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jeudi 19 mars 2026

Laurine Roux - Sur l'épaule des géants

Sur l'épaule des géants, Laurine Roux, 2022, 372 pages
« Parfois, le soir, Maman essayait de me parler d'elle. Elle disait, Tu sais Gaby, ton arrière-arrière-grand-mère a plus de cent sept ans. Elle a vécu plein d'aventures extraordinaires. C'est vraiment quelqu'un.
Pour moi, seul Spiderman est vraiment quelqu'un d'extraordinaire. »
Pourtant la maman de Gaby a raison. C'est ce que va nous permettre de découvrir Laurine Roux dans ce roman qui retrace l'histoire d'une famille sur plusieurs générations, de 1850 au début de notre siècle, entre les Cévennes et Paris. Une histoire mouvementée qui suivra le cours de la grande Histoire et où quelques personnalités connues passeront parfois une tête.

Mais ce sont bien les personnages inconnus, cette famille Aghulon, qui sont les plus marquants et les moteurs de cette grande fresque familiale. Même si les chats philosophes qui parcourent le récit se récrieraient s'ils me lisaient et se réserveraient évidemment la place d'honneur - ce qu'ils ont au moins à égalité, avouons-le. Tous en tout cas sont hauts en couleurs et donnent énormément d'allant au récit.

Sur l'épaule des géants se lit comme un bon feuilleton. Les chapitres sont courts, l'histoire est rythmée et dynamique, tout en étant limpide et fluide dans son évolution sur des dizaines d'années. C'est entraînant et ça se lit tout seul. Avec en prime de très jolies gravures d'Hélène Bautista qui parsèment les pages. Une belle et grande aventure, pleine de vie(s), qui se dévore avec grand plaisir.

Couverture et illustrations intérieures : Hélène Bautista

mardi 1 août 2023

Laurine Roux - L'autre moitié du monde

L'Autre moitié du monde, Laurine Roux, 2022, 252 pages

Espagne, années 1930, dans le delta de l'Èbre. Sur les terres des Ibáñez, les paysans triment à longueur de journée sous la houlette d'une Marquise sans pitié et les 'dérapages' perpétrés par son fils Carlos. Alors que la colère gronde et monte dans tout le pays, elle pourrait bien atteindre cette petite région, surtout après l'arrivée dans l'école locale d'un nouveau jeune professeur.

L'Autre moitié du monde conte une période cruciale de l'Histoire espagnole, celle de la montée des idées socialistes et anarchistes d'un côté et des idées fascistes de l'autre, qui entraînera une guerre civile et la prise de pouvoir de Franco. Cette lutte nationale nous est racontée en filigrane, à la fois très présente mais surtout en arrière-plan. Ce vent de changement, Laurine Roux nous le présente à hauteur d'êtres humains - particulièrement par les yeux de Toya, une jeune fille au début de l'histoire - dans cette communauté du delta dont les aspirations à la liberté sont entravées par la puissance de l'aristocratie en place.

L'Autre moitié du monde est un drame. C'est énoncé clairement dès le prologue - étonnant mais qui fera pleinement sens plus tard, tout comme une certaine rupture temporelle déstabilisante mais finalement parfaite - un prologue qui évoque les bouquets de fleurs attachés au bord des routes. La lutte sera dure, la lutte sera violente et la lutte ne sera pas victorieuse. Mais la lutte a du coeur, la lutte a de la force, la lutte a de la vie. Et elle donne envie de lutter malgré tout, malgré les difficultés externes et les stupidités internes.

L'Autre moitié du monde ne doit pourtant pas être vu comme un pur roman de lutte politique. C'est aussi, surtout, un livre sur la vie et sur la mémoire, le souvenir. Et c'est un ouvrage de Laurine Roux. Si, en comparaison avec Une immense sensation de calme et Le Sanctuaire, il est sans aucun doute le texte de l'autrice qui a le plus fort ancrage dans le réel, dans notre réalité, il conserve toutefois cette importante présence de la nature.

Et c'est un ouvrage de Laurine Roux (bis). Ce qui veut dire qu'il possède l'impressionnante écriture de l'autrice. Je suis incapable d'en rendre toute la force et l'intelligence, mais c'est une nouvelle fois puissant, évocateur, mélodieux, ... Ce n'est jamais difficile à lire, ce n'est pas plein d'esbroufe et d'effets tape-à-l’œil, mais il y a pourtant indéniablement quelque chose d'unique et de majestueux dans ses lignes. Laurine Roux est une autrice exceptionnelle et L'Autre moitié du monde est une nouvelle fois un excellent roman.

Couverture : Hulton Deutsch / Getty Images

mardi 15 février 2022

Laurine Roux - Le Sanctuaire

Le Sanctuaire, Laurine Roux, 2020, 147 pages

Gemma, la jeune narratrice, June, sa soeur, et leurs parents vivent dans le Sanctuaire, une zone montagneuse vierge d'autres populations. Ils y survivent en autonomie en se méfiant des oiseaux qui passent à proximité. Mais l'harmonie peut-elle résister aux envies de l'adolescence ?

Le Sanctuaire commence un peu comme l'excellent Une immense sensation de calme : un nature-writing calme qui apporte une certaine sérénité à la lecture malgré un certain côté mystérieux. Sauf qu'il y a cette fois une perturbation, un basculement, qui va propulser le roman à un nouveau niveau et en faire une oeuvre à part, tout en conservant le style particulier de l'autrice.

L'écriture de Laurine Roux possède en effet un vrai truc. Simple mais pourtant très évocatrice, avec beaucoup de phrases courtes qui vont bien avec le caractère jeune de la narratrice mais surtout qui mettent d'autant plus en valeur les phrases plus denses, l'association des deux créant une vraie dynamique interne. On peut, on doit, lire Laurine Roux rien que pour son écriture. Cette relative simplicité ne doit pourtant pas faire oublier le fond proposé par le texte : les rapports de domination hommes/femmes et l'émancipation de ces dernières. Un propos fort qui parvient même à donner du sens à un élément un peu déroutant du récit. Le Sanctuaire est indéniablement une nouvelle grande réussite de Laurine Roux.

Couverture : Sandrine Duvillier
D'autres avis : Yuyine, Gromovar, TmbM, ...

samedi 12 juin 2021

Laurine Roux - Une immense sensation de calme

Une immense sensation de calme, Laurine Roux, 2018, 119 pages

Une jeune femme rencontre et tombe éperdument amoureux d'un mystérieux homme des bois, livreur de poissons séchés à des personnes isolées dans la montagne. C'est le début d'une nouvelle vie dans un monde troublé et déliquescent.

Comme ce piètre résumé ne le montre pas, Une immense sensation de calme est un court roman très réussi, tout en ambiance, entre post-apo et nature writing. Comme ce résumé le montre, l'histoire de base est déroutante, peu engageante, et il faudra un certain temps, jusqu'à peut-être comme moi l'histoire plus consistante et linéaire de la vie de Grisha, pour réellement accrocher au récit.

Pourtant, la réussite de la construction est déjà en cours. Car si le départ est quasiment frénétique, plein de pulsions et d'une vivacité débordante, mettant à rude épreuve les capacités du lecteur à assimiler l'univers et les personnages, l'apaisement l'emporte peu à peu. Sans nous en rendre compte, le livre a créé une petite bulle paisible, en accord parfait avec le cheminement de la narratrice, jusqu'à procurer une immense sensation de calme. Chapeau.

Couverture : Fog, hearth, © SirisVisual
D'autres avis : Yuyine, ...