mercredi 31 décembre 2025

R.F Kuang - Babel

Babel, R.F. Kuang, 2022, 764 pages

Canton, 1828. Un jeune chinois est sauvé et recueilli par un professeur d'Oxford. Rebaptisé Robin Swift, il le prend sous son aile et lui fait intégrer Babel, le prestigieux institut de traduction. Qui n'est pas qu'un simple lieu d'études des langues mais aussi la source du pouvoir de l'Angleterre grâce à l'argentogravure, une magie combinant argent et histoire des mots.

Si ce pitch est factuel et met en avant deux aspects primordiaux du roman (le milieu scolaire et l'importance des mots), il omet son troisième pilier : le racisme et plus généralement le traitement réservé à celleux qui sont considérés comme inférieurs. Robin et ses camarades de cohorte, racisés et/ou de genre féminin, ne sont pas admis à Babel en tant qu'égaux mais seulement car ils sont nécessaires, comme des outils. R.F. Kuang s'attache à montrer la difficulté de cette prise de conscience, le systémisme de ce racisme et les moyens de lutter contre, avec la fameuse opposition entre réforme et révolution. L'autrice va bien au-delà d'un simple "le racisme c'est mal". Elle questionne ses raisons et les arguments opposés, fait évoluer son jeune héros en même temps que ses réflexions et parvient à être tout à la fois indéniable et nuancée.

Babel est un ouvrage engagé et politique. Mais il n'oublie pas d'être avant tout un bon roman. Son propos s’intègre parfaitement à son cadre et à son histoire, ne prenant pas le pas dessus et laissant largement la place pour vibrer aux côtés de Robin Swift. Et il y a de quoi vibrer, de quoi s'enthousiasmer et s'émouvoir. De la même manière que le fond du propos n'a rien d'inédit mais est habilement présenté et mené, l'histoire d'un jeune héros entrant dans une grande école et devant faire ses preuves n'a là aussi rien d'inédit. Pourtant ça fonctionne parfaitement et ça ne sonne jamais comme du déjà-lu, car là aussi c'est habilement présenté et mené.

C'est le cas aussi de l'autre grand thème du roman : la traduction et le sens des mots. Je ne suis généralement pas un grand amateur des explications de worldbuilding, qu'elles soient de fantasy ou de science-fiction, et des détails sur le fonctionnement des éléments imaginaires. J'ai pourtant été fasciné par cette magie qui nécessite d'associer deux mots de langues différentes ayant un socle commun. L'idée est ingénieuse et elle permet en plus à l'autrice de nous offrir plein d'informations sur le fonctionnement et le métissage de nos langues. Là encore, ce n'est rien qui n'est trouvable ailleurs, mais c'est habilement présenté et mené.

La plus grande force de Babel au final, c'est son harmonie. R.F. Kuang combine ses trois grands axes dans un tout où aucun n'est plus important que les autres, où ils fusionnent pour créer quelque chose de meilleur. Pour parvenir à quelque chose qui s'approche du chef-d'oeuvre. Babel est un ouvrage conséquent, plus de 700 pages, et pourtant aucune d'elle n'est inutile. C'est un plaisir du début à la fin, qui se termine avec un sentiment de complétude. C'est une oeuvre puissante qui touche autant le coeur que le cerveau. C'est un roman très riche et pourtant toujours abordable. C'est une lecture incontournable.

Couverture : Nico Delort / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Vert, L'ours inculte, Le nocher des livres, Cédric, Elessar, Kahlan, Zoéprendlaplume, ...

mercredi 24 décembre 2025

Pierre Lemaitre - Au revoir là-haut

Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre, Tome 1/3 de "Les Enfants du désastre", 2013, 564 pages

Novembre 1918. Alors que la rumeur enfle que la guerre est sur le point de s'achever, une dernière offensive est forcée par l'officier Henri d’Aulnay-Pradelle qui espère ainsi élever son prestige. C'est là que les destins d'Édouard Péricourt et d'Albert Maillard vont se lier, le premier sauvant le second mais devenant par la même occasion une gueule cassée.

Au revoir là-haut est une fiction qui prend place dans un cadre historique réaliste et travaillé. Une après-guerre d'opportunité et de reconstruction où chacun va tenter de se faire la meilleure place possible. C'est sur cette solide base que vont se dérouler les aventures des trois principaux personnages dont les vies vont s'entremêler jusqu'au bout, dans une intrigue parfaitement construite - ce qui correspond bien au passé d'auteur de polars de Pierre Lemaitre.

