L'Autre moitié du monde, Laurine Roux, 2022, 252 pages
Espagne, années 1930, dans le delta de l'Èbre. Sur les terres des Ibáñez, les paysans triment à longueur de journée sous la houlette d'une Marquise sans pitié et les 'dérapages' perpétrés par son fils Carlos. Alors que la colère gronde et monte dans tout le pays, elle pourrait bien atteindre cette petite région, surtout après l'arrivée dans l'école locale d'un nouveau jeune professeur.
L'Autre moitié du monde conte une période cruciale de l'Histoire espagnole, celle de la montée des idées socialistes et anarchistes d'un côté et des idées fascistes de l'autre, qui entraînera une guerre civile et la prise de pouvoir de Franco. Cette lutte nationale nous est racontée en filigrane, à la fois très présente mais surtout en arrière-plan. Ce vent de changement, Laurine Roux nous le présente à hauteur d'êtres humains - particulièrement par les yeux de Toya, une jeune fille au début de l'histoire - dans cette communauté du delta dont les aspirations à la liberté sont entravées par la puissance de l'aristocratie en place.
L'Autre moitié du monde est un drame. C'est énoncé clairement dès le prologue - étonnant mais qui fera pleinement sens plus tard, tout comme une certaine rupture temporelle déstabilisante mais finalement parfaite - un prologue qui évoque les bouquets de fleurs attachés au bord des routes. La lutte sera dure, la lutte sera violente et la lutte ne sera pas victorieuse. Mais la lutte a du coeur, la lutte a de la force, la lutte a de la vie. Et elle donne envie de lutter malgré tout, malgré les difficultés externes et les stupidités internes.
L'Autre moitié du monde ne doit pourtant pas être vu comme un pur roman de lutte politique. C'est aussi, surtout, un livre sur la vie et sur la mémoire, le souvenir. Et c'est un ouvrage de Laurine Roux. Si, en comparaison avec Une immense sensation de calme et Le Sanctuaire, il est sans aucun doute le texte de l'autrice qui a le plus fort ancrage dans le réel, dans notre réalité, il conserve toutefois cette importante présence de la nature.
Et c'est un ouvrage de Laurine Roux (bis). Ce qui veut dire qu'il possède l'impressionnante écriture de l'autrice. Je suis incapable d'en rendre toute la force et l'intelligence, mais c'est une nouvelle fois puissant, évocateur, mélodieux, ... Ce n'est jamais difficile à lire, ce n'est pas plein d'esbroufe et d'effets tape-à-l’œil, mais il y a pourtant indéniablement quelque chose d'unique et de majestueux dans ses lignes. Laurine Roux est une autrice exceptionnelle et L'Autre moitié du monde est une nouvelle fois un excellent roman.
Couverture : Hulton Deutsch / Getty Images













