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dimanche 9 août 2020

Ellen Klages - Passing Strange

Passing Strange, Ellen Klages, 2017, 240 pages

Au crépuscule de sa vie, Helen Young fait une escapade à Chinatown pour récupérer un coffre caché là bien longtemps auparavant. À l'intérieur, un tableau - ressemblant fort à la couverture de ce livre, mais malheureusement pas de manière tout à fait identique. Pourquoi aller le chercher maintenant ? Et qui sont ces deux personnes dansant sous le ciel étoilé de San Francisco ? La réponse à ces deux questions représente la suite de cette novella, après un premier chapitre introductif qui pourrait quasiment être une jolie nouvelle à elle-seule.

Joli, c'est un qualificatif qui peut d'ailleurs s'appliquer à l'ensemble du récit. C'est doux et plaisant car, malgré l'impossibilité évidente pour les protagonistes d'être libres, les choses se passent plutôt bien pendant la majorité de l'histoire, l'élément réellement perturbateur arrivant finalement bien tard, dans le dernier tiers seulement. Avant cela, on prend plaisir à suivre ces attachants personnages et à découvrir la condition lesbienne à San Francisco dans les années 40 grâce au grand travail de reconstitution historique réalisé par Ellen Klages. Au point que la dernière partie, où l'aspect fantasy entre réellement en jeu, n'est clairement pas ma favorite.

Passing Strange est suivie d'une courte nouvelle, Caligo Lane, qui développe de manière plus précise un élément fantasy aperçu auparavant. Trop technique à mon goût, elle m'a bien moins emporté. Mais elle n'a pas réussi à entamer mon plaisir d'avoir découvert cette charmante novella qu'est Passing Strange.

Couverture : Eiko Ojala / Traduction : Éric Holstein

jeudi 4 juin 2020

Jean-Laurent Del Socorro - Le Vert est éternel

Le Vert est éternel, Jean-Laurent Del Socorro, 2015, 15 pages
« Si les ingénieurs militaires pouvaient contrôler la peste - et être sûrs qu'elle ne se retournerait pas contre eux -, nul doute qu'ils la jetteraient en première ligne. »
En 1597, un an après Royaumes de vent et de colères, la compagnie du Chariot est à Amiens, participant au siège de la ville alors aux mains des Espagnols. Mais un siège, c'est moins des combats qu'une longue attente. C'est lors de celle-ci que se dérouleront les évènements principaux de cette nouvelle, de l'humanité en temps de guerre.

Le Vert est éternel est une somptueuse nouvelle, fort touchante, à mettre la larme - voire plus d'une - à l'oeil, contant une histoire aussi simple que belle dans un style épuré cinglant de quelques belles formules. Tout simplement magnifique. Et comme elle est totalement indépendante et disponible gratuitement, vous n'avez aucune excuse : vous aussi, venez découvrir pourquoi le vert est éternel.
« - Tu devrais lire ce recueil. Les poèmes ce sont des morceaux de rêves. Si les hommes écoutaient davantage les poètes et moins leur soif de pouvoir peut-être pourraient-ils vivre ensemble.
- Oui, mais les poètes ne financent pas la paix comme les banquiers financent les guerres.
»
D'autres avis : Xapur, Shaya, Vert, MarieJuliet, Boudicca, ...

mardi 11 février 2020

Tout feu tout flamme #3 - Binti

"Tout feu tout flamme", ou "Nos éditeurs ont du talent", c'est une petite rubrique de billets d'humeur sur la sphère SFFF. À prendre pour ce que ça vaut, c'est à dire pas grand chose, mais surtout avec plus d'amusement que d'énervement. Sauf si on parle de Pygmalion bien sûr. Ou peut-être de crowdfunding.
Avec l'aimable, et involontaire, participation des membres du Dernier Discord Avant la Fin du Monde, précieuse source d'informations et de débats.
Avis aux associations : aucun éditeur ou auteur n'a été maltraité pour les besoins de ces articles. En tout cas pas volontairement.

Il était une fois un lecteur, qu'on appellera Lecteur λ. Lecteur λ aime lire des livres - quelle surprise, n'est-ce pas ? Un jour, il entre dans une librairie* bien achalandée en ouvrages d'une catégorie qu'il apprécie tout particulièrement : les livres d'imaginaire. Heureux, il parcoure les rayons et tombe sur une sublime couverture d'un profond bleu-vert rehaussé d'un éclatant jaune-or mettant en avant une femme à la peau sombre. Lecteur λ jette un oeil à la quatrième de couverture et s'avère tenté. Il embarque donc l'ouvrage - après l'avoir payé, bien entendu.
*Note pour le futur (NPLF) : une librairie était, dans l'ancien temps, un magasin qui vendait exclusivement des livres.

