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jeudi 30 octobre 2025

Arkadi et Boris Strougatski - Il est difficile d'être un dieu

Il est difficile d'être un dieu, Arkadi et Boris Strougatski, 1964, 219 pages

Dans le royaume d'Arkanar, Don Roumata est un riche aristocrate, craint de tous, vivant tant dans les hautes sphères que dans les bas-fonds. Mais derrière cette façade se cache en fait un Terrien en mission d'observation avec d'autres de ses semblables. D'un niveau technologique bien supérieur, ils ont pour consigne de ne pas interférer dans l'évolution du monde, même quand le régime se fait de plus en plus dictatorial et terrifiant.

À défaut d'avoir lu la quatrième de couverture, il faut un bon tiers du roman pour réussir à comprendre la situation présentée ci-dessus. Ce premier tiers est particulièrement flou et incompréhensible, au point de m'avoir fait hésiter à arrêter ma lecture ou à la continuer en diagonale. Cela s'améliore par la suite, un peu, notamment parce que la narration est plus concentrée et suivie, avec un semblant d'objectif pour le héros. Mais ça n'est pas pour autant enthousiasmant, l'intrigue restant très limitée.

Plus qu'un roman en tant que tel, Il est difficile d'être un dieu tient plutôt du conte philosophique. Les auteurs y décrivent la mise en place d'un système fasciste et développent quelques réflexions sur la manière de gouverner un peuple. Ce n'est certainement pas inintéressant à analyser d'un point de vue intellectuel, encore plus quand on remet le livre dans son contexte d'écriture, l'URSS en 1964, mais c'est plus compliqué d'un point de vue purement romanesque. C'est un peu tout le paradoxe : je crois que j'aurais été bien plus intéressé par la lecture d'un article le décryptant que par la laborieuse lecture du roman en lui-même.

Couverture : Lasth / Traduction : Viktoriya Lajoye & Bernadette du Crest
D'autres avis : Gromovar, ...

mercredi 22 janvier 2025

Chris Vuklisevic - Du thé pour les fantômes

Du thé pour les fantômes, Chris Vuklisevic, 2023, 439 pages

Félicité et Agonie sont deux soeurs qui ne se sont pas vues depuis des dizaines d'années. Deux soeurs un peu particulières : l'une dialogue avec les fantômes pour leur permettre de partir en paix quand l'autre est une sorcière recluse au fond des montagnes. Mais la mort de leur mère va réunir les jumelles et les mettre en quête de leurs origines.

C'est peu dire que Du thé pour les fantômes commence de manière déstabilisante. Les personnages sont peu sympathiques, les capacités d'Agonie font frissonner, la place et le rôle du narrateur est peu clair, l'enjeu du récit n'est pas évident et le tout n'est pas conté de manière linéaire. L'ensemble donne une sensation vraiment étrange qui a eu du mal à m'accrocher. Mais pourquoi autant de personnes ont bien pu adorer ce roman ? C'est en poursuivant que j'ai compris.

Du thé pour les fantômes est un roman qui ne cesse de s'améliorer au fil de ses pages. Il m'aura défintivement acquis à sa cause lors d'un sublime passage à deux voix, aussi réussi sur le fond que sur la forme, qui dit parfaitement les rancoeurs et les points de vue différents que deux personnes peuvent acquérir, sans que l'une ait plus raison que l'autre. C'est un point de bascule pour moi mais ce n'est pas une rupture, c'est seulement l'aboutissement - le premier aboutissement - d'une grande maitrise de la part de Chris Vuklisevic dans sa construction du récit.

Du thé pour les fantômes est donc un livre qui se dévoile peu à peu, au niveau de ses personnages comme de son histoire. Si tout parait d'abord un peu bizarre, l'impression finale est tout autre : chaque mot est dosé, chaque mot compte, chaque mot est utilisé à bon escient. D'une manière extrêmement satisfaisante, tout finit par faire totalement sens et avoir ses raisons d'être jusqu'à se terminer en apothéose.

Il y aurait énormément de choses à dire sur ce roman. Je n'ai pas évoqué le cadre ultra-réaliste de la région niçoise, je n'ai pas évoqué toutes les bonnes idées liées aux thés et aux fantômes, je n'ai pas évoqué ces passages qui parviennent à donner du baume au coeur malgré l'ambiance tragique, je n'ai pas évoqué la réflexion globale sur l'identité, la sérénité et l'acceptation. Je n'ai pas évoqué tout ce qui fait que ce roman est un très très beau roman. Mais je n'ai pas besoin de le faire parce qu'il n'y a qu'une seule chose que vous vous devriez faire : le lire.

