dimanche 5 juillet 2026

Bulles de feu #87 - Juin 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


Vagabond T.20-21/37 - Takehiko Inoue

Dans la continuité, les mêmes qualités de fluidité du dessin mais la même inanité de l'histoire.


Kaiju n°8 T.16/16 - Naoya Matsumoto

Une vraie bonne conclusion pour une vraie bonne série qui n'aura rien révolutionné mais qui aura toujours été plaisante et qui se termine pile au bon moment.


La Dent - Nicolas Pitz et Pierre Lecrenier

Un exemple de "show, don't tell". Une BD historique qui se lit totalement 'comme une histoire', sans aucune cartouche. Elle n'a pas vocation à être exhaustive sur la figure de Lumumba mais elle permet un bon premier aperçu à approfondir par soi-même.


Fannie la Renoueuse Tome indépendant 4/? des Contes de la Pieuvre - Gess

L'univers est toujours aussi bon mais cette histoire est la moins bonne des quatre publiées. Notamment car moins indépendante et un peu plus commune, plus un développement de personnages vus dans le deuxième tome qu'une nouvelle découverte.
Très bien


Gachiakuta T.1-3/16 - Kei Urana

Un très bon début de série tant au niveau de l'univers que de l'histoire et des personnages. Un potentiel évident avec pour l'instant une clarté remarquable, hormis pour les dessins des scènes de combats.


Dans le sens du vent T.1-2/? - Aki Irie

Un manga difficile à résumer tant les deux premiers tomes n'ont rien à voir l'un et l'autre. Le premier a une approche enquête/mystère quand le deuxième est plus une grande présentation de l'Islande. Un bémol sur la (future) romance adolescente assez cliché shonen mais ça reste un aspect mineur pour le moment, qui ne doit pas masquer un très bon potentiel, un côté atypique et une passion pour l'Islande qui se ressent.


Knight Club T.1/? - Arthur De Pins

Une très bonne revisite des sept samouraïs/mercenaires version "au XIIème siècle pendant les croisades". Les personnages sont hauts en couleur et l'histoire est très dynamique, tant par son scénario que par son dessin, ça donne l'impression de regarder un film d'animation.

lundi 29 juin 2026

Becky Chambers - Apprendre, si par bonheur

Apprendre, si par bonheur, Becky Chambers, 2019, 135 pages

Apprendre, si par bonheur est le rapport de mission que quatre astronautes, partis il y a bien longtemps explorer quatre exoplanètes, ont envoyé à la Terre. Une certaine urgence et une grande importance émergent des premières lignes, mais il faudra attendre la conclusion pour comprendre la raison de cet envoi et le besoin crucial d'une réponse. Ce qui n'est nullement un moyen de faire durer le suspense, le chemin étant essentiel pour bien comprendre la destination.

Le chemin, c'est donc l'exploration de quatre planètes et la recherche de formes de vie. À l'image des personnages, les quatre mondes sont totalement différents et offriront des expéditions mouvementées et surprenantes. L'histoire est très simple mais ça ne l'empêche pas d'être prenante, d'être complète malgré sa concision et de permettre de s'attacher à ce groupe d'astronautes positifs mais loin d'être lisses.

Apprendre, si par bonheur - dont la référence, absolument parfaite, est expliquée en toute fin d'ouvrage - est une novella qui a clairement un but, qui est là pour poser une question. Et si elle incite à une réponse, Becky Chambers a l'intelligence de laisser toutes les voies ouvertes. Car le vrai objectif est la réflexion, pas la réponse en elle-même. Et tout ça sans oublier de proposer une vraie aventure. Que peut-on demander de plus à une novella ?

Couverture : Nicolas Sarter / Traduction : Marie Surgers
D'autres avis : Vert, Le Maki, Yuyine, Lorhkan, Le chien critique, FeydRautha, Zoéprendlaplume, Lectures du panda, Célinedanaë, Lune, Anne-Laure, OmbreBones, ...


