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samedi 24 février 2024

Ayerdhal - Balade choreïale

Balade choreïale, Ayerdhal, 1994, 380 pages

L'humanité a pris son envol dans l'espace et découvert sa première planète habitée, Azir, où vit une espèce humanoïde moins avancé technologiquement. Méline, vice-consul, est l'ambassadrice de la Fédération terrienne sur Azir, avec l'objectif officiel d'y préparer une coopération commerciale. Face à un peuple morcelé en chorês, des petits territoires, Nerbrume devient son interlocutrice principale, une azirie ayant pleinement conscience que les terriens peuvent apporter autant de bienfaits que de calamités.

Peut-on débarquer sur un territoire déjà habité de manière éthique ? Peut-on coloniser sans dénaturer ? Comment se défendre face à une colonisation technologique aux bénéfices indéniables et préserver ses particularités ? Ce sont ces questions et ces thématiques qui sont au coeur de Balade choreïale. Une réflexion qui se joue à l'échelle d'une planète mais se vit à taille 'humaine' - tant terrienne qu'azirie - par le prisme d'individus au coeur du grand changement en cours.

Au-delà de ce fond, il y a une intrigue maitrisée avec son lot de rebondissements, sur fond d'amicale manipulation constante entre Méline et Nerbrume, parvenant à rendre compte du temps qui passe sans jamais paraitre précipitée. Mais l'autre point fort du roman, ce sont ses personnages. Des personnages aux caractères affirmés, ne restant pas assignés à un rôle de gentil ou de méchant, évoluant aux fils des évènements - et leurs relations entre eux évoluant avec - pour un résultat qui fait pleinement sens.

Balade choreïale est un très bon planet-opera, alliant parfaitement un plaisir simple et immédiat de lecture à des réflexions finement distillées au fil des pages. Et je n'ai même pas évoqué le Lo-Yendi, le sport local, qui jouera un rôle imprévu mais sera surtout l'occasion d'un des plus beaux passages du roman. Une franche réussite.

Couverture : Olivier Fontvieille

Première lecture pour le challenge 365 jours avec Ayerdhal organisé par le RSF Blog

samedi 4 juillet 2020

Ayerdhal - Transparences

Transparences, Ayerdhal, 2014, 526 pages

Jeune criminologue, Stephen Bellanger est engagé par Interpol pour mettre le nez dans des affaires délaissées et tenter d'en tirer du nouveau. C'est ainsi qu'il se mettra sur la piste d'Ann X, jeune femme qui serait responsable de dizaines de crimes à l'arme blanche. Seulement Ann X a une caractéristique toute particulière : les caméras ne parviennent pas à capter son image, tout comme les témoins qui n'en donnent jamais une même description, s'ils se souviennent même de l'avoir vue. Comment rattraper l'invisible ?

Empruntant le concept de "transparence" aux Futurs Mystères de Paris de Roland C. Wagner, Ayerdhal propose un thriller efficace où la touche de fantastique n'est qu'un prétexte à une course-poursuite de longue durée et un immense jeu de faux-semblants entre agences gouvernementales. Le tout saupoudré de la sensibilité de l'auteur et de ses thématiques habituelles, néanmoins un peu plus en retrait qu'à l'ordinaire.

Mais plus encore que l'aspect thriller/recherche concrète, le véritable point central du récit est l'obsession que développe le héros pour Ann X, une obsession qui devient l'obsession du lecteur, et la relation particulière qui se développe entre eux alors même qu'ils ne se côtoient pas. Une double quête d'humanité prenante et fascinante qui offre le vrai point d'intérêt du roman, le faisant passer au-delà du banal thriller pour en faire un vrai bon livre.

Couverture : Claude Lieber (photographie de Jen Petreshock)

mardi 14 avril 2020

Ayerdhal - L'Histrion

L'Histrion, Ayerdhal, 1993, 419 pages

Aimlin(e) est sexomorphe. Iel est choisi(e), sans son consentement, par Genesis, une créature-monde tentant d'unir les différentes communautés humanoïdes, pour devenir l'histrion, le trublion officiel de la galaxie.