Couverture : Cécilia Leroux
D'autres avis : Sabine, Yuyine, Sometimes a book, Célinedanaë, Boudicca, Snow, Vert, shaya, ...

jeudi 13 juin 2024

Mary Robinette Kowal - L'Homme superflu

L'Homme superflu, Mary Robinette Kowal, 2022, 470 pages

Dans un gigantesque vaisseau de croisière, Tesla Crane, une ingénieure faisant partie des femmes les plus célèbres et riches du monde, est en direction de Mars pour y passer sa lune de miel. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'un meurtre soit commis et que le coupable désigné soit Shal, son mari, détective à la retraite.

L'Homme superflu est un petit whodunit dans l'espace, avec tous les éléments les plus classiques du genre, notamment la galerie de personnages ayant tous leurs petits secrets. L'aspect science-fictionnel, même s'il semble (à la lecture des remerciements de l'autrice) reposer sur de solides bases, reste cependant assez anecdotique, l'intrigue pouvant assez facilement être transposée lors d'une croisière terrienne classique.

Une intrigue qui n'a d'ailleurs rien d'exceptionnel. Elle est correcte, voire sympathique, mais elle est loin d'être ciselée comme un excellent polar, utilisant notamment quelques artifices et facilités. Cela n'est pas forcément grave si vous prenez plaisir à suivre les personnages. Ce qui ne fut pas mon cas, en tout cas pas concernant Tesla Crane, une héroïne que j'ai trouvé hautaine et insupportable (et dont la backstory ne rattrape rien, au contraire). L'Homme superflu a certainement le potentiel d'être une sympathique lecture, mais pour moi ce fut un livre seulement "ok sans plus".

Couverture : Pascal Guédin / Traduction : Patrick Imbert
D'autres avis : L'ours inculte, Yuyine, Le Maki, Le nocher des livres, Chut... maman lit, ...

dimanche 16 mai 2021

Katherine Arden - La Fille dans la tour

La Fille dans la tour, Katherine Arden, Tome 2/3 de la Trilogie d'une nuit d'hiver, 2018, 402 pages

Si L'Ours et le Rossignol possédait sa propre fin, La Fille dans la tour en est tout de même la suite directe. Nouvelle plongée donc dans la Rus' médiévale où les anciennes croyances déclinent mais restent partie prenante de l'histoire, voire de l'Histoire...

C'est là peut-être le plus grand changement de ce deuxième tome. Alors que l'action de L'Ours et le Rossignol se situait presque essentiellement au sein d'un petit village de campagne, La Fille dans la tour élargit les horizons et prend la route. Bien que l'intrigue reste une nouvelle fois concentrée sur un petit groupe de personnages, la diversité et la grandeur du cadre permettent au récit de respirer et amènent un nouveau souffle, tant pour Vassia que pour le lecteur, en plus d'apporter une dose d'action bienvenue.

Si L'Ours et le Rossignol m'avait un peu laissé sur ma faim, La Fille dans la tour m'aura enchanté de bout en bout, améliorant à tous niveaux le premier tome. Sans pour autant ne se reposer que sur les effets de surprises - ce qui n'empêche pas les rebondissements, mais de manière sensée - ni oublier son fond de conte de fée féministe, l'intrigue est bien moins linéaire et n'est pas juste une série de péripéties un peu artificielles. Au contraire, ici la crédibilité règne et il y a du sens derrière les non-dits qui ne se prolongent pas de manière irraisonnable. Une nette progression qui donne un roman prenant et très agréable à lire.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jacques Collin
D'autres avis : Vert, Lune, Gromovar, Célindanaé, Boudicca, Lhisbei, Yuyine, Alys, ...

dimanche 9 mai 2021

Richard Matheson - Journal des années de poudre

Journal des années de poudre, Richard Matheson, 1991, 265 pages

En 1876, plusieurs années après leur dernière rencontre, Frank Leslie croise dans un saloon Clay Halser, as de la gâchette et véritable légende de l'Ouest. La rencontre est de courte durée puisque Clay sera tué quelques minutes plus tard. Chargé de ses affaires suite à son décès, Frank va tomber sur les carnets intimes du pistolier et découvrir la dure réalité derrière la légende.

Chose étonnante vu la collection où il est édité, Journal des années de poudre n'est nullement un roman d'imaginaire mais bien un western. Loin des représentations parfois idéalisées, Richard Matheson propose un Far-West sombre et cruel où il ne fait pas bon vivre. Plus encore, l'auteur détricote le mythe de la "légende", rendant son sens premier au terme, plein d'embellissement et d'exagération.

