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vendredi 17 juillet 2026

Megan Whalen Turner - Le Voleur

Le Voleur, Megan Whalen Turner, Tome 1/6 de Le Voleur de la Reine, 1996, 251 pages

Depuis qu'il a volé le sceau royal et s'est montré peu discret à ce sujet, Gen croupit en prison. Jusqu'à ce que le Mage, conseiller principal du roi, vienne le sortir de là. Avec un objectif : que Gen le suive, lui et ses apprentis, dans un royaume voisin et qu'il y vole une relique sacrée.

Le Voleur a tout de la bonne fantasy à capuche. Au-delà de son univers, une péninsule découpée en trois royaumes concurrents, l'aspect imaginaire y est assez limité et se concentrera sur quelques légendes divines et cosmogoniques. L'aspect capuche est lui bien plus présent : Gen se vante de pouvoir tout voler et a la répartie et l'aplomb attendus de ce genre de personnages, tout en étant assez intelligent pour savoir se taire et agir logiquement. Et le vol n'est pas qu'une excuse pour lancer l'histoire, il est bien au coeur du récit.

À l'image de son héros, Le Voleur est un ouvrage extrêmement malin dans sa narration. Toutes les informations, sur l'univers et sur les personnages, sont disséminées au fil des dialogues, qui eux-mêmes ont des raisons diégétiques. Ça ne révolutionne rien mais c'est bien fait et ça rend la lecture encore plus plaisante.

Ça vaut pour l'ensemble du roman : il ne révolutionne rien mais il fait tout très bien. C'est une lecture enthousiasmante avec une histoire prenante, qui réserve quelques surprises, et un héros entraînant. J'ai adoré. C'est en plus un tome 1 qui se suffit à lui-même, ayant une véritable fin. Mais vu l'excellence de celui-ci, impossible de ne pas avoir envie de dévorer les suivants !

Couverture : Sofonisba Anguissola / Traduction : Yoko Lacour
D'autres avis : Sometimes a book, Le nocher des livres, ...

lundi 29 juin 2026

Becky Chambers - Apprendre, si par bonheur

Apprendre, si par bonheur, Becky Chambers, 2019, 135 pages

Apprendre, si par bonheur est le rapport de mission que quatre astronautes, partis il y a bien longtemps explorer quatre exoplanètes, ont envoyé à la Terre. Une certaine urgence et une grande importance émergent des premières lignes, mais il faudra attendre la conclusion pour comprendre la raison de cet envoi et le besoin crucial d'une réponse. Ce qui n'est nullement un moyen de faire durer le suspense, le chemin étant essentiel pour bien comprendre la destination.

Le chemin, c'est donc l'exploration de quatre planètes et la recherche de formes de vie. À l'image des personnages, les quatre mondes sont totalement différents et offriront des expéditions mouvementées et surprenantes. L'histoire est très simple mais ça ne l'empêche pas d'être prenante, d'être complète malgré sa concision et de permettre de s'attacher à ce groupe d'astronautes positifs mais loin d'être lisses.

Apprendre, si par bonheur - dont la référence, absolument parfaite, est expliquée en toute fin d'ouvrage - est une novella qui a clairement un but, qui est là pour poser une question. Et si elle incite à une réponse, Becky Chambers a l'intelligence de laisser toutes les voies ouvertes. Car le vrai objectif est la réflexion, pas la réponse en elle-même. Et tout ça sans oublier de proposer une vraie aventure. Que peut-on demander de plus à une novella ?

Couverture : Nicolas Sarter / Traduction : Marie Surgers
D'autres avis : Vert, Le Maki, Yuyine, Lorhkan, Le chien critique, FeydRautha, Zoéprendlaplume, Lectures du panda, Célinedanaë, Lune, Anne-Laure, OmbreBones, ...


Première escale pour le Summer Star Wars Grogu

jeudi 30 avril 2026

Michael McDowell - Katie

Katie, Michael McDowell, 1982, 456 pages

États-Unis, 1871. Philomela Drax vit seule avec sa mère, au bord de la misère. Une lettre de son grand-père pourrait les tirer de cette situation, mais il faut pour cela le sauver des Slape, sa belle-famille qui en a après son héritage et fait tout pour accélérer son trépas. C'est ce que va entreprendre Philo, malgré la dangerosité des Slape, des êtres sans foi ni loi, notamment la jeune Katie et ses dons de voyance.

Katie est un ouvrage horrible. Car la moitié du roman - surement un peu moins en réalité, mais beaucoup plus en ressenti - est consacrée aux Slape et à leurs répugnantes actions. Ce sont des méchants, des vrais. Ils ne sont pas fous, ils n'ont pas de grandes intentions, ils n'ont simplement aucun sens moral et se comportent essentiellement pour leur bon plaisir, quitte à laisser des cadavres derrière eux. Je n'ai pris aucun plaisir à lire ces passages mais ils sont indéniablement très bien rendus et font forte impression.