Une fois rentré chez lui, Lecteur λ ne résiste pas à la tentation d'entamer immédiatement la lecture de son dernier achat (oui, Lecteur λ est un être étrange qui aime lire ses livres rapidement et ne pas se laisser submerger par l'éventuelle croissance incontrôlée d'une Pile à Lire - ne le jugeons pas, tâchons d'être tolérant). Et là, surprise :

Photo garantie sans trucage.
Lecteur λ ferme le livre, inspecte la couverture puis la quatrième de couverture et s'étonne qu'il ne soit nulle part mentionné que cet ouvrage n'est pas un one-shot. "Puisque je l'ai acheté, autant le lire", se dit Lecteur λ. Il le lit donc et apprécie le moment qu'il passe. Suffisamment pour avoir envie d'en savoir plus sur ce qui semble être une série. Lecteur λ s'assoit donc devant son ordinateur** et part à la recherche d'informations.
**NPLF : un ordinateur était un très grand téléphone portable smartphone qui comportait généralement un clavier physique ainsi qu'un instrument, appelé souris, pour se déplacer sur l'écran.

Il cherche donc sur le site des Éditions ActuSF, ici ou là, mais sans trouver satisfaction. Il se rabat alors sur le site d'ActuSF, qu'il pense forcément quelque peu lié à la maison d'édition du même nom. Il ne trouve rien ici mais tombe là sur un élément intéressant :


"Parfait ! Il y a donc encore deux tomes à sortir", pense Lecteur λ, "je me tiendrai au courant des futures sorties".
FIN

Cette histoire pourrait s'arrêter ici. Mais, dans un univers parallèle, elle pourrait aussi se réécrire avec une nouvelle héroïne-lectrice, qu'on appellera Lectrice α - oui, vous vivez le début d'un Lecteur.ice Universe. Lectrice α est ce qu'on appelle une lectrice informée, elle s'intéresse un peu au milieu, suit les actualités, lit des blogs, ... Elle sait donc que Binti est une série de novellas. Elle a aussi vu passer l'information qu'il n'y aurait pas une mais deux novellas au sein de cette publication française. Étonnée en ne voyant aucune indication sur son ouvrage - enfin, pas trop non plus, car Lectrice α sait que les Éditions ActuSF ne sont pas à leur coup d'essai en matière de tomaison peu ou pas visible et qu'elles ne sont malheureusement pas les seules en France*** - elle part en quête de compréhension, un indice à la main :
***NPLF : Voir "Tout feu tout flamme #X - Cachez cette série que je ne saurais voir"

Nota : doigt vendu séparément.
Elle compare cette table des matières aux titres des novellas en version originale : Binti, Binti : Home et Binti : The Night Masquerade. Se basant sur "l'hypothèse des deux novellas", elle conjecture que Binti : Retour est sûrement la traduction de Binti : Home. Reste deux entrées pour une seule novella. "Pas impossible", se dit-elle, "mais cela mérite tout de même de continuer à fouiller un peu".

Elle fait bien car elle découvre une nouvelle information sur le compte twitter de l'autrice :

"Nota : une nouvelle histoire de Binti intitulée "Feu Sacré" paraitra dans l'intégrale l'année prochaine."
Sacred Fire ? Cela correspond au Binti : Feu sacré de la table des matières. Le site de l'éditeur originel américain confirme l'information : après être sorties unitairement, les trois novellas ont été republiées dans une intégrale où a été ajoutée une nouvelle prenant place entre la première et la deuxième novella, et qui se retrouve donc dans l'édition française.

Abasourdie après tant de mystères révélés, Lectrice α ressent le besoin de faire le point :




Épilogue

Pendant qu'elle y est, Lectrice α décide de jeter un oeil à la pagination, se demandant si la troisième et dernière novella n'aurait pas pu s'intégrer directement dans le volume présent, volume qui comporte 320 pages. Dans les versions originales, les trois novellas culminent, dans l'ordre, à 112 pages (88 pages en français), 160 pages (167 pages en français) et 208 pages - pour une intégrale, nouvelle comprise, de 368 pages chez un autre éditeur. Lectrice α sait bien que l'édition et la traduction ont leurs raisons que la raison ignore. Mais tout de même, en admettant un chiffre raisonnable de 225 pages pour la troisième novella, cela ferait un total de 545 pages - un calcul, 320 + 225, que Lectrice α réalise de tête, car on peut être en même temps littéraire et scientifique. Si seulement il existait des ouvrages de plus de 500 pages dans la collection Naos ou dans une autre collection des Éditions ActuSF pour vérifier l'hypothétique faisabilité du projet...
"Ce n'est clairement pas le plus grave, s'il n'y avait que ça tout irait bien ou presque ; enfin, tant qu'une intégrale ne sort pas l'année prochaine**** bien sûr", se dit Lectrice α. "Quand même, quel dur métier que celui de la communication."
****NPLF : Voir "Tout feu tout flamme #X : Des envies de mettre Pygmalion à feu et sang"