Au revoir là-haut est un bon roman, voire un très bon roman, mais ce n'est pas un roman que j'ai trouvé très enthousiasmant. Je discerne deux freins à cela. Le premier ce sont les personnages qui ne sont pas franchement à leur avantage et dont aucun n'est pleinement sympathique. Ce côté peu reluisant donne certainement du réalisme et du fond mais ça limite l'attachement. La deuxième limite, c'est le ton de la narration. Elle n'est pas désagréable, on s'y habitue, mais elle laisse une impression un peu bizarre, un peu goofy, un peu moqueur par moment, qui là aussi n'aide pas à la sympathie et à l'attachement.

Cela dit, Au revoir là-haut reste un roman efficace et une vraie bonne lecture, très bien menée. Je lirai certainement ses suites un jour - surtout que j'ai cru comprendre que l'une met en scène Louise - ce qui est un bon indicatif de sa qualité.

Couverture : ?
D'autres avis : TmbM, Alys, ...

jeudi 18 décembre 2025

Mélanie Fievet - Koinè

Koinè, Mélanie Fievet, 2024, 116 pages

Quinze ans. Cela fait quinze ans que le monde a changé, une catastrophe puis une révolution, et que tout est devenu plus local, plus respectueux, plus communautaire, plus utopique. Mais si l'humanité semble avoir collectivement trouver sa place, ce n'est pas forcément le cas pour tous ses membres. C'est notamment vrai de ces trois individus qui vivent dans un étrange hôtel, dont le tenancier est lui aussi en proie aux questionnements.

Koinè fait partie de ces livres qu'il ne faut pas - encore moins que les autres - me demander d'expliquer et d'expliciter. Koinè est une expérience. Il n'y a pas vraiment d'intrigue, ses bribes n'étant en tout cas pas le plus important. Ce qui compte ce sont ces êtres qui se cherchent, ces individus qui ne sont pas aussi heureux que l'utopie dans laquelle iels vivent, ces pensées sombres qu'il faut dépasser.

Koinè parle de lutte personnelle et d'acceptation. Elle parle de la vie. C'est riche, presque trop, tout en ayant le bon sens d'être assez contenu et d'être une novella, se clôturant avant de risquer de perdre le lecteurice. Grâce à ce format, il ne demeure qu'une lecture à part, où quelque chose se crée et dépasse la simple juxtaposition de mots, et le plaisir de lire l'écriture mouvante et poétique de Mélanie Fievet.
« C'est seulement après la conquête du pain que peut s'accomplir enfin, en chaque âme, la conquête du plein. »
Couverture : Zariel

vendredi 12 décembre 2025

Christelle Dabos - La Mémoire de Babel

La Mémoire de Babel, Christelle Dabos, Tome 3/4 de La Passe-Miroir, 2017, 483 pages

La Mémoire de Babel fait suite à Les Fiancés de l'hiver et Les Disparus du Clairdelune. Mais là où les deux premiers volumes pouvaient presque être considérés comme un unique tome coupé en deux tant ils se déroulaient dans une continuité directe, La Mémoire de Babel apparait plus unique. Plusieurs mois se sont écoulés depuis la fin du tome 2 et Ophélie va être confrontée à un nouveau lieu et à de nouveaux personnages.

Bien que les deux premiers tomes furent très bons, le changement fait du bien pour renouveler l'intérêt et apporter un peu de fraîcheur. Même si c'est pour mettre en scène le trope de l'école et de l'apprentissage. Un choix étonnant pour un tome 3 mais qui fonctionne plutôt bien. Il est d'ailleurs à l'image de l'ensemble de l'ouvrage : il n'est pas à l'abri de quelques banalités et facilités mais possède aussi de bonnes idées, surtout dans sa dernière partie.

S'il est facilement possible de passer outre les facilités, un autre élément devient de plus en plus pénible : la romance. Je ne suis déjà pas un grand fan du genre quand c'est un élément principal de l'histoire mais c'est encore pire quand cette "romance" a tout de la relation toxique. Je n'ai rien contre les deux personnages en eux-mêmes mais je trouve que leur évolution aurait pu être plus agréable pour tout le monde (et sans affaiblir leurs caractères pour autant). C'est le seul vrai bémol de ce troisième tome, qui à part ça reste une bonne aventure.