Première escale pour le Summer Star Wars Grogu

mardi 23 juin 2026

Ketty Steward - Confessions d'une séancière

Confessions d'une séancière, Ketty Steward, 2023, 187 pages

Confessions d'une séancière est un recueil alternant courtes nouvelles et encore plus courts poèmes. Je ne dirai rien de particulier sur ces derniers, ils ne m'ont rien évoqué et je suis resté parfaitement neutre à leur lecture. Ce qui n'est pas un problème puisque les nouvelles restent le contenu principal, au moins en quantité.

Les nouvelles donc. Qu'on devrait presque plus appeler des contes. Voire des mythes. Car toutes vont mettre en scène différentes figures du folklore antillais, dans des récits qui ont à la fois des airs de pierres fondatrices de cette mythologie que de petites histoires communes et modernes. Ça se lit bien et ça permet de découvrir un peu la magie antillaise. Avec en prime, pour renforcer l'immersion, quelques passages en créoles bien intégrés pour les lecteurices ne le parlant pas.

Je peux résumer mon avis très facilement : c'est bien. Ni plus, ni moins. C'est à peu près la définition même du bien. Vous pouvez le lire parce que Confessions d'une séancière, c'est bien.

Couverture : Kévin Deneufchatel
D'autres avis : Le chien critique, ...

mercredi 17 juin 2026

Ned Beauman - Poisson poison

Poisson poison, Ned Beauman, 2022, 378 pages

En pleine mer baltique, Karin étudie le lompe venimeux, un poisson proche de l'extinction, pour déterminer s'il s'agit d'une espèce intelligente. Proche de l'extinction... ou peut-être désormais éteinte après un petit accident de minage des fonds marins. C'est ce que vont chercher à déterminer Karin et Mark, un responsable de la société minière pour qui la disparition de l'espèce serait un drame financier.

Poisson poison a des airs de road-trip à la recherche du lompe venimeux. Les différentes étapes sont assez improbables et surtout utilitaires, mais l'enchaînement est étonnamment bien mené par Ned Beauman qui parvient à garder le lecteurice avec lui et à lui faire croire qu'il y a bien une logique derrière tout ça. À froid, de loin, je ne sais pas comment ça peut fonctionner mais à chaud, de l'intérieur, ça se lit étrangement bien.

Mais plus que le voyage, le véritable intérêt du roman est la base de son intrigue avec la création des "crédits d'extinction", sur le modèle des crédits-carbone. Un principe où l'extinction des espèces devient une marchandise comme une autre, malversations et crises incluses. C'est désespérant de réalisme.

Sauf que l'idée a beau être géniale, ça ne fait pas tout, malheureusement. Tout n'est pas mauvais mais l'histoire qui suit reste assez basique et ne décolle jamais vraiment, tout comme mon intérêt. Jusqu'à une fin abrupte qui est peu satisfaisante, ce qui résume finalement assez bien la sensation que laisse le roman dans son ensemble : ah, ok.

Couverture : Kévin Deneufchatel / Traduction : Gilles Goullet
D'autres avis : FeyGirl, Le Maki, Le chien critique, FeydRautha, Gromovar, Le nocher des livres, Célinedanaë, ...

jeudi 11 juin 2026

Aurélie Wellenstein - La Fille du feu

La Fille du feu, Aurélie Wellenstein, 2025, 247 pages

Nathanaël, musicien traumatisé par un feu de forêt dans l'enfance, arrive dans le village inuit d'Ilussuaq pour capter les sons d'un peuple disparaissant. Il y fera la rencontre de Cadzow, son guide, pendant qu'un peu plus loin Mia, une jeune fille capable de combustion spontanée, erre dans les plaines enneigées après avoir fui une base scientifique.

Ces trois personnages sont, chacun à leur manière, liés au feu, aux forêts et aux animaux. Et par cette simple phrase, vous avez tous les éléments qui sont au coeur de La Fille du feu. La thématique est claire et on ne peut pas reprocher grand chose au message qui met en avant l'écologie. Sauf qu'il n'y a pas grand chose d'autre.

