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vendredi 9 octobre 2026

Céline Minard - Faillir être flingué

Faillir être flingué, Céline Minard, 2013, 326 pages

Quelque part dans le Far West, différents personnages - d'âges, sexes et origines variées - sont sur les routes en quête, consciemment ou non, d'un quelque part où ils pourraient vivre une belle vie. Leurs destins vont se croiser, notamment autour d'une petite bourgade en pleine expansion.

Et l'intrigue ? Quelle intrigue ? Qui a besoin d'une intrigue quand on a des personnages attachants, une belle écriture et une fabuleuse ambiance western ? Faillir être flingué est simplement un excellent western. Et ces trois mots ont autant d'importance les uns que les autres. Il est simple, limpide malgré un nombre important de protagonistes, fluide dans sa gestion des différentes situations et du passage du temps. Il est excellent, prenant de bout en bout, faisant s'attacher à cette communauté qui se crée sous nos yeux. Il est western, convoquant quasiment tous les éléments habituels du genre, personnages comme lieux, pour en proposer une vision qui respecte les codes tout en apportant sa propre touche.

Faillir être flingué sent le sable et le cow-boy. Mais il n'est pas aride pour autant. C'est même un ouvrage qu'on pourrait, un peu étonnamment, qualifier de joyeux. Il a un côté très satisfaisant qui rend heureux pour les personnages. Faillir être flingué est donc simplement un excellent western hautement plaisant à lire.

Couverture : /
D'autres avis : TmbM, ...

dimanche 26 septembre 2021

Bulles de feu #35 - Western

Stern, Tomes 1/2/3 (série en cours), Frédéric Maffre et Julien Maffre, 2015/2017/2019, 62/74/70 planches

Fin du XIXème siècle. Elijah Stern est croque-mort à Morrison, une petite bourgade du Kansas. Solitaire taiseux, mal-aimé du reste de la population, il trouve son plaisir dans la lecture. Alors qu'il s'apprête à inhumer un nouveau corps, il découvre que celui-ci a été assassiné et se retrouve malgré lui impliqué dans l'enquête.

Stern est une très sympathique série mettant en scène un personnage principal loin d'être un héros. Il n'est même presque pas un anti-héros tant il est en retrait, cherchant juste à éviter les ennuis et ne se retrouvant à chaque fois que malgré lui impliqué dans diverses aventures. Il est quasiment spectateur au même titre que le lecteur - une comparaison d'autant plus forte que Stern aime les livres. Et il a pourtant ce petit truc, ce charisme qui le rend sympathique et agréable à suivre.

Chaque tome conte une histoire complète, approfondissant à chaque fois le passé de Stern et la communauté qui l'entoure, tout en variant à chaque fois l'angle d'approche. Le premier tome est ainsi basé sur une enquête, le deuxième est plus une comédie - aux accents tragicomiques - franchement amusante alors que le troisième volume revient sur un schéma de western plus classique. Une belle réussite.

Quelques planches ici.

Jusqu'au dernier, Jérôme Félix et Paul Gastine, 2019, 65 planches

Les lignes de chemins de fer se développant à toute vitesse, c'est la fin de l'ère des cow-boys. Alors Russell prévoit d'acheter une ferme dans le Montana, où il vivrait avec Kirby, un bon compagnon de route, et Benett, un jeune orphelin un peu simplet qu'il a recueilli quelques années auparavant. Mais sur le chemin de leur nouvelle résidence, lors d'une halte à Sundance, Benett est retrouvé mort...

Jusqu'au dernier est un bon western, parvenant à proposer une histoire complète avec véritablement un début, un milieu et une fin. Les codes du genre sont au rendez-vous, tout comme un certain sens de la (non-)morale. Rien d'exceptionnel toutefois, une lecture à réserver aux fans du genre.

Quelques planches ici
D'autres avis : JMG, ...

Wanted Lucky Luke, Matthieu Bonhomme, 2021, 66 planches

Un mot sur la deuxième incursion de Matthieu Bonhomme dans l'univers de Lucky Luke après l'excellent L'Homme qui tua Lucky Luke. Cette fois, après le choc de sa mort, le choc de sa tête mise à prix !

Wanted Lucky Luke est une bonne aventure qui aurait tout à fait sa place dans la série classique, tant elle a un côté "à l'ancienne", avec un déroulé simple et efficace, en plus de nouveaux clins d'oeils à la mythologie luckylukienne. Matthieu Bonhomme n'en apporte pas moins sa touche avec en premier lieu son style graphique mais aussi le développement de la psychologie du héros, sans compter ses propres références qui se développent - non, Luke ne mâchonne pas une fleur. Moins surprenant et percutant que le tome inaugural, mais une sympathique lecture néanmoins.

