lundi 13 janvier 2014

John Lang - « À l'aventure, compagnons »

« À l'aventure, compagnons », John Lang, Tome 1/5 du Donjon de Naheulbeuk, 2013, 368 pages.

Au départ, Le Donjon de Naheulbeuk est une "saga mp3", une histoire sous forme de fichiers audio, diffusée sur son site internet par Pen of Chaos - aussi nommé John Lang. Deux saisons virent ainsi le jour. Ainsi que des chansons et des disques (par le Naheulband). Puis des BD. Et tout un paquet d'autres choses développant encore et toujours plus l'univers de la Terre de Fangh (encyclopédies, jeu de rôle, jeu de société, livre dont vous êtes le héros,...)

Mais concentrons-nous sur ce qui nous intéresse particulièrement : les romans. En 2008 sort La Couette de l'oubli poursuivant l'histoire des aventuriers du Donjon de Naheulbeuk dans leur troisième saison (puisque, si vous avez suivi, il y a déjà eu deux saisons audio). En 2009 sort L'orbe de Xaraz, la saison 4, et en 2011 parait Le Conseil de Suak, la saison 5. En attendant la saison 6 pour 2014, qui devrait être la dernière, John Lang a publié « À l'aventure, compagnons », un roman qui reprend les deux premières saisons (qui n'existaient jusqu'alors qu'en audio). C'est donc à la fois le Tome 1 ou le Tome 0, selon le point de vue, le 4ème roman à sortir et les saisons 1 et 2 de l'histoire. Simple, non ?

Vous êtes perdus ? Peu importe. Le point essentiel c'est que grâce à ce roman vous pouvez enfin lire l'aventure en partant de son tout début. Plus d'excuse pour ne pas découvrir les aventures de cette compagnie un peu particulière et totalement hétéroclite : un ranger, un nain, une elfe, un barbare, un voleur, une magicienne et un ogre. En bref, une bande de débutants un poil loosers réunis pour affronter les dangers du Donjon de Naheulbeuk et récupérer une statuette. 

Naheulbeuk, c'est l'aventure, la vraie, celle des quêtes et des donjons. Comme dans un jeu de rôle ? Comme dans un jeu de rôle. Les références seront d'autant plus amusantes si vous en êtes adeptes. Pas d'inquiétude si ce n'est pas le cas, tout reste compréhensible. Rien de sérieux, c'est drôle et loufoque. Une lecture facile où s'entremêlent dialogues cinglants, actions pas toujours valeureuses et introspections barrées. Il y a même des jolis dessins de Marion Poinsot !

J'ai peut-être trouvé ce tome un peu en dessous des précédents/suivants, mais j'attribue cela au fait de connaître déjà l'histoire et de perdre donc une part de surprise. Le contrecoup positif est que le roman est très fidèle à l'histoire auditive et c'est un plaisir de retrouver tout ce qui a fait la réussite de cette saga (une pensée particulière pour le Voleur et pour le vieux Gildas). Cela reste un pur plaisir à lire.

« À l'aventure, compagnons », c'est une porte d'entrée enfin ouverte pour une grande aventure. Et l'occasion de découvrir l'écriture efficace de John Lang, le Hugh Howey français avant Hugh Howey ?

Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou

jeudi 9 janvier 2014

Patrick Rothfuss - Le Nom du vent

Le Nom du vent, Patrick Rothfuss, Tome 1/3 de Chronique du tueur de roi, 2007, 7782 pages.

Vous aurez déjà remarqué que j'ai de grosses lacunes de lecture, mais je ne sais toujours pas comment j'ai pu attendre autant de temps pour lire ce monument, au moins en devenir, de la fantasy contemporaine. L'erreur est enfin réparée.

Premier tome d'une trilogie qui comprendra plus de trois livres en français (on en reparlera dans le tome 2), Le Nom du vent a déjà pour lui un beau titre et une sublime couverture de Marc Simonetti (auteur aussi des couvertures "J'ai Lu" du Trône de Fer - regardez son site si vous avez 5 minutes, c'est encore plus magnifique en grand et propre). Personnellement, le titre en lui-même me fait rêver. Là où ça tourne déjà au génie, c'est que ce nom du vent va revenir régulièrement au cours du récit et en être une pierre centrale. Un titre beau et sensé, c'est une première réussite.

