Peau d'homme, Hubert et Zanzim, 2020, 152 planches
Italie, époque Renaissance. Bianca a 18 ans et va dans quelques jours se marier avec Giovanni, un jeune et riche marchand. S'il y a pire parti pour un mariage arrangé, Bianca aurait quand même voulu d'abord le connaître. Par chance, sa tante a la solution : un trésor de famille, une "peau d'homme", qui permet à celle qui la porte de passer pour un homme aux yeux de tous. Une expérience qui va changer la vie, et le regard, de Bianca.
Si les premières pages n'ont rien de particulièrement renversantes, Peau d'homme trouve rapidement son chemin et son rythme de manière convaincante et efficace. Même en étant acquis a priori aux idées développées, Hubert et Zanzim parviennent à proposer une oeuvre agréable à lire tant par son fond que par sa forme, pleine de bonnes idées et d'une mise en scène maline. Car si Peau d'homme est un récit évidemment féministe et égalitaire, c'est aussi un récit d'émancipation et de liberté de manière plus globale.
Multiplement primée et encensée, Peau d'homme est une très bonne BD à la hauteur de sa réputation. Sans fausse note, aérée tout en étant consistante, bien maitrisée et très intelligente, il serait dommage de passer à côté.
Quelques planches ici.
D'autres avis : Yuyine, OmbreBones, Célinedanaé, ...
Les Indes Fourbes, Alain Ayroles et Juan Guarnido, 2019, 145 planches
Après ses aventures en Espagne, Don Pablos de Ségovie arrive en Amérique. Avec toujours un même but : s'élever de sa misérable condition, à n'importe quel prix. Enfin, à n'importe quel prix... tant que les pièces ne proviennent pas d'un travail honnête.
Quoi ? Vous ne connaissez pas Don Pablos ? Vous n'avez pas lu ses péripéties espagnoles ? Elles sont pourtant contées dans El Buscón, un roman de Francisco de Quevedo paru en... 1626. Heureusement, même si Les Indes Fourbes en constitue la suite jamais écrite par l'auteur, il n'est absolument pas nécessaire d'avoir lu El Buscón pour lire et apprécier cette BD.
Comme son prédécesseur, Les Indes Fourbes est un pur récit picaresque, narrant les extravagantes péripéties d'un anti-héros aux multiples défauts, mais néanmoins sympathique. Ce n'est pas pour autant un simple enchaînement de saynètes qui pourrait lasser : en plus d'un regard piquant sur la colonisation sud-américaine et les rapports de force sociétaux, une solide trame se dégage rapidement, avec une véritable envie pour le lecteur de savoir ce qui va bien pouvoir se passer dans la page suivante. Et même si la chute finale s'évente rapidement, l'envie ne retombe pas, car ce n'est pas là l'important.
Les Indes Fourbes est indéniablement à la hauteur de sa réputation et mérite tous ses éloges. Alain Ayroles prouve une nouvelle fois sa science du récit et de la narration, avec notamment un rythme enlevé malgré une rédaction qui passe finalement peu par les bulles mais sans jamais perdre en fluidité pour autant. Et que dire du travail de Juan Guarnido - ah, Blacksad ! - aux dessins et à la couleur. Chaque case est un délice. Tout est beau, tout est richement détaillé, tout est admirable. Une très grande BD, dans tous les sens du terme.
Quelques planches ici.
D'autres avis : Gromovar, Alias, ...





