Un grand merci à Lune pour l'enquête conjointe et les photos !

lundi 14 octobre 2019

Megan Lindholm, Steven Brust & Gregory Frost - Liavek

Liavek, Megan Lindholm, Steven Brust et Gregory Frost, 1985-1988, 282 pages

Cité portuaire multiculturelle où les habitants reçoivent chaque année une dose de « chance », Liavek est un univers partagé par de nombreux auteurs qui comprend au total 56 nouvelles (et 7 poèmes). Ce recueil, créé spécialement pour la France, en reprend 6 qui suivent, notamment, les personnages de Kaloo et Dashif dans une montée en puissance qui pourrait faire croire que ces nouvelles ont toujours été conçues pour être un fix-up.

Les deux premières nouvelles servent surtout d'introduction aux deux protagonistes principaux, les intrigues étant encore plus simples que les suivantes - qui ne sont pourtant déjà pas bien compliquées. Quant à l'univers, il est juste brossé. S'il paraît être riche et avec un bon potentiel, il ne sera jamais pleinement découvert ici, pas de manière satisfaisante en tout cas, la faute peut-être au format d'univers partagé.

Les deux nouvelles écrites en solo par Steven Brust manquent de consistance, jouant bien trop sur de nombreuses et courtes ellipses pour donner du rythme. Heureusement la présence de Megan Lindholm dans les quatre autres apportent plus de satisfaction. La palme revenant à Un acte d'amour, la dernière nouvelle, qui est le vrai plat de résistance de ce recueil et y apporte une véritable conclusion.

Lecture agréable s'il en est, Liavek ne peut clairement pas se targuer d'être l'oeuvre majeure de Megan Lindholm. Un recueil sympathique néanmoins, tout en simplicité, un peu trop, dans un univers qu'on aimerait plus développé. Reste pour cela 50 nouvelles à lire en VO...

D'autres avis : Vert, Shaya, Cédric, ...

lundi 9 septembre 2019

Laurent Genefort - L'Affaire du rochile

L'Affaire du rochile, Laurent Genefort, Univers d'Omale, 2008, 97 pages

Omale, région de Pargam, à la frontière entre les aires humaines et chiles, lors d'une époque de paix relative. Ramin Palana, humain et ancien militaire, revient dans son village natal de Trois-Roches pour enquêter sur une série de meurtres sanglants qui seraient dus à une bête chile et qui pourraient bien enflammer de nouveau la région.

Là où les romans se déroulant sur Omale ont tendance à prendre leur temps concernant les intrigues, L'Affaire du Rochile propose pour sa part une enquête dynamique et spontanée qui va à l'essentiel, tout en continuant d'explorer les relations humano-chiles. Bien que l'enquête soit un peu linéaire - mais c'est quasi-obligatoire vu le format, et son titre, le seul vrai bémol de cette nouvelle, ne l'aide pas - le texte reste de qualité et le plaisir est tout de même largement au rendez-vous.

Troisième escale pour le Summer Star Wars - Solo

jeudi 25 juillet 2019

Jean-Laurent Del Socorro - Boudicca

Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro, 2017, 251 pages

Boudicca est une biographie romancée, aux accents oniriques, de Boadicée, reine des Icènes, peuple du sud de l'actuelle Angleterre, au premier siècle. Jean-Laurent Del Socorro y brode une vie à son héroïne sur la base des maigres informations connues à son sujet, sans jamais tomber dans l'éloge ou la déification, Boudicca y apparaissant même parfois assez antipathique, notamment dans sa jeunesse.

Boudicca est un livre sans fioriture, qui va à l'essentiel en proposant un très bon équilibre des différentes parties. L'auteur dresse un portrait, tout autant humain qu'historique, d'une femme en lutte, contre l'envahisseur romain, contre un monde qui change mais aussi contre les mots, dits ou non-dits. Un double intérêt qui n'est pas sans rappeler Lavinia d'Ursula Le Guin, en plus actif. Une belle mise en lumière d'une période lointaine rendue intéressante et facile d'approche.

jeudi 23 août 2018

Fabien Clavel - Feuillets de cuivre

Feuillets de cuivre, Fabien Clavel, 2015, 329 pages.
« - Une bibliothèque, c'est une âme de cuir et de papier. Il n'y a pas meilleur moyen pour fouiller dans les tréfonds d'une psyché que de jeter un oeil aux ouvrages qui la composent. (...) Me croiriez-vous si je vous disais que j'ai résolu toutes mes enquêtes à partir de livres ? »
Ainsi parle, pense et agit Ragon, le policier héros des Feuillets de cuivre, un livre où tout tourne, d'une manière ou d'une autre, autour de la littérature. Tout en restant, fort heureusement, parfaitement lisible pour qui n'a pas les références : Fabien Clavel n'étale pas son savoir, il l'utilise à bon escient en n'oubliant pas ses lecteurs et en ne les rabaissant pas.

