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jeudi 27 février 2025

Terri Windling - L'Épouse de bois

L'Épouse de bois, Terri Windling, 1996, 309 pages

À la mort de Davis Cooper, un poète avec qui elle correspondait régulièrement, Maggie Black hérite de sa maison située au milieu du désert de Sonora, en Arizona. L'occasion pour elle d'enfin écrire la biographie de son ami, et de chercher à comprendre comment il a pu être retrouvé mort noyé dans le lit d'une rivière asséchée.

Je ne suis pas à l'aise avec les classifications de genre mais je pense pouvoir dire que L'Épouse de bois appartient à la mythopoétique et au réalisme magique tant il correspond bien aux termes en eux-mêmes. Il y a une création de mythes, il y a de la poésie, il y a du réalisme et il y a de la féérie. Ces quatre éléments étant tout aussi importants les uns que les autres, s'amalgamant pour former quelque chose de plus grand et de plus beau : L'Épouse de bois.

Tout commence par la découverte d'un cadre moderne et crédible, les abords désertiques de Tucson, un cadre naturel qui n'est pas pour autant déconnecté de la vie citadine. Un cadre où vivent des personnages eux-aussi crédibles, pas forcément ordinaires mais réalistes. J'insiste un peu trop sur ce début de roman mais je crois que c'est un élément important de sa réussite, au moins sur moi qui ne suis pas un grand amateur de littérature merveilleuse : avant même l'apparition de l'imaginaire, c'est une première découverte via les yeux de l'héroïne - aux réactions tellement appréciables - qui permet de rentrer facilement dans le roman et de s'y attacher. Et qui donne encore plus de sens et de compréhension à l'apparition du fantastique, nous mettant dans le même état d'acceptation que Maggie.

L'Épouse de bois a été une excellente surprise. C'est un livre à l'ambiance tout à fait unique, avec sa propre mythologie inspirée des oeuvres de Brian Froud - illustrateur de la couverture et cité dans le récit lui-même, pour un côté méta qui va très bien avec les frontières floues de ce réalisme magique. C'est un récit sans grande péripétie qui va à l'essentiel tout en construisant un univers marquant et vrai, qui fait la part belle à la poésie et à l'imaginaire tout en restant toujours logique et palpable. C'est un tour de force et un excellent roman.

Couverture : Brian Froud / Traduction : Stéphan Lambadaris
D'autres avis : Vert, Valériane, Zoéprendlaplume, ...

lundi 9 mars 2020

Brice Tarvel - Astar Mara

Astar Mara, Brice Tarvel, 2019, 237 pages

Jeune servante chez le comte de Kydd suite au naufrage de son bateau, Nalou décide de prendre la fuite, emportant avec elle un bijou de la comtesse. Elle embarque clandestinement à bord d'un navire qui prend le large pour aller dénicher des trésors dans des épaves remontant à la surface. Elle y gagnera sa place en découvrant que le bijou volé contient des écailles de sirène et qu'il lui indique les "chemins d'eau", les dangers à venir sur la mer.

Imaginez une promenade en canoé avec comme destination un superbe point de vue verdoyant et chatoyant. Vous voguez plaisamment, descendant tranquillement le cours d'une rivière. L'ami qui vous accompagne et vous guide vous a promis que le panorama final serait sublime et vous commencez à vraiment y croire, admirant tout autour de vous un paysage prometteur et déjà agréable. Vers midi, vous vous arrêtez pour vous dégourdir les jambes et mangez un morceau. Soudain, votre ami regarde son téléphone et s'exclame : "Diantre !" - oui, votre ami aime employer très régulièrement des mots rares et peu usités - "J'avais oublié, j'ai un rendez-vous, il faut que nous rentrions". Et vous aussi, vous rentrez donc chez vous.

Astar Mara c'est exactement ce cheminement. C'est une lecture prometteuse, un voyage agréable. Mais qui finalement ne mène à presque rien. C'est comme une série télé américaine qui attend chaque année de savoir si elle sera renouvelée ; si elle ne l'est pas, on essaye vite fait de bricoler une fin mais malheureusement on sera obligé de laisser des choses en suspens. C'est un peu le sentiment ici, quelque chose d'inachevé. Ce qui est d'autant plus dommage que le voyage fut agréable. Tout n'était pas parfait, mais il y avait de bonnes choses un peu partout. Dommage.

Couverture : Melchior Ascaride

mercredi 28 août 2019

Lisa Goldstein - L'Ordre du Labyrinthe

L'Ordre du Labyrinthe, Lisa Goldstein, 1996, 246 pages

Molly Travers fait la rencontre d'un détective privé qui enquête sur sa famille, précisément sur son grand-père et ses soeurs, membres d'une même troupe de magiciens 60 ans auparavant. Titillée par la curiosité et par la découverte, chez sa tante, d'un mystérieux manuscrit mentionnant "L'Ordre du Labyrinthe", Molly commence à mener l'enquête de son côté.

Des identités troubles, des magiciens, du mystère et de l'incompréhension, les premières pages de L'Ordre du Labyrinthe font immanquablement penser au Prestige de Christopher Priest. Pour autant la suite sera bien différente, Lisa Goldstein se servant de cette base pour créer un roman qui pourrait quasiment être classé dans les polars.

L'Ordre du Labyrinthe est une lecture assez folle. Elle comporte à la fois une enquête solide et tortueuse, qui tient la route, et des séquences bien moins ordinaires, presque psychédéliques, qui donne une ambiance très particulière au récit. Et... ça fonctionne, parce que ça sait s'arrêter avant de trop en faire et que le dosage entre normal et anormal est réussi. Une petite expérience facile d'accès.

D'autres avis : Yogo, Anudar, Célindanaé, Boudicca, Cédric, ...

mardi 26 février 2019

Tout feu tout flamme #2.2 - Rois du monde, rois des moutons ?

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.
« Car au fond, de quoi se plaint-on ?
D'être pris pour des cons ! »
(Sinsemilia)
C'est peut-être le sentiment que vous aurez eu en lisant l'historique éditorial de la trilogie/diptyque/pentalogie/série/saga/chanson/cycle/épopée "Rois du monde" - faites votre choix, un intrus peut s'être glissé dans la liste - de Jean-Philippe Jaworski présenté ici. C'est en tout cas mon sentiment. Mais peut-être suis-je le seul ? Pour vérifier cela, je vous propose un petit test digne des plus grands magazines intellectuels trouvables chez vos marchands de journaux. Sortez un papier et un crayon et notez bien vos réponses.

Grand test : quel éditeur êtes-vous ?


