mardi 1 août 2023

Laurine Roux - L'autre moitié du monde

L'Autre moitié du monde, Laurine Roux, 2022, 252 pages

Espagne, années 1930, dans le delta de l'Èbre. Sur les terres des Ibáñez, les paysans triment à longueur de journée sous la houlette d'une Marquise sans pitié et les 'dérapages' perpétrés par son fils Carlos. Alors que la colère gronde et monte dans tout le pays, elle pourrait bien atteindre cette petite région, surtout après l'arrivée dans l'école locale d'un nouveau jeune professeur.

L'Autre moitié du monde conte une période cruciale de l'Histoire espagnole, celle de la montée des idées socialistes et anarchistes d'un côté et des idées fascistes de l'autre, qui entraînera une guerre civile et la prise de pouvoir de Franco. Cette lutte nationale nous est racontée en filigrane, à la fois très présente mais surtout en arrière-plan. Ce vent de changement, Laurine Roux nous le présente à hauteur d'êtres humains - particulièrement par les yeux de Toya, une jeune fille au début de l'histoire - dans cette communauté du delta dont les aspirations à la liberté sont entravées par la puissance de l'aristocratie en place.

L'Autre moitié du monde est un drame. C'est énoncé clairement dès le prologue - étonnant mais qui fera pleinement sens plus tard, tout comme une certaine rupture temporelle déstabilisante mais finalement parfaite - un prologue qui évoque les bouquets de fleurs attachés au bord des routes. La lutte sera dure, la lutte sera violente et la lutte ne sera pas victorieuse. Mais la lutte a du coeur, la lutte a de la force, la lutte a de la vie. Et elle donne envie de lutter malgré tout, malgré les difficultés externes et les stupidités internes.

L'Autre moitié du monde ne doit pourtant pas être vu comme un pur roman de lutte politique. C'est aussi, surtout, un livre sur la vie et sur la mémoire, le souvenir. Et c'est un ouvrage de Laurine Roux. Si, en comparaison avec Une immense sensation de calme et Le Sanctuaire, il est sans aucun doute le texte de l'autrice qui a le plus fort ancrage dans le réel, dans notre réalité, il conserve toutefois cette importante présence de la nature.

Et c'est un ouvrage de Laurine Roux (bis). Ce qui veut dire qu'il possède l'impressionnante écriture de l'autrice. Je suis incapable d'en rendre toute la force et l'intelligence, mais c'est une nouvelle fois puissant, évocateur, mélodieux, ... Ce n'est jamais difficile à lire, ce n'est pas plein d'esbroufe et d'effets tape-à-l’œil, mais il y a pourtant indéniablement quelque chose d'unique et de majestueux dans ses lignes. Laurine Roux est une autrice exceptionnelle et L'Autre moitié du monde est une nouvelle fois un excellent roman.

Couverture : Hulton Deutsch / Getty Images

mardi 25 juillet 2023

Luce Basseterre - La Débusqueuse de mondes

La Débusqueuse de mondes, Luce Basseterre, 2017, 379 pages

D'Guéba est une débusqueuse de mondes. Avec Koba, son cybersquale, tout autant vaisseau qu'être conscient, elle parcourt l'espace à la recherche de planètes abandonnées auxquelles elle pourra donner une nouvelle vie pour ensuite les revendre. Sur une de ces planètes dévastées, elle recueille un jour un naufragé, Otton, un humain ancien esclave. Un passager temporaire qui va s'avérer plus difficile que prévu à débarquer.

La Débusqueuse de mondes est un space-opera. C'est la meilleure définition que je puisse en faire. On s'y déplace dans l'espace, on visite plusieurs planètes, on rencontre diverses espèces extraterrestres, on participe à quelques moments de tension et de combat, on essaye d'y démêler une machination à grande échelle, ... Tout ce qu'on peut imaginer comme base d'un space-opera est dans La Débusqueuse de mondes.

Et ça fonctionne bien. Ça ne révolutionne rien, il n'y a rien d'incroyable dans l'écriture ou dans l'intrigue, mais ça n'en est pas moins une lecture simple, efficace et agréable. Tel qu'on peut l'imaginer et l'attendre d'un 'petit' space-opera. Le seul bémol concerne la fin, qui ne clôt pas vraiment tous les fils ouverts, ou un peu à la va-vite, sans leur accorder l'importance qui était laissé supposer. Ça a en un sens un côté réaliste, les aléas de la vie peuvent toujours modifier les plans établis, mais ça reste un peu insatisfaisant. C'est toutefois minime et c'est bien compensé par le cadre sympathique à explorer, par la présence des cybersquales et par le triple point de vue qui est bien utilisé, ne radote pas et sert à entrevoir les petites cachotteries de chacun. La Débusqueuse de mondes est un sympathique roman. Et si on devait lui donner une note, ça serait assurément space-opera/20.

Couverture : Alain Brion
D'autres avis : Lhisbei, FeyGirl, ...
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samedi 15 juillet 2023

Terry Pratchett - Le Faucheur

Le Faucheur, Terry Pratchett, Tome 11/35 des Annales du Disque-Monde, 1991, 349 pages

Le Faucheur, comme son titre l'indique, est un tome mettant en scène La Mort. L'un des personnages les plus populaires - hum - et les plus connus du Disque-Monde. Un peu trop au regard des forces régissant l'univers, qui décident que La Mort doit mourir. Ce qui va avoir quelques fâcheuses conséquences, de type vitales.