Le premier tiers de mise en place est assez entraînant. Puis la situation se stabilise en une longue déambulation en forêt, et c'est beaucoup moins emballant. Il n'y a guère de rebondissement et les introspections des personnages ont tendance à se répéter. J'avais perdu depuis un moment mon intérêt quand est arrivée la conclusion. L'idée générale n'est pas mauvaise en soi mais elle aurait gagner à avoir plus de dynamisme ou un format plus court, en tout cas pour mon plaisir personnel.

Couverture : Aurélien Police
D'autres avis : Yuyine, ...

vendredi 5 juin 2026

Bulles de feu #86 - Mai 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


En pays lointain - Masumi Sudo

De bonnes idées (une petite fille qui entend les objets et un inconnu qui débarque dans un village péruvien du XIXème siècle) mais un manga qui va trop vite pour s'attacher et qui reste assez lambda et en surface.


La Statue de Gilgamesh - Blaise Guinin et Louis Pelosse

De bonnes idées mais qui ne parviennent pas à avoir une vraie unité, donnant juste un sentiment d'accumulation. Je ne suis en plus pas fan du style graphique (un peu 'caricatural') et du ton trop ouvertement moderne.


Les mauvaises gens - Étienne Davodeau

La montée du socialisme et du syndicalisme dans une France rurale et catholique des années 50-70. Rien de bouleversant mais une bonne page d'Histoire.


Les Sentiers d'Anahuac - Romain Bertrand et Jean Dytar

Une BD qui raconte plus qu'elle fait vivre, ce qui est un peu compensé par l'aspect historique de l'ouvrage présentant l'histoire du Codex de Florence. Et surtout par son aspect graphique, créatif dans la construction des planches et mêlant deux styles pour différencier les deux peuples.


Le Château des animaux T.3-4/4 - Xavier Dorison et Félix Delep

Une bonne conclusion pour une très bonne série. Une fin logique qui contrebalance bien le réalisme désespérant de sa dissection des mécanismes du pouvoir et du contrôle des masses.
Très bien


Les Guerres de Lucas - Épisode II T.2/? - Laurent Hopman et Renaud Roche

Dans la lignée du premier tome, l'histoire une nouvelle fois mouvementée du deuxième film Star Wars, toujours très bien menée et riche en détails.


Downlands - Norm Konyu

Une histoire de deuil très classique mais qui s'avère captivante pour son ambiance pleine de fantastique et de folklore anglais. Le dessin est particulier, très anguleux, mais on s'y habitue et ça participe à rendre l'atmosphère encore plus unique.


Soli Deo Gloria - Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour

Un très bon ouvrage avec la musique, principalement religieuse, au coeur de son histoire et de son dessin. À la fois une histoire consistante et un style graphique marquant, en plus d'une réflexion sur la création et l'orgueil qui peut aller avec.

samedi 30 mai 2026

Glen James Brown - L'Histoire de Mother Naked

L'Histoire de Mother Naked, Glen James Brown, 2024, 273 pages

En 1434, à Durham, la guilde des merciers s'apprête à tenir un grand banquet. Mais le fameux ménestrel prévu pour animer la soirée est tombé malade. Se présente alors Mother Naked, un ménestrel dépenaillé qui s'offre de le remplacer et de conter à l'audience l'histoire du Spectre de Segerston, une légende locale datant de quelques dizaines d'années qui conduisit à l'anéantissement d'un village entier.

Ce maigre résumé reflète pourtant parfaitement ce qui constitue ce roman : un homme qui raconte une histoire. Il n'est pas nécessaire d'en savoir plus sur l'histoire en elle-même. Cela permet de se mettre dans l'exacte même situation que les auditeurs de Mother Naked et de découvrir avec eux ce récit. D'être d'abord aussi dubitatif qu'eux devant cet homme étrange, de croire à une bouffonnerie sans intérêt, avant de se retrouver peu à peu happé par son récit et de comprendre qu'il cache bien plus que ce qui était d'abord visible à la surface.

L'Histoire de Mother Naked est un ouvrage fascinant. Bien qu'il retranscrira des dialogues dans son récit, c'est du début à la fin un monologue de Mother Naked, qui s'adresse régulièrement à son audience et interagit avec elle sans que jamais celle-ci ait une voix. C'est positivement théâtral, dans le sens où j'imagine très bien le roman être joué comme un seul en scène et fonctionner tout aussi bien. C'est captivant et ça ne s'essouffle jamais.