Couverture : Laurent Gapaillard
D'autres avis : Vert, Yuyine, Alys, Acr0, Boudicca, ...

samedi 6 décembre 2025

Bulles de feu #80 - Novembre 2025

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


Thermae Romae T.5/6 - Mari Yamazaki

« On est donc sorti du manga "d'étude comparée des bains" pour arriver à du grand n'importe quoi » dixit l'autrice elle-même et c'est lucide. Ça reste quand même assez fun surtout que ça ne s'éternisera pas.


Jujutsu Kaisen T.1-3/30 - Gege Akutami

Découverte d'un des shonens les plus importants de ces dernières années. Un bémol sur les dessins des combats et les explications des pouvoirs mais ça reste agréable à lire et le potentiel est évident.


The Bugle Call T.4-6/? - Mozoku Sora et Higoro Toumori

Une série qui gagne à enchaîner les tomes. Il manque un petit quelque chose mais ça reste bien, avec notamment de bonnes idées pour les solutions des batailles.


Au pied des étoiles - Edmond Baudoin et Emmanuel Lepage

Un ouvrage très riche qui parle autant du projet en lui-même (aller voir les étoiles dans le désert d'Atacama) que de tranches de vie des personnages, de la politique passée et présente du Chili, des étoiles ou encore du dessin. Ça oscille entre le bien et le très bien, mais le plaisir d'admirer le travail d'Emmanuel Lepage est lui toujours au plus haut.
Très bien


Slam Dunk T.8-9/20 - Takehiko Inoue

Deux tomes pour un seul match et une même tension du début à la fin. Cerise sur le gâteau : le caractère du héros s'améliore un peu.


Grandville T.1/5 - Bryan Talbot

Il faut quelques planches pour s'habituer tant au style (abordable mais avec un petit quelque chose) qu'à l'univers (uchronie steampunk anthropomorphe avec plein de références) mais ça devient rapidement une très bonne lecture, mi-enquête mi-aventure, au héros fascinant et jubilatoire. À la hauteur de sa réputation.


Evol T.8/10 - Atsushi Kaneko

Encore et toujours excellent. Malgré un pitch basique, ça parvient tout de même à entretenir un vrai fil d'intrigue et c'est étonnamment fin sur la violence du monde
Excellent


Saga T.11-12/? - Brian K. Vaughan et Fiona Staples

Encore un excellent tome (et une toute aussi excellente relecture du tome précédent), où il se passe toujours autant de choses sans que ça ne paraisse jamais précipité.

dimanche 30 novembre 2025

Guillaume Chamanadjian - Une Valse pour les grotesques

Une Valse pour les grotesques, Guillaume Chamanadjian, 2024, 440 pages

À Schattengau - une cité-état sise dans les Alpes et dotée d'une université réputée - Johann est étudiant en obstétrique, discipline où il met à profit ses compétences en céroplastie. Une vie tranquille jusqu'au jour où il se retrouve littéralement embarqué par Sofia, une intrépide mercenaire, dans une aventure qui les mènera sur les traces des secrets les plus importants de Schattengau.

Ce pitch est assez vague et lambda pour deux raisons - trois si on considère que je suis nul en résumé. La première est que l'intrigue en elle-même n'a effectivement rien de particulièrement exceptionnel et est somme toute assez classique. La deuxième est que le principal intérêt du roman, c'est la découverte de son univers absolument fascinant. Une ville perdue dans les montagnes, aux étranges statues à chaque coin de rue, qui accorde autant d'importance aux sciences qu'à l'art et qui semble exister dans un XIXème siècle pas tout à fait palpable.

Je n'en dirais pas plus tant l'exploration et la compréhension de cette cité furent des pages et des pages d'émerveillement, de stupeur et de réjouissance. La première moitié du roman fut donc un enchantement. La deuxième, qui se concentre nécessairement plus sur l'intrigue en elle-même, m'a un peu moins emballé. Pas de quoi me faire déchanter pour autant. Parce qu'il reste toujours, pour passer un agréable moment, de sympathiques personnages ainsi que l'écriture ciselée et sensorielle de Guillaume Chamanadjian.