Pour l'ensemble des questions, vous êtes dans la peau d'un éditeur de SFFF, présent depuis de nombreuses années dans le milieu, éditant l'un des plus grands auteurs francophones du genre.

       1. Votre auteur vous a rendu le manuscrit du premier tome de sa nouvelle trilogie. Les tomes suivants ne sont pas encore écrits et cet auteur est connu pour ne pas être le plus rapide du monde. Vous... :

A. ...publiez le premier tome et n'annoncez rien de précis concernant la suite.
B. ...publiez le premier tome en annonçant la sortie du tome 2 l'année prochaine et du tome 3 l'année suivante.

       2. Votre auteur a du retard sur l'écriture de son tome 2. Ce dernier n'est pas terminé et sa taille semble être de plus en plus importante. Vous... :

A. ...décidez de communiquer sur ce retard auprès du public et d'attendre que le tome soit terminé avant de prendre une décision concernant sa publication.
B. ...décidez de publier dès à présent ce qui est disponible et annoncez que la fin du tome sera publiée dès l'année prochaine.

     3. Les deux dernières dates de publication que vous aviez annoncées n'ont pas pu être respectées. Vous n'avez rien de concret sous la main concernant la publication suivante. Vous... :

A. ...décidez de ne plus vous mouiller et communiquerez une date quand vous aurez plus d'informations.
B. ...décidez d'annoncer dès à présent une date de publication précise pour un futur proche.

      4. Diverses raisons ont modifié l'organisation de la trilogie de votre auteur phare. Le troisième tome ne paraitra finalement pas dans un futur proche et la série pourra être considérée comme terminée à l'issue des deux premiers tomes. Vous... :

A. ...communiquez clairement sur ce fait en présentant les tenants et les aboutissants de ce changement.
B. ...présentez en toute normalité le deuxième tome comme la fin de la série et n'évoquez absolument pas la question du troisième tome.

Résultats :
- Vous avez répondu "A" à toutes les questions : ne seriez-vous pas un peu trop naïf ? N'oubliez pas d'aiguiser vos crocs si vous voulez survivre dans ce métier.
- Vous avez répondu "B" à 1, 2 ou 3 questions : vous avez quelques bons réflexes par moment mais vous devez encore apprendre votre métier.
- Vous avez répondu "B" à toutes les questions : félicitations, vous êtes un éditeur modèle, notre maison d'édition, "Les Poissons Phosphorescents", serait ravie de vous compter parmi nous !

...

 

Des incidents et des contretemps peuvent survenir. Mais :
- Comment peut-on sans cesse annoncer des dates erronées ? D'une manière plus générale, comment peut-on communiquer aussi mal ? Au point que l'on apprenne les modifications du troisième tome seulement grâce à l'acharnement de certaines personnes à poser des questions suite à des bribes d'informations trouvées dans une interview sur un blog ?
- L'une des raisons du découpage du tome 2 - outre le format choisi sur lequel je ne reviendrai pas (quoique : peut-être fallait-il y penser avant ?) - serait de ne pas faire trop attendre le lecteur. De une, il attendrait moins si on ne lui donnait pas des dates erronées. De deux, on parle de Jean-Philippe Jaworski. Il me semble que le public sera au rendez-vous même s'il faut attendre un peu plus longtemps, non ?
- Vu le nouveau découpage du tome 2, un découpage artificiel, il a été décidé... de ne rien faire. Pas de résumé au début de chaque volume (et qu'on ne me dise pas qu'ils sont faits pour être lus à la suite, sinon pourquoi les publier à des moments différents ?), aucune facilitation dans la dénomination des volumes (au contraire de l'édition proposée par FolioSF qui comporte, elle, des sous-titres), ...

Ça fait beaucoup, non ? On a beau vouloir être gentil et compréhensif, difficile de ne pas se demander si certains ne veulent pas surtout que le lecteur prenne le plus souvent possible sa casquette d'acheteur. Et qu'on ne me dise pas que c'est un mal pour un bien, qu'il faut bien des fonds pour développer les autres titres, quand on voit les crowdfundings organisés par les Moutons en parallèle.

Chacun en tirera ses conclusions, entre malhonnêteté et incompétence (appelons un mouton un mouton un chat un chat). Il faut évidemment relativiser l'ampleur du "problème", mais cela reste préoccupant, surtout dans un contexte plus général de multiplication des séries qui s'embourbent et dont on n'est jamais certain de voir la fin, si ce n'est 20 ans plus tard après 42 changements de plan, retards et autres contretemps. Que personne ne soit ensuite étonné de la frilosité toujours plus importante des lecteurs à se lancer dans des séries, surtout chez des éditeurs qui ne paraissent pas dignes de confiance. Les cercles vicieux, tout ça tout ça...

Quoiqu'il en soit, et heureusement pour certains, l'immense majorité des lecteurs n'aura jamais connaissance d'un dixième de tout ça. Mais quand même... N'est-ce pas un peu ironique d'avoir l'impression de se faire tondre comme des moutons ?

Pour finir sur une note plus légère, tout de même, parce que Jaworski est grand, qu'il faut continuer à le lire et que la vie est belle, un dernier petit jeu : saurez-vous trouver la différence entre ces deux éditions de Même pas mort ?
Indice : à gauche, la première édition.
Merci à Vert et Elhyandra pour les photos.

lundi 25 février 2019

Tout feu tout flamme #2 - La "trilogie" Rois du monde de J.-P. Jaworski

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.

Jaworski est grand. Et sa trilogie "Rois du monde" l'est elle aussi de plus en plus. Malheureusement pas nécessairement dans le bon sens, les sorties s'enchaînant en laissant quelque peu dubitatifs les lecteurs attentifs. Pourquoi ? Notamment car le quatrième tome de la trilogie, qui n'est toujours pas le dernier, vient de paraître. Étonnant, non ? Eh bien, c'est en fait pire que ça. D'où cet article, pour revenir sur l'historique de la série et tenter de clarifier les choses.

2013

 

Tout commence en 2013. Sur le programme de l'année, les Moutons électriques annoncent (notamment ici ou ) la sortie de Même pas mort, premier tome de la nouvelle trilogie de Jean-Philippe Jaworski, "Rois du monde". Et le public de se réjouir - à raison, parce que c'était vraiment très bien.