Au contraire, c'est de mieux en mieux. Car tous les détails ont un sens, les enjeux vont augmenter et tout va finir par s'imbriquer de manière magistrale. Ce n'est pas forcément éblouissant de mystère mais c'est si bien mené et maitrisé que c'en est admirable. Et le fond n'est pas en reste. C'est une plongée dans la paysannerie de l'époque, qui vaut en tant que document historique notamment sur les dynamiques de servage mais qui questionne aussi plus globalement les mécanismes de domination.

Je ne peux que t'inciter, toi lecteur, toi lectrice, à jeter un oeil à cet excellent livre. Et puis, avouons-le, n'as-tu pas toi aussi envie de comprendre pourquoi notre nouveau ménestrel préféré s'appelle Mother Naked ?
« Sais-tu quel est ton problème ?
Je t'en prie, énonce.
Tu t'préoccupes trop de l'avenir.
Quel mal à ça ?
Observant le feu qui fut jadis un inestimable Dysover, Pearl répondit : Pour beaucoup, aucun. Mais pour les gens comme nous, l'avenir est si incertain, il vaut mieux s'en passer pour sauver ce qu'il nous reste du présent. »
Couverture : Adrien Bargin / Traduction : Claire Charrier

dimanche 24 mai 2026

Ken Follett - Une Colonne de feu

Une Colonne de feu, Ken Follett, Tome indépendant 3/5 de Kingsbridge, 2017, 923 pages

Une Colonne de feu est le troisième roman à se dérouler dans la ville anglaise fictive de Kingsbridge, après Les Piliers de la terre et Un monde sans fin. Il se lit de manière totalement indépendante et ne demande aucune connaissance de ses prédécesseurs, si ce n'est pour apprécier d'infimes clins d'oeil à l'histoire de Kingsbridge. Pour l'avoir moi-même lu et apprécié plus de quinze ans après les livres précédents, je peux totalement témoigner de ce caractère indépendant.

Une Colonne de feu se déroule de 1558 à 1605 autour d'un nombre à la fois important (au regard de leur impossible énumération) et restreint (au regard du nombre de pages et de la facilité du suivi) de personnages. Le principal étant certainement Ned Willard, jeune fils d'une famille marchande qui va devenir un membre important de l'entourage de la reine Élisabeth et être au coeur de la lutte politico-religieuse de l'Angleterre.

Si la base du roman reste la ville de Kingsbridge, Une Colonne de feu va, contrairement à ses prédécesseurs, énormément s'en éloigner et voyager dans une grande partie de l'Europe de l'ouest, voire plus loin. Car plus qu'une pure fiction, Une Colonne de feu est totalement une fiction historique. Ken Follett y mélange personnages inventés et personnages historiques, prenant quelques libertés tout en retraçant un demi-siècle d'Histoire. Une Histoire avec l'Angleterre, la France et l'Espagne comme protagonistes principaux et une opposition entre catholiques et protestants comme fil rouge.

Sans surprise, Ken Follett maitrise admirablement bien son sujet et le rythme de son récit. Bien que cela s'accélère un peu dans le dernier quart, le roman réussit dans l'ensemble à prendre le temps de développer ses personnages et ses situations tout en parvenant à avancer régulièrement dans le temps sans paraitre précipité. Une Colonne de feu est ainsi un très bon roman dont le presque millier de pages se dévore, alliant à la fois le plaisir de vivre une grande aventure à celui d'apprendre un peu d'Histoire, saupoudré d'un rappel de toute la bêtise des guerres de religion et de l'intolérance.

Couverture : Graphic Hainaut / Traduction : Cécile Arnaud, Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert et Dominique Haas
D'autres avis : Kahlan, ...

lundi 18 mai 2026

Sacha Bertrand - 11h02, le vent se lève

11h02, le vent se lève, Sacha Bertrand, 2025, 348 pages

L'humanité a disparu à la suite d'une catastrophe écologique. Dans un massif montagneux, Myriam survit seule depuis sept ans, se terrant lorsque la brume toxique revient sur les hauteurs. Jusqu'à ce qu'elle découvre un jeune garçon sauvage, qu'elle prénomme Jonas et tente d'apprivoiser.