L'histoire commence dans le présent. Grossièrement, Kvothe va rencontrer Chroniqueur et lui raconter son histoire, sous forme d'un très long flashback. Il décide qu'il lui faudra trois journées pour raconter son récit entièrement. Trois jours, trois livres. J'ai eu très peur quand j'ai vu la direction prise par l'auteur. J'ai du mal avec les flashbacks, qui servent surtout à annuler une partie du suspense pour très souvent ne rien apporter. Mais pas ici. Intelligemment, Patrick Rothfuss se sert de cette situation pour insérer des interludes qui ajoutent quelques éléments, posent des questions et créent une impatience et surtout un mystère supplémentaire. En plus, cela donne une vraie raison d'exister au texte que l'on lit. Tout simplement intelligent.
« Ça devrait suffire pour aujourd'hui, dit Kvothe en faisant signe à Chroniqueur de poser sa plume. C’en est fini du travail préparatoire. Nous avons posé les fondations pour notre histoire. »
L'histoire en elle-même s'avère classique. On y suit la jeunesse de Kvothe avec tous les éléments incontournables du roman d'apprentissage : un grand drame, la survie dans la misère, le temps de l'école, le premier amour, les premiers faits d'armes. Comme le dit Kvothe lui-même, ce premier tome est une introduction. À près de 800 pages l'introduction, surtout pour une histoire qui parait très classique, cela peut sembler long. Personnellement je ne l'ai absolument pas ressenti. Déjà, parce que l'auteur maîtrise parfaitement son histoire et semble savoir où il va et ce qu'il fait, jusqu'à en jouer (à deux trois reprises, après certaines remarques, je l'ai parfaitement imaginé avec un petit sourire en coin). Mais il y a surtout une raison primordiale : le personnage de Kvothe. Sympathique et intelligent, il a tout pour être attachant. Jamais je n'ai eu envie de lui mettre une baffe (coucou Fitz), toujours j'ai eu envie qu'il réussisse. Un bonheur de héros.

Au final, c'est un très bon tome pour entrer dans l'univers. Tout est en place pour que la suite soit exquise. Mais en lui-même, ce livre arrive déjà à transcender son classicisme notamment par son souci des détails et son personnage principal déjà iconique. Une réussite qui ne pourra que se confirmer, je suis confiant.

lundi 6 janvier 2014

L.C. Tyler - Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage

Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage, L.C. Tyler, Tome 1 d'Elsie & Ethelred, 2007, 229 pages.
« Il y a une différence majeure entre la fiction et la vraie vie. La fiction doit être crédible. »
Ai-je besoin d'expliquer pourquoi ce livre m'a attiré ? Quand j'ai lu ce titre chez Adalana, la question de savoir de quoi il s'agissait était presque superflue. À noter que ce titre est une totale invention de la version française, pour compenser un jeu de mots intraduisible (The Herring Seller's Apprentice en VO, puis une déclinaison sur "Herring" dans les tomes suivants). Un tel titre implique deux choses : il va attirer les gens mais il va aussi augmenter leurs attentes. Un risque donc. Un risque réussi.

Avant tout, ce roman, au titre beaucoup trop long pour être utilisé comme sujet d'une phrase, est un hommage au polar classique, symbolisé entre autres par Agatha Christie. Par l'intermédiaire d'Ethelred puis d'Elsie, les narrateurs, L.C. Tyler s'amuse des codes du genre, les détaillant et les moquant juste avant de les utiliser à son tour. Pas de méchanceté ici, l'esprit est bon enfant et respectueux, avec un tas de références aux anciens.

Mais derrière l'hommage parodique se cache un véritable polar. Bien ficelé, il atteint exactement son but : qu'on le résolve juste avant la fin, après avoir passé un bon moment à imaginé des tas de solutions. L.C. Tyler qualifie lui-même son style de "cosy crime" : pas de sang, pas de violence, pas d'insulte, c'est simple, "gentil" et globalement "traditionnel".

Outre le mystère réussi et l'hommage bien mené, la qualité du livre vient de son humour. Il vient à la fois, comme dit plus haut, de la moquerie des ficelles du genre, mais aussi des dialogues et réflexions (avec un beau lot de citations à copier !) qui ont ce côté absurde à l'anglaise, avec un ton sans rupture par rapport à l'ensemble. Et puis, l'auteur en profite pour égratigner un peu tout l'univers du livre : auteurs, éditeurs, agents et lecteurs en prennent pour leurs grades.