Ce même public peut même doublement se réjouir car tout semble indiquer que cette trilogie est bien réfléchie et devrait s'enchaîner sans souci. Tenez, regardez, c'est écrit à l'intérieur même de Même pas mort :

Même pas mort, première édition.
Et puis tiens, lisez donc cet extrait d'une interview de l'auteur à Elbakin, toujours en 2013, sur l'importance du chiffre 3 :
« Initialement, Rois du Monde devait être un roman composé de trois parties. Cette structure tripartite m'était imposée par l'importance du chiffre trois dans la culture celtique : trois points cardinaux, trinités païennes ou dieux trifaces, siècles de trente ans, fêtes de trois nuits (comme Samonios / Samain), trimarkisia (trio guerrier), triades mnémotechniques… Quand le projet a pris de l'ampleur, chaque partie est devenue un volume, chaque chapitre est devenu une partie. Mon but est d'avoir un roman qui, non seulement dans son contenu, mais aussi dans sa forme, soit un hommage aux structures celtiques. »
Donc c'est plutôt clair, voilà ce qu'on aura le plaisir de lire :
La trilogie "Rois du monde" en 2013.















2015

 

Avançons en 2015 - et omettons la non-parution de la deuxième branche en 2014. En début d'année, dans l'interview rituelle d'Elbakin, la bonne nouvelle est là : « Faire encore et toujours mieux avec Jean-Philippe Jaworski, qui sort en mai le deuxième tome de sa trilogie "Rois du monde" .

La première surprise arrive en avril, sur le blog des Moutons : « Et comme l’auteur avait finalement beaucoup plus à dévoiler qu’il ne l’avait prévu à l’origine, ce deuxième tome (aussi long que le premier) sera suivi dans un an de sa suite directe : Chasse royale sera en deux parties, dont ce volume est la première. Ou pour être plus clair, cette « trilogie » sera finalement au moins en quatre volumes... »

Une séparation en deux volumes donc pour Chasse Royale, confirmée par l'auteur dans une interview sur Elbakin où l'on apprend que les raisons sont littéraires, mais pas que : « Un gros volume dans la couverture rigide adoptée pour la première branche est très cher à produire et majorait les risques financiers ; par ailleurs, André-François Ruaud ne voulait pas une trop longue attente du public entre les deux romans. »

Bon, pourquoi pas, ça peut arriver. En plus c'était toujours bien, alors on savourera quatre tomes et tout le monde sera content. Non ?
La trilogie "Rois du monde" en 2015, qui n'en est plus une que dans l'esprit.












2017

 

Comme prévu un an plus tard Deux ans plus tard, le tome 2.2 parait donc (et c'est toujours appréciable). La fin de Chasse Royale... ou pas. Car les Moutons ont une surprise pour nous : « Votre auteur préféré, dévoré par sa saga celtique, vous régalera d'un tome supplémentaire narrant l’avènement du chef de guerre. Et cela veut dire que "Chasse Royale" se découpera finalement en trois volumes. Le troisième étant d'ores et déjà prévu pour janvier 2018. »

Jean-Philippe Jaworski livre des précisions sur Elbakin : « Publier en un seul tome les parties II et III dans la belle reliure de l’édition des premiers volumes était trop difficile. Du reste, la coupure ne pose aucun problème. Au contraire : quitte à diviser le texte, je préfère une parution en trilogie plutôt qu’en diptyque, car l’organisation du roman est tripartite. Ainsi, le deuxième tome correspond à la deuxième partie et possède son unité et sa couleur propres. »

Un discours appuyé par une autre interview, cette fois sur Just A Word, dont je ne vous livre qu'un court extrait par souci de lisibilité : « Ce qui structure le récit de l’ensemble du cycle en fait, ce sont les petits chapitres qui servent de prologues qui s’appellent La Première Nuit au début de Même pas Mort, La Deuxième Nuit au début de Chasse Royale, et au début de La Grande Jument, le dernier volume du cycle ça s’appellera La Troisième Nuit, qui correspondent aux trois nuits où le narrateur-personnage Bellovèse raconte son histoire ».

Bon, soit. Ça devient un peu répétitif, mais pourquoi pas, la symbolique du chiffre 3 qui revient c'est sympa vu les propos tenus par l'auteur en 2013. Cette fois-ci c'est la bonne, plus que deux livres à sortir et on en a terminé. "Vous verrez, on en rira même dans quelques années !" pourrait-on se dire. Eh bien, rira bien qui rira le dernier...
La trilogie "Rois du monde" en 2017, 3-ception.





2019

 

Janvier 2018 Janvier 2019. Vous en reprendrez bien une tranche ? Tout commence pourtant bien avec l'annonce des Moutons : « Et commençons l’année par ce qui constitue toujours un événement : un nouveau tome de la saga "Rois du monde" de Jean-Philippe Jaworski. Avant-dernier volume de ce grand cycle celtique, Chasse royale III retrouve Bellovèse (...) ». Avant-dernier tome, il ne reste donc plus que La Grande Jument à paraitre, comme prévu depuis 2013 et dont nous avons même déjà la couverture.

C'est au détour d'une interview des Moutons chez Just A Word, pour présenter le programme de l'année - on n'évoquera pas ici le fait que l'éditeur ne répond plus à Elbakin sur cette même thématique, ne nous dispersons pas - que la surprise apparait : « Et fin mai... Chasse royale IV de Jean-Philippe Jaworski, mais oui : la fin de la saga Rois du monde ! ».

Vous n'avez rien compris ? C'est normal, c'est incompréhensible. Après quelques jours de questionnements et d'attente, une clarification arrive enfin, par Nicolas Winter, tenancier de Just A Word : « selon les éclaircissements de l’éditeur : Parution des deux derniers volets de la seconde branche cette année ; Pas de branche 3 dans l’immédiat mais la seconde branche proposera une fin en soi ; Possible branche 3 dans le futur qui fonctionnerait indépendamment des deux premières ; Retour au Vieux Royaume après la fin de la branche 2 avec le roman Le Chevalier aux épines ».

Et notre trilogie initiale, conçue en tant que telle, est donc devenue un diptyque avec un premier tome en un volume et un second tome en quatre volumes.
"Rois du monde" version 2019, un diptyque en 5 volumes.

