11h02, le vent se lève - dont le titre provient d'une horloge en panne sur cet horaire - est entre le post-apo et le nature writing. Mais il n'a ni l'aspect angoissant que le premier peut avoir, ni l'aspect un peu longuet et contemplatif que le second peut avoir. Ce qui ne l'empêche pas de bien faire ressentir une ambiance "huis clos sur une montagne inhabitée".

Si je dis qu'il n'est pas angoissant, cela ne veut pas pour autant dire qu'il est joyeux. Principalement parce que l'histoire repose essentiellement sur la relation d'emprise que crée Myriam sur Jonas. Une situation très bien rendue, crédible et peu réjouissante. Mais la personnalité de Jonas, sa soif de découverte, va heureusement permettre de conserver un côté lumineux à l'ensemble, salvateur et plein de pulsions de vie.

11h02, le vent se lève n'est pas un roman parfait, notamment parce qu'il demande un petit effort de suspension d'incrédulité sur certains éléments, notamment la situation de base. Mais une fois cet écueil dépassé, il s'avère un ouvrage rondement mené et découpé, bien rythmé par l'enchaînement de courts chapitres prenant tour à tour le point de vue des deux protagonistes, jusqu'à un final logique mais réussi et satisfaisant. Une vraie bonne surprise.

Couverture : Samuel Boivin

mardi 12 mai 2026

Silène Edgar - La Ville miraculeuse

La Ville miraculeuse, Silène Edgar, Tomes 2/3 et 3/3 de La Fille de Diké, 2024, 552 pages

Par un prodige éditorial, La Ville miraculeuse est le deuxième et dernier tome de la trilogie La Fille de Diké. Il fait suite à Une Maison de feu dont mes souvenirs étaient plus que flous. Ce qui tombe mal, c'est que ce volume ne commence pas par un résumé. Ce qui tombe bien, c'est que suite aux évènements précédents, notre petite famille d'îliens débarque à la capitale où ils repartent quasiment de zéro et ont tout à découvrir. Une situation qui aide bien à se (re)mettre dedans.

L'ironie, c'est que l'entrée dans ce deuxième volume fut finalement plus facile que celle du premier tome. La découverte se fait de manière bien moins aride et ardue, plus portée par les différents personnages que par l'univers en lui-même. Car si le cadre d'inspiration polynésienne (mais pas que, comme on l'apprend dans la postface) donne une vraie note de différence et que sa cosmogonie poursuit son chemin de science-fantasy entrevu dans le livre précédent, ce sont bien les personnages qui sont le coeur et l'âme de la trilogie. Iels sont variés, évolutifs, réels. Et le plus beau reste la relation qu'iels entretiennent entre elleux, une vraie famille, touchante et attachante.

Je ne sais pas ce que j'aurais pensé de chacun des deux romans compilés ici si je les avais lus séparément. Mais mon avis aurait eu de grandes chances d'être le même puisque j'ai déjà senti une différence entre les deux tomes en les enchaînant. Dans une sorte d'adéquation avec la croissance des trois jeunes frères et soeurs, les trois romans sont eux-aussi comme un être qui grandit. Le premier correspond à l'enfance, un peu ardu avec la nécessité d'assimilation de la nouveauté. Le deuxième correspond à l'adolescence, période active, pleine de fougue et de tous les possibles. Le troisième correspond au passage à l'âge adulte, avec plus de sérieux, de prise de conscience et de responsabilités.

En toute logique, le tome 2 est le plus excitant quand le tome 3 est un peu plus traînant. Mais ce diptyque final reste globalement de vraiment bonne qualité, plaisant à lire pour son univers exotique mais surtout pour sa famille ô combien attachante.

