lundi 25 août 2025

Chloé Chevalier - La Sans-Étoiles

Chloé Chevalier, La Sans-Étoiles, Tome 1/2 de Loin des îles mauves, 2022, 408 pages

Sur la petite île d'Aryl, Yvanel est un Héros, une jeune femme se faisant passer pour un homme pour tromper les Leifa. Car dans les îles mauves cohabitent deux peuples, celui des Bruyères et celui des Leifa, dominés et dominants mais obligés de s'entendre pour tous les deux perdurer. Yvanel s'acclimate tant bien que mal de la situation mais ses camarades d'âge ont d'autres ambitions : prendre le large et se rendre dans l'Empire.

Il y aurait bien plus à développer que ces quelques lignes de résumé pour rendre compte de l'univers proposé par Chloé Chevalier. Il n'y a rien qui soit révolutionnaire mais c'est plein de bonnes petites idées qui forment un tout harmonieux et plaisant à parcourir. Et puis il y a cette histoire de Héros, qui représente la thématique principale traversant le roman : la question du genre et de l'identité personnelle. Un questionnement qui aura de multiples facettes et qui sera présent régulièrement, mais sans jamais prendre le pas sur l'intrigue en elle-même et sans jamais paraitre forcé, s'intégrant naturellement au récit.

La Sans-Étoiles est un excellent roman doté d'une harmonie rare. Tous les éléments semblent servir leur but propre et immédiat tout en servant le livre dans son ensemble, sans qu'aucun ne prenne le pas sur les autres. L'univers donne envie d'être parcouru, les personnages sonnent vrais, le temps qui passe est palpable, le récit est dynamique, ... Tout ça avec beaucoup de variété et d'évolutions. Ainsi que du tact et de la simplicité pour évoquer des sujets sensibles - je crois n'avoir jamais lu un livre parlant autant des menstruations, et en le faisant très bien. C'est un des aspects qui en font pour moi totalement un roman "passerelle", aussi accessible et agréable pour un public adolescent que pour un public adulte.

La Sans-Étoiles a un seul défaut : sa richesse fait que j'ai - encore plus que d'habitude - l'impression de ne faire que le survoler et ne pas rendre compte de toutes ses qualités. Ce qui vient avec un corollaire plus positif : vous aurez encore plein de choses à découvrir quand vous le lirez.

Couverture : Lucille Clerc
D'autres avis : Xapur, Célinedanaë, Yuyine, ...

dimanche 17 août 2025

Adam-Troy Castro - La Guerre des marionnettes

Adam-Troy Castro, La Guerre des marionnettes, Tome 3/3 d'Andrea Cort, 2010-2019, 536 pages

Après Émissaires des morts et La Troisième Griffe de Dieu, La Guerre des marionnettes est le troisième roman mettant en scène Andrea Cort, la Procureure extraordinaire qui fait à peu près tout sauf aller dans les tribunaux. Elle y continue sa quête contre de vieux ennemis en se rendant sur Vlhan, une planète où les habitants pratiquent un ballet mortel.

Avant de rentrer dans le roman en lui-même, l'ouvrage démarre par Les Lames qui sculptent les marionnettes, une longue nouvelle qui n'a rien d'extraordinaire en elle-même mais qui est absolument parfaite pour faire le lien entre les tomes 2 et 3 et pour se remettre dans l'univers. Ça permet d'attaquer le roman sans nécessiter de temps d'adaptation et d'en profiter dès les premières pages.

La Guerre des marionnettes est un bon roman, qui tient plus de l'aventure que de l'enquête. C'est peut-être en partie ce qui en fait le moins bon des trois pour moi puisqu'il sort moins de l'ordinaire. Ça vaut aussi pour le caractère de son héroïne : son évolution est logique et certainement nécessaire, mais ça la rend aussi un peu plus 'normale' et moins sensationnelle - même si elle conserve toujours une grande force de caractère.

