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dimanche 31 août 2025

Colson Whitehead - La Règle du crime

Colson Whitehead, La Règle du crime, Tome 2/3 de Ray Carney, 2023, 449 pages

Quelques années ont passé depuis les évènements de Harlem Shuffle. Ray Carney s'est rangé et s'occupe de son magasin de meubles. Mais la nécessité de trouver des places pour un concert des Jackson Five va le remettre dans le tordu chemin.

Après les années 60 d'Harlem Shuffle, place aux années 70 dans La Règle du crime. Et toujours le même principe : trois nouvelles mettant en scène Ray Carney et ses mauvaises fréquentations, dans un Harlem où il ne fait pas particulièrement bon vivre, sur fond d'incendies et de Black Liberation Army. Les intrigues sont assez minimalistes et comptent de nombreux détours par les souvenirs des différents personnages, rendant encore plus évident le but premier de l'auteur : parler de Harlem et des Harlémites.

La Règle du crime n'est pas l'oeuvre la plus transcendante de Colson Whitehead et elle n'a pas la puissance d'autres de ses romans. Mais c'est un bon panorama d'un quartier et de ses évolutions ainsi qu'un sympathique petit 'roman noir'. Une lecture agréable qui vaut pour son ambiance et pour sa galerie de personnages, avec un duo à sa tête qu'on prend autant de plaisir à suivre l'un que l'autre : Ray Carney et Harlem.

Couverture : Olivier Munday / Traduction : Charles Recoursé
D'autres avis : Le Maki, ...

samedi 13 juillet 2024

Colson Whitehead - L'Intuitionniste

L'Intuitionniste, Colson Whitehead, 1999, 366 pages

Au sein du service des inspecteurs d'ascenseurs de la ville de New-York, deux philosophies s'affrontent : les empiristes et les intuitionnistes. Lila Mae Watson, la seule femme noire - la seule femme tout court - du service est elle-même une intuitionniste. Il lui suffit de voyager à bord d'un ascenseur pour connaître son état. Et elle ne se trompe jamais. Jusqu'au jour où un appareil qu'elle a inspecté quelques jours auparavant s'écrase. Est-ce sa première erreur ou est-elle la victime collatérale d'une bataille politique ?

On dit parfois d'excellents auteurs que même leurs listes de courses doivent être passionnantes à lire. L'Intuitionniste n'a certes rien d'une liste de courses, mais réussir à écrire un livre intéressant ayant pour thème l'inspection d'ascenseurs et leur philosophie est une tâche surement aussi difficile et improbable. Et puisque c'est Colson Whitehead qui tient la plume, c'est évidemment une réussite.

L'Intuitionniste n'est ni le roman le plus marquant de l'auteur (coucou Underground Railroad et Nickel Boys), ni celui par lequel il vaut mieux le découvrir (Harlem Shuffle pour un démarrage plus en douceur). Mais c'est, malgré son statut de premier roman, totalement un livre de Colson Whitehead. Son côté thriller/roman noir préfigure un peu ce qui sera justement Harlem Shuffle. Mais c'est surtout le thème fétiche de l'auteur, qu'on retrouvera ensuite dans tous ses récits, qui est déjà ici en pleine lumière : la condition noire. Et cela va au-delà du simple fait de montrer une héroïne noire qui doit se battre contre le racisme. Cela ne surprendra pas totalement les habitués de Colson Whitehead, mais il y a quelque chose de plus entre ces pages et le dénouement n'est pas dénué d'une certaine jubilation. Une nouvelle preuve, encore et toujours, que Colson Whitehead est un très grand écrivain.

Couverture : Angela Rotaru, Freepik (détail) / Traduction : Catherine Gibert
D'autres avis : Le Maki, Le Nocher des livres,

dimanche 8 octobre 2023

Colson Whitehead - Harlem Shuffle

Harlem Shuffle, Colson Whitehead, Tome 1/3 de Ray Carney, 2021, 420 pages
« Carney n'était pas un voyou, tout juste un peu filou... »
Cette citation placée en exergue de la première partie résume bien le personnage de Ray Carney. Propriétaire d'un magasin de meubles à Harlem dans les années 1960, il tente de gravir l'échelle sociale dans une ville où être noir ferme la majorité des portes. Alors pour arrondir les fins de mois, il lui arrive de revendre quelques objets obtenus de manière pas tout à fait légale. Mais les choses prennent une nouvelle ampleur quand son cousin Freddy l'entraîne dans le cambriolage de l'Hôtel Theresa.