S'il n'a rien de transcendant, Journal des années de poudre reste un western plus que correct qui se lit de manière tout à fait agréable. Outre les qualités du récit en lui-même, il possède un très bon rythme notamment grâce à un astucieux système de coupes et de résumés réalisés par Frank Leslie dans le journal de Clay Halser. Un journal qui sent toujours la poudre mais qui n'a nullement pris la poussière.

Couverture : Benjamin Carré / Traduction : Brigitte Mariot

mardi 27 avril 2021

George R.R. Martin & Lisa Tuttle - Elle qui chevauche les tempêtes

Elle qui chevauche les tempêtes, George R.R. Martin & Lisa Tuttle, 1981, 434 pages

Sur un monde constellé d'îles battues par les vents, les humains se divisent en deux catégories : les rampants, la majorité de la population, accrochés à leur terres, et les aériens, messagers pouvant voler d'îles en îles grâce à leurs ailes en métal tissé. Née rampante, Mariss a été recueillie par un aérien et a appris à voler. Mais son rêve est sur le point de s'achever quand elle apprend que c'est son demi-frère qui héritera des ailes et deviendra un véritable aérien.

Elle qui chevauche les tempêtes est un roman/fix-up composé de 3 récits - 5 en comptant les courts, mais bons, prologues et épilogues - narrant différentes étapes cruciales de la vie de Mariss. Une vie d'ampleur pour celle qui est née pour chevaucher les vents et qui aura des conséquences sur la marche du monde.

"Tempête", le premier récit, est une très belle novella de rêves et de luttes, très positive et fort touchante, valant déjà à elle-seule la lecture de ce roman. Difficile d'imaginer que la suite va être à la hauteur de cette entrée en matière. C'est exact : le deuxième récit, "Une-Aile", n'est pas à la hauteur, il lui est supérieur. Dans un ton bien moins gentillet, "Une-Aile" est une novella très intelligente sur les traditions, le respect et le pardon, tout en nuances et en teintes de gris, aux problématiques si réelles. "La Chute", troisième et dernier récit, ne peut logiquement pas rivaliser mais s'avère un texte malgré tout très bon, renouvelant une nouvelle fois les thématiques tout en gardant les qualités de l'ensemble.

À la fois intelligent dans ses idées, prenant grâce à ses personnages travaillés et ses intrigues dynamiques et fascinant par son univers décrit en peu de mots mais éminemment visuel, Elle qui chevauche les tempêtes est tout simplement un excellent livre. Où quand l'addition de deux grands talents produit une somme peut-être même supérieure au résultat escompté.

Couverture : Alain Brion / Traduction : Patrick Marcel
D'autres avis : Tigger Lilly, Xapur, Boudicca, Boudicca, ...

dimanche 31 janvier 2021

Katherine Arden - L'Ours et le Rossignol

L'Ours et le Rossignol, Katherine Arden, Tome 1/3 de la Trilogie d'une nuit d'hiver, 2017, 351 pages

Vassia est une jeune fille vivant avec sa famille dans les contrées froides du Nord de la Rus'. À une époque où le christianisme supplante peu à peu les vieilles traditions, elle a hérité de sa mère la faculté de voir les anciennes divinités qui peuplent le village et la forêt avoisinante. C'est cette capacité qui la placera au coeur d'une lutte entre deux de ces mythiques entités.

L'Ours et le Rossignol est un sympathique ouvrage qui vaut principalement pour son héroïne, une jeune fille/femme énergique et volontaire, ainsi que pour son cadre, la campagne russe et son folklore, particulièrement des esprits de la maison et de la nature. Une ambiance de conte pour un livre qui se lit d'ailleurs un peu comme un conte.

L'ouvrage se divise en trois parties. La première est une mise en place agréable, qui laisse du temps et de la place à son héroïne pour grandir quand la dernière est une conclusion active qui termine de manière satisfaisante l'intrigue et fait de ce livre un one-shot tout à fait acceptable. Malheureusement, entre les deux se déroule la plus longue partie du récit qui est d'un niveau moindre : une inéluctable suite de péripéties qui traine à accomplir quelque chose de surprenant, s'avérant surtout lassante, d'autant plus que la situation vécue par Vassia n'est guère agréable à suivre.

Un bémol qui empêche L'Ours et le Rossignol d'être une excellente lecture, mais ne l'empêche pas d'être tout de même un bon livre. Et si la fin est satisfaisante, elle donne aussi envie d'en lire plus, en espérant réaliser pleinement les promesses de plus grande qualité que les premières et dernières dizaines de pages laissent entrevoir. Ça tombe bien, il existe deux autres tomes.