Et puis il y a l'autre côté du spectre, l'exact opposé, en la personne de Philo. Une héroïne entraînante, volontaire, travailleuse, un rayon de soleil qu'on ne peut qu'espérer voir s'épanouir et réussir. Si les Slape sont la noirceur incarnée, Philo a elle tout de la pureté incarnée. Elle est l'une des rares exceptions parmi une galerie de personnages marquants mais détestables et la raison qui pousse à avoir cette envie de lire un court chapitre de plus. Car si Katie est horrible, c'est aussi un bon feuilleton qui se lit tout seul. C'est en quelque sorte horriblement bon.

Couverture : Pedro Oyarbide / Traduction : Jean Szlamowicz
D'autres avis : FeyGirl, ...

vendredi 24 avril 2026

Éclats dormants / Éclats miroitants - Alix E. Harrow

Éclats dormants / Éclats miroitants, Alix E. Harrow, 2021/2022, 374 pages

Atteinte d'une maladie incurable, Zinnia sait depuis toujours qu'elle mourra jeune. Lors d'une dernière fête d'anniversaire organisée par sa meilleure amie sur le thème de La Belle au bois dormant, elle se retrouve projetée dans un autre monde. Où elle rencontre Primerose, une princesse dont l'histoire semble justement sortir tout droit de son conte de fées préféré.

Quand on pense conte de fées, on peut aussi bien imaginer les sombres histoires des Grimm ou Andersen que leurs plus joyeuses versions par Disney. Quand on pense réécriture de conte de fées, on peut aussi bien imaginer une manière de mettre en scène différemment des schémas classiques que l'occasion d'en moderniser les participants et les enjeux. Alix E. Harrow ne choisit pas. Elle fait tout cela à la fois.

Éclats dormants et Éclats miroitants sont deux novellas jouant avec les contes de fées, respectivement La Belle au bois dormant et Blanche-Neige. "Jouant" n'est pas un terme anodin : il y a une passion communicative qui se dégage de ces pages, provenant tout autant d'Alix E. Harrow que de Zinnia, son héroïne moderne qui a parfaitement conscience des codes du conte et qui connait sa classification ATU par coeur.

Éclats dormants / Éclats miroitants sont deux textes très malins, qui sont aussi bons en tant que réflexion méta sur les réécritures de contes que pour l'histoire de Zinnia elle-même. Deux textes qui suivent un principe proche mais sans être nullement répétitif. Au contraire, ils se complètent très bien et forment un tout cohérent et très agréable à lire, frais et moderne. Et ce qu'on soit adepte ou non des contes de fées.

Couverture : Pauline Ortlieb / Traduction : Thibaud Eliroff
D'autres avis : Vert, ...

vendredi 13 mars 2026

Sam J. Miller - La Cité de l'orque

La Cité de l'orque, Sam J. Miller, 2018, 394 pages
« Ce qui se disait : elle était venue à Qaanaaq dans une embarcation que tirait une orque harnachée à la manière d'un cheval. »
C'est sur cet incipit que commence la découverte de Qaanaaq, cette gigantesque ville-flottante située quelque part au large du Groenland. Un lieu de survie pour des millions de personnes contraintes de fuir des terres ravagées par le dérèglement climatique. Cette découverte se fera par le point de vue de quatre personnages dont le destin va basculer suite à l'apparition de cette femme arrivée à dos d'orque.

La Cité de l'orque est de ces romans qui ne sont pas évidents à entamer (et à résumer). Il faut quasiment la moitié du roman pour comprendre de quelle manière les différents fils narratifs vont se rejoindre. Cela fera basculer le livre dans quelque chose de plus unitaire tout en permettant d'obtenir un nouvel objectif. Voire un premier objectif tant on ne sait pas trop où l'on va avant ça. Est-ce un problème ? Pas du tout. Parce que l'exploration est agréable et parce que les personnages ne sont pas lisses.

Mais surtout parce que l'intérêt principal de La Cité de l'orque est quasiment tout le questionnement sur l'urbanisme que propose Sam J. Miller. La ville, dans toutes ses facettes, est pleinement au coeur du roman. Qaanaaq est comme un personnage à part entière et tous les enjeux socio-économiques qui y sont liés résonnent totalement avec notre présent. Ce qui donne aussi une coloration beaucoup moins post-apo que ce que le pitch pourrait laisser penser.

La Cité de l'orque n'est certainement pas parfait et se permet quelques facilités mais il a le mérite de proposer quelque chose qui sonne différent, de tenter des choses et de prendre des décisions. Avec en prime une très bonne unité entre son intrigue, son univers et ses idées, tous mettant en avant à la fois l'individuel et le collectif. Un vrai bon roman.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Anne-Sylvie Homassel
D'autres avis : Tigger Lilly, TmbM, Le chien critique, Le Maki, Yuyine, Lorhkan, FeydRautha, Gromovar, Jean-Yves, Lune, Sometimes a book, Célinedanaë, Marc, Boudicca, Anudar, ...

lundi 23 février 2026

Nana Kwame Adjei-Brenyah - Le Dernier combat de Loretta Thurwar

Le Dernier combat de Loretta Thurwar, Nana Kwame Adjei-Brenyah, 2023, 448 pages

États-Unis, futur proche. Chain-Gang All-Stars est le programme de télé-réalité populaire du moment. Des prisonniers s'y affrontent dans des combats à mort. S'ils survivent pendant trois ans, ils obtiennent leur liberté. Une échéance dont se rapproche Loretta Thurwar, superstar du programme.

