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samedi 12 juillet 2025

Claire North - Sweet Harmony

Sweet Harmony, Claire North, 2020, 159 pages

Tout va bien pour Harmony Meads. Un corps parfait, une santé parfaite, un petit ami parfait, un emploi parfait. Jusqu'au jour où apparait, sur son visage, un bouton. Ce qui est strictement impossible puisque les nanos dans son corps font en sorte de lui assurer une apparence parfaite. Mais tous ces abonnements ont un coût... et les finances d'Harmony ne sont pas parfaites, elles.

Sweet Harmony est une novella qui parle, sans surprise, du culte de l'apparence. Et ce sans évoquer les réseaux sociaux. Il n'y en a pas besoin, les relations sociales de la vie de tous les jours suffisent largement à pousser l'envie du corps parfait, confortable, attractif, qui ouvre toutes les portes ou presque. Mais le texte de Claire North ne se limite pas à dénoncer les ravages et les risques de cette beauté à tout prix. Ce n'est qu'un des multiples thèmes évoqués, avec aussi la pression sociale, les relations toxiques ou encore le cercle vicieux de la dette.

Sweet Harmony est un récit qui ne donne pas de leçon mais pousse à réfléchir sur son propre rapport au corps, au sien comme à ceux des autres. Le constat proposé par Claire North n'est pas joyeux. Il est même triste, mais tristement vrai. C'est aussi effarant que lucide, et c'est symbolisé par une héroïne avec laquelle on ne peut ni être complètement dans l'empathie ni être complètement dans le dédain tant elle est aussi imparfaite que réaliste. Indéniablement un texte fort.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Vert, Tigger Lilly, FeyGirl, Yuyine, Le Maki, FeydRautha, Gromovar, Jean-Yves, Xapur, Boudicca, Zoé, Célinedanaë, Herbefol, ...

lundi 7 avril 2025

Margaret Killjoy - L'Agneau égorgera le lion

L'Agneau égorgera le lion, Margaret Killjoy, Tome 1/? de Danielle Cain, 2017, 132 pages

Danielle Cain débarque à Freedom, une ancienne ville délabrée où vit désormais une communauté anarchiste. Elle est à la recherche de réponses sur ce qui a pu pousser son ami Clay, ancien citoyen de Freedom, à se suicider. Sa quête commencera par la découverte d'Uliksi, un cerf rouge à trois bois qui rend la justice et est suivi par un cortège d'animaux morts-vivants.

La première qualité de L'Agneau égorgera le lion, c'est de parvenir à rendre ce pitch parfaitement normal et logique dès les premières pages. Ça fait bien lever un sourcil à la première mention d'Uliksi - voire un deuxième à la vue de la vitesse d'intégration de l'héroïne, même si cela peut se justifier - mais il se rebaisse très rapidement tant cela laisse immédiatement place à une très bonne histoire fantastique, simple et efficace, à l'intrigue resserrée mais qui n'a aucun goût de 'pas assez'.

Mais ce qui fait passer la novella dans une autre dimension et lui donne tout son intérêt, c'est que cette part fantastique n'est pas juste là pour faire jolie, elle sert un propos. Avec tact et par petites touches, L'Agneau égorgera le lion questionne les fondements de la liberté, du pouvoir et de la justice. Elle traite d'anarchisme en somme, sans tomber dans le dithyrambique ou le prosélytisme. C'est donc tout autant une bonne base de réflexion qu'une plaisante histoire à lire, ce qui est globalement la définition d'une excellente novella.

Couverture : Anouck Faure / Traduction : Mathieu Prioux
D'autres avis : Vert, Yuyine, Le nocher des livres, Boudicca, Célinedanaë, ...

samedi 15 février 2025

Adrian Tchaikovsky - Le Dernier des aînés

Le Dernier des aînés, Adrian Tchaikovsky, 2021, 175 pages

Lynesse Quatrième Fille, princesse de Praimesite, déplore le manque de réaction de sa famille à l'annonce d'une présence démoniaque à l'orée de leur royaume. Bravant la montagne, elle va requérir l'aide de Nyrgoth, un puissant sorcier. Nyrgoth qui s'appelle en fait Nyr Illim Tevitch et qui est un anthropologue terrien en mission d'observation et qui n'est pas censé interférer avec la vie locale.

Le Dernier des aînés est une mise en application concrète de la troisième loi de Clarke : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ». L'histoire est racontée en alternance selon les deux points de vue de Lynesse et de Nyr et peut se rattacher à un genre différent selon le ou la protagoniste : le récit de Lynesse est une histoire de fantasy quand le récit de Nyr est une histoire de science-fiction.