Couverture : Aurélien Police / Traduction : Jacques Collin
D'autres avis : Vert, Lune, Gromovar, Cédric, Célindanaé, lutin82, Boudicca, Lorhkan, Elhyandra, Anudar, Lhisbei, Yuyine, Alys, ...

mercredi 23 décembre 2020

Ray Bradbury - Un dimanche tant bien que mal

Un dimanche tant bien que mal, Ray Bradbury, 1950-1976, 186 pages

Un dimanche tant bien que mal est un recueil de 10 nouvelles, dont les deux dernières (Le Terrain de jeu et Mañana) furent initialement publiées à la suite du célèbre Fahrenheit 451, où l'aspect imaginaire est léger voire parfois absent. Des nouvelles globalement courtes, d'une quinzaine de pages en moyenne, qui affichent une certaine vivacité dès les premières lignes.

Ce sont malgré tout les ambiances qui font le principal point d'intérêt de ce recueil. À partir de situations ou personnages ordinaires, Ray Bradbury trace des récits simples, parle d’acceptation et de bienveillance, et crée des finals à sentiments plutôt qu'à chutes. Des sentiments quasi-mélancoliques mais certainement pas dénués d'une grande beauté. Jusque dans le bijou qu'est Le Plus sage de la sagesse, sublime nouvelle pleine de non-dits entre un grand-père et son petit-fils, qui vaut à elle-seule le détour.
« "Grandpa", dit Tom, (...) "tu t'inquiètes pour moi ?
- Non." Le vieil homme ajouta : "Mais quant à ce que fera la vie de toi, comment elle te traitera, bien ou mal -
ça, ça me fera veiller tard le restant de mes nuits." »
Couverture : Vincent Froissard / Traduction : Roland Delouya & Henri Robillot

jeudi 27 février 2020

Lidia Yuknavitch - Le Roman de Jeanne

Le Roman de Jeanne, Lidia Yuknavitch, 2017, 330 pages

Suite à la dévastation de la Terre, les derniers humains vivent dans le CIEL, une station orbitale, sous la houlette de Jean de Men, tyran cherchant à faire perdurer une race transformée et condamnée à l'extinction. Artiste du griphe, une sorte de scarification avancée, Christine Pizan entreprend de remémorer Jeanne, la dernière à s'être battue contre Jean, présumée morte sur le bucher mais dont les rumeurs disent qu'elle serait encore vivante.

Quel livre. Et je dis ça alors que je ne l'ai nullement apprécié. Le Roman de Jeanne est un livre qui ne peut pas laisser indifférent et qui est indéniablement particulier. Pour le meilleur et pour le pire. C'est un roman riche qui se nourrit de nombreuses thématiques et dans lequel chacun pourra trouver son propre angle de compréhension et d'appréciation. J'y ai aperçu du potentiel, mais ses atours m'ont rebuté, notamment une noirceur et un côté trash très - très - prononcés. Sachez où vous mettez les yeux.

Le problème est malheureusement plus profond et la difficulté proposée par ce livre encore plus grande. En lisant Le Roman de Jeanne, j'ai eu l'impression de lire la conclusion d'une trilogie dont je n'aurais pas lu les deux premiers tomes. Ce qui empêche, sans surprise, d'en savourer pleinement le déroulé et les enjeux. Sans compter que l'attachement aux personnages a énormément de mal à se faire, si jamais il se fait à un moment.

Le Roman de Jeanne est un OLNI - Objet Livresque Non Identifié - qui ne pourra plaire qu'à une minorité de lecteurs tant il est particulier. Sans concession, c'est un livre qui deviendra soit un top (Gromovar, Lhisbei, Tigger Lilly), soit un flop (Lune, Lorhkan, Cédric). À vous de voir si vous vous sentez de prendre le risque.

Couverture : ? / Traduction : Simon Kroeger

dimanche 1 décembre 2019

Jo Walton - Pierre-de-vie

Pierre-de-vie, Jo Walton, 2009, 349 pages

À Applekirk, bourgade de 800 âmes, Taveth, Chayra, Ferrand - seigneur d'Applekirk - et Ranal vivent d'un amour heureux entourés de leurs enfants Perry, Hodge, Kevan, Melly et Tydsey. Leur paisible vie sera quelque peu bouleversée par l'arrivée quasi-simultanée de Jankin, un savant avide de connaissances venant de l'Ouest, et le retour de l'Est d'Hanethe... l'arrière-grand-mère de Ferrand. Car une particularité régit le monde où se situe Applekirk : le temps s'écoule plus rapidement à l'Ouest et plus lentement à l'Est.