L'Histrion est un ouvrage complexe, trop complexe, qui bascule aisément dans l'incompréhensible. Plus que l'histoire d'Aimlin(e), c'est l'histoire d'une lutte de pouvoir à l'échelle d'une galaxie, où une dizaine d'entités cherchent à faire valoir leurs propres intérêts. Et c'est là le principal souci : c'est un livre sur des entités plus que sur des personnages, ce qui rend très difficile l'implication émotionnelle dans le récit. Encore plus quand ni leurs relations ou leurs objectifs ne sont très clairs.

Reste Aimlin(e), personnage sexomorphe étonnant(e), dont l'aventure commençait bien avant d'être noyée dans la masse d'informations et de basculer de manière assez incompréhensible d'une lutte pour sa survie à la médiation d'un conflit entre deux planètes. Le rôle de trouble-fête attribué à l'histrion aura au moins eu une vérité : si ma lecture aurait dû être une fête, elle fut bien troublée.

Couverture : ?
D'autres avis : Anudar, ...

dimanche 29 mars 2020

Ayerdhal - Demain, une oasis

Demain, une oasis, Ayerdhal, 1991, 245 pages

Haut fonctionnaire à l'Organisation Mondiale de l'Expansion Spatiale, le narrateur est un soir brusquement kidnappé. Après quelques jours de pérégrinations dans une semi-conscience, il se réveille au sein d'un petit village africain en plein milieu du désert. Médecin de formation, il se voit confier, sans autre explication, la responsabilité des soins des villageois.

Demain, une oasis est à l'image du début du roman : il donne des baffes. Il montre de plein fouet la misère d'un continent et, surtout, l'égoïsme des pays riches. Mais il le fait de manière très intelligente. Jamais culpabilisant - pas excessivement en tout cas, car coupable nous le sommes forcément - ou condescendant, il énonce juste lucidement des faits, des faits qu'il ne fait jamais de mal de rappeler. Le fond étant implacable, Ayerdhal s'attache ensuite plus sur la manière, sur l’inévitable combat de la fin et des moyens.

Si s'estomaquer de l'extrême pauvreté dans le monde est politique, alors oui, Demain, une oasis est un livre politique. Mais il est bien plus que ça. C'est un livre profondément humain qui s'attarde sur des individus concrets et qui garde toujours, au bout du chemin, l'idée d'un rêve, d'un espoir. Et qui n'oublie même pas d'être, en plus de tout ça, un thriller efficace aux personnages attachants. Une lecture nécessaire, un cri de détresse dans le désert.

Couverture : Olivier Fontvieille
D'autres avis : MarieJuliet, Lorhkan, Yogo, ...

mercredi 28 août 2019

Lisa Goldstein - L'Ordre du Labyrinthe

L'Ordre du Labyrinthe, Lisa Goldstein, 1996, 246 pages

Molly Travers fait la rencontre d'un détective privé qui enquête sur sa famille, précisément sur son grand-père et ses soeurs, membres d'une même troupe de magiciens 60 ans auparavant. Titillée par la curiosité et par la découverte, chez sa tante, d'un mystérieux manuscrit mentionnant "L'Ordre du Labyrinthe", Molly commence à mener l'enquête de son côté.

Des identités troubles, des magiciens, du mystère et de l'incompréhension, les premières pages de L'Ordre du Labyrinthe font immanquablement penser au Prestige de Christopher Priest. Pour autant la suite sera bien différente, Lisa Goldstein se servant de cette base pour créer un roman qui pourrait quasiment être classé dans les polars.

L'Ordre du Labyrinthe est une lecture assez folle. Elle comporte à la fois une enquête solide et tortueuse, qui tient la route, et des séquences bien moins ordinaires, presque psychédéliques, qui donne une ambiance très particulière au récit. Et... ça fonctionne, parce que ça sait s'arrêter avant de trop en faire et que le dosage entre normal et anormal est réussi. Une petite expérience facile d'accès.