Au-delà de l'astucieuse idée, bien rendue par Adrian Tchaikovsky, Le Dernier des aînés est une bonne aventure qui n'a rien de spectaculaire mais qui est efficace et bien menée. Peut-elle réconcilier les personnes ne jurant que par l'un des deux genres ? J'en doute. Mais elle prouve bien que les frontières entre les genres n'ont que peu de sens, les deux étant aussi à même de développer des personnages et des réflexions. C'est notamment le cas ici concernant le rapport à soi et aux autres, un questionnement qui porte tout autant qu'il soit entouré de magie ou de technologie.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Henry-Luc Planchat
D'autres avis : Tigger Lilly, Vert, Le Maki, Gromovar, FeydRautha, Célinedanaë, Anudar, Apophis, Lectures du panda, Herbefol, ...

samedi 28 décembre 2024

Mu Ming - Le Bracelet de jade

Le Bracelet de jade, Mu Ming, 2022, 102 pages

Chine, 1640. Lors d'une sortie avec son père, Chen se voit offrir un bracelet de jade. Un bracelet dont la composition semble receler quelques secrets et qui offre à ses rêves de nouvelles perspectives.

Ce pitch peu vendeur ne reflète pas vraiment ce qu'est Le Bracelet de jade. C'est une plongée dans l'esprit intellectuel chinois du XVIIème siècle, aux nombreuses références explicitées par Gwennaël Gaffric dans sa préface et où les jardins ont une place très importante - ce qui m'a prouvé une nouvelle fois l'excellence de Guy Gavriel Kay -, ce qui ne l'empêche pas d'être abordable et d'avoir un côté actuel dans ses réflexions philosophico-scientifiques.

Ce court synopsis donne tout de même une information : Mu Ming n'a pas écrit un texte plein d'action où l'intrigue est centrale. Il s'y passe suffisamment de choses pour qu'il soit agréable à lire mais ce sont bien l'ambiance et les idées qui sont au coeur du récit. Pour ces dernières, c'est d'ailleurs presque une application directe de la troisième loi de Clarke : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ». Quant à l'ambiance, et à la novella dans son ensemble, c'est ma définition personnelle de la poésie : on ne comprend pas tout, ça ne fonctionne pas forcément tout le temps, mais parfois il y a un "truc" qui se passe et cela crée des petits moments de grâce qui donnent tout son sens à l'ensemble. À la fois bien ancré dans une période historique et pourtant moment hors du temps, Le Bracelet de jade porte bien son nom : c'est un bijou dont les fêlures n'entravent pas la beauté.

Couverture : Anouck Faure / Traduction : Gwennaël Gaffric
D'autres avis : Vert, FeyGirl, Yuyine, Le nocher des livres, Célinedanaë, Boudicca, ...

samedi 16 novembre 2024

Xia Jia - Ton temps hors d'atteinte

Ton temps hors d'atteinte, Xia Jia, 2012, 153 pages

Enfant, la narratrice a fait la connaissance d'un jeune garçon assis à un piano. S'ils n'auront fait que se croiser, elle sera marquée par cette rencontre et la gardera à tout jamais en tête, comme une âme soeur. Les hasards de la vie les feront se recroiser. Mais comment se rapprocher de lui alors qu'elle est considérée comme une fille un peu lente, toujours en léger décalage avec les autres, quand lui vit à cent à l'heure, hyperactif et insaisissable ?

Ton temps hors d'atteinte n'est pas une histoire d'amour à proprement parler. Ou en tout cas, si c'est une histoire d'amour, bien que principalement à sens unique, ce n'est pas une romance. Cela rend d'ailleurs la chose un peu bizarre par moment, avec un côté qui flirte avec le malsain. Heureusement la novella n'y tombe jamais et ce n'est pas du tout l'impression générale qu'elle laisse. Au contraire, à la fin, la sublime fin, il ne reste qu'une chose : la beauté. Ton temps hors d'atteinte est une très belle novella. Aussi belle dans son ensemble que lors de certains passages qui se transforment en petits instants de grâce.

Plus encore qu'une histoire d'amour, Ton temps hors d'atteinte est une quête. Une quête impossible, ce qui ne l'empêche pas d'être vécu à fond, sans se retourner. Une quête improbable - même si elle s'avèrera l'être bien moins que ce qu'elle laisse paraitre -, ce qui ne l'empêche pas d'être entraînante et d'être vécue en harmonie avec son attachante narratrice. Une quête aux légers accents de science-fiction - aussi intéressants pour l'idée en elle-même que pour la métaphore qu'elle file -, ce qui ne l'empêche pas de résonner et d'avoir des échos tout à fait réels. Non, définitivement, rien ne peux empêcher Ton temps hors d'atteinte d'être une excellente novella.

Couverture : Philippe Thiollier / Traduction : Gwennaël Gaffric
D'autres avis : Lorhkan, Lhisbei, Le nocher des livres, ...

mardi 17 septembre 2024

Alastair Reynolds - La Millième Nuit

La Millième Nuit, Alastair Reynolds, 2005, 135 pages

Tous les deux cents mille ans, les membres de la Lignée Gentiane - tous "descendants" quasi-immortels d'Abigail Gentian - se réunissent pendant mille jours. C'est l'occasion pour eux de partager leurs pérégrinations depuis leur dernière rencontre avant de repartir explorer les galaxies et les différentes évolutions de l'humanité. Mais lors de leur dernière réunion, deux membres mettent le doigt sur une incohérence qui pourrait bien cacher un très grand secret.

