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jeudi 30 octobre 2025

Arkadi et Boris Strougatski - Il est difficile d'être un dieu

Il est difficile d'être un dieu, Arkadi et Boris Strougatski, 1964, 219 pages

Dans le royaume d'Arkanar, Don Roumata est un riche aristocrate, craint de tous, vivant tant dans les hautes sphères que dans les bas-fonds. Mais derrière cette façade se cache en fait un Terrien en mission d'observation avec d'autres de ses semblables. D'un niveau technologique bien supérieur, ils ont pour consigne de ne pas interférer dans l'évolution du monde, même quand le régime se fait de plus en plus dictatorial et terrifiant.

À défaut d'avoir lu la quatrième de couverture, il faut un bon tiers du roman pour réussir à comprendre la situation présentée ci-dessus. Ce premier tiers est particulièrement flou et incompréhensible, au point de m'avoir fait hésiter à arrêter ma lecture ou à la continuer en diagonale. Cela s'améliore par la suite, un peu, notamment parce que la narration est plus concentrée et suivie, avec un semblant d'objectif pour le héros. Mais ça n'est pas pour autant enthousiasmant, l'intrigue restant très limitée.

Plus qu'un roman en tant que tel, Il est difficile d'être un dieu tient plutôt du conte philosophique. Les auteurs y décrivent la mise en place d'un système fasciste et développent quelques réflexions sur la manière de gouverner un peuple. Ce n'est certainement pas inintéressant à analyser d'un point de vue intellectuel, encore plus quand on remet le livre dans son contexte d'écriture, l'URSS en 1964, mais c'est plus compliqué d'un point de vue purement romanesque. C'est un peu tout le paradoxe : je crois que j'aurais été bien plus intéressé par la lecture d'un article le décryptant que par la laborieuse lecture du roman en lui-même.

Couverture : Lasth / Traduction : Viktoriya Lajoye & Bernadette du Crest
D'autres avis : Gromovar, ...

lundi 8 juin 2015

Dmitry Glukhovsky - L'Évangile selon Artyom

L'Évangile selon Artyom, Dmitry Glukhovsky, 2011, 43 pages (epub).

À l'occasion de la Décade de l'imaginaire 2015, du 8 au 17 juin, l'Atalante fait des promotions sur 10 romans et offre 6 nouvelles. L'Évangile selon Artyom de Dmitry Glukhovsky, précédemment parue dans l'anthologie des Utopiales 2014, est la première.

Dans un futur proche, à Moscou, dans un monde post-apocalyptique, les survivants de l'humanité vivent dans les tunnels du métro, à l'abri des "monstres" vivant à la surface. Artyom est l'un des rares à être revenu en vie de la surface.

L'Évangile selon Artyom se déroule dans l'univers du roman Métro 2033 du même auteur. Ne l'ayant pas lu, je ne pourrai comparer ou envisager de comprendre l'étendue de cette nouvelle. J'aurais même tendance à la déconseiller à ceux n'ayant pas lu le roman et comptant le faire, pour éviter tout potentiel spoiler dans cette nouvelle au héros identique et qui semble narrer d'importants événements concernant cet univers.

Pour la nouvelle en elle-même, il y a une certaine force dans la narration et un héros qui a du potentiel. Malheureusement, le récit n'est pas si emballant que ça. Difficile en plus de s'attacher à un univers inconnu et peu décrit, surtout en sachant qu'il se réfère à quelque chose d'autre. Au final, une nouvelle qui n'est pas mauvaise mais qui est loin d'être marquante. À réserver peut-être à ceux ayant lu le roman.

mardi 12 mai 2015

Alexandre Kouprine - Le Soleil liquide et autres récits fantastiques

Le Soleil liquide et autres récits fantastiques, Alexandre Kouprine, 1894-1927, 178 pages.

Qui dit recueil de nouvelles dit inconstance du niveau et de l'intérêt. C'est parfaitement vrai pour Le Soleil liquide et autres récits fantastiques, qui comme son nom ne l'indique pas ne comporte pas que des nouvelles fantastiques. Au contraire, on ne retrouve que peu de nouvelles relevant à proprement parler du fantastique, entourées de nouvelles réalistes ou merveilleux-scientifique.

Reconnu par ses pairs, Alexandre Kouprine dégage indéniablement un style que l'on pourrait qualifier de russe : tristement réaliste, presque déprimé, sans espoir. On ne respire pas la joie en lisant ce recueil. Mais au-delà de l'attitude, Kouprine a une vraie plume critique. Très politisé, la bourgeoisie et la noblesse en prennent pour leurs grades. Mais l'auteur questionne aussi, grâce notamment à la longue nouvelle Le Soleil liquide qui est le coeur de ce recueil, le progrès scientifique et son utilisation. Au final, c'est l'être humain dans son ensemble qui se retrouve épinglé par un Kouprine impitoyable.

Pour autant, si les textes sont bien souvent plaisant à lire et que l'on reconnait une plume comme on n'en fait plus, le recueil ne m'a pas emballé plus que cela. Pas de chef-d'oeuvre dans tous ces récits, et certains sont anecdotiques. L'ensemble aura bien du mal à rester dans ma mémoire. Cela reste malgré tout une découverte que je ne regrette pas avec un auteur méconnu qui offre une belle palette de capacités.

mardi 6 août 2013

Vladimir Sorokine - Journée d'un opritchnik

Journée d'un opritchnik, Vladimir Sorokine, 2006, 253 pages.

