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vendredi 24 avril 2026

Éclats dormants / Éclats miroitants - Alix E. Harrow

Éclats dormants / Éclats miroitants, Alix E. Harrow, 2021/2022, 374 pages

Atteinte d'une maladie incurable, Zinnia sait depuis toujours qu'elle mourra jeune. Lors d'une dernière fête d'anniversaire organisée par sa meilleure amie sur le thème de La Belle au bois dormant, elle se retrouve projetée dans un autre monde. Où elle rencontre Primerose, une princesse dont l'histoire semble justement sortir tout droit de son conte de fées préféré.

Quand on pense conte de fées, on peut aussi bien imaginer les sombres histoires des Grimm ou Andersen que leurs plus joyeuses versions par Disney. Quand on pense réécriture de conte de fées, on peut aussi bien imaginer une manière de mettre en scène différemment des schémas classiques que l'occasion d'en moderniser les participants et les enjeux. Alix E. Harrow ne choisit pas. Elle fait tout cela à la fois.

Éclats dormants et Éclats miroitants sont deux novellas jouant avec les contes de fées, respectivement La Belle au bois dormant et Blanche-Neige. "Jouant" n'est pas un terme anodin : il y a une passion communicative qui se dégage de ces pages, provenant tout autant d'Alix E. Harrow que de Zinnia, son héroïne moderne qui a parfaitement conscience des codes du conte et qui connait sa classification ATU par coeur.

Éclats dormants / Éclats miroitants sont deux textes très malins, qui sont aussi bons en tant que réflexion méta sur les réécritures de contes que pour l'histoire de Zinnia elle-même. Deux textes qui suivent un principe proche mais sans être nullement répétitif. Au contraire, ils se complètent très bien et forment un tout cohérent et très agréable à lire, frais et moderne. Et ce qu'on soit adepte ou non des contes de fées.

Couverture : Pauline Ortlieb / Traduction : Thibaud Eliroff
D'autres avis : Vert, ...

dimanche 12 avril 2026

Claire North - Pénélope, reine d'Ithaque

Pénélope, reine d'Ithaque, Claire North, Tome 1/3 de Le Chant des déesses, 2022, 477 pages

Après la guerre de Troie, Ulysse mit des années à rentrer chez lui à Ithaque, une épopée bien connue, contée dans L'Odyssée d'Homère. Ce qui est moins connu, c'est ce qui se passa à Ithaque pendant ce temps-là, au-delà de Pénélope détissant la nuit l'ouvrage qu'elle tissait le jour.

C'est cette zone d'ombre que Claire North éclaire ici, donnant une voix à celles - Pénélope mais aussi bien d'autres, divinités incluses - que les poètes n'évoquaient guère autrement que comme des objets. Une bonne dose de féminisme nécessaire dans une mythologie grecque aux comportements affligeants vus de notre époque.

Même sans grand suspense et avec ses atours de tragédie grecque, Pénélope, reine d'Ithaque est un ouvrage qui propose une vraie tension, preuve de la maitrise d'écriture de Claire North. Une écriture agréable malgré les faits qui ne le sont pas, dynamisée par quelques apostrophes narratives - d'Héra, rien que ça -, une habitude de l'autrice. Un vrai bon livre dont le sujet pourra limiter son nombre de lecteurices mais qui est pourtant de qualité tant pour son côté réécriture féministe que pour son récit en lui-même.

Couverture : Lisa Marie Pompilio d'après © Shutterstock / Traduction : Karine Forestier
D'autres avis : Lullaby, Boudicca, ...

mardi 31 mars 2026

Christelle Dabos - La Tempête des échos

La Tempête des échos, Christelle Dabos, Tome 4/4 de La Passe-Miroir, 2019, 566 pages

De la même manière que Les Disparus du Clairdelune était dans la continuité immédiate de Les Fiancés de l'hiver, La Tempête des échos prend directement la suite de La Mémoire de Babel. Même lieu, mêmes personnages et même problématique dont les conséquences se font de plus en plus dangereuses et potentiellement désastreuses.

Comment conclure une saga de manière satisfaisante et sur une note haute quand il est sous-entendu depuis le début que les enjeux sont gigantesques ? En y allant à fond et en passant un vrai cap. La Tempête des échos n'est pas le tome le plus abordable ou le plus palpable de la série. Il s'éloigne d'un certain classicisme et des sentiers battus que pouvaient suivre les volumes précédents. Tout n'y est pas parfait, surtout lors de certains passages qui m'ont évoqué À la croisée des mondes de Philip Pullman (et pas ses meilleurs aspects) ou quand cela tourne un peu trop à la démesure.

Mais Christelle Dabos y a le mérite de prendre des risques et d'aller au bout de ses idées. Ce que j'ai trouvé vraiment appréciable, redynamisant la saga, permettant une relation plus saine entre Ophélie et Thorn et, surtout, offrant une conclusion vraiment bonne et sensée. Au point que s'il est difficile de comparer avec la fraicheur et l'émerveillement du tome 1, ce tome 4 est proche d'être le meilleur livre de la série.