Quelque chose à rajouter Monsieur Jaworski ? Extrait d'une interview à ActuSF : « (...) le volume qui paraît en janvier 2019 ne forme en fait que la moitié de la troisième partie du roman. J'aurais préféré différer la publication pour livrer au public l'intégralité de cette troisième partie, mais les contingences éditoriales en ont décidé autrement. »

Il y aurait encore pas mal de choses à dire sur la trilogie "Rois du monde". Mais mon lectorat me contraint à des publications rythmées et mon format m'oblige à ne pas faire plus long. Par souci de lisibilité et de clarté, mais surtout pour rendre un vibrant hommage à l'historique éditorial de cette saga, la suite (et fin) de ce billet sera publiée dans un prochain article à paraître très prochainement. Ce sera l'occasion, en s'appuyant sur les faits présentés plus haut, de répondre notamment à la question que beaucoup auront peut-être à l'esprit : "est-ce qu'on ne nous prendrait pas un peu pour des pigeons ?".

vendredi 15 février 2019

James E. Gunn & Jack Williamson - Le Pont sur les étoiles

Le Pont sur les étoiles, James E. Gunn & Jack Williamson, 1955, 241 pages.

Éron est le centre d'un empire interstellaire. Et pour cause : elle détient le secret des tubes, de véritables ponts entre les étoiles, qui permettent de surpasser la vitesse de la lumière entre Éron et toute planète où un terminal a été déposé. Mais tout empire connaît des adversaires et des hommes de l'ombre cherchant à tirer les ficelles. Horn, lui, ne se pose pas tant de questions et compte simplement faire ce pour quoi il a été payé : tuer le directeur général d'Éron.

Le Pont sur les étoiles est un roman à la fois simple et complexe. Simple car son intrigue reste à taille humaine et se déroule rapidement, le vrai coeur de l'histoire pouvant même être résumé en peu de lignes. Et dans le même temps, le tout a une part de complexité, et ce moins dans les concepts scientifiques que dans les concepts sociaux que le roman cherche à présenter, notamment l'individualisme face à l'effet de groupe ou la marche de l'Histoire face au libre arbitre.

Le bémol de cette complexité, c'est que je ne sais pas si elle intelligente, si elle apporte un véritable plus à l'oeuvre, ou bien si elle n'est que de l’esbroufe, des bons mots qui n'apportent pas grand chose. C'est un point que je n'arrive pas à trancher et qui explique mon sentiment un peu mitigé, sans avis certain, à l'issue de cette lecture.

Fait rare, Le Pont sur les étoiles est aussi un roman où l'on sent clairement les quatre mains à l'oeuvre : le premier tiers, écrit par Jack Williamson, compte beaucoup de descriptions et est assez aride quand la suite du récit, de James E. Gunn, est plus active, plus aérée et plus prononcée en dialogues - pour ne pas dire plus agréable, même si cela n'empêche pas une visualisation un peu difficile par moment.

Une chose est sûre, même s'il n'est pas parfait, Le Pont sur les étoiles offre une aventure différente aux pistes de réflexion inhabituelles. Et surtout, il ne fait pas son âge !
« Si tous les hommes savaient construire des ponts, qui acquitteraient les péages ? »

vendredi 1 février 2019

Chloé Chevalier - Les Terres de l'Est

Les Terres de l'Est, Chloé Chevalier, Tome 2/4 des Récits du Demi-Loup, 2016, 327 pages

Deuxième tome des Récits du Demi-Loup, après Véridienne, Les Terres de l'Est prend place deux ans plus tard, mais néanmoins dans la continuité des évènements de fin du premier tome, et se déroule en grande partie - quelle surprise ! - à l'Est.

Signe de qualité, même trois ans après la lecture du premier tome le retour dans le Demi-Loup se fait plutôt bien. Il n'en reste pas moins qu'un petit résumé divulgâcheur en entame de volume ne serait vraiment pas de trop. Une absence vraiment incompréhensible pour moi, que cela soit ici ou chez bien d'autres éditeurs.

Quoiqu'il en soit, c'est le seul point négatif que l'on trouvera ici. Car pour tout le reste, c'est du très bon. Au programme : des personnages qui s'affirment toujours plus, un univers qui s'agrandit, des révélations sur les mystères laissés dans le premier tome, toujours une intelligente alternance de récits et de lettres, ...

Si les princesses sont quelque peu en retrait, Aldemor est incontestablement le pilier de ce volume, un touchant pilier loin d'être épargné. L'intrigue n'avance pas nécessairement à vitesse grand V mais elle avance tout de même, avec plaisir et sans répit ni ennui, sur plusieurs fronts en parallèle. Si Véridienne était une bonne découverte, Les Terres de l'Est est une très belle confirmation de la qualité de ces Récits du Demi-Loup.

D'autres avis : Célindanaé, Boudicca, Xapur, L'ours inculte, AcrO, Julien, ...

dimanche 25 février 2018

Mathieu Rivero - Or et nuit

Or et nuit, Mathieu Rivero, 2015, 250 pages.

« Les Milles et une nuits, volume 2 ». Cela pourrait être le sous-titre de ce roman, qui conte les aventures de Shéhérazade après avoir survécu à son terrifiant mari. On y suit deux histoires en parallèle : l’histoire de Shéhérazade elle-même, enlevée par des bandits, et le conte qu’elle narre à leur chef. Et tout ça sent bon le sable, les palais et l’orient - ou tout du moins tous les clichés que je peux en avoir.

Limpide. Or et nuit est un roman limpide. C’est le mot qui me vient immédiatement à l’esprit pour le qualifier. La lecture est fluide et tout semble couler de source. Presque un peu trop : la fin manque d’ardeur et de surprise. Heureusement, la lecture est globalement « courte » et cette lassitude n’a donc que peu de temps pour arriver, le lecteur pouvant rester sur son impression d’avoir fait un bon voyage.

lundi 13 novembre 2017

Jean-Philippe Jaworski - Chasse Royale (2)

Chasse Royale 2, Jean-Philippe Jaworski, Tome 2b/3 de Rois du Monde, 2017, 349 pages.

Chasse Royale est la suite directe de Chasse Royale. Pas le tome suivant, non, la vraie suite directe. Le deuxième chapitre. Et même pas le dernier puisqu'un troisième "volume" viendra conclure cette deuxième branche. Le deuxième tome de la série Rois du monde sera donc une trilogie. Une trilogie dans la trilogie, en toute simplicité. Un découpage à rendre jaloux Pygmalion.

Qu'est-ce que cela change au final ? Pas grand chose. Un peu moins d'aide pour le lecteur peut-être, l'histoire reprenant comme le chapitre suivant la fin de Chasse Royale 1, sans les éventuels rappels de début de tome de certaines séries. À part ça, la différence est invisible, hormis une potentielle excuse pour le lecteur qui trouverait le tome un peu plus faible ou inactif : ce n'est pas un tome, juste le chapitre du milieu. Mais qui tiendrait compte d'une telle excuse ?

