dimanche 29 décembre 2013

L. L. Kloetzer - Anamnèse de Lady Star

Anamnèse de Lady Star, L.L. Kloetzer, 2013, 455 pages.

Ne pas savoir quoi attendre d'un livre avant de le commencer n'est pas une chose si rare. Aimer sa lecture sans véritablement comprendre pourquoi est une chose qui arrive. Refermer un livre et ne pas savoir quoi en penser ou en dire est une chose possible. Mais quand ces trois pensées découlent d'une seule oeuvre, on se retrouve devant un roman très particulier. J'appelle ça vulgairement un OLNI - un Objet Littéraire Non Identifié. Anamnèse de Lady Star est un OLNI.

Ce qui frappe en premier, c'est la forme que prend le récit. Chaque chapitre évoque un lieu et une date différente et on y suit une histoire quasi-indépendante. Au fur et à mesure, deux axes se détachent, en alternance : le "présent" et le "passé". Le "présent" suit les recherches de Magda concernant une femme qui aurait participé au Satori, un attentat ayant drastiquement changé le monde. Le "passé" raconte l'histoire de différentes personnes ayant eu un lien avec cette femme.

Pas de chronologie linéaire ici. Les époques s'alternent et se mélangent. Même si des informations sont toujours redonnées, cela demande un peu d'effort de la part du lecteur. Et globalement, Anamnèse de Lady Star est un roman exigeant. Mais qui a une vraie personnalité. Et un petit côté polar qui aide considérablement à passer les moments un peu plus difficiles.

L'entité Kloetzer a un vrai talent. Tout d'abord dans la création de cet univers, que l'on découvre petit à petit et qui nous réserve toujours des surprises. La belle idée, c'est de ne pas nous assommer d'informations dès le départ. On avance vraiment pas à pas et cela évite une overdose fatale. Et puis il y a surtout, dans les chapitres du "passé", cette capacité à changer de style d'écriture en fonction du personnage. Grandiose.

Ma chronique part dans tous les sens, j'en ai bien conscience. J'ai essayé plusieurs fois mais je n'arrive pas à structurer ce que je voudrais dire. C'est surement l'effet de ce livre où le fouillis et le doute sont omniprésents. Au final, c'est presque la meilleure manière pour moi de montrer l'impact qu'il a eu. Ce roman est vaste et il y a énormément d'éléments qui pourrait être mis en avant, par exemple son excellent titre (ou sa très belle couverture). Mais comme je ne peux pas tous les citer, je ne peux que vous conseiller une chose : lisez-le. Ce n'est pas une lecture facile et elle n'est pas sûre de vous plaire. Personnellement, j'ai eu du mal avec la dernière centaine de pages, et je garde pourtant un excellent souvenir de ce livre. Cela fait deux semaines que je l'ai lu et pourtant mon esprit tourne toujours dans tous les sens dès que j'y pense. Il est différent. Il mérite d'y accorder du temps.
« Elle veut qu’on la cherche, Christian, elle nous raconte une histoire. Pas un de ces scénarios où tout s’arrange, où chaque point répond à une question, non, elle nous raconte une histoire vraie, faite de témoignages contradictoires, de balbutiements, de rêves, faite de ce que nous sommes et de ce que nous aurions aimés être. Et chaque élément que nous découvrirons complétera l’image et la contredira, ouvrira de nouvelles portes, pour que nous continuions à travailler, à avance dans le labyrinthe, à penser à elle. Elle a besoin de nous, elle a besoin que nous la cherchions à jamais. »
Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou

L'avis de Julien, Tigger Lilly, Lune, Lhisbei, BlackWolf, ...

jeudi 26 décembre 2013

Keigo Higashino - Un café maison

Un café maison, Keigo Higashino, 2008, 335 pages.

La lecture japonaise du mois de décembre, toujours dans le cadre du Challenge Écrivains Japonais d'Adalana. Ce mois-ci aucun auteur n'est imposé, le choix est libre (et d'autant plus compliqué). Pour boucler la boucle et parce que ma première lecture de l'auteur m'avait donné envie de recommencer, j'ai décidé de rencontrer une nouvelle fois Keigo Higashino.

La Maison où je suis mort autrefois m'avait marqué pour son ambiance très minimaliste et son quasi-huis clos. J'ai encore quelques frissons et un peu d'angoisse rien que d'y penser. Un café maison, ce n'est pas pareil. Même si on retrouve ce côté minimaliste avec finalement très peu d'éléments abordés et aucune "action", tout étant axé sur les détails et l'avancée très petit à très petit, l'ambiance n'est pas au rendez-vous. Je ne trouve qu'un mot pour la désigner : c'est plat. Les personnages n'ont pas de profondeur, j'ai parfois eu l'impression de suivre des robots.