Couverture : Laurent Gapaillard
D'autres avis : Vert, Yuyine, Alys, Acr0, Boudicca, Sometimes a book, ...

samedi 7 mars 2026

Karim Berrouka - Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy, Karim Berrouka, 2021, 311 pages

Tout commence par une prise d'otages à la bibliothèque Léo Henry par un lutin bariolé d'un mètre quatre-vingts. Ses revendications ? Que l'humanité arrête de niquer la fantasy. Et ce n'est que le début d'une invasion pour y remédier. Face à cette irruption se dressent deux amies trentenaires, trois auteurices d'imaginaire, deux enquêteurs paranormaux, un enfant mi-saint mi-démon et trois punks musiciens.

Sans surprise au vu de l'auteur, du titre et du pitch, Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman assez déjanté. Sans tomber pour autant dans le total loufoque ou le grand n'importe quoi : c'est barré mais ça conserve un vrai sens interne ainsi qu'une bonne notion d'aventure. 

Le Jour où l'humanité a niqué la fantasy est un roman qui réussit une chose rare : tous ses fils narratifs sont aussi prenants les uns que les autres. Ce qui est bien aidé par la plume de Karim Berrouka, familière et tranchante, qui donne un rythme constant à ses courts chapitres. Et qui offre une lecture fun et plaisante.

Couverture : Diego Tripodi
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, Le chien critique, Célinedanaë, ...

samedi 24 janvier 2026

Lucie Baratte - Roman de Ronce et d'Épine

Roman de Ronce et d'Épine, Lucie Baratte, 2024, 205 pages

Deux soeurs jumelles. Ronce la blonde qui s'épanouit à l'intérieur en brodant. Épine la brune qui s'épanouit à l'extérieur en chassant. Filles de baron, elles vivent dans un château isolé, en marge d'une mystérieuse forêt dont le coeur est réputé dangereux et maudit.

Roman de Ronce et d'Épine est un ouvrage étonnant à plus d'un titre. À commencer par l'écriture de Lucie Baratte, à la rythmique particulière, qui nécessite quelques pages pour s'acclimater. Ce qui arrive rapidement et participe de l'ambiance particulière du roman. Une ambiance d'abord feutrée - un quasi-huis clos où seulement une poignée de personnages interagissent - qui va peu à peu s'enfoncer dans le fantastique que le pitch laisse présumer. Un fantastique de conte de fées avec des "princesses" et une forêt enchantée, mais pas la version Disney, la version originelle, celle des contes terribles et sombres.

À ma plus grande surprise et sans que je l'explique totalement, Roman de Ronce et d'Épine m'a emballé dans sa première partie, celle qui est la plus ancrée dans la réalité et qui voit les deux héroïnes grandir et se développer. J'ai malheureusement un peu décroché dans la deuxième partie, celle qui tombe dans le fantastique, parce que l'univers devient très sale et peu agréable à parcourir et parce que la finalité est assez floue, il m'a manqué quelque chose à quoi me raccrocher. Mais il n'en demeure pas moins une très forte ambiance et une écriture marquée qui donne envie de poursuivre la découverte de l'autrice.

Couverture : Tristan Bonnemain
D'autres avis : Alys, ...

lundi 12 janvier 2026

Philippe Battaglia - La Dernière Tentation de Judas

La Dernière Tentation de Judas, Philippe Battaglia, 2025, 527 pages
« - Je vais résumer, juste pour être sûr d'avoir bien compris, reprit Lazare quand Judas eut terminé. Vous me demandez de vous escorter dans une mission autour du monde afin de récupérer des pièces maudites, ceci dans le but de faire la nique au Tout-Puissant. Cette idée vous a été insufflée par un texte provenant du Malin, vous avez le pape et toutes les forces du Vatican au cul, y compris une bande d'apôtres complètement ravagés, et vous êtes protégés, malgré vous, par une confrérie de ninjas en adoration devant le premier meurtrier de l'histoire chrétienne. J'ai juste ?
- Oui, admit Judas à contrecoeur. C'est sûr que, dit comme ça...
»
C'est sûr que, dit comme ça, cela résume bien à la fois l'intrigue et le ton du roman. Si ça vous parait un peu loufoque, c'est normal. La Dernière Tentation de Judas revisite, à une époque moderne mais dans la continuité de leur passé, les grandes figures bibliques de manière totalement blasphématoire - voyez le pitch de départ : tout part d'un Judas immortel qui trouve une piste pour enfin mourir et retrouver son amant Jésus au Paradis.

Mais La Dernière Tentation de Judas n'est pas juste un entassement de bizarreries. Philippe Battaglia fait preuve d'une bonne cohérence interne et propose quelque chose qui a étonnamment du sens et une (relative) crédibilité pour proposer un autre regard sur quelques évènements millénaires. Le tout avec évidemment l'objectif de questionner les fondements de la religion catholique, ainsi que ses interprétations et ses valeurs.

