dimanche 20 septembre 2015

Robert A. Heinlein - Jackpots

Jackpots, Robert A. Heinlein, 1941-1953, 234 pages.

Un pilote obligé de se lancer dans un dangereux voyage dans l’espace. Un homme cherchant à contrôler l’arme nucléaire. Une apparition extraordinaire sur la Terre. Une année particulièrement folle. Tout ça, c’est dans Jackpots.

Jackpots est un recueil de 4 nouvelles de Robert Heinlein, dont une inédite. Et quelle inédite ! « La Création a pris huit jours » est une nouvelle superbe, malgré sa tristesse et son inexorabilité, qui traite de la rencontre extraterrestre à un niveau bien différent des habitudes. Bien que datant de 1942, le récit est parfaitement actuel, ne sent absolument pas la poussière – c’est d’ailleurs le cas de l’ensemble des textes présents ici - et est un bel apport à la science-fiction.

Si cette nouvelle nécessite à elle seule la lecture de ce recueil, les autres nouvelles ne sont pas en reste et sont toutes bonnes. « Sous le poids des responsabilités » est un récit très humain sur le destin d’un pilote de vaisseau. « Solution non satisfaisante », écrite en 1941, traite par anticipation de l’arme nucléaire, de ses conséquences et de son contrôle : un récit fortement politisé. Enfin, « Une année faste » est une amusante digression sur les prédictions, les statistiques, les cycles, mais tourne à autre chose qu’une simple farce.

Jackpots est un très bon recueil où l’on retrouve toutes les qualités de Robert Heinlein, une écriture simple et dynamique en tête, dans des sujets quelque peu différents de ses romans. Avec en plus un très bon travail des éditions ActuSF, notamment avec une courte introduction très intéressante à chaque nouvelle, avez-vous vraiment encore une raison de ne pas lire ce recueil ?


Sixième escale pour le Summer Star Wars

Douzième lecture pour le challenge Summer Short Stories of SFFF

Deuxième participation pour le CRAAA

jeudi 17 septembre 2015

Stanislas Lem - Solaris

Solaris, Stanislas Lam, 1961, 250 pages.

Solaris est une planète très particulière et un mystère pour les scientifiques depuis des dizaines d’années. En orbite autour de deux soleils, elle n’en reste pas moins stable. Inhabitée, elle est pourtant recouverte d’un océan qui pourrait être intelligent. C’est dans ces conditions que le docteur Kelvin arrive dans la station scientifique qui étudie Solaris.

Solaris est un livre étrange. En premier lieu pour son démarrage, qui semble parfaitement improbable avec ce scientifique qui arrive dans une station presque désertée sans être préalablement au courant et la découverte de ce qui sera le cadre d’un quasi-huis clos, le tout in media res.

Pourtant, il se dégage rapidement une ambiance à la Doctor Who, par ce décor fermé avec peu de personnages rapidement caractérisés mais surtout par cet esprit de mystère surnaturel scientifique qui ne demande qu’à être exploré et résolu.

Mais le Docteur n’arrive jamais. Malheureusement. À la place on trouve plutôt de longues descriptions scientifiques. Le travail sur cette planète nouvelle est fascinant mais cela s’avère tout de même bien trop aride et long pour garder la pleine attention du lecteur. D’autant plus que l’histoire en elle-même, pourtant suffisamment accrocheuse dans ses moments actifs, ne mène presque nulle part.

Malgré quelques forces – un très grand sens de la création notamment - et bons passages, Solaris ne s’avère pas un livre marquant ni même vraiment recommandable, l’histoire semblant pouvoir se résumer en 5 lignes. À la différence du docteur Kelvin, vous voilà avertis.


Cinquième escale pour le Summer Star Wars

Onzième lecture pour le challenge Summer Short Stories of SFFF

lundi 14 septembre 2015

Jack Vance - Le Livre des rêves

Le Livre des rêves, Jack Vance, 1981, Tome 5/5 de La Geste des Princes-Démons, 376 pages.

Après Le Prince des étoiles, La Machine à tuer, Le Palais de l'amour et Le Visage du démon, Le Livre des rêves est le cinquième et dernier tome de la Geste des Princes-Démons. Cette fois-ci, c'est avec Howard Alan Treesong que Kirth Gersen conclut sa quête de vengeance.

Pour son ultime aventure avec le personnage de Kirth Gersen, Jack Vance a tout changé. Ou absolument pas. Et c’est tout à fait plaisant ainsi. On sait où l’on va, on sait ce que le livre renferme, et pourtant ça fonctionne parfaitement, les aventures s’avérant suffisamment prenantes et nouvelles pour ne pas devenir rébarbatives.

Il n’y a rien de bien nouveau à dire concernant ce tome-ci. C’est un récit mouvementé, une très bonne aventure qui sent bon les étoiles et le voyage, avec un héros façon James Bond qu’on apprécie suivre. Particularité ici, la présence un peu plus importante de l’Institut, qu’on avait déjà aperçu jusque-là. Mais une présence encore trop minime pour tous les mystères qu’on aimerait y découvrir.