Couverture : Abigaïl Lacourly

mercredi 6 mai 2026

Bulles de feu #85 - Avril 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Mouais


Grand petit homme - Zanzim

Une aventure assez loufoque avec une idée générale qui pourrait être bonne mais qui souffre de personnages assez détestables et d'une fin abrupte.
Bien / Ok / Correct


Vagabond T.16-19/37 - Takehiko Inoue

L'histoire est vaine mais les dessins ont une bonne dynamique.


Kagurabachi T.6/? - Keigo Shinzô

Un bon tome qui avance l'histoire et fait apparaitre de nouveaux personnages plutôt cools.


Billy Lavigne - Anthony Pastor

Un bon western, imparfait avec une fin pas totalement satisfaisante mais qui réussit à avoir un vrai grain de vie alors que tout y est condensé.


The Bugle Call T.7-8/? - Mozoku Sora et Higoro Toumori

Ça manque d'un petit truc que je n'arrive pas à définir pour passer au niveau supérieur mais ça reste plaisant et avec toujours une bonne utilisation des différents pouvoirs.


FRNCK T.7-8/? - Olivier Bocquet et Brice Cossu

Deux bons tomes, en partie anodins et développant plus l'univers que l'histoire mais en restant tout à fait plaisant à lire.
Très bien


Hirayasumi T.9/? - Keigo Shinzô

Ça peut parfois paraître anodin, un pur enchainement de petites tranches de vie, mais les personnages sont vraiment adorables.


Drome - Jessie Lonergan

Un gros ouvrage avec peu de textes, sorte de cosmogonie avec entités divines et superhéroïques, dont l'histoire semble peu poussée tout en étant hypnotisante. Très bon travail graphique, notamment sur l'utilisation du gaufrier. Étrange et sans effet wahou, mais très plaisant et avec un vrai truc.


Blue Period T.17/? - Tsubasa Yamaguchi

Encore un très bon tome qui parvient à véhiculer autant de réflexions sur l'art que d'émotions.


Là où tu vas - Étienne Davodeau

Un très bon ouvrage sur les troubles neurodégénératifs et leur accompagnement, ni anxiogène ni larmoyant, juste profondément humain. Très intéressant et très instructif.

jeudi 30 avril 2026

Michael McDowell - Katie

Katie, Michael McDowell, 1982, 456 pages

États-Unis, 1871. Philomela Drax vit seule avec sa mère, au bord de la misère. Une lettre de son grand-père pourrait les tirer de cette situation, mais il faut pour cela le sauver des Slape, sa belle-famille qui en a après son héritage et fait tout pour accélérer son trépas. C'est ce que va entreprendre Philo, malgré la dangerosité des Slape, des êtres sans foi ni loi, notamment la jeune Katie et ses dons de voyance.

Katie est un ouvrage horrible. Car la moitié du roman - surement un peu moins en réalité, mais beaucoup plus en ressenti - est consacrée aux Slape et à leurs répugnantes actions. Ce sont des méchants, des vrais. Ils ne sont pas fous, ils n'ont pas de grandes intentions, ils n'ont simplement aucun sens moral et se comportent essentiellement pour leur bon plaisir, quitte à laisser des cadavres derrière eux. Je n'ai pris aucun plaisir à lire ces passages mais ils sont indéniablement très bien rendus et font forte impression.

Et puis il y a l'autre côté du spectre, l'exact opposé, en la personne de Philo. Une héroïne entraînante, volontaire, travailleuse, un rayon de soleil qu'on ne peut qu'espérer voir s'épanouir et réussir. Si les Slape sont la noirceur incarnée, Philo a elle tout de la pureté incarnée. Elle est l'une des rares exceptions parmi une galerie de personnages marquants mais détestables et la raison qui pousse à avoir cette envie de lire un court chapitre de plus. Car si Katie est horrible, c'est aussi un bon feuilleton qui se lit tout seul. C'est en quelque sorte horriblement bon.