Heureusement, l'histoire tient la route. Kusanagi et Yukawa, un duo déjà apparu dans Le Dévouement du suspect X (que je n'ai pas lu, cela ne gêne rien la lecture de celui-ci), mène l'enquête sur ce qui ressemble à un meurtre parfait. On sait assez rapidement qui a fait le coup, mais il est impossible de comprendre comment et pourquoi il a eu lieu. Même si je ne l'ai jamais lu (à vrai dire cela m'a rappelé que je devais le faire), cela m'a fait penser au Mystère de la chambre jaune (donc peut-être à tort - cette phrase est vraiment d'une utilité toute relative).

On a envie de découvrir la solution de l'énigme et cela porte entièrement le récit. La réponse est globalement satisfaisante. L'histoire va à l'essentiel et ne traite d'aucun détails inutiles ou d'histoires parallèles. Cela permet de rester toujours dans l'expectative d'une avancée et donne un suspense constant. Malheureusement, cela participe aussi d'un manque d'ambiance général et de profondeur. Un bon livre tout de même qui repose sur une ficelle dans une atmosphère bizarre.

lundi 23 décembre 2013

Jack Vance - La Machine à tuer

La Machine à tuer, Jack Vance, Tome 2/5 de La Geste des Princes-Démons,1964, 281 pages.

Il ne m'aura pas fallu longtemps pour replonger. Après avoir dévoré Le Prince des étoiles, place à La Machine à tuer, deuxième tome de La Geste des Princes-Démons et donc deuxième Prince-Démon : Kokor Hekkus.

Après avoir bien accroché au premier tome, une seule question se posait : Jack Vance va-t-il réussir à se renouveler ? La réponse est oui. Le plus fort, c'est qu'il y arrive tout en reprenant exactement les mêmes ingrédients et les mêmes mécanismes. Je ne sais pas si ma fascination durera pour l'ensemble du cycle, mais je suis pour l'instant impressionné.

En une page, Jack Vance parvient à résumer toute l'intrigue développée précédemment. Puis c'est reparti. Kirth Gersen, avec un peu (beaucoup) de chance, se retrouve sur la piste d'un nouveau Prince-Démon. Bien sûr, Kokor Hekkus est mystérieux et plus connu de réputation que de visu. En utilisant avec réussite la même ficelle que dans le premier tome, "on ne sait pas qui il est donc il peut être n'importe où et n'importe qui", Jack Vance prouve qu'il n'a rien à envier à certains auteurs de polars, tant il parvient à garder du mystère et du doute jusqu'au bout.

Même si la finalité de l'histoire est identique, la manière d'y arriver change suffisamment pour rester intéressante. On explore un peu plus l'Œcumène, qui apparaît de plus en plus vaste, ainsi que ses populations, ses traditions et son organisation (avec une mention spéciale pour Interéchanges, la société indépendante qui gère les échanges entre kidnappeurs et payeurs de rançons). Je reste bouche bée devant la capacité de Jack Vance à créer et gérer, en si peu de mots et de descriptions, un univers si grand et qui semble maîtrisé dans ses moindres détails.

Bien sûr, on retrouve aussi notre dose d'action. Ainsi que notre dose d'intelligence et de ruses. Et même un petit peu d'humour. Voire quelques belles pensées et idées sur notre monde à nous. Sans oublier une belle demoiselle en détresse pour James Bond Kirth Gersen. Le tout forme un roman encore meilleur que le premier (grâce notamment à toute la partie concernant Interéchanges et aux textes introductifs encore plus ciselés) et qui remplit parfaitement son rôle : divertir.
« En un sens, l’expansion de l’homme dans la galaxie peut être considérée comme une régression de la civilisation. L’homme avait réussi, sur la Terre, après de nombreux milliers d’années d’efforts, à mettre au point un semblant de définition du bien et du mal. Il semble qu’en quittant la Terre pour les étoiles, il ait laissé cette définition derrière lui… »
Une deuxième lecture pour le Défi Jack Vance

vendredi 20 décembre 2013

Joe Abercrombie - L'Éloquence de l'épée

L'Éloquence de l'épée, Joe Abercrombie, Tome 1/3 de La Première Loi, 2006, 574 pages.

Avec la sortie récente de Les Héros, un one-shot bien tentant, il était temps que je me plonge dans l'univers de Joe Abercrombie et de sa trilogie La Première Loi (qui utilise le même monde que Les Héros). À noter que ce premier tome s'intitule L'Éloquence de l'épée dans sa première édition mais a été renommé Premier sang dans les versions suivantes.

