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mardi 11 mars 2025

Ursula K. Le Guin - Le Langage de la nuit

Le Langage de la nuit, Ursula K. Le Guin, 1973-1979, 312 pages

Le Langage de la nuit est un recueil de 24 courts textes d'Ursula K. Le Guin composé d'essais, de préfaces et de discours. La thématique principale est surement la place et le rôle de la littérature d'imaginaire mais l'autrice y évoque aussi la manière d'en écrire, la place des femmes et la psychologie jungienne.

Les textes évoquant directement les oeuvres d'Ursula K. Le Guin sont surement ceux qui m'ont le plus parlé mais tous sont intéressants. Pour leurs idées en elles-mêmes mais encore plus pour voir à l'oeuvre la pensée de l'autrice, qui parvient à être à la fois ouverte et compréhensive tout en ayant des idées très affirmées. Ce qui fait presque regretter que le recueil se concentre sur une courte période de temps : ça permet une belle unité du recueil mais empêche de voir une potentielle évolution de ces idées.

S'il est certainement à réserver aux personnes déjà conquises par l'autrice ou à celles qui s'intéressent à l'analyse littéraire, Le Langage de la nuit est un bon recueil dont les propos sont, dans leur écrasante majorité, toujours d'actualité. Une nouvelle preuve de la brillance de l'autrice.

Couverture : Elena Vieillard / Traduction : Francis Guévremont
D'autres avis : Vert, Alys, ...

vendredi 12 mai 2023

Titiou Lecoq - Les grandes oubliées

Les grandes oubliées - Pourquoi l'Histoire a effacé les femmes, Titiou Lecoq, 2021, 324 pages

Les grandes oubliées est un essai qui revisite l'Histoire de l'humanité par le prisme d'une moitié de la population habituellement omise : les femmes. Et "l'Histoire de l'humanité" n'est pas une exagération puisque Titiou Lecoq part de la préhistoire pour aller jusqu'à notre époque. En s'appuyant sur les travaux de nombreuses historiennes et chercheuses, elle remet sur le devant de la scène un grand nombre de femmes méconnues.

Mais bien plus qu'une liste de noms, Les grandes oubliées est un ouvrage de fond sur le travail de sape qu'ont réalisé les hommes, de tous temps, pour ancrer dans l’inconscient collectif une image de la femme soumise et inférieure à l'homme. Si la réponse à la question du pourquoi, présente en sous-titre, est évidente, il est surtout intéressant de voir comment cela s'est passé - et se passe toujours - et de prendre conscience de certains stéréotypes et fausses idées bien enracinées en nous - les femmes préhistoriques, ça vous parle ?

Dans un style très oral et familier, offrant une grande simplicité de lecture, Titiou Lecoq parvient à faire un rapide tour d'horizon de l'Histoire. À chacun et chacune - mais surtout à chacun - d'aller ensuite approfondir à l'envie chaque période et question spécifique. Mais l'essentiel est ici fait : offrir une désinvisibilisation des femmes à travers les époques. Et ainsi faire ce que l'école française ne fait pas : parler (et encore moins parler avec justesse) de 50% de la population mondiale.

Couverture : Quintin Leeds - Image © Look and Learn / Illustrated Papers Collection / Bridgeman Images
D'autres avis : Vert, OmbreBones, ...

mercredi 29 janvier 2020

Frédéric Landragin - Comment parler à un alien ?

Comment parler à un alien ?, Frédéric Landragin, 2018, 234 pages

Le thème du "premier contact" est un classique indémodable de la science-fiction. De cette rencontre surgit forcément une question : comment communiquer avec les extraterrestres ? C'est tout l'objet de cet essai au titre sans équivoque. Mais avant d'imaginer pouvoir parler avec un alien - et à défaut d'en avoir sous la main - il faut déjà comprendre comment fonctionnent les langues sur Terre. C'est ce à quoi Frédéric Landragin va s'efforcer, à grand renfort d'exemples piochés dans les nombreux ouvrages de science-fiction ayant évoqué - plus ou moins directement - le sujet.

Le début de l'essai, s'attardant nécessairement à définir les termes de base, peut faire peur. Mais cette peur s'envole rapidement car Comment parler à un alien ? n'est finalement pas un ouvrage ardu. S'il n'est pas pour autant toujours simple, il sait toujours rester limpide et agréable à lire. Est-ce dû aux références science-fictionnelles ? Peut-être un peu, bien que, soit dit en passant, il n'est nullement nécessaire d'avoir lu/vu les oeuvres citées pour en apprécier les références. C'est agréable dans les deux cas, de manière différente. Attention tout de même : cette lecture risque fortement d'augmenter votre liste d'envies de lecture.

