dimanche 2 mars 2014

Ian McDonald - Roi du Matin, Reine du Jour

Roi du Matin, Reine du Jour, Ian McDonald, 1991, 481 pages.

La Maison des derviches m'ayant laissé une bonne impression, je n'ai pas trop hésité avant de lire Roi du Matin, Reine du Jour. Non, en fait, pour être honnête, j'ai vraiment hésité devant la quatrième de couverture. Un mauvais présage ?

La première partie ne commençait pourtant pas si mal. Deux histoires parallèles, un père et sa fille, lui regardant vers les étoiles, elle vers les hôtes de la forêt. Les récits se répondent ce qui donne un minimum de rythme et de relance, quelque chose de bien utile pour passer outre l'écriture chargée de McDonald. L'histoire du père est intéressante. Celle de la fille un peu moins, ce qui est surtout dû je pense à un personnage absolument pas sympathique. Malheureusement, c'est cette dernière qui aura son importance pour tout le reste du roman.

La deuxième partie apporte une nouvelle héroïne. Et un style toujours plus lourd et chargée, avec très régulièrement des pages d'énumérations totalement inutiles. J'ai complètement bloqué sur cette partie, mettant des jours et des jours à lire ces quelques 150 pages. Un vrai calvaire, tant par l'écriture que par l'histoire inintéressante (une somme de passages sans intérêt et d'autres totalement prévisibles).

S'il n'y avait pas eu ces deux premières parties, la troisième aurait pu être bonne. Elle en tout cas clairement moins pire, si l'on oublie certains paragraphes à côté desquels les livres de David Calvo semblent faciles. Plus d'actions, une narration qui va plus à l'essentiel (sans pour autant être facile, mais ce n'est pas gênant quand cela sert un véritable but) et surtout une héroïne bien plus charismatique. Cela ne peut malheureusement pas rattraper le sentiment négatif général.

Ce qui m'étonne le plus, c'est que j'ai lu globalement des avis vraiment positifs sur ce livre et que j'ai l'impression d'être passé à côté de quelque chose (je pense appeler ça le "syndrome La Magnificence des oiseaux"). Pour moi, ce fut un échec quasi-complet. Une écriture compliquée qui n'apporte rien et une/des histoire(s) dont le côté réaliste est souvent plat et inutile et le côté fantastique ne m'a pas accroché, un peu trop fantasque et compliqué pour mon goût et surtout sans véritable sens. Dommage.

Pour compenser, vous pouvez aller lire des gens qui ne pensent pas du tout comme moi : Vert, Julien, Lorhkan, Efelle
« Je soupçonne Maman d’avoir vu des choses, mais, comme les vieilles pierres dressées dont elle m’a parlé, ce qu’elle a autrefois entrevu a dû être recouvert par les atours et ornements du monde où nous vivons. C’est pour cette raison qu’elle les cite dans ses poèmes et ses romans ; car cela lui permet d’entendre de nouveau les cors du pays des elfes résonner dans le lointain. »
Quatrième participation au Winter Mythic Fiction

jeudi 27 février 2014

Paul J. McAuley - L'Homme

L'Homme, Paul J. McAuley, 2012, 26 pages.
« L’homme lui vint une nuit, en pleine tempête de flux. »
L'Homme est une nouvelle de Paul J. McAuley publiée dans le Bifrost 71. Elle a remporté le prix des lecteurs Bifrost 2013 de la meilleure nouvelle étrangère. À la suite de quoi Le Bélial' l'a très gentiment proposée gratuitement pour les hérétiques qui ne lisent pas leur Bifrost trimestriel (tel l'infâme qui écrit ces lignes).

Ziyi, une veille dame vivant seule avec ses deux huskies, voit un jour un homme, nu et muet, frapper à sa porte. Qui est-il ? D'où vient-il ? Ce sont les questions que Ziyi se posent. À cette liste, le lecteur rajoutera : Où sommes-nous ? Quand sommes-nous ? Quel est ce monde ?

Le début du récit fait un peu peur, avec pas mal de néologismes et une situation mystérieuse. On se sent un peu perdu. De la même façon que si un inconnu venait frapper à notre porte ? Bien vite néanmoins, le texte se simplifie, on prend nos marques et on apprécie l'histoire. De la même manière que Ziyi et l'homme s'apprivoise et que leur relation s'installe et se développe.

Il y a un petit goût de "vite fait, bien fait" à la lecture de cette nouvelle. L'histoire est simple et va à l'essentiel. Je me suis fait la réflexion qu'elle aurait peut-être mérité quelques pages supplémentaires pour prendre son temps et se détailler. Notamment sur son background, ce futur dont nous n'avons qu'un aperçu, qui donne envie d'en savoir plus et d'obtenir quelques réponses. Et en même temps, pourquoi ? L'Homme n'est pas vraiment une histoire de science-fiction. C'est l'histoire d'une rencontre entre deux êtres, d'une relation qui se crée. Et en peu de mots, tout comme il y a peu de mots entre les deux personnages, Paul J. McAuley parvient à raconter une touchante histoire.

lundi 24 février 2014

Terry Pratchett - La Huitième couleur

La Huitième couleur, Terry Pratchett, Tome 1/35 des Annales du Disque-Monde, 1983, 286 pages.
« Il est gênant de se savoir dieu d’un monde qui existe seulement parce que toute courbe d’improbabilité doit bien s’arrêter quelque part. »
Dans la catégorie "je n'ai honte de rien, même pas d'avouer n'avoir jamais lu ce livre hyper-connu", voici Les Annales du Disque-Monde. Cela fait bien longtemps que je pense à m'y mettre sans jamais oser franchir le pas, principalement par peur d'être déçu. Car sur le papier, cette série a tout pour me plaire. Les faits confirmeront-ils ce potentiel ?