Ce livre m'a longtemps attiré par son titre - ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. D'un autre côté, vous vous doutiez surement que je ne l'ai pas lu pour sa couverture... Ni vraiment pour sa quatrième de couverture en fait, qui n'est pas plus emballante que ça. Mais bon, après que mes yeux aient plusieurs fois tilté sur le titre, il me fallait le tenter.

Je ne sais pas si vous avez lu la quatrième de couverture. Si vous désirez tout savoir de ce livre, sans le lire, en deux minutes, faites-le. C'est exactement ce qui y est raconté : une journée d'un opritchnik, comme au temps d'Ivan le Terrible, mais en 2028, avec diverses missions sanglantes entrecoupées de drogues et d'orgies. Le problème, c'est que ce n'est rien de plus, c'est juste cela. Vous aurez juste une version plus détaillée, et un peu plus trash.

Bon, d'accord, l'histoire n'a pas un véritable intérêt en soi, mais peut-être réussit-elle tout de même à passer un message ? Hum... Cette fois, la quatrième de couverture m'en apprendra plus que je n'en ai compris. Une critique du KGB actuel ou en devenir ? Alors oui, Vladimir Sorokine décrit une police d'état complètement mauvaise et assassine. Mais je ne vois pas ce qui permet de faire le lien avec un possible présent. Surtout que c'est daté comme futuriste, avec quelques éléments technologiques novateurs. C'est un peu comme si j'annonçais que Babar est une critique de la monarchie britannique. Je suis sûr qu'en cherchant bien, on doit pouvoir développer quelque chose, mais de base je ne vois pas vraiment pourquoi. Pourquoi ça plus qu'autre chose ? Parce que c'est en Russie ? C'est un peu juste à mon goût.

Vous l'aurez compris, je suis passé à côté de ce livre, alors qu'il a plutôt tendance à bien se lire, à l'exception de certaines scènes un peu hard. Mais il est au final plutôt plat, en déroulant simplement la journée d'un homme. Un homme qui fait le mal au sein d'un système mauvais, soit une chose possible de tout temps et en tous lieux.

lundi 14 janvier 2013

Dostoïevski - L'Idiot

L'Idiot, Fiodor Dostoïevski, 1869, 900 pages.

Je vous vois. Je vois vos visages surpris en découvrant le livre du jour. Assurément une expression proche de la mienne pendant le début de ma lecture. Pendant une grande partie de ma lecture en fait. Comment vous en expliquer simplement la raison... Je sais comment résumer (en réalité, ça m'a pris un peu de temps pour trouver le bon mot, mais je vous épargne l'attente) : ce roman est surréaliste.
Par ce terme, je n'évoque par le mouvement culturel (que je suis bien incapable de définir d'ailleurs), mais la sensation de folie et d'absurde qui se dégage de ce livre. Il se veut réaliste, et je pense que dans un certain sens il l'est, mais toute l'histoire est tellement déconnecté de notre époque que j'ai eu du mal à y accrocher et y donner du crédit.

Pour moi, il y a deux problèmes majeurs.
Le premier est, comme je viens de le dire, la déconnexion avec notre réalité. A l'inverse de ce que j'ai écrit il y a quelques jours au sujet d'Isaac Asimov, ce livre est daté. Nous sommes dans la Russie du XIXème siècle, et il faut continuellement s'en souvenir pour comprendre les choses (ou au moins ne pas se dire que c'est totalement n'importe quoi), et même ainsi... C'est particulier. J'ai souvent eu l'impression d'être dans une pièce de théâtre, une pièce de boulevard, une pièce de "portes qui claquent".
La deuxième gêne que j'ai eu a plus rapport avec le fond. La plupart des scènes sont de grandes discussions entre plein de personnages, sur divers sujets (dont peu font véritablement avancés l'histoire). La plupart du temps, cela amène à des débats philosophiques ou métaphysiques, à demi cachés dans les répliques. Avec de l'envie, il y a surement de bonnes choses à en ressortir, mais personnellement je suis un peu passé à travers. Comme le livre en général, les controverses sont plutôt datées, ou ne m'intéressent pas énormément.

Tout n'est pas à jeter, il y a des bons passages et un potentiel pour ceux qui aiment ce genre de littérature. Trouvons même quelques points positifs : le personnage du prince Muichkine (l'idiot) est intéressant, et la fin est assez géniale. Cela sauve un peu le livre.

Pour finir, un petit bonus, un élément que je n'ai pas abordé : les noms des personnages. Le roman commence par un index des personnages de deux pages. Vous rirez peut-être en le voyant, pensant vous souvenir aisément de la vingtaine de noms et ne voyant pas pourquoi il existe. Vous rirez moins quand vous aurez commencé la lecture : les noms russes sont vraiment difficiles à mémoriser (tout du moins sans en avoir l'habitude, j'imagine). Ils ont tendance à se confondre phonétiquement, mais le plus gros problème est ailleurs : chaque individu a un patronyme composé de trois mots ; ajoutez à cela un surnom, un grade et une situation familiale, et vous obtenez au moins 5 façons d'appeler chaque personne. Honnêtement, c'est suffisant pour parfois s'y perdre un peu.