Le sujet de Le Dernier combat de Loretta Thurwar est évident : la dénonciation du système carcéral américain et de ses dérives. Et pour que l'exagération de cette dystopie ne puisse pas laisser le moindre doute sur ses racines réelles, Nana Kwame Adjei-Brenyah explicite nombre d'inspirations et de données factuelles dans des notes de bas de page. Cela pourra éventuellement sortir un peu de l'immersion dans cet univers - ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose vu la morosité de l'ambiance - mais ce n'est de toute façon clairement pas la priorité.

Le Dernier combat de Loretta Thurwar n'est pas un ouvrage plaisant à lire. C'est une lecture dure et violente, mais surtout percutante et perturbante. Ne serait-ce que parce que la grande majorité des personnages sont des meurtriers - et ceux qui ne le sont pas sont à peu près tous détestables. Même si l'auteur ne tombe pas dans l'angélisme, cela reste particulier pour se positionner vis-à-vis des personnages. C'est une problématique qui est évoquée mais qui aurait mérité d'être plus développée. C'est de manière générale le petit bémol du roman, ce qui l'empêche d'atteindre une plus grande réussite : s'étendre un peu moins sur la dénonciation du système et aller un peu plus loin dans la réflexion, notamment au niveau d'éventuelles autres solutions. Le Dernier combat de Loretta Thurwar donne déjà bien du grain à moudre mais il aurait pu faire s'activer quelques moulins supplémentaires.

Couverture : Kimberly Glyder / Traduction : Héloïse Esquié
D'autres avis : Le nocher des livres, ...

mardi 17 février 2026

Elly Bangs - Unity

Unity, Elly Bangs, 2021, 360 pages

Dans la cité sous-marine de Bloom City, Danaë (sur)vit sous la terreur du clan des Méduses. Il faut pourtant qu'elle parte au plus vite pour atteindre un mystérieux rendez-vous dans le désert. Aidé de Naoto, son ami graffeur, elle va embaucher Alexeï, un mercenaire tourmenté, pour la sortir de là.

Démarrant sans scène d'exposition ni explications, Unity est le genre de roman que l'on apprend à comprendre sur le tas. Ce choix d'attendre près de la moitié du récit avant de donner des détails clairs sur le passé des personnages s'avère une bonne décision tant la compréhension parvient à se faire sans ça - je remercie tout de même mes lectures préalables de Adam-Troy Castro et Daniel O'Malley - au point de rendre les explications finalement presque inutiles. Cela n'en demeure pas moins un peu perturbant au démarrage, laissant presque une fausse impression sur ce que le livre est. Les premières pages crient "blockbuster post-apo" mais le récit ne tombera jamais pleinement dans ces deux termes - qui ne sont pas ce que je préfère, ça tombe bien. Il en aura des influences fortes et en prendra des qualités, mais Elly Bangs va proposer plus que ça et y développer plus de subtilités.

Unity est un roman qui porte très bien son nom. Il y est question d'unité sous de multiples formes, à la fois avec soi-même, avec les autres et avec le monde dans son ensemble. Il y est question de l'union nécessaire qui elle-seule peut amener à la compréhension et à l'acceptation. Cela peut paraitre un peu simpliste dit ainsi mais ce n'est nullement le cas sous la plume d'Elly Bangs. C'est un roman riche qui traite de nombreux sujets connexes mais qui n'est jamais plus marquant que lorsqu'il parle de tout un chacun.

Unity est un roman dur, d'une couleur grisâtre tirant sur le noir mais qui ménage pourtant une pointe de lumière au bout du tunnel de la haine et de la violence humaine. C'est surtout un roman qui ne cesse de s'améliorer au fil des pages, jusqu'à une excellente fin, apothéose d'un récit qui unit admirablement bien son histoire et ses idées.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Gilles Goullet
D'autres avis : Le Maki, Alias, Gromovar, Le nocher des livres, Anne-Laure, Célinedanaë, Apophis, Anudar, ...

mercredi 31 décembre 2025

R.F Kuang - Babel

Babel, R.F. Kuang, 2022, 764 pages

Canton, 1828. Un jeune chinois est sauvé et recueilli par un professeur d'Oxford. Rebaptisé Robin Swift, il le prend sous son aile et lui fait intégrer Babel, le prestigieux institut de traduction. Qui n'est pas qu'un simple lieu d'études des langues mais aussi la source du pouvoir de l'Angleterre grâce à l'argentogravure, une magie combinant argent et histoire des mots.

Si ce pitch est factuel et met en avant deux aspects primordiaux du roman (le milieu scolaire et l'importance des mots), il omet son troisième pilier : le racisme et plus généralement le traitement réservé à celleux qui sont considérés comme inférieurs. Robin et ses camarades de cohorte, racisés et/ou de genre féminin, ne sont pas admis à Babel en tant qu'égaux mais seulement car ils sont nécessaires, comme des outils. R.F. Kuang s'attache à montrer la difficulté de cette prise de conscience, le systémisme de ce racisme et les moyens de lutter contre, avec la fameuse opposition entre réforme et révolution. L'autrice va bien au-delà d'un simple "le racisme c'est mal". Elle questionne ses raisons et les arguments opposés, fait évoluer son jeune héros en même temps que ses réflexions et parvient à être tout à la fois indéniable et nuancée.