La fin est à l’image de la série. Rapide, brusque, elle ne s’encombre d’aucune futilité ni de rien qui ne fasse pas partie intégrante de la vengeance du héros. Le but est atteint, point final, rien de plus. L’essentiel, rien que l’essentiel. C’est tellement dans l’esprit de la série que ça n’en est presque pas choquant, cela définit parfaitement cette œuvre.

Dans son ensemble, La Geste des Princes-Démons est une très bonne série, pour peu que l’on sache ce qu’on y cherche : de l’action/aventure pure, divertissante et dépaysante. Une belle réussite dans le genre.


Quatrième escale pour le Summer Star Wars

vendredi 11 septembre 2015

Christopher Priest - La Tête et la Main

La Tête et la Main, Christopher Priest, 1971, 25 pages (pdf).

La nouvelle gratuite du mois de septembre offerte par Le Bélial' est La Tête et la Main, une nouvelle de Christopher Priest, à télécharger ici, à l'occasion de la sortie d'un recueil de nouvelles de l'auteur, L'Été de l'infini.

Handicapé, Todd est aidé dans sa vie de tous les jours par Edward et aimé par Elisabeth. Artiste convalescent depuis plusieurs années, il va revenir sur scène pour une nouvelle représentation.

La Tête et la Main est un récit étrange, dans un style qui évoque tout à fait Christopher Priest même s’il est bien plus simple que ses romans. Plus qu’étrange, il est dérangeant. Traitant de la surenchère de l’industrie du spectacle et du voyeurisme de ses spectateurs, il plonge le lecteur dans cette position de voyeur. Au risque de le mettre fortement mal à l’aise devant la violence du spectacle.

Même si le but est louable et que le texte est efficace, il n’en reste pas moins un sentiment désagréable à la fois pendant la lecture et une fois celle-ci achevée. Une nouvelle qui oscillera donc entre le bon et le mitigé selon le ressenti du lecteur.

mardi 8 septembre 2015

Mike Resnick - Kirinyaga

Kirinyaga, Mike Resnick, 1998/2008, 407 pages.

Kirinyaga, c'est le nom que donnent les Kikuyus, ethnie kényane, au mont Kenya. C'est aussi le nom de la planète utopie créée par Koriba en 2123, pour recréer un monde uniquement peuplé par les Kikuyus, loin de l'influence néfaste de la civilisation européenne qui les a assimilés sur la Terre.

Kirinyaga souffre peut-être de sa carrière et de sa réputation : de l’œuvre la plus récompensée de l’histoire, un fait répété plusieurs fois au début et à la fin du livre, on s’attend à découvrir quelque chose d’extraordinaire qui bouleversera notre vie de lecteur de SF. À ce niveau, on peut continuer d’attendre.

Cela démarre pourtant très bien. Mike Resnick oriente son récit vers l’Afrique, son inspiration de toujours, pour proposer une œuvre dépaysante, au carrefour de la tradition kényane, de la conquête spatiale et de la notion d’utopie. L’idée est bonne, le déroulé lui aussi pour sa majeure partie et l’utilisation des fables est excellente. Mais…

Mais Kirinyaga est un fix-up de nouvelles. Si les courts récits affichent une certaine progression d’ensemble, ils n’en restent pas moins répétitifs dans leur forme et deviennent de simples petites aventures, avec peu de surprises, sur le thème : comment le sage va-t-il sauver son utopie cette fois-ci ? À ce titre, certaines histoires sont logiquement plus ou moins bonnes et plus ou moins réussies, perdant une partie de la cohésion de l’œuvre en tant qu’ensemble.

Mais le problème principal est ailleurs. Le destin de Kirinyaga en tant qu’utopie, son déclin et sa chute, est rapidement inéluctable, le lecteur le sait. Il est triste, voire désespérant, de voir ce vieux sage lutter contre son peuple et de le sentir perdre peu à peu du terrain, en restant fixer sur ses positions et en n’évoluant pas. Il est encore plus triste de voir le roman prendre le même chemin, n’évoluant pas lui non plus, n’apportant aucune nouveauté, aucune réflexion supplémentaire à ce que le lecteur a vite compris. Mike Resnick s’enferme dans un schéma et y enferme avec lui ses personnages et ses lecteurs.

C’est encore plus flagrant à la lecture de Kilimandjaro, la nouvelle qui suit Kirinyaga. Elle ne fait pas partie de l’œuvre initiale mais trouve parfaitement sa place ici puisqu’elle traite d’une autre tentative d’utopie kenyane. Et le chemin est parfaitement différent. Le traitement et le déroulé sont peut-être plus habituels mais ils apportent bien plus de chaleur et d’idées que le fix-up. Surtout, Kilimandjaro semble apporter bien plus de réflexions et de recherches sur la notion d’utopie que ne le fait Kirinyaga, avec pourtant bien moins de pages.

C’est du coup sur une bonne note que se tournent les dernières pages. Les précédentes n’auront pas été mauvaises, loin de là, Kirinyaga restant une sympathique lecture, mais elles semblent loin du chef-d’œuvre annoncé. Une légère déception de ce point de vue, pour malgré tout un bon moment à passer dans cette science-fiction africanisée.


Première participation pour le CRAAA

Troisième escale pour le Summer Star Wars