Colson Whitehead est à la fois un auteur constant et un auteur qui se réinvente sans cesse. Si la condition noire et la condition de "l'homme moyen" sont très clairement ses thématiques favorites, reprises de livres en livres et une nouvelle fois ici, il change régulièrement de cadre et de style. Avec "Harlem Shuffle", il s'essaye au roman noir, où se côtoient tripots, magouilles et malfrats.

Et c'est, comme d'habitude, une grande réussite. Bien que roman noir, ce n'est d'ailleurs pas réellement sombre, ça a même quelque chose de frais et lumineux, notamment car Ray Carney est un personnage éminemment sympathique. Ce n'est pas propret pour autant, mais c'est très plaisant à lire. C'est peut-être le roman idéal pour découvrir Colson Whitehead. Il n'a pas ce côté effrayant que peuvent avoir ses deux chefs-d’œuvre Underground Railroad et Nickel Boys, deux lectures qui peuvent être éprouvantes, tout en ayant une intrigue plus nette et accrocheuse que d'autres de ses très bons romans comme Ballades pour John Henry ou Apex.

Harlem Shuffle est un très bon roman, avec une intrigue solide et mouvementée - découpée en trois parties séparées de quelques mois/années, comme un fix-up de nouvelles - et une plongée dans le quartier de Harlem qui est quasiment un personnage à part entière. Ça se lit tout seul et on en reprendrait. Ça tombe bien, même si Harlem Shuffle se suffit à lui-même, Ray Carney reviendra dans Crook Manifesto, situé cette fois dans les années 1970. J'ai hâte !
« Un truc que j'ai appris dans ce métier, c'est que la vie ne vaut pas grand-chose, et qu'elle vaut de moins en moins à mesure que les enjeux augmentent. »
Couverture : Olivier Munday / Traduction : Charles Recoursé
D'autres avis : Le Maki, ...

samedi 22 mai 2021

Colson Whitehead - Nickel Boys

Nickels Boys, Colson Whitehead, 2019, 255 pages

Floride, années 1960. Elwood Curtis, jeune noir passionné par le message de Martin Luther King, s'apprête à rentrer à l'université. Mais sur le trajet, il est arrêté par erreur et envoyé en maison de correction, à Nickel. Un lieu fort respectable vu de l'extérieur mais qui cache en fait une terrible face sombre et s'avèrera un véritable enfer.

"[Colson Whitehead] donne avec ce nouveau roman saisissant une sépulture littéraire à des centaines d’innocents, victimes de l’injustice du fait de leur couleur de peau" dit la quatrième de couverture. Et c'est parfaitement vrai. Car si Nickel est une école fictive, elle est plus qu'inspirée par la très réelle Florida School for Boys. Mais Nickel Boys n'est pas pour autant juste le récit d'un scandale - le mot est faible - au sein d'une école. C'est tout un système, d'éducation, politique ou de pensées, qui est à reconsidérer en le lisant.

Nickel Boys est un grand livre pour son fond implacable et nécessaire. Il l'est aussi pour sa forme, alors même qu'il n'est presque pas flamboyant - à l'exception notable de son excellente fin. Au contraire, le style est extrêmement simple et même froid, peut-être encore plus que dans les précédents écrits de l'auteur. Ça ne fait pourtant qu'en renforcer le propos. Car en ne cherchant pas à parler au coeur, c'est au cerveau que Colson Whitehead s'attaque directement, rendant encore plus terrible les actes odieux perpétrés presque anodinement. Et les émotions d'être finalement bien au rendez-vous, puissantes, après assimilation. Magistral.