Babel est un ouvrage engagé et politique. Mais il n'oublie pas d'être avant tout un bon roman. Son propos s’intègre parfaitement à son cadre et à son histoire, ne prenant pas le pas dessus et laissant largement la place pour vibrer aux côtés de Robin Swift. Et il y a de quoi vibrer, de quoi s'enthousiasmer et s'émouvoir. De la même manière que le fond du propos n'a rien d'inédit mais est habilement présenté et mené, l'histoire d'un jeune héros entrant dans une grande école et devant faire ses preuves n'a là aussi rien d'inédit. Pourtant ça fonctionne parfaitement et ça ne sonne jamais comme du déjà-lu, car là aussi c'est habilement présenté et mené.

C'est le cas aussi de l'autre grand thème du roman : la traduction et le sens des mots. Je ne suis généralement pas un grand amateur des explications de worldbuilding, qu'elles soient de fantasy ou de science-fiction, et des détails sur le fonctionnement des éléments imaginaires. J'ai pourtant été fasciné par cette magie qui nécessite d'associer deux mots de langues différentes ayant un socle commun. L'idée est ingénieuse et elle permet en plus à l'autrice de nous offrir plein d'informations sur le fonctionnement et le métissage de nos langues. Là encore, ce n'est rien qui n'est trouvable ailleurs, mais c'est habilement présenté et mené.

La plus grande force de Babel au final, c'est son harmonie. R.F. Kuang combine ses trois grands axes dans un tout où aucun n'est plus important que les autres, où ils fusionnent pour créer quelque chose de meilleur. Pour parvenir à quelque chose qui s'approche du chef-d'oeuvre. Babel est un ouvrage conséquent, plus de 700 pages, et pourtant aucune d'elle n'est inutile. C'est un plaisir du début à la fin, qui se termine avec un sentiment de complétude. C'est une oeuvre puissante qui touche autant le coeur que le cerveau. C'est un roman très riche et pourtant toujours abordable. C'est une lecture incontournable.

Couverture : Nico Delort / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Vert, L'ours inculte, Le nocher des livres, Cédric, Elessar, Kahlan, Zoéprendlaplume, ...

mardi 11 novembre 2025

Suzanne Palmer - La Vie secrète des robots

La Vie secrète des robots, Suzanne Palmer, 2011-2022, 380 pages

La Vie secrète des robots est un recueil de 13 nouvelles de Suzanne Palmer qui a la particularité de ne pas répondre à l'adage habituel des recueils et anthologies : "il y a du bon et du moins bon". Non, ici, la qualité est constante, et ce à un niveau plus que satisfaisant. Il n'y a peut-être guère que Pierres dans l’eau, cottage sur la montagne qui m'a moins parlé, tout en comprenant et respectant la proposition. Les douze autres nouvelles furent un vrai plaisir à lire.

Pourtant, Suzanne Palmer ne fait pas dans la facilité et la répétition, que ça soit sur la forme ou le fond. Il y a bien une thématique générale de réussir à trouver sa place dans le monde, une place épanouissante dans un univers en décrépitude, mais la manière de l'aborder est toujours différente. Avec par contre une même constance pour brosser un nouveau cadre rapidement compréhensible et créer des personnages vivants et définis, le tout en quelques paragraphes à peine.

S'il n'y a pas de fausse note, le recueil manque peut-être de grands coups d'éclats, dans le sens où je ne sais pas si certains textes parviendront à me marquer durablement. Les deux sympathiques nouvelles mettant en scène Bot-9, qui ouvrent et referment l'ouvrage, sont surement celles qui en ont le plus fort potentiel de par la personnalité de leur héros. Mais cela ne doit même pas être un bémol. Parce que le plaisir immédiat de lecture est lui totalement présent, et c'est bien là l'essentiel.

Couverture : Dofresh / Traduction : Pierre-Paul Durastanti
D'autres avis : Vert, Lhisbei, Yuyine, Le Maki, Gromovar, FeydRautha, Apophis, ...

vendredi 12 septembre 2025

James S.A. Corey - L'Éveil du Léviathan

James S.A. Corey, L'Éveil du Léviathan, Tome 1/9 de The Expanse, 2011, 694 pages

Sur Cérès, l'inspecteur Miller enquête sur la disparition d'une jeune femme, Julie Mao, dont les dernières traces seraient liées à un vaisseau, le Scopuli. C'est pour ce même Scopuli que va se dérouter le Canterbury, un vaisseau transportant de la glace entre Saturne et la Ceinture, en réponse à sa balise de détresse. Un détour qui va changer son destin, et particulièrement celui de son second, Jim Holden, en le plaçant au centre d'une potentielle guerre galactique entre les trois grandes puissances que sont la Terre, Mars et l'Alliance des Planètes Extérieures.

