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mercredi 1 janvier 2014

Feux Divers #3 - 2013 est morte, vive 2014 !

On est en 2014. Voilà.
Le plus important (et je suis assez fier que tant de gens fassent une fête pour cela, même si cela me semble légèrement disproportionné), c'est que ce blog a environ un an. Une belle année de découverte de ce grand microcosme qu'est la blogosphère. Voilà.
Je ne vais pas faire de bilan long et ennuyeux de cette année (ça m'arrange bien, je n'aurais pas su quoi dire). Surtout que c'est du passé maintenant. Mais je ne vais pas faire non plus un bilan du futur, parce que ça équivaudrait à spoiler, et spoiler c'est mal. Voilà.

Reste le présent. Et le présent, c'est un petit tour d'horizon des challenges passés, présents et futurs.

Je Lis des Nouvelles et des Novellas

Le grand challenge de Lune s'est terminé le 11 décembre avec 890 chroniques de la part de tous les participants.
J'ai rejoint tardivement le JLNN mais ai essayé de me faire pardonner en mettant les bouchées doubles. Résultat, 16 billets certifiés JLNN :

- Le Serpent d'angoisse de Roland C. Wagner
- L'arc-en-ciel blanc d'Akira Yoshimura
- Celui qui bave et qui glougloute de Roland C. Wagner
- Meucs de Terry Bisson
- Échecs et maths de Terry Bisson
- This is not America de Thomas Day
- Profanation de Jean-Philippe Jaworski
- La Mère des mondes de Jean-Laurent Del Socorro
- La Route de Sinharat de Leigh Brackett
- Abandons d'Hiromi Kawakami
- 50 micronouvelles de 50 auteurs
- Le Dragon Griaule de Lucius Shepard
- La Tour de Babylone de Ted Chiang
- 3 nouvelles de la collection Micro Walrus (1888 de Céline Etcheberry, En Adon je puise mes forces de Dominique Lémuri et Carpe Sesamum d'Esteban Bogasi)

Un challenge très sympa qui m'a poussé à lire plus de nouvelles et qui aura certainement au moins légèrement modifié mon regard sur ce genre. Un grand bravo et un grand merci à Lune pour l'organisation au top !


Challenge Écrivains Japonais

Le Challenge Écrivains Japonais d'Adalana a pris fin en même temps que 2013.
11 auteurs découverts, pour des satisfactions très diverses mais avec de bonnes surprises. Pour les autres, cela m'aura au moins permis de remplir mon quota de lecture "généraliste" pour l'année et m'aura rappelé si besoin pourquoi j'aime tant l'imaginaire.

- L'Éléphant s'évapore d'Haruki Murakami
- Après le tremblement de terre d'Haruki Murakami
- Saules aveugles, femme endormie d'Haruki Murakami
- La Mer de Yoko Ogawa
- Soleil couchant d'Osamu Dazai
- Raffles Hotel de Ryû Murakami
- Le faste des morts de Kenzaburô Ôé
- Le Diable chuchotait de Miyuki Miyabe
- L'Arc-en-ciel blanc d'Akira Yoshimura
- Le Soleil et l'acier de Yukio Mishima
- Le Vrai monde de Natsuo Kirino
- Abandons d'Hiromi Kawakami
- Un café maison de Keigo Higashino

Merci à Adalana pour cette découverte d'une frange de la littérature japonaise.


Défi Jack Vance

Le Défi Jack Vance organisé par Cornwall a pris fin le 28 décembre.
J'aurais mis du temps pour m'y mettre mais mon entrée dans l'univers de Jack Vance fut fracassante avec deux lectures coup sur coup :

- Le Prince des étoiles de Jack Vance
- La Machine à tuer de Jack Vance

Un grand merci à Cornwall qui m'a poussé à découvrir le monsieur et un cycle très plaisant à lire !


Challenge Francofou

Le Challenge Francofou organisé par Doris est toujours en cours jusqu'au 12 février 2014. Le but : lire des auteurs francophones dans le domaine de l'imaginaire.
Ma participation suit son cours tranquillement avec pour le moment 10 chroniques :

- This is not America de Thomas Day
- Nid de coucou de David Calvo
- Profanation de Jean-Philippe Jaworski
- La Mère des mondes de Jean-Laurent Del Socorro
- 3 nouvelles de la collection Micro Walrus (1888 de Céline Etcheberry, En Adon je puise mes forces de Dominique Lémuri et Carpe Sesamum d'Esteban Bogasi)
- Le Gambit des étoiles de Gérard Klein
- Anamnèse de Lady Star de L.L. Kloetzer


Winter Mythic Fiction

Dernier challenge en date, le Winter Mythic Fiction est organisé par Lhisbei jusqu'au 21 mars.
Comme son nom l'indique, il consiste en la lecture de "Mythic Fiction", soit des textes qui utilisent ou réécrivent des mythes, contes et légendes authentiques de notre monde. Plus d'informations et d'idées ici. Pour ma part, j'ai au moins Même pas mort qui va arriver très rapidement. Ensuite je ne suis sûr de rien, même si un tour de côté de chez Barry Hughart me semble probable.

mardi 10 décembre 2013

3 nouvelles de la collection Micro Walrus

Walrus est une maison d'édition numérique indépendante. Grâce à un partenariat avec le JLNN, j'ai pu découvrir quelques titres de la collection Micro Walrus qui, comme son nom l'indique, donne la part belle aux textes courts :
La nouvelle n’est pas morte ! Avec Micro, la collection de textes courts de Walrus, redécouvrez le plaisir de vous plonger dans l’univers d’un auteur sans pour autant y passer des heures. Ces histoires courtes, format épisodes de série, vous demanderont de trente minutes à une heure de votre temps et vous feront voyager loin !

