prix... tant que les pièces ne proviennent pas d'un travail honnête.

Quoi ? Vous ne connaissez pas Don Pablos ? Vous n'avez pas lu ses péripéties espagnoles ? Elles sont pourtant contées dans El Buscón, un roman de Francisco de Quevedo paru en... 1626. Heureusement, même si Les Indes Fourbes en constitue la suite jamais écrite par l'auteur, il n'est absolument pas nécessaire d'avoir lu El Buscón pour lire et apprécier cette BD.

Comme son prédécesseur, Les Indes Fourbes est un pur récit picaresque, narrant les extravagantes péripéties d'un anti-héros aux multiples défauts, mais néanmoins sympathique. Ce n'est pas pour autant un simple enchaînement de saynètes qui pourrait lasser : en plus d'un regard piquant sur la colonisation sud-américaine et les rapports de force sociétaux, une solide trame se dégage rapidement, avec une véritable envie pour le lecteur de savoir ce qui va bien pouvoir se passer dans la page suivante. Et même si la chute finale s'évente rapidement, l'envie ne retombe pas, car ce n'est pas là l'important.

Les Indes Fourbes est indéniablement à la hauteur de sa réputation et mérite tous ses éloges. Alain Ayroles prouve une nouvelle fois sa science du récit et de la narration, avec notamment un rythme enlevé malgré une rédaction qui passe finalement peu par les bulles mais sans jamais perdre en fluidité pour autant. Et que dire du travail de Juan Guarnido - ah, Blacksad ! - aux dessins et à la couleur. Chaque case est un délice. Tout est beau, tout est richement détaillé, tout est admirable. Une très grande BD, dans tous les sens du terme.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Gromovar, Alias, ...

samedi 9 octobre 2021

Bulles de feu #36 - Biographies ciblées

Nellie Bly - Dans l'antre de la folie, Virginie Ollagnier et Carole Maurel, 2021, 160 planches

1887, New-York. À la recherche de ses troncs, Nellie Brown est internée à l'asile psychiatrique de Blackwell. La jeune femme n'est pourtant nullement folle : il s'agit en fait de Nellie Bly, journaliste sous couverture qui va plonger dans les rouages d'une institution aux méthodes scandaleuses, tant dans les raisons des internements que dans le traitement des internées.

Nellie Bly - Dans l'antre de la folie est basée sur la vie de Nellie Bly, pionnière du journalisme d'investigation, et particulièrement sur son enquête au sein de l'asile Blackwell, immortalisée dans son livre-reportage 10 jours dans un asile. Cette aventure majeure dans la vie de Nellie est entrecoupée de flashbacks, parfaitement intégrés et dosés, développant quelques éléments biographiques de son passé.

Nellie Bly - Dans l'antre de la folie est une très bonne BD mettant en lumière une figure importante de l'Histoire. Si les BDs biographiques ont parfois le défaut d'être trop froides ou trop distantes, Virginie Ollagnier et Carole Maurel ont parfaitement évité cet écueil en créant une BD vive et prenante dans son déroulé et sa narration. Le dessin est lui aussi agréable, bien plus doux que les horreurs qu'il laisse entrevoir. Définitivement une très bonne BD, plaisante et instructive, qui met en avant un personnage admirable.

Quelques planches ici.

Le Combat du siècle, Loulou Dédola et Luca Ferrara, 2021, 110 planches

Joseph William Frazier nait en 1944 en Caroline du Sud, douzième enfant d'une famille d'agriculteurs noirs. Arrêtant l'école dès 13 ans pour travailler, il se passionne très tôt pour la boxe. Esprit rebelle, refusant les maltraitances des blancs, il prend la route à 16 ans direction New-York où il finira par devenir boxeur professionnel sous le nom de Joe Frazier. Une carrière marquée par un affrontement mythique, le 8 mars 1971 au Madison Square Garden contre Mohamed Ali, "Le Combat du siècle".

Si ce combat est le point d'orgue de la BD, Le Combat du siècle présente avant tout la vie de Joe Frazier et la montée en puissance de son amitié-rivalité avec Mohamed Ali. Elle va en cela au-delà d'une simple histoire de boxe, la rivalité Frazier-Ali étant tout autant politique et idéologique que sportive, avec l'opposition de deux visions de la lutte pour le droit des noirs, celle de Luther King et Malcolm X pour Frazier contre celle de la Nation of Islam pour Ali. Un Mohamed Ali qu'il est difficile de ne pas voir ici comme le "méchant" de l'histoire - il est d'ailleurs dommage qu'il n'y ait pas une petite postface pour nuancer quelque peu ce portrait - et qui cannibalise presque trop l'attention.