Une Valse pour les grotesques est une lecture enthousiasmante qui confirme Guillaume Chamanadjian au rang des auteurs remarquables. Un ouvrage plein de bonnes idées qui prouve qu'il est encore et toujours possible d'invoquer la fiction et l'imaginaire pour créer quelque chose de nouveau. Peu importe votre niveau sur la piste, il serait dommage de ne pas entrer dans la danse.

Couverture : Elena Vieillard
D'autres avis : Lhisbei, Gromovar, Le nocher des livres, Sometimes a book, Boudicca, Célinedanaë, ...

dimanche 23 novembre 2025

Louise Carey - Insubordination

Insubordination, Louise Carey, Tome 2/3 de Le Programme Harlow, 2022, 408 pages

Insubordination reprend quelques mois après les évènements de Aux ordres. Tanta et Cole, l'agente et le neuro-ingénieur, vont de nouveau se retrouver au coeur de la lutte de pouvoir entre InTech et Toughfront, les deux corporations qui se partagent Londres.

Dans la lignée du premier tome, Insubordination est un techno-thriller dans un univers cyberpunk. Des grands mots qui ne doivent pas effrayer : l'univers n'est que légèrement futuriste et l'aspect technologique très abordable. Le cadre permet évidemment une réflexion, sur le contrôle des populations notamment, mais il est surtout là pour permettre de vivre une bonne aventure.

Par manque d'un résumé, il faut quelques pages pour se remettre dedans. Heureusement, Louise Carey rappelle les éléments nécessaires dans son récit et les souvenirs reviennent étonnamment assez bien. Ce qui est bien aidé par le fait que les personnages sont peu nombreux. Et ils le resteront dans ce deuxième tome qui évite l'écueil du tome de transition, proposant une vraie aventure en soi, pleine de tension et n'attendant que ses dernières pages pour établir l'enjeu du troisième volume. Et vu l'efficacité de celui-ci, ça donne évidemment envie de le lire.

Couverture : Simon Prades / Traduction : Florence Bury

lundi 17 novembre 2025

Auriane Velten - Cimqa

Auriane Velten, Cimqa, 2023, 295 pages

Là-bas (ici) a lieu une "épidémie" mondiale de déséquilibre et de perte de repères, prélude à un changement majeur dans la vie de tous et toutes, mais particulièrement dans celle de la jeune Sarah. Ici (là-bas), Sara est technicienne dans l'industrie de la cimqa, un théâtre/cinéma 2.0 où elle est spécialisée dans la création et l'invocation de décors grandioses.

Ces deux fils narratifs ont un point commun : la capacité à utiliser son imagination pour faire apparaitre des choses. Littéralement. Les deux femmes vivent dans un monde qui semble correspondre à un futur proche du nôtre, un chouïa plus avancé technologiquement mais avec les mêmes problèmes sociétaux, à la différence près qu'une cinquième dimension existe. Rien que ça. Et pourtant ça s'intègre parfaitement au cadre, donnant des airs de science-fiction à un concept qui a tout de la fantasy.

Cimqa parle du pouvoir de l'imagination et de la liberté qui y est associée. Un thème qui n'a rien de très novateur - si ce n'est peut-être pour son focus sur l'industrie culturelle et son formatage - mais qui parvient à prendre une forme inédite, pour ne pas dire imaginative. Et qui est surtout très bien mené, plein de bonnes intentions et d'une volonté d'espoir sans être pour autant naïf face à la réalité du monde.

Cimqa a globalement plus des airs de tranches de vies que d'une grosse intrigue de science-fiction. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir une tension de bout en bout et un intérêt constant. Et ce, chose rare, pour les deux fils narratifs à parts égales. Une vraie bonne lecture, très agréable à lire.

Couverture : Scott Uminga
D'autres avis : Tigger Lilly, Yuyine, Lectures du Panda, Le chien critique, Jean-Yves, Alias, ...

mardi 11 novembre 2025

Suzanne Palmer - La Vie secrète des robots

La Vie secrète des robots, Suzanne Palmer, 2011-2022, 380 pages

La Vie secrète des robots est un recueil de 13 nouvelles de Suzanne Palmer qui a la particularité de ne pas répondre à l'adage habituel des recueils et anthologies : "il y a du bon et du moins bon". Non, ici, la qualité est constante, et ce à un niveau plus que satisfaisant. Il n'y a peut-être guère que Pierres dans l’eau, cottage sur la montagne qui m'a moins parlé, tout en comprenant et respectant la proposition. Les douze autres nouvelles furent un vrai plaisir à lire.