En 135 pages, La Millième Nuit est une oeuvre absolument complète. Il n'en faut pas plus à Alastair Reynolds pour proposer un univers époustouflant aux proportions aussi inimaginables qu'accessibles, de sympathiques personnages, un récit sous forme d'enquête et de mystère et une résolution totalement satisfaisante alors que la barre était haute au regard des enjeux démentiels mis en place. C'est la fusion parfaite entre un cadre plein de sense of wonder et une solide intrigue. Même la couverture est d'une grande qualité, et encore plus après lecture. Une très (très) bonne novella.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Laurent Queyssi
D'autres avis : Tigger Lilly, Vert, FeyGirl, Lhisbei, FeydRautha, Lorhkan, Gromovar, Le Maki, Célinedanaë, Le chien critique, OmbreBones, Herbefol, lutin82, Jean-Yves, Elwyn, f6k, ...

Sixième et dernière escale pour le Summer Star Wars Ahsoka

vendredi 19 juillet 2024

Laurent Genefort - Opexx

Opexx, Laurent Genefort, 2022, 114 pages

Le Blend - une union pacifiée de millions de mondes s'étendant sur plusieurs galaxies - a récemment contacté la Terre. Avant une éventuelle intégration à sa communauté, le Blend a besoin que la Terre mette à sa disposition des soldats pour aller combattre à sa place. C'est au sein de cette unité Opexx que travaille le narrateur, atteint du syndrome de Restorff qui lui vaut un déficit d'empathie mais lui permet aussi de conserver la mémoire de toutes ses missions.

Opexx n'est pas ce qu'il semble être. Ce n'est pas exactement un texte de science-fiction militaire tel qu'on l'imagine basiquement. S'il apporte évidemment une réflexion sur la guerre au sens large, les combats y ont une place infime et ce n'est pas forcément sur ce thème qu'il est le plus marquant. Il ne faut en tout cas pas le laisser de côté par peur d'y voir un cliché d'oeuvre militariste.

Mais il ne faut pas non plus s'attendre à une grande intrigue. Pas vraiment à une intrigue tout court en fait. Il faut attendre la deuxième moitié du récit pour vraiment voir où va le texte. C'est un peu perturbant, mais c'est compensé par deux choses : la capacité - qui n'étonnera personne ayant déjà lu l'auteur - de Laurent Genefort à créer de vastes mondes et de l'altérité ainsi que le destin évocateur et touchant de ce narrateur anonyme.

Opexx n'est pas une novella palpitante ou exaltante. Elle m'a longtemps laissé de côté avant de me rattraper sur la fin et me convainc quasiment plus après sa lecture que pendant. Je n'ai pas adoré ce texte mais je suis encore plus incapable d'en dire du mal que du bien. Il me faudrait certainement une relecture pour en saisir plus de subtilités, et ce n'est pas inenvisageable.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Tigger Lilly, Vert, FeyGirl, Xapur, Le Maki, FeydRautha, Yuyine, Jean-Yves, Herbefol, Célinedanaë, OmbreBones, lutin82, Dionysos, Sometimes a book, Apophis, ...


Première escale pour le Summer Star Wars Ahsoka

dimanche 18 février 2024

Claire North - Le Maître

Le Maître, Claire North, Tome 3/3 de la Maison des Jeux, 2015, 159 pages

Après Le Serpent et Le Voleur, Le Maître clôt la trilogie de la Maison des Jeux. Sans surprise, les deux premiers tomes ayant mis en place les pièces du jeu, c'est l'heure de la partie finale.

Qui aurait cru que les échecs et le cache-cache ont tant de similitudes ? Le Maître a, au moins dans sa première partie, des airs de Le Voleur, en plus. Plus grand, plus violent, plus planétaire. Si les deux premières novellas avait déjà mis en scène des terrains de jeux et des enjeux d'une ampleur bien supérieure à la moyenne, ce n'est rien en comparaison du gigantisme de cette partie là. C'est si énorme, si explosif, si 'toujours plus' que ça a totalement des airs de blockbuster, ce qui donne un cachet unique à cette troisième novella.

Heureusement, Le Maître n'est pas qu'un texte bourrin. L'affrontement, instillé depuis le début de la trilogie, se révèle métaphorique de deux visions de la vie et donne une certaine raison d'être - ou tout du moins une raison de questionner - à toute la brutalité de ce tome. Jusqu'à une fin sublime, qui n'a pas besoin que ses derniers rebondissements soient surprenants pour être efficace et mémorable. Le point d'exclamation parfait d'une excellente trilogie dont chaque tome aura su avoir son identité sans jamais se départir d'une même grande qualité.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Vert, Yuyine, Zoéprendlaplume, FeydRautha, Chut maman lit, Xapur, Le Maki, Célinedanaë, lutin82, Lullaby, Boudicca, OmbreBones, ...

jeudi 25 janvier 2024

Becky Chambers - Une prière pour les cimes timides

Une prière pour les cimes timides, Becky Chambers, Histoires de moine et de robot T.2/?, 2022, 114 pages

Après l'étonnante rencontre entre Froeur Dex, le moine du thé, et Omphale, le robot qui a décidé de prendre contact avec l'humanité, dans Un psaume pour les recyclés sauvages, Une prière pour les cimes timides poursuit l'aventure du duo. Alors que le premier tome se concentrait sur leur découverte mutuelle, il est désormais temps de renouer avec la civilisation pour continuer à réfléchir à ce qui pousse les individus à vivre et comment être heureux.