De toute façon, nul besoin d'excuse. Certes le démarrage est difficile : l'intrigue est riche en lieux, peuples et personnages, alors pour se souvenir de tout... Et pourtant, ça revient rapidement, parole de poisson rouge. Oh, surement pas tous les détails mais, après quelques allusions, les évènements du volume précédent reviennent en mémoire. Parce qu'ils étaient quand même bien marquants quand on y repense !

Après quelques dizaines de pages, on se retrouve de nouveau pleinement engagé dans l'histoire. Et si vous avez un peu de mal, pas de problème : le récit est, une nouvelle fois, entrecoupé de nombreux flashbacks - qui permettront d'enfin découvrir tout un pan encore inconnu de l'histoire de Bellovèse - et s'appuie sur eux pour développer toute la trame de ce volume.

Verdict ? C'est toujours excellent. Plus lent que le volume précédent certes, mais tellement instructif sur les zones d'ombre de l'histoire. Et puis, qui se soucie de ça quand on a le bonheur de lire du Jean-Philippe Jaworski ? Parce qu'encore une fois, cette écriture fait des merveilles. Vite, le chapitre suivant !

lundi 14 novembre 2016

Jean-Philippe Jaworski - Chasse Royale

Chasse Royale, Jean-Philippe Jaworski, Tome 2a/3 de Rois du Monde, 2015, 282 pages.

Clash Royale poursuit l'exploration de l'univers découvert dans Clash of Clans. Sur une base de personnages similaires, l'aventure prend ici une tournure plus simple ou tout du moins plus abordable pour le joueur casual. Supercell continue de faire ce qu'il sait faire, et il le fait bien, voire très bien, continuant de s'imposer comme une référence - si ce n'est pas la référence - du genre !

Hein ? Quoi ? Ce n'est pas de Clash Royale que je dois parler mais de Chasse Royale ? Oh. D'accord, je me suis peut-être légèrement mélangé, mais relisez-bien - et remplacez quelques mots - car c'est finalement exactement ce que je viens de faire.

Étonnamment, le démarrage de Chasse Royale se passe très bien. Malgré la densité de l'univers et du premier tome, les souvenirs reviennent bien vite. S'il m'a peut-être manqué quelques subtilités qu'une relecture de Même pas mort m'aurait offertes, les premières pages redonnent astucieusement tous les éléments nécessaires pour nous replonger pleinement en Gaule.

Plus linéaire que son prédécesseur, Chasse Royale en devient plus facile à la lecture, mais sans perdre pour autant sa densité. À celle-ci s'ajoute une intensité incroyable : les 250 pages se déroulent pourtant quasiment en une seule journée, mais sans baisse d'intérêt ou de tension. Une performance en soi.

Chasse Royale est donc un très bon roman, peut-être moins fort stylistiquement que le premier tome mais surement meilleur en matière de plaisir pur. Son seul défaut est d'être seulement la première moitié du second tome tel que Jean-Philippe Jaworski le conçoit. Sans fin digne de ce nom, la lecture laisse véritablement le sentiment de ne pas être achevée. Cela donne évidemment l'envie de lire la suite, mais laisse en attendant un goût amer en bouche, à l'instar des découpages en deux tomes de L'Assassin Royal par Pygmalion. Dommage.

lundi 17 octobre 2016

Cédric Ferrand - Sovok

Sovok, Cédric Ferrand, 2015, 219 pages.

[Ceci n'est pas une véritable chronique, le livre ayant été lu il y a plusieurs mois et les souvenirs - s'ils en restent - étant donc bien plus flous qu'à l'habitude. Les quelques bafouilles suivantes sont là pour tout de même garder une trace de cette lecture.]

Sovok, c'est avant tout un cadre incroyable. Une Russie du futur - les ambulances volantes rendant la chose indéniable - mais un futur qui est loin d'être clinquant. Quasiment un post-apo tant il s'agit d'une lutte contre la pauvreté, contre la saleté, contre le froid. La vie est loin d'être rose dans cette Russie rétro-futuriste : elle est blanche, mais d'un blanc très sombre.

Et dans ce cadre incroyable, l'histoire ne démérite pas et prend peu à peu de l'ampleur. Ce n'est certes pas une histoire incroyable qui se suffit à elle-même et nous tient en haleine à chaque page. Mais elle est parfaite dans sa mise en valeur de son univers. L'un et l'autre fonctionnent car ils sont ensembles.

Sovok n'est peut-être pas le livre de l'année, pas un roman qui prend aux tripes, mais c'est un bon moment à passer, un voyage dans un monde singulier. Et même si ce dernier n'est pas fondamentalement sympathique, on finit tout de même par le quitter avec regret.

vendredi 9 octobre 2015

Chloé Chevalier - Véridienne

Véridienne, Chloé Chevalier, Tome 1/? des Récits du Demi-Loup, 2015, 376 pages.

Le royaume du Demi-Loup, composé des deux régions de Véridienne et des Éponas, repose sur une coutume particulière : chaque enfant royal se voit doté d'un Suivant, un enfant du même sexe né un jour après lui, qui devient son ombre, ne fait qu'un avec lui et doit le pousser dans le droit chemin. Le royaume en est-il pour autant paisible et florissant ?

Véridienne suit le destin de toute la royauté du Demi-Loup, et plus particulièrement des princesses Malvane et Calvina, à travers les yeux de leurs Suivantes Cathelle, Nersès et Lufhilde. Un récit polyphonique qui mélange les points de vue et les types de narration, alternant journaux, lettres, compte-rendus, ... Pourtant, si la variation est agréable et donne des angles de compréhension différents, on pourra reprocher un style trop uniforme et froid : on ne sent pas évoluer les personnages grâce à leurs narrations, seulement par le regard porté sur eux par les autres narrateurs.

Malgré cela, les personnages et leurs évolutions sont bien le coeur du récit et sa force principale. Même si elles apparaissent par moment un peu tête à claques et trop égocentrées, les héroïnes restent de forts caractères et donnent étonnamment envie de les suivre. Un mécanisme, à une moindre échelle, qu'on pourrait définir comme fiztchevalierien, en l'honneur de l'emblématique personnage de Robin Hobb.

Véridienne est une très bonne surprise. Il bénéficie de personnages forts dans un univers qui donne envie d'être exploré, dévoilant peu à peu une profondeur et de fortes possibilités. Surtout, il n'est pas un simple tome d'introduction où les pions se mettraient en place. Ici, les pions sont déjà bien en mouvement, il se passe des choses et on ne sait pas où cela nous emmènera. Une raison supplémentaire de vouloir en lire plus et de retourner dans ce royaume du Demi-Loup. Et quand l'envie de revenir à un univers est présent, c'est souvent bon signe.