Pourtant, Suzanne Palmer ne fait pas dans la facilité et la répétition, que ça soit sur la forme ou le fond. Il y a bien une thématique générale de réussir à trouver sa place dans le monde, une place épanouissante dans un univers en décrépitude, mais la manière de l'aborder est toujours différente. Avec par contre une même constance pour brosser un nouveau cadre rapidement compréhensible et créer des personnages vivants et définis, le tout en quelques paragraphes à peine.

S'il n'y a pas de fausse note, le recueil manque peut-être de grands coups d'éclats, dans le sens où je ne sais pas si certains textes parviendront à me marquer durablement. Les deux sympathiques nouvelles mettant en scène Bot-9, qui ouvrent et referment l'ouvrage, sont surement celles qui en ont le plus fort potentiel de par la personnalité de leur héros. Mais cela ne doit même pas être un bémol. Parce que le plaisir immédiat de lecture est lui totalement présent, et c'est bien là l'essentiel.

Couverture : Dofresh / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : Vert, Lhisbei, Yuyine, Le Maki, Gromovar, FeydRautha, Apophis, ...

mercredi 5 novembre 2025

Bulles de feu #79 - Octobre 2025

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


Retour à Tomioka - Laurent Galandon et Michaël Crouzat

Une BD qui vaut essentiellement pour sa mise en avant abordable des problématiques liées à Fukushima. J'ai trouvé ça un peu trop basique mais ça reste tout à fait ok.


Thunder 3 T.6-7/? - Yuki Ikeda

Un peu plus de surprises qui rendent la lecture meilleure même s'il manque toujours un petit truc pour s'attacher pleinement à ce "One Punch Man X Gantz".


Popeye - Un homme à la mer - Antoine Ozanam et Lelis

Rien de particulièrement enthousiasmant mais une bonne BD néanmoins parce qu'elle a une âme, tant dans son dessin qui tangue que dans son ton un peu bourru.


Frieren T.14/? - Kanehito Yamada et Tsukasa Abe

Un bon tome qui poursuit un arc plus long et plus tendu que d'habitude. Un changement agréable surtout que ça n'oublie pas pour autant le ton particulier de la série.


Alyte - Jérémie Moreau

Un vrai bon conte animalier/fable écologique, simple dans son message (l'impact négatif de l'homme sur la nature) mais sympa dans sa forme (une succession d'aventures d'un crapaud qui découvre la vie).
Très bien


Frnck T.5-6/? - Olivier Bocquet et Brice Cossu

Début du deuxième cycle qui reprend les qualités du premier en les améliorant. Plus développé, plus varié et plus consistant, une vrai bonne série d'aventures.


Evol T.7/? - Atsushi Kaneko

Encore un très bon tome pour cette série imprévisible, si ce n'est dans sa volonté de montrer le pire de l'humanité.
Excellent


Les 5 Terres T.14-15/? - Lewelyn et Jérôme Lereculey

Quoi de mieux que la lecture d'un tome des 5 Terres ? La lecture de deux tomes des 5 Terres. Toujours aussi excellent, parvenant à donner vie à plein de personnages en peu de pages tout en narrant aussi une plus grande histoire. Somptueux à tous les niveaux.


Les Guerres de Lucas - Laurent Hopman et Renaud Roche

Une excellente BD qui raconte la création du premier film Star Wars, aussi instructif sur le film en lui-même que sur l'industrie cinématographique. L'histoire est incroyable - et absolument improbable si elle n'était pas vraie - et en plus elle est admirablement contée, avec une très grande fluidité. L'ouvrage est conséquent mais ça n'empêche pas le dévorer d'une traite.

jeudi 30 octobre 2025

Arkadi et Boris Strougatski - Il est difficile d'être un dieu

Il est difficile d'être un dieu, Arkadi et Boris Strougatski, 1964, 219 pages

Dans le royaume d'Arkanar, Don Roumata est un riche aristocrate, craint de tous, vivant tant dans les hautes sphères que dans les bas-fonds. Mais derrière cette façade se cache en fait un Terrien en mission d'observation avec d'autres de ses semblables. D'un niveau technologique bien supérieur, ils ont pour consigne de ne pas interférer dans l'évolution du monde, même quand le régime se fait de plus en plus dictatorial et terrifiant.