Titre : 1888
Auteur : Céline Etcheberry
Date de première publication : 2013
Nombre de pages : 55 (epub)

"Entre Jack et sa montre à gousset, c’est une vieille histoire d’amour : la délicate pièce d’horlogerie est une fidèle amie et il ne faudrait pas qu’il lui arrive malheur. Mais les rues de Londres, en cette fin de dix-neuvième siècle, sont quelquefois mal fréquentées. Et ce ne sont pas les victimes de Jack qui vous diront le contraire. Nuit après nuit, alors que la célébrité n’a pas encore frappé à la porte, Jack écume les ruelles sombres pour assouvir sa soif de sang. Mais cette soif lui appartient-elle vraiment ?"

Une relecture de Jack l'éventreur (accompagné d'une montre) sur fond de faits historiques et de voyage dans le temps. J'ai malheureusement eu du mal à admettre la vraisemblance de l'histoire, pour ne pas dire que je ne l'ai pas comprise. C'est sans doute aussi la raison pour laquelle je n'ai pas vraiment compris la fin. Point positif tout de même, l'écriture est très fluide et la lecture est agréable. Et bonne idée d'avoir Jack en tant que personnage principal et de suivre son point de vue. Du potentiel.


Titre : En Adon je puise mes forces
Auteur : Dominique Lémuri
Date de première publication : 2013
Nombre de pages : 50 (epub)

"Elthya est une prêtresse phénicienne qui pleure son roi défunt. Mais alors qu'elle récite ses oraisons, un vent étrange se met à souffler sur le tombeau. Pendant ce temps, Vjlir se lance à la poursuite d'un redoutable criminel qui vient d'échapper à sa vigilance et à celle de ses gardiens. Le fugitif, Majjaar, a volé une capsule de sauvetage du vaisseau qui les transportaient tous vers le bagne de Mamm et a dirigé ses propulseurs vers une petite planète. Quel rapport entre les deux ? Et bien Elthya s'apprête à faire une incroyable rencontre."

Une histoire qui prend place en Phénicie, ce n'est pas commun. Alors quand en plus des extraterrestres s'y mêlent, le dépaysement est garanti. On enchaîne les points de vue de trois personnages qui n'ont rien en commun dans cette nouvelle pleine d'action et sans temps mort. Un bon mélange de science-fiction et d'Histoire fantastique pour une lecture très agréable, dotée d'une conclusion inattendue. Et puis, ne serait-ce que pour une course-poursuite extraterrestre en Phénicie...


Titre : Carpe Sesamum
Auteur : Esteban Bogasi
Date de première publication : 2013
Nombre de pages : 53 (epub)

"Vladimir est un vampire bien embêté : prisonnier d’un mauvais sort lancé par son épouse - sans doute un peu trop jalouse de ses aventures extraconjugales avec une louve-garou - le voilà bloqué sur une plage déserte, à quelques heures du lever du soleil. Dans sa grande mansuétude, l’épouse bafouée a néanmoins pensé à lui laisser son cercueil... sauf que le vampire tête-en-l’air a oublié la formule pour l’ouvrir. Ah, ces systèmes modernes ! Au gré de ses rencontres improbables et fantaisistes, Vladimir va devoir faire preuve d’ingéniosité pour se tirer de ce mauvais pas."

La nouvelle qui me faisait le plus envie tant l'idée me semblait folle. Et elle l'est : un vampire est échoué une nuit sur une plage avec un cercueil dont il a oublié le mot de passe et seulement quelques heures pour trouver une solution, au gré peut-être des différentes rencontres qu'il va faire sur cette plage bien fréquentée. Les situations s'enchaînent, tout comme les sourires. C'est un peu du n'importe quoi (dans le bon sens du terme), et ça mériterait même d'oser partir encore plus loin. Un moment sympathique en tout cas, avec un dénouement dans la lignée du reste, qui m'aura naturellement fait sortir un "ahaha, c'est le pompon !".


Une participation de plus pour le JLNN

Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou

lundi 9 décembre 2013

Greg Egan - En apprenant à être moi

En apprenant à être moi, Greg Egan, 1990, 27 pages.

À l'occasion de la sortie en numérique des trois tomes de l'Intégrale raisonnée des nouvelles de Greg Egan, Le Bélial' offre pendant le mois de décembre la nouvelle En apprenant à être moi, extraite du recueil Axiomatique.

En me renseignant un peu sur l'auteur, je m'attendais, avec un peu d'appréhension, à une lecture potentiellement hard science. Et en fait, pas du tout. Le narrateur, comme tous les êtres humains de ce monde, a un cristal dans la tête qui "apprend à être lui", pour pouvoir remplacer son cerveau un jour et le rendre potentiellement immortel. Voilà à peu près tout pour le côté science-fiction.

L'aspect essentiel de cette nouvelle est le questionnement philosophique du narrateur. Sera-t-il toujours lui-même quand le cristal aura remplacé son cerveau ? Et très globalement, qu'est-ce que la vie et la mort ? Intéressant, mais pas forcément inédit. J'ai même trouvé ça légèrement angoissant.

Et puis est arrivé le twist. Je ne peux pas dire que je m'y attendais à 100%, mais je ne peux pas dire non plus que j'étais surpris, malheureusement. La fin qui suit perd un peu l'intérêt qu'avait posées les réflexions du narrateur et laisse un goût d'inachevé, de "Oui. Et ?".

L'idée de départ est bonne. Malheureusement, elle n'est pas suffisante pour porter la nouvelle dans son entièreté, tout du moins de la manière dont l'auteur l'utilise. Dommage.

Une participation de plus pour le JLNN

dimanche 8 décembre 2013

Ted Chiang - La Tour de Babylone

La Tour de Babylone, Ted Chiang, 2002, 341 pages

Ted Chiang est un auteur rare. Depuis 1990 et sa première nouvelle parue (La Tour de Babylone, justement), il a publié en tout et pour tout 14 nouvelles. De quoi être qualifié de rare, il me semble. Ce qui ne l'empêche pas de crouler sous les récompenses (Hugo, Nebula, Locus, ...). Intrigué, je me suis lancé dans la lecture du recueil La Tour de Babylone, qui regroupe les 8 premières nouvelles de l'auteur.