Le Combat du siècle est une bonne BD qui m'a bien plus convaincu que Fela back to Lagos des mêmes auteurs. Malgré un début un peu mou et un manque de caractérisation pour certains personnages, la sauce prend bien mieux et trouve assez vite son rythme de croisière, avec à la clé un beau (et gentil) portrait de Joe Frazier et d'un combat mythique.

Quelques planches ici.

mercredi 10 juin 2020

Bulles de feu #25 - Parfum africain

Fela back to Lagos, Loulou Dédola & Luca Ferrara, 2019, 105 planches

Adedola est un Area Boy, un adolescent de Lagos, Nigéria, chef d'un petit groupe commettant divers méfaits pour gagner leur vie. Son seul rêve est de quitter l'enfer de la ville pour aller vivre avec son grand-père, pêcheur isolé qui lui raconte ses souvenirs de Fela Kuti. Mais les choses tournent mal...

Fela back to Lagos démarre tranquillement en mettant en scène les derniers jours de Fela Kuti, puis en présentant le personnage d'Adedola. Le rythme est assez calme, le dessin est clair et lisible. Tout bascule dans la deuxième partie : le rythme s'accélère, bien trop, ne laissant pas assez de temps au lecteur pour digérer tous les évènements et informations. Quant au dessin, il prend des formes plus sombres ou fantasmagoriques, qui correspondent au récit mais ne sont pas toujours des plus simples à appréhender.

J'en ressors avec un sentiment mitigé. Je ne peux malheureusement pas dire que j'ai apprécié ma lecture et que je la recommande. Et c'est d'autant plus dommage qu'elle se construit sur d'excellentes bases en voulant mettre en lumière la ville de Lagos. Mais à vouloir parler tout autant, entre autres, de Fela Kuti, de la mythologie yoruba, de la mainmise des gangs et des prêcheurs, de la misère sociale et de la corruption, Fela back to Lagos n'a le temps de se concentrer sur rien et aucun sujet ne semble pleinement abouti. Si le message passe malgré tout, l'histoire est noyée et il reste l'impression tenace qu'il y avait les ingrédients pour faire plus satisfaisant à tous les niveaux.

Le Dernier Atlas, Gwen De Bonneval, Fabien Velhmann, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard, Tome 1/?, 2019, 205 planches

Lieutenant d'une bande mafieuse, Ismaël ne fait pas de vagues. Il se retrouve malgré lui en relation directe avec "Dieu le père", le grand chef, qui lui confie une mission : trouver une source nucléaire pour la revendre. Une seule solution : les Atlas, ces gigantesques robots abandonnés suite à la catastrophe de Batna.

Le Dernier Atlas est un thriller uchronique où l'uchronie est discrète. Enfin, aussi discret qu'un robot géant puisse être. Il faudra d'ailleurs attendre la postface pour avoir de vrais détails sur le point de divergence de l'Histoire, mais sans que cela ne se ressente comme un manque pendant la lecture. Et pour cause : l'uchronie est essentiellement là pour insérer des robots géants nucléaires dans un passé proche d'une intrigue qui, pour le moment du moins, aurait très bien pu se dérouler simplement dans le futur.

Le Dernier Atlas est donc surtout un thriller sur fond de souvenirs de la guerre d'Algérie, de grande criminalité, de recherches scientifiques et... d'un grand évènement mystérieux qui se développe. Une intrigue riche sans le paraitre, multipliant avec maitrise les personnages et parvenant à leur donner du volume en peu de planches et quelques grandes cases. Cela se lit sans mal et semble bien maitrisé, à défaut d'apparaitre comme exceptionnel. Un premier tome qui fait office d'un peu plus qu'une simple grande présentation, suffisamment en tout cas pour avoir envie de voir ce que donnera la suite.