L'Éveil du Léviathan est le premier tome de la massive et renommée série The Expanse. Un succès qui se comprend facilement au vu de la qualité et de l'efficacité de ce volume. C'est du space opera à l'état pur, avec un sens de l'émerveillement et de la grandeur grâce à une intrigue qui se balade dans l'espace et fait intervenir toute la galaxie, voire plus. Mais si le cadre et ses implications sont gigantesques, le récit en lui-même est narré à hauteur humaine, alternant entre les points de vue d'Holden et de Miller - dont les routes vont inévitablement finir par se croiser -, ce qui rend la lecture facilement abordable.

L'Éveil du Léviathan est une grande aventure spatiale. Ça ne révolutionne pas forcément le genre mais c'est hyper efficace et très bien réalisé. Les quelques personnages ont du caractère - et sont forts sympathiques pour l'équipage d'Holden -, les rebondissements sont réguliers mais sans donner l'impression d'être forcés et plus globalement les développements ne sont pas cousus de fil blanc. Ce qui fait que les près de 700 pages coulent toutes seules et se lisent avec grand plaisir, voire avec avidité, tout du long, sans jamais perdre en intérêt ce qui est déjà un bel exploit. Si j'avais un peu peur de me lancer dans cette volumineuse saga, mon état d'esprit a bien changé : je me réjouis d'avoir encore 8 pavés à arpenter !

Couverture : Daniel Dociu / Traduction : Thierry Arson
D'autres avis : Monsieur Lhisbei, Lorhkan, Gromovar, Célinedanaë, Elessar, Anudar, Apophis, Herbefol, Lune, Anne-Laure, ...


Quatrième escale pour le Summer Star Wars Andor S2

dimanche 31 août 2025

Colson Whitehead - La Règle du crime

Colson Whitehead, La Règle du crime, Tome 2/3 de Ray Carney, 2023, 449 pages

Quelques années ont passé depuis les évènements de Harlem Shuffle. Ray Carney s'est rangé et s'occupe de son magasin de meubles. Mais la nécessité de trouver des places pour un concert des Jackson Five va le remettre dans le tordu chemin.

Après les années 60 d'Harlem Shuffle, place aux années 70 dans La Règle du crime. Et toujours le même principe : trois nouvelles mettant en scène Ray Carney et ses mauvaises fréquentations, dans un Harlem où il ne fait pas particulièrement bon vivre, sur fond d'incendies et de Black Liberation Army. Les intrigues sont assez minimalistes et comptent de nombreux détours par les souvenirs des différents personnages, rendant encore plus évident le but premier de l'auteur : parler de Harlem et des Harlémites.

La Règle du crime n'est pas l'oeuvre la plus transcendante de Colson Whitehead et elle n'a pas la puissance d'autres de ses romans. Mais c'est un bon panorama d'un quartier et de ses évolutions ainsi qu'un sympathique petit 'roman noir'. Une lecture agréable qui vaut pour son ambiance et pour sa galerie de personnages, avec un duo à sa tête qu'on prend autant de plaisir à suivre l'un que l'autre : Ray Carney et Harlem.

Couverture : Olivier Munday / Traduction : Charles Recoursé
D'autres avis : Le Maki, ...

dimanche 17 août 2025

Adam-Troy Castro - La Guerre des marionnettes

Adam-Troy Castro, La Guerre des marionnettes, Tome 3/3 d'Andrea Cort, 2010-2019, 536 pages

Après Émissaires des morts et La Troisième Griffe de Dieu, La Guerre des marionnettes est le troisième roman mettant en scène Andrea Cort, la Procureure extraordinaire qui fait à peu près tout sauf aller dans les tribunaux. Elle y continue sa quête contre de vieux ennemis en se rendant sur Vlhan, une planète où les habitants pratiquent un ballet mortel.

Avant de rentrer dans le roman en lui-même, l'ouvrage démarre par Les Lames qui sculptent les marionnettes, une longue nouvelle qui n'a rien d'extraordinaire en elle-même mais qui est absolument parfaite pour faire le lien entre les tomes 2 et 3 et pour se remettre dans l'univers. Ça permet d'attaquer le roman sans nécessiter de temps d'adaptation et d'en profiter dès les premières pages.

La Guerre des marionnettes est un bon roman, qui tient plus de l'aventure que de l'enquête. C'est peut-être en partie ce qui en fait le moins bon des trois pour moi puisqu'il sort moins de l'ordinaire. Ça vaut aussi pour le caractère de son héroïne : son évolution est logique et certainement nécessaire, mais ça la rend aussi un peu plus 'normale' et moins sensationnelle - même si elle conserve toujours une grande force de caractère.

Mon autre bémol, c'est ce sentiment de "tout ça pour ça" une fois la dernière page tournée, l'impression que la grande histoire derrière tout ça n'a absolument pas avancé. C'est encore pire pour la 'petite' histoire puisque l'ouvrage se conclut par La Cachette, une nouvelle qui vient - malgré une réflexion intéressante - remettre en question les rares avancées effectuées dans le roman.

Je me concentre sur les points négatifs parce qu'ils sont ce qui change le plus par rapport aux tomes précédents mais cela ne doit pas occulter l'essentiel : j'ai pris plaisir à lire La Guerre des marionnettes. C'est une bonne aventure et l'univers imaginé par Adam-Troy Castro reste fascinant. Je ne trouve pas que ça soit un bon tome conclusif mais ça reste un bon roman en lui-même.