La Tour de Babylone, la nouvelle, est la première à entrer en scène. Alors que le reste du recueil tiendra de la science-fiction pure, pour ne pas dire hard-science si j'étais sûr de ce que ça veut dire, ce premier texte s'en éloigne quelque peu. Comme son nom l'indique, il reprend le mythe de la Tour de Babel. Sauf qu'ici, la tour construite par les hommes atteint la voûte du ciel et des mineurs sont appelés pour creuser cette voûte. Improbable ? Délirant ? Absolument pas. Ted Chiang offre un premier texte très crédible et très visuel. La fin est un peu attendue, mais cela ne pose même pas de problème tant le déroulé de l'histoire est maîtrisé.

Comprends est un techno-thriller. Un homme reçoit un traitement médical pour lui permettre de retrouver ses capacités mentales. Sauf qu'il finit par se retrouver avec une intelligence surhumaine (on pensera forcément à Des Fleurs pour Algernon, la suite sera différente) et est recherché par la CIA. Pendant que l'auteur va faire monter l'histoire pour poser la question de "Comment utiliser une intelligence supérieure ?", le narrateur va lui se demander "Comment communiquer efficacement ?", permettant d'aborder un thème qu'on reverra plus tard. La fin en laissera assurément certains perplexes, j'ai personnellement bien aimé.

Division par zéro met en parallèle une histoire d'amour et une histoire de mathématiques. J'ai eu du mal à accrocher sur les passages les plus compliqués, ne comprenant que vulgairement ce qui est expliqué. Simplement pas fait pour moi.

L'histoire de ta vie conte la rencontre entre des humains et des extraterrestres et comment une linguiste va essayer d'entrer en contact. Une superbe nouvelle qui m'a appris plein de choses sur la linguistique et sur les principes variationnels de physique, que l'auteur met en application dans la structure et l'écriture même de son récit. Un foisonnement d'idées mises à la portée de tous. Une belle réussite.

Comme la précédente, les deux nouvelles suivantes ont un thème commun : la communication (avec tout ce que ça implique : la langue orale, la langue écrite, la compréhension mutuelle, ...), un thème qui semble cher à Ted Chiang. Soixante-douze lettres met en scène une société industrielle avec automates et golems d'argile, avec réflexions sur les noms d'un point de vue un peu plus religieux. L'Evolution de la science humaine est une nouvelle de trois pages sur un futur où les humains seraient scientifiquement dépassés par des méta-humains. Sentiment mitigé : il y a de bonnes choses dans ces deux textes, mais ils sont en dessous des précédents.

L'Enfer, quand Dieu n'est pas présent est, comme son titre l'indique, une nouvelle sur la religion (un thème déjà aperçu auparavant), et plus précisément sur l'amour de Dieu. Des idées intéressantes, toujours, mais j'attends encore l'illumination qui me permettra d'apprécier ce texte.

Enfin, alors que je commençais à perdre espoir, le recueil se termine avec Aimer ce que l'on voit : un documentaire. Un documentaire effectivement, puisque c'est une succession de prises de parole de différents intervenants qui débattent de la calliagnosie : la désactivation de la partie du cerveau qui juge la beauté corporelle. Ce texte est bon pour deux raisons. D'abord il apporte de la fraîcheur grâce à une narration différente qui donne un rythme idéal pour un échange d'idées. Et surtout le sujet en lui-même est excellent : comment la beauté nous influence t-elle ? peut-on s'en passer ? quels en sont les enjeux ? Un foisonnement d'idées et d'arguments sur un thème rarement abordé et très intéressant.

Ajoutez à cela une sympathique postface où Ted Chiang explique le but qu'il a recherché avec chaque texte, et vous aurez compris que ce recueil est bon. Tous les textes ne m'ont pas emballé, les plus scientifiques m'ont été un peu difficiles, mais l'ensemble est convaincant. Je peux comprendre pourquoi l'auteur a une si bonne réputation : l'écriture est fluide, avec souvent la bonne dose d'histoire et d'éléments de réflexions/scientifiques. Un peu trop froide peut-être pour certains, mais l'essentiel ici n'est clairement pas les personnages. Malgré quelques thèmes plutôt récurrent, le renouvellement est au rendez-vous, et il y a forcément, parmi ces 8 nouvelles, des textes qui vous plairont.

Une participation de plus pour le JLNN

jeudi 5 décembre 2013

Lucius Shepard - Le Dragon Griaule

Le Dragon Griaule, Lucius Shepard, 2011, 444 pages.

Après avoir lu maints avis positifs sur Le Dragon Griaule, et plus récemment maints avis positifs sur Le Calice du Dragon, il était tant que je me lance enfin à la découverte de Lucius Shepard et de son univers dragonesque.

Le Dragon Griaule est un recueil de 6 nouvelles ayant pour point commun ce fameux dragon. Mais Griaule n'est pas un personnage au sens premier du terme. En premier lieu, il est le paysage de ces récits. Pétrifié par un sorcier des siècles auparavant, la faune et la flore se sont emparées de lui pour le faire s'apparenter désormais à une chaîne de montagnes, avec son propre écosystème. Mais alors que son corps est mort, son esprit est lui bien vivant et influence les hommes qui vivent à proximité. C'est cette influence que l'on va découvrir à travers ces six histoires.

L'homme qui peignit le dragon Griaule est la nouvelle originelle à cet univers, et ça se sent. Plus courte que les autres, on y suit, comme prévu, un homme qui veut peindre le flanc du dragon, pour à la fois réaliser une oeuvre majestueuse et empoisonner la bête. L'histoire en elle-même est bonne, mais la structure du récit est un peu plus compliquée à appréhender. Diverses narrations s'entrecoupent et s'étalent sur une longue période chronologique, rendant la lecture un peu hachée. Une bonne entrée en matière tout de même, qui donne envie d'en lire plus sur cet intrigant univers.