Au final, ce livre est une excellente découverte. Un bon polar agrémenté d'un bel hommage au genre. Le ton est moqueur et drôle, mais sans jamais se départir d'une forme de respect et de tendresse pour l'objet moqué. Un moment agréable à passer dans une ambiance cosy.
« Il serait injuste de laisser croire que mon père n’était rien d’autre qu’un universitaire raté. Bien qu’il ait eu moins de temps à y consacrer, son échec dans le domaine politique était tout aussi et infiniment plus humiliant à la fois pour lui et pour sa famille. »

vendredi 3 janvier 2014

Jean-Philippe Jaworski - Même pas mort

Même pas mort, Jean-Philippe Jaworski, Tome 1/3 des Rois du Monde, 2013, 297 pages.

« Toi. Oui, toi. Toi, petit blogueur insignifiant qui hasarde avec les mots comme une adolescente prépubère devant le beau gosse du quartier. Tu vas me raconter. Tu vas porter ma parole auprès de tous. Je t'arrête tout de suite : tu n'es pas un grand apôtre. Seulement tout le monde a déjà parlé de moi (Lune, Kissifrott, Xapur, entre autres) et en a dit le plus grand bien. J'ai pris goût à cette réussite et j'ai donc besoin que tu en fasses de même.

   Remercie-moi, ce n'est pas une tâche difficile que je t'impose. Après tout, je suis un livre écrit par Jean-Philippe Jaworski, un gage de qualité. Je ne suis pas une exception à la règle : mon écriture est ciselée, précise, efficace. Et il n'y aurait que ça qu'il faudrait déjà absolument me lire.

   Je te laisse quelques libertés pour la suite. Tu peux raconter comment j'utilise très bien le décor celte, qu'on ne croise pas tous les jours, pour une plongée intense et réaliste. N'en fais pas trop sur ce point, j'ai déjà chargé Gromovar de le décrire et il le fait mieux que tu ne le sauras jamais. À la place, tu pourras dire que je suis une grande aventure et que Bellovèse, mon personnage principal, est attachant. Mais tu le sais, puisque à travers moi tu as découvert sa jeunesse et son périple jusqu'au bout du monde pour devenir un homme vivant. Tu t'arrangeras pour trouver des transitions et tu ajouteras que je suis un objet-livre vraiment beau et agréable à prendre en main.

   L'histoire n'est pas terminée, mais écris déjà ça. Je reviendrai te voir l'année prochaine, et tu raconteras ma suite. Tu peux leur rappeler que je ne suis qu'un premier tome et que deux autres viendront m'étoffer et me rendre plus grand. Permets-toi un avis personnel si tu le souhaites. Tiens, tu n'as qu'à dire que je suis trop court et que tu voudrais immédiatement lire la suite. Ou si tu veux, tu peux même oser me critiquer. Explique leur que la triple succession de flashbacks, toujours aux moments-clés, t'as laissé un petit arrière-goût en bouche. Tu me considères comme une introduction et tu penses que tu sauras apprécier davantage mes frères. Soit.

   N'oublie pas de finir en rappelant que mon univers est somptueux et qu'il faut me lire. Je ne te force pas la main, c'est la remarque que chacun se fait à ma lecture. Tu leur expliqueras aussi que tu as été marqué par le prologue, écrit à le deuxième personne du singulier, qui t'a mis une baffe et donné des frissons alors que tu as parfois du mal avec ce procédé. Le souffle épique dis-tu ? Oui, il y a de ça. Mais peu importe. Ne t'avise surtout pas de pasticher ce trait de génie de manière éhontée. Dans tes mains, ce ne serait pas un hommage, mais un affront. Ou alors aie au moins l'intelligence de finir sur une note positive. Jaworski est grand. »

Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou

Première participation au Winter Mythic Fiction

mercredi 1 janvier 2014

Feux Divers #3 - 2013 est morte, vive 2014 !

On est en 2014. Voilà.
Le plus important (et je suis assez fier que tant de gens fassent une fête pour cela, même si cela me semble légèrement disproportionné), c'est que ce blog a environ un an. Une belle année de découverte de ce grand microcosme qu'est la blogosphère. Voilà.
Je ne vais pas faire de bilan long et ennuyeux de cette année (ça m'arrange bien, je n'aurais pas su quoi dire). Surtout que c'est du passé maintenant. Mais je ne vais pas faire non plus un bilan du futur, parce que ça équivaudrait à spoiler, et spoiler c'est mal. Voilà.