Mais avant Fabien Clavel, je dois remercier Étienne Barillier pour cette lecture, lui qui signe une magnifique préface m'ayant convaincu au moment où je doutais de lire un nouveau roman "steampunk lambda". Et lambda il en est loin, l'aspect steampunk, un steampunk fantastico-ésotérique, étant ici un arrière-plan et non pas l'élément primordial du livre. Mais Étienne Barillier détaille ça bien mieux que moi et vous convaincra assurément, donc n'hésitez pas à lire la préface si vous passez devant le roman !

Roman ou fix-up d'ailleurs, la frontière est mince. La première partie étant un enchainement de courts chapitres - nouvelles - détaillant chacun une enquête avant que la seconde partie ne se concentre sur un duel Moriarty-esque. Car osons la comparaison facile : lire les aventures de Ragon, c'est comme lire du Sherlock Holmes, où le plaisir n'est pas, en tant que lecteur, de résoudre l'énigme mais bien d'admirer les démonstrations d'intelligence et de logique du détective. Et elles sont ici à la hauteur.

Ces Feuillets de cuivre sont donc un grand livre - jusque dans son écrin - qui ne peut se résumer à du steampunk, du polar ou un hommage à la littérature. C'est un savant assemblage de tous ces ingrédients, et bien d'autres, par le maître horloger Clavel qui ménage ses effets et garde toujours un tour dans sa manche. Il mérite de passer outre quelques scènes un peu - très - crues : la récompense vaut très largement l'effort.

« - Et comment procédez-vous lorsque la victime ne possède pas de publications ?
- Dans ce cas, il s'agit d'un meurtre sans intérêt et sans finesse. Ces affaires ne méritent même pas d'être mentionnées. Elles reposent toujours sur les mêmes canevas primitifs. On les résout en un claquement de doigts. »

mercredi 22 novembre 2017

Nancy Kress - Après la chute

Après la chute, Nancy Kress, 2012,253 pages.

La structure d'Après la chute se comprend mieux par son titre original : Before the Fall, During the Fall, After the Fall. Trois fils narratifs donc : avant la catastrophe, avec une simili-enquête sur des disparitions d'enfants ; pendant la catastrophe, avec les étapes du drame ; après la catastrophe, avec quelques rares survivants cherchant à faire perdurer l'humanité.

À la fois post-apo et uchronie, Après la chute est surtout la mise en récit d'une théorie (dont on ne parlera évidemment pas pour ne pas divulgacher le livre). Qu'on y adhère ou non n'est pas la question : comme Nancy Kress le dit dans l'interview qui conclut le livre, Après la chute est simplement là pour questionner un futur possible. Et si quelques éléments restent flous et faciles, l'ensemble fonctionne plutôt bien, en grande partie car il s'agit d'une novella, n'obligeant donc pas le lecteur en désaccord ou désintéressé à se taper 450 pages dans sa lutte pour avoir le fin de mot de l'histoire. Le format court dans sa plus belle force.

dimanche 20 septembre 2015

Robert A. Heinlein - Jackpots

Jackpots, Robert A. Heinlein, 1941-1953, 234 pages.

Un pilote obligé de se lancer dans un dangereux voyage dans l’espace. Un homme cherchant à contrôler l’arme nucléaire. Une apparition extraordinaire sur la Terre. Une année particulièrement folle. Tout ça, c’est dans Jackpots.

Jackpots est un recueil de 4 nouvelles de Robert Heinlein, dont une inédite. Et quelle inédite ! « La Création a pris huit jours » est une nouvelle superbe, malgré sa tristesse et son inexorabilité, qui traite de la rencontre extraterrestre à un niveau bien différent des habitudes. Bien que datant de 1942, le récit est parfaitement actuel, ne sent absolument pas la poussière – c’est d’ailleurs le cas de l’ensemble des textes présents ici - et est un bel apport à la science-fiction.