Troisième lecture francophone pour le Challenge Francofou

CITRIQ

mardi 14 juillet 2015

Nicolas Le Breton - Les Âmes envolées

Les Âmes envolées, Nicolas Le Breton, 2014, 321 pages.

Paris, 1912. Les dirigeables, le moyen de transport normal de l'époque, fleurissent dans le ciel. Louis Lépine, préfet de police, se retrouve à enquêter sur une mort aux apparences normales mais qui l'emmènera sur les traces d'une mystérieuse organisation qui pourrait bien bouleverser l'ordre du monde.

Steampunk. Ce simple mot suffit à expliquer très facilement l'ambiance de ce roman. L'atmosphère steampunk est là, bien visible, dans l'omniprésence des aérostiers et de leurs atours. Je ne suis absolument pas un spécialiste du genre, mais la thématique semble bien respectée. Et au milieu de cela se côtoient les personnages plus ou moins célèbres, remis en situation pour les besoins de l'intrigue.

Qui dit steampunk dit aventures. Le rythme est enlevé, envolé même, dès le prologue qui nous plonge en plein coeur de l'action. Et cela enchaîne, s'enchaîne, sans cesse, avec tout de même quelques scènes un pu plus reposantes. Et pourtant.

Pourtant, je n'ai pas réussi à accrocher. Je n'ai pas réussi à trouver ce petit plus pour garder mon intérêt passer le premier tiers du livre. Pas d'empathie pour les personnages, pas de véritable intérêt pour suivre ces innombrables péripéties, pas plus d'envie que cela de dévoiler le mystère. Comme souvent pour moi avec ces livres axés sur l'action-aventure, ça passe ou ça casse sans que j'arrive à identifier précisément les raisons. Ici, ça casse.

Les Âmes envolées parlera surement aux amateurs du genre. D'autant plus que sa conclusion est de qualité permettant aussi bien d'en faire un surprenant one-shot ou le départ d'une potentielle série. Elle aura malheureusement été trop tardive pour que mon plaisir général soit comblé.


Troisième lecture pour le challenge Summer Short Stories of SFFF

mardi 12 mai 2015

Alexandre Kouprine - Le Soleil liquide et autres récits fantastiques

Le Soleil liquide et autres récits fantastiques, Alexandre Kouprine, 1894-1927, 178 pages.

Qui dit recueil de nouvelles dit inconstance du niveau et de l'intérêt. C'est parfaitement vrai pour Le Soleil liquide et autres récits fantastiques, qui comme son nom ne l'indique pas ne comporte pas que des nouvelles fantastiques. Au contraire, on ne retrouve que peu de nouvelles relevant à proprement parler du fantastique, entourées de nouvelles réalistes ou merveilleux-scientifique.

Reconnu par ses pairs, Alexandre Kouprine dégage indéniablement un style que l'on pourrait qualifier de russe : tristement réaliste, presque déprimé, sans espoir. On ne respire pas la joie en lisant ce recueil. Mais au-delà de l'attitude, Kouprine a une vraie plume critique. Très politisé, la bourgeoisie et la noblesse en prennent pour leurs grades. Mais l'auteur questionne aussi, grâce notamment à la longue nouvelle Le Soleil liquide qui est le coeur de ce recueil, le progrès scientifique et son utilisation. Au final, c'est l'être humain dans son ensemble qui se retrouve épinglé par un Kouprine impitoyable.

Pour autant, si les textes sont bien souvent plaisant à lire et que l'on reconnait une plume comme on n'en fait plus, le recueil ne m'a pas emballé plus que cela. Pas de chef-d'oeuvre dans tous ces récits, et certains sont anecdotiques. L'ensemble aura bien du mal à rester dans ma mémoire. Cela reste malgré tout une découverte que je ne regrette pas avec un auteur méconnu qui offre une belle palette de capacités.

jeudi 22 janvier 2015

Jean-Philippe Jaworski - Janua Vera

Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski, 2007/2010, 412 pages.

Avec Gagner la Guerre, l'excellent Gagner la Guerre, le lecteur pouvait faire son entrée dans l'univers du Vieux Royaume. Mais avant cela, avant tant dans la chronologie terrestre que dans celle du Comput royal, se trouve Janua Vera, un recueil de nouvelles permettant une plongée encore plus importante dans l'univers.

Notons dès à présent que cette réédition comporte 10 nouvelles, soit une augmentation de 3 nouvelles (+ des annexes) par rapport à l'édition originale. Notons aussi que cette version "luxe" est magnifique, un objet-livre très agréable à avoir en main et devant les yeux. De quoi redoubler le bonheur de la lecture.

Car la qualité des récits est, elle aussi, à la hauteur. On y retrouve la plume habituelle de l'auteur, une écriture fine dépeignant avec précision les environnements et éléments des intrigues, dans des histoires variées. Si tous les récits se concentrent sur le destin d'un personnage central, les premiers ont une forte portée historique tandis que les suivants se laissent plus aller au "présent" et aux exercices de style.

Inutile de revenir en détail sur chaque nouvelle. Toutes sont bonnes et sont à lire. Avec Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski prouve sa capacité à construire à la fois un univers complet et des histoires intéressantes en son sein, tout en parvenant à renouveler son style et son approche. Une excellente lecture pour découvrir le Vieux Royaume ou pour en parfaire sa connaissance.


Dixième participation au Challenge Francofou

mardi 25 novembre 2014

Stefan Platteau - Manesh

Manesh, Stefan Platteau, Tome 1/3 de "Les Sentiers des astres", 2014, 460 pages.

Deux gabarres, transportant une vingtaine de guerriers, remontent un fleuve en quête du Roi-diseur, un oracle qui pourrait changer le cours de la guerre. Sur le chemin, elles secourent un homme qui se fait appeler "Le Bâtard". Il est confié au Barde, qui doit lui soutirer son histoire.

Deux fils narratifs s'entrecroisent. Celui du Barde, qui conte le présent de l'intrigue et l'avancée des gabarres. Celui du Bâtard, son histoire personnelle et le pourquoi de son errement au fil de l'eau. Mais plus que deux récits qui s'affrontent, se rythment et jouent au ping-pong, cette double narration offre une découverte plus ample de l'univers si particulier de Manesh par deux regards bien différents.

Car si l'intrigue est forcément une chose importante, elle est ici limitée et seulement d'une importance secondaire. Ce qui étonne et captive dans Manesh, c'est cet arrière-plan fouillé et débordant d'informations à digérer. Un peu trop. Entre les conflits et rivalités bien réelles des humains et les présences brumeuses des Dieux et autres puissances supérieures et mythiques, il est difficile d'avoir une vision précise du tableau présenté par Stefan Platteau.