Reste le présent. Et le présent, c'est un petit tour d'horizon des challenges passés, présents et futurs.

Je Lis des Nouvelles et des Novellas

Le grand challenge de Lune s'est terminé le 11 décembre avec 890 chroniques de la part de tous les participants.
J'ai rejoint tardivement le JLNN mais ai essayé de me faire pardonner en mettant les bouchées doubles. Résultat, 16 billets certifiés JLNN :

- Le Serpent d'angoisse de Roland C. Wagner
- L'arc-en-ciel blanc d'Akira Yoshimura
- Celui qui bave et qui glougloute de Roland C. Wagner
- Meucs de Terry Bisson
- Échecs et maths de Terry Bisson
- This is not America de Thomas Day
- Profanation de Jean-Philippe Jaworski
- La Mère des mondes de Jean-Laurent Del Socorro
- La Route de Sinharat de Leigh Brackett
- Abandons d'Hiromi Kawakami
- 50 micronouvelles de 50 auteurs
- Le Dragon Griaule de Lucius Shepard
- La Tour de Babylone de Ted Chiang
- 3 nouvelles de la collection Micro Walrus (1888 de Céline Etcheberry, En Adon je puise mes forces de Dominique Lémuri et Carpe Sesamum d'Esteban Bogasi)

Un challenge très sympa qui m'a poussé à lire plus de nouvelles et qui aura certainement au moins légèrement modifié mon regard sur ce genre. Un grand bravo et un grand merci à Lune pour l'organisation au top !


Challenge Écrivains Japonais

Le Challenge Écrivains Japonais d'Adalana a pris fin en même temps que 2013.
11 auteurs découverts, pour des satisfactions très diverses mais avec de bonnes surprises. Pour les autres, cela m'aura au moins permis de remplir mon quota de lecture "généraliste" pour l'année et m'aura rappelé si besoin pourquoi j'aime tant l'imaginaire.

- L'Éléphant s'évapore d'Haruki Murakami
- Après le tremblement de terre d'Haruki Murakami
- Saules aveugles, femme endormie d'Haruki Murakami
- La Mer de Yoko Ogawa
- Soleil couchant d'Osamu Dazai
- Raffles Hotel de Ryû Murakami
- Le faste des morts de Kenzaburô Ôé
- Le Diable chuchotait de Miyuki Miyabe
- L'Arc-en-ciel blanc d'Akira Yoshimura
- Le Soleil et l'acier de Yukio Mishima
- Le Vrai monde de Natsuo Kirino
- Abandons d'Hiromi Kawakami
- Un café maison de Keigo Higashino

Merci à Adalana pour cette découverte d'une frange de la littérature japonaise.


Défi Jack Vance

Le Défi Jack Vance organisé par Cornwall a pris fin le 28 décembre.
J'aurais mis du temps pour m'y mettre mais mon entrée dans l'univers de Jack Vance fut fracassante avec deux lectures coup sur coup :

- Le Prince des étoiles de Jack Vance
- La Machine à tuer de Jack Vance

Un grand merci à Cornwall qui m'a poussé à découvrir le monsieur et un cycle très plaisant à lire !


Challenge Francofou

Le Challenge Francofou organisé par Doris est toujours en cours jusqu'au 12 février 2014. Le but : lire des auteurs francophones dans le domaine de l'imaginaire.
Ma participation suit son cours tranquillement avec pour le moment 10 chroniques :

- This is not America de Thomas Day
- Nid de coucou de David Calvo
- Profanation de Jean-Philippe Jaworski
- La Mère des mondes de Jean-Laurent Del Socorro
- 3 nouvelles de la collection Micro Walrus (1888 de Céline Etcheberry, En Adon je puise mes forces de Dominique Lémuri et Carpe Sesamum d'Esteban Bogasi)
- Le Gambit des étoiles de Gérard Klein
- Anamnèse de Lady Star de L.L. Kloetzer


Winter Mythic Fiction

Dernier challenge en date, le Winter Mythic Fiction est organisé par Lhisbei jusqu'au 21 mars.
Comme son nom l'indique, il consiste en la lecture de "Mythic Fiction", soit des textes qui utilisent ou réécrivent des mythes, contes et légendes authentiques de notre monde. Plus d'informations et d'idées ici. Pour ma part, j'ai au moins Même pas mort qui va arriver très rapidement. Ensuite je ne suis sûr de rien, même si un tour de côté de chez Barry Hughart me semble probable.