Couverture : Design d'Oliver Munday - Photographie de Neil Libbert, Bridgeman Images / Traduction : Charles Recoursé
D'autres avis : Gromovar, Yuyine, ...

dimanche 28 mars 2021

Colson Whitehead - Zone 1

Zone 1, Colson Whitehead, 2011, 338 pages
« (...) tout le monde souffrait du SPAC. Selon Herkimet, il touchait soixante-quinze pour cent de la population survivante ; quant aux vingt-cinq pour cent restants, ils étaient en butte à des problèmes mentaux préexistants, évidemment exacerbés par la grande catastrophe. Bref, selon les dernières estimations, cent pour cent des gens étaient fous. Ça avait l'air assez juste. »
Survivant de la Dernière Nuit, Mark Spitz est désormais un ratisseur. Avec ses deux partenaires de l'unité Oméga, ils arpentent les secteurs qui leur sont confiés au sein de la Zone 1, l'île de Manhattan, pour débusquer les derniers zombies et préparer la zone à un possible retour à une vie normale.

Zone 1 est donc un roman de zombies à la sauce Colson Whitehead. Comme souvent, l'auteur y met en scène un personnage principal lambda, moyen, normal, pour évoquer de manière plus générale la masse, les gens qui ne font pas de vagues mais réfléchissent tout de même à leur sort. Évidemment, l'écriture de Colson Whitehead est toujours une grande force. Si elle comporte quelques fulgurances, elle ne repose pas spécialement sur les formules mais bien sur un certain sens de la narration, des mots bien agencés qui évoquent et provoquent des choses à la lecture.

Néanmoins, Zone 1 est certainement ma moins bonne expérience avec l'auteur jusqu'à présent. S'il reste d'un très bon niveau, je l'ai trouvé moins percutant, manquant d'un petit truc en plus, d'un aspect historique ou émotionnel que Colson Whitehead propose habituellement. Peut-être est-ce parce que ce sont les zombies qui doivent faire ici office de "valeur ajoutée" et que je ne suis pas très porté sur ce type de créatures ? C'est fort probable. Ça ne m'empêchera pas en tout cas de continuer à parcourir l'oeuvre de l'auteur.

Couverture : ? / Traduction : Serge Chauvin

vendredi 22 janvier 2021

Colson Whitehead - Apex

Apex, Colson Whitehead, 2006, 202 pages

Un célèbre consultant en nomenclature, ayant notamment nommé le fameux Apex, arrive dans la petite ville de Winthrop. Pour sa première mission après une petite "infortune" qui le voit désormais boiter, il doit être l'arbitre d'un conflit municipal et décider si la ville doit changer de nom pour un toponyme plus moderne.

Apex est un court roman vif, fait de phrases courtes et de rebonds continus entre deux fils narratifs : dans le présent, le nouveau nom de Winthrop ; dans le passé, l' "infortune" du personnage principal qui se dévoile peu à peu. Les enjeux peuvent sembler minces mais ils sont suffisants pour tenir en haleine le lecteur, avec en arrière-plan la radiographie d'une bourgade américaine lambda - thème classique de l'auteur - et la présentation d'un homme sensiblement désabusé.

Si Apex n'est certainement pas le roman le plus percutant de l'auteur, il reste toutefois une lecture tout à fait sympathique dont l'ambition peut-être moindre n'empêche pas le livre d'avoir un petit fond intéressant sur le marketing, la mémoire et la condition noire. Le tout porté, évidemment, par la plume expressive de Colson Whitehead. Ce qui n'est que justice pour un roman dont le fil directeur est la recherche du bon nom, du bon mot. Il est certain que Colson Whitehead sait les trouver.

Couverture : photo © Adri Berger / Traduction : Serge Chauvin

dimanche 13 décembre 2020

Colson Whitehead - Ballades pour John Henry

Ballades pour John Henry, Colson Whitehead, 2001, 619 pages
« Il ne sait même pas si c'est une histoire. Il sait seulement que ça mérite d'être raconté. »
En 1996, à Talcott, Virginie-Occidentale, se tient un festival dédié à John Henry. Au cours de cette première édition est aussi lancé un timbre postal célébrant le personnage. C'est ce double évènement, ayant réellement eu lieu, qui est le point central de la narration de Colson Whitehead. Il en imagine le déroulé fictif, notamment par le regard du journaliste J. Sutter, un "parasite" avide de notes de frais.

