samedi 24 février 2024

Ayerdhal - Balade choreïale

Balade choreïale, Ayerdhal, 1994, 380 pages

L'humanité a pris son envol dans l'espace et découvert sa première planète habitée, Azir, où vit une espèce humanoïde moins avancé technologiquement. Méline, vice-consul, est l'ambassadrice de la Fédération terrienne sur Azir, avec l'objectif officiel d'y préparer une coopération commerciale. Face à un peuple morcelé en chorês, des petits territoires, Nerbrume devient son interlocutrice principale, une azirie ayant pleinement conscience que les terriens peuvent apporter autant de bienfaits que de calamités.

Peut-on débarquer sur un territoire déjà habité de manière éthique ? Peut-on coloniser sans dénaturer ? Comment se défendre face à une colonisation technologique aux bénéfices indéniables et préserver ses particularités ? Ce sont ces questions et ces thématiques qui sont au coeur de Balade choreïale. Une réflexion qui se joue à l'échelle d'une planète mais se vit à taille 'humaine' - tant terrienne qu'azirie - par le prisme d'individus au coeur du grand changement en cours.

Au-delà de ce fond, il y a une intrigue maitrisée avec son lot de rebondissements, sur fond d'amicale manipulation constante entre Méline et Nerbrume, parvenant à rendre compte du temps qui passe sans jamais paraitre précipitée. Mais l'autre point fort du roman, ce sont ses personnages. Des personnages aux caractères affirmés, ne restant pas assignés à un rôle de gentil ou de méchant, évoluant aux fils des évènements - et leurs relations entre eux évoluant avec - pour un résultat qui fait pleinement sens.

Balade choreïale est un très bon planet-opera, alliant parfaitement un plaisir simple et immédiat de lecture à des réflexions finement distillées au fil des pages. Et je n'ai même pas évoqué le Lo-Yendi, le sport local, qui jouera un rôle imprévu mais sera surtout l'occasion d'un des plus beaux passages du roman. Une franche réussite.

Couverture : Olivier Fontvieille

Première lecture pour le challenge 365 jours avec Ayerdhal organisé par le RSF Blog

dimanche 18 février 2024

Claire North - Le Maître

Le Maître, Claire North, Tome 3/3 de la Maison des Jeux, 2015, 159 pages

Après Le Serpent et Le Voleur, Le Maître clôt la trilogie de la Maison des Jeux. Sans surprise, les deux premiers tomes ayant mis en place les pièces du jeu, c'est l'heure de la partie finale.

Qui aurait cru que les échecs et le cache-cache ont tant de similitudes ? Le Maître a, au moins dans sa première partie, des airs de Le Voleur, en plus. Plus grand, plus violent, plus planétaire. Si les deux premières novellas avait déjà mis en scène des terrains de jeux et des enjeux d'une ampleur bien supérieure à la moyenne, ce n'est rien en comparaison du gigantisme de cette partie là. C'est si énorme, si explosif, si 'toujours plus' que ça a totalement des airs de blockbuster, ce qui donne un cachet unique à cette troisième novella.

Heureusement, Le Maître n'est pas qu'un texte bourrin. L'affrontement, instillé depuis le début de la trilogie, se révèle métaphorique de deux visions de la vie et donne une certaine raison d'être - ou tout du moins une raison de questionner - à toute la brutalité de ce tome. Jusqu'à une fin sublime, qui n'a pas besoin que ses derniers rebondissements soient surprenants pour être efficace et mémorable. Le point d'exclamation parfait d'une excellente trilogie dont chaque tome aura su avoir son identité sans jamais se départir d'une même grande qualité.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Michel Pagel
D'autres avis : Vert, Yuyine, Zoéprendlaplume, FeydRautha, Chut maman lit, Xapur, Le Maki, Célinedanaë, lutin82, Lullaby, Boudicca, OmbreBones, ...

lundi 12 février 2024

Colum McCann - Apeirogon

Apeirogon, Colum McCann, 2020, 504 pages

Rami Elhanan est israélien. Bassam Aramin est palestinien. Le premier a perdu une fille, Smadar, dans un attentat terroriste en plein Jérusalem. Le deuxième a perdu une fille, Abir, touchée par une balle d'un soldat israélien. Depuis, les deux hommes sont devenus amis, frères, et partagent leurs histoires au plus grand monde pour entamer le dialogue, espérer un arrêt de la colonisation et une réconciliation.
« 181
Apeirogon : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés. »
En 1001 parties de longueur variable, de deux-trois lignes à deux-trois pages, Colum McCann raconte l'histoire de ces deux hommes existant réellement. Mais il ne la raconte pas de manière linéaire, ni ne raconte que cela. Apeirogon portant bien son nom. Chaque élément raconté, chaque moment concret de leurs vies, est l'occasion d'un zoom ou d'un dézoom, d'un pas de côté, d'un parallèle. C'est une forme fourmillante que livre Colum McCann, aux accents kaléidoscopiques, qui représente aussi bien la multiplicité du conflit que le sacerdoce des deux hommes, répétant inlassablement leurs histoires.

Apeirogon n'est pas exempt de quelques défauts, le principal étant que le message est passé et digéré bien avant la fin de ses 500 pages. Mais peu importe. Le message, et ses messagers, est éminemment respectable et mérite d'être partagé au plus grand monde. C'est ce que parvient à faire Colum McCann avec, en prime, un livre qui ne laisse pas avec un sentiment de désespoir alors que la situation a pourtant tout de désespérant.