Quelques planches ici.

dimanche 9 mai 2021

Richard Matheson - Journal des années de poudre

Journal des années de poudre, Richard Matheson, 1991, 265 pages

En 1876, plusieurs années après leur dernière rencontre, Frank Leslie croise dans un saloon Clay Halser, as de la gâchette et véritable légende de l'Ouest. La rencontre est de courte durée puisque Clay sera tué quelques minutes plus tard. Chargé de ses affaires suite à son décès, Frank va tomber sur les carnets intimes du pistolier et découvrir la dure réalité derrière la légende.

Chose étonnante vu la collection où il est édité, Journal des années de poudre n'est nullement un roman d'imaginaire mais bien un western. Loin des représentations parfois idéalisées, Richard Matheson propose un Far-West sombre et cruel où il ne fait pas bon vivre. Plus encore, l'auteur détricote le mythe de la "légende", rendant son sens premier au terme, plein d'embellissement et d'exagération.

S'il n'a rien de transcendant, Journal des années de poudre reste un western plus que correct qui se lit de manière tout à fait agréable. Outre les qualités du récit en lui-même, il possède un très bon rythme notamment grâce à un astucieux système de coupes et de résumés réalisés par Frank Leslie dans le journal de Clay Halser. Un journal qui sent toujours la poudre mais qui n'a nullement pris la poussière.

Couverture : Benjamin Carré / Traduction : Brigitte Mariot

dimanche 28 octobre 2018

Bulles de feu #11 - Votre BD, avec ou sans morale ?

L'Ombre d'Hippocrate, Undertaker Tome 4, Xavier Dorison et Ralph Meyer, 2017, 48 planches.

Suite et fin du deuxième diptyque d'Undertaker, après le gros suspens laissé à la fin de L'Ogre de Sutter Camp. Et la qualité ne diminue pas, que cela soit au scénario ou au dessin. Une autre chose qui ne diminue pas, c'est la "violence", surtout morale. Cela reste parfaitement lisible, sans presque broncher, mais on est très loin d'un western spaghetti et les personnages sont loin d'être des enfants de chœur...
Quoiqu'il en soit, ce quatrième tome prouve, s'il en était encore besoin, qu'Undertaker est l'une des meilleurs séries de ces dernières années.
« - La mère a le pouvoir de donner la vie, le soldat, de donner la mort. Le médecin est le seul à pouvoir donner les deux.
- Pas selon Hippocrate.
- J'emmerde Hippocrate ! »

 Miami, Tyler Cross Tome 3, Fabien Nury et Brüno, 2018, 88 planches.

Oubliez ce que j'ai dit : Undertaker est un enfant de choeur à côté de Tyler Cross. Et ça ne s'arrange pas dans ce troisième tome, car même si Tyler voudrait bien pouvoir se reposer un peu, les ennuis semblent le suivre à la trace. Des ennuis qui laissent des traces de sang et des corps dans la nature.

Tyler Cross est une série violente où la morale n'existe pas et où personne n'est à l'abri, même les innocents (mais y'a-t-il vraiment des innocents dans le monde de Tyler Cross ?). C'est du polar noir des années 60, jubilatoire là où ça ne le devrait pas. Cela fonctionne parce que le scénario et la narration de Fabien Nury sont millimétrés. Mais cela fonctionne surtout parce que le dessin si particulier de Brüno vient parfaitement contrebalancer cette violence, apportant à la fois un style graphique fort et une échappatoire mentale.

Ce troisième tome reste exactement dans la lignée des deux premiers. Vous en trouverez une très bonne chronique sur Bédéthèque. Il n'y a rien à ajouter : lisez Tyler Cross. Car si Undertaker est l'une des meilleures séries récentes, Tyler Cross est peut-être la meilleure.

mercredi 20 mai 2015

Trevanian - Incident à Twenty-Mile

Incident à Twenty-Mile, Trevanian, 1998,  346 pages.

Wyoming, 1898. Twenty-Mile est une toute petite ville dont l'unique intérêt est de servir de sortie du week-end aux mineurs voisins. Les quelques habitants y vivent une vie routinière et sans espoir. Jusqu'à ce que deux événements viennent coup sur coup bouleverser la communauté. D'abord, l'arrivée d'un jeune garçon fan du Ringo Kid, un fameux héros de roman, décidé à trouver sa place dans la bourgade. Puis l'évasion d'un dangereux criminel de la prison voisine. Et Twenty-Mile de basculer.