À défaut d'avoir lu la quatrième de couverture, il faut un bon tiers du roman pour réussir à comprendre la situation présentée ci-dessus. Ce premier tiers est particulièrement flou et incompréhensible, au point de m'avoir fait hésiter à arrêter ma lecture ou à la continuer en diagonale. Cela s'améliore par la suite, un peu, notamment parce que la narration est plus concentrée et suivie, avec un semblant d'objectif pour le héros. Mais ça n'est pas pour autant enthousiasmant, l'intrigue restant très limitée.

Plus qu'un roman en tant que tel, Il est difficile d'être un dieu tient plutôt du conte philosophique. Les auteurs y décrivent la mise en place d'un système fasciste et développent quelques réflexions sur la manière de gouverner un peuple. Ce n'est certainement pas inintéressant à analyser d'un point de vue intellectuel, encore plus quand on remet le livre dans son contexte d'écriture, l'URSS en 1964, mais c'est plus compliqué d'un point de vue purement romanesque. C'est un peu tout le paradoxe : je crois que j'aurais été bien plus intéressé par la lecture d'un article le décryptant que par la laborieuse lecture du roman en lui-même.

Couverture : Lasth / Traduction : Viktoriya Lajoye & Bernadette du Crest
D'autres avis : Gromovar, ...

vendredi 24 octobre 2025

David Bry - La Princesse au visage de nuit

David Bry, La Princesse au visage de nuit, 2020, 355 pages

Hugo est de retour dans son village natal pour l'enterrement de ses parents. Cela fait vingt ans qu'il n'y est pas venu. Vingt ans depuis qu'il fut retrouvé seul dans la forêt, sans souvenirs de cette nuit d'orage. Vingt ans depuis la disparition de ses deux amis. Vingt ans depuis que la princesse au visage de nuit a bouleversé sa vie. Vingt ans qui vont revenir le hanter comme si c'était hier.

La Princesse au visage de nuit est un polar fantastique qui reprend tous les codes de l'enquête dans un petit village de campagne, avec ses habitants qui se connaissent tous, ses secrets bien gardés depuis longtemps et ses légendes surnaturelles. Le 'cahier des charges' est totalement respecté et David Bry propose un récit très bien mené, aux personnages cabossés et à l'ambiance grise et pluvieuse, qui se lit tout seul.

Mon seul petit bémol provient de la dimension fantastique du roman. Je ne peux pas lui reprocher d'exister puisque c'est un aspect explicite dès le départ. Et qui fonctionne indéniablement bien, cela apporte une tension et un mystère qui vont très bien avec le reste de l'histoire. Mais je ne peux pas m'empêcher de trouver que ça apporte un peu trop de "facilités" sur la résolution de l'intrigue, que je n'ai pas trouvé très satisfaisante. J'en suis peut-être le seul responsable : au contraire de ce que j'en disais plus haut et pour l'apprécier pleinement, il ne faut pas lire La Princesse au visage de nuit comme un polar fantastique mais bien comme un conte fantastique.

Couverture : François-Xavier Pavion
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, Sometimes a book, Zoéprendlaplume, Célinedanaë, ...

samedi 18 octobre 2025

Chloé Chevalier - Le Sans-Soleil

Chloé Chevalier, Le Sans-Soleil, Tome 2/2 de Loin des îles mauves, 2024, 477 pages

Le Sans-Soleil reprend dans la continuité directe de La Sans-Étoiles. On y retrouve la même petite bande de personnages, naviguant tant entre les îles mauves et l'Empire qu'entre leurs désirs personnels et leurs aspirations à une réussite collective.

Le premier tome avait été une très belle surprise. Ce second volume n'en est pas une, il est encore mieux. Parce que cette fois j'avais des espoirs et des attentes. Et Le Sans-Soleil fut totalement à leur hauteur, si ce n'est encore plus haut. J'ai adoré de la première à la dernière ligne.

De la même manière que l'histoire reprend là où La Sans-Étoiles s'arrêtait, toutes les qualités du premier livre reviennent elles aussi exactement comme précédemment. Avec trois d'entre elles particulièrement saillantes : les personnages si attachants, le mélange parfait entre l'intrigue de premier plan et les réflexions socio-politiques en filigrane, le rythme général du roman. C'est ce dernier qui m'a peut-être le plus (agréablement) surpris ici. Tout le roman est une grande marche en avant, avec très peu d'échecs ou de régressions, sans pourtant jamais donner l'impression d'être facile ou évident, laissant au contraire planer tout du long une ambiance assez dure et violente.