J'ai un sentiment un peu ambivalent avec ce livre, à l'image de celui que j'avais lors de ma lecture de Je suis le rêve des autres de Christian Chavassieux. Un ouvrage avec lequel il partage de nombreuses caractéristiques : un côté un peu trop gentillet et mielleux ; des réactions et réflexions proches ; la même dynamique dans le duo de personnages qui constitue l'ensemble de la non-intrigue. Et surtout la même manière de ne pas réussir à me toucher profondément et ardemment.

Pourtant, dans le même temps, Une prière pour les cimes timides est indéniablement un bon livre, avec une conclusion qui hausse le niveau et une intéressante et importante réflexion d'ensemble. Je continue de largement préférer l'autrice dans ses romans, certainement parce qu'il y a plus d'adversité et de changements. Mais même si je n'adore pas, je respecte grandement ce qu'elle propose ici.

Au sein de la bulle de feel-good-SF dont Becky Chambers est l'étendard, cette série de novellas est une bulle dans la bulle, poussant toujours plus loin le dépouillement et la réflexion pure. « Pour vous qui ne savez pas où aller » dit l'épigraphe du texte. C'est le mot d'ordre de ce livre. Ici, comme dans la vie, il n'y a aucune destination claire et Une prière pour les cimes timides est une sorte d'incarnation du "profiter de l'instant présent" à l'échelle d'une lecture.

Couverture : Feifei Ruan / Traduction : Marie Surgers
D'autres avis : Yuyine, FeydRautha, Lullaby, Le nocher des livres, OmbreBones, Marc, ...

vendredi 8 décembre 2023

Claire North - Le Voleur

Le Voleur, Claire North, Tome 2/3 de La Maison des jeux, 2015, 153 pages

Après Le Serpent, Le Voleur est la deuxième novella de Claire North mettant en scène l'univers de la Maison des jeux, cet établissement où les parties se jouent à l'échelle mondiale et où les enjeux ne se limitent pas à un peu d'argent et d'honneur. La Maison des jeux ouvrent cette fois ses portes à Bangkok, en 1938, pour une gigantesque partie de cache-cache dans toute la Thaïlande entre Rémy Burke et Abhik Lee.

Le Voleur est une novella différente de Le Serpent, mais tout aussi excellente. Là où la première était presque strictement un jeu de manipulation et de luttes de pouvoir, Le Voleur est bien plus une course-poursuite et se lit comme un thriller. Un très bon thriller tant la lecture est tendue et haletante - ce qui donne encore plus de poids à la rencontre entre Rémy et Fon, une très belle parenthèse et l'un des plus beaux passages du récit.

C'est donc déjà un très bon texte sur ses 100 premières pages. Puis vient le dernier tiers, et son ampleur explose. D'haletant, ça devient exaltant. De manière très fluide, on en revient à un jeu d'anticipation et d'atouts, autant à l'échelle du cache-cache en cours que de l'intrigue plus globale de la Maison des jeux. Car Le Voleur n'est pas juste une petite partie lambda. C'est un exemple parfait pour apercevoir les dessous de la Maison des jeux et voir les pièces de la table finale se mettre en place. Après deux excellentes novellas, tout est en place pour que le troisième tome, Le Maître, soit une apothéose.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Yuyine, Boudicca, Dionysos, FeydRautha, Gromovar, Xapur, Le Maki, OmbreBones, Célinedanaë, lutin82, ...

samedi 21 octobre 2023

Audrey Pleynet - Rossignol

Rossignol, Audrey Pleynet, 2023, 131 pages

En plein milieu de l'espace, la Station est un lieu unique où se côtoient de nombreuses espèces extraterrestres. Un brassage rendu possible grâce aux Paramètres qui permettent à chacun d'adapter les conditions de vie à son patrimoine génétique. Mais ce qui ressemble à un havre de paix et de tolérance cache un conflit de plus en plus prégnant entre Spéciens, partisans de la séparation des espèces, et Fusionnistes, favorables au métissage.

C'est par les yeux d'une femme, par son présent et son passé, que l'on découvre assez nébuleusement cette station. Rien n'est clair pendant les premières dizaines de pages, rien n'est explicite. Et pourtant, à l'image de son énigmatique intrigue, c'est mystérieusement accrocheur et tout juste assez compréhensible pour que se dévoile peu à peu ce surprenant et intelligent cadre et les problématiques qui en découlent.