Mon autre bémol, c'est ce sentiment de "tout ça pour ça" une fois la dernière page tournée, l'impression que la grande histoire derrière tout ça n'a absolument pas avancé. C'est encore pire pour la 'petite' histoire puisque l'ouvrage se conclut par La Cachette, une nouvelle qui vient - malgré une réflexion intéressante - remettre en question les rares avancées effectuées dans le roman.

Je me concentre sur les points négatifs parce qu'ils sont ce qui change le plus par rapport aux tomes précédents mais cela ne doit pas occulter l'essentiel : j'ai pris plaisir à lire La Guerre des marionnettes. C'est une bonne aventure et l'univers imaginé par Adam-Troy Castro reste fascinant. Je ne trouve pas que ça soit un bon tome conclusif mais ça reste un bon roman en lui-même.

Couverture : Olivier Munday / Traduction : Charles Recoursé
D'autres avis : Vert, Yuyine, Le Maki, Gromovar, FeyGirl, Le chien critique, FeydRautha, Célinedanaë, Le nocher des livres, Brize, Herbefol, Apophis, ...


Troisième escale pour le Summer Star Wars Andor S2

lundi 11 août 2025

Emma Newman - Planetfall

Planetfall, Emma Newman, Tome indépendant 1/4 de "Planetfall", 2015, 287 pages

Sur une lointaine planète, une colonie humaine s'est installée au pied d'une étrange structure, la Cité de Dieu. Leur cheffe de file, Lee Suh-Mi, y a disparu depuis plusieurs années mais les terriens, incités par des messages annuels, continuent d'attendre son retour et des révélations sur Dieu. L'arrivée de Sung-Soo, descendant de Lee Suh-Mi et rescapé inattendu de la Chute initiale, va bouleverser l'équilibre de la communauté.

Planetfall est un roman mystérieux. Et ce n'est pas qu'une formule puisque tout le récit repose sur le fait de comprendre ce qu'est cette expédition et cette planète. Et plus encore ce qu'est le secret sur lequel tout semble être construit. La réponse à la première question s'avèrera plus ou moins satisfaisante selon qu'on aime ou non les fins ouvertes et mystico-fantasmagoriques. J'ai trouvé ça un peu perturbant mais cela colle finalement assez bien avec ce qui est présenté tout au long du récit. Et puis ça tombe bien, l'important est ailleurs, dans la seconde question, le secret.

Le secret en lui-même n'est pas exceptionnel. Mais toute sa présentation et son intégration au récit sont remarquables. Et plus encore son lien avec Ren, la narratrice du récit. Un personnage exceptionnel, dans le sens où l'on ne voit presque jamais de telles représentations. Et le fait de vivre le récit à travers ses yeux rend la chose encore plus forte puisqu'il est impossible de deviner avant longtemps que Ren a quelque chose de particulier, d'anormal.

Planetfall est très loin d'être un planet-opera classique. Il ne faut peut-être même pas le lire en s'attendant à un roman de science-fiction. C'est un roman qui utilise la science-fiction et la foi, toutes les palettes de l'imaginaire en somme, pour mieux proposer un portrait profondément réaliste et absolument humain. Est-ce que c'est un roman parfait ? Non. Est-ce que le personnage de Ren vaut à lui seul la lecture ? Oui, sans aucun doute.

Couverture : Anxo Amarelle / Traduction : Racquel Jemint
D'autres avis : Vert, Lhisbei, Le Maki, Shaya, Le chien critique, Lorhkan, Gromovar, FeydRautha, Xapur, Lune, Elessar, Cédric, Célinedanaë, Jean-Yves, ...


Deuxième escale pour le Summer Star Wars Andor S2

mardi 5 août 2025

Bulles de feu #76 - Juillet 2025

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


Vagabond T.12-13/37 - Takehiko Inoue

Ça poursuit son chemin de haine et de mort, tout en questionnant un peu le caractère vain de tout cela.


