samedi 30 mai 2026

Glen James Brown - L'Histoire de Mother Naked

L'Histoire de Mother Naked, Glen James Brown, 2024, 273 pages

En 1434, à Durham, la guilde des merciers s'apprête à tenir un grand banquet. Mais le fameux ménestrel prévu pour animer la soirée est tombé malade. Se présente alors Mother Naked, un ménestrel dépenaillé qui s'offre de le remplacer et de conter à l'audience l'histoire du Spectre de Segerston, une légende locale datant de quelques dizaines d'années qui conduisit à l'anéantissement d'un village entier.

Ce maigre résumé reflète pourtant parfaitement ce qui constitue ce roman : un homme qui raconte une histoire. Il n'est pas nécessaire d'en savoir plus sur l'histoire en elle-même. Cela permet de se mettre dans l'exacte même situation que les auditeurs de Mother Naked et de découvrir avec eux ce récit. D'être d'abord aussi dubitatif qu'eux devant cet homme étrange, de croire à une bouffonnerie sans intérêt, avant de se retrouver peu à peu happé par son récit et de comprendre qu'il cache bien plus que ce qui était d'abord visible à la surface.

L'Histoire de Mother Naked est un ouvrage fascinant. Bien qu'il retranscrira des dialogues dans son récit, c'est du début à la fin un monologue de Mother Naked, qui s'adresse régulièrement à son audience et interagit avec elle sans que jamais celle-ci ait une voix. C'est positivement théâtral, dans le sens où j'imagine très bien le roman être joué comme un seul en scène et fonctionner tout aussi bien. C'est captivant et ça ne s'essouffle jamais.

Au contraire, c'est de mieux en mieux. Car tous les détails ont un sens, les enjeux vont augmenter et tout va finir par s'imbriquer de manière magistrale. Ce n'est pas forcément éblouissant de mystère mais c'est si bien mené et maitrisé que c'en est admirable. Et le fond n'est pas en reste. C'est une plongée dans la paysannerie de l'époque, qui vaut en tant que document historique notamment sur les dynamiques de servage mais qui questionne aussi plus globalement les mécanismes de domination.

Je ne peux que t'inciter, toi lecteur, toi lectrice, à jeter un oeil à cet excellent livre. Et puis, avouons-le, n'as-tu pas toi aussi envie de comprendre pourquoi notre nouveau ménestrel préféré s'appelle Mother Naked ?
« Sais-tu quel est ton problème ?
Je t'en prie, énonce.
Tu t'préoccupes trop de l'avenir.
Quel mal à ça ?
Observant le feu qui fut jadis un inestimable Dysover, Pearl répondit : Pour beaucoup, aucun. Mais pour les gens comme nous, l'avenir est si incertain, il vaut mieux s'en passer pour sauver ce qu'il nous reste du présent. »
Couverture : Adrien Bargin / Traduction : Claire Charrier

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