Mais Rossignol n'est pas qu'un univers remarquable. C'est aussi une réflexion de fond aux parallèles bien terrestres, notamment sur la question de la mixité. C'est aussi une intrigue de plus en plus concrète, qui prend quasiment des airs de thriller et se conclut sur un final puissant. C'est aussi un récit qui a des passages dignes de la poésie de son titre. C'est de manière générale une jolie novella et une franche réussite.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Gromovar, FeydRautha, Yuyine, Lorhkan, Le Maki, Alias, Célinedanaë, Apophis, ...

mercredi 13 septembre 2023

P. Djèli Clark - Le Mystère du tramway hanté

Le Mystère du tramway hanté, P. Djèli Clark, 2019, 101 pages

Égypte uchronique, où les djinns sont une présence quasi-normale, début du XXème siècle. Hamed et Onsi sont deux agents du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles. Ils sont appelés pour traiter le cas d'une rame de tramway hantée par une mystérieuse présence - oui, le titre est vraiment très explicite.

Le Mystère du tramway hanté est une novella se déroulant dans le même univers que L'Étrange affaire du djinn du Caire et Maître des djinns. Elle se déroule chronologiquement entre ces deux textes, même si elle peut autant se lire en découverte de l'univers qu'après la lecture des deux autres récits - la preuve. P. Djèli Clark y développe une nouvelle fois son monde légèrement uchronique où des entités surnaturelles ont ouvertement pris place sur Terre, changeant quelque peu les rapports de force et les évolutions de la société.

Le Mystère du tramway hanté est une bonne novella. C'est une enquête simple, sans rien d'époustouflant, mais qui permet de revenir avec joie dans un univers appréciable et de côtoyer de sympathiques personnages. Et un bon moment, ça ne se refuse pas.

Couverture : Stephan Martinière / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Sabine, L'ours inculte, Jean-Yves, Célinedanaë, Le nocher des livres, Apophis, Elessar, lutin82, Marc, Boudicca, ...

lundi 24 avril 2023

Thomas Day - Dragon

Dragon, Thomas Day, 2016, 149 pages
« Apichatpong Khomsiri ? Je suis allé dans la jungle et je l'ai tué. »
Bangkok, dans un futur proche qui pourrait tout aussi bien être le présent. Un tueur implacable - Dragon, du symbole présent sur les cartes de visite qu'il laisse sur ses victimes - sévit contre des consommateurs de prostitution infantile. Est-il un meurtrier ou un justicier ? C'est une question que se posera Tann Ruedpokanon, le policier chargé de l'arrêter.

Dragon est une plongée dans les recoins les moins reluisants de la Thaïlande, symbole de la prostitution infantile mais loin d'en être le seul pourvoyeur. C'est un texte dur, violent, qui envoie aux yeux du lecteurice toute l'horreur d'une pratique abjecte. Au regard des mots et du parcours de Thomas Day, difficile d'imaginer l'impact de cette novella sur l'auteur, certainement bien au-delà de la catharsis. Mais il parvient à nous en faire parvenir au moins une fraction qui est déjà d'une immense puissance.

Comme souvent avec Thomas Day, c'est un texte dans la veine d'un Lucius Shepard. Pour son cadre, pour sa réalité crue, pour son côté poisseux et pour l'intrication de l'auteur au coeur du récit. Dans une version plus évidente, où le sujet et le but de l'histoire sont bien plus limpides. Mais c'est surtout un texte de Thomas Day. Qui pourrait quasiment être la septième nouvelle de l'excellent recueil Sept secondes pour devenir un aigle, ne serait-ce que pour cette façon de ne jamais faire la leçon. Ce qui n'en donne pas moins un texte éminemment frappant et marquant.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Tigger Lilly, Yuyine, Alys, Gromovar, Lorhkan, Vert, FeydRautha, Célinedanaé, L'ours inculte, OmbreBones, Boudicca, lutin82, Jean-Yves, Apophis, Xapur, Le Maki, Elhyandra, ...

lundi 27 février 2023

Ken Liu - Toutes les saveurs

Toutes les saveurs, Ken Liu, 2012, 125 pages

Idaho City, XIXème siècle, en pleine conquête de l'Ouest. Une petite communauté chinoise de chercheurs d'or s'installe à proximité de la maison des Seaver. Lily, leur fille, sympathise avec eux, particulièrement avec leur leader, Lao Guan, un géant au visage rouge. Il lui apprendra à jouer au wei qi, lui contera les aventures de Guan Yu, le dieu de la guerre, et lui fera découvrir toutes les saveurs de la cuisine chinoise.

Il y a bien une petite intrigue dans Toutes les saveurs, une histoire de hors-la-loi et de justice, mais c'est accessoire. La véritable intrigue, c'est la découverte de cette émigration chinoise du XIXème siècle aux États-Unis, des migrants rêvant de fortune pour leurs familles mais se retrouvant arnaqués par leurs passeurs et devant se débrouiller seuls pour survivre face à la méfiance des locaux. Autre époque, même problématique.