Si cette nouvelle nécessite à elle seule la lecture de ce recueil, les autres nouvelles ne sont pas en reste et sont toutes bonnes. « Sous le poids des responsabilités » est un récit très humain sur le destin d’un pilote de vaisseau. « Solution non satisfaisante », écrite en 1941, traite par anticipation de l’arme nucléaire, de ses conséquences et de son contrôle : un récit fortement politisé. Enfin, « Une année faste » est une amusante digression sur les prédictions, les statistiques, les cycles, mais tourne à autre chose qu’une simple farce.

Jackpots est un très bon recueil où l’on retrouve toutes les qualités de Robert Heinlein, une écriture simple et dynamique en tête, dans des sujets quelque peu différents de ses romans. Avec en plus un très bon travail des éditions ActuSF, notamment avec une courte introduction très intéressante à chaque nouvelle, avez-vous vraiment encore une raison de ne pas lire ce recueil ?


Sixième escale pour le Summer Star Wars

Douzième lecture pour le challenge Summer Short Stories of SFFF

Deuxième participation pour le CRAAA

dimanche 16 août 2015

Spider & Jeanne Robinson - La Danse des étoiles

 La Danse des étoiles, Jeanne & Spider Robinson, 1977, 363 pages.

Shara Drummond est une danseuse de talent. Son seul problème est sa taille et ses formes, l'empêchant de se fondre au sein d'un groupe et de faire carrière sur Terre. Mais si ce n'est pas possible sur Terre, peut-être est-ce possible dans l'espace ?

La Danse des étoiles est un roman dont le point de départ, et le fil rouge, est la danse. Sujet peu commun, surtout pour un livre de science-fiction, et qui devient pourtant ici éminemment intéressant. Le fait que Jeanne Robinson fut danseuse et chorégraphe n'est pas innocent à cela, et l'on ressent dès le premier chapitre la passion pour cet art qui se dégage au fil des phrases.

Mais La Danse des étoiles parvient dans le même temps à être un vrai roman de science-fiction aux idées très intéressantes. Surtout, il parvient à évoluer au fil des trois parties qui le composent et le rythment. On ne tombe jamais dans l'ennui ou la routine, la nouveauté est toujours présente.

Dynamique et novateur, La Danse des étoiles parvient à combiner un aspect poétique fort et touchant à un sense of wonder de qualité. Le tout offre un excellent roman qui parvient à la fois à rester dans les codes du genre tout en apportant une vraie touche de fraîcheur et de différence.


Première escale pour le Summer Star Wars

jeudi 23 juillet 2015

Xavier Bruce - La République des enragés

La République des enragés, Xavier Bruce, 2015, 297 pages.

En 1952, 9 enfants aux talents particuliers, cobayes du professeur Frédéric Heintelle, s’évadent de l’institut qui les retient. En Mai 1968, tous ont grandi et plusieurs se retrouvent mêlés au fameux événement historique.

Rares sont les romans d’imaginaire à traiter de Mai 68, pour ne pas dire qu’ils sont inexistants. À ce titre, La République des enragés est déjà rafraîchissant et marque des points avant même de démarrer. La lecture ne fait que confirmer cette impression : le cadre soixante-huitard est bien présent, d’autant plus grâce à plusieurs faits et anecdotes réels, et donne une vraie atmosphère au récit.

Logiquement, La République des enragés est de fait un roman au parfum politique, que cela soit dans les messages que dans l’intrigue qui navigue dans ce Mai 68. Pour autant, ce n’est pas un récit purement et essentiellement politique, et ce n’est pas forcément ce qui marquera le plus le lecteur. Surtout que Mai 68 reste bien le cadre et non l’intrigue de l’œuvre.

L’intrigue – les intrigues – est teintée de fantastique et alterne différents fils narratifs dans de courts chapitres découpés selon la trame horaire de l’action. Cela en fait un récit très vif et rythmé où il n’est pas permis de s’ennuyer. D’autant plus que les personnages ont de fortes personnalités et attirent l’attention.

Pour être complet, il faut tout de même rajouter qu’un autre aspect est fortement présent dans le récit : la sexualité. Rien de cru ou d’osé ici, rien qui puisse contre-indiquer la lecture, mais le plaisir charnel est un élément moteur des pensées, des relations et des actions des personnages et pèse un poids important dans le récit. Heureusement, l’écriture de Xavier Bruce fait passer cela très naturellement.

La République des enragés est un très bon roman. Presque uchronique, il navigue entre art et politique au cours d’une intrigue très rythmée mais toujours maîtrisée. La bonne plume de Xavier Bruce en fait un livre à la fois plaisant et intelligent.


Cinquième lecture pour le challenge Summer Short Stories of SFFF

mercredi 1 avril 2015

Jean-Laurent Del Socorro - Royaume de vent et de colères

Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro, 2015, 270 pages

Le royaume, c'est le royaume de France. En 1596, en pleine guerre de religion, le roi Henri IV est sur le point d'achever la reconquête totale de son pays, commencée après la mort d'Henri III en 1589, face à la Ligue catholique. Il ne reste qu'un grand bastion à résister : Marseille.