Teenage Mutant Ninja Turtles - The Last Ronin - Lost Years T.2/? - Kevin Eastman, Tom Waltz, Ben Bishop et SL Gallant

Une sorte de suite à The Last Ronin, dont les deux tiers forment une préquelle aux enjeux inexistants et le dernier tiers est juste une phase de transition pour une possible suite. L'univers, le potentiel et les dessins sont heureusement toujours sympas, ça sauve l'ensemble.


Insomniaques T.14/14 - Makoto Ojiro

La fin d'une sympathique série qui n'aura malheureusement jamais atteint tout son potentiel et sera un peu trop restée dans son train-train.
Très bien


Les Vieux Fourneaux T.8/? - Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

Toujours très bon. Des secrets venus du passé, des travers modernes dénoncés et des passages vraiment amusants : un tome des Vieux Fourneaux quoi.


Bride Stories T.14-15/? - Kaoru Mori

Une relecture du tome 14 et une découverte du tome 15 toujours aussi plaisante, une galerie de personnages vraiment adorables.


Space Brothers T.44/? - Chûya Koyama

Encore un excellent tome, qui rappelle que les choses peuvent toujours empirer.


L'Héritage fossile - Philippe Valette

Un très beau sens du gigantisme, dans le récit et dans le graphisme, pour cette BD qui parle d'un voyage de colonisation d'une planète à plusieurs millénaires de la Terre. Je ne suis pas un grand fan de l'aspect 3D numérique et du mélange 2D/3D mais j'admets qu'il apporte son style et donne quelques planches marquantes. Rien de totalement révolutionnaire dans l'histoire mais c'est franchement bien mené jusqu'à la toute fin, sans temps faible. Très fluide et prenant, une vraie bonne BD.


The Nice House on the Lake T.1-2/2 - James Tynion IV et Álvaro Mártinez Bueno

Un excellent diptyque qui revisite le post-apo et le huis clos pour créer une oeuvre haletante, pleine de mystères, avec une très bonne logique interne et du sens jusqu'au bout. À la hauteur de sa réputation.

mercredi 30 juillet 2025

Eduardo Mendoza - Bataille de chats

Bataille de chats, Eduardo Mendoza, 2010, 391 pages

Madrid, 1936. Anthony Whitelands est un spécialiste anglais de la peinture espagnole du Siècle d'or. Il est appelé en Espagne, où les tensions montent de plus en plus entre républicains et nationalistes, pour estimer un tableau qui doit servir à financer la fuite du pays d'un duc et de sa famille.

Contrairement à ce que son titre indique, il n'est nullement question de félins dans Bataille de chats. La possible confusion vient du jeu de mots intraduisible qu'est le titre original, Riñas de gatos, où les gatos sont bien le terme espagnol désignant les chats mais aussi, et surtout dans le cas présent, le surnom des madrilènes.

Loin des rixes félines donc, ce sont les prémices de la guerre civile espagnole qui sont au coeur du récit. Le principe est assez malin : prendre un personnage neutre, un anglais en l'occurrence, et le mettre dans une situation qui va l'amener à côtoyer les deux camps, pour pouvoir évoquer leurs idéaux et leurs fonctionnements. Sauf que cet aspect reste trop en surface et ne donne pas envie de s'intéresser à la situation.

Le problème majeur, qui parasite le potentiel historico-social, c'est que la majeure partie du récit est un vaudeville. Et pas vraiment un bon en plus, bien que je ne sois pas le mieux placé pour juger le genre. Mais il y a une chose dont je suis sûr : les personnages féminins sont bien trop jeunes pour que cela soit sain. Ce n'est pas le seul problème de ce roman qui jongle très bizarrement entre ses différents projets mais c'est un problème rédhibitoire. D'Eduardo Mendoza j'avais grandement apprécié les excellents Sans nouvelles de Gurb et Le Dernier Voyage d'Horatio II. J'aurais peut-être mieux fait de m'en tenir à sa science-fiction humoristique.

Couverture : Virginie Perrollaz / Traduction : François Maspero
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