dimanche 18 juillet 2021

Une Heure-Lumière - Hors-Série 2021 (Greg Egan - Un Château sous la mer)

Un Château sous la mer, Greg Egan, 2020, 73 pages

Rufus, Linus, Caius et Silus sont des quadruplés, semblables physiquement et partageant un lien psychique très fort. Et ce n'est pas qu'une image. En effet, sujets d'expérience lorsqu'ils étaient petits, ils partagent désormais tous leurs souvenirs, chacun récupérant chaque nuit les souvenirs de sa fratrie comme si c'étaient les siens. Mais un jour, le lien avec Linus est coupé et ce dernier disparait brutalement.

Un Château sous la mer est une novella très prenante qui se lit comme un thriller. Le postulat science-fictif servant de base au récit est abordable, malgré une aura assez impressionnante, et ajoute des complications intéressantes à l'intrigue. Rien n'est particulièrement très développé, mais cela n'empêche pas le texte d'être fort plaisant et accessible.

À l'exception de sa fin, abrupte au possible. J'ai beau avoir relu trois-quatre fois les trois dernières pages, je suis absolument incapable de les expliciter. C'est au-delà de la fin ouverte : quelques infimes indications sont données et au lecteur de se débrouiller avec ça, sans réels indices. J'ai surement raté quelque chose ou suis trop bête pour le comprendre, je peux l'admettre. Mais la frustration est d'autant plus forte que la rupture est vraiment brutale et inattendue. C'est d'autant plus dommage que tout ce qui précédait était vraiment appréciable.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : L'Épaule d'Orion
D'autres avis : FeydRautha, Dionysos, Apophis, Vert, Célinedanaé, ...

lundi 12 juillet 2021

Rosa Montero - Le Temps de la haine

Le Temps de la haine, Rosa Montero, Tome 3/3 des aventures de Bruna Husky, 2018, 354 pages

Le Temps de la haine est le troisième et dernier roman mettant en scène la réplicante Bruna Husky, après Des Larmes sous la pluie et Le Poids du coeur. Il est dans la droite lignée de ce dernier, c'est-à-dire bon sans être au niveau d'excellence du tome initial.

Le Temps de la haine est un roman qui se lit comme un énième tome d'une série policière. Vous y retrouvez avec plaisir un cadre et des personnages connus, évoluant - un peu - en marge d'une intrigue de type thriller. Cette dernière ne révolutionne rien, voire est globalement prévisible, mais reste pourtant très efficace. C'est une alternance, à parts quasi-égales, de petites choses bien pensées et d'autres petites choses moins inspirées et plus faciles - dont la fin en mode TGV. Le tout reste majoritairement positif, fonctionnant surtout par l'attachement préalable que le lecteur a pour la série.

Couverture : Illustration © Westend61 - Getty images / Traduction : Myriam Chirousse
D'autres avis : Lune, Gromovar, Yogo, ...

mardi 6 juillet 2021

Lucius Shepard - Abimagique

Abimagique, Lucius Shepard, 2007, 100 pages

Tu ouvres le livre et, connaissant l'auteur, tu crois savoir à quoi t'attendre. Pourtant une première surprise t'attend avec cette narration à la deuxième personne. L'étonnement sera bref. Quelques pages et tu as déjà oublié le procédé, preuve suffisante qu'il fonctionne. Tu en découvriras les raisons en postface. Peu importe qu'elles soient anecdotiques et importantes à la fois : ta lecture est plaisante et tu es pleinement dans l'ouvrage.

Tu fais la rencontre d'Abi - personne ne l'appelle réellement Abimagique - et tu es rapidement envouté. C'est une attirance inexplicable, presque magique, qui bouleversera ta vie de manière inattendue. C'est sexuel oui, forcément, mais ce n'est pas que ça, c'est bien plus que ça. Tu côtoieras l'insaisissable et tu tenteras d'y appliquer des mots pour lui donner du sens. Peine presque perdue. Mais ton corps ressent, comprend, lui, et c'est ce qui compte.