Couverture : Olivier Munday / Traduction : Charles Recoursé
D'autres avis : Vert, Yuyine, Le Maki, Gromovar, FeyGirl, Le chien critique, FeydRautha, Célinedanaë, Le nocher des livres, Brize, Herbefol, Apophis, ...


Troisième escale pour le Summer Star Wars Andor S2

jeudi 12 juin 2025

Paolo Bacigalupi - Machine de guerre

Machine de guerre, Paolo Bacigalupi, Tome 3/3 des Cités englouties, 2017, 312 pages

Après Ferrailleurs des mers et Les Cités englouties, Paolo Bacigalupi revient une dernière fois dans l'univers post-apocalypse climatique des Cités englouties. Mais alors que le deuxième tome pouvait être considéré comme indépendant du premier (et possédait une fin en soi), ce troisième volume en est une suite quasi-directe, avec un focus encore plus important sur le personnage de Tool, le mémorable mi-homme mi-bête à la puissance dévastatrice et au passé compliqué.

Machine de guerre n'est pas le meilleur des trois récits proposés par Paolo Bacigalupi. Il est un chouïa moins bon parce que son déroulé est un peu trop évident et qu'il est un tout petit peu répétitif. C'est peut-être juste le contrecoup d'être la suite du tome précédent : il lui manque l'effet de surprise et de découverte. Cela dit, la différence est assez minime et, sans rien révolutionner, cela reste une lecture agréable et efficace qui offre une bonne conclusion tant au personnage de Tool, fil conducteur de la trilogie, qu'à la série dans son ensemble - tome 1 compris, oui. Agréable et efficace, ça aura été le mot d'ordre de ces Cités englouties.

Couverture : Olivier Fontvieille / Traduction : Sara Doke
D'autres avis : Xapur, ...

samedi 31 mai 2025

A.E. Van Vogt - Le Cycle de Linn

Le Cycle de Linn, A.E. Van Vogt, 1956-1962, 394 pages

Sur une Terre future, quelques millénaires après une apocalypse nucléaire, les vestiges de cette catastrophe sont devenus à la fois une sorte de religion, un moteur technologique pour l'expansion galactique et un danger toujours vif. C'est à cause de ces radiations que Clane Linn, fils de l'Empereur régnant sur la Terre, est né difforme. Mais alors que les mutants sont d'ordinaire rejetés voire tués, Clane va être protégé et va se révéler d'une intelligence hors norme.

Cette intégrale du Cycle de Linn se compose de deux courts romans dont l'enchaînement est plus que bienvenu car c'est ensemble qu'ils forment un véritable récit. Ou en tout cas quelque chose s'en rapprochant plus que la longue introduction/présentation que semble être le premier tome, L'Empire de l'atome, une fois sa dernière page tournée. Il permet tout de même de découvrir ce monde mi-futuriste mi-ancien et surtout le personnage atypique de Clane Linn, handicapé physique en proie à des difficultés dans les relations sociales et à l'esprit à part. Même si malheureusement les deux premiers éléments vont peu à peu s'atténuer au fil des pages, laissant Clane dans un schéma de "génie différent de la norme" bien plus commun.

Une autre facette du récit est elle aussi atypique : son ambiance. L'atmosphère dégagée est assez étrange, avec peu d'émotions, un peu comme si tout était capitonné. Les enjeux qui finissent par se dévoiler, surtout dans le deuxième tome, Le Sorcier de Linn, sont assez démentiels et pourtant tout se déroule de manière assez clinique, très calmement, sans rendre pleinement compte du caractère extraordinaire des évènements. Ça manque de chaleur et d'un sentiment d'urgence.

Le Cycle de Linn est donc un ouvrage globalement atypique. Mais, une fois n'est pas coutume, ce n'est pas forcément avec une finalité très positive. Ce n'est pas un mauvais récit mais il n'est pas non plus particulièrement bon. Un peu à l'image de son ambiance, et malgré son potentiel, c'est un ouvrage assez neutre.

Couverture : Atelier Octobre Rouge / Traduction : Pierre Billon
D'autres avis : Anne-Laure, ...

mardi 13 mai 2025

Paolo Bacigalupi - Les Cités Englouties

Les Cités englouties, Paolo Bacigalupi, Tome 2/3 des Cités englouties, 2012, 342 pages

Mahlia et Mouse sont deux jeunes orphelins qui survivent à Banyan Town, à proximité des Cités englouties. Mais dans un monde où les seigneurs de guerre se battent pour le contrôle du territoire à coup d'enfants-soldats, l'avenir ne peut être que sombre. Encore plus quand on est une bâtarde avec un moignon à la place de la main droite. La rencontre avec Tool, un mi-bête à la puissance dévastatrice, pourrait-elle changer leur destin ?

Les Cités englouties n'est pas réellement la suite de Ferrailleurs des mers. Il se situe dans le même univers post-apocalyptique où les eaux sont montés, modifiant totalement le sens du monde et les avancées technologiques. Et il partage le personnage de Tool, hybride génétiquement modifié, moitié-humain moitié-animal. Pour le reste, et même pour cela, c'est totalement indépendant. La preuve : je l'ai totalement apprécié sans me souvenir du 'premier'.