La fille du chasseur d'écailles nous fait visiter l'intérieur du dragon et ce qui s'y est développé. Une novella qui permet d'explorer une facette étonnante du dragon et qui démontre concrètement son influence. J'ai eu du mal à accrocher à l'histoire en elle-même, un peu longue et inactive à mon goût.

Le Père des pierres est une novella qui se présente comme un polar. On y suit un avocat désillusionné chargé de défendre un meurtrier plaidant avoir agi sous l'influence du dragon. L'histoire est prenante et surprenante de bout en bout, et s'accommode parfaitement avec de nombreuses réflexions, notamment sur la justice et le libre-arbitre. Ma novella préférée du recueil.

La Maison du menteur présente une sorte d'histoire d'amour entre un homme et une dragonne. Je me souviens que j'ai aimé ce texte, mais je n'arrive pas à me souvenir pourquoi, si ce n'est qu'il y avait encore une fois, je crois, une bonne adéquation entre histoire et pensées.

L’Écaille de Taborin aurait aussi pu se nommer Bataille Royale sur Griaule. Des gens sont téléportés prisonniers sur le dragon et doivent survivre. Je dois avouer ne pas avoir compris ce texte, si ce n'est que la fin est une étape essentielle de la mythologie griaulienne, mais tombant un peu au hasard pour moi.

Le Crâne voit se déplacer l'action. On quitte la vallée de Carbonales pour se retrouver au Guatemala, à notre époque. J'ai failli ne pas finir cette novella tant le fait de revenir dans le monde moderne est un choc. En rupture totale avec les textes précédents, Lucius Shepard sert un texte très politisé, renouant avec l'enjeu initial de L'homme qui peignit le dragon Griaule. Le temps d'absorber la surprise pendant la première partie du texte, la seconde partie est sympathique.

Presque une nouvelle à part, la postface nous offre le regard de Lucius Shepard sur chaque texte, avec son contexte d'écriture et le but recherché. Très intéressant, on y découvrira notamment le premier récit sous un jour complètement différent.

Au final, malgré des textes qui ne m'ont pas tous complètement emballés, Le Dragon Griaule est un recueil exceptionnel, pour au moins trois raisons. Tout d'abord, l'univers créé autour du dragon est inédit et superbement bien décrit. Dans cette continuité, il faut saluer la plume de Lucius Shepard : les descriptions sont magistrales et le texte est aiguisé. Mais surtout il sait terminer ses histoires. Même sans chute étonnante, chaque page finale est ciselée pour finir en toute beauté. Enfin, et peut-être même surtout, Le Dragon Griaule offre de nombreux moments réflexions, avec le libre-arbitre et la question des influences au coeur de tout. Mais peut-être est-ce Griaule qui influence ces mots pour vous inciter à le lire, qui sait ?


Une participation de plus pour le JLNN

lundi 2 décembre 2013

50 auteurs - 50 micronouvelles

50 micronouvelles, 50 auteurs différents, 2013, 105 pages.

50 micronouvelles, 50 auteurs est un recueil numérique de micronouvelles, et plus particulièrement de textes de moins de 140 caractères (toute ressemblance avec un réseau social n'est absolument pas fortuite), proposant un panorama de 50 auteurs différents, certains connus, d'autres anonymes, à mes yeux au moins. Découvert grâce à Lune, il est téléchargeable gratuitement ici.

Je m'étais légèrement initié au domaine de la nouvelle brève, voire ultra brève, avec la lecture de 188 contes à régler de Jacques Sternberg. J'avais apprécié le recueil, mais je crois que je l'apprécie encore plus aujourd'hui. Car la première conclusion que j'ai tiré de 50 micronouvelles est simple : n'est pas Sternberg qui veut.

À l'image de ces micronouvelles, je ne vais pas faire très long, et je ne vais pas vous détailler les 50 textes. Dans l'ensemble, le recueil est inégal. Il y a une quinzaine de récits qui tiennent la route, avec quelques textes vraiment  bons, dans des genres assez variés. Pour le reste, j'ai trouvé ça vraiment moyen, ne voyant souvent pas l'intérêt. J'ai eu mon lot de "Oui. Et ?" à la fin d'un certain nombre de nouvelles.

Le format aidant, je ne résiste pas au fait de vous proposer trois exemples de ces micronouvelles, parmi celles qui m'ont convaincu. J'ai dû relire trois fois la première avant de la comprendre, et j'ai aimé l'image qui s'en dégage. La deuxième m'a décroché un rire. La troisième est excellemment bien pensée.
« Nue dans son appartement, elle est surprise de le voir passer si vite du 58e au 56e étage. »
Henri Lehalle
« - Me quitte pas, ai-je dit en regrettant le sang qui coulait de sa lèvre fendue.
- Fumier, jamais plus je vivrai aux crochets d’un boxeur ! »
Pierre Hanot
« ... boucle immédiatement. Police paradoxale ! Quittez cette ... »
Serge Lehman
Au final, je suis un peu mitigé. Mais pour le temps très réduit que prend la lecture, et pour le prix que cela coûte, vous ne prenez pas un grand risque à lire ce recueil. Si ce n'est de croiser quelques bonnes idées. Un bon risque, non ?

Une participation de plus pour le JLNN

samedi 30 novembre 2013

Hiromi Kawakami - Abandons

Abandons, Hiromi Kawakami, 1999, 153 pages.

La lecture japonaise du mois de novembre, toujours dans le cadre du Challenge Écrivains Japonais d'Adalana. Ce mois-ci est consacré à Hiromi Kawakami.

Abandons est un recueil de 8 nouvelles sur le thème... du couple, et plus généralement de l'amour sous toutes ses formes. On pourrait peut-être, en trifouillant un peu les mots, se dire que le thème de l'abandon est présent (les personnages cherchent très souvent à être aimé, et donc à ne pas être abandonner), mais "Abandons" est surtout le titre d'une des nouvelles.

Outre le thème commun, les 8 textes sont comparables pour leur structure : des récits courts (une vingtaine de pages) racontés d'un point de vue interne par une narratrice. Le résultat en est un panorama de situations à la fois toujours différentes et toujours identiques. Deux textes penchent vers le fantastique, les autres sont des instants de vie communs, faisant parfois penser à une photographie. Le tout sent le minimalisme.