Pierre-de-vie est un roman calme qui n'est pas sans rappeler la douceur des oeuvres d'Ursula Le Guin. Qualifiée de "domestic fantasy" par l'autrice elle-même, l'histoire se concentre sur quelques personnages, un seul lieu et fait la part belle à des activités communes et ordinaires. Pour autant il ne se passe pas rien, loin de là. Rien de flamboyant peut-être, mais suffisamment de choses pour que jamais ne pointe l'ennui.

Pierre-de-vie est un roman qui ne plaira pas à tout le monde. Trop lent, trop mineur, trop sentimental, l'éventail des raisons de ne pas l'apprécier est large. Et pourtant, c'est aussi un roman qui peut - surtout - être hypnotisant et adorable. Une dose de fraicheur, de simplicité et de gentillesse, sans jamais être gnangnan ou inintéressant. Simplement excellent.

jeudi 30 mai 2019

Edmond Hamilton - Les Loups des étoiles

Les Loups des étoiles, Edmond Hamilton, 1967-1968, 523 pages.

Morgan Chane est un Loup des étoiles, ces êtres venus de la planète Varna, sortes de vikings interstellaires, ne vivant que pour le pillage d'autres planètes et redoutés dans de nombreuses galaxies. Enfin, il était un Loup, lui qui se retrouve désormais banni et poursuivi par les siens. Heureusement pour lui, Chane n'est pas originaire de Varna mais de la Terre, ce qui lui permet d'échapper à ses poursuivants en se faisant recruter par une bande de mercenaires terriens.

Cette intégrale Les Loups des étoiles comprend les trois romans écrits par Edmond Hamilton sur le personnage de Morgan Chane. Si ces trois romans content chacun une aventure du héros et de ses compagnons mercenaires, ils forment surtout un véritable ensemble qui s'enchaîne très agréablement et pourrait presque faire croire qu'il ne s'agit que de trois grandes parties d'un même grand roman.

Les Loups des étoiles est fortement axé action et aventure, cette dernière prenant d'ailleurs franchement le pas sur la première. Mais ce n'est pas le livre bourrin que la couverture ou le pitch de départ pourrait laisser à penser. C'est avant tout un livre où tout est très bien dosé, que cela soit dans le rythme, dans l'écriture ou dans l'intrigue. C'est surtout un livre où le sense of wonder est éminemment présent, tant dans l'émerveillement à parcourir ces galaxies que dans les mystères se cachant au coeur de chaque aventure.

L'Arme de nulle part ouvre cette intégrale. Edmond Hamilton pose rapidement les bases de son univers et envoie le lecteur dans une intrigue qui ne cesse de prendre de l'ampleur. Peut-être - surement - le meilleur des trois romans. Les Mondes Interdits renvoie les mercenaires dans une nouvelle mission. Si la montée en puissance est réussie et culmine dans une découverte enivrante, ce deuxième roman s'avère peut-être le plus faible à cause d'une séquence post-mystère trop longue à se conclure. Le Monde des Loups termine l'ouvrage en traitant d'un sujet attendu, mais sous une forme plus inattendue. Si ce n'est pas le roman le plus réussi du point de vue sense of wonder, il fonctionne grâce aux 400 pages précédentes et à l'attachement désormais acquis pour ce personnage principal à la limite entre héros et anti-héros.

Les Loups des étoiles n'est pas le livre du siècle et il manque certainement d'un peu de profondeur pour être conseillé à tout un chacun. Mais c'est néanmoins - et c'est déjà beaucoup - un très bon divertissement, aussi intelligemment écrit que dépaysant.

mardi 27 novembre 2018

Mike Resnick - Santiago

Santiago, Mike Resnick, 1986, 271 & 245 pages.

Livre lu il y a plusieurs mois, mais non-chroniqué ici-bas. Par souci d'exhaustivité, en voici quelques bafouilles encore plus courtes que d'habitude, sur la base de mes souvenirs.

Qu'est-ce que c'est bien ! En même temps, comment peut-il en être autrement quand Mike Resnick associe western et space opera dans un véritable western spatial, avec chasseurs de primes et personnages étonnants à chaque coin de planète ?