Mais alors, quel est le secret ? Il est simple. Il s'appelle Frédéric Landragin. L'auteur fait un remarquable travail de vulgarisation, dans un style tout à fait plaisant malgré la technicité de certains passages, en prenant toujours soin de ponctuer ses propos d'un peu de fraicheur et de sourire. S'il était déjà tout à fait agréable à écouter, il l'est aussi grandement à lire.

Comment parler à un alien ? est un excellent ouvrage, qu'on dévore avec grand plaisir, un essai d'une grande richesse, à tous niveaux, évoquant passé, présent et futur, de vulgarisation de la linguistique. L'enchâssement n'aura ensuite plus de secret pour vous et deviendra peut-être même, après ce premier contact, l'histoire de votre vie.

Couverture : Cédric Bucaille
D'autre avis : Yogo, ...
Un presque-live-tweet de ma lecture : ici

mercredi 28 octobre 2015

René Barjavel - La Faim du tigre

La Faim du tigre, René Barjavel, 1966, 215 pages.

La Faim du tigre n'est pas un roman. C'est un essai sur la condition humaine. Son titre est extrait d'une citation de Charles-Louis Philippe, citation qui donne bien le ton et la thématique de l'essai de Barjavel :
« La faim du tigre est comme la faim de l'agneau. C'est la faim naturelle et implacable, mais douloureuse, de vivre. C'est cet appétit insatiable de provoquer ou d'endurer l'atrocité au quotidien, pour perdurer, toujours, ce sinistre théâtre où s'illustrent souffrances, crimes, terreur et esclavage, auxquels seule la Mort peut mettre fin. La Faim du tigre, c'est enfin et surtout la recherche rageuse de la raison pour laquelle, dans un cynisme sordide, ce sont la grâce, la beauté, l'innocence et l'amour, qui ont été choisis pour rythmer cette tragédie. »
Pas de récit politique ici mais un monologue sur les raisons de la vie humaine et sur son apparition, avec comme point d'orgue la recherche du "Créateur" et la redéfinition du terme "Dieu" à une entité primaire non galvaudée par les religions. C'est purement philosophique et métaphysique, et c'est pourtant facile d'accès et grand public grâce à un style très imagé et limpide, accompagné de nombreux exemples et phrases qui font mouche.

De par l'objectif initial du livre et pour quelques idées, je ne peux pas dire que j'ai apprécié ma lecture et que je la recommande. Pour autant, ça reste agréable à lire dans sa grande majorité, il y a de l'intelligence et de belles démonstrations dans un phrasé percutant. Barjavel se fait plaisir et ça se ressent. Un livre bien particulier, étonnant et détonant.
« Coupez en deux un petit ver flamaire, sa tête va reconstituer une queue, et sa queue une tête, et vous aurez deux vers. Essayez d'en faire autant avec un caniche... »

CITRIQ

dimanche 29 septembre 2013

Yukio Mishima - Le soleil et l'acier

Le soleil et l'acier, Yukio Mishima, 1968, 121 pages.

La lecture japonaise du mois de septembre, toujours dans le cadre du Challenge Écrivains Japonais d'Adalana. Ce mois-ci est consacré à Yukio Mishima. J'ai choisi de lire Le soleil et l'acier un peu par fainéantise, et aussi parce que l'idée pouvait sembler prometteuse : un livre quasi-testament pour un auteur qui se fera seppuku deux ans plus tard. 

J'ai hésité à chroniquer ce livre, puisque je dois avouer que je n'en ai pas compris grand chose. C'est un essai où l'auteur discute de plusieurs sujets tous plus philosophiques et abstraits les uns les autres. On suit sa démarche pour unir le monde des mots, le monde de l'esprit et le monde du corps, pour s'assurer de la réalité en se désolidarisant de tout imaginaire, tout en flirtant avec la mort.

Je signale que ma dernière phrase est plus concrète et simple que le moindre paragraphe que vous pourrez trouver dans ce livre. Clairement je n'étais pas au niveau pour lire un tel livre, demandant énormément d'attention et d'intelligence. D'accord, peut-être qu'en pensant 20 minutes sur chaque page et en analysant tout, j'aurais pu en comprendre plus. Mais je n'en ai pas le courage. J'ai quand même tout lu, et j'y ai malgré tout trouvé des choses intéressantes dans les bribes que j'ai comprises. 

Étonnamment, je ne suis pas dégoûté de Yukio Mishima. Au contraire, je suis plutôt intrigué par cet auteur, et particulièrement par sa vie. J'essayerai peut-être un(e) de ses romans/nouvelles, et j'aimerais encore plus trouver une bonne biographie de cet homme singulier.