Si La Dernière Tentation de Judas est réussi dans son concept et ses idées, c'est moins le cas du récit en lui-même. L'intrigue a des allures de blockbuster aux nombreuses scènes d'action qui ont peiné à m'emballer. Si l'enjeu de l'histoire est gigantesque, voire apocalyptique, il ne suscite pas de grande tension et devient même lassant sur la durée. Cela m'a fortement rappelé - pour le meilleur et pour le pire - les premiers tomes du Disque-Monde de Terry Pratchett : d'excellentes idées et un amusant grain de folie mais un déroulé assez lambda et peu entraînant. En souhaitant à Philippe Battaglia de se bonifier aussi bien que son homologue britannique.

Couverture : Leraf
D'autres avis : Zoéprendlaplume, ...

mercredi 31 décembre 2025

R.F Kuang - Babel

Babel, R.F. Kuang, 2022, 764 pages

Canton, 1828. Un jeune chinois est sauvé et recueilli par un professeur d'Oxford. Rebaptisé Robin Swift, il le prend sous son aile et lui fait intégrer Babel, le prestigieux institut de traduction. Qui n'est pas qu'un simple lieu d'études des langues mais aussi la source du pouvoir de l'Angleterre grâce à l'argentogravure, une magie combinant argent et histoire des mots.

Si ce pitch est factuel et met en avant deux aspects primordiaux du roman (le milieu scolaire et l'importance des mots), il omet son troisième pilier : le racisme et plus généralement le traitement réservé à celleux qui sont considérés comme inférieurs. Robin et ses camarades de cohorte, racisés et/ou de genre féminin, ne sont pas admis à Babel en tant qu'égaux mais seulement car ils sont nécessaires, comme des outils. R.F. Kuang s'attache à montrer la difficulté de cette prise de conscience, le systémisme de ce racisme et les moyens de lutter contre, avec la fameuse opposition entre réforme et révolution. L'autrice va bien au-delà d'un simple "le racisme c'est mal". Elle questionne ses raisons et les arguments opposés, fait évoluer son jeune héros en même temps que ses réflexions et parvient à être tout à la fois indéniable et nuancée.

Babel est un ouvrage engagé et politique. Mais il n'oublie pas d'être avant tout un bon roman. Son propos s’intègre parfaitement à son cadre et à son histoire, ne prenant pas le pas dessus et laissant largement la place pour vibrer aux côtés de Robin Swift. Et il y a de quoi vibrer, de quoi s'enthousiasmer et s'émouvoir. De la même manière que le fond du propos n'a rien d'inédit mais est habilement présenté et mené, l'histoire d'un jeune héros entrant dans une grande école et devant faire ses preuves n'a là aussi rien d'inédit. Pourtant ça fonctionne parfaitement et ça ne sonne jamais comme du déjà-lu, car là aussi c'est habilement présenté et mené.

C'est le cas aussi de l'autre grand thème du roman : la traduction et le sens des mots. Je ne suis généralement pas un grand amateur des explications de worldbuilding, qu'elles soient de fantasy ou de science-fiction, et des détails sur le fonctionnement des éléments imaginaires. J'ai pourtant été fasciné par cette magie qui nécessite d'associer deux mots de langues différentes ayant un socle commun. L'idée est ingénieuse et elle permet en plus à l'autrice de nous offrir plein d'informations sur le fonctionnement et le métissage de nos langues. Là encore, ce n'est rien qui n'est trouvable ailleurs, mais c'est habilement présenté et mené.

La plus grande force de Babel au final, c'est son harmonie. R.F. Kuang combine ses trois grands axes dans un tout où aucun n'est plus important que les autres, où ils fusionnent pour créer quelque chose de meilleur. Pour parvenir à quelque chose qui s'approche du chef-d'oeuvre. Babel est un ouvrage conséquent, plus de 700 pages, et pourtant aucune d'elle n'est inutile. C'est un plaisir du début à la fin, qui se termine avec un sentiment de complétude. C'est une oeuvre puissante qui touche autant le coeur que le cerveau. C'est un roman très riche et pourtant toujours abordable. C'est une lecture incontournable.

Couverture : Nico Delort / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Vert, L'ours inculte, Le nocher des livres, Cédric, Elessar, Kahlan, Zoéprendlaplume, ...

vendredi 12 décembre 2025

Christelle Dabos - La Mémoire de Babel

La Mémoire de Babel, Christelle Dabos, Tome 3/4 de La Passe-Miroir, 2017, 483 pages

La Mémoire de Babel fait suite à Les Fiancés de l'hiver et Les Disparus du Clairdelune. Mais là où les deux premiers volumes pouvaient presque être considérés comme un unique tome coupé en deux tant ils se déroulaient dans une continuité directe, La Mémoire de Babel apparait plus unique. Plusieurs mois se sont écoulés depuis la fin du tome 2 et Ophélie va être confrontée à un nouveau lieu et à de nouveaux personnages.