Tu vivras une histoire d'amour, une sorte d'histoire d'amour, comme seul Lucius Shepard sait en faire. Tu regretteras ton manque de foi initial : rien de rétrograde ici, au contraire. C'est crue, brute, étrange, atmosphérique. C'est la vie, une certaine vie, dérangeante mais finalement si vraie. Et tu concluras ta lecture par des mots sublimes, marqué par cette rencontre, une rencontre comme on en fait peu.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jean-Daniel Brèque
D'autres avis : Vert, Gromovar, FeydRautha, Lorhkan, Celinedanaé, Elhyandra, OmbreBones, Apophis, Boudicca, Yuyine, ...

mercredi 30 juin 2021

Emily St. John Mandel - Station Eleven

Station Eleven, Emily St. John Mandel, 2014, 475 pages

En pleine représentation du Roi Lear, Arthur Leander s'effondre et meurt, malgré l'intervention rapide d'un secouriste, sous les yeux de Kirsten Raymonde, une jeune enfant actrice.
« De tous ceux qui étaient présents ce soir-là, ce fut le barman qui survécut le plus longtemps. Il mourut trois semaines plus tard, sur la route, en quittant la ville. »
Deux périodes se chevauchent dans la narration de Station Eleven : l'avant épidémie, où l'on découvre la vie d'Arthur et de certains autres personnages gravitant autour de lui, et l'après épidémie, où les rares survivants, Kirsten en premier lieu, évoluent dans un monde post-apocalyptique. Les deux trames, en plus d'avoir leurs vies propres, sont évidemment liées, se développant l'une l'autre. À défaut d'être réellement ambitieuse, restant finalement assez simple, cette construction est réussie et est surement l'une des points forts de l'ouvrage.

Bien plus axé sur des tranches de vie que sur une véritable intrigue, Station Eleven est un bon roman, solide, mais qui ne m'aura jamais enthousiasmé plus que ça. Il comporte pourtant pas mal de bons éléments, mais beaucoup semble avoir déjà été vu en mieux ailleurs. Surtout, l'assemblage fonctionne mais manque d'une étincelle, d'un petit quelque chose pour rendre le récit vraiment spécial. Un roman néanmoins plaisant à lire, loin d'être morose malgré la thématique, mais qui ne m'aura pas marqué plus que ça.

Couverture : Michael Kenna / Traduction : Gérard de Chergé
D'autres avis : Lune, Lorhkan, Gromovar, Yuyine, Yogo, Acr0, ...

jeudi 24 juin 2021

Charles Yu - Chinatown, Intérieur

Chinatown, Intérieur, Charles Yu, 2020, 270 pages

Willis Wu est un acteur américain d'origine taïwanaise. Vivant à Chinatown, il enchaine les petits rôles d' "Asiat' de service". Avec un rêve à l'esprit, depuis qu'il est petit : devenir Mister Kung-Fu, la tête d'affiche asiatique d'un film d'arts martiaux, symbole ultime de réussite.

Chinatown, Intérieur est un excellent roman, tant sur le fond que sur la forme. Une forme présente dès le titre, une didascalie qui n'est qu'un infime exemple du style employé à l'intérieur, tout en mise en forme de scénario. Un choix surprenant mais finalement très malin, qui brouille les cartes entre la vie filmée de Willis et sa vie hors-caméra, les deux se mélangeant et résonnant allègrement.

Autant scénario de film que scénario de vie, Chinatown, Intérieur pointe le système hollywoodien mais surtout et plus globalement le racisme anti-asiatique des États-Unis où le focus d'opposition n'est qu'entre Noir et Blanc. Charles Yu sait évidemment de quoi il parle, lui-même américain d'origine taïwanaise. Il propose un intelligent décorticage, sans apitoiement, des raisons de ce racisme, n'épargnant pas les asio-américains eux-mêmes pour leur intégration subconsciente de cet état de fait. Et ce avec un roman agréable à lire et créatif. Indéniablement un roman majeur sur le sujet.
« (...) et c'est comme si vous veniez juste d'arriver, et pourtant c'est comme si vous n'étiez jamais vraiment arrivés. Vous êtes censés être là, dans un nouveau pays, plein d'opportunités, mais sans savoir comment, vous vous retrouvez piégés dans une version de pacotille de votre ancien pays. »
Couverture : Elena Vieillard / Traduction : Aurélie Thiria-Meulemans
D'autres avis : Gromovar, Marc, ...