Les Cités englouties partage une dernière chose avec Ferrailleurs des mers : toutes ses qualités. C'est une bonne histoire, efficace et bien rythmée - sans temps mort mais sans jamais non plus donner l'impression d'aller trop vite -, prenante de la première à la dernière ligne. Le récit est loin d'être gentillet, il baigne dans la guerre et les situations dramatiques, mais est pourtant toujours agréable à lire. C'est de la vraie bonne littérature d'action-aventure, simple mais pas simpliste, efficace dans son déroulé, attachant par ses personnages, intelligent dans son propos en arrière-plan sur la guerre et les décisions impossibles qui font la survie. et le tout accessible au plus grand nombre. Une très bonne lecture.

Couverture : Olivier Fontvieille / Traduction : Sara Doke
D'autres avis : Xapur, ...

mercredi 7 mai 2025

Jocelyn Nicole Johnson - Mon nom dans le noir

Mon nom dans le noir, Jocelyn Nicole Johnson, 2021, 211 pages

Le chaos règne à Charlottesville. Les avions ne volent plus, l'électricité est coupée, les services sociaux sont à l'arrêt. Des groupes de suprémacistes blancs prennent les armes pour faire régner leur loi. C'est dans ce contexte qu'un groupe d'habitants de First Street, mené par Da’Naisha, va parvenir à fuir à bord d'un bus. Et trouver refuge dans les collines, dans un lieu abandonné : Monticello, l'ancienne plantation de Thomas Jefferson.

Mon nom dans le noir n'est pas un post-apo, c'est une apocalypse tout court. Pas une apocalypse avec bombe nucléaire ou épidémie de zombies mais une apocalypse à petite échelle, totalement réaliste et crédible au vu des évènements passées et présents. Mais ce qui est surement le plus apocalyptique dans tout ça, c'est son côté inéluctable et désespérant.

Mon nom dans le noir n'est pas un livre joyeux. C'est un livre de survie qui fait peur et qui fait mal, mais qui ne tombe pourtant pas dans l'angoisse pure, qui parvient à rester une lecture 'agréable', toute proportion gardée. Si le cadre est apocalyptique, le ressenti est à un degré moindre. En partie grâce à ce qui se dégage de positif et de solidaire de ce groupe hétéroclite de personnages. Aussi parce que le récit est ramassé sur quelques jours et ne se prolonge pas sur des centaines et des centaines de pages. Il n'y a pas besoin de plus. Mon nom dans le noir est un condensé, pas si exacerbé que ça, des préoccupations et du climat racial actuel.

Couverture : Kishan Rajani / Traduction : Sika Fakambi
D'autres avis : Le nocher des livres, ...

lundi 7 avril 2025

Margaret Killjoy - L'Agneau égorgera le lion

L'Agneau égorgera le lion, Margaret Killjoy, Tome 1/? de Danielle Cain, 2017, 132 pages

Danielle Cain débarque à Freedom, une ancienne ville délabrée où vit désormais une communauté anarchiste. Elle est à la recherche de réponses sur ce qui a pu pousser son ami Clay, ancien citoyen de Freedom, à se suicider. Sa quête commencera par la découverte d'Uliksi, un cerf rouge à trois bois qui rend la justice et est suivi par un cortège d'animaux morts-vivants.

La première qualité de L'Agneau égorgera le lion, c'est de parvenir à rendre ce pitch parfaitement normal et logique dès les premières pages. Ça fait bien lever un sourcil à la première mention d'Uliksi - voire un deuxième à la vue de la vitesse d'intégration de l'héroïne, même si cela peut se justifier - mais il se rebaisse très rapidement tant cela laisse immédiatement place à une très bonne histoire fantastique, simple et efficace, à l'intrigue resserrée mais qui n'a aucun goût de 'pas assez'.

Mais ce qui fait passer la novella dans une autre dimension et lui donne tout son intérêt, c'est que cette part fantastique n'est pas juste là pour faire jolie, elle sert un propos. Avec tact et par petites touches, L'Agneau égorgera le lion questionne les fondements de la liberté, du pouvoir et de la justice. Elle traite d'anarchisme en somme, sans tomber dans le dithyrambique ou le prosélytisme. C'est donc tout autant une bonne base de réflexion qu'une plaisante histoire à lire, ce qui est globalement la définition d'une excellente novella.

Couverture : Anouck Faure / Traduction : Mathieu Prioux
D'autres avis : Vert, Yuyine, Le nocher des livres, Boudicca, Célinedanaë, ...

mercredi 26 mars 2025

Catriona Ward - Mirror Bay

Mirror Bay, Catriona Ward, 2023, 395 pages

Etats-Unis, 1989. Wilder Harlow et ses parents partent en vacances au bord de la mer. Adolescent solitaire, harcelé et mal dans sa peau, il s'y fait rapidement deux amis, Harper et Nat. Tout semble idyllique, si ce n'est la disparition d'une femme et la légende du Rôdeur, qui photographie les enfants dans leurs chambres.