Quelques planches ici.

samedi 9 mai 2020

Bulles de feu #24 - Confirmation de style

Le Patient, Timothé Le Boucher, 2019, 290 planches

Une jeune fille ensanglantée erre dans la rue, un couteau à la main. À son domicile, toute sa famille est retrouvée morte. Toute sauf un, Pierre, 15 ans, qui se réveillera d'un coma 6 ans plus tard. Il sera alors pris en charge par la psychologue Anna Kieffer, spécialiste en criminologie.

Par son style graphique et ses domaines de réflexions - la réalité, la psychologie, la mémoire, ... -, Le Patient a de quoi rappeler l'excellent Ces jours qui disparaissent, première oeuvre de l'auteur. Il conserve aussi son sens de la tension, de manière encore plus poussée, Le Patient étant facilement qualifiable, à raison, de thriller psychologique.

Il y a plein de bonnes choses dans cette BD. Mais - car il y a malheureusement un mais - Le Patient n'atteint pas les glorieux sommets de son ainée. La cause est simple : c'est une lecture très particulière, dérangeante voire malsaine, dont il est difficile de sortir comblé et satisfait. La fin, ou plutôt la finalité, c'est peut-être là le plus gros problème. L'apothéose finale, si elle est en partie réussie, n'arrive pas à canaliser tous les questionnements et ne fait que laisser le lecteur devant des "Pourquoi ?". Parfois cela peut suffire. Mais pas cette fois, pas après tant d'étrangetés de ce genre.

Quelques planches ici.
D'autres avis : Yuyine, ...

Jamais, Bruno Duhamel, 2018, 54 planches

Troumesnil, sur la côte normande. Madeleine, 95 ans et aveugle, vit seule dans sa maison en bordure de falaise. Mais l'érosion fait son oeuvre et l'habitation risque de s'effondrer à n'importe quel moment. Sauf que Madeleine refuse de partir, au grand désarroi du maire.

Jamais est une BD toute simple sur une vieille dame qui veut rester chez elle, en dépit de la raison, quitte à y mettre d'étonnants moyens. Cela ne se remarque pas quand on le dit ainsi, mais Jamais est une BD franchement drôle, tout en situations décalées et personnages hauts en couleur. C'est un art rare et difficile que celui de faire rire gentiment, sans se moquer ni en faire trop, et Bruno Duhamel le maitrise parfaitement.

Mais Jamais n'est pas qu'une amusante lecture. C'est aussi un fort touchant récit sur la vieillesse, le deuil, l'attachement. Un fond important qui est mis en valeur par une bienvenue légèreté sur la forme. Un savant mélange d'émotions et de rires, admirablement composé par Bruno Duhamel, qui fait de Jamais une très belle BD qui vaut le détour.

Quelques planches ici-même.
D'autres avis : Yuyine, ...

vendredi 6 mars 2020

Bulles de feu #22 - Loufoqueries

Mickey's Craziest Adventures, Lewis Trondheim & Nicolas Keramidas, 2016, 44 planches

Pat Hibulaire et les Rapetou se sont associés et sont parvenus à dérober le contenu du coffre-fort de Picsou. Mickey et Donald se lancent à leur poursuite.

Le pitch est éminemment simple et classique, si ce n'est pour l'association Mickey et Donald. Le déroulé est lui bien plus fou, et même bien plus que ça. C'est complètement dingue, quasiment sans queue ni tête. Et pour cause ! L'histoire nous est présentée telle qu'elle a été retrouvée par le duo Trondheim/Keramidas dans un vide-grenier... sauf qu'elle s'avère incomplète, des pages manquant à l'appel, laissant de grands trous dans le récit.

Si la méthode est habile, l'histoire souffre tout de même d'un peu de facilité et d'un côté trop décousu, en tout cas bien plus que l'excellent Donald's Happiest Adventures que les mêmes auteurs réaliseront quelques années plus tard. N'en reste pas moins un album tout à fait sympathique, à l'idée de base parfaitement géniale et au déroulé complètement barré.

Saint Rose à la recherche du dessin ultime, Hugues Micol, 2019, 62 planches

Hugues Micol est auteur de bandes-dessinées. Lors d'une soirée où il fait un extra, il réalise un dessin exceptionnel, qui semble lui ouvrir de nouvelles perspectives sur son style. Sauf qu'au matin, le dessin a disparu. Hugues va alors faire appel à Santorin Saint Rose, célèbre détective aventurier, pour l'aider à retrouver le fameux dessin. Une enquête qui les mènera notamment sur les traces d'un oiseau migrateur de Macao...