Avec La Mort au centre du récit, Le Faucheur est forcément un très bon tome. Et ce même si ce dernier sort légèrement de son archétype et s'humanise un peu. Cela ne réduit pas l'aura du personnage, au contraire, chacune de ses apparitions étant un immense plaisir. Il permet aussi d'apporter, notamment sur la fin, un ton un peu plus sérieux - loin d'être désagréable - sur des sujets justement liées à la mort, sans jamais tomber dans la mélancolie, restant du côté de l'apaisement.

Le seul petit défaut de ce volume, c'est la résolution des deux fils narratifs - La Mort qui cherche à survivre et l'alliance mages/êtres surnaturels qui luttent contre un ennemi absolument improbable et imprévisible. Les deux se concluent de manière pas forcément très claire et un peu facilement. Ce qui n'est qu'un demi-bémol, puisque cela permet d’accélérer la dernière partie et d'y garder de la surprise jusqu'au bout, évitant le passage obligé de la longue scène d'action finale sans suspense. C'est peut-être là que Le Faucheur prouve qu'il est un vrai bon tome : même son défaut est finalement une qualité.

Couverture : Josh Kirby / Traduction : Patrick Couton

dimanche 9 juillet 2023

Tatsuhiko Shibusawa - Le Voyage sur les mers du prince Takaoka

Le Voyage sur les mers du prince Takaoka, Tatsuhiko Shibusawa, 1987, 205 pages

Japon, IXème siècle. Le prince Takaoka est le troisième enfant de l'empereur Heizel. Déchu de son statut de prince héritier, il devient moine bouddhiste. À plus de 60 ans, il décide de faire un dernier voyage spirituel vers l'Inde. C'est ce voyage qui est retracé dans ce roman au titre parfaitement évocateur.

Le Voyage sur les mers du prince Takaoka est une fiction historique aux accents de fantasy. Le prince Takaoka - attention, petit divulgâchage, sans grande importance, de la fin du roman sur la page Wiki - est un personnage ayant réellement existé, tout comme ce voyage. Si je ne sais pas dire dans quelle mesure les péripéties de ce trajet sont véridiques, elles semblent en tout cas toutes s'inspirer de légendes et récits littéraires de l'époque ou ultérieurs. C'est une sorte d'hommage que rend Tatsuhiko Shibusawa à tout ce folklore du passé en donnant une existence concrète et réelle à tous ces mythes, du dugong sachant parler aux tapirs mangeurs de rêves.

Le Voyage sur les mers du prince Takaoka est un ouvrage étonnant. Je ne peux pas dire que ça soit un très bon livre puisqu'il s'agit surtout d'un enchaînement de péripéties - chaque chapitre correspond à une aventure - sans trop de sens ni finalité réellement satisfaisante. Mais je ne peux pas non plus dire que c'est un mauvais livre. L'intention est louable et intéressante et surtout ça se lit plutôt bien. C'est un ouvrage à part, qui ne se compare à rien d'autre et qui crée sa propre petite bulle. Un roman hors du temps, ce qui correspond parfaitement au petit côté suranné qui saupoudre ses pages.

Couverture : Sujil Sukumaran / Traduction : Patrick Honnoré

lundi 3 juillet 2023

Bulles de feu #51 - Juin 2023

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct



Frieren T.7/? - Kanehito Yamada et Tsukasa Abe

Un tome tranquille qui va parfaitement bien avec le ton unique de la série.



Kaiju n°8 T.8/? - Naoya Matsumoto

Toujours aussi dynamique et efficace.



Ne m'oublie pas - Alix Garin

Un road-trip familial sur les affres d'Alzheimer et la nécessité de vivre le présent. Je n'ai pas réussi à m'y investir pleinement mais c'est indéniablement un ouvrage de qualité et émouvant.



Deep me - Marc-Antoine Mathieu

Une vraie expérience pendant plus de la moitié de l'ouvrage, avec principalement de grands aplats noirs et quelques pensées, tendu et prenant comme un thriller. Sans être mauvaise, la conclusion ne m'a malheureusement pas emballé et a diminué mon appréciation d'ensemble, mais ça reste un ouvrage assez unique.



Les Reflets du monde - En lutte - Fabien Toulmé

Un intéressant triple reportage sur des luttes à hauteur de femmes, où tout est modéré et respectable.
Très bien



L'Attaque des titans T.14-18/34 - Hajime Isayama

La vue d'ensemble se dégage un peu grâce à quelques révélations et mouvements, et donne toujours plus d'importance à une potentielle révélation finale qui devra être à la hauteur pour ne pas tout gâcher.



Ajin T.1-3/17 - Tsuina Miura et Gamon Sakurai

Une bonne surprise, une intrigue solide qui donne envie d'en savoir plus sur les ajins, ces humains immortels. Un peu violent mais moins que prévu, sanglant dans des mesures acceptables. Un dessin simple et limpide, qui convient parfaitement avec le récit et l'envie de le dévorer.