Le tout dans un univers qui apparait comme immense et riche, avec ses propres légendes distillées à chaque début de chapitre par les quatrains d'Orphée Noire. Et pourtant, tout est fluide et dynamique, notamment car les points de vue varient et que les dialogues l'emportent aisément sur les descriptions. Du très bon divertissement !

jeudi 30 août 2018

Franck Ferric - Trois oboles pour Charon

Trois oboles pour Charon, Franck Ferric, 2014, 301 pages.

Livre lu il y a plusieurs mois, mais non-chroniqué ici-bas. Par souci d'exhaustivité, en voici quelques rapides bafouilles encore plus courtes que d'habitude, sur la base de mes souvenirs.

J'avais en tête, avant lecture, que beaucoup avait souligné le côté répétitif du roman, le récit contant les différentes vies, sans cesse recommencées, du héros. La bonne surprise, c'est que je n'ai pas eu cette impression, trouvant le récit équilibré et s'arrêtant avant de tomber dans la routine.

Trois oboles pour Charon est un bon livre, tant dans la forme que dans le fond. Le seul "bémol" : c'est un peu déprimant, comme on peut s'en douter vu le thème et le mythe revisité.

lundi 11 décembre 2017

Isaac Asimov - Au prix du papyrus

Au prix du papyrus, Isaac Asimov, 1983, 211 pages.

9 nouvelles écrites entre 1953 et 1982 par Isaac Asimov. Et l'ensemble est malheureusement assez insignifiant. Ce n'est pas déplaisant ou compliqué à lire, mais il n'y a guère de surprise et cela ne décolle jamais vraiment.

Le comble ? La meilleure nouvelle du recueil est certainement la première, Au prix du papyrus justement, qui fait deux pages. Vous pouvez toujours la lire en croisant le bouquin à la bibliothèque et vous ne perdrez pas grand chose à ne pas découvrir la suite.

vendredi 8 décembre 2017

Jo Walton - Mes Vrais Enfants

Mes Vrais Enfants, Jo Walton, 2014, 339 pages.

« Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? » - Edward Lorenz

L'effet papillon est le point de départ et l'élément central de Mes Vrais Enfants. Où comment une décision peut impacter une vie, et créer en arrière-plan toute une uchronie. Cette thématique est déjà largement suffisante pour susciter l'intérêt, n'est-ce pas ? Alors si en plus je vous dis que sa mise en oeuvre est remarquable...

C'est pourtant un récit relativement simple que nous livre Jo Walton. Mais n'est-ce pas la marque des plus grands que de savoir conter des merveilles tout en restant dans la simplicité ? Allons encore plus loin dans le compliment et osons associer Mes Vrais Enfants à l'incomparable Des Fleurs pour Algernon. Car, comme dans ce dernier, si le récit est inéluctable et empreint d'une certaine tristesse, il est dans le même temps parcouru d'une grande force et d'une grande beauté. Y a-t-il besoin d'en dire plus ?

jeudi 27 octobre 2016

Laurent Kloetzer - Vostok

Vostok, Laurent Kloetzer, 2016, 421 pages.

Station scientifique russe située au pôle sud géomagnétique - la plus isolée de tout l'Antarctique - Vostok est la preuve qu'il n'y a pas toujours besoin de changer de planète pour découvrir un autre monde. Endroit inhospitalier par excellence, ses plaines blanches à perte de vue - quand la vue n'est pas brouillée par les tempêtes - peuvent faire rêver mais n'ont rien d'une partie de plaisir.

C'est pourtant là qu'une poignée de personnages, menée par la jeune Léo, doit se rendre pour percer les mystères du lac Vostok, le lac le plus austral de la Terre, situé juste sous la base. Roman aux pointes de science-fiction, Vostok est surtout un thriller palpitant dans un cadre somptueux.

Si la quatrième de couverture argue l'utilisation du même univers qu'Anamnèse de Lady Star, précédente oeuvre de L.L. Kloetzer, les liens ne sont que minimes. Chacun peut se lire de manière totalement indépendante mais, surtout, leurs écritures sont parfaitement différentes. Là où Anamnèse était un récit ardu, voire obscur, mais hypnotisant dans son ingéniosité, Vostok est lui bien plus classique, avec une chronologie limpide et une lecture fluide. La comparaison est donc impossible mais la conclusion évidente : les deux oeuvres sont excellentes.

Le seul défaut de Vostok est peut-être le caractère si incroyable de cette expédition, préparée relativement rapidement. "Est-ce vraiment possible, surtout pour une si jeune fille ?". Malgré tout, c'est seulement après coup, et après réflexion, que le problème se pose. Car pendant la lecture, tout suit son cours logiquement, sans répit et sans envie de lâcher le livre.