Mirror Bay est un roman difficile à présenter et à résumer. Contrairement à ce que le pitch ci-dessus peut laisser penser, ce n'est ni réellement une histoire d'éveil adolescent ni un thriller avec un trio de jeunes enquêteurs. Ça l'est dans une certaine mesure mais ce n'est pas là le plus important. Car Mirror Bay est surtout un roman surprenant, où les cartes sont plusieurs fois rebattues et viennent remettre en question ce que le lecteurice est en train de lire. Disons que plus qu'un livre sur des adolescents, c'est un livre sur les livres.

Le meilleur résumé que je peux faire de Mirror Bay, c'est de dire qu'il est conçu comme des poupées russes. C'est un jeu d'entremêlement qui est objectivement bien réalisé et maitrisé, notamment parce qu'il pousse le concept jusqu'au bout et offre un vrai bon nombre de tiroirs. Mon problème, c'est que si la forme est au top, je n'ai pas trouvé le fond à la hauteur. Il y a quelques bonnes réflexions sur le travail d'un écrivain et sur la vérité, mais je l'ai trouvé assez répétitif dans son discours - contrecoup de son format - et il ne m'a pas procuré de grand enthousiasme. Ce qui ne l'empêche pas d'être un ouvrage agréable à lire et tout à fait respectable, sans toutefois dépasser pour moi le stade du 'ok'.

Couverture : Rémi Pépin - Mathieu Rivrin - Moment - Getty Images / Traduction : Pierre Szczeciner
D'autres avis : Le Maki, Gromovar, ...

mardi 11 mars 2025

Ursula K. Le Guin - Le Langage de la nuit

Le Langage de la nuit, Ursula K. Le Guin, 1973-1979, 312 pages

Le Langage de la nuit est un recueil de 24 courts textes d'Ursula K. Le Guin composé d'essais, de préfaces et de discours. La thématique principale est surement la place et le rôle de la littérature d'imaginaire mais l'autrice y évoque aussi la manière d'en écrire, la place des femmes et la psychologie jungienne.

Les textes évoquant directement les oeuvres d'Ursula K. Le Guin sont surement ceux qui m'ont le plus parlé mais tous sont intéressants. Pour leurs idées en elles-mêmes mais encore plus pour voir à l'oeuvre la pensée de l'autrice, qui parvient à être à la fois ouverte et compréhensive tout en ayant des idées très affirmées. Ce qui fait presque regretter que le recueil se concentre sur une courte période de temps : ça permet une belle unité du recueil mais empêche de voir une potentielle évolution de ces idées.

S'il est certainement à réserver aux personnes déjà conquises par l'autrice ou à celles qui s'intéressent à l'analyse littéraire, Le Langage de la nuit est un bon recueil dont les propos sont, dans leur écrasante majorité, toujours d'actualité. Une nouvelle preuve de la brillance de l'autrice.

Couverture : Elena Vieillard / Traduction : Francis Guévremont
D'autres avis : Vert, Alys, ...

jeudi 27 février 2025

Terri Windling - L'Épouse de bois

L'Épouse de bois, Terri Windling, 1996, 309 pages

À la mort de Davis Cooper, un poète avec qui elle correspondait régulièrement, Maggie Black hérite de sa maison située au milieu du désert de Sonora, en Arizona. L'occasion pour elle d'enfin écrire la biographie de son ami, et de chercher à comprendre comment il a pu être retrouvé mort noyé dans le lit d'une rivière asséchée.

Je ne suis pas à l'aise avec les classifications de genre mais je pense pouvoir dire que L'Épouse de bois appartient à la mythopoétique et au réalisme magique tant il correspond bien aux termes en eux-mêmes. Il y a une création de mythes, il y a de la poésie, il y a du réalisme et il y a de la féérie. Ces quatre éléments étant tout aussi importants les uns que les autres, s'amalgamant pour former quelque chose de plus grand et de plus beau : L'Épouse de bois.

Tout commence par la découverte d'un cadre moderne et crédible, les abords désertiques de Tucson, un cadre naturel qui n'est pas pour autant déconnecté de la vie citadine. Un cadre où vivent des personnages eux-aussi crédibles, pas forcément ordinaires mais réalistes. J'insiste un peu trop sur ce début de roman mais je crois que c'est un élément important de sa réussite, au moins sur moi qui ne suis pas un grand amateur de littérature merveilleuse : avant même l'apparition de l'imaginaire, c'est une première découverte via les yeux de l'héroïne - aux réactions tellement appréciables - qui permet de rentrer facilement dans le roman et de s'y attacher. Et qui donne encore plus de sens et de compréhension à l'apparition du fantastique, nous mettant dans le même état d'acceptation que Maggie.

L'Épouse de bois a été une excellente surprise. C'est un livre à l'ambiance tout à fait unique, avec sa propre mythologie inspirée des oeuvres de Brian Froud - illustrateur de la couverture et cité dans le récit lui-même, pour un côté méta qui va très bien avec les frontières floues de ce réalisme magique. C'est un récit sans grande péripétie qui va à l'essentiel tout en construisant un univers marquant et vrai, qui fait la part belle à la poésie et à l'imaginaire tout en restant toujours logique et palpable. C'est un tour de force et un excellent roman.

Couverture : Brian Froud / Traduction : Stéphan Lambadaris
D'autres avis : Vert, Valériane, Zoéprendlaplume, ...