Couverture : ? / Traduction : Clément Baude

mardi 6 février 2024

Bulles de feu #58 - Janvier 2024

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Mouais


Shi T.6/? - Zidrou et José Homs

Dans la continuité de ma perte d'intérêt pour la série. Malgré de bonnes idées de fond, un tome assez vide et anecdotique.
Bien / Ok / Correct


Soloist in a Cage T.2-3/3 - Shiro Moriya

À la limite du "mouais". Des qualités, ça se lit sans mal, mais aussi pas mal de défauts, dont des changements de tons perturbants et une vraisemblance parfois douteuse, qui ont mis à mal ma suspension d'incrédulité.


Frieren T.8-9/?- Kanehito Yamada et Tsukasa Abe

Toujours ce ton si particulier qui rend parfaitement la sensibilité différente de Frieren. Le tome 9 entame un arc plus important qui apporte un changement de rythme bienvenu.
Très bien


L'Attente - Keum Suk Gendry-Kim

Une BD importante, entre autobiographie et témoignages, sur la séparation de familles coréennes lors de la partition de la Corée en deux états. Un témoignage touchant, révoltant, qui fait écho à de nombreux autres conflits.


Lost Lad London T.1-3/3 - Shima Shinya

Un très bon petit manga polar, simple et peu retors mais avec un style graphique inhabituel qui donne un vrai ton et surtout porté par un duo de personnages très attachant.


Le Travailleur de la nuit - Matz et Léonard Chemineau

Une excellente BD retraçant la vie d'Alexandre Jacob, un anarchiste français dont la vie a des airs d'Arsène Lupin. Fascinant et passionnant, porté par un dessin doux et agréable, une totale réussite.


Vei - Sara Bergmark Elfgren et Karl Johnsson

Une grande saga nordique, avec un point de vue plus rare du Jötunheim. Une grande aventure bien rythmée, très joliment dessinée et colorée, consistante et constante de qualité. Ça ne demande aucune connaissance préalable en mythologie nordique mais c'est certainement un indispensable pour celleux qui l'apprécie... et pour beaucoup d'autres personnes.

mercredi 31 janvier 2024

Guy Gavriel Kay - Le Fleuve céleste

Le Fleuve céleste, Guy Gavriel Kay, Tome indépendant 2/2 des Chevaux célestes, 2013, 695 pages

Ren Daiyan est un jeune garçon, fils d'un archiviste travaillant dans une lointaine province de l'Ouest de la Kitai. Si tout laisse à penser qu'il pourrait suivre les traces de son père et travailler à son tour au yamen, lui s'entraîne secrètement à l'arc et à l'épée avec un rêve en tête : restituer la gloire de la Kitai et reconquérir les Quatorze Préfectures des mains des barbares du nord.

Après la Chine du VIIIème siècle de la dynastie Tang dans Les Chevaux Célestes, Guy Gavriel Kay retourne de nouveau dans l'Empire du milieu mais cette fois au XIIème siècle avec la dynastie Song. Roman totalement indépendant, il comporte tout de même quelques sympathiques petits clins d'oeil à son précédent roman, la gloire passée des Tang étant au coeur des motivations et aspirations des protagonistes.

Le Fleuve céleste est une fiction historique où l'aspect fantasy/fantastique est quasi-inexistant. Basé en grande partie sur la vie de Yue Fei et écrit à partir d'une somme de recherches colossale, c'est un ouvrage qui met en avant une période historique à laquelle personne ne se serait intéressé sans lui et la rend absolument passionnante. Guy Gavriel Kay y parvient sans jamais être rébarbatif ou pédant, ne faisant pas étalage de son savoir mais l'intégrant naturellement dans le déroulé de son récit. Un récit qui est porté par ses personnages, aussi charismatiques et réels pour les premiers rôles que pour ceux qui ne font que passer, Guy Gavriel Kay ayant un vrai talent pour brosser des portraits évocateurs et donner du corps à ses protagonistes.

Ce soin apporté à l'Histoire et aux personnages sont loin d'être les seules qualités de ce livre. Il faut aussi évoquer sa construction. Si la calligraphie et la poésie sont les deux arts les plus centraux du roman, le travail de Guy Gavriel Kay se rapproche plus de la peinture. Chaque chapitre est comme un tableau, détaillant avec précision quelques scènes sur une petite période donnée, avant de faire un saut dans le temps et de présenter une nouvelle période, laissant habilement deviner ce qui a pu se passer entre les deux sans jamais créer de manque. Ce qui permet d'aller à la fois en profondeur sur les scènes choisies et de traiter une longue période de temps. Admirablement pensé et réalisé.

Enfin, il faut rapidement évoquer la réflexion qui parcourt en filigrane l'ouvrage : la différence entre un historien et un conteur, qui va de pair avec la création des légendes. C'est là aussi fort intelligent et s'inscrit éminemment bien avec le fait que Le Fleuve céleste est une fiction historique, prenant nécessairement quelques libertés pour mieux servir l'Histoire et réfléchir à ce qui peut s'y cacher. Fond et forme, coeur et cerveau, Le Fleuve céleste est indéniablement un roman passionnant qui excelle dans tous les domaines.

Couverture : Leraf / Traduction : Mikael Cabon
D'autres avis : L'ours inculte, Lorhkan, Apophis, Boudicca, Acr0, lutin82, ...