Les premières planches sont déstabilisantes. Tout ça parait vraiment dingue, n'avoir aucun sens et ne pas tenir debout. Et puis les planches s'enchaînent. C'est loufoque, c'est effectivement dingue... mais incompréhensiblement ça fonctionne et c'est absolument enthousiasmant, bien meilleur que ça n'aurait le droit de l'être dans l'idée.

Saint Rose à la recherche du dessin ultime a des airs de Donald's Happiest Adventures avec cette idée de quête improbable qui donne une aventure où s'enchaînent les folies. C'est à prendre avec les mêmes attentes : seulement l'envie de passer un moment fort plaisant et amusant, sans prise de tête et avec une bonne dose de loufoqueries.

samedi 25 mai 2019

Bulles de feu #15 - Disparitions

Ces jours qui disparaissent, Timothé Le Boucher, 2017, 190 planches

À la suite d'un choc, Lubin, jeune acrobate, est confronté à un trouble dissociatif de l'identité cyclique : une autre personnalité prend possession de son corps un jour sur deux. Comment cohabiter avec soi-même ?

Ouvrage multiplement primé et acclamé, Ces jours qui disparaissent est à la hauteur de sa réputation. C'est une très bonne bande dessinée dont l'histoire tient en haleine et ne donne pas envie de la lâcher avant d'en avoir tourné la dernière page - une page qui d'ailleurs vous laissera la BD en tête pendant encore quelques minutes, au minimum. Le tout dans un style "épurée mais pas simpliste" qui apporte une vraie identité au livre.

Le seul petit bémol - outre la quatrième de couverture qu'on évitera de lire pour se garder un vrai plaisir de découverte (presque un cas de #SyndromeActesSud) - le seul bémol donc est une certaine sensation de manque d'un petit quelque chose, peut-être d'un vrai but (autre que "tourner les pages parce que c'est bien"). C'est ce qui retient Ces jours qui disparaissent d'être une extraordinaire BD. Mais cela ne doit absolument pas vous retenir de la lire parce qu'elle reste une très bonne BD !

L'Homme qui tua Lucky Luke, Matthieu Bonhomme, 2016, 60 planches
« J'l'ai eu bon dieu ! C'est moi, regardez ! C'est moi qui l'ai tué ! Haha ! J'ai détruit la légende ! J'ai tué Lucky Luke ! »
Ainsi commence L'Homme qui tua Lucky Luke, avec un Lucky Luke gisant mort, face contre terre, au milieu d'une troupe de badauds aussi choqués que nous. Comment cela a-t-il bien pu arriver ? Retour quelques jours auparavant, lorsque Luke arrive à Froggy Town...

L'Homme qui tua Lucky Luke, qui ne fait pas partie de la série officielle, est un superbe hommage au héros solitaire. Matthieu Bonhomme réussit le pari de faire une histoire classique de Lucky Luke tout en apportant sa vision de l'oeuvre et sa patte, avec en prime une explication tout à fait satisfaisante d'un détail historique de la série. Une vraie réussite - même s'il faut quelques pages pour s'habituer au visage de ce "nouveau" Luke - dont on ne peut s'empêcher de penser qu'elle a parfaitement sa place dans le canon officiel !

mercredi 15 mai 2019

Bulles de feu #14 - Disney 2018

Mickey et l'Océan perdu, Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni, 2018, 56 planches.

La couverture annonce tout de suite la couleur : Mickey et l'Océan perdu est une magnifique BD. Vous pouvez vérifier (ici), toutes les pages sont du niveau de cette couverture. Des personnages dessinés précisément mais surtout un cadre extrêmement riche et admirablement colorisé (par Jessica Bodart et Gaspard Yvan). C'est beau et ça donne envie de s'y replonger plus d'une fois.

Si c'est déjà une raison suffisante pour lire ce livre, ce n'est pas tout. Car le duo Filippi/Cambioni, déjà à l'oeuvre sur l'excellent Le Voyage extraordinaire, nous offre une intéressante, et étonnante, histoire de Mickey version steampunk - même si la source d'énergie est ici la "coralite". Si on peut douter à première vue de l'utilité de la présence de Mickey et compagnie dans ce récit, l'intérêt est finalement là dans l'absence de besoin de présenter les personnages et de les caractériser. Sans compter la simple joie de voir mixer Mickey et steampunk. L'histoire vaut certes plus pour son cadre que pour ses rebondissements, mais qu'importe, l'essentiel est là : un pur plaisir de lecture.