Le vent, c'est le mistral qui souffle à Marseille, tout aussi réel que symbolique. La révolte gronde sous le pouvoir du consul Charles de Casaulx et les événements sont proches d'un changement radical.

Les colères, ce sont particulièrement celles de Gabriel, Axelle, Victoire et Armand (mais comment oublier Silas et Gabin ?), les quatre narrateurs de cette histoire dans l'Histoire. Quatre univers, quatre personnalités bien différentes et bien marquées. Quatre personnages dont les destins se croisent à la Roue de la Fortune, une auberge marseillaise, en ce 16 février 1596 qui changera à jamais le cours de leurs vies.

Royaume de vent et de colères est un roman vif et enlevé. Les points de vue, tous à la première personne (ce qui en rebutera peut-être certains, mais on s'y habitue aisément et cela fait plutôt sens avec l'ensemble), s'enchaînent rapidement dans de - très - courts chapitres. Les mots résonnent, se répondent, s'interpellent. On sent de la théâtralité dans l'art des dialogues et du rebond, tout comme dans la structure générale du roman (en 3 actes : exposition, péripéties explicatives, résolution), sans parler du personnage de Silas.

Outre le théâtre, difficile de ne pas penser aussi à une partie d'échecs, auxquels quelques personnages font même explicitement référence. Et encore, je n'ai pas la connaissance nécessaire pour reconnaître les références faites au tarot. Mais la force la plus marquante de cette "fantasy historique", c'est bien l'Histoire. L'Histoire de la république de Marseille, des guerres de religion et du début de règne d'Henri IV. Avec la douce sensation d'apprendre en se divertissant. Le tout à peine modifié pour les besoins de l'intrigue, des intrigues.

En terme d'importance et d'influence, Royaume de vent et de colères est bien plus un roman historique qu'un roman de fantasy. La fantasy est bien là, mais seulement à la marge, autant excuse pour développer un personnage qu'élément essentiel de l'intrigue. Car l'essentiel, ce sont les personnages et leurs destins, leurs révoltes et leurs parcours, leurs survies et leurs développements. Des personnages colorés, vivants, marquants.

Si les grandes sagas de fantasy sont comme de longues guerres, Royaume de vent et de colères est lui une escarmouche qui prouve qu'il n'y a pas forcément besoin de trois fois 600 pages pour décrire un vrai univers et enchanter le lecteur. Pour un court roman, Royaume de vent et de colères foisonne d'idées et Jean-Laurent Del Socorro parvient à être autant inspiré sur la forme que sur le fond. Un excellent premier roman, une très belle plume à suivre, une réussite évidente.

dimanche 11 mai 2014

Roland C. Wagner - Cette crédille qui nous ronge

Cette crédille qui nous ronge, Roland C. Wagner, 1991, 133 pages.

Troisième étape dans les novellas de Roland C. Wagner. Après une première bonne découverte, Le Serpent d'angoisse, mais une deuxième lecture moins convaincante, Celui qui bave et qui glougloute, de quel côté penchera la balance avec Cette crédille qui nous ronge ?

Océan, une planète étrangère, colonisée par la Terre, dans un futur lointain. Où les gens parlent une langue française déformée (je n'ai pas pu m'empêcher d'y voir une forme proche du québécois et de lire plusieurs fois en mettant à l'accent...). Où le débat fait rage entre les carnivs et les vegets : doit-on tuer et manger les animaux ?

L'axe de réflexion du livre est assez clair. La portée de sa réponse bien moindre. Le plus intéressant est finalement de voir les changements que la société a connu : la psychologie est une science, la Terre est surpeuplée et la vie en son sein en est profondément bouleversée, le meurtre a été éradiqué,... Malheureusement, on ne fait que survoler tous ces aspects pour se concentrer sur une seule question : viande ou pas viande ?

Cette petite frustration passée, le récit reste intéressant. On suit Quartz B dans sa quête pour répondre à la Question Alimentaire. Novella oblige, ça va vite, ça se lit vite, ça s'enchaîne, ça en devient un petit thriller. Un bon livre avec de sympathiques illustrations animalières de Philippe Caza. Reste un deuxième épilogue troublant, qui tend légèrement au désespoir et conclut l'oeuvre sur une note négative. C'est triste.

lundi 5 mai 2014

Nancy Kress - L'une rêve, l'autre pas

L'une rêve, l'autre pas, Nancy Kress, 1991, 154 pages.

