mercredi 6 mai 2020

Jorge Luis Borges - Le Livre de sable

Jorge Luis Borges, Le Livre de sable, 1975, 144 pages

Le Livre de sable est un recueil de 13 courtes nouvelles teintées de fantastique, le plus souvent à petite dose, toujours narrées à la première personne. Rien d'étonnant à ce que l'auteur soit pourtant édité en collection générale, tant l'imaginaire ne semble pas l'élément le plus important. Jorge Luis Borges propose en effet des textes très "littéraires", où religion et philosophie sont souvent des thématiques centrales, plus descriptifs et réflexifs qu'actifs.

C'est parfois intéressant et basé sur de bonnes idées. Malheureusement ce n'est, pour moi, jamais assez abouti pour rendre vraiment plaisante la lecture, les textes restants généralement obscurs une fois la dernière ligne achevée. À réserver aux amateurs de littérature générale ou aux lecteurs ayant une forte capacité d'analyse ?

Couverture : Antonio Segui / Traduction : Françoise Rosset


Cinquième escale, Amérique Latine, pour le #DéfiCortex

samedi 2 mai 2020

Marina & Sergueï Diatchenko - Vita Nostra

Vita Nostra, Marina & Sergueï Diatchenko, 2007, 525 pages

Sacha profite de ses vacances à la plage avec sa mère lorsque sa vie bascule. Elle se voit d'abord confier une étrange mission par un mystérieux homme aux lunettes noires, puis se retrouve obligée de s'inscrire à l'Institut des Technologies Spéciales de Torpa, une petite ville de campagne sans grande réputation, où elle vivra une scolarité hors du commun, prompte aux changements.

Vita Nostra est une vraie expérience de lecture maitrisée du début à la fin par Marina et Sergueï Diatchenko. Elle plonge le lecteur à la place de l'héroïne à un niveau rarement atteint. Ainsi, comme pour Sacha, tout est d'abord fort obscur et semble impossible - mais sans jamais être réellement compliqué à suivre, seule concession accordée au lecteur. Au fur et à mesure de la progression du récit de Sacha, le lecteur progresse lui aussi, et sa compréhension de l'oeuvre avec. Une compréhension sur laquelle il n'est pas pour autant possible de mettre des mots. Une compréhension quasi-instinctive, une métamorphose interne qui permet de ressentir pleinement le moment, à un point inimaginable si vous ouvriez le livre et en lisiez une page au hasard.

Le tout dans une grande simplicité de lecture, sur fond d'un récit d'internat fort prenant où la tension est constamment ravivée. C'est dur aussi, très dur, avec une terrifiante inéluctabilité, mais sans jamais être horrible, restant étonnamment lisible. Il est impossible, ou presque, d'expliquer réellement ce qu'il se passe entre ces pages. Il faut le lire pour le croire. C'est simplement, à tous les niveaux, exceptionnel.

Couverture : leraf - Joséphine Cardin - Trevillion Images / Traduction : Denis E. Savine
D'autres avis : Gromovar, Cédric, FeydRautha, Yuyine, Lune, Célindanaé, ...


Quatrième escale, Europe Orientale, pour le #DéfiCortex

mardi 28 avril 2020

Martha Wells - Schémas artificiels

Schémas artificiels, Martha Wells, Tome 2/? de Journal d'un AssaSynth, 2018, 125 pages
« Cela dit, on ne parle pas non plus des SecUnits dans les livres. Il me paraît difficile de raconter une histoire du point de vue d'un être qu'on ne considère justement pas doté d'opinions. »
Pourtant, c'est encore ce que réussit admirablement Martha Wells dans ce deuxième volume des aventures d'AssaSynth, après le très bon Défaillances systèmes. La recette est la même : une intrigue sous forme d'une mission, simple à comprendre et à appréhender, allant à l'essentiel et portée par d'attachants personnages, en majorité non-humains. AssaSynth en tête, évidemment, lui si fascinant à suivre.