Bien que les deux premiers tomes furent très bons, le changement fait du bien pour renouveler l'intérêt et apporter un peu de fraîcheur. Même si c'est pour mettre en scène le trope de l'école et de l'apprentissage. Un choix étonnant pour un tome 3 mais qui fonctionne plutôt bien. Il est d'ailleurs à l'image de l'ensemble de l'ouvrage : il n'est pas à l'abri de quelques banalités et facilités mais possède aussi de bonnes idées, surtout dans sa dernière partie.

S'il est facilement possible de passer outre les facilités, un autre élément devient de plus en plus pénible : la romance. Je ne suis déjà pas un grand fan du genre quand c'est un élément principal de l'histoire mais c'est encore pire quand cette "romance" a tout de la relation toxique. Je n'ai rien contre les deux personnages en eux-mêmes mais je trouve que leur évolution aurait pu être plus agréable pour tout le monde (et sans affaiblir leurs caractères pour autant). C'est le seul vrai bémol de ce troisième tome, qui à part ça reste une bonne aventure.

Couverture : Laurent Gapaillard
D'autres avis : Vert, Yuyine, Alys, Acr0, Boudicca, ...

dimanche 30 novembre 2025

Guillaume Chamanadjian - Une Valse pour les grotesques

Une Valse pour les grotesques, Guillaume Chamanadjian, 2024, 440 pages

À Schattengau - une cité-état sise dans les Alpes et dotée d'une université réputée - Johann est étudiant en obstétrique, discipline où il met à profit ses compétences en céroplastie. Une vie tranquille jusqu'au jour où il se retrouve littéralement embarqué par Sofia, une intrépide mercenaire, dans une aventure qui les mènera sur les traces des secrets les plus importants de Schattengau.

Ce pitch est assez vague et lambda pour deux raisons - trois si on considère que je suis nul en résumé. La première est que l'intrigue en elle-même n'a effectivement rien de particulièrement exceptionnel et est somme toute assez classique. La deuxième est que le principal intérêt du roman, c'est la découverte de son univers absolument fascinant. Une ville perdue dans les montagnes, aux étranges statues à chaque coin de rue, qui accorde autant d'importance aux sciences qu'à l'art et qui semble exister dans un XIXème siècle pas tout à fait palpable.

Je n'en dirais pas plus tant l'exploration et la compréhension de cette cité furent des pages et des pages d'émerveillement, de stupeur et de réjouissance. La première moitié du roman fut donc un enchantement. La deuxième, qui se concentre nécessairement plus sur l'intrigue en elle-même, m'a un peu moins emballé. Pas de quoi me faire déchanter pour autant. Parce qu'il reste toujours, pour passer un agréable moment, de sympathiques personnages ainsi que l'écriture ciselée et sensorielle de Guillaume Chamanadjian.

Une Valse pour les grotesques est une lecture enthousiasmante qui confirme Guillaume Chamanadjian au rang des auteurs remarquables. Un ouvrage plein de bonnes idées qui prouve qu'il est encore et toujours possible d'invoquer la fiction et l'imaginaire pour créer quelque chose de nouveau. Peu importe votre niveau sur la piste, il serait dommage de ne pas entrer dans la danse.

Couverture : Elena Vieillard
D'autres avis : Lhisbei, Gromovar, Le nocher des livres, Sometimes a book, Boudicca, Célinedanaë, ...

lundi 17 novembre 2025

Auriane Velten - Cimqa

Auriane Velten, Cimqa, 2023, 295 pages

Là-bas (ici) a lieu une "épidémie" mondiale de déséquilibre et de perte de repères, prélude à un changement majeur dans la vie de tous et toutes, mais particulièrement dans celle de la jeune Sarah. Ici (là-bas), Sara est technicienne dans l'industrie de la cimqa, un théâtre/cinéma 2.0 où elle est spécialisée dans la création et l'invocation de décors grandioses.

Ces deux fils narratifs ont un point commun : la capacité à utiliser son imagination pour faire apparaitre des choses. Littéralement. Les deux femmes vivent dans un monde qui semble correspondre à un futur proche du nôtre, un chouïa plus avancé technologiquement mais avec les mêmes problèmes sociétaux, à la différence près qu'une cinquième dimension existe. Rien que ça. Et pourtant ça s'intègre parfaitement au cadre, donnant des airs de science-fiction à un concept qui a tout de la fantasy.

Cimqa parle du pouvoir de l'imagination et de la liberté qui y est associée. Un thème qui n'a rien de très novateur - si ce n'est peut-être pour son focus sur l'industrie culturelle et son formatage - mais qui parvient à prendre une forme inédite, pour ne pas dire imaginative. Et qui est surtout très bien mené, plein de bonnes intentions et d'une volonté d'espoir sans être pour autant naïf face à la réalité du monde.