Cela correspond finalement assez bien au résumé plus global que l'on peut faire de ce diptyque : c'est un récit d'équilibre. À la fois sombre et lumineux, à la fois engagé et en retrait, à la fois collectif et individuel, ... Et l'équilibre est parfait sur tous les points, très intelligemment dosé par Chloé Chevalier. « Hé ! Ho ! Adieux mes Gingeolines ! » dit la chanson. Je leur dis adieu oui, mais je leur conserve une belle place dans mon esprit et dans mon coeur.

Couverture : Lucille Clerc
D'autres avis : Xapur, ...

dimanche 12 octobre 2025

Luis Sepúlveda - Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler

Luis Sepúlveda, Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler, 1996, 119 pages

Au large du port d'Hambourg, Kengah, une mouette, se retrouve piégée par une marée noire. À l'agonie, elle parvient tout de même avec ses dernières forces à atteindre la terre ferme. Elle y atterrit sur un balcon où elle rencontre le chat Zorbas, à qui elle confie son dernier oeuf, lui demande d'en prendre soin et de lui apprendre à voler.

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un petit conte très simple dans son déroulé et dans son écriture. Parfaitement adaptée à un jeune public, c'est une nouvelle qui ne casse pas trois pattes à une mouette mais qui est tout à fait plaisante à lire et ce peu importe son âge. C'est une gentille et mignonne histoire avec des personnages charismatiques et un final plein d'émotions. Une sympathique petite friandise.

Couverture : ? / Traduction : Anne-Marie Métailié

lundi 6 octobre 2025

Bulles de feu #78 - Septembre 2025

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Mouais


Mascarade, Batman DC Renaissance T.7/9 - Scott Snyder, James Tynion IV et plein de dessinateurices

Encore plus que les autres tomes, juste un enchainement d'actions - à tendance glauque - et de 'toujours plus' qui ne donne pas de raison de s'investir dans le récit.
Bien / Ok / Correct


Thunder 3 T.4-5/? - Yuki Ikeda

Ça tourne un peu en rond et en pur manga d'action, sans grande histoire, c'est dommage. À noter que l'auteur cite "Gantz" dans un avant-propos et l'influence me parait maintenant évidente.


Thermae Romae T.4/6 - Mari Yamazaki

Une lecture plus aérée que les premiers tomes, avec une histoire ayant plus de continuité et jouant plus sur l'humour avec le décalage entre passé et présent.
Très bien


Ajin T.11-12/17 - Gamon Sakurai

Est-ce que l'histoire est complexe et poussée ? Non. Est-ce que c'est extrêmement efficace dans son genre ? Oui.


Hirayasumi T.7-8/? - Keigo Shinzô

Entre le bien et le très bien, c'est de la pure tranche de vie qui par je ne sais quel miracle ne tombe pas dans le trop plan-plan alors qu'il ne s'y passe pas grand chose.


Blue Period T.16/? - Tsubasa Yamaguchi

Encore un très bon tome, l'autrice a trouvé son rythme de croisière et le dosage parfait entre un récit entraînant et une réflexion philosophique/artistique, entre le concret et le technique.


Asadora ! T.9/? - Naoki Urasawa

Est-ce que l'histoire avance ? Pas vraiment. Est-ce que c'est toujours aussi plaisant de suivre les personnages, comme dans une bonne série télé ? Totalement.


Evol T.6/? - Atsushi Kaneko

C'est toujours aussi unique et ça continue d'évoluer, avec de nouveaux personnages et de nouvelles ambitions, pour une qualité constante.


Plus loin qu'ailleurs - Christophe Chabouté

« J'ai rêvé de partir, j'ai été contraint de rester... Alors, je suis parti en restant. »
Une très belle BD de peu de mots, qui n'est pas révolutionnaire dans son propos (l'importance des petites choses et de ce qui nous entoure) mais qui le fait sous une forme très maline et très réussie.