Il y avait du potentiel dans ce recueil, mais le plaisir n'a pas été au rendez-vous. Outre quelques histoires franchement bizarres, à la limite d'être mal à l'aise, les autres manquent d'un petit truc pour être bonnes. Dû en grande partie au format très court, il n'y a pas de sympathie pour les personnages et les histoires s'enchaînent, répétitives, sans qu'il se passe véritablement grand chose. À vous donner envie d'abandonner.


Une participation de plus pour le JLNN

jeudi 28 novembre 2013

Leigh Brackett - La Route de Sinharat

La Route de Sinharat, Leigh Brackett, 1963, 42 pages.

La Route de Sinharat est une nouvelle de Leigh Brackett, extraite du recueil Le Grand Livre de Mars, offerte gratuitement par Le Bélial' pendant le mois de novembre (pour célébrer ce qui aurait dû être la sortie d'un recueil de nouvelles de l'auteure, Stark et les rois des étoiles, finalement repoussée en mars). L'occasion pour moi de découvrir une précurseur de la science-fiction américaine qui a notamment écrit le script originel de L'Empire contre-attaque.

Je dois avouer que j'avais un peu peur de cette lecture. Je me l'imaginais comme une sorte de nouvelle hard-science, avec de la science-fiction "exploration de planètes" qui n'est pas vraiment mon fort. Et voilà que j'ai tout faux, pour mon plus grand plaisir.

La Route de Sinharat est une aventure qui porte bien son nom. L'histoire se passe sur Mars, que l'on comprend avoir été conquis par les terriens qui y vivent en cohabitation avec les martiens. On y suit Carey, un archéologue terrien, dans sa quête pour rejoindre Sinharat, une ancienne cité mystérieuse qui recèlerait des informations importantes.

Je reste volontairement assez vague pour ne rien vous gâcher. Sachez seulement qu'il s'agit d'une aventure avec un peu d'action. Le trio de personnes principaux est sympathique, presque tout comme le "méchant" de l'histoire. Le style de Brackett est un très bon accord entre des dialogues qui donnent du rythme et font avancer le récit et des descriptions qui posent efficacement le paysage en peu de mots. J'ai trouvé que l'écriture était très visuelle, qu'on imaginait facilement l'univers décrit, et c'est très agréable.

Mais la grande force de cette nouvelle, ce sont les sujets qu'elles abordent. Entre réflexions sur le colonialisme et interrogations sur la technologie, c'est une nouvelle très écologique que nous livre l'auteure. Pourtant écrite en 1963, La Route de Sinharat n'a absolument pas pris une ride et est toujours d'actualité. Aucune raison pour que sa lecture ne soit pas la vôtre, d'actualité.
« - Pourquoi vous tracasser à ce point pour de la poussière et de vieux os ?
- Question de curiosité. Je ne connaîtrai jamais la fin de l’histoire, mais je saurai au moins comment elle a commencé. »
Une participation de plus pour le JLNN

samedi 16 novembre 2013

Jean-Laurent Del Socorro - La Mère des mondes

La Mère des mondes, Jean-Laurent Del Socorro, 2012, 20 pages.

La Mère des mondes est le premier texte publié de Jean-Laurent Del Socorro. Lauréate d'un concours du Bélial' pour la sortie de Points Chauds et Aliens Mode d'emploi, cette nouvelle se déroule dans le même univers que l'histoire de Laurent Genefort. Elle est (en ce moment) en téléchargement gratuit sur le site du Bélial', avec une très belle et souriante couverture du Cédric Bucaille.

Ayant lu Points Chauds, je ne saurais pas vous dire si cette nouvelle peut se lire indépendamment. Je pense que c'est fortement possible, mais il ne faudra pas vous étonner de ne pas voir de grandes descriptions du monde. C'est l'avantage d'écrire une histoire dans un univers déjà créé : les bases sont déjà posées, et le lecteur arrive avec son expérience préalable.

Je ne garde pas forcément un énorme souvenir de Points Chauds - un bon livre grâce à un questionnement sur l'autre, mais une histoire assez froide et en retrait - mais j'ai été étonnamment heureux de retrouver son monde. Surtout que Del Socorro apporte vraiment de la nouveauté par rapport au travail de Genefort.

Tout d'abord, l'écriture est plus personnelle. Je me base peut-être sur un souvenir défectueux, mais j'ai eu l'impression de suivre plus intérieurement le narrateur, de recevoir plus d'émotions et de sentiments. Et puis, l'histoire en elle-même, dans les faits (peut-être pas dans la réflexion), est à l'opposé. Ainsi, alors que Genefort traitait des conséquences sur la Terre de l'apparition des Bouches, genre de portails de téléportation pour les extraterrestres, Del Socorro fait voyager son héros à travers une de ces Bouches, pour aller porter la sainte parole.

Oui, l'histoire est centrée sur un prêtre catholique qui part évangéliser les extraterrestres. L'idée est bonne, d'autant plus que le prêtre n'est pas un imbécile (certains le trouveront peut-être trop peu croyant, mais bon). Il va rencontrer un groupe d'aliens, mais les choses ne vont pas se passer comme prévu. Une bonne histoire sur le choc des cultures aux accents théologiques bien dosés. Une ode à la compréhension et à la tolérance.
« Au-delà des Bouches, l’alien, c’est vous. »
Une participation de plus pour le JLNN
Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou

mardi 12 novembre 2013

Jean-Philippe Jaworski - Profanation

Profanation, Jean-Philippe Jaworski, 2013, 17 pages.

En participant, même tardivement, au JLNN de Lune, j'ai eu l'honneur de pouvoir choisir une nouvelle chez ActuSF. Malins comme vous êtes, vous aurez remarqué tout le diabolisme de la manœuvre sélène : je lis une nouvelle et je la chronique, donc je gagne une nouvelle, donc je la lis et la chronique.