Cimqa a globalement plus des airs de tranches de vies que d'une grosse intrigue de science-fiction. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir une tension de bout en bout et un intérêt constant. Et ce, chose rare, pour les deux fils narratifs à parts égales. Une vraie bonne lecture, très agréable à lire.

Couverture : Scott Uminga
D'autres avis : Tigger Lilly, Yuyine, Lectures du Panda, Le chien critique, Jean-Yves, Alias, ...

vendredi 24 octobre 2025

David Bry - La Princesse au visage de nuit

David Bry, La Princesse au visage de nuit, 2020, 355 pages

Hugo est de retour dans son village natal pour l'enterrement de ses parents. Cela fait vingt ans qu'il n'y est pas venu. Vingt ans depuis qu'il fut retrouvé seul dans la forêt, sans souvenirs de cette nuit d'orage. Vingt ans depuis la disparition de ses deux amis. Vingt ans depuis que la princesse au visage de nuit a bouleversé sa vie. Vingt ans qui vont revenir le hanter comme si c'était hier.

La Princesse au visage de nuit est un polar fantastique qui reprend tous les codes de l'enquête dans un petit village de campagne, avec ses habitants qui se connaissent tous, ses secrets bien gardés depuis longtemps et ses légendes surnaturelles. Le 'cahier des charges' est totalement respecté et David Bry propose un récit très bien mené, aux personnages cabossés et à l'ambiance grise et pluvieuse, qui se lit tout seul.

Mon seul petit bémol provient de la dimension fantastique du roman. Je ne peux pas lui reprocher d'exister puisque c'est un aspect explicite dès le départ. Et qui fonctionne indéniablement bien, cela apporte une tension et un mystère qui vont très bien avec le reste de l'histoire. Mais je ne peux pas m'empêcher de trouver que ça apporte un peu trop de "facilités" sur la résolution de l'intrigue, que je n'ai pas trouvé très satisfaisante. J'en suis peut-être le seul responsable : au contraire de ce que j'en disais plus haut et pour l'apprécier pleinement, il ne faut pas lire La Princesse au visage de nuit comme un polar fantastique mais bien comme un conte fantastique.

Couverture : François-Xavier Pavion
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, Sometimes a book, Zoéprendlaplume, Célinedanaë, ...

samedi 18 octobre 2025

Chloé Chevalier - Le Sans-Soleil

Chloé Chevalier, Le Sans-Soleil, Tome 2/2 de Loin des îles mauves, 2024, 477 pages

Le Sans-Soleil reprend dans la continuité directe de La Sans-Étoiles. On y retrouve la même petite bande de personnages, naviguant tant entre les îles mauves et l'Empire qu'entre leurs désirs personnels et leurs aspirations à une réussite collective.

Le premier tome avait été une très belle surprise. Ce second volume n'en est pas une, il est encore mieux. Parce que cette fois j'avais des espoirs et des attentes. Et Le Sans-Soleil fut totalement à leur hauteur, si ce n'est encore plus haut. J'ai adoré de la première à la dernière ligne.

De la même manière que l'histoire reprend là où La Sans-Étoiles s'arrêtait, toutes les qualités du premier livre reviennent elles aussi exactement comme précédemment. Avec trois d'entre elles particulièrement saillantes : les personnages si attachants, le mélange parfait entre l'intrigue de premier plan et les réflexions socio-politiques en filigrane, le rythme général du roman. C'est ce dernier qui m'a peut-être le plus (agréablement) surpris ici. Tout le roman est une grande marche en avant, avec très peu d'échecs ou de régressions, sans pourtant jamais donner l'impression d'être facile ou évident, laissant au contraire planer tout du long une ambiance assez dure et violente.

Cela correspond finalement assez bien au résumé plus global que l'on peut faire de ce diptyque : c'est un récit d'équilibre. À la fois sombre et lumineux, à la fois engagé et en retrait, à la fois collectif et individuel, ... Et l'équilibre est parfait sur tous les points, très intelligemment dosé par Chloé Chevalier. « Hé ! Ho ! Adieux mes Gingeolines ! » dit la chanson. Je leur dis adieu oui, mais je leur conserve une belle place dans mon esprit et dans mon coeur.

Couverture : Lucille Clerc
D'autres avis : Xapur, ...

dimanche 12 octobre 2025

Luis Sepúlveda - Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler

Luis Sepúlveda, Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler, 1996, 119 pages

Au large du port d'Hambourg, Kengah, une mouette, se retrouve piégée par une marée noire. À l'agonie, elle parvient tout de même avec ses dernières forces à atteindre la terre ferme. Elle y atterrit sur un balcon où elle rencontre le chat Zorbas, à qui elle confie son dernier oeuf, lui demande d'en prendre soin et de lui apprendre à voler.