L'intrigue est cette fois un peu moins explosive mais en profite pour aller voir du côté du passé d'AssaSynth. Force est de constater que ça fonctionne de nouveau, c'est simple, efficace et tout à fait plaisant à lire. En reprendrai-je une troisième dose ? Avec joie.

Couverture : Pierre Bourgerie / Traduction : Mathilde Montier

vendredi 24 avril 2020

J.G. Ballard - Nouvelles complètes 1956 / 1962

Nouvelles complètes 1956/1962, J.G. Ballard, Tome 1/3 des Nouvelles complètes, 1956-1962, 695 pages
« Je pourrais seulement répondre que Vermilion Sands ne se trouve pas du tout dans le futur, mais dans une sorte de présent visionnaire - qualification qui sied à mes nouvelles et à presque tout ce que j'ai écrit par ailleurs. »
Ainsi se définit J.G. Ballard dans la préface de ce premier volume de l'intégrale de ses nouvelles, préface où il clame aussi son amour pour le format court. Force est de constater que ce "présent visionnaire" peut en effet être une bonne définition du style de l'auteur, avec ses récits imaginaires qui ont toujours une résonance très réelle, des récits "normaux" où la science-fiction est à la fois centrale et d'arrière-plan, allant de soi tout en étant l'élément perturbateur de l'intrigue.

Quelques grands thèmes reviennent régulièrement au fil de ces 28 nouvelles - l'art et la psychologie en tête - mais J.G. Ballard fait surtout preuve d'originalité en proposant des nouvelles qui ne donnent pas l'impression de se répéter. La construction reste pourtant souvent la même, avec une idée simple qui est tirée à l'extrême et développée dans un récit qui tend soit vers l'onirisme, soit vers un futur sensiblement dystopique.

Évidemment, sur un nombre aussi important de textes, difficile d'accrocher à tout. Il y en a pourtant très peu pour lesquels je suis vraiment passé à côté, l'ensemble étant globalement bon voire très bon, saupoudré de quelques pépites (La ville concentrationnaire, Trois, deux, un, zéro !, Chronopolis, Le dernier monde de Monsieur Goddard, Billénium notamment).

Rares sont les nouvelles à chute ou en apothéose, les fins étant plutôt ouvertes. Pour autant, elles ne sont globalement pas frustrantes, les récits paraissant complets malgré leur brièveté. Et si je ne ressors pas de cette première intégrale avec l'envie immédiate d'enchaîner sur les volumes suivants, il n'en reste pas moins que ce fut une belle découverte.

Couverture : Paul Murphy / Traduction : Bernard Sigaud, Laure Casseau, Pierre K. Rey, Arlette Rosenblum, Michel Demuth, Gisèle Garson, Pierre Versins, Lionel Massun, Pierre-Paul Durastanti, Alain Dorémieux, Guy Abadia, Frank Straschitz, Robert Louit
D'autres avis : Tigger Lilly, ...

lundi 20 avril 2020

Jean-Philippe Jaworski - Le Sentiment du fer

Le Sentiment du fer, Jean-Philippe Jaworski, Univers des Récits du Vieux Royaume, 2010-2013, 258 pages

Retour dans l'univers du Vieux Royaume avec cinq nouvelles précédemment parues en anthologies ou catalogue - publiées ici sans aucune mention de ce fait - et dont l'une d'elle, Profanation, a même déjà été évoquée en ces lieux.

Le Sentiment du fer est un recueil correct qui permet essentiellement de retrouver la plume de Jean-Philippe Jaworski et son goût pour les (anti-)héros gouailleurs, particulièrement dans la nouvelle éponyme - un bon premier chapitre de roman ou de novella - et dans Profanation. Si aucune nouvelle n'est exceptionnelle, elles restent globalement sympathiques - L'Elfe et les égorgeurs est une amusante histoire sur le pouvoir des mots contre celui des armes et Désolation une revisite de la Moria un peu trop dédiée à l'action mais relevée par sa fin - à l'exception de Les trois hypostases qui m'aura complètement laissé de côté.

Une lecture loin d'être indispensable mais qui reste globalement agréable.

Couverture : Melchior Ascaride