Couverture : Pedro Oyarbide / Traduction : Jean Szlamowicz
D'autres avis : FeyGirl, ...

vendredi 24 avril 2026

Éclats dormants / Éclats miroitants - Alix E. Harrow

Éclats dormants / Éclats miroitants, Alix E. Harrow, 2021/2022, 374 pages

Atteinte d'une maladie incurable, Zinnia sait depuis toujours qu'elle mourra jeune. Lors d'une dernière fête d'anniversaire organisée par sa meilleure amie sur le thème de La Belle au bois dormant, elle se retrouve projetée dans un autre monde. Où elle rencontre Primerose, une princesse dont l'histoire semble justement sortir tout droit de son conte de fées préféré.

Quand on pense conte de fées, on peut aussi bien imaginer les sombres histoires des Grimm ou Andersen que leurs plus joyeuses versions par Disney. Quand on pense réécriture de conte de fées, on peut aussi bien imaginer une manière de mettre en scène différemment des schémas classiques que l'occasion d'en moderniser les participants et les enjeux. Alix E. Harrow ne choisit pas. Elle fait tout cela à la fois.

Éclats dormants et Éclats miroitants sont deux novellas jouant avec les contes de fées, respectivement La Belle au bois dormant et Blanche-Neige. "Jouant" n'est pas un terme anodin : il y a une passion communicative qui se dégage de ces pages, provenant tout autant d'Alix E. Harrow que de Zinnia, son héroïne moderne qui a parfaitement conscience des codes du conte et qui connait sa classification ATU par coeur.

Éclats dormants / Éclats miroitants sont deux textes très malins, qui sont aussi bons en tant que réflexion méta sur les réécritures de contes que pour l'histoire de Zinnia elle-même. Deux textes qui suivent un principe proche mais sans être nullement répétitif. Au contraire, ils se complètent très bien et forment un tout cohérent et très agréable à lire, frais et moderne. Et ce qu'on soit adepte ou non des contes de fées.

Couverture : Pauline Ortlieb / Traduction : Thibaud Eliroff
D'autres avis : Vert, ...

samedi 18 avril 2026

Benjamin Stevenson - Tout le monde dans ce train est suspect

Tout le monde dans ce train est suspect, Benjamin Stevenson, Tome 2/? d'Ernest Cunningham, 2024, 370 pages

Après le succès de son premier livre qui racontait son périlleux séjour dans un hôtel de montagne, Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un, Ernest Cunningham est devant l'angoisse de la page blanche alors qu'il doit écrire un deuxième roman, une fiction cette fois. Puisqu'il ne va tout de même pas de nouveau se retrouver au milieu d'une mystérieuse scène de crime, n'est-ce pas ? Si, évidemment. Le tout pendant un festival littéraire organisé à bord d'un train traversant l'Australie, avec à son bord plusieurs auteurices de polars.

Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un était un roman marquant pour son style, brisant allègrement le quatrième mur et jouant avec les codes du polar "à la Agatha Christie". Mais est-ce possible de renouveler l'expérience une deuxième fois, sans être répétitif, lassant ou donner une impression de déjà vu ? Benjamin Stevenson prouve que oui avec ce Tout le monde dans ce train est suspect au moins aussi enthousiasmant que le premier.

Tout le monde dans ce train est suspect n'est pas un récit surprenant. Ne serait-ce que parce l'auteur annonce rapidement le plan de son ouvrage et qu'il met bien en lumière les indices qui seront utilisés lors de la résolution - et qui correspondent à peu près à tous les éléments du roman, comme il se doit. Il est même possible de résoudre quelques petites énigmes en avance. Et pourtant, cela ne l'empêche pas d'être tout de même surprenant, de parvenir à une grande scène finale avec son lot de révélations et avec l'immense satisfaction de voir toutes les pièces du puzzle s'imbriquer parfaitement.

La plus grosse surprise reste surement qu'il tient la route de bout en bout et que le gimmick de briser le quatrième mur reste bien intégré jusqu'à la toute fin, d'être justement bien plus qu'un simple gimmick. La maitrise du récit et le sens du détail de Benjamin Stevenson sont impressionnants. Ce qui lui permet d'offrir autant un bon polar qu'un ouvrage amusant. Et surtout un pur plaisir de lecture.