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un petit conte très simple dans son déroulé et dans son écriture. Parfaitement adaptée à un jeune public, c'est une nouvelle qui ne casse pas trois pattes à une mouette mais qui est tout à fait plaisante à lire et ce peu importe son âge. C'est une gentille et mignonne histoire avec des personnages charismatiques et un final plein d'émotions. Une sympathique petite friandise.

Couverture : ? / Traduction : Anne-Marie Métailié

jeudi 18 septembre 2025

Stéphane Desienne - La Fille qui sauva Hiroshima

Stéphane Desienne, La Fille qui sauva Hiroshima, 2025, 153 pages

En 1960, Grant, un historien, est chargé par le président des États-Unis d'enquêter sur l'échec du bombardement d'Hiroshima, le 6 août 1945. Un raté tenu top secret et qui serait lié à la présence d'une mystérieuse jeune fille japonaise.

Même sans résumé, le titre de La Fille qui sauva Hiroshima donne toutes les informations nécessaires pour comprendre le pitch de l'histoire. Il s'agit d'une uchronie 'douce', dans le sens où l'Histoire ne s'est pas déroulée comme nous la connaissons mais sans pour autant remettre en cause la marche du monde, le bombardement de Nagasaki ayant bien eu lieu le 9 août 1945. Et tout est lié à une jeune fille, soeur d'un kamikaze, et à un médaillon magique.

Et une fois qu'on a dit ça, on a à peu près tout dit concernant La Fille qui sauva Hiroshima. Ce n'est pas une lecture désagréable, loin de là, mais c'est étonnamment linéaire malgré les deux narrations/trames temporelles. Je l'ai terminée en ne sachant pas trop quel est le but ou le message. Ce qui n'est pas toujours nécessaire mais qui en l'occurrence m'aurait permis de compenser une absence de surprises et d'émotions. Ça se lit bien mais il m'a manqué un petit truc en plus pour que je ne trouve pas la lecture malheureusement un peu vaine.

Couverture : Paul Cosquer (Hiroshima Peace Memorial Museum/Depositphotos/Pixabay)
D'autres avis : Gromovar, Zoéprendlaplume, Sometimes a book, ...

lundi 25 août 2025

Chloé Chevalier - La Sans-Étoiles

Chloé Chevalier, La Sans-Étoiles, Tome 1/2 de Loin des îles mauves, 2022, 408 pages

Sur la petite île d'Aryl, Yvanel est un Héros, une jeune femme se faisant passer pour un homme pour tromper les Leifa. Car dans les îles mauves cohabitent deux peuples, celui des Bruyères et celui des Leifa, dominés et dominants mais obligés de s'entendre pour tous les deux perdurer. Yvanel s'acclimate tant bien que mal de la situation mais ses camarades d'âge ont d'autres ambitions : prendre le large et se rendre dans l'Empire.

Il y aurait bien plus à développer que ces quelques lignes de résumé pour rendre compte de l'univers proposé par Chloé Chevalier. Il n'y a rien qui soit révolutionnaire mais c'est plein de bonnes petites idées qui forment un tout harmonieux et plaisant à parcourir. Et puis il y a cette histoire de Héros, qui représente la thématique principale traversant le roman : la question du genre et de l'identité personnelle. Un questionnement qui aura de multiples facettes et qui sera présent régulièrement, mais sans jamais prendre le pas sur l'intrigue en elle-même et sans jamais paraitre forcé, s'intégrant naturellement au récit.

La Sans-Étoiles est un excellent roman doté d'une harmonie rare. Tous les éléments semblent servir leur but propre et immédiat tout en servant le livre dans son ensemble, sans qu'aucun ne prenne le pas sur les autres. L'univers donne envie d'être parcouru, les personnages sonnent vrais, le temps qui passe est palpable, le récit est dynamique, ... Tout ça avec beaucoup de variété et d'évolutions. Ainsi que du tact et de la simplicité pour évoquer des sujets sensibles - je crois n'avoir jamais lu un livre parlant autant des menstruations, et en le faisant très bien. C'est un des aspects qui en font pour moi totalement un roman "passerelle", aussi accessible et agréable pour un public adolescent que pour un public adulte.

La Sans-Étoiles a un seul défaut : sa richesse fait que j'ai - encore plus que d'habitude - l'impression de ne faire que le survoler et ne pas rendre compte de toutes ses qualités. Ce qui vient avec un corollaire plus positif : vous aurez encore plein de choses à découvrir quand vous le lirez.

Couverture : Lucille Clerc
D'autres avis : Xapur, Célinedanaë, Yuyine, ...

jeudi 24 juillet 2025

Raphaël Bardas - Les Fourneaux de Crachemort

Raphaël Bardas, Les Fourneaux de Crachemort, 2024, 356 pages

Quatre jeunes adultes se sont liés d'amitié lors de leurs cours de théâtre. Ils forment une vraie petite bande, au point de parfois commettre quelques cambriolages pour passer le temps. Jusqu'au jour où l'un de ces larcins, chez un dramaturge fraichement décédé, tourne mal et qu'ils doivent fuir leur ville de Brillanza à bord d'un food-truck. Mais les quatre objets qu'ils ont innocemment récupéré pourraient bien avoir lancé à leurs trousses des problèmes bien plus graves qu'une simple poursuite pour vol.