Qui ne s'est jamais dit "si je pouvais ne pas dormir, je pourrais faire tellement plus de choses" ? Lire des livres par exemple. Et pourquoi pas L'une rêve, l'autre pas. Où Leisha, l'héroïne, est une Non-Dormeuse.

Par une manipulation génétique, décidée par ses parents, Leisha n'a pas besoin de dormir. Ce n'est pas le cas d'Alice, sa soeur jumelle (et non prévue). En résulte, notamment, un décalage d'apprentissage entre les deux soeurs.

Bien que participant à la conclusion du récit, le lien entre Alice et Leisha ne forme pas le coeur de cette novella. À la différence de ce que le titre pourrait laisser présager, Nancy Kress ne parle pas de l'importance du sommeil et des rêves ou des différences d'évolution entre une personne dormant et une personne ne dormant pas. Même si l'on peut voir quelques réflexions sur la construction de la famille, cela reste une petite déception par rapport à ce que j'avais anticipé.

Mais alors, de quoi parle ce livre ? Des minorités, de leur intégration dans la société, de l'effet de masse. De nos systèmes de pensée en général. Et c'est pas joli joli.

L'une rêve, l'autre pas est une lecture sympathique. À la fois par la forme, de courts paragraphes, du rythme et une maquette des Éditions ActuSF très agréable à lire, que par le fond avec quelques axes de réflexion qui ne peuvent que parler à chacun. Et une petite note d'espoir pour finir. C'est toujours bon à prendre.

Quatrième participation au challenge SFFF au féminin

mardi 12 novembre 2013

Jean-Philippe Jaworski - Profanation

Profanation, Jean-Philippe Jaworski, 2013, 17 pages.

En participant, même tardivement, au JLNN de Lune, j'ai eu l'honneur de pouvoir choisir une nouvelle chez ActuSF. Malins comme vous êtes, vous aurez remarqué tout le diabolisme de la manœuvre sélène : je lis une nouvelle et je la chronique, donc je gagne une nouvelle, donc je la lis et la chronique.

Après quelques hésitations, je n'ai pas pu résister au plaisir de retrouver la plume de Jean-Philippe Jaworski avec Profanation, une nouvelle parue dans Les coups de coeur des Imaginales, l'anthologie 2013 des Imaginales. D'autant plus qu'elle se déroule dans le même univers que Gagner la guerre, plus précisément deux siècles avant, pendant la guerre des Grands Vassaux (la postface explique cela très bien, avec florilège de détails).

Profanation conte le procès de Sabaude Cufart, accusé d'être un détrousseur de cadavres. Avant tout, et Jaworski utilise à juste titre le mot à plusieurs reprises, Sabaude est un coquin. En mauvaise situation, il tente d'utiliser sa gouaille pour s'en sortir. Mais les ennemis ne sont peut-être pas là où il les attend...

Une nouvelle fois, Jaworski prouve qu'il maîtrise à la perfection les personnages de "méchants sympathiques". Le style est travaillé, mais ne fait que rendre la lecture encore plus fluide. Un bon moment de lecture, avec une histoire qui parait d'abord banale et amusante, mais qui s'avère être plus grave et étonnante dans sa conclusion.


Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou

samedi 19 octobre 2013

Thomas Day - This is not America

This is not America, Thomas Day, 2009, 122 pages.

Alors qu'est récemment sorti le recueil Sept secondes pour devenir un aigle, je me suis penché sur un autre recueil de nouvelles de Thomas Day : This is not America. Avec en prime une participation de plus pour le JLNN de Lune, ainsi que pour le Challenge Francofou.

This is not America comporte trois nouvelles, dont une inédite (les deux autres ayant déjà été publiées en 1999 et 2002). Une thématique commune : les Etats-Unis, de manière un peu différente de la normale. Avec des petits sous-titres indicatifs pour chaque récit : Naguère, Hier & Ailleurs, Demain. Mais tout ça n'est qu'un prétexte. Un prétexte pour lire trois grandes nouvelles.

Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre débute par sa fin, à la manière d'un épisode de Breaking Bad. Pourtant, l'histoire de ces trois cow-boys des années 60 va rester prenante tout du long, bien servie par un rebondissement inattendu (en tout cas personnellement je ne l'ai pas vu venir, même si après la lecture on se rend compte qu'il y avait de gros indices).

American Drug Trip est une nouvelle plus drôle et complètement loufoque, avec une des meilleures utilisations des mondes parallèles que j'ai pu lire. Pour le résumé, je ne peux que citer la nouvelle elle-même : « C'est un film dont on aurait mélangé les bobines, avec un bout de comédie misérabiliste, un bon bout de film de gangsters, un passage porno et un final que j'appellerai juste pour le fun « Danse avec les ours ». »

Éloges du sacrifice a un titre particulièrement explicite, même s'il aurait aussi pu s'intituler "Le sacrifice à travers les âges". La nouvelle qui pose le plus de questions concrètes et offre le plus de réflexions immédiates. Je suis un peu incertaine sur la conclusion, mais cela reste une bonne nouvelle. Les fans d'Histoire se régaleront.