La part d'imaginaire de Toutes les saveurs est - au choix selon la sensibilité de chaque lecteurice - infime ou inexistante. Ce qui ne l'empêche pas d'être une novella passionnante. Autant pour la sympathie de la rencontre entre ce charismatique colosse chinois et cette accueillante petite fille américaine que pour l'aspect culturel chinois ou ce que cela dit de l'émigration en tous temps et toutes époques, au-delà de l'aperçu et hommage à celle-ci en particulier. Un texte qui n'a peut-être rien d'époustouflant mais qui n'a pas besoin d'effets de manche pour être pleinement enthousiasmant.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : Vert, Yuyine, Gromovar, Célinedanaë, Le Maki, Le nocher des livres, Lorhkan, Boudicca, ...

dimanche 11 décembre 2022

P. Djèli Clark - Les Tambours du dieu noir

Les Tambours du dieu noir, P. Djèli Clark, 2016-2018, 137 pages

En cette fin du XIXème siècle, La Nouvelle-Orléans est un territoire neutre où toutes les rencontres et transactions sont possibles. LaVrille est une jeune fille débrouillarde y survivant comme elle peut. Une oreille involontairement indiscrète va la mettre sur la route d'une arme des plus terribles. Heureusement, elle pourra compter sur Oya, la divinité yoruba qui fait partie d'elle, et sur Ann-Marie, capitaine d'un dirigeable pirate.

L'intrigue entière de Les Tambours du dieu noir tient en quelques lignes. La petite centaine de pages de la novella passe pourtant à la vitesse grand V et se lit avec enthousiasme tant son univers est passionnant. Le récit est bon et agréable à suivre, mais c'est vraiment le cadre qui sort du lot, avec cette Nouvelle-Orléans uchronique aux accents steampunk. Un îlot de paix au milieu de la guerre aux airs de gigantesque métissage. L'immersion est rendu encore plus forte grâce à l'écriture de P. Djèli Clark - et la certainement excellente et impressionnante traduction de Mathilde Montier - rendant les paroles d'Ann-Marie dans un style parlé caribéen (?), proche de ce qu'on a déjà pu découvrir dans Ring Shout.

À la suite de cette très bonne novella se trouve une nouvelle, L'Étrange Affaire du djinn du Caire. Direction cette fois Le Caire en 1912, dans une Égypte où l'espace entre les mondes s'est ouvert pour laisser passer quelques figures mythologiques. Fatma y est une agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles et va enquêter sur la mort mystérieuse d'un djinn.

Cette nouvelle partage quelques points communs avec la novella la précédant - une uchronie, des divinités, une ampleur d'intrigue potentiellement dévastatrice, ... - tout en étant fondamentalement différente. Outre l'univers, intrigant même s'il m'attire moins que La Nouvelle-Orléans, c'est cette fois une véritable enquête que nous livre l'auteur. Et en une trentaine de pages, ça tient étonnamment bien la route et donne un bon récit, achevant de faire de ce livre une très bonne porte d'entrée pour découvrir P. Djèli Clark.

Couverture : Benjamin Carré / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Sabcz, OmbreBones, Yuyine, L'ours inculte, Célinedanaë, lutin82, Boudicca, Chut maman lit !, Le nocher des livres, Elwyn, Marc, Apophis, ...

jeudi 27 octobre 2022

Becky Chambers - Un Psaume pour les recyclés sauvages

Un Psaume pour les recyclés sauvages, Becky Chambers, Tome 1/? d'Histoires de moine et de robot, 2021, 133 pages

Pour fuir la routine et une crise existentielle, Dex décide de prendre la route et de devenir moine du thé, allant de village en village pour offrir une présence réconfortante à quiconque en éprouve le besoin. Mais s'il excelle dans cette tâche, il n'est toujours pas comblé lui-même. C'est alors qu'il rencontre Omphale Tachetée Splendide, un robot, le premier aperçu depuis des siècles.

J'ai failli regretter le peu de temps consacré à la période "moine du thé" de Dex, tant cela donnait envie. Cette contrariété s'est vite envolée puisque le livre monte en puissance au fil des pages et démarre en fait réellement dans sa deuxième moitié, avec la rencontre entre ce moine et ce robot. À partir de là, ce n'est rien de moins qu'excellent.

Un Psaume pour les recyclés sauvages est un ouvrage de Becky Chambers. C'est le meilleur résumé qu'on puisse en faire pour quiconque connait déjà l'autrice. À son habitude, Becky Chambers propose un ouvrage lumineux, inclusif, positif et soucieux de l'autre. La dédicace qui ouvre l'ouvrage n'est clairement pas mensongère :
« Pour vous qui avez besoin de souffler. »
Mais Un Psaume pour les recyclés sauvages n'est pas juste un livre doux et gentil. Il offre certes une bulle, un cocon, mais sans se couper du monde pour autant. Tout l'objectif est justement là : comment vivre dans ce monde ? Pourquoi vivre dans ce monde ? C'est à un questionnement aussi fondamental que se prête Becky Chambers ici. Et c'est admirable. Est-ce que c'est gentillet ? Un peu, surement. Est-ce que c'est important, que ça donne à réfléchir et que ça apporte quelque chose au lecteurice ? Sans aucun doute. Et le plus fort dans tout ça ? Malgré un récit consacré à la vacuité de l'existence, ce n'est jamais pesant. C'est là toute la grandeur de Becky Chambers, qui ferait à coup sûr une excellente moine du thé.