Un livre compliqué à maîtriser donc. Et ce malgré sa longueur, un beau pavé de près de 500 pages, dont on sort en commençant tout juste à avoir l'impression de comprendre ce qui se trame. Entre temps, on l'aura justement trouvé un peu long (le temps), l'univers foisonnant ne suffisant pas à garder l'intérêt d'une histoire en manquant sensiblement.

Si Manesh n'est qu'une introduction à la suite de la trilogie, c'est une introduction un peu longue, dont j'ai peur (voire la certitude) d'oublier les informations essentielles avant que le deuxième tome n'arrive. Pourtant, tout n'est pas à jeter dans ce livre qui comporte quelques qualités, notamment une ambiance forte pouvant sans mal évoquer des tas de récits mythiques, L'Odyssée d'Homère en tête.

L'avis bien plus enthousiaste de Julien.

Cinquième participation au Challenge Francofou

samedi 8 novembre 2014

Estelle Faye - Un Éclat de givre

Un Éclat de givre, Estelle Faye, 2014, 245 pages.

« Alors la Nature s’est révoltée. Oh, pas d’un coup. Pas dans un grand chambard général, pas comme dans les films-catastrophes étranges et exagérés qui se multipliaient autour de 2012. L’Apocalypse n’a pas eu lieu dans une immense explosion, une déflagration réduisant à néant, en quelques années, la civilisation entière. Non, le monde a mis du temps à mourir. C’est ça que l’homme n’a pas compris. »

2267. La nature a repris ses droits. Les populations survivantes s'agglutinent dans les capitales. À Paris, Chet est chanteur de jazz la nuit et vivote le jour dans diverses activités plus ou moins légales. Jusqu'au jour où il se retrouve embarqué, bon gré mal gré, dans une mission pour sauver la ville. Et comme il n'a rien de mieux à faire...

Une nouvelle fois, l'écriture d'Estelle Faye fait mouche pour dépayser le lecteur. Après la Chine douce et magique de Porcelaine, elle nous entraîne cette fois dans un Paris aux teintes musicales et sales, entre club de jazz et cour des miracles, où la beauté et la noirceur se mélangent en toute normalité. Saluons aussi la magnifique couverture d'Aurélien Police qui préfigure parfaitement ce cadre avant même d'en lire les premières lignes.

Si le cadre est déjà un argument presque suffisant pour apprécier ce livre, l'histoire n'est pas en reste. Suivre le sympathique et humain Chet, je ne trouve pas d'adjectif plus juste pour le qualifier, chercher son chemin vers la quiétude et la sérénité, tel Ulysse bataillant sur la route du retour, est un vrai régal. D'autant plus que l'intrigue a le bon sens de rester, malgré les implications fortes, à taille humaine. Ce qui n'interdit nullement un sens de l'extraordinaire, littéralement, mais sans jamais tomber dans l'incroyable, littéralement.

Un Éclat de givre est une nouvelle réussite pour Estelle Faye. Même si à froid on peut y déceler quelques faiblesses, la plongée est telle que l'on n'y prête aucune attention lors de la lecture. N'est-ce pas là l'essentiel ?

« Le sort m’offre un second round. L’occasion de me prouver que je peux rentrer là-bas, et en ressortir indemne. L’occasion de solder une partie de mes mauvais rêves. Je suis Chet et je marche seul. Je ne dois plus jamais l’oublier. »

Vingt-quatrième participation au challenge SFFF au féminin

Troisième participation au Challenge Francofou

dimanche 25 mai 2014

Timothée Rey - Gros-Œuf et Petit-Œuf / Les Griffes du Grogneur

Gros-Oeuf et Petit-Oeuf / Les Griffes du Grogneur, Timothée Rey, 2014/2006, 8/23 pages.


C'est par Vert que j'ai fait la connaissance de Timothée Rey. Sans avoir encore eu l'occasion de le lire. Quelle meilleure occasion pour cela que les deux nouvelles mises en ligne gratuitement par Les Moutons Électriques ?


Gros-Oeuf et Petit-Oeuf est un très court conte sur la création du Soleil et de la Lune, préalablement introduit par une discussion entre la conteuse et N'a-Qu'un-Œil le chamane. Sympathique. Je me suis surpris à la relire plusieurs fois, dans tous les sens, pour en saisir toutes les possibles imbrications.

Les Griffes du Grogneur est une nouvelle plus longue et pourtant plus anecdotique. N'a-Qu'un-Œil mène l'enquête après un double meurtre dans une grotte. Ambiance Mystère de la chambre jaune. Sans rebondissement, le soigneur inspecte les lieux, fait quelques déductions à l'écart du lecteur et trouve le coupable. Un peu trop rapide et direct pour être prenant, on en gardera la découverte d'une ambiance préhistorique (aux intonations indiennes pour les noms).

Rien d'immanquable dans ces deux textes mais une gentille entrée en matière dans l'univers de Les Souffles ne laissent pas de traces. Si vous avez 5 minutes, littéralement, lisez le sympathique Gros-Oeuf et Petit-Oeuf.


Première participation au Rupestre Fiction

vendredi 3 janvier 2014

Jean-Philippe Jaworski - Même pas mort

Même pas mort, Jean-Philippe Jaworski, Tome 1/3 des Rois du Monde, 2013, 297 pages.

« Toi. Oui, toi. Toi, petit blogueur insignifiant qui hasarde avec les mots comme une adolescente prépubère devant le beau gosse du quartier. Tu vas me raconter. Tu vas porter ma parole auprès de tous. Je t'arrête tout de suite : tu n'es pas un grand apôtre. Seulement tout le monde a déjà parlé de moi (Lune, Kissifrott, Xapur, entre autres) et en a dit le plus grand bien. J'ai pris goût à cette réussite et j'ai donc besoin que tu en fasses de même.

   Remercie-moi, ce n'est pas une tâche difficile que je t'impose. Après tout, je suis un livre écrit par Jean-Philippe Jaworski, un gage de qualité. Je ne suis pas une exception à la règle : mon écriture est ciselée, précise, efficace. Et il n'y aurait que ça qu'il faudrait déjà absolument me lire.