Couverture : Rémi Pépin / Traduction : Cindy Colin-Kapen
D'autres avis : Le Maki, Sometimes a book, ...

dimanche 12 avril 2026

Claire North - Pénélope, reine d'Ithaque

Pénélope, reine d'Ithaque, Claire North, Tome 1/3 de Le Chant des déesses, 2022, 477 pages

Après la guerre de Troie, Ulysse mit des années à rentrer chez lui à Ithaque, une épopée bien connue, contée dans L'Odyssée d'Homère. Ce qui est moins connu, c'est ce qui se passa à Ithaque pendant ce temps-là, au-delà de Pénélope détissant la nuit l'ouvrage qu'elle tissait le jour.

C'est cette zone d'ombre que Claire North éclaire ici, donnant une voix à celles - Pénélope mais aussi bien d'autres, divinités incluses - que les poètes n'évoquaient guère autrement que comme des objets. Une bonne dose de féminisme nécessaire dans une mythologie grecque aux comportements affligeants vus de notre époque.

Même sans grand suspense et avec ses atours de tragédie grecque, Pénélope, reine d'Ithaque est un ouvrage qui propose une vraie tension, preuve de la maitrise d'écriture de Claire North. Une écriture agréable malgré les faits qui ne le sont pas, dynamisée par quelques apostrophes narratives - d'Héra, rien que ça -, une habitude de l'autrice. Un vrai bon livre dont le sujet pourra limiter son nombre de lecteurices mais qui est pourtant de qualité tant pour son côté réécriture féministe que pour son récit en lui-même.

Couverture : Lisa Marie Pompilio d'après © Shutterstock / Traduction : Karine Forestier
D'autres avis : Lullaby, Boudicca, ...

lundi 6 avril 2026

Bulles de feu #84 - Mars 2026

Un petit récapitulatif de mes lectures BDs/mangas/comics du mois, pour en garder une trace.
Le classement est absolument imparfait, insatisfaisant et un peu aléatoire mais peut donner un ordre d'idée. Les avis sont (ultra)brefs, n'hésitez pas à demander un complément d'informations en commentaire si nécessaire.

Bien / Ok / Correct


Kaiju n°8 T.15/16 - Naoya Matsumoto

Vous prendrez bien un peu plus de puissance et de combats ?


Kagurabachi T.2-5/? - Hokazono Takeru

Rien d'exceptionnel mais un bon shonen nekketsu. Un peu trop de dépassement de soi de manière rapprochée mais ça reste une bonne histoire.


Slam Dunk T.12-13/20 - Takehiko Inoue

Le seul défaut de la série reste son héros, lassant, mais à part ça c'est du bon, l'auteur sait faire passer des émotions.


1629... ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta T.1-2/2 - Xavier Dorison et Thimothée Montaigne

Avec une relecture du tome 1 pour profiter pleinement de ce diptyque. Enfin, "profiter", vu que ce n'est clairement pas une BD joyeuse, même si les dessins sont eux superbes. Une bonne BD d'inspiration historique qui montre bien les atrocités dont les humains sont capables.


Minuit passé - Gaëlle Geniller

Une histoire de maison hantée douce et lumineuse, pas sans défaut mais avec une très bonne ambiance.
Très bien


Evol T.9/10 - Atsushi Kaneko

Pas le tome le plus marquant mais un pas en avant nécessaire vers le dernier volume.


Grandville mon amour T.2/5 - Bryan Talbot

Une enquête sans suspense et qui est pourtant prenante du début à la fin, grâce à son univers captivant et ses personnages charismatiques.


Krimi - Alex W. Winter et Thibault Vermot

Une BD très riche évoquant autant la vie de Fritz Lang que la montée du nazisme ou les notions de peur et de violence. Un vrai travail sur la mise en scène et sur l'ambiance, une forme en parfaite adéquation avec le fond. C'est sombre et ce n'est pas la BD la plus évidente au premier abord mais ça s'avère excellent.


Deux filles nues - Luz

Une excellente idée - une histoire racontée littéralement du point de vue d'un tableau - qui offre une bonne histoire en soi ainsi qu'un petit panorama de l'impact du nazisme sur l'art.