Les Fourneaux de Crachemort peut être résumé très facilement en trois thématiques : nourriture, théâtre et sexualité. L'ambiance méditerranéenne des débuts laissera plus tard place à des contrées moins chaleureuses mais l'esprit lui restera toujours le même : la fête et le plaisir comme mots d'ordre, malgré tous les problèmes. Encore plus face à certains d'entre eux, d'ailleurs.

Il y a un vrai ton, une vraie ambiance différente dans Les Fourneaux de Crachemort. Ce n'est pas une révolution mais ça donne un vrai charme à l'ensemble, surtout que ce n'est pas qu'une façade et que cela fait partie intégrante de l'histoire. L'univers parait parfois un peu foutraque et le récit en lui-même n'est pas le plus palpitant, mais c'est compensé par le vent de fraicheur et de liberté qui souffle entre ces pages - et ce malgré le monde bien sombre qu'elles décrivent -, à l'image de la dynamique rafraichissante et pas si commune entre les quatre héro.ïne.s. L'ensemble a un côté facétieux qui n'accrochera pas tout le monde mais qui en fait une bonne aventure.

Couverture : Emiliano Renzi
D'autres avis : L'ours inculte, Le nocher des livres, Célinedanaë, ...

lundi 30 juin 2025

Christelle Dabos - Les Disparus du Clairdelune

Les Disparus du Clairdelune, Christelle Dabos, Tome 2/4 de La Passe-Miroir, 2015, 551 pages

Les Disparus du Clairdelune prend place dans la continuité directe de Les Fiancés de l'hiver. Ce premier tome ne se terminait pas sur un énorme cliffhanger mais il s'arrêtait clairement avant le début d'une nouvelle phase pour Ophélie. Une nouvelle phase qui ne révolutionne pas l'histoire mais effectue un léger changement de cadre et de rapports de force, juste ce qu'il faut pour donner une couleur un peu différente à ce deuxième tome.

Mais dans l'ensemble il n'y a guère de surprise : celleux qui ont aimé Les Fiancés de l'hiver devraient aimer Les Disparus du Clairdelune tant le récit suit le même rythme, l'univers continue de se développer peu à peu et les personnages restent attachants, Ophélie en tête. Ce qui change un peu, c'est l'ampleur que commence à prendre l'histoire. Quelques premières réponses apparaissent et les enjeux ne cessent de prendre de l'envergure.

J'ai évité de faire la comparaison dès le premier tome mais il est difficile de ne pas penser à la saga Harry Potter. Les deux séries sont évidemment différentes sur bien des points, mais l'attrait de l'univers, la croissance des personnages et des enjeux et le côté très prenant de l'histoire rappellent tout le côté positif qui peut ressortir de la lecture d'Harry Potter. La Passe-Miroir ne doit pas être résumée à cette comparaison mais elle permet de comprendre rapidement ce qui peut être attendu de sa lecture : une vraie grande aventure, une immersion totale et un très grand plaisir.

Couverture : Laurent Gapaillard
D'autres avis : Vert, Yuyine, Alys, Acr0, Elessar, ...

mercredi 18 juin 2025

Christelle Dabos - Les Fiancés de l'hiver

Les Fiancés de l'hiver, Christelle Dabos, Tome 1/4 de La Passe-Miroir, 2013, 519 pages

Jeune fille pouvant lire le passé des objets, Ophélie tient tranquillement un musée sur Anima. Jusqu'au jour où les matriarches de son Arche la force à se marier avec Thorn, un membre de la glaciale Arche du Pôle. Au-delà de l'aspect non-désirée de cette union, c'est un mariage qui se révèlera bien plus dangereux et mystérieux qu'imaginé.

Toute l'intrigue repose sur un mariage arrangé, et donc sur le potentiel d'une romance "ennemis qui deviennent amoureux". Et il y a un peu de ça, indéniablement. Sauf qu'il y a aussi une grande lucidité sur cette situation, tant de la part de Christelle Dabos que d'Ophélie, l'héroïne. Ça rend la chose bien plus digeste et acceptable, sans compter que cela s'accompagnera de quelques surprises.

Mais résumer Les Fiancés de l'hiver à une romance serait une grosse erreur, autant que l'enfermer dans une case jeunes adultes. Ça serait passer à côté de l'univers de La Passe-Miroir, un univers extrêmement riche dans son potentiel et qui offre déjà un paquet de bonnes idées, notamment sur les différents pouvoirs que peuvent avoir les personnages. C'est un univers où la magie et l'émerveillement sont partout, tout en donnant une image de "magie douce", en quantité limitée qui n'empiète pas sur l'importance des personnages en eux-mêmes.