Incident à Twenty-Mile est un western qui contient tous les éléments essentiels du genre, pour ne pas dire tous les clichés d'une petite ville de l'Ouest américain. L'auteur ne s'en cache pas, bien au contraire. Il s'en joue, utilisant ces lieux communs pour les pousser à l'extrême et en sortir des surprises. Les personnages sont reconnaissables au premier coup d'oeil, mais Trevanian parvient tout de même à en faire de vraies individualités et personnalités.

Incident à Twenty-Mile est un roman en deux temps. Premièrement l'arrivée du jeune héros, au passé tortueux et au mensonge facile, qui apparaît tout autant héros qu'anti-héros selon les situations. Sa séquence d'installation dans la ville est un tout petit peu trop longue, manquant un peu de rythme sur la fin, mais c'est bien le seul défaut que l'on pourra trouver à ce livre. Car ensuite arrivent les méchants, le méchant, le plus que méchant. Un psychopathe effrayant et impitoyable, à faire frissonner une nuit d'été. Un de ceux qu'on ne peut vraiment pas aimé. Il donne toute son ambiance sombre et malveillante au récit, lui donne son caractère "thriller". Fort heureusement, Trevanian parvient à ne jamais tomber dans le malsain, ce qui en fait une juste réussite.

Incident à Twenty-Mile est un récit dur, implacable, fort. Une grande lutte dans une petite cité, contée comme un biographe par Trevanian, en oscillant entre fiction et réalité pour frapper encore plus l'esprit du lecteur. Un symbole de cette Amérique en construction, où tout est possible, surtout le pire. La violence et l'apathie d'une humanité bien souvent désespérante. Mais cela n'en reste pas moins haletant et fascinant.

mardi 10 février 2015

Bruce Machart - Le Sillage de l'oubli

Le Sillage de l'oubli, Bruce Machart, 2010, 335 pages.

Karel Skala naît en 1895, au Texas. Cette même nuit, sa mère meurt en le mettant au monde et le laisse seul avec son père et ses trois frères. Ils sont désormais cinq hommes à hanter leurs austères terres, vivant autant comme des bêtes que comme des humains. Jusqu'à ce qu'un riche mexicain vienne modifier leur existence à tous.

Le Sillage de l'oubli, c'est la vie de Karel Skala pendant toute la première partie du XXème siècle, narrée par le biais de trois fils chronologiques qui s'imbriquent. C'est une dure vie de labeur et de solitude, où le jeune Skala doit apprendre à vivre avec, contre ou sans son père et ses frères.

En parallèle de la vie de Karel (et non en arrière-plan), c'est un Texas rude et désertique que nous fait visiter Bruce Machart. Des terres inamicales et pourtant hypnotisantes. Où, évidemment, les chevaux sont essentiels, qu'ils travaillent aux champs ou servent pour des courses.

Le Sillage de l'oubli est un livre étonnant. Bien plus souvent dans la contemplation que dans l'action, il est pourtant rythmé et jamais ennuyant. Mieux, il s'avérera même fortement touchant dans sa dernière partie, le personnage de Karel Skala, en lutte avec ses origines et sa mémoire, parvenant à s'immiscer dans notre coeur sans qu'on s'en rende compte. À l'image de son intrigue et de son décor, c'est un roman qui ne fait pas de bruit mais parvient à sonner juste.

lundi 12 janvier 2015

Larry McMurtry - Lonesome Dove

Lonesome Dove, Larry McMurtry, Tome 1/2 et 2/2, 1985, 569 et 618 pages.

1876. Augustus McCrae et Woodrow Call sont deux anciens Texas Rangers, désormais propriétaires d'un petit ranch, le Hat Creek, à Lonesome Dove, petite bourgade texane. Le retour de l'un de leurs anciens compagnons les amènera à prendre la route du Nord pour convoyer, en compagnie d'une nouvelle bande de cow-boys, un troupeau de bisons du Texas au Montana.

Lonesome Dove, c'est un voyage au coeur d'une Amérique en pleine métamorphose. La conquête et la colonisation de l'Ouest sont sur le devant de la scène après la fin de la Guerre de Sécession. À une époque où les villes sont surtout des forts militaires et les plaines des terres vierges, tout est possible pour qui veut en prendre le risque. Car si les indiens ont été grandement exterminés, de nombreuses bandes continuent de parsemer le territoire. Mais c'est loin d'être le seul danger qui attend le voyageur.

C'est tout cela, ces longues plaines, cette poussière incessante, ces tempêtes, ces rivières à franchir, ces semblants de villes, ces animaux en liberté, ces feux de camp et ces veilles, cette Amérique à conquérir que l'on retrouve dans ce roman de manière extrêmement visuelle. Si les westerns cinématographiques aident forcément à l'imagination, l'écriture de Larry McMurtry se révèle être un excellent catalyseur. La plongée est intense, presque aussi éprouvante que pour les personnages.