Après quelques hésitations, je n'ai pas pu résister au plaisir de retrouver la plume de Jean-Philippe Jaworski avec Profanation, une nouvelle parue dans Les coups de coeur des Imaginales, l'anthologie 2013 des Imaginales. D'autant plus qu'elle se déroule dans le même univers que Gagner la guerre, plus précisément deux siècles avant, pendant la guerre des Grands Vassaux (la postface explique cela très bien, avec florilège de détails).

Profanation conte le procès de Sabaude Cufart, accusé d'être un détrousseur de cadavres. Avant tout, et Jaworski utilise à juste titre le mot à plusieurs reprises, Sabaude est un coquin. En mauvaise situation, il tente d'utiliser sa gouaille pour s'en sortir. Mais les ennemis ne sont peut-être pas là où il les attend...

Une nouvelle fois, Jaworski prouve qu'il maîtrise à la perfection les personnages de "méchants sympathiques". Le style est travaillé, mais ne fait que rendre la lecture encore plus fluide. Un bon moment de lecture, avec une histoire qui parait d'abord banale et amusante, mais qui s'avère être plus grave et étonnante dans sa conclusion.


Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou

dimanche 10 novembre 2013

Peter S. Beagle - Le Rhinocéros qui citait Nietzsche

Le Rhinocéros qui citait Nietzsche, Peter S. Beagle, 1997, 264 pages.

Dans la série "le titre du livre donne complètement envie de le découvrir", voici Le Rhinocéros qui citait Nietzsche, un recueil de Peter S. Beagle. Et cela fait une participation de plus pour le JLNN de Lune.

Avant toute autre chose, une précision. Malgré ce qu'en dit la quatrième de couverture, ce recueil ne contient que 6 nouvelles, et non 7. J'ai rarement vu une erreur aussi énorme, mais je crois savoir d'où elle provient. En VO, le recueil original contient effectivement 7 histoires. Mais allez savoir pourquoi, la version française n'a gardé que les 5 premières, tout en rajoutant une autre nouvelle, Une danse pour Emilia, publiée précédemment à part.

Quoiqu'il en soit, ce sont donc 6 nouvelles qui nous sont proposées. Je m'attendais à quelque chose d'un peu fou et qui part dans tous les sens. Pas du tout. Bon, d'accord, il y a toujours un élément de fantastique qui vient déclencher une histoire qui sort de l'ordinaire. Mais ensuite, tout semble se dérouler normalement. On a l'impression que ce qui se passe est juste logique. Une sensation qui fait aussi écho aux réactions des personnages. Pas vraiment étonnés, jamais paniqués, rien de particulièrement bizarre ne semble être en train de leur arriver.

Déroutant au début, on s'habitue petit à petit à vivre ce recueil à la manière d'un conte de fée où le merveilleux à une place attitrée. C'est doux à lire (ne me demandez pas ce que ça veut dire concrètement, mais c'est ce que je ressens). Le contrecoup, c'est que je suis rentré dans un état un peu apathique. Il n'y a pas de gros rebondissements ni de grands coups d'éclats, et tout ce que je lisais me semblait couler de source. "Oui, d'accord, oui, suivant".

L'ensemble du recueil dégage tout de même une certaine beauté et une simplicité sympathique. Le Professeur Gottesman et le rhinocéros indien, une fois passée la déception de la folie non-présente, s'avère être plutôt touchante. Ma préférence ira pour Entrez, Lady Death, une poétique histoire où la Mort est invitée à un grand bal londonien.

samedi 19 octobre 2013

Thomas Day - This is not America

This is not America, Thomas Day, 2009, 122 pages.

Alors qu'est récemment sorti le recueil Sept secondes pour devenir un aigle, je me suis penché sur un autre recueil de nouvelles de Thomas Day : This is not America. Avec en prime une participation de plus pour le JLNN de Lune, ainsi que pour le Challenge Francofou.

This is not America comporte trois nouvelles, dont une inédite (les deux autres ayant déjà été publiées en 1999 et 2002). Une thématique commune : les Etats-Unis, de manière un peu différente de la normale. Avec des petits sous-titres indicatifs pour chaque récit : Naguère, Hier & Ailleurs, Demain. Mais tout ça n'est qu'un prétexte. Un prétexte pour lire trois grandes nouvelles.

Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre débute par sa fin, à la manière d'un épisode de Breaking Bad. Pourtant, l'histoire de ces trois cow-boys des années 60 va rester prenante tout du long, bien servie par un rebondissement inattendu (en tout cas personnellement je ne l'ai pas vu venir, même si après la lecture on se rend compte qu'il y avait de gros indices).

American Drug Trip est une nouvelle plus drôle et complètement loufoque, avec une des meilleures utilisations des mondes parallèles que j'ai pu lire. Pour le résumé, je ne peux que citer la nouvelle elle-même : « C'est un film dont on aurait mélangé les bobines, avec un bout de comédie misérabiliste, un bon bout de film de gangsters, un passage porno et un final que j'appellerai juste pour le fun « Danse avec les ours ». »

Éloges du sacrifice a un titre particulièrement explicite, même s'il aurait aussi pu s'intituler "Le sacrifice à travers les âges". La nouvelle qui pose le plus de questions concrètes et offre le plus de réflexions immédiates. Je suis un peu incertaine sur la conclusion, mais cela reste une bonne nouvelle. Les fans d'Histoire se régaleront.

Trois belles nouvelles, même si elles ne sont pas dénuées d'une certaine cruauté. Comme à son habitude, Thomas Day nous offre le plaisir de la lecture par de bonnes histoires, mais avec toujours de grandes idées et un contexte recherché et documenté. N'hésitez pas !


mercredi 16 octobre 2013

Feux Divers #2 - Point sur les challenges.

Entre deux chroniques, chroniques dont le rythme de parution est revenu et va continuer ainsi dans les prochains jours (après une petite pause qui m'a bien remotivé - pour preuve, j'ai commencé l'intégrale 3 du Trône de fer), petite parenthèse "Vie du blog" pour faire un point sur les challenges passés, présents et futurs.