En résumé, Vostok allie un cadre unique et superbe, une histoire forte, un mystère passionnant, une base historique qui donne envie d'en apprendre plus et un rythme maitrisé à la perfection. Faut-il vraiment encore d'autres raisons pour vous donner envie de le lire ?

jeudi 13 octobre 2016

Serge Brussolo - Le Syndrome du scaphandrier

Le Syndrome du scaphandrier, Serge Brussolo, 1992, 188 pages.

[Ceci n'est pas une véritable chronique, le livre ayant été lu il y a plusieurs mois et les souvenirs - s'ils en restent - étant donc bien plus flous qu'à l'habitude. Les quelques bafouilles suivantes sont là pour tout de même garder une trace de cette lecture.]

Ce n'est pas avec regret que mes souvenirs de ce roman (?) sont flous. Si l'idée de base - ramener dans la réalité les découvertes faites dans ses rêves - pouvait être bonne, c'est bien tout ce qui est à retenir de ce livre.

Le principal problème est, à égalité, une narration très lourde et une histoire sans intérêt. La lecture n'est ni fluide ni plaisante tant il faut faire des efforts pour parvenir à comprendre l'histoire et à avoir l'envie de la poursuivre. Le récit pourrait avoir un certain côté onirique, mais aucune poésie ou lyrisme ne vient donner un aspect positif à cette sensation de flou.

Un roman très bizarre, mais malheureusement pas dans le bon sens du terme, l'incompréhension et le désintérêt prenant trop rapidement le pas sur la surprise. À éviter.

jeudi 17 septembre 2015

Stanislas Lem - Solaris

Solaris, Stanislas Lam, 1961, 250 pages.

Solaris est une planète très particulière et un mystère pour les scientifiques depuis des dizaines d’années. En orbite autour de deux soleils, elle n’en reste pas moins stable. Inhabitée, elle est pourtant recouverte d’un océan qui pourrait être intelligent. C’est dans ces conditions que le docteur Kelvin arrive dans la station scientifique qui étudie Solaris.

Solaris est un livre étrange. En premier lieu pour son démarrage, qui semble parfaitement improbable avec ce scientifique qui arrive dans une station presque désertée sans être préalablement au courant et la découverte de ce qui sera le cadre d’un quasi-huis clos, le tout in media res.

Pourtant, il se dégage rapidement une ambiance à la Doctor Who, par ce décor fermé avec peu de personnages rapidement caractérisés mais surtout par cet esprit de mystère surnaturel scientifique qui ne demande qu’à être exploré et résolu.

Mais le Docteur n’arrive jamais. Malheureusement. À la place on trouve plutôt de longues descriptions scientifiques. Le travail sur cette planète nouvelle est fascinant mais cela s’avère tout de même bien trop aride et long pour garder la pleine attention du lecteur. D’autant plus que l’histoire en elle-même, pourtant suffisamment accrocheuse dans ses moments actifs, ne mène presque nulle part.

Malgré quelques forces – un très grand sens de la création notamment - et bons passages, Solaris ne s’avère pas un livre marquant ni même vraiment recommandable, l’histoire semblant pouvoir se résumer en 5 lignes. À la différence du docteur Kelvin, vous voilà avertis.


Cinquième escale pour le Summer Star Wars

Onzième lecture pour le challenge Summer Short Stories of SFFF

mardi 8 septembre 2015

Mike Resnick - Kirinyaga

Kirinyaga, Mike Resnick, 1998/2008, 407 pages.

Kirinyaga, c'est le nom que donnent les Kikuyus, ethnie kényane, au mont Kenya. C'est aussi le nom de la planète utopie créée par Koriba en 2123, pour recréer un monde uniquement peuplé par les Kikuyus, loin de l'influence néfaste de la civilisation européenne qui les a assimilés sur la Terre.

Kirinyaga souffre peut-être de sa carrière et de sa réputation : de l’œuvre la plus récompensée de l’histoire, un fait répété plusieurs fois au début et à la fin du livre, on s’attend à découvrir quelque chose d’extraordinaire qui bouleversera notre vie de lecteur de SF. À ce niveau, on peut continuer d’attendre.

Cela démarre pourtant très bien. Mike Resnick oriente son récit vers l’Afrique, son inspiration de toujours, pour proposer une œuvre dépaysante, au carrefour de la tradition kényane, de la conquête spatiale et de la notion d’utopie. L’idée est bonne, le déroulé lui aussi pour sa majeure partie et l’utilisation des fables est excellente. Mais…

Mais Kirinyaga est un fix-up de nouvelles. Si les courts récits affichent une certaine progression d’ensemble, ils n’en restent pas moins répétitifs dans leur forme et deviennent de simples petites aventures, avec peu de surprises, sur le thème : comment le sage va-t-il sauver son utopie cette fois-ci ? À ce titre, certaines histoires sont logiquement plus ou moins bonnes et plus ou moins réussies, perdant une partie de la cohésion de l’œuvre en tant qu’ensemble.