D'autres avis : Yogo, Anudar, Célindanaé, Boudicca, Cédric, ...

samedi 15 décembre 2018

Ayerdhal - Le Chant du Drille

Le Chant du Drille, Ayerdhal, 1992, 358 pages.
« En six ans, le seul intérêt que la mission a porté aux Drilles se résume aux examens qui lui ont permis d'exclure l'espèce des créatures intelligentes et, consécutivement, d'ouvrir en toute bonne foi la planète à la colonisation. »
Les Drilles, des sortes de lémuriens imberbes, sont l'espèce autochtone vivant sur Tehani, une planète nouvellement colonisée par les humains. Problème : ils viennent désormais s'amasser par vagues à proximité des villes des colons pour y rester immobiles jusqu'à leurs morts. C'est pour élucider ce mystère qu'est envoyée Lodève Dalellia, du département Xénologie de l'Inspection Générale des Colonies.

Il y a un fort côté Le Nom du monde est forêt d'Ursula Le Guin dans le contexte de départ. La suite s'avère différente, Ayerdhal déroulant lui un récit lorgnant vers le polar/thriller avec cette double enquête sur la compréhension des Drilles et sur la disparition de Vernang Lyphine, romancier et poète ayant vu une intelligence dans cette espèce. La comparaison à Le Guin n'est pourtant pas vaine, un intéressant côté ethnographique se retrouvant nécessairement ici.

Premier roman de l'auteur, Le Chant du Drille - paru initialement en deux tomes, Le Syndrome des baleines et Le Mystère Lyphine - n'est certainement pas son meilleur. La faute notamment à une certaine confusion entre les multiples entités œuvrant à la colonisation de Tehani ainsi qu'à un rythme assez bizarre, les évènements s'enchainant parfois trop rapidement bien que la longueur de l'ensemble n'aurait pas gagné à être augmentée. Mais malgré cela, la lecture reste bonne et sympathique.
« Les Drilles méritent plus que le respect zoologique accordé par l'humanité aux fossiles des espèces qu'elle a exterminées. »

vendredi 27 septembre 2013

Ayerdhal - Parleur ou les chroniques d'un rêve enclavé

Parleur ou les chroniques d'un rêve enclavé, Ayerdhal, 1997, 309 pages.

Une couverture rouge ? Un personnage au poing levé ? Un rêve ? Un parleur ? Oui, il y a des livres comme ça où l'on sent très rapidement ce qu'on attend d'eux. Alors, Ayerdhal va t-il réussir à réveiller nos instincts révolutionnaires ?

La réponse est oui. Parleur est l'histoire d'une "utopie", le rêve d'une société juste, la révolte du peuple contre les élites, mais pacifiquement. Et on a envie d'y croire, envie que cela réussisse. On regrettera peut-être un petit peu de manichéisme, les choses paraissant parfois un peu faciles. Mais j'ai préféré y voir une note d'espoir. Aussi, certains pourront peut-être trouver un manque de mise en application de cette nouvelle société. Il est vrai que l'on reste dans les grandes lignes et, hormis la question de l'argent, on voit peu de discussions sur les problèmes concrets que pose une autarcie. Ça ne m'a pas particulièrement gêné : ce livre n'est pas une utopie concrète, c'est un rêve.

Le personnage essentiel de l'histoire est, comme le titre l'indique, Parleur, l'orateur qui canalise ces idées de révolte. Mais c'est aussi Karel, qui n'apparaît jamais mais qui est présent dans l'esprit de tous, lui qui en premier a écrit et décrit cet esprit de révolte. J'ai bien aimé tout au long du récit cette réflexion sur comment naît le changement, le rôle des précurseurs, toujours trop tôt pour leurs temps, et de ceux qui vont reprendre ces idées pour les concrétiser. Car au final, le personnage central du roman, ce sont les idées.

Parleur ou les chroniques d'un rêve enclavé est un livre vraiment beau, qui donne envie de se lever et de changer les choses. Il fait assurément rêver, et n'est-ce pas tout ce que l'on demande ? Et puis, les amoureux de citations pourront se faire plaisir, puisque ce roman est rempli de phrases que l'on a envie de noter. Je ne vous gâche pas le plaisir de les découvrir, et n'en donne qu'une :
« - Si le monde ne te convient pas, tu n’as qu’à le changer. »