Couverture : Feifei Ruan / Traduction : Marie Surgers
D'autres avis : Sabine, FeydRautha, Yuyine, OmbreBones, Le nocher des livres, Lullaby, Elessar, ...

dimanche 2 octobre 2022

Claire North - Le Serpent

Le Serpent, Claire North, Tome 1/3 de La Maison des jeux, 2015, 154 pages
« "Ne suffit-il pas de jouer pour le plaisir ?" demande-t-elle.
À ces mots, le visage de l'homme exprime de la terreur. "Miseriez-vous votre
bonheur ? Joueriez-vous votre amour-propre ? Au nom du ciel, ne jouez pas pour le plaisir, pas encore ; pas alors qu'il existe tant d'enjeux moins importants en lesquels investir !" »
Venise, 1610. Engluée dans un mariage avec un homme en pleine déchéance, Thene va par son entremise faire la découverte de la Maison des jeux, lieu où il perd toute sa fortune. Mais la Maison des jeux n'est pas qu'un simple établissement d'argent. Pour les joueurs les plus doués, il existe une arrière-salle privée où les enjeux sont tout autre. Et il s'avère que Thene est très douée. Au point de parvenir à ses fins dans l'élection du prochain inquisiteur au tribunal suprême de la ville ?

J'aime lire sur les luttes de pouvoir, les manigances et les complots. J'aime les jeux, de table et de toute sorte. Les deux sont des guerres de l'esprit, censément moins sanglantes que des guerres physiques, en tout cas pleine d'excitation et de jubilation devant les astuces et les retournements de situation imaginés. Le Serpent est le paroxysme de tout cela, mettant en scène le plus grand plateau de jeu possible, notre monde, et y développant tout un tas de plateaux de jeux plus réduits. Mon excitation pour cet univers n'est pas loin, elle aussi, d'être à son paroxysme.

Le Serpent est un ouvrage excitant, où le jeu est mené tambour battant tout en donnant de l'importance et du temps à chaque coup. Outre son admirable gestion de la pendule, Claire North fait aussi preuve d'un grand talent - au-delà de son héroïne vive, voire badass - pour brosser des personnages secondaires en quelques mots et leur donner une consistance, une âme. Elle s'aide en cela d'apostrophes narratives à la première, voire à la deuxième, personne du pluriel. Ce qui augmente encore plus la taille et les enjeux du plateau, en plus d'assurer l'implication personnelle du lecteurice.

Le Serpent est une excellente novella, assurément l'une des toutes meilleures UHL, dont je ne peux rendre l'ensemble des qualités sans élaborer sur chacune de ses 154 pages. Peut-être ai-je pu douter en voyant l'annonce d'une trilogie de novellas au lieu des habituels one-shot de la collection. Mon sentiment immédiat ne peut pas être plus opposé. Car Claire North a donc écrit deux autres textes dans cet univers, Le Voleur et Le Maître. Rien ne peut me faire plus plaisir, et c'est peu dire, tant cette première novella est une victoire flamboyante.
« - C'est du hasard, ce n'est pas un jeu.
- Tout est hasard. La nature est hasard. La vie est hasard. La folie des hommes est de chercher des règles là où il n'y en a pas, d'inventer des contraintes là où aucune n'existe. Tout ce qui compte, c'est le choix. Alors choisis. Choisis. »
Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Gromovar, FeydRautha, Célinedanaë, Le nocher des livres, OmbreBones, Dionysos, Boudicca, Marc, Mondes de poche, Kwalys, Le Maki, Yuyine, ...

samedi 27 août 2022

Martha Wells - Télémétrie fugitive

Télémétrie fugitive, Martha Wells, Tome 6/? de Journal d'un AssaSynth, 2021, 139 pages

On avait laissé AssaSynth à un tournant majeur de sa vie lors du final de Effet de réseau, la première histoire de la SecUnit indépendante au format roman. Avec Télémétrie fugitive, retour au format novella... et retour en arrière dans le temps. En effet, Télémétrie fugitive se situe entre les tomes 4 - Stratégie de sortie - et 5 - Effet de réseau, donc.

Et c'est une novella dans le plus pur style de la série. Ça met en scène une petite enquête à laquelle prend part AssaSynth, simple et efficace. Ce n'est pas là le plus important. Le plus plaisant, c'est de retrouver AssaSynth, sa gouaille, sa psychologie en constante évolution - et relativement apaisée à ce moment de la série, ce qui est d'autant plus agréable à lire - et ses interactions avec les autres personnages, bots compris. Simplement du pur plaisir.

Couverture : Ben Walsh / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Lullaby, Zina, Lianne, ...