D'autres avis : Gromovar, ...

Donald's Happiest Adventures, Lewis Trondheim et Nicolas Keramidas, 2018, 42 planches.

La première chose qui frappe dans Donald's Happiest Adventures, c'est - une nouvelle fois, mais de manière bien différente - le style graphique (à découvrir ici) : pages jaunies/vieillies - l'histoire ayant été retrouvée au fin fond d'un grenier - et dessins absolument infidèles à l'original. C'est choquant au démarrage... et puis on s'y fait, au moins un peu.

On s'y habitue surtout car l'histoire capture l'intérêt. Et pour cause : envoyé dans une nouvelle aventure par Picsou, Donald doit cette fois découvrir le secret du bonheur ! Un périple de par le monde où chaque page sera l'occasion d'un "épisode" à chute, car Donald's Happiest Adventures est tout autant une histoire complète de 42 planches qu'un enchainement d'amusants strips d'une page. C'est intelligent sur la forme, gentil sur le fond et franchement amusant dans l'ensemble. Peut-on vraiment ne pas être satisfait d'une BD qui donne le sourire ?

D'autres avis : Gromovar, ...

mercredi 23 mai 2018

Bulles de feu #6 - Des tomes en vrac !

 
 Jirô Taniguchi, Les Gardiens du Louvre, 2014, 130 planches.


C'est du Jirô Taniguchi, c'est donc joli. Mais même si ça se lit bien, l'histoire n'est pas passionnante. "Simple" visite du Louvre, sous différents angles et avec toujours un brin de fantastique, c'est certainement bien plus intéressant si on est passionné par le sujet.
On notera quand même une très bonne partie sur la seconde guerre mondiale. Mais ça n'en fait pas une lecture indispensable.


Dernières migrations, Le Grand Mort tome 7/?, Régis Loisel, Jean-Blaise Djian et Vincent Mallié, 2017, 58 planches.

Je ne sais déjà pas trop comment j'en suis arrivé à ce septième tome, mais je crois bien que je vais devoir arrêter avant que les auteurs ne le décident pour moi. Un résumé de ce tome ? Rien. Il ne se passe rien, ça n'avance pas. Je suis vraiment incapable de dire à quoi sert ce tome.

Comment faire fortune en juin 40, Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier, 2015, 112 planches.

Adapté d'un roman de Pierre Siniac, il n'est pas étonnant que Comment faire fortune en juin 40 ait été rédigé à l'origine comme un scénario de film tant on a l'impression de lire un film (aussi étrange que cette phrase soit). 
Le pitch : une bande de personnages détonnants cherchent à voler un convoi de 2 tonnes d'or que la Banque de France tient à mettre en sécurité à Bordeaux. Et si vous n'êtes pas allergique au genre, c'est tout bon, avec son lot d'actions et de surprises (pas toutes joyeuses, loin de là). Un bon divertissement.

Ils ont fait l'histoire, Mao Zedong et Saladin, 2016 et 2015, 46 et 46 planches.

Découverte pour moi de la collection "Ils ont fait l'Histoire", énième collection dédiée à l'Histoire, ici axée sur des personnages historiques, retraçant leurs vies et agrémentée de postfaces d'universitaires. Pour ne pas faire les choses simplement, j'ai lu deux tomes de personnages non-européens dont je ne maitrisais pas vraiment le cadre historique, cela participe peut-être, surement, de mon avis un poil négatif, étant donné qu'il était compliqué pour moi de me situer.
Mais au-delà de ça, l'angle choisi pour Mao est étonnant (dans le mauvais sens du terme malheureusement) et la chronologie non linéaire vraiment ardue à suivre et peu utile. C'est simple : j'ai préféré lire la postface que la bd en elle-même. Quant à Saladin, c'est une lecture correcte sans être plus enthousiasmante que ça.
Une collection à réserver aux férus d'Histoire pour l'apport de chercheurs et d'universitaires.