Trois belles nouvelles, même si elles ne sont pas dénuées d'une certaine cruauté. Comme à son habitude, Thomas Day nous offre le plaisir de la lecture par de bonnes histoires, mais avec toujours de grandes idées et un contexte recherché et documenté. N'hésitez pas !


jeudi 5 septembre 2013

Roland C. Wagner - Celui qui bave et qui glougloute

Celui qui bave et qui glougloute, Roland C. Wagner, 1999, 88 pages.

Ayant il y a peu de temps bien aimé Le Serpent d'angoisse, j'ai décidé de tenter une nouvelle novella de Roland C. Wagner, toujours chez ActuSF et leurs couvertures qui attirent l'oeil. Evidemment, c'est aussi une lecture dans le cadre du JLNN de Lune.

Autant le dire tout de suite, j'ai un petit problème avec ce livre : je ne m'en souviens plus vraiment. Ça ne fait pourtant pas si longtemps que ça que je l'ai lu, et cela me confirme donc dans mon ressenti : je n'ai pas vraiment apprécié cette lecture.

L'idée de base était plutôt alléchante, avec les Indiens qui se trouvent des alliés intergalactiques, et la Terre qui se retrouve finalement au milieu de quelque chose de bien plus grand. Sauf que cet aspect est finalement retombé assez vite, se concentrant plus sur le côté mystère et créatures bizarres. En plus, je n'ai étonnamment pas vraiment accroché à cet univers Far West combiné à des extraterrestres (dont les références se révèlent assez anecdotiques).

À côté de ça, il me faut souligner les autres clins d'oeil intégrés par Roland C. Wagner, dont ceux à H.P. Lovecraft, que bien qu'étant complètement inculte j'ai cru pouvoir déceler. Vous verrez assurément plus de choses que moi.

Au final, je suis plutôt passé à côté de ce livre, qui bien que commençant bien, a évolué sur des territoires qui ne sont pas mes préférés (ni ceux que je connais le mieux). Mais elle pourrait tout de même vous plaire, vu tout le bien dont j'en ai lu ailleurs.

mercredi 14 août 2013

Roland C. Wagner - Le Serpent d'angoisse

Le Serpent d'angoisse, Roland C. Wagner, 1987, 116 pages.

Quand j'ai aperçu Le Serpent d'angoisse, je me suis souvenu de l'avoir déjà vu quelque part. Ce n'est pas vraiment étonnant, une couverture aussi colorée ne s'oublie pas. Je me suis même rappelé que c'était Le Dévoreur de Livres qui l'avait chroniqué. Sauf que je n'avais plus aucun souvenir de ce qu'il en avait dit. Pas de problème, il faut savoir tenter. Surtout que je cherchais une lecture pour enfin, après pour je ne sais quelle raison ne pas l'avoir fait plus tôt, entrer dans le challenge de Lune, le JLNN (Je Lis des Nouvelles et des Novellas). Parce que même si je ne suis pas très doué, je crois qu'on peut dire que c'est une novella.

Le Serpent d'angoisse commence un peu chaotiquement. Plusieurs récits s'entrecoupent, sans qu'on ait énormément d'informations. C'est un petit peu le cafouillis. Et puis petit à petit, en partie grâce à la quatrième de couverture qui donne un axe, avouons-le, l'intrigue prend forme. J'ai trouvé ça plutôt bien amené, petit à petit, avec quelques points mystérieux qui durent assez longuement mais trouvent finalement tous leurs significations.

L'histoire en soi est assez simple. Des télépathes se sont développés, et permettent aux puissants de vivre leur idéal dans la psychosphère, un concept à la fois visuel mais pas forcément très compréhensible dans son utilisation. Pendant ce temps, dans la "vraie vie", des villes se révoltent face au pouvoir en place. Il faut avouer que l'idée est assez sympathique, et Marx n'en serait pas mécontent. Le peuple face aux élites, prolétariat contre bourgeoisie !

D'une manière assez primaire, j'ai aimé la lutte contre l'idéalisme américain et les puissances dirigeantes. Et dans le dénouement, j'ai aimé y voir une belle métaphore, que je ne vous révélerai pas pour ne rien vous gâcher. C'est peut-être un peu linéaire dans le déroulé (et c'est là que le chaos des changements de personnages est finalement plutôt utile), mais percutant dans l'idée générale.