Affichage des articles dont le libellé est Les Rougon-Macquart. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les Rougon-Macquart. Afficher tous les articles

mercredi 13 avril 2022

Émile Zola - Le Docteur Pascal

Le Docteur Pascal, Émile Zola, Tome 20/20 des Rougon-Macquart, 1893, 363 pages

Pascal Rougon vit à Plassans avec Clotilde, sa nièce, et Martine, sa bonne à tout faire. Ne faisant plus que de rares visites de routine - et d'expérience - auprès de quelques patients, le Docteur Pascal se concentre essentiellement sur ses recherches en matière d'hérédité. Pour lesquelles il a un matériel de travail de choix : sa propre famille, les Rougon-Macquart.

Toute ressemblance avec une personne ayant réellement existé ne serait pas fortuite. Le Docteur Pascal est un roman terriblement méta puisque le héros éponyme est indéniablement un avatar d'Émile Zola lui-même. Tous deux travaillent sur l'hérédité, tous deux étudient les Rougon-Macquart, tous deux valorisent la science sur les croyances, ... et tous deux retrouvent la vitalité de leur jeunesse dans les bras d'une jeune femme - avec Jeanne Rozerot pour Zola, tandis que pour Pascal c'est, léger divulgâchage, avec sa nièce...

Ce jeu des similarités est peut-être le seul point d'intérêt du roman. Car Le Docteur Pascal n'est pas vraiment un bon roman. Au-delà de la relation consanguine qui jette un froid, l'intrigue est mince et peu palpitante, les considérations intellectuelles sont peu intéressantes et même l'aspect historique et sourcé de l'hérédité est fortement daté. Tout n'est pas à jeter, mais bien peu de choses sont à garder - Ramond, un peu Félicité et la scène de l'armoire ? Même la personnification de Zola dans Pascal a ses limites : le livre ne cesse de vanter les mérites de la maitresse de l'auteur... qui ne trouve rien de mieux que de dédier le roman à sa femme. Il n'y a finalement qu'une seule morale à en tirer : l'amour peut définitivement rendre aveugle.

Couverture : Microscope vers 1895, Paris, musée du CNAM
Lecture commune avec la Zolerie, Tigger Lilly et Alys.

vendredi 14 janvier 2022

Émile Zola - La Débâcle

La Débâcle, Émile Zola, Tome 19/20 des Rougon-Macquart, 1892, 582 pages

1870. L'heure est à la guerre entre la France et la Prusse. Patriotes, Jean Macquart et Maurice Levasseur se sont tous deux engagés pour aller combattre l'ennemi. Au sein du 106ème de ligne, ils deviendront amis, frères, et subiront ensemble toutes les déroutes de l'armée française.

Car La Débâcle porte très justement son nom. C'est une débâcle, et même plusieurs, tant l'armée française se fait malmener par l'armée prussienne. Avec en point d'orgue la bataille de Sedan qui verra la fin de l'Empire. Toute cette période, et cette guerre de manière plus générale, est très bien documentée par Émile Zola, de manière très précise. Trop même : à peu près tous les mouvements de troupes sont énoncés. C'est un véritable cours d'Histoire, à la fois instructif dans son ensemble tout en étant sensiblement ennuyant dans le détail.

La Débâcle est clairement un roman fait pour détailler cette défaite et le manque de préparation et de commandement de la France. Les personnages se déplacent sur le champ de bataille au gré des besoins de l'auteur. Heureusement, ces mêmes personnages sont aussi, pour la majorité, vraiment intéressants voire attachants - vive Henriette - et leurs histoires sont plaisantes à lire - si on omet l'horreur de certaines scènes. C'est d'ailleurs très facile à lire avec toujours cette capacité d'Émile Zola à décrire des scènes de manière cinématographique. Un bon cru en somme, avec même en un sens une petite note d'espoir pour finir (et du drame aussi, hein, quand même).
« (...) il fut très surpris de revoir, à sa droite, au fond du vallon écarté, protégé par des pentes rudes, le paysan qu'il avait vu le matin et qui continuait à labourer sans hâte, poussant sa charrue attelée d'un grand cheval blanc. Pourquoi perdre un jour ? Ce n'était pas parce qu'on se battait, que le blé cesserait de croître et le monde de vivre. »
Couverture : Alphonse de Neuville, "Combat sur la voie ferrée" (détail)
Lecture commune avec la Zolerie, Tigger Lilly et Alys.

dimanche 8 août 2021

Émile Zola - L'Argent

L'Argent, Émile Zola, Tome 18/20 des Rougon-Macquart, 1891, 500 pages

Ayant tout perdu à la fin de La Curée, Aristide Saccard est bien décidé à se refaire. Ne pouvant pas compter sur l'aide de son frère Eugène Rougon, il va se lancer corps et âme dans un grand projet : monter une banque pour financer des projets au Moyen-Orient.

Au programme : le monde éminemment sympathique de la finance et de la Bourse, avec son lot de manigances, de spéculations et de crises. Évidemment, ça va mal finir. Enfin, pour les gens lambdas, car les gros poissons s'en sortent toujours d'une manière ou d'une autre. La constance entre cette fin du XIXème siècle et notre XXIème siècle est frappante.

L'Argent est un roman d'Émile Zola correct, marquant par sa maitrise du sujet et sa résonance moderne, en plus des qualités habituelles de l'auteur. Il ne parvient pourtant pas à dépasser ce stade, la faute à une histoire bien trop linéaire et évidente, à une technicité financière très importante et à un manque de sentiments, même négatifs, envers les personnages. Mais après tout, ça se tient : tout le monde sait qu'on ne mélange pas affaires et sentiments.

Couverture : Honoré Daumier, Panique à la Bourse, 1845
Lecture commune avec la Zolerie, Tigger Lilly et Alys.

lundi 7 septembre 2020

Émile Zola - L'Oeuvre

L'Oeuvre, Émile Zola, Tome 14/20 des Rougon-Macquart, 1886, 489 pages

Claude Lantier est peintre. Avec un petit groupe d'amis artistes, il se bat pour percer à Paris. Mais son style différent des standards académiques et son perfectionnisme compliquent la tâche. Sa rencontre avec Christine, jeune femme croisée par hasard et dont le corps l'obsède, peut-elle changer la donne ?

Je ne divulgâcherai rien en indiquant que L'Oeuvre est un récit tragique, Émile Zola oblige. Bien que la première moitié soit globalement positive, la seconde est une descente aux enfers inéluctable où Claude se noie dans ses obsessions, entrainant son entourage avec lui. Si le dernier tiers est parfois un peu longuet, car nul espoir n'est permis, et malgré de nombreuses considérations artistiques certainement très intéressantes mais un peu pointues - L'Oeuvre conte les débuts du mouvement impressionniste, Émile Zola s'inspirant de son propre groupe d'amis et se mettant même très explicitement en scène sous les traits du personnage de Sandoz - le tout se lit étonnamment bien.

Zola a une écriture très visuelle et une certaine simplicité dans sa manière de raconter les choses, de ne pas trop en faire, qui ne rend pas le tout aussi déprimant qu'il pourrait être et garde un côté plaisant. En plus de quelques considérations très modernes, que cela soit pour l'époque ou pour l'écho qu'elles peuvent encore avoir aujourd'hui. Une bonne surprise.

Couverture : Édouard Manet
Lecture commune avec la Zolerie, Tigger Lilly et Alys, merci à elles pour l'invitation et la motivation !