Les personnages justement. Si le cadre et l'intrigue sont forts, les personnages et leurs relations le sont encore plus. Cow-boys dans leur majorité, taiseux pour une bonne partie, cela ne les empêche pas d'être tous uniques et dotés d'une vraie personnalité. Larry McMurtry a ce talent rare de pouvoir créer des personnages complets en quelques lignes, que l'on arrive à ressentir, à distinguer, à reconnaître immédiatement. En un mot, qu'ils soient protagonistes principaux ou secondaires : des personnages vivants.

Et des personnages que l'on a le temps d'apprendre à apprécier. Car si leur périple jusqu'au Montana, des centaines de kilomètres et des semaines de route, prend du temps dans la réalité, cette durée est parfaitement retransmise à la lecture, sans jamais être ennuyante. On sent le temps qui passe, les caractères qui évoluent, les hommes qui s'affirment. On partage leurs peines, leurs douleurs, leurs souffrances. Leurs rares moments de joie aussi. On vit avec eux ces kilomètres de piste qui se déroulent. On vit, et on meurt aussi avec eux, en partie.

Il faudrait des pages et des pages pour retranscrire parfaitement toutes les qualités de ce roman. Alors il est certainement plus simple que vous vous en rendiez compte par vous-même et que vous le lisiez. N'ayez pas de crainte sur sa longueur, vous ne vous poserez plus la question une fois engagé sur la route. Peut-être même ralentirez-vous le rythme pour profiter encore plus de cette aventure et faire durer le plaisir.

Car Lonesome Dove est un western d'une qualité rare. Larry McMurtry fait preuve d'une écriture maîtrisée et fine, livrant un roman intense et touchant et permettant au lecteur de véritablement vivre ce périple. Et bien que ma connaissance des westerns soit encore lacunaire, j'ai peu de doute sur l'excellence de celui-ci dans son genre et dans tous les autres. Ainsi, je ne peux que conclure en citant James Crumley :

« Si vous ne devez lire qu’un seul western dans votre vie, lisez celui-ci. »

lundi 17 novembre 2014

Glendon Swarthout - Homesman

Homesman, Glendon Swarthout, 1988, 281 pages.

Dans les plaines de l'Ouest américain, au milieu du XIXème siècle, l'hiver touche enfin à sa fin. Durant cette période d'isolement et de solitude pour les nouveaux propriétaires terriens, quatre femmes sont tombées dans la folie. Il est décidé de les renvoyer à l'Est, où leurs familles pourront s'occuper d'elle. Mary Bee Cuddy, ancienne institutrice, les y accompagnera, avec l'aide de Briggs, un voleur sans morale qu'elle a sauvé de la pendaison.

Point de cap à l'Ouest pour ce western. Au contraire, c'est vers l'Est que chevauchent les protagonistes. Mais cela ne change rien au décor et à l'ambiance, poussiéreuse à souhait. On y croise des indiens, des caravanes de colons, des paysans éparpillés dans les grandes plaines, des hommes qui prennent les armes,... Et même une paire de mules attachante.

Si la quatrième de couverture annonçait l'aventure d'une femme forte, j'ai trouvé que ce n'était nullement le cas. Refrénez vos ardeurs féministes, la population féminine de ce roman est loin d'être mise en valeur. Au contraire, elles n'apparaissent que comme incapables de survivre aux conditions difficiles de l'Ouest ou nécessitant en toutes occasions la protection d'un homme.

Peu importe. Briggs est là. Voleur sans scrupule, bandit sans morale, taiseux et sale, il est l'archétype du personnage qu'on ne devrait pas aimer mais qu'on ne peut s'empêcher d'adorer. Surtout, l'évolution de son caractère et de son attitude est menée de main de maître par Glendon Swarthout. Il est rare d'apprécier pleinement le devenir d'un personnage mystérieux qui, à la fin de son aventure, ne correspond souvent plus à ce qui nous avait charmé au départ. Pourtant, Glendon Swarthout y parvient, ne perdant rien de l'attrait de son "héros" tout en parvenant à le faire évoluer sans tomber dans certaines facilités.

L'évolution, c'est l'une des plus grandes forces d'Homesman. Car outre celle de ses personnages, il faut évoquer la qualité croissante de ce roman qui ne cesse de s'améliorer et d'être de plus en plus prenant au fil des pages. Pourtant, ce n'est pas un voyage de tout repos ou d'agrément que nous propose l'auteur, qui n'épargne pas ses personnages et se tient loin de toute gentillesse inutile. Mais malgré la dureté et la rudesse du récit, de celles qu'on peut attendre de ce genre de livre, la lecture s'avère toujours agréable. Et Homesman d'être un grand western.