Les Fiancés de l'hiver est un excellent premier tome, à la hauteur de sa réputation. Il est passionnant de bout en bout, bien rythmé, avec un vrai sens de l'aventure qui embarque et dépayse. Mais surtout il y a Ophélie. Une héroïne exceptionnelle, qui est imparfaite et maladroite mais qui ne se révèle jamais pitoyable ou gênante. Elle sonne vraie et elle agit avec intelligence malgré les difficultés. L'intrigue mystérieuse rend la lecture prenante mais c'est bien Ophélie qui la rend attachante. J'ai hâte de la retrouver dans le tome 2.

Couverture : Laurent Gapaillard
D'autres avis : Vert, Yuyine, Alys, Acr0, TmbM, ...

samedi 19 avril 2025

Régis Goddyn - Le Sang des 7 Rois : Livre Sept

Le Sang des 7 Rois : Livre Sept, Régis Goddyn, Tome 7/7 du Sang des 7 Rois, 2016, 430 pages

Après les premier, deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième tomes, voici venue l'heure de la conclusion pour Le Sang des 7 rois. Avec un tome globalement dans la lignée de son prédécesseur direct, c'est-à-dire à la fois dans une tranquille continuité sans grande surprise mais avec pourtant d'énormes bouleversements.

Ce qui est pratique, c'est que mon avis sur cet ultime livre correspond assez bien à mon avis sur l'ensemble de la série. Le point le plus flagrant, et peut-être le meilleur résumé des deux, c'est qu'ils comportent plein de qualités et plein de défauts. Qui se rapportent d'ailleurs le plus souvent aux mêmes éléments, comme si tous les choix faits par Régis Goddyn sont à la fois appréciables et critiquables, sans que l'un ne prenne réellement le pas sur l'autre. Entendons-nous bien : on ne lit pas près de 3000 pages sans que le positif soit supérieur au négatif. Mais si je devais résumer mon sentiment global, ma réponse la plus honnête serait : je ne sais pas.

Ce que je sais c'est que Régis Goddyn a le mérite d'aller au bout de ses idées et de son projet pour proposer quelque chose d'assez radical et unique. À tel point que, au-delà de mon paragraphe précédent, je ne sais pas du tout à qui cette série est conseillable et je serais assez curieux de connaître les retours que sa fin a pu susciter. Qu'on apprécie ou non cette évolution, le fait de proposer quelque chose de différent est en tout cas respectable. Ça ne compense pas totalement le manque d'émotion et de tension dramatique que j'ai pu ressentir alors que les évènements ont tout pour être marquants vu leur ampleur, ni mon doute concernant certains choix, mais je dois lui reconnaître un certain côté fun quand on se détache de ces préoccupations. Le Sang des 7 Rois n'aura pas eu ce côté 'wahou' qu'il aurait dû avoir, mais il aura tout de même été une bonne aventure.

Couverture : Yann Tisseron
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lundi 7 avril 2025

Margaret Killjoy - L'Agneau égorgera le lion

L'Agneau égorgera le lion, Margaret Killjoy, Tome 1/? de Danielle Cain, 2017, 132 pages

Danielle Cain débarque à Freedom, une ancienne ville délabrée où vit désormais une communauté anarchiste. Elle est à la recherche de réponses sur ce qui a pu pousser son ami Clay, ancien citoyen de Freedom, à se suicider. Sa quête commencera par la découverte d'Uliksi, un cerf rouge à trois bois qui rend la justice et est suivi par un cortège d'animaux morts-vivants.

La première qualité de L'Agneau égorgera le lion, c'est de parvenir à rendre ce pitch parfaitement normal et logique dès les premières pages. Ça fait bien lever un sourcil à la première mention d'Uliksi - voire un deuxième à la vue de la vitesse d'intégration de l'héroïne, même si cela peut se justifier - mais il se rebaisse très rapidement tant cela laisse immédiatement place à une très bonne histoire fantastique, simple et efficace, à l'intrigue resserrée mais qui n'a aucun goût de 'pas assez'.

Mais ce qui fait passer la novella dans une autre dimension et lui donne tout son intérêt, c'est que cette part fantastique n'est pas juste là pour faire jolie, elle sert un propos. Avec tact et par petites touches, L'Agneau égorgera le lion questionne les fondements de la liberté, du pouvoir et de la justice. Elle traite d'anarchisme en somme, sans tomber dans le dithyrambique ou le prosélytisme. C'est donc tout autant une bonne base de réflexion qu'une plaisante histoire à lire, ce qui est globalement la définition d'une excellente novella.

Couverture : Anouck Faure / Traduction : Mathieu Prioux
D'autres avis : Vert, Yuyine, Le nocher des livres, Boudicca, Célinedanaë, ...