Mais le problème principal est ailleurs. Le destin de Kirinyaga en tant qu’utopie, son déclin et sa chute, est rapidement inéluctable, le lecteur le sait. Il est triste, voire désespérant, de voir ce vieux sage lutter contre son peuple et de le sentir perdre peu à peu du terrain, en restant fixer sur ses positions et en n’évoluant pas. Il est encore plus triste de voir le roman prendre le même chemin, n’évoluant pas lui non plus, n’apportant aucune nouveauté, aucune réflexion supplémentaire à ce que le lecteur a vite compris. Mike Resnick s’enferme dans un schéma et y enferme avec lui ses personnages et ses lecteurs.

C’est encore plus flagrant à la lecture de Kilimandjaro, la nouvelle qui suit Kirinyaga. Elle ne fait pas partie de l’œuvre initiale mais trouve parfaitement sa place ici puisqu’elle traite d’une autre tentative d’utopie kenyane. Et le chemin est parfaitement différent. Le traitement et le déroulé sont peut-être plus habituels mais ils apportent bien plus de chaleur et d’idées que le fix-up. Surtout, Kilimandjaro semble apporter bien plus de réflexions et de recherches sur la notion d’utopie que ne le fait Kirinyaga, avec pourtant bien moins de pages.

C’est du coup sur une bonne note que se tournent les dernières pages. Les précédentes n’auront pas été mauvaises, loin de là, Kirinyaga restant une sympathique lecture, mais elles semblent loin du chef-d’œuvre annoncé. Une légère déception de ce point de vue, pour malgré tout un bon moment à passer dans cette science-fiction africanisée.


Première participation pour le CRAAA

Troisième escale pour le Summer Star Wars

vendredi 30 janvier 2015

Jo Walton - Morwenna

Morwenna, Jo Walton, 2011, 334 pages.

En 1979, Morwenna a 15 ans et elle vient, après un drame familial, d'être placée dans une nouvelle école, dans une nouvelle nation, sous la tutelle de son (nouveau) père qu'elle n'a jamais connu. Un dépaysement complet et l'occasion, bien malgré elle, de se reconstruire. Pour cela, elle pourra s'aider de deux constantes : les livres, de science-fiction avant tout, qu'elle dévore par dizaines, et les fées.

Morwenna, c'est un livre qui parle de livres. De ce point de vue, il agit comme une madeleine de Proust auprès du lecteur, qui dans la plupart des cas aura lui-aussi dévoré des livres de genre et eu la volonté de partager ses impressions. À notre époque, Morwenna aurait surement été une blogueuse. Ainsi, que cela soit le fait de se construire grâce aux livres, de leur donner une grande importance ou simplement de lire l'avis de l'héroïne sur des livres que l'on a nous-mêmes lu, cela nous parle et nous enthousiasme.

Morwenna, c'est aussi une histoire de fées, ces êtres mystérieux qui nous entourent, partout autour de nous sans que nous les voyons. Morwenna, elle, peut les voir. C'est la touche fantastique du récit, et surtout l'élément déclenchant le peu d'action du roman. Pourtant, malgré l'importance qu'elles ont pour Morwenna et pour l'histoire, ce n'est pas ce qui m'a le plus accroché.

Car Morwenna est bien plus qu'une histoire de fées ou une simple liste de livres. Sous ses apparences d'histoire banale, un an dans la vie d'une jeune fille, c'est un roman qui s'avère fortement touchant. Morwenna est une fille simple à laquelle on ne souhaite que du bien. L'écriture de l'auteur, simple elle aussi, convient parfaitement à ce personnage. Surtout, Jo Walton parvient à parler de la (re)construction et du deuil d'une tendre manière.

Morwenna est un livre à conseiller à tous. Aux lecteurs de SF qui s'y retrouveront certainement. Aux jeunes lecteurs. Aux jeunes tout court. Aux vieux aussi du coup. À tous je vous dis. Parce que c'est un beau livre, qui fait plaisir et laisse un agréable souvenir en mémoire.


Trentième participation au challenge SFFF au féminin

Sixième emprunt à la bibliothèque pour le challenge Morwenna's List

Premier voyage dans les landes du Winter Mythic Fiction