   Je te laisse quelques libertés pour la suite. Tu peux raconter comment j'utilise très bien le décor celte, qu'on ne croise pas tous les jours, pour une plongée intense et réaliste. N'en fais pas trop sur ce point, j'ai déjà chargé Gromovar de le décrire et il le fait mieux que tu ne le sauras jamais. À la place, tu pourras dire que je suis une grande aventure et que Bellovèse, mon personnage principal, est attachant. Mais tu le sais, puisque à travers moi tu as découvert sa jeunesse et son périple jusqu'au bout du monde pour devenir un homme vivant. Tu t'arrangeras pour trouver des transitions et tu ajouteras que je suis un objet-livre vraiment beau et agréable à prendre en main.

   L'histoire n'est pas terminée, mais écris déjà ça. Je reviendrai te voir l'année prochaine, et tu raconteras ma suite. Tu peux leur rappeler que je ne suis qu'un premier tome et que deux autres viendront m'étoffer et me rendre plus grand. Permets-toi un avis personnel si tu le souhaites. Tiens, tu n'as qu'à dire que je suis trop court et que tu voudrais immédiatement lire la suite. Ou si tu veux, tu peux même oser me critiquer. Explique leur que la triple succession de flashbacks, toujours aux moments-clés, t'as laissé un petit arrière-goût en bouche. Tu me considères comme une introduction et tu penses que tu sauras apprécier davantage mes frères. Soit.

   N'oublie pas de finir en rappelant que mon univers est somptueux et qu'il faut me lire. Je ne te force pas la main, c'est la remarque que chacun se fait à ma lecture. Tu leur expliqueras aussi que tu as été marqué par le prologue, écrit à le deuxième personne du singulier, qui t'a mis une baffe et donné des frissons alors que tu as parfois du mal avec ce procédé. Le souffle épique dis-tu ? Oui, il y a de ça. Mais peu importe. Ne t'avise surtout pas de pasticher ce trait de génie de manière éhontée. Dans tes mains, ce ne serait pas un hommage, mais un affront. Ou alors aie au moins l'intelligence de finir sur une note positive. Jaworski est grand. »

Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou

Première participation au Winter Mythic Fiction

vendredi 8 novembre 2013

David Calvo - Nid de coucou

Nid de coucou, David Calvo, 2007, 253 pages.

Attention, OVNI en approche ! Ou OLNI pour être plus exact : Objet Littéraire Non Identifié. Non, mais lisez moi cette quatrième de couverture. Si elle vous fait ouvrir de grands yeux, imaginez que ce n'est qu'un soupçon de l'incompréhension et de la folie qui se dégage de ce livre.

Avant d'essayer de parler du fond, attardons-nous un peu sur la forme. Tout commence par une carte (toujours un bon point, juste parce que j'aime bien les cartes), puis un sommaire aux allures de stratigraphie qui donne le ton : ce livre va être spécial. En parcourant l'oeuvre, on pourra se rendre compte qu'il est parsemé de diverses photos prises par l'auteur. Je ne suis pas sûr que cela amène véritablement un plus, si ce n'est que cela rend l'objet-livre encore plus particulier. Pendant que j'y suis, je peux souligner la très belle couverture de Marion Girerd, tout en couleur et en onirisme, parfaitement dans la veine des écrits de David Calvo.

Mais je m'égare, et j'évite le problème principal : qu'est-ce que Nid de coucou ? Et bien, je ne suis sûr de rien. À la base, il s'agit de plusieurs nouvelles de David Calvo, parues précédemment ailleurs et regroupées ici. Mais ce n'est pas qu'un simple recueil puisque ces nouvelles sont agrémentées d'autres textes qui les relient et créent un univers ainsi qu'une histoire plus globale sur le Gondwanaworld.

Concrètement, on n'y comprend absolument rien au début. Il y a des éléments qui reviennent régulièrement (le Gondwanaworld, Casimir, le Grand Coucou), ainsi que de très nombreuses références triturées en tout sens (de Robert Louis Stevenson à Babar, de Franck Sinatra au Capitaine Crochet,...). Cela donne des aspects très fouillis, surtout qu' on arrive pas à comprendre où l'on va. Parce qu'on ne va quasiment nulle part en fait. On se balade dans un univers, on le découvre, on le comprend petit à petit sans jamais être sûr de rien. Les narrateurs se mélangent, tout comme les types de narration, et tout comme le temps et l'espace. Cela vous semble totalement fou ? Ça l'est en quelque sorte, il faut lire Nid de coucou pour vraiment envisager Nid de coucou.

À côté de ce monde qui s'étend principalement au travers des petits chapitres, il y a aussi les grandes histoires, les nouvelles originelles, d'une trentaine de pages généralement (6 ou 7 je crois). Toutes sont surprenantes, et il y a de véritables bijoux. Iceblink blunk par exemple, enquête à la Columbo dans une communauté de bonhommes de neige. Ou John Frog, histoire d'un homme qui a un coucou dans les cheveux après un mauvais enchantement d'un sorcier, dont la chute est grandiose (dans tous les sens du terme).

Nid de coucou est inclassable à tous points de vue. C'est un concept, une aventure. Ce n'est pas une lecture toujours facile mais, même si je ne sais pas toujours comment ni pourquoi, c'est vraiment super. Parce que je ne l'ai pas encore dit, mais ce livre fait aussi passer de très beaux messages, avec de vraies émotions.

J'aime bien les lectures décalées, j'aime l'absurde et ce qui sort du rang. David Calvo arrive à faire tout cela, d'une manière que je n'avais jamais vu. On le rapprochera peut-être parfois un peu d'un Fabrice Colin, avec qui il a déjà écrit, mais cela reste quand même bien différent. C'est unique, et c'est bien pour ça qu'il y aurait tant à dire. Mais pour finir, trois choses. Premièrement, un résumé en une phrase : je pense qu'avant tout, Nid de coucou est un éloge de l'imaginaire. Deuxièmement, un lien vers une interview de David Calvo sur le Cafard cosmique, qui donne un petit aperçu du bonhomme. Enfin, une citation, qui n'a aucune prétention si ce n'est qu'elle m'a marqué :
« N’oubliez jamais ce que je viens de vous dire. Ce que vous contemplerez, de vos yeux, sera pour vous, uniquement pour vous. Ce que vous en tirerez n’existera pour personne d’autre. ce sera votre coeur, votre âme, votre secret. Vous n’hésiterez pas à l’oublier, pour ne pas risquer de le tâcher. Les derniers espaces blancs de l’invisible sont plus précieux que tout, car leur véritable valeur n’a jamais été envisagée autrement que par rapport à nos ressources matérielles. C’est ainsi : jamais le monde n’a pensé que quelque chose qui n’existe pas pouvait nous rendre meilleur. »
Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou