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samedi 7 mars 2026

Karim Berrouka - Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy, Karim Berrouka, 2021, 311 pages

Tout commence par une prise d'otages à la bibliothèque Léo Henry par un lutin bariolé d'un mètre quatre-vingts. Ses revendications ? Que l'humanité arrête de niquer la fantasy. Et ce n'est que le début d'une invasion pour y remédier. Face à cette irruption se dressent deux amies trentenaires, trois auteurices d'imaginaire, deux enquêteurs paranormaux, un enfant mi-saint mi-démon et trois punks musiciens.

Sans surprise au vu de l'auteur, du titre et du pitch, Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman assez déjanté. Sans tomber pour autant dans le total loufoque ou le grand n'importe quoi : c'est barré mais ça conserve un vrai sens interne ainsi qu'une bonne notion d'aventure. 

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman qui réussit une chose rare : tous ses fils narratifs sont aussi prenants les uns que les autres. Ce qui est bien aidé par la plume de Karim Berrouka, familière et tranchante, qui donne un rythme constant à ses courts chapitres. Et qui offre une lecture fun et plaisante.

Couverture : Diego Tripodi
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, Le chien critique, Célinedanaë, ...

jeudi 18 décembre 2025

Mélanie Fievet - Koinè

Koinè, Mélanie Fievet, 2024, 116 pages

Quinze ans. Cela fait quinze ans que le monde a changé, une catastrophe puis une révolution, et que tout est devenu plus local, plus respectueux, plus communautaire, plus utopique. Mais si l'humanité semble avoir collectivement trouver sa place, ce n'est pas forcément le cas pour tous ses membres. C'est notamment vrai de ces trois individus qui vivent dans un étrange hôtel, dont le tenancier est lui aussi en proie aux questionnements.

Koinè fait partie de ces livres qu'il ne faut pas - encore moins que les autres - me demander d'expliquer et d'expliciter. Koinè est une expérience. Il n'y a pas vraiment d'intrigue, ses bribes n'étant en tout cas pas le plus important. Ce qui compte ce sont ces êtres qui se cherchent, ces individus qui ne sont pas aussi heureux que l'utopie dans laquelle iels vivent, ces pensées sombres qu'il faut dépasser.

Koinè parle de lutte personnelle et d'acceptation. Elle parle de la vie. C'est riche, presque trop, tout en ayant le bon sens d'être assez contenu et d'être une novella, se clôturant avant de risquer de perdre le lecteurice. Grâce à ce format, il ne demeure qu'une lecture à part, où quelque chose se crée et dépasse la simple juxtaposition de mots, et le plaisir de lire l'écriture mouvante et poétique de Mélanie Fievet.
« C'est seulement après la conquête du pain que peut s'accomplir enfin, en chaque âme, la conquête du plein. »
Couverture : Zariel

jeudi 18 avril 2024

Claire Garand - Paideia

 

Paideia, Claire Garand, 2023, 321 pages

Dix jeunes filles vivent dans des stations orbitales, seules avec leurs parents. Alors que la Terre a été dévastée, elles sont le dernier espoir de l'espèce humaine, destinées à devenir les mères d'une nouvelle humanité sur la Lune. Mais une jeune fille, la narratrice, le souffre-douleur du groupe, a d'autres rêves : l'exploration et la conquête spatiale, à commencer par Mars.

Paideia est un ouvrage étonnant, un quasi-huis-clos spatial qui tourne autour d'enfants de 7 ans génétiquement modifiées, les rendant bien plus adultes que ce que leur âge laisse présumer, mais ayant aussi des comportements totalement enfantins. Au centre de ce groupe inhabituel, la narratrice est encore plus atypique, elle qui est continuellement rabaissée à sa condition de fillette moins intelligente que les autres et qui a des idées différentes, ne se rangeant ni à l'avis général, ni au bien commun. Elle n'est pas particulièrement sympathique, elle n'est pas une grande héroïne classique, mais sa manière de foncer malgré ses erreurs et d'aller au bout de ses idées lui donne une personnalité très forte et remarquable.

Surtout, elle permet de créer une réflexion globale sur l'égoïsme et l'altruisme, sur le libre arbitre et la liberté individuelle. Paideia est un roman qui donne à réfléchir et à aller au-delà de ses premières impressions - un peu, dans un genre totalement différent, comme le faisait L'Incivilité des fantômes de Rivers Solomon. Je ne peux pas dire que j'ai trouvé ma lecture particulièrement enthousiasmante, plutôt même un peu laborieuse par moment. Mais, à froid, je respecte énormément la proposition que Claire Garand fait avec Paideia. L'atypisme est toujours bon à prendre.

Couverture : Anna Parraguette
D'autres avis : Vert, Yuyine, Lhisbei, Marc, Le Maki, ...

lundi 3 février 2014

David Calvo - Elliot du Néant

Elliot du Néant, David Calvo, 2012, 314 pages.

J'ai assez longuement hésité avant de replonger dans un livre de David Calvo. Une certaine appréhension. Nid de coucou ne fut pas toujours une lecture facile mais m'a laissé une grande impression. Mais comment cela rendra-t-il sous la forme d'un roman plus habituel ? La surprise et la folie seront-elles aussi bonnes en sachant à quoi s'attendre ?

Un argument de poids m'a fait me lancer dans Elliot du Néant : l'histoire se passe en Islande. Et ce qui se rapporte à l'Islande ne peut pas être mal, n'est-ce pas ? Avouons tout de même que ce livre ne vous offrira pas une grande visite du pays, même si le cadre reste un élément important (il inspire au moins pour moi une certaine "possibilité" ou "crédibilité").

Qu'est-ce qu'Elliot du Néant ? Je ne suis pas vraiment capable de vous le dire. Elliot, un vieux concierge d'école, est le point de départ. Ou plutôt sa disparition est le point de départ de la recherche que vont effectuer les professeurs, et plus particulièrement Bracken, le héros. Quant au Néant... Il est présent, il est là, pièce centrale de l'univers, insaisissable et indéfinissable, à la fois concret et irréel. Comment expliquer le Néant ? Les personnages s'y essayent pendant une vingtaine de pages et c'est surement le passage le plus compliqué à lire et peut-être le moins intéressant. Peu importe. Tout n'a pas besoin de s'expliquer formellement. On peut vivre les choses sans cela. Parfois même mieux.

Alors, qu'est-ce qu'Elliot du Néant ? C'est du David Calvo. C'est particulier et cela ne plaira pas à tout le monde. Un mélange des genres, une folie créatrice. La rencontre d'influences les plus diverses, avec notamment un poème de Mallarmé, un clip de Nik Kershaw et un peu de mythologie nordique.

Elliot du Néant n'est pas toujours une histoire facile à suivre. Mais plus que l'histoire, qui n'est pas exceptionnelle en elle-même, c'est une ambiance qui est créée, une plongée dans un univers à la fois irréaliste et concevable. Personnellement, et je me trompe peut-être entièrement, j'y vois une métaphore du pouvoir créateur de l'art (même si dans ce cas je n'ai pas compris la morale finale). Vous y verrez peut-être tout à fait autre chose, ou peut-être rien. Mais si vous avez envie de prendre un risque, lisez Elliot du Néant. Ne serait-ce que pour rencontrer deux tortues vraiment géniales.

Une lecture de plus pour le Challenge Francofou