La Terre verte - Alain Ayroles et Hervé Tanquerelle

Un ouvrage massif qui permet de développer une grande histoire ou plutôt une grande tragédie shakespearienne. Rien de révolutionnaire mais c'est très bien mené - ce qui ne surprend personne avec Alain Ayroles au scénario - et joliment dessiné, c'est du très bel ouvrage.

mardi 30 septembre 2025

Antoine Bello - Les Falsificateurs

Antoine Bello, Les Falsificateurs, Tome 1/3 des Falsificateurs, 2007, 501 pages

Fraichement sortie de ses études, Sliv Dartunghuver s'engage dans un cabinet d'études environnementales. Mais rapidement, son supérieur lui propose un deuxième travail : entrer au Consortium de Falsification du Réel. Organisation secrète internationale, le CFR travaille à subtilement modifier la marche du monde, en inventant et en modifiant des évènements plus ou moins importants. Dans quel but ? Seules les plus hautes sphères du CFR le savent - et nombreux sont les échelons à gravir avant d'y arriver.

Les Falsificateurs part d'un principe incroyable (littéralement) : une gigantesque organisation qui tire les ficelles en coulisses et réécrit l'Histoire à sa guise. Une sorte de paradis pour amateurices de théories du complot. Et pourtant c'est un roman qui parvient, miraculeusement, à ne justement pas tomber dans le complotisme. Oui, la manipulation des faits est au centre du récit. Mais c'est surtout un moyen pour disséquer les mécanismes de cette manipulation et la manière d'orienter les opinions.

Plus que le CFR en lui-même, ce sont bien les différents scénarios élaborés par Antoine Bello qui sont le plus fascinant à découvrir. Des mini-histoires dans l'histoire où l'on sent un gros travail de recherche et de réflexion pour parvenir à un résultat aussi érudit que limpide - c'est d'ailleurs, assez ironiquement vu le sujet et les habitudes d'Antoine Bello, peut-être le roman le plus clair et 'honnête' de l'auteur. Et le tout en réussissant à donner une bonne dose de crédibilité à l'ensemble.

Tout n'est pas parfait dans Les Falsificateurs. Le culte du secret sur les intentions du CFR risque de ne mener à rien et les personnages sont assez basiques - et pas franchement sympathique dans le cas du héros, même si cela sert son évolution. Mais le projet en lui-même et la réflexion qu'il permet de mener restent supérieurs à ces bémols, surtout en ces temps où la question de la désinformation est toujours plus prégnante.

Couverture : Photo © Michael Cogliantry - Getty Images
D'autres avis : Alys, ...

mercredi 24 septembre 2025

Catherine Dufour - Les Champs de la Lune

Catherine Dufour, Les Champs de la Lune, 2024, 284 pages

La Terre étant devenue inhabitable, les humains se sont déplacés sur la Lune. La majorité réside sous la surface mais quelques habitants vivent "à l'extérieur", sous des dômes, pour y faire pousser des plantes. C'est le cas d'El-Jarline, une fermière solitaire - à l'exception de son chat parlant - qui rend compte de ses activités dans des rapports qu'elle transmet à l'administration de sa cité.

Les Champs de la Lune est un ouvrage étonnant et particulier. L'intrigue y est infime. C'est un journal personnel, une tranche de vie, qui conte les quelques péripéties d'El-Jarline mais surtout présente un futur où l'humanité a colonisé la Lune, avec tous les problèmes afférents, dont la plupart ne dépareillent pas de ceux de la Terre. En plus de cette présentation, on observe aussi l'évolution du personnage d'El-Jarline, dans ce qui ressemble beaucoup à un coming of age, qu'on pourrait même qualifier de coming of conscience.

Le tout est très contemplatif. Un peu trop pour moi. Je dois avouer avoir par moment trouvé le temps long. La proposition est bonne, différente et bien réalisée, avec un vrai ton dans l'écriture. Mais elle n'a jamais réussi à m'enthousiasmer. J'ai trouvé ça objectivement bien mais subjectivement je n'ai pas réussi à y prendre beaucoup de plaisir.

Je commençais en disant que Les Champs de la Lune est un ouvrage étonnant et particulier. Ce qui est en somme la définition d'un ouvrage de Catherine Dufour. Parfois ça accroche, parfois moins. Mais une chose est sûre : Catherine Dufour parvient toujours à écrire des livres qui ne se ressemblent pas et qui ont quelque chose d'unique.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Tigger Lilly, Lhisbei, Le Maki, Zoéprendlaplume, Le chien critique, Chut maman lit !, Célinedanaë, Sometimes a book, Marc, ...