My Summer of (SFFF) Love

Le challenge My Summer of (SFFF) Love de Vert a pris fin le 21 septembre.
J'y ai chroniqué 2 livres (Porcelaine et Aquaforte), soit une augmentation de 100% par rapport à mes espérances.

Merci Vert pour ce challenge ! Et pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de remettre une dernière fois le logo.


Challenge Écrivains Japonais

Le Challenge Écrivains Japonais d'Adalana, dont le principe est de découvrir un auteur japonais chaque mois, est toujours en cours.
Je devrais normalement continuer à tenir le rythme, tout comme je risque de tenir le rythme de parution de ces chroniques pour les 29/30/31 de chaque mois... À noter que pour le mois d'octobre, je n'ai même pas encore le nom de l'auteur en tête.


Défi Jack Vance

Le Défi Jack Vance est organisé par Cornwall jusqu'au 28 décembre.
Il implique de lire du Jack Vance, ce que je n'ai pas encore fait. Mais je n'oublie pas, cela reste dans un coin de mon cerveau, et cela sera fait au moins une fois avant la date fatidique !


Je Lis des Nouvelles et des Novellas

J'ai tardivement rejoint le JLNN organisé par Lune jusqu'au 11 décembre. Comme son nom l'indique, il nécessite simplement de lire des nouvelles ou des novellas.
Le logo a fait son apparition à 5 reprises déjà dans mes billets (Le Serpent d'angoisse, L'arc-en-ciel blanc, Celui qui bave et qui glougloute, Meucs et Échecs et maths).
Après une participation initiale dans la catégorie "3 lectures" pour faire plaisir à Lune, j'ai décidé de gentiment viser la catégorie "6 lectures". L'objectif sera atteint (je peux le jurer, la 6ème chronique est déjà écrite), et même surement dépassé vu le temps restant.


Challenge Francofou

Je viens de rejoindre le Challenge Francofou organisé par Doris jusqu'au 12 février 2014. Le principe est de mettre en avant les auteurs francophones dans le domaine de l'imaginaire.
En toute vérité, j'ai rejoint ce challenge en sachant que cela ne changerait pas vraiment mes habitudes de lecture (très majoritairement de la SFFF, et environ 50% de français au pifomètre). Mais puisque l'imaginaire francophone c'est bien, et si je peux participer un peu à la vie blogosphérique, il n'y avait pas à hésiter !

mardi 15 octobre 2013

Terry Bisson - Échecs et maths

Échecs et maths, Terry Bisson, 2003, 221 pages.

J'ai récemment découvert Terry Bisson avec Meucs. C'est avec un nouveau recueil de nouvelles, Échecs et maths, que je poursuis mon exploration de l'univers bissonien et que je rajoute une participation au JLNN de Lune.

Échecs et maths comporte 3 nouvelles parues indépendamment mais qui reprennent toutes le même duo de personnages principaux et le même principe : Irving va vivre une aventure aux allures à priori banales, mais qui va rapidement se confronter à un problème classique de la science-fiction (distorsion spatiale, expansion de l'univers et distorsion temporelle). Un problème que Wilson Wu, scientifique multi-tâches , va s'évertuer d'expliquer à l'aide de grandes tirades aux mots compliqués et de formules mathématiques indéchiffrables.

Ce qui fait que cela fonctionne, c'est que l'on suit continuellement Irving, qui n'en comprend pas plus que nous. Outre le traitement scientifique grandiloquent, l'humour est présent par diverses petites touches décalées qui rendent la lecture très agréable. Aussi, alors que chaque nouvelle est bonne en soi, la force de ce recueil est de permettre la création d'un comique de répétition.

J'ai toujours eu du mal avec la hard science, mais cela ne pose ici aucun problème, tant elle n'est présente que pour être tournée en dérision et se concentrer sur les petits détails qu'elle engendre. Point de peur donc à avoir avant la lecture de Le Trou dans le trou, Le Bord de l'univers et Lune de miel à New-York. Dernière preuve que ce recueil est bon : je n'arrive pas à me décider sur celle que j'ai préféré.

mercredi 11 septembre 2013

Terry Bisson - Meucs

Meucs, Terry Bisson, 2003, 289 pages.

Et paf, encore une lecture pour le JLNN de Lune, avec ce recueil de 15 nouvelles par Terry Bisson, auteur dont je n'avais absolument jamais entendu parler. La couverture n'était pas moche, et la quatrième de couverture avait quelques arguments, alors je me suis finalement laissé tenter (après l'avoir laissé dans les rayons une précédente fois).

Mais avant d'évoquer les 15 nouvelles, il faut parler de la préface de James Morrow, Vous allez rire, M. Bisson, qui est quasiment une nouvelle à part entière. C'est une manière très originale de parler des nouvelles qui vont suivre, à la fois inventive et intéressante. Autant dire que l'on entame la première nouvelle dans un état d'esprit positif (et avec l'envie de découvrir James Morrow).

Alors quand la première nouvelle, Meucs, qui donne son titre au recueil, s'avère être géniale, tant par son mode de narration que par l'idée sous-jacente, j'avoue avoir été au bord de l'hystérie. Surtout que la deuxième nouvelle, Ils sont faits de viande, était tout aussi bien, et dans un registre bien différent. Étais-je tombé sur le livre parfait ? Malheureusement pas tout à fait, puisque ces deux premières nouvelles s'avérèrent être finalement, à mon goût, les deux meilleures (avec Suivant! et Choisissez Anne tout de même).

La force de ce recueil est à coup sûr la manière dont les nouvelles arrivent à se renouveler. Les sujets abordés sont variés, tout comme le traitement apporté : il y a des nouvelles drôles, des nouvelles qui portent un message, des nouvelles poétiques, des nouvelles scientifiques, des nouvelles philosophiques,... Surtout, on notera des variations dans le style proposé (et je me rends compte après coup que mes nouvelles préférées sont celles qui présentent une forme différente).