La Magicienne, Les Vieux Fourneaux tome 4/?, Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, 2017, 54 planches.

Une série qui vieillit aussi bien que ses personnages ! C'est du tout bon, peut-être même meilleur que les tomes précédents : un bon mélange de préoccupations d'actualité et de généralités, par la plume acérée de Lupano et porté par le bon dessin de Cauuet, dans un tome où on en a à se mettre sous la dent. Chapeau !

dimanche 20 mai 2018

Bulles de feu #5 - En quatre tomes

Le chiffre 4 serait-il maudit ? Car si les trois quadrilogies suivantes ont des qualités, aucune n'atteint un vrai sommet de perfection. Pire : on se retrouve même déçu de leurs potentiels non-utilisés.
Spoiler Alert : Lupano s'en sort mieux que les autres, évidemment.

Le Soufflevent, Andoryss et Xavier Collette, 2014-2017, 45/46/46/46 planches.

Le Soufflevent, c'est avant tout un bon point de départ : dans un monde typé fantasy, une jeune fille (et son chat ailé !) cherche à échapper à des militaires qui souhaite lui prendre la création de son père, le soufflevent, étrange "chose" qui contrôlerait le pouvoir des vents. Le tout promet de l'aventure et du voyage, surtout si on en croit la carte présente au début de chaque volume et les différents titres des tomes. Mais...

Mais ça ne décolle jamais. L'aventure et le voyage sont limités à leur minimum, et le plus souvent entre les tomes, dans des parties que l'on ne voit pas. J'ai vraiment eu l'impression de lire toutes les moments inintéressants de l'histoire, les parties figées. Et en parlant de "figer", si le dessin est plutôt joli, je l'ai trouvé trop statique à mon goût.

Dommage, ça aurait pu être bien.

L'Expert, Frank Giroud et Brada, 2003-2007, 46/46/46/54 planches.

L'Expert nous propose une enquête historico-religieuse, entre la Lithuanie du XVème siècle et notre époque. Dis comme ça, ça peut faire peur, mais c'est intéressant et l'aspect complot religieux n'est que peu présent. Il faut certes mieux aimer le genre, mais ça se lit bien.

Sauf que ça part un peu en cacahuètes dans le dernier tome. Bon, s'il n'y avait que ça, on aurait pu le mettre sur le compte de la collection et s'en accommoder. Ce qui passe moins, c'est les innombrables récapitulatifs et ré-explications : j'apprécie qu'on veuille bien poser les choses pour que tout le monde ait compris, mais trop c'est trop. Dois-je considérer qu'on me prend pour un parfait idiot ?

Ça aurait pu faire une bonne trilogie, ça n'est qu'une quadrilogie un peu décevante. Et si jamais vous le lisez un jour, prévenez moi si dans votre quatrième tome la Lada verte annoncée dans une bulle est bien verte. Parce que chez moi, elle était rouge...

L'Assassin qu'elle mérite, Wilfrid Lupano et Yannick Corboz, 2010-2016, 54/56/54/46 planches.
« C'est ça qu'il faudrait faire : créer de toutes pièces un ennemi de la société à partir d'un être innocent ! (...) voilà qui serait une œuvre d'art subversive et véritablement décadente. Donner à cette odieuse société l'assassin qu'elle mérite ! »
C'est le point de départ de ce drame, car il n'y a pas d'autres mots pour qualifier cette histoire, où un riche rentier se joue d'un jeune homme pauvre et honnête. Et c'en est quasi-hypnotisant.

Le seul écueil de L'Assassin qu'elle mérite, qui est plus un double diptyque qu'une vraie quadrilogie, c'est de ne pas répondre exactement à sa promesse de départ : si les deux premiers tomes, qui se déroulent à Vienne, ont une réflexion sociétale, les deux derniers, qui se déroulent à Paris, se concentrent bien plus sur le microcosme des nos personnages principaux. Et c'en est un poil décevant, tant on aurait voulu en voir plus, avec une histoire encore plus impressionnante. La mise en garde se situait peut-être dans le titre de l'oeuvre...

Si la déception peut pointer le bout de son nez, L'Assassin qu'elle mérite reste une belle oeuvre, avec un scénario précis à la Lupano et un beau dessin de Corboz. Attention cela dit, ce n'est pas joyeux. Quant à la morale... Quelle morale ?