Mais le vrai point central, comme indiqué par le titre, est John Henry, personnage du folklore américain, colosse martelant les montagnes pour faire avancer le chemin de fer et qui aurait vaincu en duel un marteau à vapeur. Sa présence est le centre d'une sorte de grand schéma heuristique où l'auteur disperse ses idées, ses angles, ses personnages, ses scènes, tout en parvenant à ne jamais paraitre décousu et à garder un fil - le festival John Henry - auquel se raccrocher.

Ballades pour John Henry est un ouvrage éminemment riche et passionnant. Colson Whitehead y fait apparaitre plusieurs figures historiques, de Guy B. Johnson à Paul Robeson en passant notamment par le festival d'Altamont, qui donnent chacune envie de multiplier les recherches. Mais au-delà du passionnant aspect historique, l'auteur propose un rapide panorama de la condition noire aux États-Unis au XXème siècle - peu reluisant évidemment, dans un continuel rappel du blanc au noir qu'il n'est pas de la bonne couleur. Entre autres multiples choses.

D'un très bon niveau général, l'écriture de Colson Whitehead se fait même éclatante par moment avec quelques fulgurances (le monologue des ampoules, la description de la fête foraine, ...) époustouflantes. L'auteur est surtout doué d'une grande lucidité qu'il arrive à mettre en mot pour dire la réalité telle qu'elle est, aussi peu glorieuse soit-elle. Mais plus que la misère extérieure, c'est la misère intérieure qui est en lumière ici, la quête de chacun pour trouver sa place en ce monde. Colson Whitehead a lui pleinement trouvé la sienne : nous conter la vie passée et présente de manière magistrale.

Couverture : Photo © Benelux Press - Getty Images / Traduction : Serge Chauvin

samedi 24 octobre 2020

Colson Whitehead - Underground Railroad

Underground Railroad, Colson Whitehead, 2016, 398 pages

« Depuis la nuit de son enlèvement, elle avait été évaluée et réévaluée, s'éveillant chaque jour sur le plateau d'une nouvelle balance. Connais ta valeur et tu connaîtras ta place dans l'ordre des choses. Échapper aux limites de la plantation, c'eût été échapper aux principes fondamentaux de son existence : impossible.
C'était la grand-mère de Cora qui parlait à travers elle, ce dimanche soir où Caesar mentionna le chemin de fer clandestin, l'Underground Railroad, et où elle dit non.
Trois semaines plus tard, elle dit oui.
Cette fois, c'était la voix de sa mère.
»
Cora est une jeune esclave dans une plantation de coton en Géorgie. Sous l'impulsion de Caesar, un autre esclave arrivé il y a peu, elle va risquer sa vie et s'enfuir. Pour l'aider, elle pourra compter sur l'Underground Railroad, le chemin de fer clandestin, vaste réseau secret d'aide aux esclaves, matérialisé ici par Colson Whitehead sous la forme d'un véritable train souterrain.
« Cora ne savait pas ce que voulait dire « optimiste ». Ce soir-là, elle demanda aux autres filles si elles connaissaient ce mot. Jamais personne ne l'avait entendu. Elle décréta que ça voulait dire « persévérant ». »
Underground Railroad est un roman fort et important. Tout autant part d'Histoire connue  (l'esclavagisme et la condition noire), part d'Histoire plus méconnue (le réseau clandestin) et histoire en tant que telle (Cora), il réussit sur tous les points et offre un livre étonnamment agréable à lire étant donné les sujets. Car malgré la dureté évidente du texte, Colson Whitehead ne cherche pas à appuyer démesurément son propos et à en rajouter sans cesse. Au contraire, il reste simple et cela n'en rend son propos que plus fort. C'est passionnant, moderne et, tristement, pleinement d'actualité, intelligent dans la forme et dans le fond, et ça n'oublie pas - alors que rien ne semble s'y prêter - de toujours essayer d'entrevoir une lueur d'espoir à l'horizon. À découvrir.
« Elle ne croyait pas à ce qu'il avait dit sur la justice, mais c'était doux de l'entendre.
Lorsqu'elle se réveilla le lendemain matin, elle se sentait mieux, et dut reconnaître qu'elle y croyait quand même, au moins un tout petit peu.
»
Couverture : Leigh Guildig / Traduction : Serge Chauvin
D'autres avis : Lhisbei, FeydRautha, TmbM, Yuyine, ...