Oui et non. Oui parce que c'est éminemment sympathique à lire. Comme prévu, c'est de la fantasy qui ne se prend pas au sérieux et se moque gentiment de ses clichés. Les aventures s'enchaînent et on voyage tranquillement à travers le Disque-Monde. C'est bien sans être totalement transcendant. L'humour est là en filigrane. Mais les meilleurs moments sont assurément les fulgurances de Pratchett, hilarantes mais qu'on ne peut que trouver trop rares.

Je dois avouer que le "non" est en grande partie du chipotage. La huitième couleur est un bon livre, voire très bon. Mais il aurait fallu au minimum quelque chose d'exceptionnel pour que je sorte complètement rassasié et satisfait. Là c'est "simplement" bien et sympathique. Je n'ai pas d'inquiétude pour autant, il me reste un paquet de tomes à lire et autant d'occasions d'être entièrement conquis.
« Certains pirates s'assuraient l'immortalité par de grands actes de cruauté ou de bravoure. D'autres en amassant de grandes richesses. Mais le capitaine avait depuis longtemps décidé qu'il préférait, en fin de compte, s'assurer l'immortalité en évitant de mourir. »

vendredi 21 février 2014

Eduardo Mendoza - Le Dernier voyage d'Horatio II

Le Dernier voyage d'Horatio II, Eduardo Mendoza, 2002, 225 pages.

Après avoir découvert Eduardo Mendoza avec Sans nouvelles de Gurb, un court et amusant livre, j'ai eu envie de prolonger l'expérience. Ce fut le cas avec Le Dernier voyage d'Horatio II, découvert une nouvelle fois grâce à AcrO.

Horatio II est commandant d'un vaisseau spatial. Ses passagers ? Des rebuts de la Terre, entre Délinquants, Femmes Dévoyées, Vieillards Imprévoyants et membres d'équipages un peu particuliers. Sa destination ? Aucune idée. Ce roman est son journal de bord, entre vie à bord du vaisseau et escales dans des stations spatiales qui ne sont pas forcément ce qu'elles semblent être.

Sur fond d'une sympathique et quelque peu mystérieuse aventure spatiale, Eduardo Mendoza livre un roman très drôle, que cela soit par ses situations rocambolesques ou par une géniale utilisation du comique de répétition (deux degrés au dessus de "drôle" et un degré en dessous de "hilarant"). Certains pourront même y voir un côté satirique de notre futur et de notre présent, de l'humain en somme, et en riront noir ou jaune, au choix.

Comparé à Sans nouvelles de Gurb, Le Dernier voyage d'Horatio II est un roman plus abouti et surtout plus consistant. Cela tient à des scènes plus longues et à une véritable histoire qui se développe. Et puis il a une forme qui ressemble plus à un roman (et non une suite de petites scénettes). En tout cas, c'est une histoire de science-fiction simple et drôle, très agréable à lire. Ne boudons pas notre plaisir.

mardi 18 février 2014

William Goldman - Princess Bride

Princess Bride, William Goldman, 1973, 329 pages.
« Bonjour, mon nom est Inigo Montoya, tu as tué mon père, prépare toi à mourir ! »
J'ai mis un certain temps avant de comprendre ce qu'était Princess Bride. Je voyais des gens l'encenser, en ressortir une citation étrange et je me disais bêtement "Mais... ça a l'air niais, non ?", bien aidé en cela par le sous-titre "Le Grand Classique du Conte de Grand Amour et de Grande Aventure de S. Morgenstern". Et un jour ce fut la révélation (même si les majuscules m'avaient un peu mis la puce à l'oreille...) : c'est un roman semi-parodique.

William Goldman nous explique tout dans son introduction. Princess Bride est un livre écrit par S. Morgenstern, un classique de la littérature florine, que Goldman a décidé d'abréger pour coller à la version que son père lui lisait. Il faut dire que la version originale est parfois quelque peu... digressive (et de la mauvaise digression).

Ou bien tout ceci est seulement le moyen de créer un cadre pour le livre et de permettre à Goldman quelques apartés. C'est peut-être plus cette version là. En tout cas, c'est extrêmement drôle et totalement fou. Au moins pour la première partie, qui reprend tous les clichés des contes de fées pour mieux s'en moquer (sans méchanceté).

Mais Princess Bride n'est finalement qu'à moitié parodique. Car en créant malicieusement une situation typique de conte de fées, il en devient finalement un à part entière. On se surprend à être totalement pris par l'histoire et à avoir envie que le héros réussisse sa quête. On regrettera seulement un manque de quelques petites touches d'humour pour relancer et balancer un peu plus le récit. 

À part ça, c'est un roman charmant, un bel hommage parodique au genre et un incroyable trouble de la personnalité chez William Goldman. Mais c'est aussi :
« - De l’escrime. Du combat. De la torture. Du poison. Le grand amour. La vengeance. Des géants. Des chasseurs. Des méchants. Des hommes bons. Des dames plus belles que tout. Des serpents. Des araignées. Des bêtes de toutes natures et de toutes formes. Des lâches. Des hommes forts. Des poursuites. Des évasions. Des mensonges. Des vérités. La passion. Des miracles. »

Troisième participation au Winter Mythic Fiction