Premier voyage interstellaire dans le cadre du Summer Star Wars : Obi-Wan Kenobi

mardi 2 août 2022

Paul Di Filippo - Un an dans la Ville-Rue

Un an dans la Ville-Rue, Paul Di Filippo, 2002, 120 pages

Imaginez une rue. Une très longue rue. Une très très longue rue. Bordée de chaque côté d'immeubles abritant commerces, sociétés et logements. Au-delà : d'un côté le Fleuve et ses bateaux, de l'autre les Voies et ses trains. Dessous : le Métro. Encore au-delà : les psychopompes, attendant d'emporter les trépassés. C'est dans l'arrondissement de Vilgravier, précisément dans le 10.394.850ème Bloc, que vit Diego Patchen, un auteur de Cosmos-Fiction - l'équivalent de notre Science-Fiction - qui sera notre guide pour découvrir cette Ville-Rue.

Il n'y a nul besoin de l'immensité de l'espace interstellaire pour provoquer le sense of wonder. Paul Di Filippo le prouve avec cette Ville-Rue inconcevable, presque impossible et pourtant compréhensible, qui provoque un vrai sentiment d'émerveillement et d'ébahissement. Est-ce que tout sera justifié et expliqué ? Non. Mais ce n'est nullement le but. Le but c'est d'imaginer quelque chose d'autre, quelque chose de nouveau, de dépasser les cadres et les limites pour être créatif et proposer quelque chose d'unique.

C'est en ce sens pleinement réussi. Et là où la réussite est encore plus grande, c'est que l'écriture de Paul Di Filippo est à l'image de son univers et sert, tout autant que le récit en lui-même, à créer cette immersion et ce changement de paradigme. Le plus fort dans tout ça, dans tout cet étonnement ? La compréhension de ce qui se présente sous nos yeux est comme intuitive et totalement happante. À vrai dire, je ne sais même pas réellement pourquoi ça fonctionne. Mais ça a ce petit truc qui fait que ça fonctionne, et plus que bien.

Un an dans la Ville-Rue est une novella étonnante, dans tous les sens du terme. C'est une expérience, mais une expérience abordable qui n'oublie pas d'être plaisante à lire. C'est une idée forte qui contrebalance parfaitement son intrigue assez minime. C'est aussi une mise en abyme évidente - le protagoniste principal est un auteur de SF cherchant à élargir ses horizons avec des mondes totalement différents - qui n'empêche pas un sense of wonder impressionnant. C'est un hymne à l'incompréhensible et à l'inimaginable, au plaisir et à la nécessité d'y réfléchir à défaut de pouvoir pleinement les envisager. C'est une très belle novella.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : Gromovar, FeydRautha, ...

dimanche 2 janvier 2022

P. Djèli Clark - Ring Shout

Ring Shout, P. Djèli Clark, 2020, 170 pages

États-Unis, 1922. Le Ku Klux Klan fait régner la terreur sur les populations noires. Sauf que ce Klan n'est pas tout à fait celui que nous connaissons. Certains de ses membres sont monstrueux d'une manière bien plus littérale, des démons aux visages d'hommes. Alors que leur conquête ne cesse de s'étendre, une résistance tente de renverser le mal, autour d'un trio de combattantes mené par Maryse, une jeune femme possédant une épée magique.

Ainsi est l'univers de Ring Shout. Une fantasy classique avec magie et démons dans un cadre historique tout à fait réel. Un mélange qui étonne en premier lieu, et questionne. Pourquoi cette association ? Et pourquoi pas, d'abord ? C'est finalement intéressant pour traiter d'un sujet grave sous un angle nouveau, et permettre de diversifier le public touché. C'est peut-être aussi un peu cathartique : ne faudrait-il pas une raison démoniaque pour réussir à expliquer de telles horreurs ? Vain espoir, malheureusement.

Ring Shout est une novella qui m'aura gagné à sa cause au fil des pages. Le temps de s'habituer à son cadre donc, mais aussi au style de l'auteur. Un style parlé afro-américain qui va encore plus loin lors de passages en gullah, loin d'être toujours évidents à décoder mais augmentant l'immersion. Je ne juge habituellement pas des traductions, ne pouvant comparer au matériel d'origine, mais force est de constater que la traduction de Mathilde Montier est certainement un travail de grande ampleur et formidablement réussi, parvenant à rendre ces parlés dans toutes leurs complexités.

L'acclimatement à ce phrasé et à cet univers réalistico-fantasyque va de pair avec une montée en puissance du texte. L'immersion et l'attachement se font de plus en plus prégnants en même temps qu'un véritable objectif se profile pour les héroïnes. Et ce jusqu'à une fin de qualité qui conclut le récit sur une très bonne note, pour une novella pleinement satisfaisante.
« Après tout, ils ont pendu le pauvre Mr. Frank ici-même, en Géorgie, en dépit de toute loi ou raison.
- La loi et la raison, ça tient pas quand les Blancs y veulent faire comme c'est que ça leur chante
»
Couverture : Dorian Danielsen / Traduction : Mathilde Montier
D'autres avis : Gromovar, FeydRautha, Célinedanaë, Le nocher des livres, Sabine, ...