Classiquement, la première partie du récit nous offre un tour d'horizon des différents protagonistes. Mais une chose est frappante : tous sont plus ou moins présentés comme mauvais. Certains peuvent avoir quelques excuses ou donner l'impression de changer, mais les faits sont là, pas de grand chevalier blanc ici. C'est une fantasy très sombre et pessimiste que décrit Abercrombie.

Cela ne donne pas une entrée en matière facile, avec des personnages que l'on a pas forcément envie d'apprécier (Logen est peut-être le seul sympathique, Glotka étant fascinant pour d'autres raisons) et quelques moments difficiles (j'ai encore des frissons de la scène de torture...), mais cela crée une vraie ambiance particulière. Certes c'est noir, mais c'est surtout rare et génial. Le style d'Abercrombie aide aussi à rentrer dedans. Tout en dialogues et en actions simples (à deux scènes près), les pages s'enchaînent facilement.

Puis vient l'histoire en elle-même. Après un début si particulier et porteur d'espoir, la suite semble malheureusement très banale. Légère déception sur ce point. Les protagonistes vont caricaturalement passer 500 pages à voyager pour se regrouper et effectuer un remake de La Communauté de l'Anneau : des personnages bien différents, qui ne s'aiment pas, sont réunis par un mage, qui en sait plus qu'il ne le dit, pour partir dans une quête qui sauvera le monde.

Comme je l'ai déjà dit, cela se lit malgré tout très bien. L'histoire de Glotka, personnage le plus trouble, donne un vrai intérêt à ce premier tome. L'ambiance est excellente et l'univers semble avoir du potentiel. Considérons que ceci est une longue introduction pour poser les bases. À voir si le deuxième tome saura redonner un peu de folie à tout cela.
« Ah, le chagrin de l’amante délaissée. Privation. Colère. Honte. Impression qu’on ne s’en remettra jamais. Quel poète a donc écrit qu’il n’y a pire chagrin que celui d’un coeur brisé ? Niaiseries sentimentales. Il aurait dû passer plus de temps dans les geôles de l’empereur. (...) Un coeur brisé finit par guérir ; des dents cassées, jamais. »
À lire aussi, l'avis de Lorhkan et BlackWolf.

mardi 17 décembre 2013

Jack Vance - Le Prince des étoiles

Le Prince des étoiles, Jack Vance, Tome 1/5 de La Geste des Princes-Démons, 1963, 319 pages.

Jack Vance est mort en mai dernier, ce qui a donné la bonne idée à Cornwall de lui rendre hommage en organisant le Défi Jack Vance, qui consiste à lire des ouvrages de l'auteur. L'occasion pour moi de le découvrir.

Le Prince des étoiles est le premier tome, sur cinq, de La Geste des Princes-Démons. Cette série conte les aventures de Kirth Gersen, un terrien qui recherche les 5 Princes-Démons qui ont réduit son village en esclavage pour se venger (et soyons clairs, se venger veut dire les tuer). 5 livres, 5 ennemis, je ne vous fais pas un dessin.

C'est une pure aventure spatiale que propose Jack Vance. Basiquement, son héros voyage dans l'espace et s'infiltre dans divers lieux (avec le lot de bagarres et d'explosions réglementaire) pour arriver à ses fins. Pas de longues explications, pas de grandes réflexions sur la vengeance et le fait de tuer, ici c'est l'action et l'aventure qui priment. Entre tout ça, Jack Vance nous explique rapidement le passé de Kirth, juste ce qu'il faut pour donner de la cohérence au tout.

Cela peut sembler un peu barbare de la manière dont je l'explique, mais c'est quand même un peu plus que ça. Pas de testostérone à profusion, Kirth agit aussi et surtout avec intelligence. D'ailleurs, le livre tournera quasiment au roman policier dans sa seconde partie quand, à la recherche de l'identité véritable d'Attel Malagate, Kirth devra démêler le vrai du faux devant trois suspects.

Bien que le livre ne soit pas saturé de descriptions, Jack Vance parvient quand même intelligemment à créer et faire découvrir son univers via des citations et extraits de textes présents à chaque début de chapitre. Toujours en rapport avec ce qui va suivre, c'est un moyen sympathique d'en apprendre un peu plus sans faire baisser le rythme du roman.

Le Prince des étoiles est une histoire tout à fait plaisante. Pas de prise de tête, ce n'est clairement pas là pour révolutionner le genre, mais c'est tout à fait efficace pour une aventure rythmée. Un bon moment à passer, c'est bien là l'essentiel.
« Qu’est-ce qu’un méchant ? Est méchant tout homme qui contraint ses semblables à l’obéissance pour atteindre ses buts personnels, détruit la beauté, provoque la douleur, supprime la vie. Il faut te souvenir qu’en supprimant les méchants, tu ne détruis pas le mal, car ce serait confondre un individu avec une situation. (...) C’est une tâche dont tu ne verras jamais la fin. »