Néanmoins, si la diversité des nouvelles est à coup sûr une force, c'est peut-être aussi une faiblesse, dans le sens où il est difficile d'être touché par tous les genres. Personnellement, je suis plus ou moins passé à côté de certaines, notamment les plus poétiques, ainsi que celles s'installant plus durement dans la science-fiction.

Au final, malgré une lecture en dents de scie, je garde un bon souvenir de Meucs. J'y ai trouvé 4 très bonnes nouvelles (Meucs, Ils sont faits de viande, Suivant! et Choisissez Anne), et je suis sûr que vous saurez vous aussi trouver votre bonheur au coin de l'une (ou de plusieurs, j'espère) de ces 15 nouvelles. Et puis, comment ne pas être intrigué par une nouvelle au titre si sympathique, et à l'histoire aussi ovniesque qu'on peut l'imaginer : Dites-leur d'arrêter leurs conneries et d'aller se faire foutre.

jeudi 5 septembre 2013

Roland C. Wagner - Celui qui bave et qui glougloute

Celui qui bave et qui glougloute, Roland C. Wagner, 1999, 88 pages.

Ayant il y a peu de temps bien aimé Le Serpent d'angoisse, j'ai décidé de tenter une nouvelle novella de Roland C. Wagner, toujours chez ActuSF et leurs couvertures qui attirent l'oeil. Evidemment, c'est aussi une lecture dans le cadre du JLNN de Lune.

Autant le dire tout de suite, j'ai un petit problème avec ce livre : je ne m'en souviens plus vraiment. Ça ne fait pourtant pas si longtemps que ça que je l'ai lu, et cela me confirme donc dans mon ressenti : je n'ai pas vraiment apprécié cette lecture.

L'idée de base était plutôt alléchante, avec les Indiens qui se trouvent des alliés intergalactiques, et la Terre qui se retrouve finalement au milieu de quelque chose de bien plus grand. Sauf que cet aspect est finalement retombé assez vite, se concentrant plus sur le côté mystère et créatures bizarres. En plus, je n'ai étonnamment pas vraiment accroché à cet univers Far West combiné à des extraterrestres (dont les références se révèlent assez anecdotiques).

À côté de ça, il me faut souligner les autres clins d'oeil intégrés par Roland C. Wagner, dont ceux à H.P. Lovecraft, que bien qu'étant complètement inculte j'ai cru pouvoir déceler. Vous verrez assurément plus de choses que moi.

Au final, je suis plutôt passé à côté de ce livre, qui bien que commençant bien, a évolué sur des territoires qui ne sont pas mes préférés (ni ceux que je connais le mieux). Mais elle pourrait tout de même vous plaire, vu tout le bien dont j'en ai lu ailleurs.

mercredi 28 août 2013

Akira Yoshimura - L'arc-en-ciel blanc

L'arc-en-ciel blanc, Akira Yoshimura, 1953-1966, 182 pages.

La lecture japonaise du mois d'août, toujours dans le cadre du Challenge Écrivains Japonais d'Adalana. Ce mois était consacré à Akira Yoshimura. Et comme j'aime souvent le faire pour découvrir un auteur, et qu'en plus cela fera une lecture de plus pour le JLNN de Lune, j'ai lu L'arc-en-ciel blanc, un recueil de nouvelles.

Ce recueil comporte quatre nouvelles, qui partagent globalement le thème de la mort et du deuil. Oui, ce n'est pas vraiment joyeux, et même plutôt sombre. Quoiqu’à bien y réfléchir, ce n'est finalement pas si sombre que ça, vu la difficulté des sujets. Et bien que cela rende la chose encore plus particulière, peut-être que la présence d'enfants ou de jeunes en tant que personnages principaux des récits est un élément qui permet de donner un peu de clarté.

L'arc-en-ciel blanc, outre d'être le titre du recueil, est la première nouvelle. On y suit un jeune couple dans ces premiers mois de cohabitation, où tout ne se passe pas bien puisque la jeune femme semble en retrait, en proie à un malaise. Bien que l'on comprenne rapidement ce qui va se passer, l'auteur parvient à traiter un sujet difficile assez simplement et sobrement, et parvient ainsi à créer de l'empathie pour ce couple. Sobre mais fort.

Un été en vêtements de deuil est l'histoire d'un jeune garçon qui vit avec sa grand-mère qui le rejette, ainsi qu'avec de la famille éloignée remisée au fond de la résidence. La nouvelle est un peu longue dans son milieu où il ne se passe rien d'essentiel (je ne nie pas être passé à côté des réflexions sur le deuil), mais tout cela s'oublie quand on arrive à la fin. Une fin choquante et inattendue, qui ne peut laisser indifférent.

Étoiles et funérailles conte la vie de Jirô, jeune fasciné par les funérailles. A l'image de la deuxième nouvelle, je suis un peu passé à côté du milieu du récit, et des réflexions sur la pauvreté et l'amour familial. Mais une nouvelle fois, la fin est choquante et inattendue, et fait oublier le reste de l'histoire.

Le mur de briques conclut le recueil. On y découvre deux enfants tentant de faire échapper un cheval d'un centre d'expérimentations pharmaceutiques. La naïveté et la simplicité du regard des deux enfants permet une histoire touchante, remplie de rêves et d'espoirs. La conclusion est de nouveau inattendue, à la fois dure et belle.

Je me rends compte en écrivant cette chronique qu'avec un peu de recul j'ai plus apprécié ce recueil que je ne le croyais en le refermant. Akira Yoshimura arrive à traiter de sujets durs et tristes avec une sorte de sobriété et de simplicité, aidé en cela par ses personnages jeunes, ce qui donne de la justesse à ses histoires. De plus, il sait parfaitement utiliser l'une des forces de la nouvelle : un dénouement surprenant. Impossible de rester indifférent à la lecture de ces histoires, même si l'on ne sait pas quoi penser. Oh, si, il faut penser à une chose : refermer la bouche et recommencer à respirer.